Chapitre 15 : Potter contre Potter


La salle d'audience numéro dix était une pièce dans laquelle Lucius Malefoy n'était entré qu'une fois par le passé, près de quatorze ans plus tôt et où il aurait préféré ne jamais remettre les pieds. Les murs étaient faits de pierre sombre, que les nombreuses torches présentes aux murs avaient bien du mal à éclairer.

A l'époque, le Seigneur des Ténèbres venait de chuter et un grand nombre de Mangemorts présumés furent amenés devant le Magenmagot au grand complet. Faisant partie du lot, il s'agissait sans doute d'un des pires souvenirs de Lucius, si on exceptait son court emprisonnement préalable à son audience. Le sorcier avait dû débourser des sommes considérables en pots-de-vin pour avoir la certitude de recueillir assez de votes en faveur de son acquittement et, pour éviter qu'ils ne parlent à son sujet, en faveur de certains de ses associés comme Crabbe et Goyle. La fortune familiale avait cependant été significativement entamée, même avec les fonds considérables apportés par la dot de Narcissa lors de leur mariage.

Hélas, de nombreux membres du Magenmagot avaient changé depuis l'époque et ne connaissant pas la nature exacte des faits qui lui étaient reprochés, Lucius n'avait pas pu construire réellement de défense. Tout ce qu'il savait, c'était que des Aurors avaient procédé à son arrestation sur la base de preuves considérées comme suffisamment solides pour procéder très rapidement à un procès.

Comme à son précédent procès, il était attaché à son fauteuil par des chaînes qu'il n'aurait jamais pu briser sans sa baguette, qui lui avait été évidemment été confisquée.

Albus Dumbledore occupait son siège de président de l'auguste assemblée et il prit la parole d'une voix neutre.

- Monsieur Lucius Malefoy, avant que nous commencions cette audience, souhaitez-vous faire intervenir un Témoin de la Défense ?

- Non, monsieur le président, répondit le Mangemort d'une voix aussi calme que possible.

Lucius avait utilisé son droit d'appeler une personne par l'intermédiaire du Réseau des Cheminées pour appeler son avocat, Thomas Cromwell du cabinet Cranmer & Cromwell mais le secrétaire de ce dernier lui avait annoncé pour toute réponse que M. Cromwell n'était plus en mesure de le représenter. Exceptionnellement, il avait demandé au vu des circonstances un second appel qui lui avait été accordé. Malefoy s'était donc empressé d'appeler son propre manoir, afin de demander à Narcissa de lui trouver un autre avocat mais personne n'avait répondu. Voilà pourquoi il se retrouvait actuellement sans le moindre recours.

Dumbledore devait jubiler derrière son air placide. Après tout, il avait opposé sa proposition de loi, déposée près de dix ans auparavant, visant à instaurer une assistance judiciaire pour que tout accusé puisse bénéficier gratuitement des services d'un avocat pour assurer les fonctions de Témoin de la Défense, notamment dans le cas où il n'aurait pas les moyens de s'en offrir les services. Malefoy avait jugé qu'il s'agirait d'une dépense inutile et la Ministre Bagnold ne s'était pas véritablement intéressée au sujet. Il regrettait aujourd'hui de ne pas avoir autorisé cette petite victoire au directeur de Poudlard…

La greffière d'audience étant prête, je déclare l'audition criminelle du 16 novembre ouverte. L'accusé est Lucius Malefoy, domicilié au Manoir Malefoy dans le Wiltshire. Les interrogateurs sont Albus Percival Wulfric Brian Dumbledore, président-sorcier du Magenmagot et Amelia Susan Bones, directrice du département de la Justice Magique. La greffière d'audience est Pénélope Deauclaire. Cornelius Fudge, ministre de la Magie, s'est récusé de cette audience, de par sa relation professionnelle avec l'accusé dans le cadre d'œuvres de charité.

Lucius eut grand-peine à se retenir de grimacer. Il n'avait pas repéré Fudge parmi la vaste assemblée de sorcières et sorciers vêtus de robes couleur prune, brodées du côté gauche d'un M savamment dessiné mais il avait espéré que le ministre préparait simplement une entrée tardive. A la place, le ministre de la Magie semblait avoir complètement abandonné sa cause puisque ni lui, ni Ombrage n'étaient présents à ce procès. Il s'agissait visiblement d'une volonté de se distancier au maximum de Lucius, ce qui n'augurait rien de bon pour le sorcier de sang-pur.

- Les charges contre l'accusé sont comme suit : Lucius Malefoy a sciemment, délibérément et en possession de son libre-arbitre, servi le mage noir Voldemort parmi ses Mangemorts. En tant que tel, il lui est reproché d'avoir torturé et tué de nombreux moldus ainsi que d'avoir participé aux assassinats de plusieurs sorciers. Au regard de son audience de 1980, il lui est reproché d'avoir menti sous serment en prétendant avoir réalisé les faits précédemment mentionnés sous le contrôle de l'Imperium. Après la chute de son maître, Lucius Malefoy a organisé lors de la nuit de la finale de la Coupe du Monde de Quidditch du 25 au 26 août dernier un rassemblement illicite incluant la torture de sorciers et de moldus, la destruction de nombreux biens et d'avoir fait un usage abusif et dégradant de magie sur quatre moldus dont deux jeunes enfants. En matière de délit, il est aussi reproché à Lucius Malefoy d'avoir trompé son épouse, Narcissa Malefoy, née Black à de nombreuses reprises. Enfin, l'accusé aurait également gardé en sa possession de très nombreux artefacts de magie noire, contrevenant à la loi de 1947. Etes-vous Lucius Malefoy, habitant du Manoir Malefoy dans le Wiltshire ?

- Oui, répondit Malefoy en serrant les dents.

La trahison venait d'une source évidente désormais et bien qu'elle dût être assise quelque part dans les gradins dans son dos, Lucius supposait que Narcissa était présente dans la salle d'audience. Pourquoi diable faisait-elle cela maintenant ? Après tout ce temps où elle s'était comportée en épouse et en mère modèle, il aurait cru que sa femme se soit définitivement habituée à son train de vie très aisé mais aussi très réglementé de Malefoy. La propre mère de Lucius ne s'était jamais plainte des quelques infidélités de son père et elle avait toujours tenu son rôle. Pourquoi Narcissa ne pouvait-elle pas faire de même ?

- Que plaidez-vous aux charges qui vous sont reprochées ? Demanda Dumbledore de sa voix toujours aussi impartiale.

- Non coupable. J'ai déjà été acquitté des charges pendant le règne de terreur de Vous-Savez-Qui et je conteste formellement les autres motifs d'accusation qui me sont reprochés, rétorqua Malefoy qui essayait tant bien que mal de retenir la rage qui lui brûlait le ventre.

- Très bien. Madame Bones, vous pouvez procéder avec les éléments à charge.

Le véritable cauchemar commença. Amelia Bones énuméra un inventaire des artefacts maléfiques et objets apparentés à la magie noire qui avaient été trouvés dans son manoir et, grâce à l'autorisation de son épouse, dans le coffre ancestral de la famille Malefoy à Gringotts. Mains de gloire, bijoux ensorcelés, ossements de moldus montés en trophées, livres de magie noire, potions aussi létales qu'interdites… il les connaissait tous pour les avoir achetés, volés ou créés lui-même.

- Je tiens à signaler que Narcissa Malefoy a apporté sa pleine coopération aux Aurors et aux officiers de police magique qui ont perquisitionné le manoir à sa demande, après la découverte accidentelle faite par Madame Malefoy des dits-artefacts.

Accidentelle ? Lucius n'en avait jamais explicitement parlé avec elle mais Narcissa avait toujours su ce qu'il rangeait dans la salle secrète accessible par son cabinet de travail ! Sa fureur fut remplacée par une profonde inquiétude et son visage se fit encore plus pâle que d'ordinaire lorsqu'un journal fut ensuite présenté. Il ne s'agissait pas de l'artefact confié par son maître et qu'il avait mis dans les affaires de la fille d'Arthur Weasley mais de son propre journal intime, qu'il aimait à appeler ses « mémoires glorieuses ». Il y avait consigné tous les actes qu'il avait réalisés pour le compte du Seigneur des Ténèbres puis à son propre compte par la suite, notamment en matière de chasses aux moldus qu'il affectionnait tant. Plus grave encore, il y tenait une comptabilité parallèle incluant les dates et les montants des achats de tous les artefacts qu'il avait entreposés dans sa « galerie des merveilles ».

Amelia Bones lut plusieurs passages de ces fameuses chasses, incluant le massacre d'une famille de moldus incluant les deux parents et leurs trois enfants, âgés de quatre à douze ans. Aucun détail ne fut épargné des viols, mutilations et exécutions sommaires qui furent perpétrés sur les moldus et par les moldus entre eux, sous le contrôle de l'Imperium. Le plus difficile à entendre n'était peut-être pas les faits eux-mêmes mais les commentaires extatiques que Lucius avait posés sur le papier à l'époque. Qui n'éprouverait pas un sentiment de toute puissance après de tels faits d'armes réalisés en toute impunité ?

- En élément additionnel, je porte à votre connaissance l'analyse graphologique qui atteste d'une très forte probabilité que son écriture soit identique à celle habituellement employée dans les écrits de Lucius Malefoy. Deux analyses indépendantes, réalisées respectivement par une équipe de sorciers et par une équipe de gobelins, ont toutes deux attesté la présence de la signature magique de l'accusé sur le journal et sur les artefacts. La porte secrète qui donnait accès à la pièce contenant ces artefacts faisait l'objet d'un sort réalisé là-aussi avec la signature magique de l'accusé.

La directrice du département de la Justice Magique continua son explication et les regards des membres du Magenmagot se firent de plus en plus durs à l'encontre de Lucius. Bien évidemment, le journal recensait également des détails sur les événements de la Coupe du Monde de Quidditch.

Un expert de l'hôpital Ste Mangouste en matière d'effets des sortilèges impardonnables témoigna ensuite, indiquant que les éléments indiqués dans le journal trouvé chez Lucius Malefoy, tant au niveau des crimes réalisés que de l'expression des sentiments qui y étaient décrits, n'étaient pas compatibles avec une personne sous l'influence de l'Imperium. C'était d'autant plus marqué qu'il n'y avait visiblement aucune différence dans la psyché ni dans l'écriture de l'accusé entre la période où il se prétendait placé sous le contrôle du sortilège impardonnable et après.

Le coup de grâce fut évidemment le témoignage de Narcissa, qui décrivit avec une telle émotion qu'il y aurait presque cru, les absences répétées de son époux et la façon dont il l'avait localisé régulièrement chez Cordélia Zabini. Là-encore, le journal le trahissait puisqu'il avait souvent évoqué ses nuits passées chez elle et comparé la belle sorcière d'origine italienne avec sa femme, d'une façon peu flatteuse pour Narcissa.

- Vous comprenez pourquoi je ne peux plus rester mariée à cet homme et pourquoi je souhaite, avec la bénédiction de mon beau-père, que Lucius Malefoy soit déchu de ses droits parentaux à l'égard de notre fils et de tous droits sur la famille Malefoy, déclara Narcissa d'une voix émue.

La lumière se fit enfin dans l'esprit de Lucius. Narcissa voulait non seulement se débarrasser de lui mais aussi récupérer le contrôle sur sa famille et ses biens. Même si le divorce avait lieu, en tant que mère de Drago, Narcissa assurerait la gestion de la famille jusqu'à son mariage ou, s'il en faisait la demande plus tôt, jusqu'à sa majorité. Lucius n'aurait plus de Malefoy que le nom, ses droits de chef de famille et sur tous les biens financiers et immobiliers des Malefoy seraient révoqués !

A cet instant, il croisa les yeux bleus de sa femme et il y lut tout le mépris et la haine qu'elle ressentait pour lui, ainsi que cette lueur triomphante. Lucius ne doutait pas que si les preuves n'avaient pas été suffisantes, elle aurait volontiers corrompu les membres du Magenmagot pour avoir le verdict qu'elle voulait. Ce fut à cet instant qu'il se remémora une vieille conversation avec son père, quelques mois avant qu'il n'épouse Narcissa. Abraxas lui avait dit de toujours respecter son épouse et de surtout veiller à ne pas s'attirer ses foudres.

La colère d'un Black est une force aussi prodigieuse qu'une tempête et aussi sûre que le passage des saisons. Elle prendra le temps nécessaire pour s'accomplir mais lorsqu'elle frappera, elle te visera à la gorge. N'oublie jamais cela, Lucius.

Il fit à peine attention lorsque les mains de la quasi-totalité des membres de l'assemblée se levèrent à chaque motif d'inculpation en faveur de sa culpabilité. Ce n'est qu'au moment où Dumbledore reprit la parole qu'il sortit de ses pensées.

- Lucius Malefoy, vous avez été jugé coupable de toutes les charges qui ont été retenues contre vous. En conséquence, vous êtes condamné à une peine de prison de six-cents-soixante-treize ans à la prison d'Azkaban, sans possibilité d'aménagement de peine. Avec les accords écrits respectifs d'Abraxas Malefoy et de Narcissa Malefoy, vous êtes démis de vos fonctions de chef de famille et de tous les privilèges qui y sont associés. De même, vous êtes exclu de la famille Malefoy à perpétué et déchu de vos droits en tant que père et tuteur légal sur Drago Malefoy. Vous êtes également divorcé de Narcissa Malefoy, qui a fait le choix de conserver son nom d'usage eu égard à ses nouvelles charges de cheffe de la famille Malefoy. Vos biens personnels n'étant pas liés au patrimoine familial, tels que définis par Mme Malefoy, comme vos vêtements, vos coffres personnels et vos objets de valeur ont été saisis pour être reversés aux victimes de vos crimes et de vos délits. La sentence prend effet immédiatement.

Le couperet était tombé et Lucius était en train de réaliser ce qui venait de se passer. Il essaya de se débattre sur son fauteuil mais ses chaînes le maintenaient solidement en place. Ils voulaient l'envoyer croupir à Azkaban pour passer le restant de ses jours à la merci des Détraqueurs. C'était inacceptable ! Il ne pouvait rien dire contre les allégations de Narcissa, trop de preuves matérielles avaient été présentées contre lui mais il se rappela la façon dont Igor Karkaroff avait négocié avec Bartemius Croupton pour éviter la prison.

- Attendez ! Je peux vous donner les noms d'autres Mangemorts ! Accordez-moi un marché et je vous les donnerai ! S'écria le Mangemort tandis que les Aurors s'approchaient de lui pour procéder à son placement en détention.

- Votre journal recense un certain nombre de noms et les interactions que vous avez eu avec vos camarades Mangemorts lors des missions confiées par votre maître. Vos descriptions sont très détaillées en termes de dates et de lieux notamment. Nous n'aurons donc pas besoin de votre aide, répondit Amelia Bones sans l'ombre d'un sourire en faisant signe aux Aurors de l'emmener.

C'est après avoir subi un sortilège de stupéfixion que Lucius fut emmené calmement hors de la salle d'audience.


Remus était habitué aux guichets de Gringotts où il se rendait de temps à autres, ainsi qu'à des visites encore moins fréquentes dans le coffre familial qui était davantage rempli de souvenirs précieux que d'argent. En revanche, il n'était pas coutumier des salles de rendez-vous avec de confortables fauteuils et où de jeunes salariés se proposer de lui apporter gracieusement une boisson et une collation avant l'arrivée de la personne qu'il était venu voir. De toute évidence, le lycanthrope avait sous-estimé à quel point Harry était apprécié des gobelins. Il n'aurait pas dû bien sûr, le garçon était pupille de leur nation après tout.

Après avoir remercié le jeune homme qui lui apporta une généreuse tasse de chocolat chaud et une assiette de cookies aux pépites de chocolat, le Maraudeur se perdit dans ses pensées. Il n'avait pas oublié de quel jour il s'agissait. L'audience d'Harry avait lieu aujourd'hui mais l'adolescent lui avait suggéré d'en être absent pour éviter d'avoir à ébruiter leurs échanges et surtout leurs projets. Diable, il n'avait pas encore signé son contrat qu'il considérait déjà les projets d'Harry comme les siens, le garçon était doué !

Remus ressentait un peu de culpabilité à l'égard de James et Lily à l'idée de leur cacher sa proximité avec Harry et en particulier le rôle qu'il comptait accepter de jouer dans ses projets entrepreneuriaux. Pour autant, il ne voyait pas vraiment cela comme une trahison. De son point de vue, les deux sujets étaient déconnectés. A l'époque, James et Lily lui avaient confié Harry même s'ils n'avaient pas fait de lui son parrain mais depuis qu'ils l'avaient laissé chez Vernon et Pétunia Dursley, c'était désormais son choix d'être là pour lui. Harry avait davantage besoin de lui que James et Lily. Et puis, s'il était honnête avec lui-même, l'ambition du jeune Potter l'avait davantage séduit que toutes les tentatives qu'Albus avait faites ces quinze dernières années. Lupin ne pensait pas que les changements législatifs que voulait mettre en place le président-sorcier du Magenmagot étaient vains mais ils pouvaient sûrement faire autre chose en parallèle pour changer les mentalités. Harry lui apportait cette solution et il lui proposait même d'y prendre une part active. Comment refuser ?

Le lycanthrope sortit de ses pensées quand ses sens aiguisés l'avertirent de l'entrée d'une nouvelle personne dans la pièce et il se leva aussitôt.

- Bonjour Monsieur Lupin, je vous en prie, restez assis, déclara le président Ragnok en proposant sa main au sorcier.

- Bonjour Président Ragnok, je vous remercie de bien vouloir me recevoir, répondit Remus avec humilité en serrant sa main tendue.

Le gobelin lui fit signe de se rasseoir avant de prendre le siège en face du sien. Sur la table qui les séparait, le président de Gringotts contempla l'épaisse liasse de papiers qui constituait le contrat proposé par Harry avant de poser de nouveau son regard sur Remus. L'ancien professeur avait pris plusieurs heures pour le parcourir attentivement de la première à la dernière page. Toutefois, il lui avait été proposé de discuter avec un responsable gobelin s'il avait des questions. Le professeur ne s'était pas attendu à ce que le responsable qui le reçoive soit le président de la banque gobeline en personne !

- Je crois que vous avez des questions, M. Lupin ? S'enquit Ragnok avec un sourire presque aimable pour un gobelin.

- Tout à fait. Le contrat me convient tout à fait, je compte le signer et vous le remettre aujourd'hui. En revanche, j'avais des questions à vous poser si vous me le permettez ?

- Je suis là pour ça. Harry avait anticipé que vous ayez des questions et je suis le mieux placé pour y répondre, ayant été impliqué dès le départ dans la conception de ses projets.

Remus aurait dû se douter que le Gryffondor aurait demandé son expertise à son éminent tuteur. Il sortit de sa sacoche un petit cahier de confection moldue sur lequel il avait ordonné quelques idées.

- Harry compte créer une école d'apprentissage du monde magique et du monde moldu. Elle n'entre pas en concurrence avec Poudlard puisque sa population est plus jeune que celle qui va à Poudlard mais ne doit-elle pas recevoir une autorisation pour ouvrir ?

- Théoriquement oui, si elle se trouvait sur un domaine soumis à la loi sorcière britannique… Auriez-vous lu l'Île du Crâne par hasard ?

- Le roman d'Anthony Horowitz ? Il y a quelques années, je l'avais trouvé intéressant même si la perspective d'un directeur à deux têtes était assez loufoque.

- Harry l'a lu également et il lui a donné une idée. L'école ne sera pas sur le territoire du ministère de la magie britannique mais pas loin non plus. Elle sera sur une île située au large des côtes britanniques qui est la propriété des gobelins depuis un peu plus de six cents ans. L'école est en cours de construction là-bas à l'époque où nous parlons et le dossier administratif a été envoyé au ministère britannique où il sera sûrement enterré comme tout le reste de notre paperasse. Par traité, nous avons une obligation d'information mais pas de validation pour les choses qui se passent sur nos propriétés à proximité ou au cœur du Royaume-Uni.

- C'est ingénieux, reconnût Remus.

Jamais il n'aurait pensé à une île pour héberger l'école mais cela avait du sens. Le lieu serait isolé des moldus s'il appartenait aux gobelins mais s'il ne dépendait pas du ministère de la Magie britannique, cela signifiait aussi qu'il revenait à la nation gobeline de choisir la méthode pour maintenir le secret sur l'existence du monde magique. Ainsi, les gobelins pouvaient tout à fait choisir de laisser entrer les parents de sorcières et sorciers nés-moldus puisqu'ils faisaient partie des exceptions au traité sur la confidentialité du monde magique.

- Aviez-vous d'autres questions ? Demanda Ragnok.

- Ne craignez-vous pas que le journal d'Harry soit censuré par le ministère ? Après tout, il sera imprimé avec le matériel du Chicaneur, qui se trouve en Angleterre, remarqua Remus.

- En loi magique britannique, ce qui compte n'est pas le lieu de création d'un produit mais le droit de la société qui le produit. Toutes les entreprises du futur groupement d'entreprises d'Harry sont en droit gobelin et leur siège est basé en terre gobeline. Or, nous avons des accords avec le ministère britannique pour que nous puissions mener des transactions et des services sur leur sol. Autrement, comment les gens feraient protéger leur maison par des artisans gobelins ? Comment les commerces feraient équiper leur arrière-boutique avec des coffres très résistants fabriqués avec notre savoir-faire ? Il faudrait revenir sur de nombreux traités et fortement affecter l'équilibre du monde sorcier pour incommoder le projet d'Harry.

Il en allait probablement de même avec le réseau de librairies. L'ancien professeur devait avouer que ses projets avaient été vraiment très bien ficelés. Ayant paraphé chacune des pages du contrat, il l'ouvrit directement sur la toute dernière et avec un stylo plume moldu, il y apposa sa signature sur chacun des trois exemplaires. Ragnok en prit deux et lui laissa le troisième exemplaire original avant de se lever.

- Merci pour cet échange, M. Lupin. Je ne doute pas que nous allons faire de grandes choses ensemble. Voici votre clé, votre premier salaire y a déjà été versé.

- C'est moi qui vous remercie, président Ragnok, pour cette opportunité et surtout, pour Harry. Il a de la chance de vous avoir rencontré.

Le gobelin esquissa cette fois-ci un sourire qui semblait rempli d'amusement, ce qui était absolument terrifiant chez un être de son peuple.

- Oh, M. Lupin, ne vous y trompez pas. Ma rencontre avec Harry n'avait visiblement rien d'un hasard même s'il a pu en donner l'illusion. Comme il a l'habitude de le dire lui-même, il n'y a pas de coïncidence en ce monde, tout est inéluctable.


Ayant siégé au cours du procès de Lucius Malefoy, James Potter devait reconnaître que la matinée avait été des plus satisfaisantes. Jamais il ne se serait attendu à ce que Narcissa trahisse son époux après tant d'années de mariage et surtout, à ce que l'exécution de sa vengeance à l'encontre de son mari volage soit aussi bien orchestrée. Au cours de l'audience, il avait échangé des regards avec Sirius, qui n'avait pas réussi à cacher son sourire satisfait face au verdict de ce bon vieux Lucius.

Hélas, ni l'un ni l'autre ne pourrait siéger à l'audience de l'après-midi, ce pourquoi ils avaient retiré leurs robes de couleur prune. Sirius avait opté pour une tenue inspirée des moldus avec un long manteau bordeaux qui lui arrivait jusqu'au milieu des cuisses, un pantalon anthracite et une chemise noire avec gilet. Par contraste, James portait une opulente robe de sorcier d'un rouge vif, sur laquelle les silhouettes de deux lions étaient cousues au fil d'or. Elle était quelque peu dissimulée sous une cape grenat.

Lily avait fait le choix d'une longue d'un vert émeraude, qui se mariait avec ses yeux verts et contrastait avec sa longue chevelure d'un roux sombre. Comme Sirius, elle avait fait le choix d'une cape anthracite de belle facture mais peu ostentatoire.

Ils se trouvaient dans la salle d'audience numéro sept, qui était aménagée bien différemment. Ses murs étaient faits de pierre blanche et des colonnes étaient disposées un peu partout autour d'eux. Le Magenmagot était disposé de façon similaire mais ce n'était pas une simple chaise qui leur faisait face mais deux tables côte à côte, disposant de trois chaises chacune. Derrière elles se trouvaient des rangées de bancs réservés au public. En effet, contrairement à l'audience criminelle de la matinée, l'audience de l'après-midi était un conflit administratif et par conséquent, elle était publique.

De nombreux amis des Potter étaient venus les voir pour les soutenir, tels que Dedalus Diggle, Arthur et Molly Weasley, Ted et Andromeda Tonks et bien sûr la haute silhouette d'Hagrid qui s'était assis tout au fond de la pièce pour ne gêner la vue de personne. Il nota l'absence de Remus mais se souvint que celui-ci était auditionné par un emploi le jour-même. Ce vieux Lunard avait été avare en détails mais James avait eu le sentiment que cette opportunité lui tenait à cœur. Il espérait sincèrement pour lui qu'elle aboutisse.

Les bancs situés sur l'autre rangée n'étaient cependant pas vides. Il y aperçut Xenophilius Lovegood avec sa fille Luna, Amos Diggory et son fils Cédric, et plus étonnant encore, Narcissa et son fils Drago ! Le garçon n'avait pas l'air attristé comme il s'y était attendu mais plutôt attentif envers sa mère et prompt à suivre son exemple. Plus étonnant encore, l'adolescent aux cheveux blonds était en train de discuter avec la fille de Xeno et un garçon qui devait être le jeune Neville Londubat. Qu'est-ce qu'un Serpentard pouvait bien dire à un Gryffondor et à une Serdaigle ?

James n'eut pas le temps de poser la question à Ryan, assis au premier rang à côté de ses amis Ron et Hermione car à cet instant précis, les portes à double-battant s'ouvrirent avec fracas. Quatre gobelins en uniforme, bien qu'uniquement armés de bâtons cérémoniels entrèrent d'un pas cadencé, encadrant trois personnes.

Le premier était Harry. Vêtu d'un costume bleu nuit et d'une cape argentée, l'adolescent affichait un air serein tandis qu'il cheminait vers eux. A sa gauche se trouvait un gobelin aux courts cheveux argentés et vêtu d'un costume de qualité. A sa droite se tenait une sorcière aux cheveux blonds coupés au carré qui devait avoir à peu près son âge et dont le visage lui était familier mais sur lequel il n'arrivait pas à mettre de nom.

Tous trois prirent place à la table de gauche tandis que le professeur Dumbledore, leur avocat M. Wolsey et James lui-même s'installaient à la table de droite.

Cornélius Fudge présidait cette séance du Magenmagot, le professeur s'étant récusé de son rôle non seulement par souci de neutralité mais aussi pour pouvoir les assister comme Témoin de la défense.

- Eh bien, je crois que tout le monde est là ! Remarqua Fudge avec son habituel air débonnaire. Mademoiselle Deauclaire, êtes-vous prête ?

- Oui, Monsieur le ministre, répondit la jeune femme d'un ton égal, une plume à la main.

- Très bien ! Madame Bones, si vous voulez bien présenter cette affaire ? Demanda le ministre qui était ravi de laisser sa cheffe de département prendre les rênes de la procédure.

Amelia Bones y consentit et réajusta son monocle tout en ouvrant son dossier. Elle posa le premier parchemin devant elle et le parcourut rapidement des yeux avant de prendre la parole d'une voix forte et intelligible.

- En ce 16 novembre, le Magenmagot est appelé à statuer sur le litige amené devant nous par les représentants de James Potter. Avant toute chose, je vais demander aux parties en présence de vouloir se nommer.

- James Potter, domicilié au Manoir Potter, déclara le Maraudeur en se levant. Je suis représenté par Albus Percival Brian Wulfric Dumbledore et Henry Wolsey.

- Harry James Potter, domicilié à la banque Gringotts, déclara le Gryffondor après s'être levé à son tour. Je suis représenté par Maître Gornuk et Mary Macdonald.

Un murmure traversa le Magenmagot et James sentit son assurance légèrement ébranlée. A sa connaissance, Gornuk n'était pas n'importe quel avocat gobelin mais une véritable légende. Il avait entrepris trois cents affaires devant le Magenmagot et n'en avait perdu aucune. On disait qu'il officiait aujourd'hui comme directeur juridique de Gringotts et siégeait au conseil d'administration de la banque gobeline.

Quant à l'autre représentante d'Harry, il n'était pas étonnant que son visage lui soit familier. Mary Mcdonald était une ancienne Gryffondor, d'un an plus jeune que Lily et lui à son souvenir. Elle avait d'ailleurs été une très bonne amie de son épouse lorsqu'ils étaient à Poudlard mais il lui semblait qu'elles s'étaient perdues de vue après l'obtention de leurs ASPIC.

- James Potter conteste la demande de nationalité gobeline de son fils, Harry James Potter, qui le place de fait sous la tutelle et la juridiction de la nation gobeline plutôt que des tuteurs approuvés par James Potter et la juridiction du ministère de la magie britannique, expliqua Madame Bones. La parole est aux représentants de James Potter.

Le professeur Dumbledore se leva de son siège pour s'adresser aux membres du Magenmagot.

- James et Lily Potter sont des membres éminents de cette communauté et ce depuis bien avant les sombres événements qui ont rendu leur autre fils célèbre. Ils souhaitent simplement récupérer leur enfant mineur et lui apporter l'affection et la présence dont ils ont besoin et que les gobelins, tout à fait bien intentionnés, ne peuvent pas…

- Objection, Madame Bones, déclara Gornuk d'une voix grave.

- Qu'y a-t-il, Maître Gornuk ? Demanda la tante de Susan Bones.

Le gobelin se leva à son tour et répondit en la regardant, sans accorder une once de son attention à Dumbledore.

- Albus Dumbledore cherche à orienter la décision de cette auguste assemblée en leur donnant l'impression que mon client a été enlevé par les gobelins à leur foyer. Or, mon client n'a pas vécu avec ses parents biologiques depuis quatorze ans, époque à laquelle ils l'ont placé chez la sœur de Lily Evans et son époux. Je tenais à apporter cette précision, notamment compte-tenu du fait que les tuteurs en question, Vernon et Pétunia Dursley ont été condamnés pour maltraitance assimilable à de la torture sur un mineur magique par la justice gobeline, déclara Gornuk avec le plus grand calme.

Des murmures parcoururent l'auguste assemblée tandis que des copies de l'instruction du procès de Vernon et Pétunia Dursley circulaient parmi les sorcières et sorciers venus de robes couleur prune.

James écarquilla les yeux lorsqu'il en parcourut le contenu. Merlin tout-puissant !


Pour Harry, il s'agissait d'une partie d'échecs dont il possédait la majorité des pièces de valeur. Après la présentation des éléments du procès des Dursley, les gobelins avaient amené Vernon et Pétunia Dursley, enchaînés comme les prisonniers qu'ils étaient. Contrairement aux sorciers, les moldus n'avaient pas de résistance possible au Veritaserum donc son usage était accepté dans les procédures sorcières comme gobelines. A cela s'ajoutait qu'un condamné moldu devant un tribunal magique n'avait pas le droit de refuser l'utilisation de cette potion.

Pendant près d'une demi-heure, Gornuk interrogea à loisir les deux moldus sur la façon dont ils avaient traité Harry pendant les longues années où ils l'avaient hébergé puis il avait laissé leur tour aux membres de l'assemblée. Nul besoin de préciser que les parents et grands-parents figurant parmi les augustes juges furent horrifiés par ce qu'ils entendirent et les conservateurs les plus puristes en firent leurs choux-gras, prenant visiblement le parti du jeune Potter plutôt que celui de ses parents.

Les représentants de James Potter ne posèrent aucune question aux Dursley, sans doute par peur de mettre en lumière de nouvelles horreurs et par une volonté de passer au plus vite à autre chose. Malheureusement pour eux, il fut ensuite évoqué le rôle joué par Sirius dans le placement du nom d'Harry dans la Coupe de Feu, et la plainte pour mise en danger d'autrui et usurpation d'identité qui avait été déposée par le président Ragnok au nom de son jeune protégé.

Le Gryffondor prit plaisir non pas à réduire en poussière les espoirs des époux Potter mais à voir les arguments de Dumbledore être balayés les uns après les autres. Gornuk damait le pion du président-sorcier à chaque fois que ce dernier tentait une contre-attaque et il fallait reconnaître que si le vote était prononcé maintenant, le jeune homme avait de grandes chances de l'emporter.

Toutefois, ils n'auraient même pas besoin d'en venir là. En effet, Mary Macdonald se leva à son tour. La sorcière était une avocate réputée qui travaillait pour Gringotts depuis de nombreuses années mais sa spécialité n'était pas dans le droit de la famille mais dans une branche qui concernait davantage l'impact de la jurisprudence sur la loi. En effet, lorsque le Magenmagot et le Ministère de la Magie rendaient des arbitrages judiciaires et administratifs, ils pouvaient avoir un impact sur l'application de la loi et créer des exceptions assez particulières.

- La parole est à Madame Macdonald.

- Merci, Madame Bones. Je souhaite attirer l'attention du Magenmagot sur le caractère désormais fallacieux de la demande de James Potter.

- A quel titre ? S'enquit la directrice du département de la Justice Magique.

- La requête de James Potter se basait sur l'hypothèse selon laquelle mon client était un mineur qui avait par conséquent besoin d'un tuteur.

- Contestez-vous cet état de fait ? Il est pourtant évident que votre client est mineur ! S'exclama Elphias Doge d'un ton effaré.

La sorcière blonde esquissa un sourire dépourvu de la moindre chaleur à l'égard du vieil ami d'Albus Dumbledore avant de répondre à sa question.

- Je ne conteste pas que mon client ait été mineur lorsqu'il a demandé à devenir pupille de la nation gobeline, ni lorsque James Potter a déposé son recours devant cette auguste assemblée. Je conteste le fait que mon client soit encore mineur aujourd'hui.

De nouveaux murmures et quelques rires parcoururent l'assemblée et Elphias Doge sauta sur cette occasion pour reprendre d'un ton goguenard.

- Madame Macdonald, voudriez-vous nous faire croire que votre client a fêté son dix-septième anniversaire entre l'été et l'automne ? Il est pourtant indiqué dans son dossier qu'il est âgé de quatorze ans…

- Mon client a effectivement quatorze ans. J'atteste pour autant qu'il a été automatiquement émancipé par décision administrative du ministère de la Magie britannique. Le 31 octobre dernier, mon client a été choisi par la Coupe de Feu pour participer au Tournoi des Trois Sorciers. Par décret des départements de la Coopération Magique Internationale et des Sports Magiques, contresigné par le ministre de la Magie, sa participation a été confirmée le 3 novembre. Mon client a attaqué cette décision devant le Magenmagot et un panel représentatif de cette auguste assemblée l'a rebuté le 9 novembre, en attestant de la validité du décret du 3 novembre.

- Quel rapport avec l'émancipation supposée de M. Potter ? S'impatienta Elphias Doge.

- Le règlement du Tournoi des Trois Sorciers, ratifié non seulement par les trois écoles de sorcellerie européennes mais aussi par les gouvernements et les parlements des pays concernés, dont la Grande-Bretagne Magique est très clair : « Seule la participation de champions majeurs et responsables pénalement de leurs propres actes est acceptée dans le Tournoi des Trois Sorciers ». En validant la participation de mon client, le Magenmagot et le ministère britannique l'ont reconnu majeur et pleinement responsable de ses actes.

Plusieurs membres du Magenmagot demandèrent à voir le décret, la décision du Magenmagot et bien sûr le règlement du Tournoi, dont plusieurs exemplaires leur furent distribués dans les minutes qui suivirent. Harry eut le plaisir de voir le visage de Dumbledore se muer en un masque fermé tandis que James et Lily Potter étaient tout simplement décomposés.

Bien évidemment, le Gryffondor aurait pu ouvrir l'audience par cet élément et couper court à la procédure mais pourquoi laisser passer une opportunité de faire connaître aux grands publics les agissements de Vernon et Pétunia Dursley, réalisés sur le frère du Survivant avec la complicité coupable ou tout du moins irresponsable de James et Lily Potter ?

Ce n'était toutefois pas la seule raison. Maintenant que les Potter l'avaient traîné en justice pour rien, la prochaine étape serait de les attaquer pour procédure abusive et tentative d'ingérence dans les affaires de la nation gobeline. Maître Gornuk et Madame Mcdonald considéraient qu'il pourrait récupérer une somme assez confortable en réparations financières, qu'il pourrait ensuite réinvestir dans ses futurs projets.

- Le Magenmagot reconnaît la légitimité des affirmations d'Harry Potter. Il lui confirme son statut de sorcier majeur de plein droit, l'audience est terminée, conclut Madame Bones.

Harry adressa un signe amical de la main à ses amis venus le soutenir mais se garda bien de tourner la tête vers les Potter tandis qu'il se dirigeait vers la sortie du Magenmagot, avec ses deux avocats et toujours escorté par la garde d'honneur que Maître Ragnok avait eu la gentillesse de lui assigner pour l'occasion.

Veni, vidi, vici.