Note de l'auteur : Me revoici après une absence moins longue que la dernière fois. J'ai passé une large partie de 2020 à me consacrer à un projet de roman original mais je tenais à ne pas abandonner cette fiction pour autant. Je me suis dit que Noël serait une belle occasion de vous faire un petit cadeau. J'espère que ce chapitre vous plaira et je vous souhaite une agréable lecture. Portez-vous bien et joyeuses fêtes de fin d'année !
Chapitre 17 : La première tâche
Des cernes prononcés soulignaient les yeux noisette d'Hermione Granger lorsqu'elle fit son entrée dans la Grande Salle pour prendre son petit-déjeuner. Son état de fatigue ne l'empêchait cependant pas d'afficher un sourire satisfait en ce mardi matin qui n'avait rien d'ordinaire. Une fois assise à la table des Gryffondor, l'adolescente se remémora les événements tumultueux des derniers jours tout en remplissant son assiette.
Après avoir passé toute sa soirée de samedi à s'inquiéter de ne pas voir Ryan rentrer, la Gryffondor avait décidé de l'attendre dans leur salle commune. Lorsque le Survivant avait finalement daigné montrer le bout de son nez, elle était la dernière à se trouver encore dans la pièce et en l'occurrence à moitié endormie sur le livre qui lui avait tenu compagnie. Visiblement nerveux, son ami lui avait raconté de façon un peu décousue la façon dont il avait découvert la nature de la première épreuve du tournoi. Des dragons… Quel imbécile décérébré ou tout bonnement sadique avait pu penser une seule seconde que ce serait une bonne idée de confronter des adolescents à des créatures magiques classées en 5ème catégorie ?
Décidée à ne pas perdre une seule seconde, Hermione lui avait recommandé – ou plutôt ordonné de la façon la plus polie possible – d'écrire immédiatement à ses parents et à son parrain pour leur demander conseil, dans l'espoir d'avoir au moins une réponse dès le lendemain. Cela ne les avait pas empêchés de se lever aux aurores le dimanche matin pour sillonner la bibliothèque de Poudlard à la recherche d'informations sur les dragons. Le père de Ryan leur avait répondu le premier, sa lettre leur parvenant en fin de matinée. L'Auror leur avait écrit que les yeux représentaient la principale faiblesse de ces créatures et qu'un sortilège de Conjonctivite bien placé était considéré comme le meilleur moyen d'en tirer parti.
C'était ainsi qu'ils avaient passé leur dimanche après-midi à entraîner Ryan à l'utilisation de ce sortilège, d'abord sur des cibles fixes puis sur des cibles mouvantes à de plus ou moins grandes distances. Il subsistait toutefois un problème de taille : le Gryffondor avait beau posséder une excellente vue, le dragon auquel il ferait face mesurerait au moins quinze mètres de haut alors comment pouvaient-ils maximiser ses chances d'atteindre ses yeux à une telle distance ?
Par chance, le professeur Maugrey leur avait fourni la réponse le lendemain. Faisant fi de son devoir de réserve, l'enseignant avait recommandé à Ryan de faire usage de ses points forts, à savoir son talent manifeste pour voler sur un balai. Le règlement interdisait aux champions d'avoir autre chose que leur baguette sur eux au début de l'épreuve, ce pourquoi Hermione lui avait conseillé d'apprendre le sortilège d'attraction afin de le faire venir à lui pendant l'épreuve. L'apprentissage de ce sortilège avait pris la majeure partie de la journée de lundi au Gryffondor mais celui-ci s'était avéré concluant. Tous deux avaient passé le reste de la soirée et une partie de la nuit à préparer Ryan à utiliser les deux sortilèges alternativement en situant de stress. En l'occurrence, la Gryffondor le visait avec de petits maléfices pendant que son ami devait tour à tour faire venir son balai jusqu'à lui à l'aide du sortilège d'attraction puis jeter un sortilège de conjonctivite sur des souafles qui avaient été enchantés par Hermione pour flotter aléatoirement dans les airs.
Tout en mangeant lentement son toast, la Gryffondor songea qu'elle ne regrettait pas ce manque de sommeil si tous leurs préparatifs permettaient à Ryan de sortir vivant de cette tâche. Son esprit vagabonda sur une discussion qu'ils avaient eue lors de leurs rares pauses de ces derniers jours. C'était Harry qui avait montré les dragons à Ryan et pas seulement à lui d'ailleurs, le frère du Survivant avait partagé sa découverte avec tous les autres champions.
Hermione ne savait pas quoi en penser. Elle avait été horrifiée en assistant à l'audience qui avait opposé Harry à ses parents. La jeune Granger ne parvenait toujours pas à comprendre comment on pouvait infliger un tel traitement à son propre enfant, au point d'avoir commencé à rédiger une longue lettre à destination de ses parents pour le leur expliquer. Le monde magique était rempli de merveilles mais aussi de cruauté, sous des formes tantôt exceptionnelles et tantôt… très banales.
Si elle partageait le sentiment de Ryan selon lequel Harry ne paraissait pas le blâmer d'avoir été abandonné par leurs parents, n'ayant été qu'un enfant lui-même, elle était moins optimiste que lui quant aux chances de panser les blessures de leur famille. Pour le moment, les époux Potter n'étaient parvenus qu'à braquer leur deuxième fils et à le pousser à devenir non seulement indépendant mais aussi pupille de la nation gobeline. D'après ce qu'elle avait lu, cela faisait des siècles qu'aucun sorcier ne leur avait demandé leur protection !
Essayant de chasser ces préoccupations de son esprit, la jeune Granger dû admettre qu'elle jouait avec sa nourriture plus qu'elle ne l'avalait. Son estomac étant si noué qu'elle n'avait guère d'appétit et elle commençait à se lasser de faire bonne figure. Elle aurait préféré être aux côtés de Ryan pour le soutenir mais le professeur McGonagall avait insisté sur le fait que seuls les champions étaient autorisés à se rendre sous la tente dans laquelle les organisateurs leurs expliqueraient le contenu de l'épreuve.
Et dire que pendant ce temps, Ron s'empiffrait comme un goinfre et si cela ne suffisait pas, cet idiot ne s'était toujours pas excusé auprès de Ryan. Merlin lui en soit témoin, elle allait finir par noyer le rouquin dans le lac s'il ne sortait bien rapidement de sa crise de jalousie !
- J'étais pourtant sûr que la tente était par ici ! S'exclama Ludo Verpey d'un ton exaspéré.
À l'intérieur de la tente en question, les quatre champions échangèrent des sourires amusés. Cela faisait près d'une bonne demi-heure que le directeur du département des Sports Magiques tournait en rond autour de la tente sans parvenir à la trouver. Ils devaient ce répit à un sort que Viktor niait avoir jeté à Verpey mais son sourire satisfait indiquait tout le contraire.
Assis autour d'une table ronde, ils partageaient un plateau garni de thé, de café et de petits gâteaux que Winky avait eu la gentillesse de leur apporter. Sans surprise, Fleur et Viktor penchèrent pour une tasse de café fumant tandis que les frères Potter dégustaient chacun un délicieux Earl Grey. Aucun d'entre eux ne semblait parfaitement calme, comment auraient-ils pu l'être alors qu'ils allaient chacun se retrouver face à une créature capable de les rôtir ou de les avaler tout crus ?
Harry sortit une fiole de sa poche et conjura quatre verres, qu'il remplit sous les regards interrogateurs de ses camarades. Une fois sa tâche terminée, il esquissa un sourire.
- C'est du philtre de paix. J'ai pensé à vous proposer du Whisky Pur Feu mais la dernière chose dont nous avons besoin pour cette épreuve, c'est de ralentir nos temps de réaction. Ce philtre n'altère pas les réflexes mais il calme l'anxiété, ce dont nous avons tous besoin, vous ne croyez pas ? Et puis, ce n'est pas interdit par le règlement, j'ai vérifié.
- Excellente idée, Harry… Santé ! S'exclama Fleur, dont le front perlait d'une légère pellicule de sueur, avant d'engloutir son verre d'un trait.
- Merci, Harry, répondit Viktor d'un ton plus calme avant de boire le philtre par petites gorgées, sa mine se faisant moins renfrognée.
Ryan regarda un long moment son verre avant de le boire en plusieurs longues gorgées, comme il l'aurait fait pour un grand verre de lait. Son expression se fit aussi plus décontractée, suscitant un léger sourire sur les lèvres d'Harry avant qu'il ne boive son propre verre.
- On devrait peut-être aller chercher Verrrpey ? Proposa le champion bulgare sans paraître vraiment pressé de s'exécuter.
- Il n'est pas trop tard pour lui jeter un petit sortilège de confusion pour altérer un peu les règles… Que diriez-vous d'envoyer les directeurs des écoles dans l'arène à la place des champions ? Répliqua Harry avec un sourire malicieux.
Viktor laissa échapper un grand éclat de rire, visiblement peu attaché au professeur Karkaroff. Ryan eut un hoquet, peut-être en imaginant la barbe de Dumbledore à moitié roussie par le feu d'un dragon. Voilà un spectacle que le voyageur aurait payé cher pour voir ! Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore faisant face à un dragon, la baguette de Sureau brandie bien haut tandis que sa longue barbe et ses cheveux étaient à moitié grillés, sa robe bleue en feu et sa voix tonitruante résonnant dans l'arène, tel un ersatz de Gandalf incapable d'arriver à la cheville de l'original.
Harry ne put se retenir de glousser de rire à cette image, il faudrait qu'il la garde à l'esprit la prochaine fois qu'il ferait face à un épouvantard.
Fleur n'avait pas l'air amusée mais il pouvait aisément la comprendre. Sa directrice n'était ni un ancien Mangemort, ni un politicien qui plaçait ses élèves comme des pions sur un gigantesque échiquier.
- Tous sauf Madame Maxime, concéda le jeune Potter avec un sourire.
- Oh elle serait capable de triompher d'un dragon mais je ne souhaiterais pas la mettre en danger à ma place. Je lui dois beaucoup, expliqua la Française en détournant la tête.
Le Gryffondor ne la pressa pas davantage mais il pouvait deviner le reste. Olympe Maxime était une demi-géante. Il y avait fort à parier que de par son ascendance, elle appliquait une politique de tolérance par rapport aux élèves de toutes origines et peut-être avait-elle en particulier pris Fleur sous son aile à cause de son sang vélane. Chaque dimension avait ses petites différences donc il ne pouvait pas toujours se fier à ce qu'il avait appris ailleurs. Peut-être lui en parlerait-elle un autre jour, lorsqu'ils ne seraient à deux doigts de risquer leurs vies tels des gladiateurs dont les vies servaient de spectacle au peuple romain.
Viktor finit par quitter la tente et revint quelques instants plus tard avec l'ancien joueur de Quidditch britannique qui affichait un air confus.
- Nous commencions à nous demander où vous étiez passé, monsieur Verpey, lui fit remarquer Harry d'un air le plus sérieux du monde.
Fleur cacha son hilarité par une toux polie tandis que Viktor dissimula la sienne par un grognement. Ryan n'eut pas le même degré de contrôle, manquant de s'étrangler en essayant de retenir le sien.
Par un étrange tour du destin, Ryan s'était retrouvé à la fois le dernier à tirer au sort son dragon mais également le premier à devoir l'affronter. En toute sincérité, le Gryffondor était soulagé à l'idée de mettre fin à cette interminable attente. Déjà lorsqu'il s'agissait de Quidditch, il peinait à maîtriser ses nerfs pendant les quelques minutes qui précédaient le début du match et les discours stratégiques de leur capitaine n'y avaient jamais rien fait. Au moins, son attente serait courte aujourd'hui et il ne pouvait s'empêcher de croire que son frère avait quelque chose à voir là-dedans.
Fleur avait tiré le Vert gallois et Viktor le Boutefeu chinois, ce qui ne leur laissait que le Suédois à museau court et le Magyar à pointes. Pourtant, Harry avait pris son temps en plongeant la main dans le sac et il en avait ressorti le Magyar miniature par la queue. C'était pourtant d'une simplicité enfantine que d'identifier au toucher les épines du Magyar… ce qui laissait supposer Ryan que son jumeau avait choisi le dragon le plus dangereux des deux. Pourquoi Harry avait-il fait ce choix ? Était-ce pour le protéger ?
Son train de pensée s'arrêta net lorsque le coup de sifflet retentit, l'enjoignant à quitter la tente. Passant devant un bosquet d'arbres, le Gryffondor franchit une ouverture dans la palissade qui entourait l'enclos. Il y avait des centaines et des centaines de personnes assises dans les tribunes dressées pour l'occasion. Pourtant, Ryan n'avait d'yeux que pour le dragon aux écailles d'un bleu argenté qui couvait ses œufs à l'autre bout de l'enclos.
Déglutissant non sans difficulté, le sorcier prit une profonde inspiration. C'était comme un match, il devait se concentrer uniquement sur sa stratégie et oublier le reste.
- Accio Nimbus 2000 ! S'écria-t-il en levant sa baguette au-dessus de sa tête.
Les secondes qui s'ensuivirent lui parurent extraordinairement longues, jusqu'à ce qu'il finisse par l'entendre fendre les airs derrière lui. Ce ne fut qu'une fois le balai entre ses mains et après avoir quitté le sol qu'il se sentit véritablement dans son élément. Sa peur l'avait quitté en même temps qu'il avait commencé à s'élever dans les airs. L'attrapeur avait l'impression de se retrouver dans un match de Quidditch.
Il ne restait plus qu'à déterminer qui était le plus rapide entre le dragon et lui.
- Bordel de merde !
Le juron échappa à la Française lorsque le jet de flammes embrasa un pan de sa robe. Elle s'empressa d'y appliquer un jet d'eau mais la distraction manqua de lui faire perdre complètement sa concentration. Ses yeux bleus fixèrent de nouveau sans ciller la haute silhouette du dragon qui dormait bruyamment.
Fleur avait certainement eu de la chance en tirant le Vert gallois, qui était loin d'être le plus agressif ou le plus sauvage des quatre dragons. Son rugissement résonnait d'une manière presque mélodieuse lorsqu'elle avait lorsqu'elle avait pénétré dans l'arène. Pour autant, il s'agissait de la première fois qu'elle essayait de charmer une créature aussi massive et sauvage qu'un dragon avec ses pouvoirs de vélane.
Déchirant le pan ravagé de sa robe d'un geste de sa baguette, la tenue de la Française ressemblait davantage à une jupe désormais, lui arrivant à peine au niveau du genou. Ses cheveux d'un blond argenté étaient attachés en queue de cheval dans son dos, ne gênant ainsi pas sa vue. Marchant d'un pas régulier, la jeune femme prit soin d'approcher les œufs en faisant un large détour, peu désireuse de se retrouver à nouveau dans la trajectoire du museau du Vert gallois si ce dernier se mettait à cracher de nouveau des flammes en ronflant !
Toute son énergie était concentrée à maintenir le dragon dans son état de transe et à ignorer la sensation de brûlure qui l'assaillait à chacun de ses pas. Pour oublier la douleur, elle laissa ses pensées dériver vers les autres champions. De ce qu'elle avait pu entendre depuis la tente, Ryan était parvenu à s'emparer de son œuf d'or même s'il avait été légèrement blessé par son dragon. Viktor et Harry n'affronteraient leurs propres créatures qu'après elle.
Les gradins explosèrent en cris et en applaudissements lorsqu'elle brandit bien haut son œuf d'or au-dessus de sa tête. Fleur se surprit à goûter à cet instant parce qu'à la différence de son quotidien, l'attention et l'admiration de la foule n'étaient pas dus – ou pas principalement – à son charme mais à ses talents de sorcière. L'élève de Beauxbâtons avait découvert assez jeune qu'elle préférait largement être appréciée pour qui elle était plutôt que pour son pouvoir d'attraction voire sa seule beauté. Hélas, les hommes capables de résister à son charme étaient rares et parmi eux, plus rares encore étaient ceux qui ne désiraient pas qu'un simple trophée à leurs côtés.
Laissant l'infirmière de Poudlard traiter ses brûlures avec un baume, Fleur rassura Madame Maxime sur son état et lui demanda de lui réserver une place dans les gradins pour assister aux épreuves de ses concurrents. Elle ne l'avouerait pas à voix haute mais elle voulait surtout voir comment Harry allait se débrouiller face à son dragon.
Se sachant le dernier à entrer en scène, Harry avait choisi de se changer. Son uniforme était suffisant pour assister aux cours de Poudlard mais il préférait un autre genre de tenue pour se confronter à une créature de quinze mètres de haut. Il avait ainsi revêtu un habit traditionnel chinois similaire à celui qu'il portait le jour où Fleur et Viktor étaient arrivés à Poudlard, avec un col Mao et une fermeture brandebourg. Toutefois celui-ci était de couleur anthracite, tout comme le pantalon qui le complétait. Par-dessus l'habit, le Gryffondor enfila un long et large manteau bleu nuit, orné de motifs blancs qui ressemblaient à de petits oiseaux aux ailes déployées. Il s'agissait de cadeaux offerts par Watanuki dont il avait ajusté la taille à son nouveau corps.
Quittant la tente après avoir entendu le signal, Harry songea qu'il aurait été plus facile de recourir à l'une de ses anciennes stratégies pour remporter l'épreuve. Sur son éclair de Feu, il serait capable de s'emparer de l'œuf d'or en un temps record après tout. Par ailleurs, il existait mille et une façon de tuer un dragon mais il n'avait pas le cœur à tuer une créature qui ne l'avait pas mérité, en particulier pour le plaisir de la foule.
Au cours de son existence, il avait appris à reconnaître les opportunités sous-jacentes à certaines épreuves. Il comptait profiter de cette tâche pour rendre service à Watanuki ainsi que pour tester une théorie. Il n'y avait plus qu'à espérer que cela ne lui coûte pas la vie, ce serait une mort des plus stupides. Mort glorieuse certes mais stupide.
- Accio Mokona Modoki ! S'écria-t-il après avoir levé sa baguette vers le ciel.
Il patienta quelques instants, son regard émeraude ne quittant jamais les yeux jaunes du Magyar à pointes. Les secondes s'écoulèrent avant qu'il ne l'entendre siffler dans les airs. Sa main libre se referma sur la tête de Mokona comme sur une balle de volleyball.
- Encore ! Mokona veut recommencer ! S'exclama la boule de poils blanche avec bonne humeur.
- Plus tard, si tu veux. Mokona, j'ai besoin de ce que Watanuki t'a confié à mon attention.
Sans plus un mot, Mokona ouvrit grand la bouche et il en jaillit une petite boîte rectangulaire. Rangeant sa baguette et plaçant Mokona sur son épaule, Harry ouvrit la boîte et en sortit ce qui ressemblait à de l'ambre, sous une forme ovoïdale. Le sorcier sourit en le prenant délicatement entre ses doigts, entendant le bruit d'eau qui s'en dégageait et la petite forme sinueuse qui bougeait à l'intérieur. Il ne s'agissait en effet pas d'une pierre mais d'un œuf qui contenait une créature qui n'attendait que de pouvoir naître. Voilà le vœu qu'Harry allait tenter d'exaucer au péril de sa vie.
A la surprise d'Harry, un autre objet surgit de la bouche ouverte de Mokona, qu'il attrapa par réflexe avec une main. Il s'agissait d'un parapluie bleu décoré avec de la dentelle. Un ruban de soie bleu était attaché à la moitié avec un motif qui rappelait des gouttes d'eau.
- Quelque chose me dit que ceci ne vient pas de la remise de Watanuki, n'est-ce pas ? Demanda Harry avec une pointe d'amusement.
- Quand l'Ame Warashi a appris ce que tu allais affronter, elle a demandé à Watanuki de te le prêter pour l'occasion. Oh, et elle a dit aussi qu'il y aurait un prix à payer, quelque chose à voir avec un bal…
Il aurait dû s'en douter. Difficile de croire que la petite fée de la pluie ait eu un tel geste à son égard quand on connaissait son profond mépris pour les humains et son sacré caractère en général. Il savait aussi que ce n'était pas une mauvaise personne, elle éprouvait une sincère affection envers ses amis, comme la Zashiki Warashi qu'elle protégeait tout particulièrement avec l'aide de ces punks de Karasu Tengu.
D'un autre côté, il n'était plus vraiment un humain ordinaire. Parfois, il se demandait même s'il pouvait encore être qualifié d'humain… mais ce n'était pas le moment d'avoir cette réflexion, surtout sans une bonne bouteille de saké et Kimihiro Watanuki pour lui raconter des histoires fantastiques. Le propriétaire de la boutique de souhaits était sacrément drôle lorsqu'il avait un peu bu, se mettant souvent à gesticuler, pour le plus grand plaisir de Maru et Moro et de Shizuka Domeki quand ce dernier était présent dans la boutique.
Les lèvres du Gryffondor s'étirèrent en un léger sourire tandis qu'il sentait sa magie entrer en résonnance avec celle du parapluie.
- Mokona, je vais avoir besoin que tu tiennes l'œuf. Fais attention à ne pas le laisser tomber, d'accord ?
- Mokona sera prudent !
Pour plus de précaution, Harry ouvrit son col mao et glissa Mokona dans ses vêtements pour lui assurer une meilleure assise et permettre à Harry d'avoir les mains libres. Une baguette dans sa main droite, un parapluie dans sa main gauche et une boule de poils dont la tête émergeait de sa tunique, il devait avoir fière allure ! Cette seule pensée élargit un peu plus son sourire tandis qu'il avançait prudemment en direction du dragon.
Les yeux jaunes de la créature étaient toujours fixés sur lui quand sa mâchoire commença à s'écarter. Il y avait mille et une façons de tuer un dragon mais Harry ne voulait pas tuer une mère qui défendait sa progéniture, pas s'il pouvait l'éviter. À charge pour lui de voir si sa résolution l'emporterait face à la détermination du dragon… et si elle ne lui coûterait pas la vie.
Tandis que la gueule du Magyar s'éclairait de la lueur des flammes qu'il allait cracher, Harry déplia le parapluie.
- Non ! S'écria Ryan en voyant ce que son frère avait appelé à lui avec le sortilège d'attraction.
Le Survivant avait demandé à pouvoir se rendre immédiatement dans les tribunes après avoir été sommairement soigné par Madame Pomfresh pour les blessures assez superficielles qu'il avait subies lors de sa confrontation avec son dragon. Ayant été le premier à passer, il était arrivé à temps pour voir Viktor triompher de l'épreuve. Le Gryffondor avait espéré que son jumeau emploierait une stratégie similaire à la sienne en utilisant le sortilège d'attraction pour faire venir son balai. Au vu de la façon dont il volait à la Coupe du monde de Quidditch et du fait qu'il possédait un Éclair de Feu, nul doute qu'Harry aurait pu faire au moins aussi bien que lui. Avec le temps, Ryan avait acquis assez d'humilité pour reconnaître que son frère savait faire des choses sur un balai dont lui-même était encore incapable.
Une fois de plus, Harry venait de le surprendre. Plutôt que d'appeler à lui son balai ou un objet un tant soit peu utile face à un dragon, celui-ci avait fait venir une boule de poils qui semblait avoir les mêmes propriétés qu'un sac sans fond puisqu'une sorte de boîte et un parapluie étaient sortis de sa bouche. Que comptait-il bien faire avec ce genre d'objets face à une créature cracheuse de flammes mesurant quinze mètres de haut ? C'était de la folie pure !
Assise à côté de lui, sa mère affichait un teint livide et serrait sa robe si fort que les jointures de ses mains en étaient devenues blanches. Son père ne semblait pas mieux disposé à en juger par les traits contractés de son visage et la façon dont il avait empoigné sa baguette, à moitié dissimulée sous sa cape. Sans doute se retenait-il d'intervenir mais Ryan n'était pas sûr qu'il résisterait bien longtemps à la tentation de porter secours à son fils. Cela le rassura quelque peu de les voir s'inquiéter pour son frère. Depuis l'audience qui les avait opposés à Harry, Ryan ne pouvait s'empêcher les voir sous un autre jour et de se demander – égoïstement sans doute – ce qui se serait passé si c'était Harry qui avait été marqué par Voldemort à sa place. Aurait-il été placé chez les Dursley ?
- Ryan ? Tu as vu ? Lui demanda Hermione d'un ton songeur.
- Quoi donc ? Harry va bien ? Répondit Ryan en sortant de ses pensées, avant de se pencher en avant pour essayer de mieux l'apercevoir.
- Pas en bas, regarde le ciel. Il était dégagé il y a encore quelques instants et le voilà couvert de nuages, c'est bizarre.
Le Gryffondor devait reconnaître que c'était étrange. Il s'était réjoui un peu plus tôt de pouvoir voler dans de bonnes conditions météorologiques et voilà que le ciel était désormais obscurci par des nuages si lourds et si sombres qu'ils en paraissaient très menaçants.
En entendant sa mère laisser échapper une exclamation d'horreur, Ryan reporta son attention sur l'arène. Merlin ! Le dragon était en train de cracher ses flammes en direction d'Harry !
Harry attendit le tout dernier moment pour se projeter derrière un large rocher. Lorsque les flammes commencèrent à se déchaîner sur la roche, il utilisa un sortilège de lévitation pour faire voler l'œuf d'ambre vers les flammes. L'ambre résista plusieurs secondes mais à sa grande surprise, elle ne fondit pas sous la chaleur des flammes du dragon. À la place, l'œuf se mit à s'étirer et à grossir jusqu'à atteindre la taille d'un œuf d'Autriche.
Le spectacle était fascinant même si Harry avait conscience que contrairement à l'œuf, son rocher allait finir par fondre sous la puissance des flammes ou pire encore, que le dragon allait finir par perdre patience et changer d'angle pour l'attaquer. Ce n'était pas qu'Harry était perdu dans sa contemplation du processus, il était en train d'invoquer une magie qui n'était pas enseignée à Poudlard ou plus exactement, qui n'y était plus enseignée depuis des siècles. La magie élémentaire, dans sa forme la plus pure, était lente et demandait à la fois beaucoup d'énergie mais aussi un conduit magique plus spécialisé qu'une baguette. Pourquoi prendre plusieurs minutes à invoquer un seul élément alors qu'une baguette magique permettait d'en utiliser plusieurs en l'espace de quelques secondes ?
- L'œuf est en train d'éclore ! S'exclama Mokona.
- Prépare-toi à le renvoyer à Watanuki, le dragon ne doit pas naître ici !
Alors que la créature serpentine commençait à fendre sa coquille, Harry utilisa un sortilège d'attraction et l'œuf vola jusqu'à la bouche largement ouverte de la boule de poils, grâce à laquelle elle allait voyager jusqu'à la dimension où se trouvait la boutique de Watanuki. Il y avait fort à parier que le nouveau-né s'attacherait à la première personne qu'il verrait et mieux valait que ce ne soit pas un Magyar à pointes ou pire encore, Dumbledore !
Le timing était parfait, quoiqu'un peu trop serré peut-être puisqu'un coup de queue du Magyar à pointes fit exploser en éclats le rocher brûlant derrière lequel il avait trouvé refuge. Tenant toujours Mokona contre lui, le sorcier fit plusieurs roulades pour s'écarter avant de se remettre sur pied, défiant clairement le dragon de sa baguette.
La créature commit une seule erreur, celle de s'envoler pour le dominer. C'était un réflexe naturel mais c'était aussi le signal qu'attendait Harry pour relâcher l'énergie presque intenable qui faisait vibrer le parapluie ainsi que sa main gauche. Le jeune Potter leva le parapluie vers le ciel et le déploya avant de crier. Il ne s'agissait pas d'une formule magique, ni d'une quelconque invocation mais c'était comme un signal, une façon de briser ce lien qui l'unissait aux cieux d'une façon que les sorciers d'aujourd'hui ne connaissaient plus guère.
Un bruit de tonnerre retentit avant que de l'eau ne se déverse du ciel. On ne pouvait pas qualifier de pluie ce qui ressemblait davantage à une chute d'eau surgie de nulle part. Fortement concentrée, l'eau percuta le Magyar de plein fouet avec une puissance qui le submergea et qui l'empêcha de cracher ses flammes.
Soucieux de ne pas perdre un instant, Harry se concentra sur la deuxième partie de son plan. L'eau ne pourrait pas retenir le dragon bien longtemps, d'une part parce que le sorcier ne pouvait pas maintenir une telle pression plus de quelques instants avant de s'épuiser complètement et d'autre part parce que le Magyar était assez intelligent pour esquiver la prochaine « douche froide » qu'Harry lui enverrait.
Cela tombait bien, le sorcier ne comptait pas recourir deux fois au même stratagème. Il avait simplement eu besoin de temps mais comme en témoignaient les lueurs qui éclairaient par instants les nuages sombres, le moment était venu.
Le Magyar venait de s'ébrouer et s'apprêtait à repartir à l'attaque quand Harry replia son parapluie. Le Gryffondor le pointa ensuite vers le ciel et concentra toute la magie disponible. Le dragon s'envola aussitôt, tournant la tête dans tous les sens en cherchant à identifier d'où viendrait l'eau cette fois-ci. Le déluge ne vint jamais. En revanche, un violent éclair traversa le ciel et percuta le Magyar en pleine poitrine, l'éjectant à l'autre bout de l'arène. Le dragon tomba comme une masse, faisant trembler le sol sous les pieds d'Harry, mais il ne se releva pas.
Laissant échapper une profonde expiration, Harry parcourut lentement la distance qui le séparait des œufs en se servant du parapluie comme d'une canne. Il ignora les applaudissements et les cris de la foule, concentré sur la seule tâche de mettre un pied devant l'autre. Ce genre de magie était incroyablement puissante mais effroyablement épuisante aussi, ce pourquoi elle n'était plus guère enseignée dans les écoles modernes de magie. Après avoir rangé sa baguette, le Gryffondor attrapa l'œuf d'or de sa main libre et le brandit à la vue des juges.
Il n'attendit pas de voir leurs notes pour se laisser glisser en position assise contre un rocher, complètement vidé de toute énergie.
- Puu ! Mokona ne ferait pas ça tous les jours !
- Moi non plus, concéda Harry avant de caresser la tête de la boule de poils.
Un sourire effleura ses lèvres en voyant la poitrine du dragon se soulever. Il était rassuré de ne pas l'avoir tué par mégarde.
Telle fut sa dernière pensée avant de perdre connaissance.
Assis dans l'une des loges les moins exposées des tribunes, un gobelin avait observé toute la scène d'un air appréciateur. Ragnok s'était attendu à ce que le jeune Harry innove par rapport à ses condisciples mais cette utilisation de la vieille magie était de toute beauté. Le président de Gringotts songea qu'il devrait demander au sorcier où il s'était procuré ce parapluie qui ne semblait guère ordinaire. En dehors des artefacts gobelins tels que l'épée de Gryffondor, rares étaient les objets ensorcelés capables de supporter une telle puissance magique et Ragnok était à peu près sûr que ce parapluie n'était pas de fabrication gobeline.
Il n'était toutefois pas le seul occupant de la loge. Thorin avait bien entendu insisté pour assister à l'épreuve face au dragon mais le guerrier s'était excusé quelques instants auparavant pour rendre visite à son protégé à l'infirmerie. En dehors de quelques gardes gobelins, la seule autre personne présente était un humain que Ragnok avait spécialement invité pour l'occasion.
Il s'agissait d'un homme aux cheveux noirs striés de gris au niveau des tempes et il en allait de même pour sa barbe poivre et sel soigneusement taillée. Il portait une robe de sorcier élégante et discrète, de couleur noire. Pour l'avoir observé attentivement, Ragnok avait constaté que ses yeux noisette étaient vifs, n'ayant pas quitté Harry du regard tout au long de l'épreuve.
- Qu'en avez-vous pensé ? S'enquit le président de Gringotts d'un ton empli de curiosité.
- Ryan s'est bien débrouillé avec son balai. La stratégie était simple mais efficace, surtout avec son degré de compétence en vol. Quant à Harry… il a choisi une méthode impressionnante quoique hasardeuse mais j'ai le sentiment que réussir cette tâche n'était pas son unique objectif face au dragon. Je me trompe ?
- Non, vous avez raison. De son propre aveu, ce n'est pas tous les jours qu'un sorcier peut se confronter à un Magyar à pointes sans qu'on cherche à l'en empêcher ou à le mettre en prison. Il avait besoin du feu d'un Magyar, or c'est une espèce de dragon dont nous ne disposons pas à Gringotts. Quant à la méthode utilisée, Harry est très curieux envers des types de magies peu orthodoxes. J'espérais que vous accepteriez de le rencontrer.
Âgé de soixante-quatorze ans, le sorcier laissa échapper un rire qui le fit paraître plus jeune.
- J'ai coupé les ponts avec James au décès de sa mère mais je n'aurais jamais refusé de rencontrer Ryan ou Harry. Malheureusement, James a toujours refusé de me laisser les voir depuis notre dispute et Albus n'a guère aidé à nous réconcilier. Maintenant que Harry est officiellement un adulte, l'obstacle de l'autorité parentale de James est levé et je serais ravi de m'entretenir avec Harry. Croyez-vous qu'il accepterait de me rendre visite chez moi ou bien de prendre une Bièraubeurre à Pré-au-Lard ?
- Je pense que nous pouvons arranger quelque chose rapidement.
Le sorcier se leva et s'inclina respectueusement devant le gobelin avant de reprendre sa cape et son chapeau pendus dans un coin de la pièce.
- Je vous remercie du fond du cœur pour cette opportunité, Ragnok. Puisse votre or couler à flots pour les générations à venir.
- Et puissent vos ennemis périr de votre main au terme d'une lente agonie. A très bientôt, Charlus.
Le président de Gringotts regarda le grand-père d'Harry quitter la loge en songeant que les choses avançaient plutôt bien. Il ne lui restait plus qu'à rendre visite à son protégé. Il espérait que celui-ci était réveillé, il avait mille questions à lui poser !
