Note de l'auteur : Une petite précision concernant le personnage de Charlus Potter. Lorsque cette fiction a démarré en 2011, JKR n'avait pas encore révélé l'identité des parents de James Potter, ce pourquoi j'ai choisi de lui donner pour parents Charlus Potter et Doréa Black, faits recensés dans la fiction dès le chapitre 3 « Vivre parmi les gobelins ». Voilà pourquoi ils continueront d'être les parents de James dans cette fiction, à la place de Fleamont et Euphemia. Bonne lecture !
Chapitre 18 : Le Niffleur Ensorcelé
Tandis qu'il s'enfonçait progressivement dans l'eau chaude, Harry songea qu'il avait été bien bête de ne pas avoir songé à cette solution auparavant. Plutôt que de prendre le risque d'utiliser la salle de bain des préfets où il pourrait être surpris par d'autres élèves ou pire encore, espionné par Mimi Geignarde, il était beaucoup plus simple de recourir à la salle sur demande. Le Gryffondor l'avait ainsi aménagée en une large et profonde piscine chauffée avec un décor qui n'était pas sans rappeler des thermes romains. Après une séance draconienne d'entraînement, notamment à l'épée, rien ne faisait plus de bien qu'un bon bain chaud !
Plus de deux semaines s'étaient écoulées depuis son épreuve face au dragon et ils entameraient bientôt leur dernière semaine de cours du trimestre. Hélas, Harry avait dû abandonner tout espoir de quiétude quand le professeur McGonagall avait annoncé, la veille, l'organisation d'un bal le soir de Noël. Si cette hystérie collective n'avait concerné que les autres élèves, le jeune Potter aurait volontiers apprécié le spectacle. Malheureusement, sa participation à la coupe du monde de Quidditch, son statut de champion et sa récente performance face au dragon semblaient avoir considérablement accru sa popularité auprès de la gent féminine. En l'espace d'une journée, il avait déjà reçu cinq propositions, qu'il avait toutes refusées aussi poliment et délicatement que possible, en expliquant être flatté mais avoir déjà une cavalière.
Fleur avait été la première à lui demander de l'accompagner au bal et, non contente de s'avouer vaincue, elle avait obtenu qu'il lui réserve au moins une danse au cours de la soirée. La Française était très persuasive et surtout, Harry devait reconnaître qu'il appréciait sa compagnie.
Kathleen avait également souhaité qu'il soit son cavalier mais en dépit de sa déception, la jeune Black avait semblé rassurée de constater qu'Harry ne lui tenait pas rigueur personnellement de la façon dont son père avait mis son nom dans la Coupe de Feu. Le voyageur avait éprouvé une once de culpabilité à l'idée d'utiliser ce prétexte pour justifier qu'ils aient si peu parlé ces derniers temps et pour se donner bonne conscience, il lui avait aussi proposé de lui réserver une danse.
Sa principale source de préoccupation au sujet du bal concernait justement sa cavalière.
Après la première épreuve, le premier réflexe d'Harry à sa sortie de l'infirmerie avait consisté à contacter Watanuki. Son ami lui avait confirmé que la petite fée de la pluie était on ne peut plus sérieuse quant à sa venue à Poudlard pour l'accompagner au Bal de Noël. Pis encore, ce fichu binoclard n'avait même pas cherché à dissimuler son hilarité devant la déconfiture d'Harry ! Se rendait-il seulement compte de la difficulté qu'il allait éprouver à dissimuler la présence d'un esprit de la nature de classe supérieure, et ce au nez et à la barbe de Dumbledore ? Si cet indécrottable fouineur de directeur découvrait que l'Ame Warashi, non contente de ne pas être humaine, n'appartenait pas non plus à la même dimension, combien de temps mettrait-il pour découvrir qu'Harry n'était pas non plus originaire de leur monde ?
Cependant, Harry savait qu'il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. Watanuki lui avait dit et répété que tous les services avaient des contreparties, pas seulement les siens. Le Gryffondor n'avait tout simplement pas anticipé qu'il devrait un tel service à la petite fée de la pluie et encore moins qu'elle exigerait ce genre de contrepartie. Le sorcier n'avait plus qu'à prier toutes les divinités existantes pour que sa cavalière ne se montre pas trop… explicité dans son dédain vis-à-vis des humains.
Le Bal de Noël n'était que la première chose sur la liste de ses préoccupations. Charlus Potter avait justement exprimé le désir de le rencontrer et l'adolescent ne pouvait pas se permettre de laisser passer cette opportunité. Non seulement le patriarche Potter représentait l'une de ses seules pistes pour retrouver la trace du sceau de Salomon mais il s'agissait aussi de la première fois qu'il aurait l'occasion de le rencontrer en chair et en os. De tous les mondes qu'il avait visités, il s'agissait du premier où Charlus était toujours vivant. Ragnok s'était arrangé avec le professeur McGonagall pour que le jeune Potter puisse passer le prochain samedi à Gringotts afin de s'occuper de ses affaires financières. Harry comptait bien sûr s'en occuper mais il passerait également une bonne partie de la journée avec son grand-père.
Ce serait aussi une très bonne chose qu'il soit absent de Poudlard ce samedi puisqu'il s'agirait de la première parution du Niffleur ensorcelé ainsi que de l'ouverture de sa première librairie sur le Chemin de Traverse. Jamais il n'aurait cru pouvoir avancer son calendrier à ce point. En vérité, il n'aurait sans doute pas pu le faire sans les trois millions de gallions qu'il venait d'obtenir de Sirius Black en dommages et intérêts. Loué soit son parrain alternatif, il avait beau ne pas arriver à la cheville de l'original, il avait au moins quelque vertu financière.
Harry rouvrit les yeux lorsqu'il se fit copieusement éclabousser par la boule de poils qui venait de plonger dans la piscine.
- Mokona adore la piscine ! S'exclama la créature qui battait frénétiquement ses petites pattes pour avancer.
- Tu n'es pas le seul, concéda Harry avec un sourire avant d'écarter les mèches de cheveux noirs qui s'étaient collées à son front. Est-ce que tu sais quand les autres doivent arriver ?
- Les autres ? Oh, Watanuki m'a dit que Shaolan, Fye et Kurogane devraient venir pour le bal eux aussi ! Il a dit qu'en les faisant voyager avec la petite fée de la pluie, ça muterait… mutilerait…
- Mutualiserait ?
- Oui, c'est ça ! Watanuki a dit que ça « mutualiserait le coût du voyage » s'ils venaient tous les quatre te voir en même temps ou quelque chose comme ça.
Le Gryffondor esquissa un sourire en songeant que ce serait bon de les revoir après tout ce temps. Il n'était pas trop inquiet au sujet de Shaolan et de Fye qui étaient tout à fait capables de se fondre dans la masse, ils étaient tout deux très sociables. Son appréhension était davantage dirigée envers le ninja au tempérament explosif… mais après tout, si Kurogane venait à malencontreusement casser le nez de Dumbledore, cela lui ferait un excellent souvenir à partager avec Watanuki ! Peut-être même lui raserait-il sa longue barbe avec son katana ?
Sur cette pensée joyeuse, il entreprit de faire quelques longueurs tout en continuant à réfléchir. Son procès en dommages et intérêts contre James et Lily Potter suivait son cours et Gornuk avait bon espoir de parvenir à leur extorquer une somme importante devant le Magenmagot. Les Potter étaient certes loin d'être aussi riches que la famille Black mais Harry avait pu confirmer auprès de Gripsec qu'ils s'étaient enrichis depuis la disparition de Voldemort, treize ans plus tôt. Comme disaient les gobelins, pourquoi laisser l'or dormir dans un coffre quand on peut l'investir à bon escient ?
Il termina sa longueur en allant récupérer l'œuf d'or posé à proximité du bassin. Autant écouter l'énigme de la seconde tâche avant de sortir de l'eau, ce serait une bonne chose de faite avant d'aller se coucher. Il avait le sentiment que ce samedi allait être une longue journée.
Le soleil n'était pas encore levé lorsque Ryan prit place à la table des Gryffondor pour prendre son petit-déjeuner en ce samedi matin. Un réveil aussi matinal ne lui était guère coutumier pendant le weekend mais comme il l'avait expliqué à Hermione lorsqu'il l'avait croisée dans la salle commune, il avait ses raisons. Le Survivant en avait plus qu'assez de recevoir des demandes pour être sa cavalière au bal de Noël, en particulier lorsqu'elles étaient formulées par de parfaites inconnues qui le conspuaient encore trois semaines auparavant. Las de ne plus avoir un seul moment de paix en dehors de son dortoir, son souhait le plus cher consistait désormais à manger au calme et sans interruption.
Ron était le grand absent à ce tableau mais le jeune Potter aurait eu davantage de chances de dresser son Suédois à museau court à lui rapporter une balle plutôt qu'à arracher le benjamin des frères Weasley aux bras de Morphée. D'ailleurs, s'il était tout à fait honnête avec lui-même, Ryan ne recherchait pas spécialement la compagnie du rouquin. Après avoir reçu ses excuses, Ryan l'avait pardonné mais il n'avait pas oublié pour autant et il devait reconnaître qu'il ne se sentait plus aussi proche de lui qu'auparavant. Hermione l'avait soutenu et aidé à se préparer tout du long et force était de reconnaître qu'il ne s'en serait pas aussi bien sorti sans elle.
Sa préparation pour le tournoi n'était pas sa seule raison pour vouloir passer davantage de temps avec Hermione qu'avec Ron même s'il était aussi question d'apprentissage. Elle était beaucoup plus disposée à étudier et à réviser que Ron, ce qui était exactement ce qu'il recherchait aujourd'hui. Lors de la première épreuve, Ryan avait découvert un fossé gigantesque entre Harry et lui sur le plan académique qu'il n'aurait jamais soupçonné auparavant. Bien sûr, il était fier de son frère et content de voir ses notes s'améliorer mais après l'avoir vu face à son dragon, Ryan craignait d'être complètement dépassé par Harry.
Après plus de deux semaines de recherche, le Gryffondor ne savait toujours pas quelle magie Harry avait utilisée pour déchaîner les éléments face au Magyar à pointes. Même sa meilleure amie avait botté en touche, supposant qu'il s'agissait de magie élémentaire mais sans les ouvrages nécessaires sous la main, il lui était impossible de le vérifier… et pour cause, cette magie n'était plus enseignée à Poudlard depuis plusieurs siècles !
Sortant de ses pensées, Ryan remarqua qu'Hermione était plongée dans la lecture d'un journal qui ne ressemblait guère à la Gazette du Sorcier ou au Chicaneur.
- Est-ce que c'est un journal moldu ? Demanda-t-il avec curiosité, remarquant que les images ne bougeaient pas.
- Celui-là ? Non, c'est le premier numéro d'un nouvel hebdomadaire sorcier, le Niffleur Ensorcelé. Ce n'est pas le Guardian mais je trouve son contenu intéressant, bien davantage que la Gazette en tout cas. Tu veux le lire ?
- Avec plaisir ! Tout pour ne pas pleurer des larmes de sang devant un autre article nauséabond de Rita Skeeter.
- Tiens, je l'avais presque fini.
Ryan parcourut la Une du journal et dût admettre qu'il l'intrigua autant qu'Hermione. Contrairement à la Gazette du Sorcier, la première moitié du Niffleur était consacrée à la vie quotidienne de Poudlard, mettant en lumière des élèves de différentes maisons et de différentes années d'études. C'est ainsi qu'il apprit que pour pallier à l'absence de coupe de Quidditch cette année, certains professeurs avaient encouragé les élèves à proposer des activités alternatives, comme un club de football à l'initiative de Poufsouffle et de Gryffondor ou encore un club d'échecs lancé par les Serdaigle et les Serpentard. Tous les élèves pouvaient y participer et d'après l'hebdomadaire, les deux clubs étaient déjà populaires.
La deuxième partie du journal couvrait majoritairement l'actualité du monde sorcier britannique en général tandis que la dernière page était consacrée à des informations relatives à d'autres pays et aux dernières nouvelles du Conseil International des Mages et Sorciers. La lecture lui sembla agréable et même un peu drôle, compte-tenu du ton satyrique de certains articles. D'autres le prirent toutefois complètement au dépourvu.
Le juge Verpey bientôt devant les juges ?
L'article expliquait noir sur blanc que le directeur du département des jeux et sports magiques s'était fortement endetté en pariant, tant auprès de sorciers que de gobelins. Le montant supposé de ses dettes était tout bonnement astronomique et il semblait qu'un de ses créanciers gobelins ait accepté de confirmer l'information. Ryan ne connaissait pas grand-chose aux lois mais il supposait que l'ancien joueur professionnel ne pourrait pas garder son poste très longtemps avec un tel scandale.
- Tu penses qu'ils disent vrai ? Pour Verpey, je veux dire, précisa Ryan en levant les yeux du journal.
- Je pense que oui, ce serait étonnant qu'ils prennent le risque de se faire attaquer en diffamation par un chef de département, surtout pour un journal si récent, répondit Hermione après avoir bu une gorgée de thé. Nous devrions en avoir le cœur net assez vite, je suis sûr que la police magique va ouvrir une enquête, si ce n'est pas déjà fait.
Ryan ne serait pas mécontent de voir Verpey exclu du panel des juges mais il espérait surtout que d'autres individus autrement plus néfastes, comme Rita Skeeter, fassent ensuite l'objet de révélations similaires. En tout cas, cette lecture l'avait décidé à s'abonner au journal, son seul regret résultant du fait qu'il ne paraissait qu'une fois par semaine plutôt que tous les jours.
- Ryan ! L'interpela une voix féminine depuis l'autre bout de la table. Ryan, j'ai quelque chose à te demander !
Le Gryffondor sentit ses épaules s'affaisser en voyant une élève de troisième année qu'il ne connaissait pas s'avancer vers lui.
- Tu devrais rapidement te trouver une cavalière. Elles te laisseront tranquille si tu es déjà pris, remarqua Hermione avec un sourire compatissant.
- Tu crois ? Après tout, Harry a beau avoir une cavalière, elles ne le laissent pas tranquille pour autant… maugréa Ryan avant d'engloutir son restant de toast.
- C'est seulement parce qu'il refuse de dire de qui il s'agit. Elles ont l'impression qu'il noie le poisson sans avoir fait son choix.
- Comme pour ton mystérieux cavalier, tu veux dire ? Répliqua-t-il avec un sourire.
- Certes mais contrairement à Ron, tu me crois lorsque je te dis qu'on m'a vraiment invitée au bal, n'est-ce pas ? Lui demanda-t-elle avec une pointe de lassitude.
- Oui, Hermione, je te crois et j'imagine que tu as de bonnes raisons pour garder le secret. De toutes façons, il nous reste moins de deux semaines avant Noël alors je le saurai bien assez tôt… Allez, je vais suivre ton conseil et essayer de trouver quelqu'un avec qui je pourrais passer une soirée sans m'arracher les cheveux. Pourrais-tu être encore une meilleure amie que tu l'es déjà et me faire quelques suggestions ? Demanda-t-il avec un sourire d'excuse, les mains jointes en signe de prière.
- Tu es incorrigible… mais au moins tu ne cherches pas la première jolie fille venue. Si tu n'as personne en tête et que tu souhaites y aller avec une amie, tu pourrais demander à Kathleen. Comme elle est en troisième année, elle ne pourra venir au bal que si elle est invitée par un élève plus âgé. Cela lui fera plaisir et tu seras en compagnie de quelqu'un de confiance.
Ryan retrouva une once d'espoir. Comme souvent, Hermione avait eu une excellente idée. Il se jura qu'un jour ou l'autre, il lui ferait construire la plus grande bibliothèque possible pour la remercier de toutes leurs années d'amitié et accessoirement pour toutes les fois où elle l'avait tiré d'ennuis, petits ou grands.
- Merci Hermione, je vais suivre ton conseil. A tout à l'heure !
Luna Lovegood avait conscience d'avoir changé en l'espace de trois mois. Dans une moindre mesure, c'était le cas sur le plan scolaire depuis qu'elle avait commencé à participer à des séances de révision à la bibliothèque et dans le parc avec Neville, Harry, Drago et quelques autres. Ses notes n'avaient jamais été vraiment mauvaises mais elles s'étaient grandement améliorées en botanique grâce au jeune Londubat, en potions aussi grâce aux conseils un peu pompeux de l'héritier Malefoy et en défense contre les forces du mal avec l'aide d'Harry.
Le jeune Potter était une énigme ambulante. C'était quelqu'un de bien, elle en était certaine mais il y avait quelque chose d'étrange chez lui, comme s'il n'était pas à sa place. Elle l'avait remarqué à certaines occasions, notamment à l'audience du Magenmagot qui l'avait opposé à ses parents. Cela ne la dérangeait pas, elle était différente elle aussi mais cela l'intriguait. Ses sentiments envers ses amis semblaient sincères mais il semblait toujours réservé, avec une forme de distance… comme s'il dissimulait un secret si lourd et si sombre qu'il ne mettrait personne dans la confidence.
Ou peut-être pas tout à fait personne. Il y avait une exception à cette règle, un être avec qui Harry semblait moins secret. Mokona. La petite créature qui avait sauvé Cédric en avalant un sortilège lancé par Shirley Bridgestone. Luna n'avait jamais rencontré d'être aussi pur que la boule de poils blancs, qui était d'ailleurs presque aussi porteur de magie que le phénix du professeur Dumbledore. Mokona n'était pas une créature ordinaire, comme le leur avait brièvement expliqué Harry, ce pourquoi son existence devait rester secrète. Tant de secrets qui entouraient Harry et si peu d'avenir.
Le Gryffondor parlait beaucoup du présent et s'intéressait beaucoup aux autres aussi, cet altruisme faisait partie de ses qualités. Elle avait eu une preuve supplémentaire de cette nature face au dragon. Harry aurait pu choisir une stratégie plus simple et sans doute plus létale concernant la créature. Après tout, il avait maîtrisé l'eau et les éclairs à un niveau qu'elle ne croyait même pas possible pour un sorcier moderne. A la place, il avait pris des risques pour donner quelque chose à Mokona, bien qu'elle n'ait pas pu voir quoi exactement et surtout, il avait risqué sa vie pour épargner le Magyar à pointes, qui était sorti sonné mais relativement indemne de sa confrontation.
Pourtant, quand il évoquait le futur, il parlait de projets comme le Niffleur Ensorcelé ou des librairies qu'il allait ouvrir mais il ne parlait pas de carrière, il ne parlait pas de fonder une famille ou ne serait-ce que de faire un tour du monde une fois sorti de Poudlard par exemple ! C'était comme s'il s'attendait à devoir disparaître du jour au lendemain et cela rendait la Serdaigle très triste.
Luna ne savait pas de quoi serait fait l'avenir mais elle était contente d'avoir rencontré Harry, contente de s'être fait des amis et d'avoir étendu son horizon d'une manière qu'elle n'avait pas cru imaginable à Poudlard. Elle ne comptait pas chercher à acquérir une place particulière à ses côtés, comme semblaient le vouloir Kathleen Black ou même Fleur. Elle serait à ses côtés et l'épaulerait, autant qu'il le lui permettrait, comme il l'avait aidée, dans le Poudlard Express notamment.
Elle avait aussi décidé de prendre en main son propre futur. Elle aimait les créatures magiques, les étudier et les comprendre. Elle aimait aussi avoir des amis et, d'une certaine façon, tenter de les comprendre eux aussi. Elle avait découvert récemment qu'elle avait envie de partager sa passion avec quelqu'un de son âge et son quotidien aussi.
Voilà pourquoi elle cheminait à la lisière de la forêt interdite à côté de Neville en ce samedi matin. Après avoir pris un petit-déjeuner, le Gryffondor lui avait proposé cette balade pour récolter certaines plantes et peut-être surprendre certaines créatures magiques qui osaient s'aventurer près des humains. Luna avait accepté et lui avait d'ailleurs suggéré de l'accompagner dans une petite clairière où elle rencontrait parfois des Sombrals.
La Serdaigle savait pourquoi Neville lui avait demandé de l'accompagner. Elle avait capté son regard, la façon dont il se mordait parfois la lèvre inférieure, comme s'il voulait lui demander quelque chose mais sans savoir comment le dire. Certains Gryffondors pensaient à tort que le jeune Londubat n'était pas courageux, ce qu'elle savait être faux lorsqu'elle se remémorait la façon dont il était allé chercher Cédric pour lui venir en aide. Il avait juste un très grand cœur et autant une peur maladive de mal faire, probablement alimentée par le fait d'avoir grandi sans ses parents et d'avoir été élevé sous la tutelle de sa grand-mère. Le père de Luna respectait Augusta Londubat mais il avait coutume de dire qu'il préférerait passer une journée enfermé dans la cage d'un hippogriffe plutôt qu'en compagnie de la matriarche.
- Luna, je… je me disais, est-ce que tu restes à Poudlard pour les vacances ? Demanda Neville en regardant ses chaussures.
- Oui. Papa m'a demandé si je voulais rentrer mais je lui ai dit que je préférerai passer Noël avec mes amis. Il était content de savoir que j'avais des amis.
- C'est génial, s'exclama le Gryffondor avant d'essayer de contenir son enthousiasme. Puisque tu passes les vacances à l'école, est-ce que tu as pensé à aller euh… au bal ?
- J'y ai pensé mais je ne peux pas y aller, seuls les élèves à partir de la quatrième année peuvent s'y rendre. Les élèves plus jeunes doivent être invités pour y participer, expliqua-t-elle avec ce ton rêveur qui lui était coutumier.
Elle patienta quelques instants, profitant du silence pour attraper dans sa besace un morceau de viande crue qu'elle avait demandé aux elfes des cuisines avant de le poser à terre. La Serdaigle regarda Neville prendre plusieurs inspirations et se mordiller la lèvre à nouveau avant de prendre son courage à deux mains. Elle aurait pu formuler la demande à sa place mais elle savait qu'il avait besoin de ce moment, comme un oisillon avait besoin de craquer lui-même sa coquille de l'intérieur pour être prêt à vivre. Elle était résolue à attendre et à l'aider mais il devrait faire le premier pas.
- Justement, je me disais… enfin, si ça te dit, on pourrait peut-être y aller ensemble ? Finit-il par demander, en soutenant son regard.
- C'est une bonne idée, commença-t-elle, mais es-tu sûr de vouloir y aller avec moi ? Tu pourrais aussi demander à Ginny, je sais qu'elle cherche un cavalier pour pouvoir aller au bal elle aussi.
Si elle devait être honnête avec elle-même, cette remarque sur la sœur de Ron n'était pas nécessaire, pas pour attester du courage de Neville en tout cas. Si elle avait posé la question, c'était parce qu'elle savait que la jeune Weasley était plus jolie et plus populaire qu'elle, elle avait d'ailleurs déjà attiré l'œil de Michael Corner d'après ce qu'elle avait surpris dans la salle commune.
Comme souvent, le Gryffondor la prit par surprise.
- C'est avec toi que je veux y aller, Luna, répondit Neville avec un sourire. Honnêtement, il n'y a personne d'autre avec qui je voudrais y aller.
Le visage de la Serdaigle s'illumina d'un sourire que reflétaient ses yeux bleus.
- Cela tombe bien. Moi aussi, je n'imagine pas y aller avec quelqu'un d'autre.
Sur ces mots, elle l'attrapa par la main pour l'entraîner avec elle sur le sentier qui les ramènerait vers Poudlard. Aucun des deux n'aperçut le jeune Sombral qui vint renifler le morceau de viande avant de l'avaler en une seule bouchée.
Harry avait quitté Gringotts en fin de matinée avec un sourire satisfait. Il ne s'était pas rendu compte à quel point la compagnie des gobelins lui avait manqué, de même que l'atmosphère particulière de la banque gobeline. Le sentiment semblait être partagé puisque Ragnok l'avait interrogé dans les moindres détails sur son quotidien à Poudlard tandis que Thorin avait tenu à tester ses progrès à l'épée. Puisque le maître d'armes lui avait dit que son niveau était « correct », ce qui s'apparentait presque à un compliment pour le vétéran, le Gryffondor supposa qu'il devait être plutôt en forme. Même Gripsec avait esquissé un sourire en le voyant, si on pouvait appeler ainsi la façon dont il dévoilait largement ses dents très effilées.
Profitant de sa présence sur le chemin de Traverse, le jeune Potter s'était rendu à la toute nouvelle librairie Brocéliande qu'il venait d'ouvrir non loin de la banque gobeline sur un terrain concédé par Gringotts. Contrairement à Fleury et Bott qui proposait des livres au rez-de-chaussée et au premier étage, Brocéliande avait été aménagée sur six étages, tous ouverts au public. Les stocks étaient conservés dans un immense sous-sol et pouvaient être acheminés via un ascenseur semblable à celui du ministère de la magie à chaque étage.
Harry avait conscience qu'il avait dépensé sans compter mais le résultat était à la hauteur de ses attentes. Les livres étaient méticuleusement ordonnés sur leurs étagères et certains étaient mis en avant sur des présentoirs avec un bref synopsis tandis que d'autres faisaient l'objet d'affiches enchantées. Le bois des étagères conférait une atmosphère chaleureuse à l'établissement et les larges fenêtres ainsi que les puits de lumière le rendaient lumineux et agréable.
Il ne s'était pas attendu à un raz-de-marée de clients en ce jour d'ouverture mais le Gryffondor fut agréablement surpris de découvrir le magasin relativement rempli, notamment par de jeunes parents accompagnés d'enfants qui n'avaient pas encore l'âge d'aller à Poudlard mais aussi par des adultes de tous âges. Presque tous les vendeurs qui n'étaient pas occupés à encaisser les clients étaient sollicités par des clients pour les renseigner sur tel ou tel ouvrage.
Harry ne voulait pas crier victoire trop vite, il y aurait sans doute un effet « nouveauté » à surmonter pour s'inscrire dans le paysage du Chemin de Traverse dans la durée.
Pour l'heure, l'adolescent forçait un peu le pas pour ne pas être en retard. Heureusement que Ragnok avait eu la bonne idée de lui faire acheter un costume, sinon quoi il aurait été refoulé à l'entrée du lieu où il se rendait. Vêtu d'une chemise blanche et d'un ensemble bleu marine, le Gryffondor était en train de finir d'ajuster la cravate assortie à son cou lorsqu'un valet lui ouvrit la porte de l'hôtel.
Harry s'était attendu à ce que son grand-père l'emmène dans un restaurant sorcier du chemin de Traverse ou bien peut-être directement chez lui. A la place, il avait été invité à le rejoindre au 150 Piccadilly, à proximité de Green Park. L'immense bâtiment de style néo-classique n'était autre que le célèbre Hôtel Ritz de Londres dans lequel il devait reconnaître qu'il n'avait jamais mis les pieds.
Le décor était aussi somptueux et opulent qu'il aurait pu l'imaginer pour un hôtel cinq étoiles de cette renommée, bien qu'un peu vieillissant peut-être. Il fut conduit au restaurant dont la salle était aussi magnifique que le reste, avec d'épais rideaux et des statues d'inspiration grecque. La salle était presque vide à l'exception d'un unique occupant, attablé près d'une des grandes fenêtres.
Vêtu d'un costume noir, Charlus Potter avait des cheveux noirs striés de gris au niveau des tempes, coiffés avec une raie sur le côté. Il portait une barbe poivre et sel minutieusement entretenue. L'aspect le plus saisissant de sa physionomie résidait dans ses yeux noisette, plus vifs que ceux de James mais aussi porteurs d'une certaine douceur.
- Merci, Anton. Vous pouvez nous faire apporter le premier service.
- Tout de suite, monsieur Potter.
Le valet disparût en un instant et Harry prit place à la seule place libre de la table ronde occupée par son grand-père. Jamais il ne lui aurait donné soixante-quatorze ans. Il avait certes l'air d'un homme d'âge mûr mais il y avait dans son maintien et dans son expression la vitalité d'un homme plus jeune.
- Bonjour Harry, je suis ravi de faire ta connaissance.
- Bonjour monsieur Potter, tout le plaisir est pour moi, répondit le Gryffondor avec politesse.
- Voyons, pas de « monsieur Potter » entre nous, garde donc ça pour ton père ! S'exclama le patriarche des Potter avec un amusement non dissimulé. Appelle-moi Charlus ou grand-père, s'il te plaît.
- D'accord… grand-père.
Ils n'eurent guère le temps d'en dire plus que les serveurs revenaient leur apporter l'entrée. Il s'agissait de homard accompagné de tomates et de basilic. Le plat était si délicieux que le Gryffondor dut se retenir pour ne pas tout engloutir à toute vitesse et s'efforcer de savourer le fruit du travail du chef gastronomique de l'hôtel.
- Permets-moi de te complimenter pour ta prestation face au Magyar.
- Merci, je suis content d'en être sorti vivant et en un seul morceau, répondit modestement le Gryffondor.
- Oh, je suis sûr tu aurais pu triompher du dragon de différentes façons. Tu ne t'es pas contenté de réussir ton épreuve, tu as aussi utilisé le feu du Magyar à tes propres fins. Et puis, ta petite démonstration de magie élémentaire était intrigante. Je serais curieux de savoir où tu t'es procuré le parapluie ensorcelé que tu as utilisé, Ragnok ne semblait pas en connaître l'origine.
- On me l'a prêté spécialement pour l'occasion. Je devrai d'ailleurs le rendre à sa propriétaire au bal de Noël, répondit Harry avec un sourire quelque peu contrit.
Le jeune Potter avait dit plus qu'il n'aurait souhaité au sujet du parapluie. Il se demanda un instant si l'eau était mêlée à quelque potion mais non, ce n'était que le talent d'orateur de son interlocuteur qui avait joué contre lui. Charlus semblait être doué pour mettre les gens à leur aise, un détail dont il devrait se souvenir.
- Magnifique ! J'ai justement arraché une invitation à Dumbledore pour l'occasion, pourrais-tu me la présenter ?
- Bien sûr, je vous présenterai après l'ouverture du bal, concéda Harry en priant intérieurement pour que l'Ame Warashi ne soit pas trop bavarde avec son grand-père.
Aux homards succédèrent de belles côtelettes d'agneau du Suffolk, garnies d'aubergine, de basilic et d'olives. Là encore, il faudrait absolument qu'il transmettre ses compliments au chef. La viande était d'une tendresse à en mourir et les légumes fondaient sous la langue. C'était décidé, quand ses affaires tourneraient au mieux, il inviterait ses amis à déjeuner ici et au diable si Dumbledore n'était pas d'accord ! Si seulement il avait été majeur, il aurait pu déguster le vin que son grand-père avait choisi pour accompagner son repas.
Son attention se porta d'ailleurs sur ce dernier, dont le visage avait pris une expression plus grave.
- Je tiens à te présenter mes excuses, Harry. Je n'ai pas été là pour toi pendant ton enfance. Ton père m'a empêché d'obtenir ta garde ou ne serait-ce qu'un droit de visite officiel. D'ordinaire, cela ne m'aurait guère arrêté mais Dumbledore avait placé des barrières puissantes autour du domicile de la sœur de Lily. J'aurais sans doute pu faire davantage devant les tribunaux mais je dois t'avouer qu'après la mort de ma Doréa, je n'étais plus tout à fait moi-même.
Son grand-père semblait sincère mais Harry se garda bien d'user de légilimencie pour le vérifier. Ragnok avait effectivement retrouvé la trace des procédures entamées par Charlus devant le Magenmagot mais qui n'avaient pas abouti, du fait de l'influence d'Albus Dumbledore. Harry ne lui en tenait guère rigueur, surtout à une époque où il avait perdu son épouse et où il s'était brouillé avec son fils.
- Je suis sûr que vous avez fait votre possible… et puis, c'est le passé désormais. Si je peux toutefois poser la question, que s'est-il passé entre James et vous ?
- Oh, ce n'est pas vraiment un secret. J'étais opposé à ce qu'ils utilisent le sortilège de Fidelitas. Se reposer sur une seule méthode prétendument infaillible, c'est s'exposer à être pris au dépourvu. James l'a quand même fait et Doréa… elle s'était proposée pour vous garder, Ryan et toi, lorsque mon fils et Lily assistaient aux réunions de ce satané ordre du Phénix. Elle était seule avec vous quand Voldemort est arrivé à Godric's Hollow.
Il n'avait pas besoin d'en dire plus. Harry pouvait imaginer que la perte de Doréa avait créé un fossé entre Charlus et James, à plus forte raison lorsque le père avait fortement déconseillé au fils de se reposer sur le Fidelitas, qui avait fini par être déjoué suite à la traîtrise de Queudver.
Toutefois, il y avait certaines choses qu'Harry ne comprenait pas.
- Je comprends que vous soyez brouillés mais alors pourquoi lui avoir donné la maison ancestrale des Potter ainsi que la fortune familiale ? J'ai cru aussi comprendre que James siégeait au Magenmagot.
- Mm il me semble que j'ai encore des choses à t'apprendre. À ma connaissance, il n'existe plus de siège héréditaire au Magenmagot depuis plusieurs siècles et son nombre maximal de membres est fixé à cinquante. Il faut savoir qu'un membre du Magenmagot est élu pour sept ans. Des élections sont organisées tous les sept ans, avec la moitié des sièges qui sont renouvelés à cette occasion. Le Magenmagot est ainsi entièrement renouvelé tous les quatorze ans. A titre d'exemple, James et Sirius ont été élus il y a un peu plus de six ans, leurs sièges seront donc remis en jeu à la prochaine élection, qui aura lieu cet été. Pour être candidat, il suffit d'être considéré majeur par la loi sorcière britannique et ne pas avoir été condamné pour un acte criminel.
Il s'agissait en effet d'une véritable leçon. Harry s'était rarement intéressé au fonctionnement du Magenmagot mais il avait découvert des disparités selon les dimensions, certaines reposant sur un système plus aristocratique et d'autres sur une base plus démocratique. Cette dimension-ci était la plus démocratique qu'il avait rencontrée jusqu'ici.
- Quant à tes autres questions, c'était le vœu de Doréa que nos petits-enfants grandissent dans le manoir qui avait vu naître James et qui m'avait vu naître avant lui. Toutefois, il s'agit d'un droit que je leur accorde et que je pourrais reprendre. Quant à la « fortune » familiale, nous ne sommes pas si riches, pas autant que les Black ou que les Malefoy en tout cas, même si nous sommes relativement aisés, je te l'accorde. Je contrôle toujours le coffre principal de notre famille mais à la mort de Doréa, James a reçu la moitié de ses biens et fonds propres en héritage.
- Je me demande ce qu'elle aurait pensé de le voir dilapider son argent dans ses robes aussi ostentatoires, commenta Harry d'un air las.
Se rendant compte qu'il avait formulé cette pensée à voix haute, le Gryffondor rougit de honte tandis que son grand-père laissait échapper un éclat de rire.
- Je ne peux pas te donner tort là-dessus, mon garçon. As-tu encore de la place pour un dessert ?
- Je ne le refuserais pour rien au monde ! Honnêtement, je songe de plus en plus sérieusement à acheter ce restaurant le jour où j'en aurai les moyens, avoua Harry qui était de plus en plus tenté.
- Nul besoin de l'acheter, Harry, contente-toi d'un usage occasionnel de l'hôtel ou, comme je l'ai fait aujourd'hui, de privatiser le restaurant pour quelques heures. Cela te reviendra moins cher, crois-en mon expérience. En parlant de projets, Ragnok m'a laissé entendre que tu avais certains chantiers dans la presse, le commerce et l'éducation en cours… C'est ambitieux pour un garçon de ton âge, tu ne trouves pas ?
- La chance sourit aux ambitieux, répondit simplement Harry avant de boire une gorgée d'eau. Et puis, je suis techniquement majeur désormais alors si je suis considéré comme assez âgé pour être jeté en pâture à un dragon, pourquoi ne le serais-je pas pour me lancer dans l'entreprenariat ?
- Ma foi, c'est un argument fort juste. À ce propos, serais-tu ouvert à la participation d'un autre actionnaire ? Ragnok est généralement une valeur sûre en matière d'investissement et il est charmé par tes projets.
- Bien sûr, j'en serais honoré et d'autant plus partant si Ragnok est d'accord. Je ne pensais pas que vous vous intéresseriez à ce genre de projets.
- Détrompe-toi, Harry. Le monde sorcier est « paisible », dirait Dumbledore, un autre mot pour dire qu'il stagne. Oh, il existe bien sûr des innovations par-ci, par-là, comme de nouveaux balais, de nouvelles potions mais des changements d'envergure… cela fait plusieurs décennies que je n'en ai pas constaté. Pour tous ses grands discours progressistes, Albus est un homme des petits pas, je le classerais même dans le registre des « conservateurs bienveillants », si ce terme existe. Il ne déteste pas les moldus mais il ne se bat pas particulièrement pour que leur culture se mêle à la nôtre plus que de raison. Pourtant au début du siècle, nous adaptions leur radio, nous modernisions nos publications...
- Et aujourd'hui, plus rien ne bouge, n'est-ce pas ?
- Plus grand-chose, c'est bien vrai alors que les moldus ? Depuis que je suis à la retraite, j'aime à parcourir leurs boutiques, leurs hôtels et leurs restaurants et qu'y vois-je ? Des cinémas, des téléviseurs munis d'appareils pour enregistrer et aujourd'hui des ordinateurs. Ils ont l'air bien niais à les voire pianoter sur leurs claviers et pourtant avec ces machines, ils contrôlent des armes d'une puissance bien plus redoutable que nos sorts les plus dévastateurs.
- Vous connaissez la bombe atomique ?
- Bien sûr ! Ce n'est pas parce que je suis vieux que je suis aveugle et sourd, surtout aujourd'hui que l'information est aussi librement accessible. Il était déjà simple de se faire livrer le Guardian et le Times à domicile mais désormais, les images arrivent directement par le téléviseur. Le mois dernier, ils ont ouvert le fameux tunnel sous la Manche. Un train relie désormais Londres à Paris, n'est-ce pas extraordinaire ?
Harry ne put s'empêcher de se laisser absorber par cette conversation avec son grand-père. Il n'aurait jamais imaginé que le patriarche Potter serait aussi cultivé à l'égard des moldus et du monde en général. Il perdit la notion du temps, si bien qu'ils finirent par arriver à l'heure du thé.
On lui servit une tasse d'Earl Grey Imperial avec des pâtisseries qui avaient l'air plus appétissantes les unes que les autres. Il se laissa tenter par un scone recouvert de crème, qui se révéla sans surprise être un véritable délice.
- Si tu es gourmand, sache que mes elfes de maison sont également très doués en cuisine et en pâtisserie. Tu es le bienvenu si tu veux passer à la maison, glissa Charlus avec un sourire avant de déguster une gorgée de thé.
- Ce sera avec grand plaisir. Je suis très curieux à propos du passé de notre famille, sur lequel je connais très peu de choses. Même Gripsec, un ami gobelin, me disait il y a quelques temps que les Potter auraient été peut-être fondés par un chevalier prénommé Peredur.
Son grand-père esquissa un sourire avant de reposer délicatement sa tasse.
- Ton ami est bien informé. Messire Peredur Potter est l'un des plus lointains ancêtres dont nous ayons gardé la trace, notamment parce qu'il a été adoubé chevalier par messire Galaad, l'un des chevaliers de la table ronde du roi Arthur Pendragon. Mon grand-père s'intéressait beaucoup aux origines de notre famille et il avait retranscrit nos plus vieux documents dans un ouvrage, est-ce que tu voudrais le consulter ?
- Oui, j'aimerais beaucoup l'étudier. C'est une époque fascinante et sur laquelle on sait si peu de choses… Et puis, il y a aussi le côté légendaire bien sûr, Excalibur, le Graal… j'ai même lu que Galaad aurait possédé une épée forgée par le roi Salomon !
- La plupart sont des mythes effectivement ou en tout cas, on n'en a jamais retrouvé la trace.
Harry sentit son euphorie retomber aussi sec suite aux derniers mots de Charlus. Il avait tant espéré que la famille Potter avait gardé la trace de l'épée de Galaad. C'était la seule piste qui lui restait pour retrouver le sceau de Salomon. Le Gryffondor se consola en songeant qu'il trouverait peut-être de nouveaux indices dans le journal du grand-père de Charlus.
Il fut tiré de ses pensées par un éclat de rire du patriarche Potter.
- Ne fais pas cette tête d'enterrement, voyons ! Tous ces artefacts ne sont pas des mythes. L'épée de Galaad par exemple, ou en tout cas une épée qui nous a été transmise depuis l'époque de Peredur, est toujours en la possession des Potter. J'en ai une gravure chez moi que je te montrerai, son baudrier est magnifique. L'épée elle-même se trouve bien sûr au manoir, cela dit.
L'espoir se ralluma aussi vite tant son cœur qu'il avait commencé à s'estomper. Qu'à cela ne tienne, même si l'épée se trouvait chez les Potter, il trouverait bien un moyen d'y avoir accès, quitte à employer la ruse ou des leviers judiciaires si nécessaires.
- Merci, grand-père. Vous ne savez pas à quel point cela me tient à cœur, lui confia-t-il en toute sincérité. Si vous pouvez encore m'accorder quelques minutes, j'aurais une ou deux questions sur le Magenmagot.
- J'ai tout le temps du monde pour mon petit-fils. Que veux-tu savoir ?
- Comment se lance-t-on dans une campagne pour être élu au Magenmagot ?
Puisqu'il avait été jugé comme suffisamment adulte pour affronter un Magyar à pointes dans une compétition qui avait déjà causé la mort de plusieurs champions par le passé, pourquoi ne le serait-il pas pour se lancer dans une campagne électorale ?
