Nous sommes le 4 juillet 2021 à 3h43 au moment où j'écris ces lignes. Je viens de terminer Failles, et je ne sais pas comment je me sens. C'est quelque chose d'étrange, parce que je mets un point final à une aventure que j'avais déjà la sensation d'avoir terminée depuis un moment déjà.
D'officialiser le fait de mettre un début et une fin, en faire une réalité. Cette histoire dépasse l'univers purement fictionnel, y passe, le quitte et y revient. J'avais déjà écrit Vae soli pour moi, pour mettre de l'ordre dans ma tête et dans mon cœur. J'ai écrit Failles pour comprendre, grandir et évoluer.
C'était le chantier. J'avais bien un plan, mais c'était la première fois de ma vie où je me lançais dans un tel projet, en me disant que je n'avais aucune fichue idée d'où ça allait me mener. C'était beaucoup plus grand que tout ce que je pouvais concevoir à l'époque. C'était un peu comme si j'étais moi-même le personnage d'une fiction dont l'auteur détenait le plan d'ensemble. Sauf que c'était moi l'auteur.
Je ne sais même pas si j'ai une morale à tout ça. D'habitude, j'ai un message à vous faire passer, une grande idée que je voulais vous transmettre dès le départ, mais là… c'est juste moi, et mes tripes exposées à nu. Dans cette histoire, je suis un peu Drago, un peu Harry. Je leur ai fait vivre beaucoup, et ils m'ont beaucoup appris.
Est-ce que ça veut dire que leur histoire est celle dont je rêve ? Non, même pas. Le mariage et les enfants, ce n'est pas un dessein de vie pour moi. Mais à travers eux, j'ai lâché prise, et c'en est le symbole.
À vous de me dire quel message vous en retirez, vous. Ça m'intéresse beaucoup.
Je ne sais pas quand ni sous quelle forme, mais je vous promets que l'on se retrouvera.
Prenez soin de vous,
Flux énergétique de scarabée,
Cailean.
11/02/2018 – 04/07/2021
« Aux étincelles qui balisent notre chantier
Ces lumières qui élèvent nos âmes
Aux songes qui nous font le plus nous accrocher
Qui défient les tempêtes de nos larmes, les désarment, les éloignent pour de bon (…)
On peut voir tout s'effondrer des kilomètres à la ronde
Et demain bien accroché sur les ailes de ses rêves. »
Mes rêveurs, M. Pokora
Nous le sommes le 1er mai 2022 au moment où je reprends ces notes de fin, quasiment à la fin de la publication de Failles. Je tiens à vous remercier de tout cœur d'avoir suivi cette histoire et de m'avoir fait confiance.
J'ai eu le temps de prendre du recul sur cette histoire et sur son impact sur ma vie, qui est absolument extraordinaire. Je m'attendais à un déchirement en m'en séparant après plus de trois ans à travailler dessus, mais... rien. Ce Drago et ce Harry font définitivement partie de moi, au point que, dans douze jours, je me fais tatouer un projet qui se rapporte à eux. J'ai grandi à travers eux, et ils sont mon refuge comme j'ai appris à devenir mon propre refuge à travers le temps.
Je sais maintenant ce que je veux faire de la suite de mon engagement dans l'écriture.
Comme vous le savez, j'ai toujours écrit avec mes tripes, et l'histoire vers laquelle je tends est une histoire inédite, que je tenterai de faire publier. Est-ce que pour autant, j'ai l'intention d'arrêter les fanfictions ? La réponse est non. J'ai quelques projets en suspens, étant essentiellement les OS bonus de Vae soli et de Failles, mais également de Tu as les yeux de ton père, Élia. Le temps est passé, mais je n'ai pas oublié. Et puis, il y a toujours la possibilité d'OS ponctuels, notamment pour les moments où j'aurai besoin d'une soupape dans l'écriture d'un plus grand projet.
Bien sûr, tant que Damelith le souhaitera, vous me retrouverez à travers la relecture de ses histoires, pour laquelle je prends toujours énormément de plaisir. Le début d'une aventure hors fanfictions ne signifie donc pas la fin des fanfictions, mais Failles m'y aura progressivement mené.
Un indice sur cette future histoire pour être arrivé-e-s jusqu'ici ? L'inspiration est née avec J'en suis là de Slimane.
A une prochaine, je l'espère. Merci d'avoir été là.
Cailean
15 mai 2022
J'en reviens toujours à ces notes de fin, sachant que j'ai encore tellement à vous dire, mais sans savoir comment vous le dire.
Je terminais Vae soli il y a environ 3 ans, j'avais alors 25 ans et je découvrais avec bonheur... la vie. Ca a été l'année la plus heureuse de ma vie, c'était la libération après tant d'année d'enfer et c'était l'avant COVID. J'ai horriblement mal vécu les différents confinements qui m'éloignaient de ma recette personnelle du bonheur, que j'avais finalement trouvée.
Si je devais résumer 2020 et 2021, les qualificatifs ne sont pas glorieux. J'ai vécu des situations horribles, entre mon ancienne coloc qui m'a foutu à la porte parce que j'étais trop souvent à l'appart (en plein confinements !), cinq semaines en tant que SDF, une relation toxique et le burn out. Contre tout ça,...
Contre tout ça. Voilà le problème, je me bats plutôt que de lâcher prise. Mais j'apprends. Je suis en thérapie, sous anti-dépresseurs (j'ai enfin accepté d'en prendre). Et puis plus j'y pense, et plus il y a de belles choses qui me sont arrivées aussi et qui font qu'en 2022 j'essaie de faire les choses bien pour mon propre bien-être. Notamment ma relation toxique et mon burn out ont révélé tout ce sur quoi je devais encore travailler sur moi-même.
Vous allez me dire, mais quel rapport avec Failles ? Parce que les failles de Drago et de Harry, ce sont aussi les miennes.
J'avais 8 ans. J'avais 12 ans. 13 ans. 16 ans. 20 ans. Le reste, c'est un trou noir, et parfois j'ai quelques flashes. C'est ce qui arrive souvent chez les grand-e-s traumatisé-e-s.
J'ai grandi dans une famille où la violence régnait. Mon géniteur est un homme violent. Alcoolique. Une ordure. Il n'a fait que nous humilier pendant toutes ces années où nous avons été dans la même maison. Pendant 21 ans. Je savais que quelque chose n'était pas normal, qu'il n'avait pas le droit de nous traiter comme il le faisait, mais ce n'est que le jour où j'ai porté plainte contre lui, alors que j'avais 20 ans, que la policière a mis les mots : violence intrafamiliale. Et tout a alors pris du sens.
L'ironie est que je savais déjà, puisque la première fois que j'ai appelé au secours, j'avais 18 ans. J'avais alors contacté le Collectif contre les Violences Familiales et l'Exclusion, et j'ai eu la chance de tomber sur Aïcha, merveilleuse Aïcha qui m'a accompagné jusqu'à ce que je quitte la maison 7 ans plus tard.
J'ai donc cette violence dans mon enfance et mon adolescence en commun avec Harry et Drago. Et c'était autant eux que moi que j'accompagnais dans Failles. Je partage également l'anxiété, la dépression, la difficulté à faire confiance et à me projeter dans l'avenir avec autrui. J'ai eu la chance d'avoir été soutenu par Damelith dans ce parcours aussi beau que difficile, et je sais que j'avais besoin de sa douceur et de sa compréhension. Je me rappelle également une fois, au tout début, vers mai 2019, où j'étais perdu. Je venais de vivre une histoire particulière intense, belle et déchirante, qui menait donc à sa fin (et qui a d'ailleurs été mon inspiration pour Je veux ton corps) et je ne croyais plus du tout en la capacité de mener Harry et Drago vers leur bonheur. De m'y mener également. Et là, Lyra Verin m'a dit cette phrase que je n'oublierai jamais : "tu peux leur offrir la fin que tu aurais voulu avoir".
Rien n'est parfait dans cette histoire. Mais il y a quelque chose que l'on ne peut pas retirer à Harry et à Drago : ils se sont battus au nom de l'amour qu'ils ressentent l'un pour l'autre. C'est probablement ma prochaine bataille.
J'ai à présent la sensation de vous avoir partagé ce que je tenais à vous partager. Merci d'avoir été là, du prologue aux notes de fin.
Cailean Charmeleon.
.
"Hope if everybody runs, you choose to stay
(...)
Hope that you fall in love, and it hurts so bad
The only way you can know is give it all you have
And I hope that you don't suffer but take the pain
Hope when the moment comes, you'll say...
I, I did it all
I, I did it all
I owned every second that this world could give
I saw so many places, the things that I did
With every broken bone, I swear I lived"
I lived, Onerepublic.
.
"J'espère que lorsque tout le monde s'enfuira, tu choisiras de rester
.
J'espère que tu tomberas amoureux-se et que ça fera un mal de chien
La seule façon de le vivre, c'est de donner tout ce que tu as
Et j'espère que tu ne souffriras pas, mais que tu accepteras la douleur
J'espère que le moment venu, tu diras
.
Je l'ai fait
Je l'ai fait
J'ai profité de chaque seconde que le monde pouvait offrir
J'ai vu tellement d'endroits, j'ai fait tellement de choses
Et de chaque fracture, je jure que j'ai vécu."
J'ai vécu, Onerepublic.
