21 novembre 1982 (Harry a 6 ans)
Harry était sagement assis dans la bibliothèque en cette fin de matinée, un cahier d'exercices pour jeune potionniste ouvert devant lui. Il n'aimait pas vraiment cette matière mais son père avait refusé de lui acheter celui sur les créatures magiques ou la métamorphose, arguant que le premier était presque au double du prix et que le second n'était pas encore de son niveau. Cependant, le jeune garçon savait très bien que c'était juste pour l'embêter et lui montrer une nouvelle fois que ce n'était pas lui qui commandait, mais James.
Après un énième soupir, Harry quitta finalement du regard le texte à trous portant sur une potion dont il n'arrivait même pas à se souvenir du nom. Apparemment, ce cahier n'était pas non plus destiné à un enfant de six ans à l'instar de celui de métamorphose. Ne comptant plus faire appel à son esprit et sa mémoire défaillante pour aujourd'hui, Harry porta son regard sur l'immense baie vitrée occupant tout un mur de la bibliothèque du manoir.
Le temps était vraiment mauvais cet automne, cela faisait des jours qu'il pleuvait sans relâche et d'après Remus, cela risquait de durer encore un moment. Pourtant, à cet instant il aurait mille fois préféré gambader sous la pluie et attraper un villain rhume plutôt que de s'ennuyer devant son cahier d'exercices.
Harry n'aimait pas beaucoup étudier, mais tout le monde lui répétait sans cesse qu'il était doué pour cela. Alors il se contentait d'obéir à James et étudiait plusieurs heures par jour sous ses ordres. Cependant la tentation était insupportable, le petit garçon pouvait sentir d'ici les cookies que Moby, leur elfe de maison, avait préparé pour le goûter. Plus que dix minutes et il pourrait rejoindre son petit-frère qui devait déjà être en train de lécher les saladiers utilisés à la préparation de la pâte.
Harry posa son regard sur l'horloge accrochée au bout de la pièce et contempla les secondes s'écouler en des tic sonores. Il haïssait cette vieille montre trop bruyante. Il haïssait cette bibliothèque dont il ne pouvait atteindre aucun livre à cause de sa taille. Il haïssait ce plafond trop haut qui empêchait la salle de se réchauffer plus rapidement. Il haïssait cette baie vitrée qui donnait sur le jardin et le terrain de Quidditch du manoir. Il voulait sortir, jouer, courir, rigoler, faire des bêtises, vivre des aventures imaginaires, s'amuser. Il voulait juste être comme les autres enfants.
Mais Harry n'en avait pas le droit, parce qu'il était un enfant trop intelligent pour cela. Peut-être aussi parce que son père ne l'aimait pas. Il ne savait pas réellement pourquoi il n'en avait pas le droit et cela le frustrait encore davantage.
Le garçon jeta un nouveau coup d'œil à l'horloge qui affichait cette fois-ci 15h55. Plus que cinq minutes.
Il attrapa sa plume et griffonna quelques dessins dans un coin de sa feuille. Ses petits bonhommes étaient horriblement laids et cela le fit sourire. Il était nul en dessin contrairement aux études et cela le rassurait. Harry ne comprenait pas vraiment pourquoi il ressentait cela, mais cela n'avait pas d'importance à cet instant. Il existait un domaine dans lequel le prodigieux héritier Potter était incompétent et cela l'exitait follement.
Soudain l'horloge sonna quatre coups afin d'indiquer qu'il était seize heures. Harry commença aussitôt à ranger ses affaires dans les tiroirs de son bureau et accouru dans les cuisines où Moby et son petit-frère l'attendaient déjà.
Un rire franc lui échappa lorsque Thomas tourna son visage taché de pâte au chocolat vers lui. Harry attrapa un torchon et l'humidifia afin de lui nettoyer ses mains et sa figure. Ce coquin avait même réussi à en mettre dans ses cheveux. Ils iraient prendre un bain une fois le goûter fini. Afin de le remercier, Thomas attrapa un cookie qu'il tendit à son frère.
« Chaud, souffe, souffe. » le prévint ce dernier.
Harry lui sourit et obéit, en soufflant à quelques reprises sur sa sucrerie avant de l'engloutir en quelques bouchers. Thomas parlait de mieux en mieux et même s'il n'arrivait pas à prononcer toutes les syllabes, son grand-frère arrivait enfin à le comprendre. Ou en tout cas la plupart du temps.
« Délichieux Moby, Merchi eaucoup. » articula-t-il difficilement, la bouche encore pleine.
La vieille elfe lui lança un regard sévère en retour, elle n'aimait pas lorsqu'il perdait ses bonnes manières. Pourtant un sourire tendre étirait ses lèvres. Elle aimait beaucoup ces deux petits garnements et cela la ravissait de voir que ses pâtisseries les rendaient de si bonne humeur.
Le goûter se passa dans la joie et la bonne humeur. Harry oublia toutes ses mauvaises pensées et profita pleinement de l'instant présent. Son cadet avait toujours eu ce genre d'effet sur lui, il l'apaisait et éloignait ses inquiétudes le temps de quelques heures. Harry était complètement gaga de son petit-frère et cela lui faisait un bien fou, parce qu'il n'avait rien d'autre à quoi se raccrocher.
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Finalement, Harry et Thomas avaient emporté leurs cookies avec eux jusqu'à la salle de jeu du plus jeune. Ils y avaient joué aux petits soldats magiques, au dragon et à la princesse (Harry n'avouera jamais qu'il avait endossé le rôle de la demoiselle en détresse), à cache-cache et même au loup.
Ce ne fut que deux bonnes heures plus tard qu'ils s'échouèrent dans un coin de la pièce recouvert de coussins molletonnés et de couvertures toutes douces. Harry était allongé en étoile tandis que Thomas avait posé sa tête sur son ventre et l'observait de ses adorables yeux verts.
Son aîné glissa ses doigts dans ses cheveux ébouriffés. Ils avaient oublié de lui retirer les quelques miettes de pâtes qui s'y étaient accrochées. Cependant cela ne dérangea pas Harry, il n'avait pas envie de bouger pour le moment. Doucement, il sentit le souffle de son cadet ralentir, indiquant qu'il commençait à somnoler.
Ce n'était pas vraiment une bonne chose, il n'aurait plus sommeil ce soir, d'autant plus qu'il avait déjà fait une sieste cette après-midi. Pourtant Harry n'avait pas envie de le réveiller, il semblait si paisible à cet instant.
« Debout, tu es en retard. » claqua une voix derrière lui, suffisamment froide pour le faire sursauter mais trop doucement pour réveiller son cadet.
Harry tourna son regard apeuré vers l'homme se tenant derrière lui. Son sang se glaça lorsqu'il croisa le regard colérique de son père. Doucement, il se décala pour déposer la tête de son frère sur un coussin tout en veillant à ne pas le réveiller.
Une fois debout, James attrapa son bras et le tira vers la bibliothèque. Habituellement Harry devait travailler en autonomie jusqu'à dix-huit heures, il se devait juste d'accomplir tous les devoirs que son père lui donnait la veille. Cependant il pouvait gérer son emploi du temps comme il le souhaitait et cela lui permettait de travailler tôt avant que son petit-frère ne se réveille, pendant sa sieste ou encore le soir lorsqu'il allait au lit.
Puis, à dix-huit heures, son père rentrait du travail. Il saluait habituellement son fils cadet pendant une dizaine de minutes, puis il se rendait dans la bibliothèque pour vérifier les devoirs de son fils. Harry se devait d'y être présent avant qu'il ne le rejoigne afin de ne pas perdre de temps. James haïssait perdre du temps à cause de lui. Puis, il feuilletait son travail du jour ou bien lui faisait réciter ses leçons jusqu'à ce que Moby prévienne son maître que le dîner était près.
James donnait alors de nouveaux devoirs à son héritier et ce dernier aurait jusqu'au lendemain à la même heure pour les effectuer. S'il n'était pas satisfait de son travail, alors Harry se devait de le refaire en plus de ses nouvelles tâches pour le lendemain. Aujourd'hui serait certainement l'un de ces soirs. Il n'avait pas réussi à compléter son cahier d'exercice et plutôt que de finir sa lecture, il avait passé toute sa matinée et son début de soirée à jouer avec son petit-frère.
James relâcha sa prise lorsqu'ils atteignirent la bibliothèque. Le petit garçon massa son bras en retenant une grimace de douleur. Son père avait serré son membre terriblement fort.
Harry se dandina d'un pied sur l'autre tout du long de l'inspection de son père. De temps en temps, ce dernier froissait son petit cahier entre ses doigts, signe qu'il n'était pas satisfait de ce qu'il lisait. Puis, l'adulte quitta les feuilles des yeux pour les poser sur son fils. Son fils qui avait négligé ses devoirs pour aller jouer. Il était furieux.
« Tes mains sur le bureau. »
Harry obéit à contre cœur. Il observa ses petites mains tremblantes se poser sur le bois froid du meuble. Au moins n'aurait-il pas à retirer sa chemise cette fois-ci. Derrière lui, le garçon entendit la ceinture de son père glisser le long des ardillons de son pantalon. Puis vint le claquement sonore du cuir contre sa chemise et enfin la douleur. Une terrible douleur qui, comme toujours, lui arracha quelques larmes.
Un coup. Deux coups. Trois coups. Contait-il mentalement. Il savait que cela ne serait pas long. James était certes contrarié mais il n'avait pas la lueur de haine pure qui brillait dans son regard lorsqu'il décidait que quelques coups ne seraient pas suffisants pour le punir. Alors Harry tint bon, ce serait bientôt fini.
Quatre coups. Cinq coups. Six coups. La douleur le traversait de part en part et ses genoux vacillaient. Sa vision était troublée par ses larmes et un cri de douleur lui échappa finalement. James n'aimait pas qu'il se lamente et ce fut sans surprise que le coup suivant fut plus puissant que les précédents.
Sept coups. Huit coups. Neuf coups. Harry espérait que sa correction cesserait là et ses prières semblèrent être entendues puisque James se redressa derrière lui et fit quelques pas en arrière. Lui aussi avait le souffle court. Il remit sa ceinture, lança un petit livre sur la table à côté de Harry et finit par tourner des talons tout en donnant ses ordres.
« Tu me referas les exercices d'aujourd'hui et tu liras les dix premiers chapitres pour demain. Je ne serai pas aussi clément si tu bâcles à nouveau ton travail »
Les lourdes portes de la pièce claquèrent derrière lui et ses genoux finirent par le lâcher. Harry s'effondra au sol, le souffle erratique et des sanglots incontrôlables dévalant ses joues. Il avait mal, horriblement mal. Harry était habitué à tout cela et pourtant, la douleur lui semblait à chaque fois plus intense que la fois précédente et tout aussi nouvelle.
Il fallut de longues minutes au petit garçon pour se redresser et trouver la volonté de rejoindre sa chambre. Bien que James ne soit pas un très bon père pour lui, Harry savait qu'il aimait plus que tout au monde son second fils. Le fils de Lily, la femme de sa vie. Alors il ne se dirigea pas vers la salle de jeu où ce dernier dormait très certainement encore, James devait déjà prendre soin de lui.
Dans sa chambre, il s'effondra sur son lit et ouvrit un livre que son père lui avait demandé de commencer. Il préférait ne pas prendre sa douche pour le moment, cela le détendrait et lui donnerait envie de dormir. Or Harry ne pouvait pas se le permettre, il devait au moins lire une première fois ses dix chapitres. Il devrait certainement recommencer une ou deux fois le lendemain pour être certain de maîtriser le sujet.
Cette nuit allait être longue.
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Un soir de décembre 1982.
Thomas poussa doucement la porte de la chambre de son grand-frère. Il était déjà tard dans la nuit et avait peur qu'il ne soit fâché contre lui pour l'avoir réveillé. Cependant, il fut surpris de constater que ce dernier était encore réveillé, des chandelles éclairant son bureau où il semblait écrire quelque chose.
Alors qu'il tirait un peu plus la porte, un grincement attira l'attention de Harry vers lui. Le petit garçon de seulement deux ans et demi rougit instantanément de la tête au pied. Pourtant il n'avait rien fait de mal, mais il avait essayé d'être discret et cela pouvait donner l'impression qu'il allait faire une bêtise. Harry lui sourit gentiment et abandonna immédiatement ses parchemins pour s'approcher de lui.
Thomas adorait son grand-frère. Il était au petit soin avec lui et prêt à tout pour son cadet. S'il demandait son aide, alors Harry abandonnait tout ce qu'il faisait. S'il se blessait, il demandait immédiatement à Poppy de le soigner ou alors ils allaient directement à une petite clinique magique non loin du manoir. S'il avait faim, il volait discrètement de la nourriture dans la cuisine sans se faire prendre par Moby. Et si, comme ce soir, il faisait un cauchemar, il était toujours là pour le consoler sans jamais le gronder pour encore s'être enfui de son lit pour enfant en escaladant la rambarde.
Harry n'eut pas besoin de lui demander ce qu'il s'était passé pour comprendre la situation. Il enveloppa son cadet dans une étreinte ferme mais sans l'étouffer. Puis, il le porta jusqu'à son immense lit malgré qu'il avait un peu de mal à le soulever. Heureusement que Harry était particulièrement grand pour son âge et Thomas particulièrement petit. James disait qu'il avait pris ses yeux de Lily et sa taille et tout le reste de lui. Ainsi, leur différence de taille était de plus de quarante centimètres malgré les quatre petites années qui les séparaient.
Harry déposa Thomas sur son lit et en écarta rapidement les couvertures pour le glisser en dessous. Il s'écarta quelques secondes pour chercher le livre de contes caché dans le deuxième tiroir de sa table de nuit. Lorsqu'il se tourna à nouveau vers son frère, il ne put empêcher un rire amusé de lui échapper. La vision de la carrure frêle du bébé perdu sous les immenses couvertures était vraiment beaucoup trop attendrissante.
Ne résistant pas à la tentation, il rejoignit son frère et lui fit un gros câlin. Le plus jeune ne se plaignit pas, il adorait les câlins de Harry. Il ne fallut que quelques minutes de plus pour que les garçons soient enfin prêts à commencer une nouvelle histoire. Harry était adossé à la tête de son lit tandis que Thomas était à moitié couché sur lui. Un bras passait autour de son petit corps afin de permettre à ce dernier de mieux voir les images.
Harry commença sa lecture et moins de dix minutes plus tard, le plus jeune Potter dormait déjà à point fermé sur son torse. Avec des gestes délicats afin de ne pas le réveiller, Harry déposa le recueil sur sa table de chevet et souffla sur le chandelier qui éclairait doucement la chambre.
Connaissant la peur phobique du noir de Thomas, il attrapa une petite boule duveteuse qui se trouvait sous son oreiller et appuya dessus trois fois. La première fois, cette dernière s'alluma dans une lumière blanche tamisée. Les suivantes, elle passa à une teinte rouge puis violette. Il relâcha la balle qui s'envola dans les airs et voletait à droite et à gauche.
Il entoura ensuite Thomas de ses bras et s'endormit tranquillement en écoutant le rythme lent de sa respiration.
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26 décembre 1982
Harry était furieux. Cela lui arrivait de plus en plus souvent ces derniers temps, mais jamais cela n'avait été aussi intense.
C'était l'heure de la sieste pour Thomas donc Harry avait dû s'occuper seul en ce lendemain de Noël. C'est donc tout naturellement qu'il avait décidé de tester l'un des cadeaux qu'il venait de recevoir. Comme Remus n'avait pas pu se libérer pour les fêtes, il ne le verrait que d'ici une heure ou deux. Il avait promis de venir prendre le goûter avec lui et Thomas afin de leur donner les cadeaux qu'il leur avait achetés.
Harry ne croyait plus au père Noël contrairement à Thomas et cela l'amusait beaucoup d'avoir vu James glisser un peu de potion de sommeil sans rêve dans son lait du soir. Thomas avait prévu de rester éveiller toute la nuit pour coincer le père Noël pendant la nuit et cela aurait été triste qu'il découvre que c'était son père qui cachait en réalité ses cadeaux sous le sapin.
Il devrait donc bien sûr faire semblant de croire aux propos de Remus lorsqu'il dirait que le père Noël s'était trompé d'adresse pour une partie de leurs cadeaux et les avait déposés chez lui.
Harry venait de s'installer à son bureau pour tester son nouveau cahier de coloriage ainsi que des feutres magiques pailletés qu'il venait de recevoir, lorsque son père pénétra dans sa chambre. Ce dernier ne semblait pas énervé et cela perturba quelque peu le garçon. Son père ne se rendait jamais dans sa chambre si ce n'était pour le gronder.
« Harry, où sont tes cadeaux ? »
Harry qui ne comprenait pas bien pourquoi son père lui demandait ça désigna innocemment une pile de jouets et de vêtements qu'il n'avait pas encore rangés depuis la veille et qu'il avait entassés sur un coin de son lit. Le père de famille se dirigea vers la petite pile et examina quelques instants le contenu de cette dernière. Cependant un froncement de sourcil de sa part indiqua à Harry qu'il n'était pas très satisfait.
« Il y avait aussi des feutres et un cahier non ?
- Oui, ils sont là. »
Harry leva le carnet de coloriage afin que son père puisse le voir mais le reposa rapidement en voyant ses traits se crisper. Apparemment il avait fait une bêtise, même s'il ne comprenait pas de quoi il s'agissait.
« Et comment veux-tu que j'aille l'échanger maintenant qu'il est dans cet état ? » s'écria James.
Harry comprit soudainement pourquoi il avait eu autant de cadeaux cette année contrairement à la précédente. C'était tout simplement parce que James voulait faire bonne figure devant son fils adoré, Thomas. L'année passée, alors qu'il n'était qu'un bébé, ce dernier avait fini par donner la moitié de ses jouets à son grand-frère qui n'en avait reçu aucun.
Certainement que James ne voulait pas que cela se produise une nouvelle fois et il avait décidé par conséquent d'en acheter quelques-uns pour Harry et ensuite de les revendre ou de les échanger contre des jouets qui intéresseraient plus Thomas.
« Viens-là. » ordonna James.
Comme par automatisme, Harry retira son pull et se plaça dos à son père tout en agrippant de ses petites mains le pied de son lit. Pour avoir utilisé l'un de ses cadeaux de Noël, Harry avait eu dix coups de ceintures et une baffe.
James était ensuite reparti sans plus rien dire, sa pile de cadeaux lévitant derrière lui. Il avait même pris son carnet de coloriage et ses feutres, même s'il ne pouvait désormais plus rien en faire. Certainement finirait-il dans la cheminée.
Maintenant seul dans sa chambre, Harry fixait d'un air morne la porte que son père n'avait pas pris la peine de refermer derrière lui. Ce ne fut que plusieurs longues minutes plus tard que le petit garçon comprit enfin ce qu'il venait de se passer sous ses yeux. Son père venait de lui retirer ses cadeaux. Il venait de lui enlever le droit de s'amuser comme tous les autres enfants pendant la période de Noël. Il venait de reconnaître que contrairement à Thomas, Harry n'avait aucune valeur à ses yeux.
Tristesse, déception, trahison et douleur s'emparèrent du cœur de l'enfant le faisant tomber à genoux sur le tapis duveteux de sa chambre. Il n'avait plus aucune force dans ses jambes tandis que son cœur se brisait en mille morceaux. Mais petit à petit, un feu ardant s'emparait de son esprit. Un feu qui lui hurlait que ce n'était pas juste, que James n'avait pas le droit de faire ça, qu'il n'avait pas à subir ce genre de traitement.
Lentement, la tristesse fut remplacée par la colère, sa déception par de la haine, son sentiment de trahison par de la rancœur et la douleur qui enserrait son cœur s'envola en même temps qu'il jetait le bibelot le plus proche contre sa porte en hurlant. Cela lui fit beaucoup de bien de s'énerver ainsi, comme si extérioriser sa rage pouvait lui permettre d'apaiser ses sentiments.
Rapidement, chaque livre, chandelier, vase et objets disposés sur ses étagères ou son bureau finirent sur le sol ou contre sa porte parfois brisés, abîmés ou déchirés. Sa magie accidentelle se chargea de faire voltiger dans les airs le mobilier qui était trop lourd pour être jeté ou soulevé à son jeune âge.
Des insultes enfantines lui échappaient par moment si cela n'était pas tout simplement des cris de colère. Cela aurait pu paraître amusant de l'entendre traiter son père de « babouin mal luné » ou de « crétin fini » dans d'autres circonstances. Mais les larmes qui déferlaient sur ses joues feraient comprendre à quiconque que non, la situation n'était en rien comique.
Ce ne fut qu'au moment où son énergie fut épuisée par son acte de magie involontaire que sa rage se calma, le laissant pantelant et haletant dans la pièce désormais silencieuse. Seul son souffle erratique brisait désormais le silence qui paraissait d'autant plus étouffant après ses cris.
Harry s'écroula finalement à genou, ses larmes cessant brusquement de couler sur ses pommettes rebondies. Il se sentait complètement vidé, aussi bien émotionnellement que physiquement et cela lui faisait un bien fou. Il avait enfin l'impression de s'être débarrassé de tous ces sentiments qui parasitaient constamment son esprit. Il se sentait bien.
Puis, sa situation lui revint à l'esprit et il ne put échapper un rire ironique de lui échapper. Apparemment, même entendre son fils pleurer et crier n'était pas assez grave pour que James Potter daigne lui accorder un peu d'attention. Les quelques Gallions qu'il pourrait regagner en vendant les cadeaux de ce dernier était apparemment bien plus important.
Harry haïssait son père plus que tout autre chose au monde. Il savait très bien que jamais il n'aurait d'amour de sa part alors il ne désirait désormais plus qu'une chose, le voir disparaître de sa vie. Il le haïssait tant que cela le dévorait de l'intérieur. Il le haïssait tant qu'il aurait aimé que ce soit lui et non Lily que le Seigneur des Ténèbres ne tue. Il le haïssait tant qu'il serait prêt à sacrifier sa vie si cela signifiait ne plus avoir besoin de le voir.
Mais Altair ne pouvait pas faire cela. Parce que son frère avait besoin de lui, parce que cela briserait le cœur de Remus, parce que Moby ne s'en remettrait pas. Tant qu'eux auraient besoin de lui, Harry serait obligé de survivre aux côtés de James Potter.
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1er week-end de mai 1983
Comme chaque dimanche matin, Harry et Thomas se rendirent chez leur oncle Remus pour passer la journée avec lui. L'adulte les avait cherchés chez eux pour ensuite prendre le Magicobus jusqu'à son appartement situé en plein cœur de Londres. Il était déconseillé de transplaner avec des enfants et Remus ne tenait pas à rendre malade l'un d'eux. De plus, Thomas aimait beaucoup s'accrocher à son oncle pour éviter de se faire bousculer par la conduite brusque du chauffeur.
Une fois à l'appartement, les deux enfants déposaient rapidement leurs affaires dans leur chambre qu'ils se partageaient avant de rejoindre Remus dans le salon pour jouer à un jeu. Comme Thomas était encore petit, les possibilités étaient restreintes, mais cela ne les dérangeait pas. Heureusement, ce dernier faisait encore des siestes l'après-midi et cela permettrait à Harry de jouer lui aussi à ses jeux de société préférés pendant ce temps-là.
Pour le midi, les trois garçons se firent de simples sandwichs à manger sur le canapé devant la télé. Remus avait enregistré des épisodes de Heidi et bien que Harry aurait préféré regarder un épisode de Heckle et Jeckle, il laissa son cadet choisir. Enfin, il ne savait pas vraiment si ce dernier comprendrait l'histoire dans tous les cas, mais il semblait beaucoup aimer le générique de Heidi.
Pour le dessert, il y aurait des glaces au chocolat et à la pistache. Il n'y avait pas de télé ou d'autres appareils électriques au manoir Potter et cela déplaisait beaucoup à Harry. C'est pourquoi il insistait toujours pour passer un peu de temps devant celle de Remus.
Soudain, les deux enfants se jetèrent sur leurs jambes et déposèrent leurs sandwichs sur la table. Remus, sentant que les choses allaient devenir amusantes, attrapa l'appareil photo qu'il laissait toujours à portée de main lorsque les deux frères étaient chez lui. Les deux enfants se tinrent les mains et commencèrent à danser au rythme du générique. Thomas adorait danser et dès qu'il entendait une note de musique, il se mettait à se trémousser.
Remus rangea discrètement son appareil photo en souriant. Apparemment son album photo allait encore accueillir quelques photos. A la fin de la chanson, Thomas et Harry se rassirent sur le canapé de part et d'autre de leur oncle. Ce dernier les serra fort contre lui et ils reprirent le visionnage de la cassette.
Cependant, moins d'une heure plus tard, Remus remarqua que le plus jeune commençait à piquer du nez et décida de le mettre au lit. Il plaça quelques sorts sur le garçon afin de s'assurer qu'il ne puisse pas tomber du lit ou qu'il soit prévenu en cas de cauchemars. Par la suite, Harry lui proposa de jouer à un Monopoly pour enfant et d'attendre le réveil de Thomas pour regarder la fin de l'épisode.
Vers 16h, Thomas fut réveillé par une douce odeur de chocolat chaud et de pancakes. Apparemment, les deux autres sorciers avaient décidé de préparer le goûter en attendant son réveil. Une petite pile de pancakes trônait déjà sur la table et Remus semblait assurer à Harry qu'il y en avait assez alors que Harry jurait le contraire.
Ce fut Thomas qui mit fin au débat en exigeant de faire cinq pancakes en plus. Après tout l'argument de Remus qui voulait que son grand-frère n'aurait plus faim pour le dîner était invalide puisque Harry avait toujours faim. Cela vexa Harry pour une raison étrange.
Le reste de la journée se déroula dans la joie et la bonne humeur. Si bien que les trois sorciers s'endormirent pêle-mêle dans le canapé confortable de Remus. Ce dernier dut les emmener jusqu'à leur chambre en plein milieu de la nuit lorsqu'il se réveilla et au final, il décida de se rendormir avec eux.
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20 juin 1983 (Harry 6 ans)
Harry fixait d'un air curieux les deux hommes face à lui.
Il était rare que son père veuille le voir pendant la journée. Habituellement, il passait ses jours de congés en compagnie de Thomas. Cependant Harry n'avait jamais le droit de les rejoindre et James s'assurait que l'idée ne lui traverse même pas l'esprit en le noyant sous une tonne de devoirs.
De plus, son père n'aimait pas le présenter aux invités, préférant exhiber le survivant plutôt que son héritier honni. Harry ne s'en plaignait pas, il n'aimait pas beaucoup les adultes et les rares rencontres qu'il avait eu avec d'autres enfants sur le Chemin de Traverse ne s'étaient pas passées pour le mieux. La communication n'était pas son point fort.
C'est pourquoi il lui semblait étrange de devoir s'entretenir en pleine matinée avec son père et un de ses invités tout en étant débarrassé de ses devoirs pour le reste de la journée.
« Harry, voici ton nouveau tuteur, Edward Miller. Il était aussi mon professeur lorsque j'étais plus jeune. » présenta James tout en retenant un frisson au souvenir des leçons de cet homme. « Mr Miller, voici Harry, mon héritier. »
Le petit garçon et le vieil homme se serrèrent la main et cela sembla très étrange à l'enfant. C'était bien la première fois qu'il échangeait ce genre de civilité avec un adulte. Harry attendit patiemment que son père reprenne ses explications, les adultes n'aimaient pas être questionné et il ne comptait pas le contrarier alors qu'il venait de lui retirer ses devoirs du jour.
« Je vais être très occupé au travail pendant quelques mois. Pendant ce temps, Mr Miller se chargera de ton éducation. Je compte sur toi pour ne pas me faire honte Harry. »
Harry déglutit difficilement en croisant le regard sérieux de son père. Visiblement il l'attendait au tournant. La moindre erreur serait durement punie.
James discuta quelques instants de plus avec son nouveau professeur avant de les laisser seul dans la bibliothèque. Maintenant qu'il se penchait sur le sujet, le petit garçon se dit que cela devait vraisemblablement prendre beaucoup de temps à son père de s'occuper de son enseignement. Après tout, afin de pouvoir l'interroger sur ses lectures, il devait lui aussi les avoir feuilletées. Tout comme James devait préparer ses questionnaires de tests, ses textes à trous et autres exercices.
Avec du recul, James aurait pu faire un bon professeur s'il n'était pas aussi rigide, sévère et insatiable au niveau des résultats de son unique élève. Harry se demanda amèrement comment son paternel se serait comporté s'il avait été lui aussi le fils de Lily, comme Thomas. Aurait-il été plus pédagogue, à son écoute et attentif à ses difficultés ? Harry aimait espérer cela, ainsi il avait l'impression que ce n'était pas réellement lui que James détestait, mais ce qu'il représentait.
« Avez-vous un bureau où nous pourrons travailler ? »
La voix du professeur sortit brusquement Harry de ses pensées et il lui fallut quelques secondes pour assimiler sa demande. Il retint une grimace en songeant qu'il ne devait pas offrir une bonne première impression.
« Oui, bien sûr. Je travaille habituellement à la bibliothèque. » indiqua-t-il en lui montrant le chemin.
Miller étudia chacun de ses mouvements alors que le garçon se levait doucement pour quitter le petit salon dans lequel il avait été accueilli. Il aurait du travail à fournir avec ce dernier. Ses expressions faciales étaient bien trop visibles, le rythme de ses pas était un peu trop brusque, celui d'un héritier devait être bien plus fluide, il manquait également d'assurance dans sa voix et dans sa posture. Au moins était-il poli et c'était déjà un immense soulagement lorsque l'on connaissait le tempérament de son père au même âge.
Lorsque Miller avait reçu une lettre d'un de ses anciens élèves, il fut plus que surpris. En effet cet évènement était suffisamment rare pour être soulevé puisque la plupart du temps ses étudiants préféraient tout simplement l'oublier ou lui casser du sucre sur le dos. Miller savait pertinemment que ses méthodes draconiennes étaient source de contestation, cependant il avait été le tuteur des plus grands Sang-Purs de cette génération comme James Potter, Lucius Malefoy, Patrick Greengrass, les cousines Nott, Franck Londubat ou encore Leonard et April Abbot. Et si ces Nobles avaient aussi bien réussi leur scolarité une fois à Poudlard, ils savaient que c'était en partie grâce à leur terrible tuteur. Cependant il n'était venu à l'esprit d'aucun d'entre eux de refaire appel à ses services pour leurs propres enfants, à tous sauf un : James Potter.
Cet enfant qui lui en avait tant fait baver voulait aujourd'hui qu'il enseigne à son aîné, que l'ironie était belle. C'est pourquoi il avait accepté l'offre si rapidement, la curiosité avait toujours été l'un de ses plus gros défauts. Son fils devait lui aussi être un sacré monstre pour qu'il recourt à lui comme dernière solution. Cependant si quelque chose de louche venait à se produire, il n'hésiterait pas à reprendre sa retraite.
« Harry si vous le voulez bien j'aimerai vous tester pour savoir où vous en êtes avant que nous commencions vos leçons. Il serait inutile de vous enseigner quelque chose que vous connaissez déjà ou bien de trop difficile pour vous. »
Miller attrapa sa mallette et plusieurs parchemins. Harry s'installa à son bureau tout en tirant une autre chaise pour son professeur.
« Tout d'abord, savez-vous lire et écrire ?
- Oui Professeur.
« Bien. J'ai préparé un petit questionnaire sur les traditions Sang-Pur, la culture générale et les matières de bases que vous vous devez de connaître avant votre entrée à Poudlard comme la grammaire ou les mathématiques. Il est important d'être cultivé sur tout type de sujet afin de pouvoir échanger avec des personnes venant de tous les milieux et domaines. Les questions seront de plus en plus dures, mais n'hésitez pas à lire toutes les questions car il se peut que vous puissiez en résoudre certaines qui se trouveront plus loin. Je vous laisse jusqu'à 12h ça devrait suffire. »
Sans un mot, Harry la première page du questionnaire et son inquiétude quitta son esprit dès qu'il lut les premières questions. Il avait les réponses à la plupart d'entre elles et cela le soulageait beaucoup de savoir qu'il ne bloquerait pas dès la première page.
James ne lui avait pas encore enseigné beaucoup de choses sur la culture aristocratique et les livres à ce sujet étaient terriblement ennuyeux. Harry eut donc un peu plus de mal à répondre aux questions sur ce sujet et en passa la plupart. Cependant, il maîtrisait bien mieux les matières magiques et moldus comme les mathématiques ou l'anglais de base.
Miller savait bien que ce test deviendrait rapidement trop difficile pour l'enfant, certaines questions étaient du niveau d'un élève en première année à Poudlard. Il s'agissait en réalité d'un examen qu'il avait l'habitude de donner à ses élèves environ un an avant leur arrivée dans l'école de magie, afin de savoir s'ils avaient encore beaucoup de retard ou non.
Cependant il cherchait aussi à savoir si l'enfant saurait se montrer patient ou bien s'il abandonnerait immédiatement. Après tout, il était impossible pour un enfant de rester concentrer aussi longtemps. C'est pourquoi les leçons étaient données par tranches d'une ou deux heures maximum à ce jeune âge.
En attendant que les trois heures s'écoulent, Miller s'approcha d'une des étagères de la bibliothèque, choisit rapidement un livre et retourna s'asseoir auprès du garçon. Il fut satisfait de constater que ce dernier était toujours en train d'écrire, au moins il semblerait qu'il ne partirait pas de rien.
Il fallut une heure vingt au garçon pour finir de remplir le questionnaire. Bien que courtes et ne nécessitant pas réellement de rédaction, les questions poussaient tout de même le garçon à faire preuve d'un peu de réflexion. Y accorder une heure vingt était donc un temps assez long, preuve que le garçon avait dû se creuser la tête pour répondre à certaines questions. Apparemment il avait déjà de très bonnes bases.
Au fur et à mesure qu'il avait rempli les feuilles, Miller les récupérait afin de les feuilleter rapidement avant de les lui rendre. A la vue de son écriture légèrement tremblante et ses fautes d'orthographes, il ne put s'empêcher de froncer les sourcils. Apparemment le garçon n'avait pas eu beaucoup de leçons d'écriture pour l'instant.
De plus, il semblerait que Harry éprouvait pas mal de difficultés concernant les traditions Sang-Pures. Habituellement, les jeunes aristocrates apprenaient leur rôle au fil du temps, de leur naissance jusqu'à leur âge adulte, leurs parents profitant de la moindre occasion pour faire référence à leurs statuts ou les reprendre sur leurs manières. C'est pourquoi ces derniers faisaient bien souvent appel à des tuteurs non pas pour enseigner les bonnes manières, mais des cours sur les choses du monde et la magie.
Mais visiblement chez les Potter cela avait été l'inverse. Le garçon possédait déjà une grande culture sorcière, mais ses bases en tant qu'héritier étaient très faibles. Cela était évident pour Miller. Tout d'abord, il était à moitié avachi sur la table, réfléchir lui avait fait perdre toute sa droiture. Il avait un peu d'encre sur les mains et la joue. Et enfin, ses réponses étaient pour la plupart fausses sur ce sujet.
Décidant de se pencher aussi sur d'autres de ses réponses, Miller remarqua que ses erreurs étaient parfois amusantes. Cela se voyait que l'enfant lisait certainement beaucoup de livres. Il arrivait à écrire parfaitement des mots compliqués comme métamorphose, Wingardium ou encore Bézoard. Mais d'un autre côté il se trompait encore sur des règles de grammaire de base, il confondait notamment beaucoup les ce, se, ou, où, tout, tous, les doubles consonnes, etc ...
« Harry, depuis combien de temps savez-vous écrire ?
- Lily m'avait appris à écrire quelques mots, mais je n'ai réellement commencé à apprendre après son décès Monsieur. Donc un peu moins d'un an. » répondit le garçon après un petit temps de réflexion.
« Pourquoi tes parents t'ont-t-il appris à lire aussi tôt ? » s'étonna Miller. Il n'était pas courant d'apprendre à un enfant à lire à seulement quatre ans.
« Pendant la guerre, Lily, Tommy et moi, on restait tout le temps à la maison. On s'ennuyait beaucoup alors Lily m'a appris à écrire et lire un peu. Depuis qu'elle n'est plus là, c'est Moby, notre elfe de maison, qui a continué à m'apprendre. Comme James avait beaucoup de travail après la guerre, il n'y avait plus personne pour nous lire des histoires et Moby n'est pas doué pour ça. Sa voix ne donne pas du tout sommeil. Alors je lui ai demandé de m'apprendre à mieux lire. » expliqua simplement Harry en ne quittant pas son devoir du regard. Ce qui était très impoli mais Miller ne releva pas.
Ce garçon était intriguant. Tout d'abord il appelait ses parents par leurs prénoms ce qui était plutôt rare. Même en cas de désaccord familiaux, la plupart des enfants continuaient d'appeler leurs parents père et mère. De plus, il semblait très mature du haut de ses six ans. Ce n'était pas n'importe quel gamin qui prendrait l'initiative d'apprendre à lire pour essayer de remplacer le vide laissé par l'absence de ses parents et satisfaire le manque que devait ressentir son petit-frère. Peut-être que finalement, les choses ne seraient pas si terribles avec lui.
De plus, les réponses qu'il avait données avaient l'air plutôt bonnes. Cependant Miller ne préférait pas commencer à corriger tout de suite, le garçon aurait peut-être le temps de faire une relecture. Visiblement, il ne s'était pas arrêté à de simples contes pour enfant, il avait poussé sa curiosité bien plus loin.
Lorsqu'au bout d'un peu plus de deux heures, le garçon délaissa enfin le test, Miller fut plutôt satisfait. Lui qui pensait qu'en seulement une demi-heure, le garçon bloquerait. Jusqu'alors, James s'était déjà très bien occupé de son éducation. Bien que désormais Miller tendait à penser que Harry s'était peut-être bien plus éduqué seul qu'avec son père.
Pendant cette dernière heure, Harry relut en boucle ses réponses sans montrer un seul signe d'impatience. C'était certainement cette assiduité et ce calme qui marquèrent le plus Miller. Cet enfant n'était en rien comparable à son père au même âge. James n'accordait aucune attention à ses leçons et ne serait certainement pas assis sagement à son bureau en train de relire ses réponses.
Harry se redressa quelque peu, remarquant enfin qu'il s'était affalé sur son bureau. Son regard voyageait de son parchemin aux arabesques que formaient les rainures du bois de la table. Il avait un peu de mal à rester concentré sur sa relecture, cependant il était déjà content d'avoir pu corriger ce qui lui semblait être une dizaine d'erreurs.
« Le temps est écoulé. Ce sera tout pour aujourd'hui après tout je n'ai pas encore préparé de cours étant donné que je ne connais pas votre niveau. Je reviendrai demain à 8 heures, faites-en sorte d'être prêt. Il est encore tôt, j'aimerai que vous commenciez ce livre. Allez aussi loin que vous le pouvez, je vous interrogerai. » lui conseilla-t-il tout en lui tendant le livre assez fin qu'il avait eu le temps de lire pendant que Harry faisait son contrôle.
Harry accepta sans broncher ses devoirs et guida poliment son professeur jusqu'au salon où l'adulte rentra chez lui grâce à la cheminette. Harry quant à lui s'affala sur l'un des canapés et commença la lecture du livre qu'il avait toujours en main.
Quelques minutes plus tard, son petit frère s'affala à ses côtés et finit par se blottir contre lui pour finalement s'endormir. Apparemment, sa journée chez Neville Londubat l'avait complètement vidé de son énergie.
Ce fut dans cette position que les trouva Remus le soir-même alors qu'il comptait seulement rendre visite à James comme chaque mercredi soir, étant donné qu'il s'agissait de sa seule soirée de libre en plus du dimanche. Cependant cette journée-là était habituellement réservée à ses deux neveux tandis que le mercredi était dédié à James ou bien à l'une de ses autres amies.
« Eh bien petit 'Ry, cela ne te ressemble pas de t'affaler ainsi, toi qui es toujours si élégant. » Plaisanta-t-il, cependant aucune réponse ne lui fut rendue.
Intrigué par le mutisme de l'enfant, Remus se rapprocha et lu la couverture du bouquin.
« Pourquoi les Impardonnables sont-ils des Impardonnables ? … Harry, mais qu'est-ce que tu lis ? » S'exclama-t-il d'effroi en lui attrapant le livre des mains. Ce n'était pas réellement une lecture pour enfant.
« C'est mon nouveau professeur qui me l'a donné, je dois en lire une partie pour demain alors rend le moi. » lui demanda-t-il gentiment bien que son regard lui lançait des éclairs d'agacement. Remus obtempéra gentiment à la condition que Harry l'accompagne à la cuisine grignoter quelque chose.
Harry regarda rapidement sa montre et constata qu'il était en effet 21h et que ni lui, ni Thomas n'avait encore diné. De toute façon, il avait déjà lu le bouquin une fois, il en était à sa relecture. James l'avait habitué à lire un livre plusieurs fois et cela le perturbait désormais de ne lire un ouvrage qu'une seule fois. Cela lui donnait l'impression de ne pas réellement comprendre ce dernier.
Doucement, il secoua l'épaule de son cadet pour l'inciter à se réveiller. Toujours endormi, Thomas les suivit jusqu'à la salle à manger par automatisme. Cependant il sembla complètement s'éveiller à la douce odeur de poulet rôti qui s'échappait des plats que Moby leur avait préparé.
Pendant le repas, Remus questionna Harry sur son nouveau tuteur, s'il était gentil, bizarre, barge ou un peu fou. Après tout, s'il avait réussi à assez marquer James pour qu'il veuille de lui comme tuteur pour Harry, c'est qu'il devait être un peu spécial.
« Non Lunard, il est normal, enfin je crois. Il est aussi ennuyeux que les professeurs de Poudlard dont tu me parles tout le temps. Il m'a fait faire un long contrôle aujourd'hui et puis il m'a donné ce livre à lire et il est parti.
- Plus ennuyant tu meurs ! » s'exclama Remus ce qui fit rire Thomas.
Ce dernier tenta de leur raconter sa journée mais entre son langage de bébé qu'il était le seul à comprendre, les syllabes qu'il oubliait presque tous ses mots et ses rires bruyants, cela s'avéra très ardu de le comprendre. Cela fit sourire doucement les deux autres sorciers.
Ils admiraient tant l'insouciance de ce garçon. Ils l'enviaient tant de pouvoir rire et blaguer malgré ce qu'il avait vécu, tout simplement parce que lui, ne se souvenait plus de tout cela. Bien sûr, Thomas avait conscience que contrairement aux autres enfants, il n'avait pas de maman. Mais il ne se souvenait pas de cette nuit-là et encore moins du quotidien qu'il avait un jour partagé avec Lily. Le fait qu'il ne se souvienne plus de tout cela, lui permettait aujourd'hui de croquer la vie à pleine dents en riant gaiement.
Finalement, Harry fut le premier à quitter la table pour rejoindre sa chambre. Bien qu'il n'avait fait que lire de la journée, cela l'avait étrangement épuisé. Thomas ne tarda pas à suivre son exemple sous les conseils de Remus qui le voyait très bien dodeliner de la tête tout en mangeant son dessert. Il observa le petit bonhomme courir à la suite de son frère qui l'attendait en bas des escaliers afin de l'aider dans son ascension.
Une fois seul dans la grande pièce, Remus ne put empêcher un soupir de lui échapper. Lorsqu'il observait les deux garçons, il ne pouvait s'empêcher de repenser à son adolescence en compagnie de ses trois amis et de Lily.
A ce souvenir, ses poings se crispèrent sur ses cuisses. Si seulement tout cela ne s'était pas produit. Quand est-ce que les choses avaient commencé à dégénérer autour de lui. Certainement depuis leur sortie de Poudlard, lorsque James avait été marié de force par ses parents à sa première femme. Non, ça ne pouvait être à ce moment car cela voulait dire que Harry, son précieux filleul, était une erreur et cela, il refusait d'y songer.
Mais au fond de lui, il savait depuis quand tout avait dégénéré, depuis que James, Sirius et lui s'étaient disputés pour connaître l'identité du traître dans l'ordre. Remus avait accusé Peter sans penser que cela pourrait faire croire à ses deux précieux amis qu'il tentait de porter les soupçons sur quelqu'un d'autre. Finalement, il avait été chassé des Maraudeurs, Sirius, James et Peter persuadé de sa traîtrise. Même aujourd'hui, deux ans après l'attaque, il n'arrivait toujours pas à croire que Sirius était réellement le traître et non Peter.
Peter était toujours en retrait, crachant sur le dos des Serpentards sans jamais oser leur dire en face ses insultes. Comme s'il avait peur que ça se répercute sur lui. Plus tard, il avait commencé à disparaître pendant plusieurs heures par semaine et étrangement, cela correspondait parfois aux déplacements de Rogue qui faisait lui aussi partie de l'Ordre, mais aussi des Mangemorts.
Mais le plus étrange était son comportement suspicieux vers la fin de ses jours. Dès que quelqu'un l'appelait, il sursautait. Dès qu'on le touchait, il tremblait. Quand on lui parlait, son regard se faisait fuyant. Peter présentait tous les symptômes de la peur et des regrets. Certes ils étaient en guerre, mais il n'avait jamais agi ainsi auparavant. Mais si ce n'était pas lui le traître et bel et bien Sirius, pourquoi avait-il agit ainsi ?
Perdu dans ses pensées, il ne put empêcher un sursaut de lui échapper lorsque James lui tapota l'épaule. Remus ne l'avait pas remarqué malgré ses capacités lupines. Sa réaction surprit également James, cela faisait longtemps qu'il n'avait pas réussi à surprendre son ami.
« Que se passe-t-il Lunard ?
- Oh, rien de grave. Je me demandais juste si ça ira pour Harry les cours de lundi matin.
- Il n'a pas le choix, je refuse de le faire passer pour malade, ça pourrait éveiller des soupçons. Est-ce que tu le prends avec toi ?
- Bien sûr ! » s'exclama Remus. « Je ne le laisserai pas seul dans un moment pareil. »
James regarda de travers quelques instants son ami, ne comprenant pas son emportement soudain. Finalement, il s'installa en face de lui et aussitôt, une nouvelle assiette remplie de bonne nourriture apparut. Il venait de rentrer du Ministère et n'avait donc pas encore eu l'occasion de dîner.
Une bouteille de vin et deux verres ne tardèrent pas à apparaître et James invita d'un geste poli son ami à prendre un verre. Remus accepta, il savait très bien que James n'aimait pas boire seul puisqu'il ne savait rarement s'arrêter avant d'atteindre sa limite, voire de la dépasser. D'un autre côté, lui resterait parfaitement sobre même avec quelques verres dans le sang. Inconvénient de sa lycanthropie, il mettait beaucoup de temps pour devenir ivre.
Rapidement, Remus se retrouva à devoir soutenir son ami alors qu'il traversait les quelques couloirs et trois escaliers qui les séparaient de la chambre de ce dernier. De temps en temps, un grognement ou une quelconque insulte traversait la barrière de ses lèvres. Parfois celle-ci visait ce con de Lucius qui lui avait encore cherché des noises au bureau, d'autres fois elles s'adressaient à ses foutus subalternes qui étaient selon lui « des Aurors incompétents et complètement stupides même pas fichus de retrouver un voleur de bouquins interdits. ».
Alors qu'ils atteignaient enfin le troisième étage, là où se trouvait les chambres des trois Potter, Remus fut plus que surpris de tomber sur Harry qui sortait des toilettes.
« Qu'est-ce que tu fais encore debout Harry ? » demanda Remus tout en rattrapant son ami qui avait failli s'écrouler.
« J'ai fait un cauchemar, et après ça, je devais faire pipi. Mais je vais retourner au lit. »
Un sourire triste éclaira le visage de son parrain. Il était au courant de ses nombreux cauchemars et insomnies. Il savait aussi parfaitement que l'une des causes de ces derniers étaient justement le père irréfléchi qu'il était en train de soutenir, alors que c'était son fils qui souffrait certainement le plus des deux.
James avait perdu sa femme et des parents avec lesquels il était de toute façon en froid. Harry avait perdu sa mère, ses grands-parents qui l'avaient en parti élevé, puis sa belle-mère et avait gagné en échange les traumatismes d'avoir assisté à la mort de trois d'entre eux en plus d'une maladie incurable.
Cependant, il n'eut pas le temps de proposer à Harry de le raccompagner jusqu'à son lit puisque ce dernier disparaissait déjà derrière sa porte. Il n'eut que le temps de lui crier un « bonne nuit louveteau » avant que la porte ne claque derrière lui.
Après un dernier soupir, il décida de faire l'éviter James, plutôt que de s'entêter à vouloir le porter. Cette journée était vraiment catastrophique, entre son patron qui venait de lui retirer son week-end de libre, James qui avait encore trop bu et la pleine lune qui approchait dangereusement, ses nerfs étaient presque sur le point de lâcher. Qu'il avait hâte de rejoindre son lit !
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Le lendemain
Comme promis, Miller sortit de la Cheminette à huit heures tapantes, cependant il était aujourd'hui accompagné d'une canne. Pourtant il n'avait pas semblé à Harry qu'il boitait la veille. Il ne fit cependant aucune remarque et se contenta de marcher aux côtés de son professeur jusqu'à la bibliothèque où se déroulerait la leçon. Sur le chemin, Miller posa quelques questions à Harry sur sa lecture de la veille, étonné qu'il ait réussi à lire le livre en entier en seulement une soirée.
En y repensant, ce garçon le surprenait beaucoup en l'espace de quelques heures seulement. La veille, lorsqu'il s'était assis dans son fauteuil pour corriger ses exercices, Miller fut surpris de constater que le garçon avait répondu à bien plus de questions qu'il ne l'avait prévu.
Bien que ses bases soient encore faibles vis-à-vis des traditions ou des connaissances sur son statut d'héritier, il était déjà très avancé sur le reste. Seules certaines du dernier questionnaire avaient semblé lui échapper, sa culture étant encore trop pauvre. Mais rien d'étonnant à cela pour un si jeune enfant. De plus, sur les questions auxquelles il avait répondu, seules cinq étaient fausses. Cet enfant, d'ici quelques mois, aurait le niveau théorique pour entrer à Poudlard. Mais en attendant, il avait beaucoup de choses à apprendre.
« Aujourd'hui je vais t'apprendre à marcher comme un Noble. Je t'ai bien regardé et rien ne va dans ta démarche. » commença-t-il son cours tout en empilant trois gros livres dans ses bras. « Lève la tête, les épaules en arrière, le dos droit, ne te cambre pas autant voyons ! Parfait ! Maintenant je veux que tu marches jusqu'à l'autre bout de la bibliothèque avec ces livres sur la tête. »
Harry ne pipa mot, callant les bouquins sur son crâne de façon à ce que cela soit le plus stable possible. Puis il avança doucement un pied, mais il ne put empêcher son réflexe de tendre les bras vers le côté afin de garder son équilibre.
« Baisse les bras ! plus vite ! » le morigéna Miller.
Harry obéit mais trop brusquement et les livres tombèrent au sol. Avant même qu'il n'eut le temps de se baisser pour les ramasser, son tuteur fut devant lui.
« Tends tes mains. »
Habitué à cette punition avec son père, le garçon obéit sagement. Soudain, la canne en bois s'abattit sur ses doigts, laissant par la même occasion une marque rouge sur ses extrémités. Décidément, la canne faisait bien plus mal que la règle de son père.
« Ne les refais plus tomber gamin. »
Le ton était dur, sec, pourtant Harry ne pipa mot. Il préféra baisser le regard et ramasser ses livres, tentant de ne pas trembler de peur face à l'homme effrayant. Il n'avait plus rien du vieux monsieur peu bavard et ennuyeux de la veille. Cette fois-ci, Harry le voyait comme un dominateur qui n'accepterait aucune erreur de sa part.
Voilà donc pourquoi James avait choisi ce tuteur là en particulier. Miller appliquait encore les châtiments physiques et ne serait donc pas trop indulgent envers lui.
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Début septembre 1983 (Harry 6 ans)
Harry était installé dans la bibliothèque en compagnie du professeur Miller lorsque les portes de la pièce s'ouvrirent en grand. Les deux sorciers fixaient d'un air étonné l'enfant qui venait de pénétrer dans la pièce pour se jeter en pleure dans les bras de son frère. Ce dernier essaya tant bien que mal de quitter sa chaise pour pouvoir s'agenouiller devant son frère, mais Thomas avait une poigne sacrément forte pour quelqu'un d'aussi fin et il lui fallut un peu de temps pour réussir à s'en défaire.
Une fois face à son cadet, Harry plongea son regard métallique hérité de sa mère dans celui émeraude de son cadet. La souffrance y brillait ainsi que la peur et Harry en comprit rapidement la source en avisant le sang recouvrant le coude et les genoux de son frère ainsi que ses vêtements déchirés à ces endroits-là. Il le fit s'asseoir à la place qu'il occupait précédemment, lui retira son pantalon et son manteau et remonta la manche de son pull tout en veillant à ne pas toucher ses plaies.
« Borgy. » Aussitôt un elfe apparut à leur côté. « Borgy, pourrais-tu me ramener une bassine d'eau, une serviette, des nouveaux vêtements pour Thomas et le kit de premier soin ? Et aussi un chocolat chaud s'il te plaît. »
L'elfe de maison s'inclina avant de disparaître. C'était le grand-frère de Moby de près de trente ans, ce qui expliquait qu'il semblait bien plus vieux qu'elle. Pour les elfes trente ans n'étaient pas grand-chose, mais avec l'âge la santé se dégradait rapidement.
C'est pourquoi la famille ne faisait pas beaucoup appel à Borgy, afin de ne pas l'épuiser inutilement. La seule tâche qu'il avait à sa charge était les quelques plantes situées dans une serre au fond du jardin qu'il refusait de quitter. Des années plus tôt, Euphemia Potter lui avait demandé de l'aide pour s'occuper de toutes ces fleurs et ni Harry, ni James n'avait eu le courage de lui retirer cet ordre.
Moins d'une minute plus tard, le vieil elfe réapparut devant lui avec tout ce qu'il lui avait demandé.
« Merci Borgy, tu peux retourner dans tes quartiers ou dans les serres. » L'elfe disparut. « Maintenant, raconte-moi ce qu'il s'est passé ? » exigea Harry de son petit-frère.
« Le ballon était dans l'arbre. Je pouvais pas le laisser là ! » s'exclama l'enfant en se concentrant pour faire des phrases malgré la douleur.
Pendant que Thomas parlait, Harry lui avait donné une potion contre la douleur et il commença à nettoyer les plaies avant de les désinfecter. Il passa par-dessus une pommade cicatrisante avant de les recouvrirent de pansements.
« Pourquoi n'as-tu pas appelé Moby pour t'aider ?
- Elle fait le manger. Je veux pas l'embêter. J'ai pas pensé à Borgy. J'ai monté dans l'arbre…
- On dit … je suis monté dans l'arbre.
- Je suis monté dans l'arbre mais la branche a fait crac et j'ai boumé. »
Harry soupira. Son petit-frère était un vrai casse-cou et pour ce trait de caractère, il avait tout pris de son père. Une fois le garçon rafistolé, il l'aida à se rhabiller avec ses nouveaux vêtements. Les anciens étaient bons pour devenir des torchons ou finirent à la poubelle.
Thomas resta quelque temps dans la bibliothèque en compagnie de son frère et du vieux professeur. Cela lui permit de se réchauffer en dégustant un bon chocolat chaud ainsi que de continuer l'un des coloriages qu'il avait commencé pendant la semaine.
Cependant ce moment de calme ne dura pas longtemps et moins de vingt minutes plus tard, le petit garçon renfila ses gants, son bonnet et attrapa le chaud manteau qu'il avait abandonné plus tôt. Bien qu'il fût troué, il n'en avait pas d'autres à mettre pour l'instant. Puis, il retourna jouer dehors sans prendre garde aux recommandations de son frère qui lui criait de ne pas courir dans le manoir.
Lorsque Thomas disparut derrière les lourdes portes de la bibliothèque, Harry ne put s'empêcher de soupirer. Il était prêt à parier que dans peu de temps, Thomas allait à nouveau faire une mauvaise chute et le chercher en pleurant. C'était toujours ainsi avec lui.
Ce ne fut qu'une fois que Harry remarqua qu'il était à nouveau seul avec son professeur qu'il réalisa ne pas s'être comporté comme un héritier et cela devant témoin, qui plus est. Il s'était agenouillé devant son cadet, avait soigné un enfant alors que des elfes de maisons étaient présents, venait de crier et en plus, il avait perdu son masque de Sang-Pur pour laisser place à toute son inquiétude. Harry rougit jusqu'à la pointe de ses oreilles.
« Les circonstances sont atténuantes. Votre frère est encore trop jeune pour comprendre si votre comportement devenait soudainement plus froid envers lui. Vous avez très bien agi. » sourit Miller.
Pas très habitué à recevoir des compliments de la part du vieil homme, Harry rougit d'autant plus tandis qu'un léger sourire en coin étirait ses lèvres. Sa seule fierté était son frère et entendre quelqu'un qu'il respectait lui dire qu'il avait été un bon aîné lui réchauffait le cœur.
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30 juin 1983
Par moment, Harry avait l'impression que son crâne allait exploser sous la pression de ses sentiments.
Tout d'abord, son cœur se serrait comme si une poigne invisible tentait de l'écraser. Puis, la pression se relâchait pour laisser son organe battre follement. Le sang pulsait dans ses tempes et ses doigts se mettaient à le démanger alors que sa vision s'étrécissait. Dans le même temps, son esprit se vidait, éclipsant toute émotion autre qu'une colère noire et dévastatrice.
Cela pouvait lui arriver n'importe quand et pour n'importe quel motif. Parfois, il suffisait d'une dispute avec son père ou bien une tâche compliquée qu'il n'arrivait pas à faire. Que ce soit de la tristesse, de la frustration ou de l'agacement, toutes ses émotions négatives finissaient immanquablement par se transformer en colère dans son esprit. Harry avait pris l'habitude de gérer tout cela à l'écart de Thomas ou Remus, il ne voulait pas les inquiéter.
Pourtant cette fois-ci, il savait bien qu'il ne pourrait cacher son tempérament excessif à son parrain. La terrible déception qu'il ressentait envers lui-même se changeait peu à peu en rage et lui brouillait doucement les sens.
Il ne se souvenait plus de la raison et il s'en fichait à ce moment-là. Son esprit se focalisait seulement sur cette colère qui embrouillait tous ses sens. Il avait vaguement conscience que Remus se tenait là, devant lui et les bras sur les hanches. Pourquoi avait-il l'air si déçu et mécontent ? Harry ne s'en souvenait plus.
Le garçon qui paraissait imperturbable pour toute personne extérieur leva son regard vers son parrain. Il semblait en colère, très en colère. Son visage était rouge, ses sourcils froncés et ses lèvres se tordaient pour lui crier ses reproches. Mais ce qui lui brisa définitivement le cœur, ce fut le regard emplis d'inquiétude de Remus.
Remus était inquiet. Mais ce n'était pas pour lui, Harry en était certain. Non, Remus était inquiet pour Thomas. Mais la raison, il n'arrivait pas à s'en souvenir. Harry savait que c'était de sa faute, il le savait parce que Remus lui criait dessus. Pourtant, l'homme ne l'avait encore jamais grondé aussi sévèrement, peu importe les bêtises qu'il faisait.
Soudain, un flash traversa l'esprit de Harry. Une casserole chaude qui lui tombait sur les pieds de son cadet. Le cris de douleur et les pleurs qui suivirent envahirent soudainement son esprit comme s'il revivait la scène. Harry se retint de plaquer ses mains sur ses oreilles tant le cri avait été persant.
Oui, il s'en souvenait maintenant. Remus faisait à manger mais avait dû s'absenter quelques instants pour récupérer un colis que le facteur venait de livrer. Harry avait chahuté avec Thomas dans la cuisine. Ils avaient bousculé la gazinière et la casserole remplie d'eau bouillante avait glissé de son brûleur. Harry avait vu la scène comme au ralenti. Par un réflexe inespéré, il avait réussi à la dévier de sa trajectoire initiale, à savoir la tête de son petit frère.
Cependant, il n'avait pas pu éviter tous les dégâts et la casserole avait rebondi sur les pieds de son cadet. Il l'écarta d'un vif coup de pied. Aussi rapidement qu'il le put, Harry porta son petit frère jusqu'à la salle de bain et alluma le jet d'eau tiède pour refroidir sa brûlure qui colorait désormais ses pieds et le bas de ses jambes à cause des éclaboussures.
Il arrosa par la même occasion son avant bras, son torse et le pied avec lequel il avait poussé la casserole chaude. L'eau s'était déversée sur lui lorsque Harry avait tenté de protéger son petit-frère. Cependant, l'adrénaline et l'inquiétude l'empêchait de ressentir une quelconque douleur pour le moment.
Une fois son frère quelque peu calmé, Harry lui demanda s'il pensait pouvoir tenir lui-même le jet d'eau. Une fois certain que Thomas avait compris qu'il devait continuer à refroidir sa brûlure, Harry quitta finalement la douche. Il jeta sur le sol son short et son T-shirt afin de ne pas tremper tout l'appartement de Remus avec ses vêtements imbibés d'eau.
Il alla rapidement enfiler une nouvelle paire de chaussettes, un jogging et un pull fin avant de ramener des affaires pour son frère et de les poser sur le rebord du lavabo. Cette douche froide les avait bien refroidi malgré le beau temps, c'est pourquoi il avait cherché des habits un peu plus chauds que les précédents.
« Est-ce que tu veux encore un peu rester là ou est-ce que ça va?
- Encore du froid. » marmona Thomas.
« Très bien, je reviens dans deux minutes. Je suis très fier de toi. » le rassura Harry en lui embrassant le front.
Le garçon attrapa deux serviettes sur une étagère afin d'éponger le sol de la cuisine. L'eau avait eu le temps de refroidir quelque peu et n'était plus que tiède. Harry éteignit tout d'abord le gaz en tournant les boutons dans tous les sens jusqu'à ce que tous les brûleurs soient éteints. Puis, il épongea le sol en essorant ses serviettes dans l'évier à l'aide d'une chaise.
C'est alors qu'il remarqua que Remus mettait beaucoup de temps pour revenir. Après tout, il vivait au treizième étage avec un ascenseur en panne plus de dix mois par an. Cela était donc normal que Remus prenne du temps pour revenir. Mais ce n'était jamais aussi long.
Finalement, Harry préféra rejoindre son frère plutôt que de partir à la recherche de Remus. Il n'avait aucune envie que Thomas quitte la douche et mette de l'eau partout.
Remus arriva finalement moins de cinq minutes plus tard, un énorme carton dans les bras, ce qui expliquait son retard. Le pauvre, il avait dû grimper les longs escaliers en portant cet encombrant colis. Lorsqu'il pénétra dans son appartement, Remus fut plus que surpris de découvrir son appartement entièrement silencieux. Cela n'arrivait que rarement avec les deux frères Potter et encore moins à l'heure du repas.
En découvrant sa cuisine en désordre, la casserole où cuisait ses brocolis dans l'évier et des serviettes humides entassées sur sa paillasse, Remus n'eut aucun mal à s'imaginer ce qu'il venait de se passer ici. Inquiet quant à la santé de ses neveux, le sorcier traversa le couloir afin de rejoindre leur chambre. Ne les y trouvant pas, il ouvrit la porte juste à côté et soupira de soulagement en les découvrant dans la salle de bain.
Cependant, ses inquiétudes refirent bien vite surface en apercevant les pieds rouges par endroits du frère cadet. Harry ne semblait pas avoir été touché et fouillait désormais l'armoire à pharmacie, certainement afin de trouver un baume pour les brûlures. Mais Remus à cet instant voyait simplement un petit garçon de six ans, perché maladroitement sur le rebord du lavabo et qui fouillait dans une armoire où diverses potions fragiles, coûteuses et pour certaines dangereuses étaient stockées.
N'écoutant que ses instants, Remus attrapa l'enfant par la taille et le posa par terre, sans remarquer sa grimace de douleur de ce dernier. Harry n'avait pas apprécié le contact de ses vêtements sur sa peau encore sensible. En remarquant le regard réprobateur de son parrain, Harry préféra faire tête basse et se laissa pousser dans le couloir.
« Va m'attendre dans le salon. » lui avait ordonné Remus et le petit garçon n'avait pas osé désobéir à son parrain.
Il était si rare de le voir en colère que Harry se sentait complètement perdu. Cependant il préférait ne pas contrarié l'adulte d'avantage et attendit bien sagement dans le salon le retour de son parrain.
Ce dernier arriva une quinzaine de minutes plus tard et après lui avoir rapidement expliqué que Thomas s'était écroulé de fatigue après sa crise de larmes, Remus avait commencé à le gronder.
« Thomas m'a dit que vous jouiez à la bagarre dans la cuisine. Combien de fois t'ais-je dit de ne pas courir ou de faire des gestes brusques près des casseroles ? Je t'avais demandé si je pouvais te faire confiance et te laisser surveiller Thomas pendant quinze minutes ! Je t'avais fait confiance Harry et tu n'as pas du tout tenu parole. Tu me déçois vraiment beaucoup. »
Remus avait plongé son regard dans celui de son filleul et le manque de réaction de ce dernier l'enrageait d'autant plus. Avait-il aussi peu d'autorité sur Harry pour que même en lui expliquant à quel point il l'avait déçu, ce dernier ne réagisse pas.
« Est-ce que tu comprends au moins à quel point ça aurait pu être dangereux pour Thomas. Et si la casserole lui était tombée sur le corps ou la tête ? Les brûlures auraient pu être bien plus graves. En plus de ça, tu crois que je n'ai pas vu que tu as essayé de nettoyer la cuisine avant que je n'arrive ? Tu comptais faire quoi ? Cacher tout ça pour que je ne l'apprenne pas ? Et surtout, je t'ai déjà dit des dizaines de fois de ne jamais fouiller dans les pharmacies à potions. C'est dangereux ! »
Cette fois-ci, Harry avait le regard rivé sur le sol et ses doigts tremblaient légèrement. Certainement était-il sur le point de pleurer, se dit Remus. Pourtant, il ne comptait pas se laisser embobiner. Harry avait véritablement mis Thomas en danger et il devait le comprendre. Remus de changerait pas d'avis et resterait donc ferme.
« Je suis désolé. Est-ce que je peux rentrer à la maison ? »
En entendant sa voix enrouée, Remus failli craquer et le prendre dans ses bras pour le réconforter. Son filleul était un enfant adorable et il se laissait rapidement embobiner par sa petite bouille désolée. Cependant, cette fois-ci, cela ne fonctionnera pas.
« Tu resteras dans ta chambre jusqu'au dîner. Je vais prévenir Moby de ta punition, alors tu n'as pas intérêt à essayer de jouer à droite ou à gauche une fois au manoir. »
Harry hocha vivement de la tête et appela Moby de sa voix toujours aussi tremblante. Remus donna ses instructions à l'elfe de maison avant de laisser son filleul partir.
Après avoir nettoyé sa cuisine, Remus s'affala dans son canapé en poussant un gros soupir. Il culpabilisait affreusement. Certes, Harry n'était encore qu'un enfant, pourtant il savait déjà ranger sa chambre ou le salon lorsqu'il y mettait le bazar. Cela n'aurait donc pas dû être très dur pour lui de nettoyer un peu mieux la cuisine s'il avait réellement voulu lui cacher la vérité.
Laisser les serviettes humides en évidence n'était pas quelque chose que Harry aurait fait. Il aurait au moins fait l'effort de la cacher au fond du panier à linge. De plus, il avait très bien agit en mettant les pieds de Thomas sous l'eau et en cherchant à appliquer le plus rapidement possible un baume désinfectant et cicatrisant sur sa plaie.
Mais ce qui gênait le plus était de ne même pas avoir vérifier si Harry n'était pas non plus blessé. Sous le coup de la colère, Remus avait simplement présumé que s'il ne s'était pas plaint, c'est que Harry n'avait pas de blessure. Mais avec le recul et en connaissant le caractère de son filleul, Remus savait que même blessé, il n'aurait peut-être rien dit pour ne pas les inquiéter d'avantages, lui et Thomas.
« Moby ! » Remus dû attendre quelques secondes que l'elfe apparaisse. « Est-ce que tu pourrais vérifier que Harry va bien ? Je passerai dans la journée demain pour lui parler.
- Très bien Monsieur Lupin, je lui dirai. » lui sourit la vieille elfe en s'inclinant.
Lorsque Moby réapparut dans la chambre de Harry, elle ne fut pas surprise de découvrir la chambre en désordre. Avec le temps, elle avait dû apprendre à gérer les crises de son jeune maître. Si au départ, cela l'avait beaucoup effrayé de le voir s'énerver ainsi et perdre son sang-froid, désormais Moby savait très bien que même en colère, jamais Harry ne tenterait de la blesser volontairement. La vieille elfe avait simplement besoin de s'assurer de ne pas être dans la trajectoire des objets que le garçons lançaient contre les murs.
Ce genre de scène arrivait souvent dans sa chambre ou parfois même dans un couloir désert. Harry ne perdait jamais le contrôle devant son frère ou son parrain, certainement qu'il considérait cela comme une faiblesse. De plus, il avait fait promettre à Moby de n'en parler à personne. Alors, à moins que James qui restait son premier maître, même devant Harry qu'elle adorait, ne lui demande des comptes, jamais Moby ne pourrait parler de cela à quiconque.
Alors Moby gardait cela pour elle, espérant secrètement réussir à convaincre son jeune maître d'en parler à un adulte afin qu'il puisse l'aider à traverser cette épreuve. Elle n'aimait pas le voir frapper les murs ou son propre corps de ses petits poings. De plus, cela se voyait à son expression que ce trop plein d'émotions le faisait également beaucoup souffrir.
Dans ces moments-là, Harry relâchait toute la pression qu'il accumulait petit à petit. Frapper, lancer et casser lui permettait d'apaiser les sentiments colériques, de mélancolie et d'injustice qui s'accumulaient sans qu'il ne puisse les extérioriser autrement. Harry avait toujours été dans le contrôle, jamais il ne se laissait aller, que cela soit devant Remus, son frère et encore moins face à son père qui ne tolérait aucun de ses écarts.
Cette fois-ci, c'était la déception et la culpabilité qui le rongeait. Il avait déçu Remus, il avait trahi sa confiance, il avait mis en danger son frère et il se haïssait pour cela. Une boule voyageait sans cesse de son estomac à sa gorge, lui oppressant la poitrine et lui donnant l'envie de se frapper de toutes ses forces. Il savait par avance que taper sa poitrine ne servirait à rien, cela ne soulagerait en rien la douleur et le malaise qui le prenait.
Pourtant, Harry n'avait pas le recul nécessaire à son jeune âge pour comprendre cela. Alors il grattait encore et encore de ses ongles coupés court sa poitrine, si bien que bientôt du sang tâchait ses doigts alors que de lourds sanglots lui échappaient enfin. Tentant vainement de déloger cette boule qui lui pesait sur le cœur.
Sachant pertinemment que Harry commençait petit à petit à se calmer, Moby s'approcha de lui comme on pourrait approcher un animal blessé. Avec des gestes lents et légers, elle commença à appliquer le baume sur les parties visibles de son corps. Elle demanderait à Harry de se déshabiller lorsqu'il serait complètement calmé.
Petit à petit, Harry se détendit entre ses doigts bien qu'ils savaient tous les deux qu'il n'était pas apaisé de tous ces sentiments tumultueux pour autant. Bien qu'il haïssait ses crises, Harry aimait beaucoup ces moments de calme et de sérénité que lui offrait Moby. Elle était un exemple de sagesse et ses gestes apaisants lui faisaient du bien.
Moby ne parlait jamais pour ne rien dire et savait très bien quand se taire. Elle était donc la personne la plus à même à le calmer sans prendre le risque de l'agacer d'avantages. Bien qu'étant considéré comme un enfant intelligent et malin, Harry fonctionnait la plupart du temps à l'instinct et ce dernier ne le trompait pas souvent lorsqu'il se décidait à l'écouter. Or cet instinct le guidait toujours vers Moby dans ses moments de faiblesse et jamais, il n'avait encore eu à regretter cela.
