Dimanche 1er août 1983
Harry était tranquillement assis sur le rebord de sa fenêtre, observant quelques oiseaux en train de se désaltérer dans une petite fontaine que Thomas avait installée avec leur père quelques semaines plus tôt. Ses doigts tapotaient sur ses cuisses le rythme de la musique vibrant le long des murs de la pièce.
Il appréciait tout particulièrement de se vider la tête ainsi, avant qu'il ne soit l'heure de la leçon du week-end avec son père. Miller ne faisait pas de cours le week-end et les mercredis, arguant qu'il fallait donner un peu de liberté aux enfants pour que ceci reste concentré en semaine et non se perdre en rêvasseries.
Cependant James n'était pas le moins du monde d'accord avec cette vision, son fils ne méritait pas un tel repos et aurait donc plusieurs devoirs de sa part ces jours-là. De plus, il veillait à observer les résultats qu'il avait fait dans chacune des disciplines que Harry avait travaillé pendant la semaine. En effet, Miller écrivait un rapide compte-rendu après chaque leçon et James veillait à vérifier qu'il ne mentait pas.
Soudain, la pièce fut silencieuse. Son morceau venait de se terminer et connaissant parfaitement l'ordre des musiques sur son CD, il se réjouissait déjà d'entendre la suivante, sa préférée. Bien que cela ne soit pas vraiment connu par la population sorcière, il était possible depuis quelques années de faire fonctionner les appareils électroniques dans un milieu magique. Cependant la mise en place de ce système était encore très coûteuse et demandait plusieurs mois de travaux que ce soit sur les appareils eux-mêmes ou bien sur la pièce dans laquelle on voulait les installer.
C'est ainsi qu'après plus de trois mois d'insistance infructueuse auprès de son père, Harry avait décidé d'utiliser l'argent de sa propre voûte d'héritier afin de faire installer tout ce dispositif dans sa chambre sans que son père ne l'apprenne. Avec un peu d'aide de Moby et Remus, le Lord Potter n'avait pas été mis au courant des travaux qui se déroulaient dans son propre manoir.
C'est pourquoi un sortilège de silence appliqué régulièrement par Moby protégeait sa chambre, ainsi qu'un autre de dissimulation sur ses appareils et un dernier sur le bout du couloir qui lui servait d'alarme si quelqu'un arrivait à l'étage.
Cependant il dut rapidement s'interrompre une nouvelle fois dans sa contemplation du paysage lorsque la porte s'ouvrit rapidement avant de se refermer en un claquement sonore malgré la musique. Tournant un visage paniqué vers l'origine du bruit, Harry se détendit rapidement en remarquant qu'il s'agissait seulement de son frère et non de son père. Peut-être que finalement, il devrait demander à Moby d'inclure Thomas dans les alarmes afin de ne plus revivre de frayeur pareille à l'avenir.
Le petit garçon grimaça en se bouchant les oreilles, faisant comprendre à son aîné qu'il voulait lui parler mais que cette musique de sauvage l'en empêchait en plus de lui percer les tympans. Un soupir passa la barrière des lèvres du plus âgé qui déplia doucement ses jambes devenues engourdis à cause de sa position précédente. Il se dirigea calmement vers les enceintes et diminua drastiquement le volume. Ainsi, seul un léger bourdonnement flottait dans les airs, laissant le volume juste assez élevé pour ne pas gêner la discussion.
Harry retourna à sa place sur le rebord de sa fenêtre tandis que Thomas fouillait dans les tiroirs de son bureau afin de trouver son livre de coloriage et ses crayons. Puis il s'approcha de son frère et s'assit à ses pieds. Harry laissa une main glisser dans la chevelure de son frère, jouant avec sa chevelure folle. Il commença alors calmement à lui expliquer ce qu'était cette machine à musique, tandis que son frère terminait le coloriage d'un dragon qu'il avait débuté quelques jours plus tôt.
Malgré son jeune âge, Thomas ne dépassait presque pas des contours, cependant il avait encore du mal à accorder les couleurs. C'est ainsi qu'ils se retrouvèrent à observer un dragon aux yeux roses, aux écailles rouges et kakis et aux flammes bleues et jaune prendre vie. Après tout, il s'agissait d'un coloriage magique ce qui signifiait qu'une fois terminé, ce dernier s'animait quelques secondes et cela à chaque fois que le livre serait ouvert à cette page.
Soudain, Thomas changea brusquement de sujet. Apparemment le fait qu'il n'avait pas participé à son repas d'anniversaire avec lui et James l'avait quelque peu perturbé. D'autant plus que la veille au soir, Thomas l'avait cherché dans toute la maison sans avoir réussi à lui mettre la main dessus et qu'aujourd'hui, des cernes creusaient ses joues encore juvéniles.
« Est-ce que c'est… heu, tu vois, à cause de… de ta maladie ? » demanda timidement Thomas.
Harry releva soudainement son regard vers son cadet qui ne le remarqua pas, trop concentré à choisir son prochain dessin. Harry adorait son petit-frère, pourtant dans ces moments-là il haïssait sa manie de fourrer son nez dans ce qui ne le regardait pas du tout.
« Comment le sais-tu ? » cracha-t-il froidement. Ce fut seulement à ce moment-là que Thomas comprit son erreur, ce qui le fit baisser la tête encore davantage.
« Papa et oncle Remus parlait de ça dans le bureau. J'ai bloqué la porte avec un bâton et j'ai … j'ai entendu de quoi il parlait. Mais que un petit peu, Moby m'a vu et m'a grondé. Mais je n'ai presque rien entendu ! » s'exclama-t-il rapidement comme pour se faire pardonner. « J'ai juste compris que tu avais une maladie et Remus devait t'emmener pour la nuit et peut-être tu ne pourras plus rester l'héritier. »
A ces mots, ce fut comme si un coup de poignard traversait le cœur de Harry. Il n'était pas au courant de cette partie-là. Alors comme ça son problème de fourrure qui n'arrivait qu'une nuit par mois l'empêchait de se tenir à la tête de la famille. Quelle excuse pitoyable.
« Eh bien, j'imagine que c'est le moment de tout te raconter. »
Harry prit une profonde inspiration avant de prendre son courage à deux mains et de lâcher la bombe.
« Je suis un loup-garou. »
Thomas qui ne s'attendait pas du tout à cela ne put empêcher un léger mouvement de recul ainsi qu'un frisson de peur de parcourir son échine, cette réaction provoqua chez Harry un ricanement amer. Bien sûr que son frère avait peur, c'était normal.
« J'ai été mordu quand j'avais deux ans, lorsque le manoir Potter a été attaqué pendant la guerre. Papy et Mamy sont morts cette nuit-là, et moi j'ai été mordu par Fenrir Greyback.
- Et papa et maman, ils étaient où ? » demanda timidement le plus jeune, intimidé par le ton froid de l'autre.
« Je ne vivais pas avec eux à ce moment-là. A cause de quelques problèmes, c'était mieux pour moi de rester avec Papy et Mamy.
- Comment est-ce qu'ils sont morts ?
- Tu es encore un peu trop petit pour savoir ça Tom.
- Je ne suis pas petit ! » s'indigna le petit garçon.
- 3 ans c'est petit le mioche. » se moqua gentiment Harry alors que Thomas se mettait à bouder.
Après quelques minutes de silence, Thomas se souvint enfin de la raison qui l'avait poussé à rejoindre son frère. Mais la découverte de la machine à musique, son coloriage et la maladie de son frère lui avaient fait oublier ce détail.
« Oh mince, j'ai complètement oublié, je suis venu pour te dire que papa t'attendait dans la bibliothèque depuis dix minutes pour tes leçons du matin. Il a avancé l'horaire. » s'exclama-t-il soudainement en sautant sur ses pieds.
Harry ne put empêcher un soupir désespéré, son frère était un étrange spécimen. Cependant il ne réussit pas à lui en vouloir lorsqu'il remarqua son air paniqué et désolé. Harry voulut lui tapoter la tête pour lui montrer son pardon comme à chaque fois que Thomas faisait une bêtise, cependant la crispation de ce dernier à son contact lui fit retirer vivement sa main de sa chevelure. Apparemment Thomas aussi avait des préjugés sur la lycanthropie malgré son jeune âge.
Essayant tant bien que mal de ne pas montrer sa douleur face à ce rejet inconscient de son cadet, Harry préféra se diriger vers son armoire pour y prendre une chemise noire et de l'enfiler par-dessus son t-shirt. Il prit également une paire de baskets dans son armoire avant de se tourner vers son frère.
« Quand tu auras fini de colorier, appuie sur ce bouton pour éteindre la musique et n'oublie pas de bien fermer la porte de l'armoire d'accord ? » Thomas hocha vivement de la tête « Ah et aussi, ce sera notre petit secret, ne le dis surtout pas à papa. » finit-il avec un petit clin d'œil complice.
Harry quitta finalement la pièce. Aussi rapidement que possible, il détala en direction de la bibliothèque qui se trouvait deux étages plus bas. Là-bas, il découvrit son père en train de faire les cent pas entre la première rangée de livres et le bureau de son fils. Lorsque le son de la porte qui se ferme arriva à ses oreilles, James releva un visage rouge de colère vers son fils aîné.
« Il me semble pourtant que nous avons vu les principes qu'un Noble se doit de suivre. » Une première gifle fit tourner la tête de Harry. « Tu dois être ponctuel. » Une deuxième. « Tu ne dois jamais courir ou avoir l'air d'avoir fourni un effort physique avant de rencontrer quelqu'un. » Une troisième. « Tu dois être présentable, fais-moi le plaisir de fermer correctement cette chemise et de la rentrer dans ton pantalon. » Une quatrième. « Et enfin, quel est cet accoutrement, quel genre d'héritier porte des baskets. » s'égosilla James comme s'il était sur le point d'exploser.
La cinquième et dernière gifle sembla cependant réussir à lui faire perdre un peu de ses rougeurs. Cette fois-ci, Harry sentit parfaitement le goût métallique du sang dans sa bouche. Une main portée à sa lèvre lui indiqua que cette dernière était fendue, une autre griffure ornait sa joue à cause d'une des bagues que son père portait.
Harry se garda bien de lui faire remarquer que selon ces principes, un Sang-Pur n'avait pas à s'égosiller. James prit le temps de reprendre son calme avant de poursuivre.
« Bien, va t'asseoir et lis le chapitre huit de « Métamorphoses matérielles ». Je t'interrogerai ensuite sur tes devoirs et sur l'ensemble du livre. Cette après-midi tu iras faire des tours de terrain pour te punir de ton retard. »
Harry se contenta de hocher de la tête et se mit au travail. Il espérait seulement avoir le temps de monter dans sa chambre pour enfiler un short et un t-shirt pour braver la chaleur suffocante de ce mois d'août.
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Thomas jouait dans la véranda avec son père à la bataille explosive lorsqu'il aperçut par la fenêtre Harry en train de courir malgré le soleil qui brillait dans le ciel. Il paraissait épuisé et la sueur tâchait son front et son débardeur bien. Apparemment il n'avait pas encore terminé les tours de terrain que lui avait donnés son père. Alors que Thomas allait faire un signe vers son frère afin de l'inviter à les rejoindre, son geste fut interrompu par la voix claquante de son père.
« Non Tom, Harry est puni pour l'après-midi, il doit apprendre à ne pas être en retard. »
Ne pouvant se rebeller contre l'autorité parentale de James, Thomas se contenta de serrer ses poings plus fortement autour de ses cartes et de détourner son regard de son aîné. C'était de sa faute encore une fois si Harry était puni. C'est lui qui avait oublié de dire à son frère que leur père l'attendait le matin même.
Pourquoi est-ce que son papa était si gentil avec lui, mais si injuste avec son frère ?
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20 août 1983 (Harry a toujours 6 ans)
« Alors ? Il dit quoi ? » demanda impatient Thomas à son grand-frère puisque lui-même ne savait pas lire.
« On est dans la mouise jusqu'au cou !
- Mouise ? » demanda Thomas qui ne connaissait pas ce mot.
« Ça veut dire qu'on a des problèmes, il faut absolument qu'on se rendre chez Remus, il a complètement oublié.
- Non, c'est impossible. Jamais il ne pourrait oublier un truc aussi important ! » s'horrifia le plus jeune.
Les deux enfants tentèrent de ne pas dramatiser la situation, mais c'était impossible pour eux. La situation était bien trop grave. C'est pourquoi ils décidèrent d'échafauder un plan pour se rendre chez Remus avant 16h30.
Ainsi, vers quinze heures, Harry demanda à Moby de se rendre sur le Chemin de Traverse pour acheter un livre qu'ils n'avaient pas dans la bibliothèque. Mais comme Miller lui en avait parlé quelque temps plus tôt, il tenait vraiment à le lire. Borgy ne poserait quant à lui aucun problème puisque c'était l'heure d'arroser les Mandragores et cela prenait plus de trois quarts d'heure. Enfin, James était au Ministère comme toujours et ne serait donc pas là pour les gronder.
Une fois certain que Moby était parti, Harry et Thomas se mirent en route. Le premier chercha quelques pièces dans sa tirelire où il plaçait les pièces qui lui restaient dans les fonds de poches de ses pantalons avant que Moby ne les lave. Thomas alla quant à lui dans la cuisine pour récupérer une gourde remplie d'eau pour le voyage. Une fois prêt, Harry attrapa une casquette qui était toujours accrochée à la cheminée sur la tête de son frère afin que personne ne reconnaisse le Survivant.
Puis, les deux garçons entrèrent dans l'âtre de pierre et une fois une poignée de poudre de Cheminette jetée à leurs pieds, Harry s'écria :
« Chaudron Baveur ! »
Les deux garçons atterrirent avec perte et fracas dans le pub miteux, cependant l'attention se déporta rapidement d'eux. Après tout, des gamins passaient tous les jours par ici afin de rejoindre leurs parents ou essayer de s'échapper de leur maison pendant quelques heures. Aussi rapidement que possible, Harry remit son frère sur ses pieds et l'épousseta afin de faire partir les cendres de son pull préféré. James le lui avait offert pour ses trois ans et représentait l'attrapeur de l'équipe Écossaise de la dernière coupe de Quidditch mondiale.
Une fois rassuré quant au fait que ce n'était que quelques tâches que Moby pourrait rapidement nettoyer, Thomas accepta de suivre son frère jusqu'au comptoir d'où l'aubergiste les observait.
« Bonjour mes p'tits gars, vous voulez allez sur le Chemin ? » demanda-t-il d'un air avenant.
« Non Mr. Tom, on voudrait prendre le Magicobus mais on n'a pas de baguette pour l'appeler.
- Le Magicobus ? »
Face à l'air dubitatif de l'adulte, Harry s'empressa de reprendre les choses en main. Ce ne fut pas long pour lui de trouver un mensonge efficace. De plus, l'homme semblait quelque peu naïf envers la candeur infantile.
« Oui, notre oncle n'habite pas loin. Il a un nouveau bébé alors on voulait lui faire une surprise. Avec des ballons et tout. » improvisa-t-il en désignant le sac que portait Thomas.
Certes, il n'y avait aucun ballon de baudruche à l'intérieur, mais de cela l'aubergiste n'en savait rien. Ce dernier hocha de la tête et contourna son bar pour sortir du côté Moldu. Son sourire en coin semblait indiquer qu'il était amusé par leur comportement. Mais Harry s'en moquait pas mal, personne ici ne savait qu'il était l'héritier Potter donc il n'avait pas besoin de se comporter comme tel.
Quelques minutes plus tard, les deux garçons se tenaient devant l'immeuble où vivait Remus. Harry, qui observait beaucoup son entourage, connaissait depuis longtemps le digicode de l'immeuble. De plus, James avait un double des clés de Remus pour pouvoir venir chez lui en cas de problème ou d'urgence. Il n'avait pas été compliqué pour lui de la récupérer dans son bureau du premier étage. L'opération aurait été plus compliquée si elle avait été conservée dans le bureau du chef de famille et dont seul James avait l'accès.
Une fois dans l'appartement, ils s'installèrent à leurs aises devant la télé avec quelques boissons et un paquet de bonbons que Remus conservait toujours dans le deuxième placard de sa cuisine. Lorsque la télé s'alluma, les deux garçons furent satisfaits de constater que les pubs ne s'étaient pas encore finies et qu'ils étaient donc arrivés pile à l'heure pour le début de leur émission.
Tout cela parce que Remus avait oublié d'acheter des nouvelles cassettes pour remplacer celles cassées et donc enregistrer leur nouvel épisode d'inspecteur gadget.
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4 septembre 1983
Harry était tranquillement en train de jouer aux échecs sorciers contre lui-même dans le salon du manoir lorsque son père pénétra en trombe dans la pièce avec à sa suite l'ensemble de son matériel audio, aussi bien sa pile de CD que ses enceintes. Le tout alla se fracasser dans la cheminée qui s'alluma instantanément en un brasier puissant.
Ne sachant comment réagir, Harry tenta de se jeter vers la cheminée afin de peut-être sauver quelques CDs. Cependant cela ne lui valut que des brûlures aux mains puisque son père avait accentué la taille des flammes en apercevant son geste.
Harry tourna son regard douloureux vers son père, très mauvaise idée car l'homme prit cela pour de la défiance et lui asséna une gifle. Harry en avait l'habitude, il savait très bien comment était son père. Mais alors, pourquoi est-ce qu'aujourd'hui, encore plus qu'à l'accoutumée, il sentait son cœur se briser en un millier de morceaux. Quelques larmes échappèrent à son contrôle et cela sembla enrager James encore davantage.
Connaissant la manie de Remus à apparaître à l'improviste dans son salon par la cheminée à la moindre minute de libre, James attrapa le bras du garçon et le tira à sa suite à travers les couloirs du manoir. En quittant le salon, l'adulte ne remarqua même pas la présence de son fils cadet derrière la porte, cependant ce ne fut pas le cas de Harry qui ne put s'empêcher de lui renvoyer un regard trahit. Cela faisait des mois qu'il possédait son enceinte et seulement quelques semaines après l'avoir révélée à son petit-frère, son père était soudainement au courant.
Sur le chemin jusqu'à la chambre de son père, Harry se laissa traîner par le col, ses pieds trébuchant régulièrement sur une irrégularité du sol. Il n'arrivait pas à suivre le pas rapide de son père avec ses petites jambes. Harry avait l'habitude de se rendre dans cette pièce sentant l'alcool et la cigarette. A peine la porte fut-elle fermée derrière lui qu'il retira son pull, sachant parfaitement ce que son père attendait de lui. Quelques minutes plus tard, Harry s'évanouit sous la douleur provoquée par un énième coup de martinet ainsi que de sortilèges répétés.
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Lorsque Harry reprit conscience, ce ne fut que pour ouvrir les yeux sur le plafond étoilé de sa chambre. La peinture était vraiment réaliste et apaisante, cependant à ce moment-là il n'en avait que faire. Moby avait visiblement guéri ses blessures. Cependant les potions contre la douleur avaient cessé de faire effet. De plus, les rideaux n'avaient pas été fermés et la neige présente sur son balcon associée à la luminosité du ciel baignait la chambre d'une forte clarté, réveillant ainsi un mal de crâne intense chez lui.
Il prit le temps d'habituer ses yeux à la lumière avant de finalement se relever en une position assise et d'entreprendre une observation minutieuse de son corps. James ne lançait pas souvent de sortilège contre lui, il avait dû être particulièrement énervé et saoul pour agir ainsi. Son dos était recouvert de bandages qui s'enroulaient autour de son buste et de sa poitrine afin d'empêcher ses plaies de se rouvrir.
Cependant, son attention était portée sur les fines bandelettes qui entouraient son avant-bras et se teintaient doucement de rouge. Certainement avait-il essayé de se tourner dans son sommeil et avait rouvert sa plaie. Cela devait aussi être la raison de son réveil. C'est seulement lorsqu'il réalisa qu'il ne voyait pas correctement les contours de sa main que Harry pensa à tâter son visage avec celle-ci. Sa paupière droite était tuméfiée et rendait sa vision floue, cependant cela ne semblait pas être grave ou avoir atteint davantage son œil.
Une fois son analyse terminée, Harry laissa un gros soupir lui échapper. Il allait certainement mettre quelques jours à se remettre de tout cela. Il attrapa ensuite les quelques fioles de potion contre la douleur sur sa table de nuit et en avala deux, une rose et une bleue. Il ne se souvenait plus vraiment de leurs noms, mais Moby lui donnait toujours ces deux-là en premier. La verte doit être prise à la sortie de son bain.
Posant son regard sur le réveil à sa droite, il remarqua qu'il n'était que 4h et qu'il avait encore six heures devant lui avant que son professeur n'arrive. Harry ne savait toujours pas s'il l'appréciait ou non. Miller pouvait parfois être terrifiant, comme à chaque fois qu'il sortait sa canne ou qu'il le traitait de petit crétin prétentieux et sans cervelle. Cependant il lui arrivait à d'autres moments de lui donner de bon conseil ou de lui parler gentiment comme la fois où il avait arrêté le cours en avance parce que Thomas lui avait demandé s'il pouvait l'aider à apprendre l'alphabet.
Bien sûr, cet exercice était bien trop difficile pour un enfant de trois ans. Mais cela avait été amusant de jouer au professeur pour une fois, plutôt qu'à l'élève. Thomas savait désormais écrire son nom dans des lettres à peu près droite ainsi que le sien et le mot « Papa ».
Conscient qu'il ne parviendrait pas à se rendormir, Harry se redressa doucement en essayant de ne pas plus réveiller la douleur. Il attendit patiemment que les antidouleurs fassent effet et quelques instants plus tard, Harry put finalement sortir de son lit. Il testa son dos en faisant plusieurs mouvements vérifiant ainsi que la douleur avait bien disparu. Il constata donc avec regret que ce n'était pas entièrement le cas, cependant cela ne devrait pas poser de problème à moins de faire des mouvements trop amples ou brusques.
Il se dirigea ensuite vers la salle de bain et y prit un long bain chaud avant de finalement se rendre à la cuisine. Moby devait encore dormir à cette heure-ci étant donné qu'il commençait généralement à préparer le petit-déjeuner vers 6h. N'ayant pas vraiment faim suite aux derniers évènements, Harry piocha simplement une figue dans une corbeille à fruits et se dirigea vers le salon. Après tout, il avait commencé une partie d'échecs la veille et n'avait malheureusement pas pu la terminer.
Étant le seul à y jouer dans la famille, il était heureux d'avoir réussi à se procurer un jeu d'échecs ayant la capacité de retenir les différentes parties jouées avec. Ainsi les pièces pouvaient se mouvoir par leur propre volonté et ainsi permettre à un sorcier de jouer sans adversaire.
Harry fut cependant interrompu deux heures plus tard dans l'une de ses parties par l'arrivée de son petit-frère dans la pièce. Ce dernier s'approcha timidement de lui sans oser parler. Il finit par s'asseoir en face de lui et observa les pièces bouger toutes seules.
Il fut cependant tiré de ses pensées lorsqu'une tour décapita un pion ce qui le fit sursauter et donner un coup de genou au plateau. Ce dernier bascula sur le côté et se renversa. Mortifié d'avoir stoppé ainsi la partie de son frère, Thomas releva rapidement son visage vers Harry et le regard glacial que lui envoya ce dernier lui brisa le cœur.
« Je suis désolé Harry.
- De quoi ? D'avoir interrompu ma partie ou bien d'avoir dit notre secret à Jam… Père ? »
Harry n'appelait plus James papa ou père depuis longtemps maintenant, l'homme en avait perdu le droit. Cependant il savait que cela dérangeait son cadet et essayait donc d'en garder l'habitude devant lui.
« Les… Les deux. Écoute Harry je voulais juste écouter de la musique pendant que tu faisais tes devoirs et papa est arrivé à ce moment-là. Je ne savais pas qu'il viendrait. » s'excusa Thomas en se triturant les doigts. « Je suis vraiment désolé. »
Agacé par la voix pleurnicharde et aigue de Thomas, Harry se dressa de toute sa hauteur face à lui et le toisa d'un regard froid. Pas encore prêt à le pardonner, il préféra se détourner de l'autre garçon et quitter le salon.
« Ne pars pas comme ça ! Je me suis excusé, ça ne te suffit pas ? » cria Thomas visiblement agacé de se faire royalement ignorer alors qu'il avait mis sa fierté de côté pour s'excuser.
Ne pouvant plus retenir la colère qui grondait en lui, Harry fit volte face et plaqua son frère sur le mur le plus proche. D'une façon à la fois effrayante et naturelle, il réussit à maintenir étrangement facilement Thomas contre la tapisserie. Il plongea son regard dans celui terrorisé du petit garçon, ses deux petites mains tentant de retirer l'avant bras qui barrait sa gorge afin de le maintenir en place, mais qui l'empêchait également de respirer dorrectement.
« Tu es désolé ? Ne te moque pas de moi, ça ne fait même pas trois semaines que je te l'ai montré et papa est déjà au courant, alors que ça fait plus d'un an que je cache tout ça. Alors en plus de tout avoir fait rater, tu as en plus fouiner dans ma chambre sans même me le dire. Est-ce que tu sais seulement ce que ça représentait pour moi ? Avant que Lily ne meurt, elle chantait tout le temps, quand elle cuisinait, quand je jouais, quand je prenais mon bain, quand on se promenait, quand je n'arrivais pas à dormir, quand j'avais peur, quand je faisais des cauchemars. Il n'y avait jamais de silence dans notre maison, si bien que cela en devenait parfois agaçant. Mais au moins j'avais l'impression que j'avais enfin une vraie mère et même si ce n'était qu'une illusion, j'ai vraiment aimé ça. »
Ça voix baissa d'un ton.
« Mais maintenant… Maintenant c'est tellement silencieux, je ne veux plus jamais entendre le silence de ce foutu manoir trop grand lorsque je fais mes devoirs ou que l'on joue aux échecs. Je ne veux plus me rappeler constamment que Lily n'est plus là, qu'elle m'a trahi, que j'étais le seul à la considérer comme de mon sang. Tu as tout gâché, tout est de ta faute. » cracha froidement Harry.
Alors qu'il se plongeait de plus en plus loin dans ses souvenirs, son bras se pressait de plus en plus fortement sur le coup pâle de Thomas. L'empêchant d'inspirer la moindre bouffée d'air. Cependant Harry ne le remarqua pas, ses yeux étaient perdus trop profondément dans le vague pour se soucier de ce qu'il se passait dans le monde qui l'entourait. Heureusement pour Thomas, Moby parvint à le faire sortir de ses pensées en l'appelant de toutes ses forces et en tirant sur son bras.
Lorsqu'il reprit enfin conscience de la situation, Harry ne put que fixer avec horreur le spectacle sous ses yeux. Thomas s'était écroulé sur le sol dès que sa prise l'avait lâchée et il tentait difficilement de reprendre sa respiration tout en essuyant les larmes qui dévalaient ses joues. Cependant ce qui blessa le plus Harry fut la peur, non, la terreur qu'il lut dans le regard émeraude de l'enfant à ses pieds. Les marques violacées qui commençaient déjà à apparaître sur son cou ne firent que l'achever. Le plus rapidement possible, il se détourna de ce spectacle et se tourna vers Moby qui le fixait avec peur, mais aussi pitié.
Ne sachant comment réagir face à ses actions, Harry quitta la pièce en ordonnant à Moby de soigner Thomas et courut jusqu'à sa chambre où il resta enfermé jusqu'à ce que son réveil ne sonne dix heures. C'était l'heure de sa leçon, il était trop tard pour se faire porter malade ou renvoyer le vieil homme chez lui.
Rapidement, Moby lui lança un glamour afin de cacher les marques de coups donnés par James. Pas un seul mot ne fut prononcé, la tension était bien trop forte entre eux. Puis, il quitta rapidement son pyjama et quelques minutes plus tard, il accueillait Miller comme si ne rien était.
Cependant au fond de lui, il n'arrivait pas à croiser le regard de l'homme ou même à se concentrer sur la leçon du jour. Il avait tellement honte. Il était à deux doigts de tuer son précieux petit frère.
Il était un monstre.
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Harry n'osa par la suite plus sortir de sa chambre pendant près d'une semaine. Prétextant être malade pour ne recevoir aucune visite, aussi bien celle de son professeur, de son parrain, de son père ou de son frère. Il passait alors ses journées allonger sur son lit à broyer du noir ou dévorer des dizaines de livres afin de s'occuper l'esprit. Cependant les nuits étaient devenues des cauchemars pour lui, aussi bien lorsqu'il était endormi car alors ses rêves rejouaient constamment la scène qui s'était déroulée quelque temps plus tôt. Mais aussi lorsqu'il était éveillé puisque ses insomnies lui laissaient tout le temps de culpabiliser encore davantage.
Sous le coup de la colère, il avait blessé aussi bien physiquement que psychologiquement son petit-frère et plus il y pensait, plus il s'enfonçait dans la culpabilité. Il était censé protéger Thomas en tant qu'aîné de la fratrie, mais cela était-il possible si le danger venait de lui ? Non, c'était impossible. Il ne pourrait jamais se le pardonner.
Et comme pour en rajouter une couche, la pleine lune avait eu lieu pendant cette semaine-là. Pour la première fois depuis longtemps, il préféra rester enfermé dans l'une des pièces de leur cave plutôt que de suivre Remus en Pologne, dans l'une des meutes les acceptant.
La rédemption lui vint seulement le lendemain lorsque deux bras fins l'entourèrent par la taille et un petit corps chaud se plaqua contre son torse. Il ne lui en fallut pas plus pour se retourner et emprisonner son cadet dans une étreinte d'ours, les larmes dévalant silencieusement ses joues, s'écrasant dans la chevelure du plus jeune.
« Je suis tellement désolé. Tellement désolé Tommy. Je suis désolé, pardonne moi… » La litanie d'excuses que déversa Harry dura de longues minutes, ou peut-être était-ce des heures. Cependant ni l'un ni l'autre ne le remarqua, trop occupé à se réconcilier.
En voyant l'état de fatigue et de stress dans lequel se trouvait son grand-frère, Thomas fut heureux d'avoir pris son courage à deux mains et d'être entré sans autorisation dans la chambre de Harry. Il avait eu le temps de réfléchir pendant cette semaine d'attente. Il pensa tout d'abord au regard effrayant que lui avait lancé son frère, puis à la force surhumaine qui l'avait plaqué contre ce mur.
Certes Harry était de presque trois ans son aîné, mais cela n'aurait pas dû être possible de le neutraliser d'une seule main étant donné que l'autre pendait alors le long de son corps alors occupée à se crisper et se décrisper. Certainement pour ne pas céder à l'envie de le frapper. C'est alors qu'il se souvint des récents aveux de Harry, il était un loup-garou et cela devait très certainement expliquer sa force surhumaine.
Après avoir passé plusieurs jours à ressasser les derniers évènements, Thomas arriva enfin à prendre un peu de recul sur la situation. Et s'il pensa rapidement aux étranges paroles de son frère vis-à-vis de cette histoire de mère et de trahison, il réalisa surtout ce qui était le plus important et grave dans les événements de ce mercredi soir.
Son père avait frappé Harry. Certes ce n'avait été que deux ou trois claques de ce qu'il avait vu, mais un père ne devrait pas faire cela, du moins le pensait-il. Pour les coups de ceintures, Moby lui avait dit que plusieurs familles faisaient cela, James n'était pas le seul, mais que cela devenait de plus en plus rare avec le temps.
Avant que James ne s'enferme dans sa chambre avec Harry, Thomas les avait discrètement suivis et jamais il ne pourrait oublier les propos de son père. Thomas savait qu'il était le Survivant, qu'il avait réussi à vaincre le Seigneur des Ténèbres à l'âge d'un an et demi seulement et que cela avait coûté la vie à leur mère. Il savait que grâce à ce miracle il était devenu le sorcier le plus célèbre de Grande-Bretagne et était la définition même du prince charmant pour toutes les petites sorcières.
Cependant il avait pensé que son père comprenait que la chute de Voldemort n'était que le fruit du hasard, de malchance (ou chance selon le point de vue) et de circonstances étranges. Que lui, Thomas, n'y était pour absolument rien, d'autant plus qu'il ne se souvenait d'absolument rien prouvant que c'était bien lui qui l'avait vaincu à part cette étrange cicatrice sur son front.
Mais apparemment son père n'était pas aussi lucide que son fils cadet et ce dernier le faisait comprendre à son aîné. James hurlait à son héritier qu'il haïssait sa monstruosité, qu'il avait honte de devoir l'appeler futur chef de la maison Potter, qu'il aurait mille fois préféré que l'aîné soit Thomas car il était au moins plus utile, intelligent, sage, joyeux, sensible, humain que lui. A ses yeux, Harry ne serait jamais rien de plus que le raté de la famille, le gêneur, le membre de trop.
Thomas n'avait finalement que pu plaquer ses mains sur ses oreilles, stoppant ainsi le flot ininterrompu d'insultes de son père. Tout ce qui arrivait à son grand frère était de sa faute, parce qu'il avait essayé d'utiliser la machine à musique de Harry, parce qu'il était un survivant miraculé de l'attaque de Celui-Dont-On-Ne- Doit-Pas- Prononcer-Le-Nom.
Finalement, après plus d'une semaine à se morfondre dans ses souvenirs et la culpabilité, il avait décidé de franchir le pas de la porte de son frère. Cependant ce dernier avait été le plus rapide puisqu'il en sortit en compagnie de son père. Cependant la fatigue extrême tirant les traits de son frère l'empêcha d'aller vers lui. A la place, il préféra les suivre et fut surpris de constater qu'ils se dirigeaient vers les caves. James ouvrit la première porte qu'il vit et attendit que Harry y pénètre avant de refermer la porte et d'y jeter plus d'une dizaine de sortilèges de protection.
Puis James remonta les escaliers menant au rez-de-chaussée, ne faisant pas attention à la paire de jambes visible derrière l'un des piliers du couloir. Thomas ne savait pas vraiment quoi faire à ce moment-là. Devait-il aller parler à son frère avant que sa transformation ne commence, ou bien devait-il plutôt attendre le lendemain pour en parler.
Cependant il n'eut pas à faire de choix puisque déjà, un hurlement de douleur s'échappa de la pièce ressemblant drôlement à une cellule de son point de vue. Petit à petit, les cris et plaintes humaines devinrent grognements et hurlements lupins. Thomas voulut quitter le plus rapidement cet endroit effrayant, cependant ses pieds refusaient de lui obéir. Son regard fixait le pan de bois le séparant de la bête visiblement très agacée à l'idée d'être enfermée.
Soudain, L'animal se jeta contre la porte renforcée magiquement, encore et encore, si bien que Thomas avait presque peur d'entendre son crâne se briser sous la force des chocs. Puis la bête sembla tourner en rond pour ensuite tenter de s'échapper en grattant le sol de la pièce. Cela sembla d'ailleurs stupide de tenter de s'échapper par le sol dans un endroit déjà sous terre.
C'est ainsi que le garçon, hypnotisé par les sons provenant de la cage, se rapprocha peu à peu de cette cellule. Finalement, Thomas resta planté là pendant toute la nuit, à la fois terrorisé et fasciné. Il finit par s'adosser contre le mur faisant face à la porte et sans même s'en apercevoir, il s'assoupit alors que le soleil commençait à se lever.
Il n'entendit donc pas Harry reprendre forme humaine et Moby le rejoindre afin de lui donner des vêtements propres. Cependant la dispute qui suivit entre ces deux-là eut finalement raison de son sommeil. Apparemment, Moby tenait à le soigner avant qu'il ne quitte la pièce tandis que Harry, lui, préférait d'abord prendre un bon bain chaud afin de se nettoyer de toute cette poussière et ce sang. Ce fut sous les cris indignés de l'elfe que Harry quitta la pièce, cependant il se figea de surprise sur le pas de la porte en apercevant son frère devant la porte.
Moby, surpris de l'immobilité de son jeune maître regarda qu'elle était la raison de cela et se figea elle aussi en apercevant Thomas. Finalement, elle décida que leur réconciliation ne la concernait pas et transplana vers les cuisines. Thomas profita du manque de réaction de son frère pour le dévisager rapidement.
Même si son pull était propre et nouveau selon Moby, du sang commençait peu à peu à en imbiber l'épaule droite ainsi que le dos. De plus, du sang s'écoulait, goutte par goutte de ses ongles à moitié arrachés, certainement à force de creuser le sol. Enfin, du sang déjà sec plaquait ses chevaux à son crâne. Cependant cela ne freina en rien la culpabilité qu'il ressentait envers son frère. Alors le temps d'un instant, Thomas oublia le monstre qui sommeillait en lui et sauta dans les bras de son aîné.
Harry le rattrapa tant bien que mal, retenant le cri de douleur qui allait lui échapper. L'un des os de son bras était cassé et l'une de ses côtes étaient quant à elle fissurée. Ne remarquant pas le trouble et la grimace de douleur de son aîné, Thomas le serra encore quelques instants dans ses bras avant de le relâcher et de le tirer par le bras, heureusement celui qui n'était pas blessé, jusqu'à sa chambre. Moby avait raison, il devait être soigné.
Pendant qu'il prenait son bain, Thomas décida d'attendre son frère dans le lit afin de faire une sieste avec lui pendant la matinée. Cependant, il ne parvint pas à se tenir éveillé et s'endormit comme une masse moins de vingt secondes après avoir touché l'oreiller. Harry le rejoignit près d'une heure plus tard, une fois que Moby avait fini de le soigner et de le tartiner de baume en tout genre.
Harry s'allongea à ses côtés, n'osant pas s'approcher de son frère qui lui paraissait si frêle dans ce lit immense. Mais seulement quelques minutes plus tard, Thomas vint se blottir tout contre lui, s'agrippant avec force à son t-shirt de pyjama. Harry ne tarda pas à lui rendre son étreinte.
« Je suis tellement désolé. Tellement désolé Tommy. Je suis désolé, pardonne moi… »
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C'est emmêlé l'un contre l'autre que les trouva Remus le lendemain matin. Cela faisait un peu plus d'une semaine qu'il n'avait pas pu se rendre chez les Potter à cause de ses deux emplois et ses horribles employeurs qui n'hésitaient pas à lui faire faire de nombreuses heures supplémentaires. Le pire étant certainement qu'il ne pouvait pas se plaindre car les sorciers acceptant d'employer un lycanthrope étaient rares.
Ainsi dès qu'il avait eu une minute de libre, Remus s'était empressé de se rendre chez son meilleur ami et ses enfants. Lorsqu'ils étaient arrivés ce matin-là chez les Potter et que James l'avait prévenu que Harry était malade depuis quelques jours et qu'il valait mieux éviter sa chambre pleine de microbes, le Maraudeur ne put s'empêcher de s'y rendre tout de même. De plus, il se sentait coupable de l'avoir laissé seul pour la pleine lune.
Il fut donc plus que surpris de remarquer Thomas dans le lit du malade. Emu devant le spectacle que lui offraient les deux enfants, Remus invoqua son appareil photo magique et les mitrailla sans pitié, voulant prendre le plus de clichés possible de la scène. Satisfait de son méfait, il laissa finalement son sadisme reprendre le dessus et il sauta sur les deux enfants pour un réveil en douceur… ou presque. Il ne fallut que quelques minutes aux deux petits garnements pour se réveiller correctement et se jeter à leur tour sur le terrible sorcier ayant osé les sortir de leurs doux songes.
« Eh bien, tu me sembles bien en forme pour un grand malade Harry. » s'exclama finalement Remus tout en emprisonnant les deux garnements dans une étreinte d'ours.
Harry comprit rapidement que son père avait dû prétexter qu'il était malade afin que personne ne veuille lui rendre visite. Heureusement pour James, Moby avait eu tout le temps de soigner l'enfant au vue de l'apathie qui avait embrumé son esprit pendant les premiers jours de son enfermement volontaire. Ainsi il ne possédait plus aucunes traces des maltraitances de son père. De même pour les blessures causées pendant la nuit, si Remus l'avait retrouvé en sang, James en aurait vu de toutes les couleurs.
« Tu as une mine affreuse. » constata rapidement Remus.
« C'est un truc de loup-garou.
- Harry, pas devant Tom ! » s'exclama horrifier l'adulte.
« C'est bon Lunard, il t'a entendu en parler avec James une fois. » puis le garçon posa ses paumes sur les oreilles de Thomas avant de poursuivre. « Mais il ne sait que pour moi, alors ne parle pas de toi Remus. C'est un sorcier et je ne veux pas qu'il soit aussi effrayé par toi aussi. Alors fait semblant de ne rien savoir.
- C'est ton petit-frère, il comprendra que tu es toujours le même, peu importe que tu sois un loup-garou, transformé sans consentement qui plus est.
- Je sais. Mais je ne veux pas prendre le risque, avec toi… » marmonna Harry.
Remus voulut poursuivre le débat mais cela fut impossible au plus grand bonheur de Harry. En effet, Thomas commençait à se débattre et Harry dut donc enlever ses mains de sa tête. Ils poursuivraient cette conversation plus tard.
Rapidement, la bonne humeur fut au rendez-vous grâce à Remus et Thomas qui n'arrêtaient de babiller joyeusement. Harry était juste heureux que tout soit redevenu comme avant. Ne prêtant pas attention à leurs enfantillages, Harry se contenta de rejoindre la salle de bain avec un petit sourire au coin des lèvres. Qu'il était bon de pouvoir compter sur ces deux-là afin de détendre l'atmosphère en toutes circonstances. Ne voulant pas les faire attendre trop longtemps, il prit une douche rapide mais efficace avant de se sécher dans une des serviettes moelleuses que Moby laissait toujours à sa disposition pour ensuite enfiler les vêtements de rechange qu'il avait emportés avec lui.
Une fois prêt, il rejoignit les deux autres sorciers et ils se rendirent tous ensemble dans le salon du manoir où un magnifique petit déjeuner les attendait sur la table basse. Sans aucune hésitation, les trois compères se jetèrent sur la nourriture alléchante. La matinée fut ainsi partagée entre rire, jeux et blagues.
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20 septembre 1984
Le professeur Miller était parti depuis deux bonnes heures maintenant. Pourtant, Harry n'avait toujours pas quitté la bibliothèque. La raison était simple, son père n'était pas satisfait de ses résultats. Apparemment au dernier petit test que son tuteur lui avait fait passer, il n'avait eu que quatre-vingt-quinze pourcents de bonnes réponses et un Potter ne pouvait qu'obtenir un score parfait.
Harry ne dit bien évidemment pas à son père que Miller ne faisait que lui dire qu'il aurait aimé que son père soit aussi bon élève que lui à l'époque où il lui enseignait encore. Cela ne lui causerait que plus de problèmes.
C'est ainsi que Harry se retrouvait depuis deux bonnes heures à réciter par cœur le contenu de son petit classeur où tous ses parchemins de cours étaient réunis. Lui se tenait immobile, les mains posées sur son bureau tandis que son père faisait les cent pas derrière lui. A chaque fois que sa langue fourchait, qu'il se trompait sur une définition ou inversait une date, un coup de ceinture s'abattait sur son dos.
Pour l'instant, Harry n'avait reçu que sept coups. Mais la douleur embrumait petit à petit son esprit. Il avait de plus en plus de mal à se concentrer et la peur du prochain coup ne le rendait que plus hésitant dans ses réponses.
« Concentre-toi davantage. Il n'y a plus que deux pages et j'ai d'autres choses à faire. »
Harry laissa un soupir de soulagement lui échapper et cela ne sembla pas plaire à James qui fit claquer sa ceinture sur le bois du bureau, juste à côté de sa main. Harry avait vraiment hâte d'être à Poudlard pour ne plus savoir à subir les leçons draconiennes de James.
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30 septembre 1984
Altaïr et Thomas n'avaient pas pu se rendre chez Remus ce dimanche-là puisque ce dernier avait dû remplacer son collègue qui travaillait dans le même pub que lui. Apparemment ce dernier avait attrapé une sacrée grippe et n'arrivait même pas à se lever. Harry ne comprenait toujours pas comment est-ce qu'on pouvait tomber autant malade en août et Thomas semblait penser comme lui.
C'est pourquoi ils avaient décidé de profiter de cette journée ensoleillée mais sans canicule pour faire une course de balais. Thomas avait reçu son premier balai magique pour son anniversaire vingt jours plus tôt et depuis, il ne le quittait plus.
Bien sûr, il montait sur des modèles pour enfant qui possédaient une multitude de protection en tout genre. Mais cela ne freinait aucunement leur amusement. Un peu plus loin se trouvait Moby qui les surveillait afin d'intervenir au moindre problème.
Sans savoir réellement comment ça s'était produit, Harry et Thomas s'étaient retrouvés à s'amuser à voler jusqu'au sommet du grand chêne au fond de leur jardin afin de grimper sur la plus haute branche de ce dernier. A cause de sa petite taille, Thomas n'avait jamais atteint la cime de ce dernier contrairement à son grand-frère et cela fut très plaisant d'admirer la vue depuis leur perchoir.
Ce ne fut qu'au moment de descendre de l'arbre que les problèmes survinrent. Harry qui avait déjà grimpé quelques fois jusqu'ici n'eut aucun mal à atteindre le sol sans avoir besoin d'utiliser un balai. Cependant ce n'était pas le cas de Thomas. Pour monter sur son balai, cela voudrait dire qu'il devrait se mettre debout sur sa branche ou bien sauter sur ce dernier en espérant ne pas glisser et cela lui paraissait impossible.
Mais descendre l'était d'autant plus puisqu'il n'arrivait même pas à atteindre avec ses pieds la branche juste en dessous de lui. Finalement, il opta pour la première option et décida de se mettre debout sur l'arbre et de glisser son balai entre ses jambes à ce moment. Il espérait seulement que le balai décollerait au moment même où il taperait du pied et non avec un temps de retard parce que sinon, il tomberait certainement.
Ce ne fut qu'au moment où Thomas leva un pied pour frapper la branche que Harry réalisa qu'il n'était pas encore descendu. En levant les yeux vers la cime, l'aîné réalisa dans quelle situation se trouvait son cadet. Il le vit glisser comme au ralentit de son perchoir. Ce n'était qu'un balai pour enfant et sa faible rapidité d'action n'était pas très pratique pour ce genre de situation.
Heureusement Moby fut à leur côté en une fraction de seconde et quelques instants plus tard, Thomas fut lévité jusqu'au sol. A peine assis sur l'herbe qu'il éclata en sanglots. Il s'était tordu la cheville pendant sa chute en plus de récolter une belle frayeur.
Le petit garçon tendit les bras vers son grand-frère et ce dernier le serra dans ses bras après une brève hésitation. Depuis leur dispute en début de mois, Thomas refusait tout contact physique avec lui et Harry comprenait très bien pourquoi. Il avait peur de lui et Harry n'était pas près de le toucher une nouvelle fois sans son consentement. Mais cette fois-ci c'était son cadet qui lui réclamait un câlin et cela le poussa à accepter l'étreinte.
Moby soigna rapidement la cheville du plus petit avant de leur conseiller de faire une petite pause pour l'instant dans leurs jeux. Harry accepta volontiers tandis que son petit-frère se blottissait plus fortement encore contre lui. Apparemment il avait vraiment eu peur et ne comptait pas recommencer à faire le casse-cou avant un moment.
Finalement, Harry porta son cadet jusqu'au salon où ils prirent un rapide goûter tout en jouant une partie de bataille explosive. Bien que Thomas soit un peu jeune pour cela, Harry lui avait appris une version plus facile du jeu de cartes.
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31 octobre 1983 (Anniversaire de Harry, il a 7 ans)
Ce soir-là, Harry se coucha avec le cœur rempli d'amertume. Il n'en voulait pas particulièrement à son frère, après tout il ne lui avait jamais dit la date exacte de son anniversaire, il ne pouvait donc pas la connaître. Cependant il s'attendait tout de même à ce que son père lui offre un cadeau. Mais comme chaque année, son désir ne s'était pas réalisé. A peine étaient-ils rentrés du cimetière que Thomas s'était enfermé dans sa chambre et son père avait dévalisé le placard à whisky-pur-feu pour finalement se terrer dans son bureau.
Autant dire que la seule personne ayant pensé à lui souhaiter un joyeux anniversaire fut Moby et sa tarte à la mélasse. Habituellement Remus passait lui rendre visite après son travail et lui offrait généralement une peluche ou un livre, cependant cela n'avait pas été possible cette année. Étant donné qu'il travaillait dans un bar moldu, il y avait beaucoup plus de monde qu'à l'accoutumée en cette soirée d'Halloween.
Mais qu'y pouvait-il lui, si son jour de naissance tombait le même jour que l'anniversaire de la mort de Lily Potter. Rien, il n'y pouvait absolument rien. Alors pourquoi est-ce que son père faisait mine que ce jour était exclusivement devenu celui de sa défunte femme. Certainement parce qu'il avait peur de l'oublier ou bien peut-être parce qu'il refusait de donner de l'importance à son fils aîné. Ce fait était d'ailleurs quelque chose que Harry ne comprenait toujours pas, comment est-ce que son père qui se vantait tant de son meilleur ami lycanthrope et d'être au-dessus de ces coincés d'aristos, pouvait penser à déshériter son propre fils à cause de sa maladie lupine.
Peut-être que finalement son père se souvenait bel et bien que cette horrible journée était celle de son anniversaire car ce dernier avait enfin décidé de lui annoncer la grande nouvelle. En effet, le matin même, James lui avait demandé de se rendre quelques minutes dans son bureau en attendant que son cadet soit prêt à se rendre au cimetière. A peine la porte fut-elle fermée que l'homme prit la parole.
« Je ne passerai pas par quatre chemin, je t'ai déshérité pour instabilité psychologique, après tout je ne pouvais pas écrire dans les papiers administratifs que tu es un loup-garou. Je ne veux pas jeter la honte sur notre famille.
- Mais père, rien n'interdit à un loup-garou de devenir un Lord ! » n'avait pu s'empêcher de s'insurger Harry.
« Tais-toi ! Il ne me semble pas t'avoir demandé ton avis, je suis le chef de famille et rien ne m'empêche de vouloir protéger ton frère et moi de la honte. Imagine le scandale médiatique si ton statut d'hybride venait à être découvert. La réputation de ton frère ne suffirait même pas à faire taire les journaux et les mauvaises langues. Arrête de ne penser qu'à toi pour une fois Harry. Tiens, tu me liras ça cette semaine, ce sont les papiers que j'ai envoyés à Gringotts et au Ministère. Tu recevras tes nouveaux papiers dans un mois environ. Et estime toi heureux que je te laisse vivre sous mon toit en attendant. » cracha méchamment James en quittant la pièce.
Le reste de la matinée avait semblé se dérouler comme au ralentit pour Harry. C'était comme si bien que son corps suivait James et Thomas au cimetière, son esprit quant à lui se perdait dans toutes ses pensées sombres. Il avait toujours su que cela se terminerait ainsi, cependant il avait espéré que son père attendrait ses quinze ou dix-sept ans et non ne l'abandonne alors qu'il n'en avait que sept.
Après cette matinée plus que catastrophique, Harry avait essayé d'oublier les derniers événements en se plongeant dans le tout nouveau roman d'aventure qu'il avait acheté quelques jours plus tôt sur le Chemin de Traverse avec son parrain. Cependant il lui avait rapidement semblé impossible de lire plus de quelques mots sans repenser aux paroles de son père. Finalement, il avait décidé d'aller courir dans la forêt afin de se libérer l'esprit. Bien qu'il ne soit pas sous sa forme lupine, cela lui faisait toujours du bien.
Lorsqu'il retourna enfin au manoir, il était alors plus de vingt-deux heures et la nuit était tombée depuis longtemps. Cependant même après un bon repas, un long bain et une journée épuisante, il n'arrivait toujours pas à trouver le sommeil. D'un geste rageur, il rejeta ses couvertures à l'autre bout du lit et se dirigea vers son bureau. Là, Harry prit le petit tas de papiers que son père lui avait donné le matin même et se mit à les feuilleter rapidement pour finalement se plonger entièrement dans sa lecture. Il ne comprenait pas tout à cause du lexique complexe utilisé, mais il assimila tout de même l'essentiel.
La première page regroupait quelques informations personnelles des deux signataires du dossier, soit James et lui, comme leur nom, leur âge, leur adresse ou encore leur relation familiale. Sur la page suivante était expliqué en long, en large et en travers les raisons qui poussaient James à le renier. Il fut ainsi surpris de découvrir que son père n'avait pas simplement prétexté la folie mais l'avait aussi prouvé grâce à plusieurs attestations médicales.
Bien que Harry ignorait comment il avait pu se procurer ces papiers, ces derniers semblaient étrangement valides et bien faits. Curieux, il lut les remarques d'un certain Dr Homaw travaillant à Ste-Mangouste depuis plus de vingt ans. Cependant il regretta rapidement son élan de curiosité car ces papiers ne semblaient pas simplement réels, ils étaient réels.
Apparemment son père avait réussi à réaliser un prélèvement sanguin et magique sur lui, certainement lors d'un de ses malaises dus à des punitions trop poussés pour son âge. Cependant cela avait permis à ce dernier de trouver des preuves recevables en justice pour le renier. En effet, il était de notoriété publique que les sentiments, les maladies physiques et mentales ou encore le caractère d'un sorcier influençaient la qualité et les propriétés de sa magie.
C'est pourquoi les Aurors travaillaient souvent en collaboration avec des centres de recherches magiques ou des médecins. Grâce à des échantillons de magie prélevés lors d'affrontements ou sur des scènes de crimes, il était possible de dresser le profil du criminel. Ainsi en étudiant sa magie, le médecin avait facilement détecté ses troubles colériques qui étaient anormalement développés pour un enfant de son âge.
Mais apparemment cela n'avait pas alerté le fameux Dr Homaw qui avait préféré étudier à quel point il était instable psychologiquement plutôt que de découvrir pourquoi un enfant de cet âge était aussi perturbé. Apparemment James avait réussi à se le mettre dans la poche, certainement avec quelques Gallions.
Harry poursuivit ensuite sa lecture avec la liste des témoignages de situations étranges donnés par son père. Apparemment son père était au courant qu'il avait déjà frappé et tenté d'étrangler son petit frère sous le coup de la colère après que celui-ci ait trahi un secret d'enfant sans même le faire exprès.
James y disait aussi qu'il avait à plusieurs reprises brisé des objets fragiles, comme des miroirs, des vases ou encore des assiettes, suite à de petites réprimandes de sa part pour ne pas avoir fait ses devoirs ou s'être relâché pendant une leçon. Enfin James avait avoué que Harry l'avait à de nombreuses reprises insulté car il refusait de lui offrir quelque chose ou bien parce qu'il lui demandait de faire une corvée.
Juste observer sa magie ou des souvenirs hors de leurs contextes ne devrait pas suffire à donner un diagnostic précis de son état. Et bien que Harry eût déjà fait tout cela, il ne pouvait s'empêcher de penser que la situation dans lesquelles s'étaient produits ces évènements étaient bien différentes de celles dépeintes par James.
Pourtant le doute persistait, si James avait menti sur le contexte, son comportement n'en restait pas moins excessif et violent. De plus même si le témoignage était altéré, les analyses de sa magie ne pouvaient l'être. Cela signifiait donc que son père avait raison, il y avait bien un problème chez lui.
Grâce à ces preuves, James pourrait le déshériter et le renier sans même avoir besoin de verser de pot-de-vin à ceux qui se chargeraient de l'affaire, comme tout Sang-Pur voulant se débarrasser d'un membre gênant de sa famille sans preuve le ferait. S'en était encore plus humiliant. De plus, ce dernier avait osé dire qu'il avait reçu une malédiction enfant et que cette dernière pouvait peut-être influencer ses actions. La lycanthropie n'était pas une malédiction, c'était une maladie. Mais cela, James ne semblait pas prêt de le comprendre.
Cette fois-ci Harry avait une bonne raison de dépasser la simple colère, après tout il n'y pouvait rien, c'était sa maladie mentale. Alors personne ne lui en voudrait s'il frappait quelqu'un n'est-pas ? Son père ne pourrait pas lui en vouloir de s'énerver contre le désastre qu'était sa vie depuis … et bien depuis qu'il était né. Ce fut certain de sa décision, qu'il tambourina à la porte de la chambre de James et dès que celle-ci, il frappa de toutes ses forces dans le ventre de l'homme, malheureusement il était encore trop petit pour atteindre son visage.
Cependant il regretta bien vite son comportement impulsif lorsqu'une droite bien placée le frappa en pleine joue. Il avait oublié que dans ce manoir, il n'était pas le seul à avoir un tempérament violent et bientôt, il ne put plus que cracher ses insultes comme seule défense contre les coups de plus en plus fort de James. C'était la première fois que James le frappait ainsi. Il avait déjà reçu des claques, des coups de ceintures ou de martinet. Mais jamais cela n'avait dépassé le cadre de la « punition ».
Il n'aurait jamais imaginé qu'un passage à tabac puisse être aussi douloureux. C'était différent de d'habitude. Ce n'était pas froid et impersonnel, James y mettait toute sa rage, toute sa haine, toute sa colère et c'était bien plus dur à supporter.
Puis, le silence prit place dans la pièce. On ne pouvait entendre que le souffle court de James et la respiration laborieuse du garçon. James se détourna et attrapa le verre de whisky qu'il n'avait pas eu le temps de finir, interrompu par l'arrivée de Harry. Il but le liquide ambré d'une seule gorgée et attrapa sa baguette qui avait été abandonnée sur son bureau. Lentement, il la leva sur Harry.
Son fils le fixa comme un chevreuil le ferait en croisant les phares d'une voiture. Cet instant qui ne dura en réalité qu'une fraction de secondes sembla s'étendre pendant des heures pour eux. Harry attendant avec crainte le sortilège qui allait quitter la baguette. Serait-ce un simple sort de lévitation pour le mettre à la porte, ou bien un Diffindo comme James adorait lui en lancer. Ce sortilège de découpe était proportionnellement dangereux à la volonté du sorcier et James savait parfaitement jouer de cela. Il savait comment blesser son fils sans que cela ne semble trop grave.
James quant à lui essayait de savoir s'il serait capable de lancer ce sortilège. C'était son fils, il ne devrait pas. Pourtant, en croisant son regard métallique il n'y voyait qu'Aquila, sa première femme. Cette salope qui ne méritait aucunement de vivre. Alors tout devint clair dans son esprit. Le fils de cette femme le méritait.
Le sortilège rouge quitta sa baguette et l'instant d'après, le corps de l'enfant se tordait de douleur. Sa voix se brisait sous la puissance de ses cris. Les larmes dévalaient ses joues. Le sort s'arrêta seulement quelques secondes plus tard, mais déjà la vision de Harry devenait de plus en plus floue jusqu'à finalement s'assombrir totalement, il s'était évanouit.
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1er novembre 1983
Lorsqu'il se réveilla, Harry remarqua avec surprise qu'il était allongé dans son lit. Incapable de bouger à cause de la douleur qui lui traversait le corps de part en part, il ne put que murmurer le nom de l'elfe de maison des Potter de sa voix rauque et cassée par ses cris de la veille. Il n'eut qu'à attendre quelques secondes avant de voir apparaître devant lui la vieille Moby.
« Jeune maître, vous êtes enfin réveillé ! Moby s'est beaucoup inquiétée lorsqu'elle vous a vu en sang dans le couloir ce matin. Alors Moby vous a soigné et vous a ramené dans votre chambre. Moby peut-elle faire quelque chose d'autre pour le jeune maître ?
- mal. » ne put que murmurer Harry avant d'être pris par une quinte de toux.
Moby comprit immédiatement le message et fit apparaître dans ses mains un verre d'eau et une potion contre la douleur. Elle aida par la même occasion son maître à se surélever suffisamment afin de ne pas s'étouffer en buvant.
Une fois la douleur passée, Harry put enfin se concentrer sur son environnement. Il remarqua alors que Moby avait également récupéré son livre et ses documents qu'il avait abandonnés plus tôt dans la bibliothèque et les avait déposés sur sa table de nuit. Juste à côté de la petite pile de papier, son réveil affichait 18h30, apparemment il avait dormi toute la journée.
« Merci Moby, est-ce que tu pourrais me préparer quelque chose à manger ? » demanda Harry avant de se redresser dans une position assise afin de pouvoir poursuivre la lecture qu'il avait fini par abandonner la veille. Cependant cela était rendu difficile par les tremblements de ses mains, l'elfe de maison décida alors de lancer un sort sur le livre pour qu'il lévite devant Harry et qu'il tourne les pages dès qu'il le dirait.
Dans la suite du dossier, Harry apprit simplement que son père expliquait qu'il voulait procéder à un reniement total et non seulement à un déshéritement car cela ne serait bénéfique à aucun d'entre eux. En effet avec un simple changement d'ordre de succession au titre de Lord et chef de famille Potter, Harry deviendrait simplement une gêne pour lui puisqu'il devrait s'en occuper, continuer à l'éduquer, le nourrir, lui payer sa scolarité et même prendre la responsabilité de toutes ses erreurs et infractions tant qu'il serait mineur. James ne voulait plus jouer le rôle d'un père, visiblement.
Quant à Harry, il ne lui servirait à rien de rester un Potter s'il ne pouvait plus garder l'avantage d'être le fils aîné, alors autant qu'il redevienne un héritier, mais d'une autre maison. Pour une fois qu'il était d'accord avec son père, cependant il savait bien que ce dernier présentait uniquement les avantages que son fils pourrait en tirer pour ne pas dire qu'il ne voulait simplement plus avoir à s'occuper de cet horrible gamin plus longtemps.
Dans une dernière partie, James indiquait finalement que ce serait la grand-mère maternelle du garçon, Walburga Irma Black, qui deviendrait la tutrice de Harry jusqu'à ses quinze ans, âge auquel il pourrait prétendre à une émancipation. Lorsqu'il découvrit cette information, le garçon fut soulagé de ne pas être confié à une quelconque famille d'accueil, à de la famille éloignée ou mis à la porte comme pourrait le faire son père. Après tout, une fois renié, son sort ne dépendait plus du tout de l'homme. Apparemment ce dernier comptait agir en père envers lui pour la première fois depuis bien longtemps.
Cependant il ne put empêcher un sentiment de trahison de poindre au fond de sa gorge, Remus était au courant de tout cela, il en était presque certain. Pourtant, il n'avait même pas essayé d'obtenir sa garde. Au lieu de cela, il allait devoir aller vivre chez sa grand-mère maternelle qu'il n'avait que très rarement rencontrée.
Finalement, son père avait raison, il n'y avait aucune chance pour que le dossier soit refusé d'autant plus que si cela venait à se produire, il suffirait à James de glisser un peu d'argent aux bonnes personnes pour que celui-ci soit immédiatement accepté. Après un énième soupir, Harry décida finalement d'arrêter de se prendre la tête sur ce sujet. Il avait beau se sentir trahi, abandonné et humilié, il ne pouvait rien changer à tout cela. De plus, le meilleur moyen d'énerver son père serait encore de faire semblant de ne pas être atteint par cette nouvelle.
Le dernier problème qui lui restait à résoudre était de savoir comment il allait annoncer la nouvelle à son frère, enfin plutôt ancien frère bien qu'il le considérerait toujours comme tel.
