Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le soixante-deuxième chapitre de SAMLP !
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lyraserah : Oui, ça a beaucoup bougé dans ce chapitre XD Contente que le couple Drarry te plaise autant ! =)
Zackos : Tu as parfaitement bien résumé la situation XD Remus a vraiment vu Severus comme un danger à ce moment-là, il n'a pas supporté l'idée qu'il puisse toucher son compagnon, car Sirius est SON compagnon, comme tu le dis si bien XD Il s'en fout qu'il soit médicomage, il ne touche pas Sirius, point barre XD Que chacun reste à sa place et les hippogriffes seront bien gardés XD
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Merci à vous pour vos retours, et merci à tous ceux qui continuent à suivre cette longue histoire ! Je vous laisse avec ce nouveau chapitre, le premier de la cinquième partie, et je vous souhaite une agréable lecture !
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62 – Examens pratiques, parloir et réconciliation
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(lundi 08/04) POV Sirius
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- Bon, je vais y aller. Il se peut que je sois un peu en retard ce midi, si je n'ai pas fini de faire passer le dernier élève de la matinée.
- Ce sera pareil pour moi demain, donc je comprends très bien, assura Remus. Essaie de ne pas trop stresser, d'accord ? Ça va bien se passer.
- Je l'espère. Je stresse surtout pour le passage de Harry. Mais c'est cet après-midi donc ça va, j'ai le temps de m'y préparer. Allez, à ce midi.
Sirius embrassa Remus, quitta leurs appartements et se rendit à sa salle de classe située au troisième étage. Le stress le gagnait de plus en plus. Il allait faire passer ses tout premiers examens pratiques. Bon, ce n'étaient que les BUSE blancs, il n'y avait pas de réel enjeu, mais quand-même. C'était une sorte d'entraînement aux vrais BUSE. En attendant sa première élève, Hannah Abbot, il agença la salle de façon à ce que rien ne puisse entraver les élèves. Des courses-poursuites allaient avoir lieu avec des mannequins animés, il fallait donc faire attention à ce qu'ils puissent circuler librement.
À neuf heures précises, il ouvrit la porte et fit entrer Hannah qui patientait. Il la salua et lui demanda de se placer devant le bureau. Il remarqua qu'elle n'avait pas l'air spécialement stressée. Cela devait être dû à la période difficile qu'elle était en train de traverser. Elle venait de perdre son père, alors sûrement n'avait-elle pas la tête aux examens… Il aurait mille fois préféré discuter avec elle afin de savoir comment elle allait plutôt que lui faire lancer des sorts, mais l'un comme l'autre, ils n'avaient pas le choix.
- Il me semble que le tirage au sort a été gentil avec toi, déclara-t-il. Je me souviens avoir pioché des sorts assez faciles pour toi. Le premier est le sortilège de lévitation. Tu dois faire léviter cette caisse en bois.
Hannah acquiesça, sortit sa baguette et la pointa vers la caisse. Elle prononça le sort de lévitation et la caisse s'éleva dans les airs jusqu'à atteindre le plafond.
- Bien, maintenant, tu vas lancer le sort de blocage sur le mannequin.
Sirius anima d'un sort ledit mannequin qui se mit à marcher dans la pièce telle une vraie personne. Hannah le visa et s'écria :
- Immobulus !
Le mannequin se figea.
- Parfait. À présent, tu vas lancer sur moi le sort d'allégresse. C'est le seul moyen pour que je sache si tu le maîtrises.
Hannah hocha la tête mais sembla confuse.
- J'ai oublié la formule, avoua-t-elle.
- Essaie de t'en souvenir. Le passage dure dix minutes, il y a quatre sorts, tu en es au troisième et tu as encore six minutes devant toi.
Hannah fronça les sourcils dans un effort visible de concentration mais sans résultat.
- Non, ça ne me revient pas, se résigna-t-elle.
- Bon, on va passer au dernier sort, alors. Il s'agit du sortilège de mutisme. Tu vas le lancer sur une grenouille qui servira de cobaye.
Sirius prit une grenouille dans l'armoire et la posa sur le bureau. Elle coassa et Hannah la visa :
- Silencio.
La grenouille cessa aussitôt de coasser.
- Bien, je vais désormais te poser deux questions. Qui a inventé le sortilège d'allégresse ?
- Félix Labeille.
- Peux-tu m'épeler la formule du sortilège de danse endiablée ?
Le regard de Hannah se troubla. Si la première question était relativement facile, celle-ci comportait une double difficulté. Les élèves connaissaient davantage le sort de danse endiablée par sa formule que par son nom, qui n'était pas vraiment évocateur. Et sa formule était assez compliquée à épeler car il y avait de nombreux pièges. Heureusement, Hannah parvint à la retrouver :
- T-a-r-e-n-t-a-l-l-e-g-r-a.
Sirius tenta de le cacher mais il était ravi car elle n'avait fait aucune faute.
- Merci, Hannah. Tu peux y aller.
Hannah souhaita une bonne journée à Sirius et s'en alla. Sirius nota un EE sur son parchemin avant d'accueillir son élève suivante. Il fit passer Kellah Barney et Susan Bones, puis il y eut le premier élève de la maison dont il était responsable, à savoir Terry Boot. Il devait veiller à le traiter comme un élève de n'importe quelle maison, ce qui allait être un peu compliqué puisqu'il avait évidemment créé plus de liens avec les élèves de Serdaigle qu'avec les élèves des autres maisons. De plus, étant le petit-ami de Hermione, Terry faisait désormais partie de la bande d'amis proches de Harry. Tout comme Blaise Zabini qui sortait avec Ginny et Pansy Parkinson qui sortait avec Ron. Dans le lot, il y avait aussi Draco, Théo et Justin, le petit-ami de celui-ci. Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous à être en couple, franchement ?! Sirius chassa ces pensées de son esprit et fit entrer son élève.
- Bonjour, Terry. Je vais te demander de lancer quatre sorts et ensuite, je te poserai deux questions. On va commencer par le maléfice du saucisson. Tu vas te servir du mannequin pour celui-là.
Sirius activa le mannequin qui se mit en mouvement. Terry le visa et lança :
- Petrificus Totalus !
Les mains du mannequin se plaquèrent aussitôt de chaque côté de son corps, ses pieds se collèrent et il tomba à la renverse.
- Bien. Tu vas maintenant me montrer le sortilège de neutralisation.
À l'instar du maléfice de danse endiablée, les élèves connaissaient mieux ce sort-là par sa formule, Finite Incantatem, que par son nom. Pourtant, sa définition faisait directement référence à son nom puisque ce sort permettait de neutraliser quelque chose. Mais comme bon nombre de sorts avaient pour fonction de neutraliser un adversaire, cela créait la confusion dans la tête des élèves. Le sort de neutralisation avait bien un autre nom, l'anti-sort général, mais Sirius refusait de l'employer. Cela revenait à dire que ce sort pouvait annuler les effets de n'importe quel sort et maléfice, ce qui n'était absolument pas vrai. Par exemple, un Lumos ne pouvait être annulé que par un Nox. Un Sonorus ne pouvait être annulé que par un Surdinam. Un Stupefix ne pouvait être annulé que par un Enervatum. Un Incendio ne pouvait être neutralisé que par un Aguamenti. Avec «sort de neutralisation», il n'y avait pas cette idée de généralité qui déplaisait tant à Sirius. Il préférait donc l'appeler ainsi. Il lança donc un sortilège de chatouillis au mannequin et se tourna vers Terry.
- À toi de faire cesser son rire.
Terry pointa sa baguette vers le mannequin et prononça un «Finite Incantatem» clair et net. Sirius cocha un petit O+ à côté du sort sur son parchemin et releva la tête vers Terry.
- Le sort suivant est le sortilège d'attraction. J'ai disposé à l'autre bout de la salle une valise de deux kilos. À toi de jouer.
Les élèves ayant appris ce sort l'année précédente, Sirius avait choisi un objet ni trop léger, ni trop lourd. Terry n'eut aucun mal à faire venir à lui la valise.
- Et pour finir, tu vas utiliser le charme du bouclier. Je vais essayer de te désarmer pour cela.
Sirius prit sa baguette, visa Terry et lança le sortilège de désarmement. Mais à peine eut-il prononcé la première syllabe que Terry contra son sort avec le charme du bouclier. «Très bons réflexes» pensa Sirius.
- Ce sera tout pour la pratique. Deux petites questions et je te libère. Quelle est la formule du sort de répulsion ?
- Lashlabask.
- Et celle de l'anti-sort du sort d'amplification vocale ?
La question, en soi, était assez simple, mais prononcée comme telle, elle forçait la réflexion. Terry sembla d'ailleurs faire un cheminement dans sa tête avant de répondre :
- Surdinam.
- Bien, je te remercie. Tu peux y aller.
Terry partit et laissa sa place à Mandy Brocklehurst. Jusque-là, Sirius n'avait attribué que des EE et des O et il continua ainsi, donnant un Optimal à Lavande Brown jusqu'à ce que Millicent Bulstrode n'obtienne un A. Puis il attribua un O à Michaël Corner et Stephen Cornfoot et il grimaça en voyant que son prochain élève était Vincent Crabbe. Il détestait mettre des mauvaises notes et il savait qu'il allait devoir le faire puisque cet élève n'avait jamais réussi à lancer correctement ne serait-ce qu'un sort depuis le début de l'année. Et il n'était pas du tout dans l'optique de faire des efforts. Sirius ne se faisait donc aucune illusion. Encore, pour les élèves comme Neville Londubat, Wayne Hopkins ou Sally-Anne Perks qui avaient des difficultés mais qui faisaient tout pour s'améliorer, il avait de l'espoir, mais pour les élèves comme Vincent Crabbe ou Gregory Goyle qui se fichaient totalement de leurs études, il n'attendait plus grand-chose. Il salua le Serpentard qui vint se placer devant lui. Sirius lui expliqua comment allait se dérouler l'examen puis, pour le premier sort qu'il allait devoir lancer, il renversa le contenu d'un encrier par terre.
- Peux-tu utiliser le sort de nettoyage, avec du savon, pour effacer cette tache ?
Crabbe haussa les sourcils.
- C'est vous qui renversez votre encrier et c'est moi qui dois nettoyer ?!
Sirius se retint de lever les yeux au ciel. Ça commençait bien.
- Je veux t'évaluer sur ce sort que tu as appris en première année. Je ne vais pas te demander de le lancer sur une surface qui n'est pas tachée ! Ça n'aurait aucun intérêt. Voilà pourquoi j'ai renversé l'encrier.
Crabbe maugréa et sortit sa baguette. Il lança un «Recurvite» mais une partie seulement de la tâche disparut. Sirius nota un A et passa au sort suivant qui était celui de danse endiablée. Comme il s'en doutait, Crabbe fut incapable de se souvenir de la formule. Il écrivit un T- et incita Crabbe à lancer le sortilège de lumière maximale. Son élève prononça correctement la formule mais son sort n'eut que la puissance d'un simple Lumos. Sirius inscrivit un A+ et se prépara mentalement au prochain sort. C'était le sortilège d'assourdissement et c'était sur lui que Crabbe allait devoir le lancer. Bon, il y avait de grandes chances pour que le Serpentard rate son sort mais en bon professeur qu'il était, Sirius espérait qu'il allait le réussir, même si pour cela il devait se retrouver sourd pendant quelques secondes. Il eut une bonne intuition car le sort de Crabbe n'eut aucun effet sur lui. Sirius nota un T-. Cela équivalait à un zéro et c'était ce qu'il mettait quand l'élève oubliait la formule ou quand le sort n'avait aucun résultat. Pour ce qui était des «plus» et des «moins», cela correspondait au degré des Optimal, Effort Exceptionnel, Acceptable, Piètre, Désolant et Troll. Un seize équivalait à un Effort Exceptionnel élevé tandis qu'un dix-sept équivalait à un Optimal faible. Un douze équivalait à un Acceptable moyen. C'était un système de notation très simple une fois qu'il était bien intégré. Pour l'instant, Crabbe avait une moyenne de six, soit un Désolant moyen. Cela pouvait encore s'arranger avec les questions mais Sirius n'y croyait pas du tout. Et il eut raison car Crabbe ne sut répondre à aucune des deux questions qu'il lui posa. Cela fit descendre sa moyenne finale à quatre, soit Piètre élevé. C'était la première note en-dessous de la moyenne qu'il mettait. Il savait qu'il n'y en aurait pas beaucoup et cela le rassurait. Il mit un Optimal à Roger Curtis, un Effort Exceptionnel à Tracey Davies et un Acceptable à Kevin Entwhistle. Puis ce fut le tour de Justin. Sirius eut envie de savoir s'il allait bien, s'il ne se faisait pas trop embêter à cause de l'officialisation de sa relation avec Théo mais ce n'était pas le bon moment. Il était bien conscient d'être un peu trop proche de ses élèves mais il n'y pouvait rien, il était comme ça. Mais en tant que professeur, il était fier des progrès que Justin avait faits tout au long de l'année. Il avait pas mal de difficultés au début, mais la présence de Théo à ses côtés et les nombreux conseils que celui-ci lui avait donnés l'avaient aidé à s'améliorer et il était désormais un très bon élève. Il avait pris confiance en lui et c'était cela qui lui manquait. Sirius espérait donc qu'il obtiendrait une bonne note à l'issue de l'examen. Pour le premier sort, il fit léviter un vase et le laissa tomber par terre. Il se cassa en plusieurs morceaux.
- Sortilège de réparation ? devina Justin.
- Tout à fait, dit Sirius en souriant.
Justin pointa le vase avec sa baguette et lança un «Reparo». Le vase se reconstitua. Il eut ensuite à montrer sa maîtrise du sortilège de chatouillis et du sortilège d'expulsion. Sirius nota un O pour le premier et un EE pour le second. La pratique se termina avec le sort d'amplification vocale. Justin dut se le lancer à lui-même puisque c'était un sort qui était souvent lancé à soi-même. Sirius l'avait appris aux cinquième année au mois de janvier et il se souvenait que Justin avait eu un peu de mal avec celui-là. Il semblait un peu stressé mais ce fut d'une voix claire qu'il prononça la formule. Sa voix se fit beaucoup plus forte, mais pas autant qu'elle aurait dû l'être. Cela valait tout de même un EE à Justin. Pour finir, Sirius lui posa deux questions auxquelles Justin répondit juste. Il le libéra et accueillit Seamus Finnigan. Il fut suivi d'Anthony Goldstein, Gregory Goyle et Hermione qui fut sa dernière élève de la matinée. Sans surprise, elle réussit à lancer son maléfice de Jambencoton, son sortilège de révélation d'écriture invisible, son sortilège d'attraction et son charme du bouclier. Elle avait surtout bien lancé le premier sort, ce qui n'avait pas étonné Sirius puisque c'était sûrement un sort qu'elle avait l'habitude d'utiliser lors de ses rondes. Elle n'eut également aucun mal à répondre aux questions qui lui furent posées. Lorsqu'elle s'en alla, Sirius vit qu'il était un peu moins de midi. Tout compte fait, il n'allait pas être en retard. Il fallait dire que le passage de Hermione avait été très rapide. Il quitta donc sa salle de classe et descendit à la Grande Salle. Une fois arrivé, il s'installa à la table des professeurs et fut rejoint peu après par Remus et Severus. Celui-ci n'avait pas cours ce jour-là, puisqu'il ne s'occupait désormais que des cinquième année qui n'avaient cours de potions que le mardi, le mercredi et le vendredi, mais Severus demeurait directeur de maison et devait alors assister aux repas.
- Alors, tout s'est bien passé ? s'enquit-il.
- Oui, ça a été bien plus simple que ce que j'imaginais. Je n'ai mis que deux mauvaises notes pour le moment et bon nombre d'élèves ont eu un Optimal.
- Il y a six élèves de Serdaigle dans la première moitié de l'alphabet, en même temps, fit remarquer Severus. Et tu as dû avoir Miss Granger, je suppose…
- À l'instant. J'aimerais bien dire que ce sont des clichés de penser que les Serdaigle vont forcément avoir un Optimal aux BUSE blancs de sortilèges mais ce n'est que la vérité. Bon, sinon, j'ai presque eu la moitié des élèves, il m'en reste vingt-deux à faire passer. Ah non, vingt-et-un, puisqu'Ernie n'est pas là… J'ai oublié de l'effacer. J'espère que ça va aller, pour lui…
- J'essaierai d'avoir des nouvelles une fois par semaine et je vous les transmettrai, promit Severus.
- Merci, c'est sympa de ta part. C'est bien pratique d'avoir des contacts à Sainte-Mangouste, hein ? s'amusa Remus.
- C'est surtout pratique d'avoir fait cinq ans d'étude et d'y avoir travaillé trois ans, railla Severus.
- Et nous en profitons honteusement, plaisanta Remus. Bon, qui vas-tu me prendre sur mon heure de cours ? ajouta-t-il en s'adressant à Sirius.
- Alors, de mémoire, Daphné Greengrass, Wayne Hopkins, Megan Jones, Sue Li, Neville Londubat et Isabel MacDougal.
- Oh, ça va, il n'y a que pour Wayne Hopkins et Neville Londubat que c'est gênant. Parmi les six, ce sont les seuls qui ont du mal en métamorphose. Même si Neville tend à s'améliorer. Mais c'est toujours aussi dur pour Wayne.
- Il galère aussi un peu en sortilèges. Mais il a de la volonté. Grâce à Lavande Brown avec qui il est en binôme, il est moins réservé qu'en début d'année mais il faudrait qu'elle l'aide un peu plus. Elle a des facilités, ce serait bien qu'elle en fasse bénéficier son binôme.
- Je lui en parlerai, décréta Remus. J'avais déjà prévu de la convoquer à ce sujet pour lui demander si elle pouvait aider son camarade en vue de l'approche des BUSE. Bon, on ferait mieux de manger, sinon il va être treize heures et nos ventres seront toujours vides.
Sirius et Severus acquiescèrent et se mirent à manger. Ce n'était pas le moment de sauter un repas. Sirius avait encore tout un après-midi d'examens et il devait donc reprendre des forces !
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Trois quarts d'heure plus tard, Sirius rejoignait sa salle de classe. Il se sentait en forme pour une nouvelle séance d'examens. Si, le matin-même, à huit heures, il était très stressé, ce n'était plus le cas maintenant. Il était parfaitement détendu. Tout s'était très bien passé et il avait beaucoup aimé évaluer ses élèves. Il y avait ce suspense, plus ou moins intense, avant chaque sort, de voir comment l'élève allait s'en sortir. Il y avait la joie lorsque le sort était réussi. Il y avait la déception lorsqu'il était raté. Il y avait un sentiment mitigé lorsqu'il était partiellement réussi. Mais ce qui ravissait le plus Sirius, c'était de voir les progrès qu'avaient fait la majorité des élèves. Rien que pour cela, il aimait ces examens des BUSE blancs.
Comme il l'avait dit à Remus, de treize heures à quatorze heures, il fit passer Daphné Greengrass, Wayne Hopkins, Megan Jones, Sue Li, Neville Londubat et Isabel MacDougal. Il fut ravi de mettre un Effort Exceptionnel à Neville. Les deux questions y étaient un peu pour quelque chose, mais sa note était principalement due aux progrès qu'il avait faits. Il eut un pincement au coeur en voyant le nom d'Ernie rayé sur sa liste. Il aurait dû passer juste après Isabel. Ce fut Draco qui prit sa place. Il avait l'air calme, ce qui rassura Sirius. Cela signifiait peut-être que Harry et lui n'avaient pas subi d'attaques en tout genre à cause de leur officialisation... Mais Sirius se souvint soudain que Draco était un Sang-Pur et qu'il savait très bien cacher ses émotions et ses sentiments. Peut-être le faisait-il actuellement… Non, il ne devait pas y penser. Il accueillit Draco avec le sourire et lui fit signe de se placer devant lui.
- On va commencer par le sortilège de lévitation. Il y a une caisse sur la table derrière toi.
Draco se retourna, sortit sa baguette et la pointa vers la caisse.
- Wingardium Leviosa.
La caisse s'éleva et monta haut dans les airs. Sirius nota un O à côté du sort. Il jeta ensuite un sort de Folloreille au mannequin, sous le regard intrigué de Draco.
- À toi de le libérer du sort avec le sortilège de neutralisation.
Le soulagement se lut sur le visage de Draco. Il visa le mannequin et annula les effets du sort grâce à un «Finite Incantatem». Sirius inscrivit un autre O et enchaîna en demandant à Draco de lancer le sort de lumière maximale. Pour cela, il plongea la pièce dans le noir. Draco s'exécuta, prononça un «Lumos Maxima» et baigna la salle d'une puissante lumière. Sirius désactiva le sort d'obscurité et nota un troisième O. Il jeta un coup d'oeil à sa liste et bloqua en voyant quel était le sort suivant. Il avait pourtant lu la liste plusieurs fois mais ça n'avait pas encore fait «tilt» dans son esprit. Afin de ne faire aucun favoritisme, même sans le vouloir, il avait disposé cinq récipients et il avait écrit sur des bouts de parchemin tous les sorts que les élèves avaient appris depuis leur première année. Puis il en avait pioché quatre pour chacun d'entre eux. Il était relativement fatigué lorsqu'il avait fait ça et n'avait donc pas fait attention aux sorts qu'il marquait dans ses listes. Il venait donc de prendre vraiment conscience du sort qu'allait devoir lancer Draco. Et un profond malaise l'envahit à cette idée. Pourquoi ne s'en était-il pas aperçu plus tôt ? Il aurait pu en parler avec Severus… Il resta les yeux rivés sur ce sort, si bien que cela finit par inquiéter Draco.
- Professeur, vous allez bien ?
Sirius redressa la tête et cligna des yeux.
- Pardon, tu disais ?
- Je m'assurais si ça allait, répéta Draco. Vous sembliez… troublé.
- Ce n'est rien, juste un malaise passager.
Sirius fit apparaître un bloc de pierre devant Draco.
- Tu vas le faire exploser.
Draco obtempéra et dirigea sa baguette vers le bloc. Sirius se crispa, ce qui ne manqua pas à Draco.
- Vous êtes sûr que ça va ?
- Oui, tout va très bien, prétendit Sirius en s'efforçant de sourire.
Draco le regarda avec un air franchement dubitatif mais ne dit rien. Il reporta son attention sur le bloc et Sirius revécut malgré lui l'accident qui s'était produit dans cette même salle deux mois plus tôt. Il réentendit le bruit assourdissant de l'explosion. Il revit Harry et Théo, étendus sur le sol, pâles et inconscients. Il ressentit de nouveau l'angoisse qui l'avait rongé et qui avait envahi tout son être. Et il crut que tout allait recommencer. Mais il n'en fut rien. Draco abaissa sa baguette, son regard fixé sur lui. Il paraissait avoir compris.
- Vous repensez à l'explosion ? demanda-t-il doucement.
Sirius acquiesça.
- Mais il n'y a que vous et moi, ici. Harry et Théo ne sont pas là. Je serai le seul à lancer le sort. Et je maîtrise à cent pour cent ma magie. Ça va bien se passer. Ce n'était pas le sort, le problème, mais la magie de ceux qui l'ont lancé.
Ces paroles apaisèrent Sirius. C'était le monde à l'envers. C'était son élève qui le rassurait. Mais la situation était assez particulière. Il sourit à Draco, plus sincèrement cette fois.
- Tu as raison. Vas-y, je te regarde.
Draco sourit à son tour et pointa une fois de plus sa cible. Il prononça la formule et le bloc de pierre explosa en mille morceaux. Sirius nota un quatrième O. Il posa deux questions à Draco et le libéra. Il accueillit ensuite Théo. Il put s'estimer heureux que le maléfice explosif ne soit pas tombé sur lui. À une personne près, ça aurait pu être le cas. Ils auraient été dans de beaux draps… Car Théo aurait peut-être paniqué, lui aussi… Dans ce cas, Sirius aurait sûrement changé de sort. Ce n'était pas très réglementaire mais il y avait des cas où la situation l'exigeait. Ce n'était pas comme s'il souhaitait avantager Théo. Ce qui serait très compliqué puisqu'il maîtrisait tous les sorts… Dont quelques-uns en informulé. Sirius se demandait même à quoi ça servait de lui faire passer l'examen. Une fois son élève devant lui, il lui expliqua le déroulé de l'examen et lui annonça son premier sort.
- Tu vas me montrer le sortilège de désarmement. Je ne vais pas t'attaquer mais toi, tu vas devoir me désarmer.
Théo garda un air neutre mais Sirius savait que cette idée n'était pas faite pour lui plaire. Ils allaient pourtant être obligés de s'affronter lors des séances de duels qu'ils auraient ensemble le dimanche dès la semaine suivante… Mais Sirius comprenait la réticence de Théo. Cela allait lui passer au fil du temps. Ils se levèrent tous deux, Sirius plongea sa main dans la poche de sa robe et à peine eut-il sorti sa baguette que Théo le désarma. Ah oui. C'était du rapide. Il allait devoir faire attention lors des duels.
- Eh bien, tu ne perds pas de temps, commenta-t-il. Tu sais, dix minutes, c'est largement suffisant, pas besoin d'aller vite, ajouta-t-il, moqueur.
- Désolé, c'est un réflexe, s'excusa Théo.
- C'est ce que j'ai cru comprendre. Bon, maintenant, tu vas lancer le sort d'imperméabilité sur cette veste.
Sirius tira de derrière son dos la veste qu'il avait posée sur le dossier de sa chaise et la tendit à Théo qui l'étala sur la table la plus proche de lui.
- Impervius, prononça-t-il en visant le vêtement.
Sirius se leva, prit la veste par le col et lui lança un Aguamenti. L'eau fut repoussée, comme si elle se heurtait à un bouclier.
- Parfait. À présent, nous allons voir le sortilège de répulsion. Je vais faire léviter un objet vers toi et tu devras le repousser. Normalement, je devrais te le jeter pour plus d'authenticité et pour te mettre dans des conditions réelles mais ce serait trop risqué.
Sirius prit un vase et le fit léviter vers Théo qui dégaina sa baguette :
- Repulso !
Le vase fut projeté en arrière et alors que Sirius s'attendait à le voir se fracasser contre le mur, il fut soudainement immobilisé. Il se tourna vers Théo, intrigué.
- Je ne voulais pas qu'il se casse, alors… j'ai stoppé sa trajectoire, expliqua-t-il, gêné.
- En informulé ?
- C'était plus rapide comme ça.
Sirius était dépassé mais il s'efforça de faire comme si tout était parfaitement normal.
- C'est bête, je n'avais pas pioché le sort de blocage pour toi. Mais bon, ça n'aurait pas compté vu que tu l'as lancé en informulé. Je n'aurais pas pu te noter là-dessus. Allez, tu vas maintenant utiliser sur toi le sortilège d'amplification vocale.
Théo pointa sa baguette sur sa gorge et émit à haute voix :
- Sonorus.
- Dis-moi ce que tu veux sur toi.
Théo donna alors son prénom, son âge et son lieu de naissance avec une voix très puissante qui ne lui correspondait pas du tout. Mais cela prouvait que le sort avait été très bien lancé.
- Bien, tu peux reprendre ta voix normale. Je vais te poser deux questions. Quelle est la différence entre le sortilège qui a pour formule Recurvite et le sortilège qui a pour formule Tergeo ?
- Ce sont tous deux des sorts de nettoyage mais avec la formule Recurvite, on utilise du savon alors qu'on ne s'en sert pas avec la formule Tergeo.
- Peux-tu me citer trois variantes du charme du bouclier que nous verrons en septième année mais dont je vous ai parlé cette année ?
- Il y a Protego Maxima, Protego Totalum et Protego Horribilis.
- Merci. Tu peux y aller.
Théo s'en alla et fut remplacé par Rionach O'Neal. Après lui avoir attribué un Effort Exceptionnel, Sirius fit entrer Pansy Parkinson. C'était une élève qui avait été très régulière dans ses notes durant les six premiers mois, qui avait connu une petite baisse de régime pendant plusieurs semaines mais qui avait repris le dessus et qui avait retrouvé ses bons vieux Effort Exceptionnel. Sirius aimerait la voir obtenir un Optimal aux BUSE, car elle pouvait le faire, mais il savait que ce serait compliqué. Elle manquait trop de confiance en elle pour dévoiler tout son potentiel. Elle aurait pu le faire si elle était restée en binôme avec Hannah Abbot qui l'aurait motivée sans relâche, énergique comme elle l'était, mais elles avaient été séparées en raison d'un changement de binôme et Pansy avait été mise avec Padma, qui était beaucoup plus calme et réservée que Hannah.
- Bonjour, Pansy. Tu dois peut-être avoir entendu comment ça se passait mais je vais te demander de lancer quatre sorts et je te poserai deux questions. On va commencer avec le sort de nettoyage qui ne savonne pas.
Comme il l'avait fait avec Crabbe et un autre élève auparavant, Sirius prit un encrier et le renversa. Afin de ne pas faire de gaspillage, il avait envoyé une lettre au gérant de la boutique Scribenpenne afin de savoir s'il pouvait lui livrer des encriers impropres à la consommation, car trop concentrés en des matières chimiques qui pouvaient avoir des effets néfastes sur ceux qui l'utilisaient. Il avait reçu une dizaine d'encriers, ce qui était largement assez. Pansy sortit sa baguette et lança un Tergeo qui élimina la flaque. Sirius nota un O et activa le mannequin pour le sortilège de blocage. Il se mit en mouvement et Pansy le bloqua avec un Immobulus. Jusque-là, tout allait bien. Sirius craignit que le sortilège de disparition ne lui fasse défaut mais il voulut croire en elle. Il posa un très gros livre devant Pansy qui sembla moins à l'aise. Elle reprit cependant contenance et visa l'ouvrage :
- Evanesco.
Le livre disparut. Sirius marqua un autre O.
- Pour terminer, tu vas lancer un sortilège de mutisme sur une grenouille.
Sirius fit apparaître une grenouille devant Pansy. Celle-ci parut encore moins confiante. Elle pointa l'animal et, d'une voix mal assurée, prononça :
- Silencio.
La grenouille se mit à pousser des demi-coassements. Sirius inscrivit un E- à côté du sort, posa deux questions à Pansy et la libéra. Il angoissa en voyant qu'il restait trois élèves avant Harry. Merlin il n'allait jamais être prêt. Cela devrait être interdit de faire passer un examen à son propre enfant. Et encore, ce n'étaient que les BUSE blancs… Heureusement, ce n'était pas lui qui s'occuperait des vrais BUSE, mais un examinateur certifié. Bien que stressé, il s'efforça de ne pas y penser durant le passage de Padma Patil, Parvati Patil et Sally-Anne Perks. Mais lorsque Harry entra dans la salle, le trac revint au galop. Il fit pourtant comme si de rien n'était et expliqua le contenu de l'examen à Harry.
- On va d'abord voir le sortilège de neutralisation. Je vais lancer un sortilège de danse endiablée au mannequin et tu devras en neutraliser les effets.
Sirius fit sa partie de l'exercice et laissa Harry faire la sienne. Sans surprise, son Finite Incantatem parvint à stopper l'agitation des jambes du mannequin.
- Bien, on va garder le mannequin et tu vas lui lancer un maléfice d'entrave.
Sirius actionna le mannequin de sorte à ce qu'il se déplace et Harry lui lança un Impedimenta qui le ralentit.
- À présent, tu vas faire apparaître une gourde.
Le regard de Harry se voila. Il eut l'air d'avoir une absence, ce qui inquiéta Sirius.
- Harry, ça va ? Harry ? Harry !
Harry redressa brusquement la tête.
- Tu te sens bien ? interrogea Sirius.
- Oui, pardon, je… ce n'est rien.
- Tu es sûr ? Si ça ne va pas, tu dois le dire, je ne tiens pas à ce que tu fasses un malaise ici ou quand tu seras sorti…
- Non, c'est bon. Je vais très bien.
- C'est le fait de devoir faire apparaître une gourde qui t'a troublé, alors ?
- Oui… et non. La gourde, je m'en fiche. C'est le sort, qui me crispe.
- Parce que tu as peur de ne pas le maîtriser ? Ce n'est pas moi qui ai décidé, tu sais. J'ai tiré au sort pour chaque personne.
- Ça aurait été pareil si j'étais tombé sur tout autre sort appris en quatrième année. Je les ai travaillés pour le Tournoi et… ce ne sont pas des souvenirs très joyeux.
- Oh… Je vois. Je suis désolé, je n'avais pas pensé à ça.
- Je m'entraînais sur ces sorts avec Cédric, murmura Harry.
Sirius sentit son coeur se serrer face à cet aveu. Harry avait beau aimer Draco d'un amour pur, rare et intense, Cédric resterait à jamais son premier vrai amour. Harry l'avait aimé, il l'aimait encore, et il l'aimerait toujours. Mais il ne devait pas songer à cela pour le moment. Harry dut se dire la même chose car il se ressaisit.
- Mais ça va aller, assura-t-il. Que dois-je faire apparaître, déjà ? Ah oui, une gourde.
Harry fit le geste adéquat tout en prononçant la formule et une gourde en inox se matérialisa devant lui.
- Bien, pour finir, tu vas me lancer le maléfice d'assourdissement.
Harry le regarda avec un drôle d'air. Sirius réalisa que ça devait être très gênant pour lui, bien plus que pour n'importe quel autre de ses camarades. Mais il se plia à l'exercice, n'ayant pas le choix, et le visa avec sa baguette.
- Assurdiato.
La sensation familière de bourdonnements qu'il eut dans les oreilles prouva à Sirius que Harry avait réussi son sort. Il lui posa les deux traditionnelles questions, puis il lui permit de s'en aller. Il était plutôt satisfait. Ça s'était bien passé. Il ne lui restait plus que sept élèves. Il fit passer Oliver Rivers, Sophie Roper, Sally Smith, Dean Thomas et Lisa Turpin et attribua trois O et deux EE. Après Lisa Turpin, il accueillit l'élève le plus imprévisible de la promo, à savoir Ron. Sirius ne pouvait prédire s'il allait réussir ou non son examen. Ses notes étaient très irrégulières depuis le début de l'année, oscillant entre Acceptable et Optimal. Il n'avait jamais eu de Piètre, Désolant ou Troll en sortilèges mais il arrivait à Sirius de lui mettre des onze ou des douze, ce qui ne correspondait absolument pas à son vrai niveau. Ron donnait l'impression de faire des efforts parce qu'il aimait bien la matière et le prof, mais sans aller au bout de ses capacités. Et Sirius trouvait cela fort dommage. Ron pouvait devenir un excellent sorcier s'il le voulait, ce qui n'était pas forcément le cas de tout le monde. Il y avait des sorciers qui garderaient un niveau moyen qui leur permettrait de s'en sortir dans la vie de tous les jours mais qui ne ferait pas d'eux de bons duellistes. Sirius n'avait pas convoqué Ron car il savait qu'il n'y avait pas que dans sa matière que le Gryffondor faisait preuve de paresse. C'était à Remus de lui parler et il comptait le faire lors du conseil d'orientation qui allait bientôt se tenir. Ils aviseraient à l'issue de celui de Ron. Celui-ci se plaça devant Sirius qui lui fit part de ce qu'il allait devoir faire.
- Ton premier sort sera le sortilège de désarmement. Tu vas le lancer sur moi. Je ne te jetterai aucun sort, j'attendrai juste que tu me désarmes.
Ron acquiesça, visa Sirius et le désarma sans souci. Sirius dut servir de nouveau de cobaye pour le sort suivant puisqu'il s'agissait du sortilège d'allégresse. Là aussi, Ron réussit l'exercice, et haut la main. Il devait être particulièrement à l'aise avec celui-là. Ce fut en revanche moins fructueux pour le sortilège de disparition. Une partie du livre resta sur la table. Cela valut un E- à Ron. Le dernier sort qu'il dut lancer fut le sortilège d'explosion. Sirius se souvenait que Ron y était arrivé à la toute fin du temps consacré à ce sort. Il espéra que Ron allait réitérer l'exploit mais lorsqu'il prononça la formule en visant le bloc de pierre, les trois quarts de celui-ci restèrent intacts. Sirius ne put mettre qu'un A. Pour l'instant, il avait un EE+ de moyenne. Mais il répondit faux à une question, ce qui fit chuter sa note finale à EE-. Cela restait une très bonne note. Ron partit et Blaise Zabini entra dans la salle. C'était l'un des meilleurs élèves de Serpentard. Il était très sérieux, très discipliné et écoutait très attentivement en cours. Ce n'était un secret pour personne qu'il souhaitait devenir médicomage plus tard, et il se donnait tous les moyens pour cela. Contrairement à certains élèves, il n'avait pas de facilités, ses bonnes notes étaient uniquement dues à ses longues heures de travail, pendant et en-dehors des cours. Et cela se démontra pendant l'examen. Blaise n'eut aucun mal à lancer le sortilège de danse endiablée et le sortilège d'imperméabilité, il dut se concentrer un peu plus pour le sortilège d'expulsion et il eut besoin d'un peu plus de temps pour se mettre dans les bonnes conditions afin de réussir son sortilège de mutisme. Il n'eut que des O+, et il répondit juste aux deux questions qui lui furent posées. Lorsqu'il s'en alla, Sirius soupira de soulagement. Voilà une bonne chose de faite. Il remit tout en ordre, rangea ses affaires dans sa mallette, quitta sa salle de classe et prit le chemin de ses appartements. Il avait hâte de retrouver Remus qui finissait à seize heures et qui allait bientôt rentrer. Lorsqu'il arriva, il posa sa mallette et s'affala sur une chaise. Il était exténué. Il rêvait d'un bon bain chaud dans lequel il se prélasserait pendant des heures. Car il était resté tendu durant toute la journée, la pression n'étant jamais redescendue entre deux élèves. Et il n'avait pas vraiment eu le temps de se détendre lors du déjeuner. Il ferma les yeux et fit des exercices de relaxation que Remus lui avait appris. Ce dernier ne tarda pas à arriver, mettant fin à son instant «zen». Sirius se leva pour aller embrasser son compagnon.
- Tu m'attendais de pied ferme, visiblement, constata Remus, amusé.
- Oui, je voulais mon Moony d'amour.
- Eh bien le voilà. Ton après-midi s'est bien passé ?
- Oui, j'ai fait passer tous mes élèves et il y a eu beaucoup de bonnes notes.
- Tant mieux. Ça a été, avec Harry ?
- Mieux que je ne le pensais. Il a juste eu un moment d'absence à cause d'un sort mais on a parlé et c'est vite rentré dans l'ordre.
- Tu as réussi à garder ton rôle de professeur avec lui ?
- Oui, même si ça a été dur. Et lui a gardé son rôle d'élève.
- Vous vous êtes bien débrouillés, quoi. Et c'est très bien. Je suis fier de vous.
Ces mots firent très plaisir à Sirius qui embrassa de nouveau Remus. Il dégrafa la robe de sorcier de son compagnon et glissa ses mains sous sa chemise. Remus gémit dans sa bouche et passa lui aussi ses mains sous la chemise de Sirius qui s'était déjà débarrassé de sa robe de sorcier. Le baiser resta doux et langoureux mais les doigts, eux, se firent plus audacieux, surtout ceux de Sirius qui vinrent titiller les tétons de Remus. Cela sembla beaucoup lui plaire mais il repoussa pourtant Sirius au bout de quelques minutes.
- Sirius, arrête, ce n'est ni l'endroit, ni le moment…
- Tu dis ça parce que je n'ai pas voulu qu'on fasse l'amour hier soir ?
- Non, pas du tout, j'ai bien compris que tu étais fatigué et je ne suis pas du genre à me venger pour ça. Tu as le droit de ne pas avoir envie. C'est juste que là, j'ai plein de choses à faire. Et toi aussi.
Sirius grimaça. Il ne pouvait pas contredire Remus sur ce point. Il devait faire la moyenne des notes des deux examens de chaque élève, il devait revoir ses cours pour le lendemain, il devait préparer ses conseils d'orientation… Il n'avait clairement pas le temps de faire des galipettes. «Mon derrière s'en portera mieux demain» relativisa-t-il. Remus et lui ne s'étaient pas unis depuis leur première fois, puisqu'il y avait eu la semaine précédant la pleine lune et ils n'avaient ensuite rien osé faire de trop poussé au Square afin que Sirius ne soit pas gêné par sa démarche devant les enfants. Cela ne les avait pas empêchés de se donner du plaisir autrement. Avec un sort d'insonorisation, ils avaient pu faire ce qu'ils voulaient, excepté la pénétration. Ils se rattraperaient quand ils auraient le temps. L'envie, elle, n'était jamais bien loin, aussi bien du côté de Remus que du côté de Sirius. Pour le moment, il fallait rester sages. Ils s'assirent donc à table et se mirent au travail. Alors qu'il mettait en commun les notes des premiers élèves de sa liste avec un thé, des petits gâteaux et son chéri en face de lui, Sirius se dit que, tout compte fait, ce n'était pas plus mal ainsi. Il aimait cette ambiance et cela se ressentit dans sa productivité. Il n'excluait cependant pas quelques petits plaisirs avec son loup-garou adoré une fois au lit. Car après l'effort, le réconfort ! Ce dicton était bien connu et Sirius comptait bien le respecter…
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(mardi 09/04) POV Severus
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Severus avait vraiment bien fait de se libérer de la quasi-totalité de ses heures de cours. Cela lui permettait de vaquer à des occupations personnelles, chose qu'il ne pouvait presque jamais faire auparavant. Durant le week-end, il avait reçu une lettre venant du service qui traitait de tout ce qui se passait à Azkaban. Depuis la chute du grand mage noir, les Détraqueurs ne surveillaient plus la prison des sorciers et c'était moins la croix et la bannière pour pouvoir rendre visite aux prisonniers. Et il se trouvait que Lucius souhaitait le voir. Il en avait fait part à un des gardiens qui avait transmis sa demande au service des relations avec Azkaban. Severus n'était pas vraiment surpris, mais il ne s'y attendait pas pour autant. Cela lui paraissait logique et normal que Lucius veuille lui parler, mais il était loin d'y penser lorsqu'il avait reçu la lettre. Il était à mille lieues de ça. Mais il n'avait pas eu besoin de la moindre seconde de réflexion pour répondre qu'il allait venir et fournir au service ses disponibilités.
Il était donc sur le point de partir pour se rendre à Azkaban. Y étant déjà allé, il ne craignait pas trop l'ambiance, même si c'était loin d'être l'endroit où il aimait le plus aller. Il avait appris à se blinder mais cela ne suffisait pas pour ne rien ressentir là-bas. Il prit sa baguette et sa mallette qui pouvait toujours servir et il quitta ses appartements, puis le château. Il marcha jusqu'aux grilles de Poudlard, puis il transplana. Il atterrit sur l'îlot, juste devant l'entrée de la prison gardée par des Aurors. Il les salua, déclina son identité et la raison de sa venue. Un des Aurors vérifia sur sa liste et barra ce qui devait être son nom. L'autre Auror le fouilla, demanda à voir l'intérieur de sa mallette et lança tout un tas de sorts afin de s'assurer qu'il n'avait rien de dangereux sur lui. Severus put finalement entrer et il fut emmené par un autre Auror à une salle où se trouvait déjà Lucius, surveillé par un quatrième Auror. Il ne put s'empêcher de se dire qu'au moins, du temps où c'étaient les hideuses créatures qui gardaient Azkaban, le Ministère avait plus d'Aurors dans son effectif. Mais c'était mieux pour tout le monde que les Détraqueurs ne soient plus là. L'Auror laissa Severus seul avec Lucius mais cela ne leur assurait qu'une tranquillité relative puisque le garde restait derrière la porte et pouvait voir tout ce qu'ils faisaient. Ça n'avait cependant pas beaucoup d'importance : ils avaient la possibilité de se voir et c'était déjà très bien. Severus s'assit en face de Lucius et le regarda attentivement.
- Comment vas-tu ?
- Bien, je n'ai pas trop à me plaindre. C'est assez bruyant, mais ce n'est pas plus mal comme ça. Le silence ne serait pas supportable. Et toi ? Tu vas bien ?
- Oui, je suis très occupé mais je l'ai voulu.
- Tu ne sais toujours pas dire non ?
- Je dirais plutôt que Dumbledore ne sait toujours pas gérer son école.
Lucius haussa un sourcil.
- Te voilà bien critique avec le vieux fou. Qu'a-t-il bien pu faire pour que ton admiration envers lui en prenne un coup ?
- C'est davantage un ensemble de choses qu'il n'a pas faites. Mais évitons de parler de lui. Ça va me filer de l'urticaire.
- Ah oui, à ce point. Bon, comment va Narcissa ? As-tu pu aller la voir ?
- Moi, non, mais Draco y est allé avec quelqu'un en qui j'ai toute confiance. Draco est resté un bon moment avec sa mère, puis il a vu son médicomage avec son accompagnateur. C'est cette personne qui m'a tout relaté.
Severus raconta alors à Lucius tout ce que lui avait dit Sirius.
- Elle n'est pas sortie d'affaire, si je comprends bien, murmura Lucius.
- Les médicomages semblent sûrs qu'elle va se réveiller, mais ils ne savent pas quand et n'ont pas d'idée de fourchette.
- Oui, mais même une fois réveillée, elle aura un long, très long chemin à faire pour retrouver toutes ses facultés… Tout ça c'est de ma faute. Je n'aurais jamais dû la laisser venir avec moi. Elle n'était pas faite pour la cavale. Elle s'est vite affaiblie. Elle n'était pas assez résistante.
- Mais elle n'était pas prête non plus à s'occuper seule de Draco. Elle ne voulait pas que tu sois seul et elle savait que Draco serait entre de bonnes mains.
- Justement, elle n'aurait pas été seule. Tu aurais été là, toi. Tu aurais pu l'aider.
- Elle m'aurait vite refilé Draco. Elle aurait trop déprimé et elle aurait refusé qu'il la voit comme ça. Il aurait passé les trois quarts des vacances avec moi pendant qu'elle se serait morfondue chez elle. Elle a dû penser qu'elle serait plus utile à tes côtés…
- Tout ce qu'elle a pu faire, c'est se prendre cinq Stupefix à ma place pour tenter de me protéger… Ce qui n'a servi à rien puisque je me suis fait neutraliser deux minutes plus tard. C'était à moi de la protéger. Et non l'inverse. Et je n'ai même pas su le faire.
- Tu étais en train de te défendre, tu ne pouvais pas être partout à la fois et tu ne pouvais pas prévoir qu'elle allait s'interposer pour recevoir les sorts à ta place…
- Mais rien de tout cela ne serait arrivé si j'étais parti sans elle. C'est à cause de moi si elle est dans cet état à Sainte-Mangouste.
- On ne peut pas raisonner une femme amoureuse, Lucius. Ce n'est pas uniquement parce qu'elle se sentait incapable de s'occuper de Draco qu'elle est partie avec toi. Elle t'a aussi suivi par amour. Rien n'aurait pu la convaincre de te laisser fuir sans elle. Elle aurait insisté, elle t'aurait retenu, elle t'aurait menacé, jusqu'à ce que les Aurors arrivent et que vous auriez été obligés de fuir ensemble. Ce n'est pas toi qui a décidé de la laisser venir avec toi. C'est elle qui a décidé de s'évader avec toi. De plus, si elle était restée, elle n'aurait peut-être même pas pu s'occuper de Draco. Elle aurait pu être arrêtée pour complicité d'activités de Mangemort. Ça aurait pu l'envoyer direct à Azkaban. Ce n'était donc pas seulement ta cavale mais aussi la sienne.
Lucius sembla considérer ces paroles. Severus ne s'en rendait compte que maintenant, mais il était clairement en train de faire une séance de thérapie avec lui alors que ce n'était pas du tout prévu. Il était vraiment irrécupérable. Mais Lucius en avait besoin. Et Severus était le seul à pouvoir l'aider. Ce n'était pas à Azkaban qu'il allait pouvoir consulter un psychomage… Heureusement, il n'allait pas avoir besoin d'une deuxième séance car il avait l'air d'avoir été convaincu par ce que lui avait dit Severus.
- En gros, tu es en train de me dire que je n'aurais rien pu faire ? Que c'est elle qui décidait ? Que quoi que je dise, elle serait venue avec moi ?
- Exactement. Tu n'y es pour rien si elle t'a suivi. Et tu n'y es pour rien si elle a voulu te protéger.
- D'accord. Je te crois. En tout cas, je sais qu'on a fait le bon choix en te confiant Draco. Et c'est à son sujet dont je voulais m'entretenir avec toi.
- Je m'en suis douté. Je t'écoute.
- Je voulais te remercier de t'occuper de lui. Je sais qu'il est bien, avec toi. Tu l'as toujours aimé. Et c'est réciproque. Je suis rassuré de le savoir avec toi. Tu l'as fait naître, tu l'as accompagné tout au long de son enfance et de son adolescence, il a passé plus de la moitié de ses vacances chez toi, tu le connais, il te connaît, vous avez une profonde affection l'un envers l'autre… Tu étais le plus apte à obtenir sa garde. Je ne sortirai jamais d'ici, alors il lui fallait quelqu'un sur qui il pourrait toujours compter. Je ne peux plus rien faire pour lui, de là où je suis. Ça a été très dur de l'accepter. Mais il faut voir la vérité en face. Je l'aime, je ne fais que penser à lui et à sa mère, j'aurais tout donné pour lui mais je ne lui suis plus d'aucune utilité. J'occupe un rôle que je ne peux plus assumer. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé de renoncer à mon autorité parentale. Je ne renie pas Draco, mais je renonce à tous les devoirs que j'ai envers lui. Ce n'est pas de gaieté de coeur que je le fais. Ça a été une décision très dure à prendre. Mais je pense à son avenir, à sa sécurité, à son bien-être, et rien de tout cela ne pourra être optimisé sans quelqu'un pour veiller sur lui, même après sa majorité. Il lui faut une personne qui aura tous les devoirs sur lui, qui pourra être considérée comme son père et qui pourra agir en tant que tel envers lui. Et il faudrait que tout cela soit officiel.
Severus sentit son coeur s'emballer dans sa poitrine. Il pensait savoir où Lucius voulait en venir et il n'osait pas y croire. Il n'était pas du tout préparé à ça.
- Tu dois sûrement avoir compris ce que je souhaite te demander. Je voudrais que tu adoptes Draco.
Severus ferma brièvement les yeux. Il avait deviné juste. Il devrait être heureux que Lucius lui fasse cette requête, et il l'était. Une salve d'émotions telle qu'il n'en avait jamais connue avant déferlait en lui, le faisant réaliser à quel point il aimait Draco. Mais il n'avait pas envisagé cela et il se posait bien trop de questions.
- Lucius, ta demande me touche beaucoup, j'en suis très honoré, mais ça me surprend, je suis pris de court, je ne peux pas accepter comme ça…
- Je comprends. Mais ça ne changera pas grand-chose, tu sais…
- Bien sûr que si. Tu me demandes de l'adopter. De le reconnaître comme mon fils aux yeux de la loi.
- Et alors ? Qu'est-ce que ça change, au juste ?
- Tu fais exprès de ne pas comprendre.
- Non, c'est toi qui n'es pas clair avec toi-même.
- Mais je suis son parrain depuis sa naissance ! Il est mon filleul depuis presque seize ans et tu veux d'un coup qu'il devienne mon fils !
- Regarde-moi dans les yeux et ose dire que tu ne le considères pas comme tel. Ose dire que tu ne l'aimes pas comme tel. Ose dire que tu n'agis pas comme tel. Ouvre les yeux, Severus. Tu n'es son parrain qu'officiellement parlant. Mais tu as toujours été plus que ça. Tu as toujours été comme un deuxième père pour lui. Maintenant qu'il n'a que toi, ce n'est pas son deuxième père que tu es mais son seul père. Je comprends que ma proposition puisse te choquer. Et je ne t'obligerai à rien. Si tu ne veux pas adopter Draco, je l'accepterai. Je n'ai pas encore renoncé à mon autorité parentale. J'en ai discuté avec mon avocat et il m'a conseillé de t'en parler avant de faire quoi que ce soit et de ne faire les démarches qu'avec ton accord et celui de Draco. Si je n'ai pas l'un d'entre eux, il m'a dit d'abandonner. Et je m'y résoudrai.
Severus fut profondément troublé par ce que venait de dire Lucius. Contrairement à ce qu'il avait pu croire, son ami n'avait pas pris cette décision sur un coup de tête. Il y avait mûrement réfléchi, avait fait appel à son avocat et avait suivi ses conseils. Il était donc vraiment sérieux. Il voulait que Severus devienne le père de Draco. Il voulait qu'il soit entièrement responsable de lui. Severus en était vraiment touché, mais était-ce nécessaire ? Après tout, il avait déjà la garde de Draco et il était son parrain… Ce fut ce qu'il dit à Lucius :
- Mais ça ne suffit pas, que je sois son parrain ?
- Ça ne te donne pas tous les droits. Je crois que… hum… je te l'ai assez répété lorsque nous nous disputions à son sujet…
Severus retint une grimace. Il ne voyait que trop bien à quelles disputes Lucius faisait référence. Ils étaient amis depuis longtemps, ils étaient, l'un pour l'autre, le premier et seul vrai ami qu'ils avaient pu avoir (enfin, jusqu'à peu de temps auparavant pour Severus) mais ils s'étaient écharpés de très nombreuses fois au sujet de la scolarité de Draco. Ils n'avaient jamais réussi à se mettre d'accord, mais ils avaient toujours su s'arrêter à temps avant de risquer leur amitié. Et, effectivement, Lucius lui avait maintes fois asséné qu'il n'était pas le père de Draco et qu'il n'avait pas tous les droits sur lui. C'était souvent à ce moment-là qu'ils mettaient fin à leur discussion. Severus pensa alors que si Lucius souhaitait qu'il adopte Draco alors qu'il lui avait toujours balancé qu'il n'était pas son père, c'était que ça devait vraiment être important pour lui. Severus aurait bien aimé lui dire oui tout de suite, mais… mais quoi, au juste ? Qu'est-ce qui le retenait tant ? Le fait de ne pas vouloir prendre la place de Lucius ? C'était exactement ce qu'il lui demandait. Le fait que ça allait lui rajouter des responsabilités ? Cela ne lui avait jamais fait peur. Le fait que Draco deviendrait son fils légalement parlant ? Il le voyait déjà comme tel. Lucius avait raison. Cela n'allait strictement rien changer. Du moins, dans les faits. Car entre Draco et lui, ça allait forcément changer quelque chose. Et si Draco refusait ? Il en aurait parfaitement le droit. Et ce serait compréhensible. En fait, c'était surtout cela que redoutait Severus. Il avait peur que Draco refuse. Après, cela ne lui coûtait rien de lui en parler, mais s'il n'était pas d'accord, Severus n'insisterait pas et Lucius et lui devraient oublier cette idée. L'assentiment de Draco était indispensable. Ils ne feraient rien contre son gré. Fort de cette pensée, Severus releva la tête et planta son regard dans celui de Lucius.
- Je veux bien lui en parler.
Le soulagement se lut sur les traits de Lucius.
- Merci. Tu serais donc d'accord ?
- Oui. Mais si Draco ne veut pas, je n'essaierai pas de le convaincre à tout prix. Je lui exposerai les arguments que tu m'as cités mais si je vois qu'il est trop réfractaire, je lâcherai l'affaire.
- Cela me semble correct. Les droits de visite sont encore longs à obtenir, alors…
- Je m'y prendrai à l'avance, compléta Severus. Je vais tenter d'en avoir un pour dans deux ou trois semaines et je me laisse donc ce délai pour parler à Draco. Même si je pense que je vais le faire très vite. Mais je ne sais pas encore. Ça dépendra.
Lucius plissa les yeux.
- Qu'est-ce que tu veux dire par-là ? Y aurait-il un problème avec Draco ?
Severus hésita avant de se dire qu'il valait mieux que Lucius sache la vérité.
- Nous sommes en froid, actuellement. Enfin, non, pas vraiment… Disons qu'on a eu un désaccord il y a une semaine, Draco m'ignore depuis, mais il a reconnu ses torts, il doit bientôt venir me voir pour qu'on puisse s'expliquer calmement, mais il a ses examens blancs en ce moment, donc il doit attendre mais je sais qu'il viendra dès qu'il le pourra.
L'air un peu dépassé, Lucius mit quelques secondes avant de réagir :
- Tout cela me semble bien compliqué. Mais je te fais confiance. Si tu me dis que c'est sur le point de s'arranger, je te crois. Tu as toujours su t'en sortir avec Draco.
- Mais tu penses que je devrais lui parler de l'adoption quand il viendra me voir ? Ou serait-il plus judicieux d'attendre ?
- À mon avis, tu devrais lui en parler dès que vous serez réconciliés. Le fait que tu veuilles l'adopter lui fera prendre conscience à quel point tu tiens à lui. Ce n'est pas anodin, comme démarche. Ça va le toucher. Ça lui fera comprendre que vous aurez beau vous disputer, tu continueras à l'aimer et tu seras toujours là pour lui. Ça le rassurera.
Severus hocha distraitement la tête.
- D'accord, j'essaierai d'aborder le sujet dès qu'on se sera parlé. Mais il y a quelque chose qui me chiffonne. Quand Draco quittera Poudlard, il voudra sûrement te rendre visite. C'est peut-être même l'une des premières choses qu'il fera. Car, pour lui, tu resteras son père. Il t'aime. Il aura envie de te voir. S'il s'adresse à toi comme à son père, ça ne va pas te faire bizarre ?
- Si, un peu, mais ce n'est qu'officiellement parlant que je ne serai plus son père. Mais je le resterai toujours. Draco sera à jamais mon fils et je ne cesserai jamais de l'aimer. Mais viendra un moment où les visites n'auront plus d'intérêt. Je souhaiterais voir mes petits-enfants mais je ne sais pas si ce sera possible. Cet endroit n'est pas fait pour un enfant. Plus grand-chose ne me retiendra ici.
Severus fronça les sourcils.
- Attends, ça veut dire quoi, ça ?
Lucius regarda Severus droit dans les yeux.
- Je ne ferai pas ma peine jusqu'au bout, Severus. Quand ce sera trop dur… J'ai déjà tout prévu. Je ne veux pas passer vingt, trente, quarante ans à Azkaban. Je me lasserai bien avant. Et je veux rester maître du temps que je passerai ici. Je ne veux pas pourrir ici. Je redeviendrai libre, d'une certaine manière, quand je l'aurai décidé. Et cette liberté, on ne pourra pas me la voler.
L'abattement gagna Severus en comprenant ce que voulait dire Lucius. Il sentit ses yeux le piquer. Il ne s'attendait pas à ça. Mais cela ne devrait pourtant pas le surprendre. Il aurait dû s'en douter, tout comme pour la lettre qu'il avait reçue. Lucius avait toujours tout fait pour échapper à Azkaban. Non pas uniquement parce qu'il ne voulait pas payer pour ce qu'il avait fait, mais parce qu'il savait qu'il ne supporterait pas d'y faire un long séjour. Il était donc logique qu'il voudrait se suicider quand il n'en pourrait plus d'être enfermé dans cet endroit sordide. Et apparemment, il avait déjà préparé son plan. Il en avait même peut-être plusieurs, le connaissant. Même si ce n'était pas pour tout de suite. Severus pensait bien que son ami espérait voir ses futurs petits-enfants, bien que cela parût difficile à réaliser. Mais Severus était sûr que c'était possible. Quoi qu'il en soit, il comprenait le choix de son ami. Cela l'ébranlait, car Lucius était son plus vieil ami, mais il ne pouvait pas lui en vouloir. Il le connaissait trop bien pour savoir qu'Azkaban n'était pas fait pour lui. Il sut alors ce qu'il devait lui dire, là, tout de suite, maintenant.
- Je m'occuperai de Draco, promit-il. Même quand il n'aura plus besoin de personne pour veiller sur lui. Je ne le lâcherai pas. Il pourra toujours compter sur moi.
Lucius acquiesça.
- Merci. À présent, parle-moi de lui. Est-il toujours sérieux en cours ? A-t-il de bons résultats ? A-t-il trouvé l'amour ? Est-il toujours entouré de ses amis ?
Severus répondit à chacune des questions de Lucius, tout en gardant quelques détails secrets, dont l'identité de la moitié de Draco. Ils discutèrent pendant encore un long moment, puis Severus dut s'en aller. Il se sentait bien lorsqu'il quitta Azkaban. Cela lui avait fait du bien de voir son vieil ami. Lorsqu'il verrait Draco, il pourrait lui donner des nouvelles de son père. Il n'en avait pas eu depuis l'arrestation de Lucius, cela allait lui faire plaisir. Severus avait hâte que son filleul vienne le voir. Il voulait que tout redevienne comme avant entre eux. Il voulait qu'ils se parlent, qu'ils s'expliquent et qu'ils se pardonnent. Mais il avait de quoi s'occuper l'esprit en attendant. Il avait sa séance avec Miss Johnson à dix-sept heures, il en avait une le lendemain avec Harry, il en avait une autre le sur-lendemain avec Miss Chang, il devait réunir ses collègues pour leur dire la vérité sur la relation que Sirius et Remus entretenaient, il y aurait ensuite, et peut-être cette fois pour de bon, la réunion entre professeurs au sujet des prochains préfets, il y aurait aussi bientôt les conseils d'orientation… Les semaines qui s'annonçaient promettaient d'être mouvementées. Heureusement, il serait un peu plus libre dès la semaine suivante puisqu'il avait ce jour-là sa dernière séance avec Miss Johnson. Il ne lui en restait plus que deux ou trois avec Miss Chang et il songeait depuis plusieurs jours à passer à une séance par semaine avec Harry. Ce n'était pas dans le but d'alléger son emploi du temps, mais parce que ses patientes arrivaient au bout de leur thérapie et qu'il avait fait le tour de tous les sujets qu'il devait aborder avec Harry. Enfin, presque, car ils avaient encore des thèmes à traiter mais ils étaient moins importants. La séance hebdomadaire serait suffisante pour parler de ces sujets et elle deviendrait ensuite une séance de suivi et de contrôle. Mais ils verraient cela un peu plus tard. Pour l'instant, ils gardaient les deux séances par semaine et il en serait ainsi jusqu'à ce qu'ils aient traité toute l'enfance de Harry. Mais c'était une bonne chose qu'il n'ait bientôt plus de séances avec Miss Johnson et Miss Chang, car il avait désormais des séances avec Théo, il devait aussi en avoir avec Draco et il espérait que M. Finch-Fletchley et M. Powell viendraient frapper à sa porte… Il n'aurait jamais que deux ou trois patients, c'était impossible. Il y avait trop de problèmes dans cette école et les élèves avaient besoin d'en parler. Et Severus était là pour ça. Il attendait toujours d'être secondé par une collègue et il priait pour qu'il n'y ait pas un afflux de patients jusqu'à ce que Dumbledore lui trouve quelqu'un. Il savait qu'il ne négligeait pas cette tâche et qu'il cherchait activement mais personne ne semblait vouloir venir travailler comme psychomage à Poudlard. C'était peut-être voué à l'échec. Severus n'était pas du genre à baisser les bras aussi facilement, mais là, il commençait à désespérer… Il pensait sérieusement à demander à Dumbledore d'arrêter les recherches et de laisser les choses venir. Après tout, peut-être était-ce ça, la solution…
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(mercredi 10/04) POV Terry
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- Tous des sadiques, ces profs. Trois jours que les cours ont repris et on se retrouve déjà avec trois devoirs à rendre, pesta Ron.
- C'est parce qu'on n'avait pas eu le temps de terminer ce qu'on voyait en sortilèges, botanique et histoire de la magie avant les vacances, expliqua Hermione. Un cours ou deux ont suffi et c'est pour ça qu'on a un devoir dans ces trois matières.
- Mouais. Bon, Pansy et moi avons une ronde. Passez une bonne soirée.
Ron et Pansy se prirent la main et s'en allèrent.
- Il aime toujours autant les devoirs, plaisanta Terry.
- Il a horreur quand tout lui tombe dessus d'un coup. Ça met à mal son organisation avec Susan. Ils ont fait des progrès là-dessus mais c'est encore fragile, apparemment. Mais la semaine de la rentrée le rend toujours grognon, de toute façon, commenta Harry. Bon, je dois y aller, j'ai un entraînement de Quidditch dans vingt minutes.
Harry embrassa Draco, salua le reste du groupe et s'en alla. Ne restèrent plus que Terry, Hermione, Blaise, Draco, Théo et Justin.
- Ron ne participe pas à l'entraînement ? s'étonna Blaise.
- Non, il n'a pas réussi à décaler sa ronde, grimaça Hermione. Et l'entraînement ne pouvait pas être remis à plus tard.
- Mais comment l'équipe va-t-elle faire avec un seul gardien ?
- Il y en a deux de réserve, au cas où un des gardiens ne pourrait pas venir à un entraînement.
- Ah oui, comme dans notre équipe.
- Comme dans toutes les équipes, je pense, rectifia Draco. Bon, je vais m'attaquer à un des devoirs. Je n'ai pas envie de me faire prendre de court quand tous les devoirs en binôme arriveront en même temps.
- Je vais m'y mettre aussi, décida Blaise. On va se soutenir entre amis abandonnés par leurs moitiés.
Draco et Blaise prirent congé de leurs quatre amis après leur avoir souhaité une bonne soirée.
- Vous pouvez prendre la salle sur demande si vous voulez, Théo et moi préférons aller dans le parc, proposa Justin. On vous laisse, à plus tard !
Justin et Théo s'éclipsèrent, lâchant Terry et Hermione qui se retrouvèrent seuls.
- Bon, eh bien, vu qu'on a la salle sur demande, autant en profiter, suggéra Terry.
- Entièrement d'accord, approuva Hermione.
Ils entrelacèrent leurs doigts, sortirent des cachots et se dirigèrent vers les escaliers. Ayant envie de se promener un peu, ils traversèrent des couloirs à chaque étage. Ils tombèrent sur plusieurs élèves qui ne respectaient pas le règlement et les rappelèrent à l'ordre, même s'ils n'étaient pas de ronde ce jour-là.
- Pansy et Ron vont se demander pourquoi ils n'ont rien à faire, s'amusa Terry.
- Qu'ils ne se plaignent pas, on leur facilite le travail, renchérit Hermione. Non mais tu as raison, on ferait mieux de monter directement au septième étage sans arpenter les couloirs. Ce n'est pas cool pour eux qu'on fasse tout à leur place.
- Faisons demi-tour, alors. Les escaliers ne sont pas très loin.
Terry voulut se retourner mais Hermione l'en empêcha en lui attrapant le bras.
- Attends, j'ai vu quelqu'un entrer dans les toilettes !
Terry haussa les sourcils.
- Hermione, loin de moi l'idée de te faire un résumé détaillé de mes journées, mais je dois t'avouer que ça m'arrive aussi d'y aller…
- Ce n'est pas ce que je voulais dire, protesta Hermione. C'était un garçon assez grand, qui doit être en sixième ou septième année et il ne devait pas être très serein puisqu'il a regardé derrière lui avant d'entrer… Ron et Pansy sont sûrement au deuxième ou troisième étage. Le temps qu'ils arrivent au cinquième, cet élève sera déjà sorti. Et son client ou son dealer aussi.
- Attends, rien ne dit qu'il est allé aux toilettes pour s'adonner à un trafic…
- Mais il y a des signes ! On ne peut pas les ignorer !
Terry regarda Hermione pendant quelques secondes avant de céder.
- Ok, on y va.
Hermione et lui s'approchèrent alors des toilettes et y pénétrèrent sans faire de bruit. Tout paraissait calme. Ils tendirent l'oreille mais rien ne leur parvint.
- Tu sais lancer des informulés ? murmura tout bas Hermione.
- Non, j'ai déjà essayé mais je n'y suis pas arrivé.
- Bon, on va tenter d'être discret, alors…
Hermione sortit sa baguette de sa manche et Terry l'entendit chuchoter un «Finite Incantatem». Les toilettes demeurèrent silencieuses.
- Où qu'il soit, l'élève que tu as vu entrer ici est tout seul, constata Terry.
- Ils ont peut-être insonorisé leur cabine avec un sort qu'un sort de neutralisation ne peut pas lever, s'entêta Hermione. Ou alors il attend son dealer ou son client qui doit le rejoindre.
- Il ne viendra pas si on reste là.
- On n'a qu'à se cacher.
Terry soupira.
- Hermione, je crois que tu te montes la tête pour rien. Cet élève est clean. Il est juste venu faire ce qu'on fait habituellement aux toilettes.
- Non, je suis sûre qu'il y a quelque chose de pas net là-dessous. Il faut le pousser à sortir.
- Et si on se trompe ? Comment vas-tu justifier le fait qu'on l'ait soupçonné de dealer alors qu'il est juste allé aux toilettes ?
- Il avait une attitude bizarre, insista Hermione. Il regardait derrière lui comme s'il avait peur qu'on le voit. Je n'aurai qu'à lui demander pourquoi. Terry, on ne peut pas prendre le risque de laisser un dealer ou un client nous filer entre les doigts. On en tient peut-être un, alors il faut y aller, quitte à faire amende honorable si on se méprend.
Terry capitula une fois de plus.
- D'accord, allons-y.
Il savait qu'il n'aurait pas le dernier mot avec Hermione. Elle était trop têtue pour ça et il ne voulait pas passer à côté d'une chance de coincer un dealer ou un client, même s'il continuait à croire que cet élève était tout à fait clean. Ils vérifièrent donc sous chaque cabine et ce fut Hermione qui vit des pieds sous l'une d'entre elles. Elle fit signe à Terry qui la rejoignit. Elle frappa plusieurs coups à la porte de la cabine et demanda :
- Il y a quelqu'un ?
Pas de réponse. Hermione toqua un peu plus fort.
- Ouvrez, on sait qu'il y a quelqu'un !
- Lâchez-moi ! Allez-vous-en ! cria une voix tremblante.
Terry et Hermione se regardèrent.
- Tu vois, il a quelque chose à se reprocher, conclut Hermione.
- Je dirais plutôt qu'il est venu ici pour se réfugier, contesta Terry. Quoi qu'il en soit, il ne peut pas rester là-dedans.
Il prit le relais :
- Écoute, on ne sait pas ce que tu fais ici mais tu ne peux pas garder les toilettes comme ça en otage. Sors, s'il te plaît. Ou ouvre-nous, au moins. Nous sommes préfets, si tu as un souci, tu peux nous en parler.
- Non, partez, allez faire votre travail ailleurs et laissez-moi tranquille !
- Nous ne sommes pas de ronde, nous n'avons rien à faire. Mais nous nous devons d'intervenir si un élève a un problème, même si c'est en-dehors de nos rondes.
- Si vous voulez vraiment m'aider, partez ! Vous allez me faire repérer !
Hermione afficha un air victorieux en tournant la tête vers Terry qui leva les yeux au ciel.
- Tu ne peux plus nier qu'il attend quelqu'un, appuya-t-elle.
- Ça ne veut rien dire, répliqua Terry. Laisse-moi m'en occuper.
Il s'adressa de nouveau à l'élève caché derrière la porte :
- Personne ne viendra ici tant que nous serons là. Et quand bien même quelqu'un entrerait, nous te protégerons. Tu peux nous faire confiance. Ouvre-nous.
Il y eut un moment de flottement, puis la porte s'ouvrit. Terry découvrit un élève de Poufsouffle qui, comme Hermione le disait, devait être en sixième ou septième année. Il avait dégainé sa baguette et tremblait de tout son corps.
- Il faut l'emmener à l'infirmerie. Il est en manque.
Terry ferma les yeux et s'exhorta au calme.
- Hermione, arrête avec ça.
- De quel manque tu parles ? demanda en même temps l'élève. Je vais très bien, je n'ai pas besoin d'aller à l'infirmerie.
- Ce n'est pas l'impression que tu donnes. Tu trembles et tu es prêt à nous attaquer au moindre pas qu'on fera vers toi. Ça démontre une nervosité qui n'est pas normale.
- C'est de la peur, lâcha le Poufsouffle. Juste de la peur. Je pense que toi aussi tu tremblerais si tu te faisais persécuter !
La porte des toilettes s'ouvrit, faisant sursauter et crier le Poufsouffle. Les yeux exorbités, telle une bête traquée, il trembla de plus belle et visa la porte de la cabine avec sa baguette. Hermione sembla enfin comprendre qu'elle faisait fausse route car son air accusateur laissa place à un air coupable.
- Qui te persécute ? interrogea-t-elle doucement.
- Ça ne te regarde pas, asséna durement le Poufsouffle. Je n'ai rien à attendre de soi-disant préfets qui prennent un élève pour un drogué ou pour un dealer alors qu'il se fait juste harceler. Vous êtes comme les professeurs, vous ne servez à rien. Laissez-moi sortir.
- Non, attends, on peut discuter, plaida Hermione. Je suis désolée de t'avoir mal jugé, mais tu avais un comportement suspect et... j'ai tiré des conclusions trop hâtives. Je n'ai pas assez réfléchi. Mais nous pouvons t'aider. Dis-nous qui te harcèle, nous en référerons aux directeurs de maison et nous ferons en sorte de le coincer.
- Ce n'est pas la peine. Je n'ai pas besoin de votre aide. Je veux juste m'en aller. Je n'ai rien fait de mal, alors cessez de me retenir ici.
Terry et Hermione décidèrent de ne pas insister et libérèrent le passage en s'écartant de la porte. Le Poufsouffle partit aussitôt. Terry soupira.
- Il va continuer à se faire harceler et on ne pourra rien y faire.
- C'est de ma faute, murmura Hermione. On aurait pu obtenir sa confiance si je n'avais pas été aussi nulle… Mais j'étais vraiment persuadée que c'était un client…
- Je dois reconnaître qu'il y avait des soupçons à avoir. Mais dans ce genre de situation, on est censé accorder le bénéfice du doute. Tant qu'on n'a pas de preuves tangibles, on ne peut rien faire. Là, il n'y en avait pas.
- Je sais, mais je voulais tellement croire qu'on allait pouvoir coincer un dealer grâce à un potentiel client que j'ai perdu toute raison… Il va falloir qu'on aide cet élève, maintenant.
- On verra ça plus tard. Pour l'instant, nous ne pouvons pas faire grand-chose. Nous ne savons pas son nom, en quelle année il est, et nous n'avons pas non plus le nom de l'élève ou des élèves qui le harcèlent. Tout ce qu'on peut espérer, c'est le croiser de nouveau et voir si quelqu'un le suit.
Hermione acquiesça.
- Je suis quand-même contente que ce ne soit pas un dealer ou un client. Il fallait s'en assurer afin de ne pas passer à côté d'un éventuel trafic. On doit être vigilants là-dessus.
- Je suis d'accord. Mais il ne faut pas non plus en devenir parano.
- Mmmh. Bon, on va à notre salle secrète ? Ou ça ne vaut pas le coup ?
- Vu l'heure, mieux vaudrait aller manger. On pourra se retrouver après manger, si tu veux bien. Ce n'était pas prévu, tu as peut-être d'au…
Terry fut coupé par les lèvres de Hermione qui se plaquèrent sur les siennes. Il se détendit et sourit contre la bouche de sa bien-aimée tout en répondant au baiser. Hermione le rompit vite et plongea son regard chocolat dans celui de Terry.
- Ça te va ou il faut que j'explicite un peu plus mon accord ? se moqua-t-elle gentiment.
- Je n'ai pas bien compris, je crois, feignit Terry, amusé. Il faudrait peut-être recommencer…
- C'est tentant, mais… pas tout de suite. Il me semble avoir entendu quelqu'un dire il y a quelques minutes que nous devions aller manger.
- J'aimerais bien savoir quel est l'imbécile qui a osé dire une chose pareille. Vouloir aller dîner alors qu'il n'est même pas encore dix-huit heures…
- C'est clair. Mais ce sera bientôt ouvert, on peut y aller dans dix minutes.
- Ça me va. Ça nous laisse un peu de temps devant nous…
Comme pour appuyer ses paroles, ce fut cette fois Terry qui prit possession des lèvres de Hermione. Ils s'embrassèrent avec douceur et amour pendant une dizaine de minutes, profitant honteusement des toilettes des garçons du cinquième étage alors qu'ils avaient reproché vingt minutes plus tôt à un élève de retenir en otage la cabine. Mais ils ne faisaient rien de mal. Ils ne pouvaient pas faire de bêtises, de toute façon. De par leur statut de préfet, ils étaient obligés de bien se tenir. Ils finirent par rompre leur étreinte aux alentours de dix-huit heures afin d'aller manger. Ils se séparaient le temps du dîner, mais c'était pour mieux se retrouver ensuite…
.
Trois quarts d'heure plus tard, Terry et Hermione entraient dans la salle sur demande. Ils ne l'utilisaient pas souvent, préférant habituellement se promener dans le château ou dans le parc. Mais il leur arrivait d'y aller et la salle sur demande ressemblait alors à un petit salon, avec des coussins, des livres, des plantes, une table basse, une cheminée, des couvertures, des oreillers, des fauteuils… Il y avait tout pour s'y sentir bien. Ils s'installèrent sur les couvertures en se calant le dos avec les oreillers et les coussins. Hermione se blottit contre Terry qui referma ses bras autour d'elle.
- Ça fait du bien, une semaine de rentrée sans séances de travail en binôme… On a rendu tous nos devoirs en binôme avant les vacances et ceux qu'on nous donne et ceux qui nous attendent, ce sont des devoirs sur table et des devoirs individuels…
- Oui, et tous les devoirs en binôme vont tous nous tomber dessus d'un coup, ajouta Hermione.
- Pfff, je disais quelque chose de positif et toi tu gâches tout…
- Désolée, c'est mon côté rabat-joie, s'amusa Hermione. Non mais tu as raison, c'est calme pour le moment et c'est cool. C'est même une bonne chose car ce n'était pas cette semaine où il fallait nous stresser avec les devoirs en binôme. On avait la reprise des cours et la suite des examens des BUSE blancs…
- En effet, ce n'était pas le moment de nous stresser. Ça a été, d'ailleurs ?
Terry et Hermione, ainsi que leurs camarades, avaient eu trois examens pratiques depuis le début de la semaine. Ils avaient eu les sortilèges le lundi, la métamorphose le mardi, ce jour-là ils avaient eu la Défense Contre les Forces du Mal et le surlendemain, ils avaient la botanique et les potions.
- Oui, j'ai surtout bien réussi les sortilèges et la Défense Contre les Forces du Mal. J'aurais pu faire un sans-faute en métamorphose si ma pelote de laine n'avait pas gardé une queue de vache…
- Oh, tu es tombée sur cette métamorphose…
- Oui, j'étais facilement parvenue à transformer une pelote de laine en vache mais j'avais eu plus de mal avec l'inverse. J'avais supplié Merlin de ne pas me faire tomber sur cette métamorphose mais il ne m'a pas écoutée. Et toi, tu t'en es bien sorti ?
- Oui, je n'ai juste pas mis assez de puissance dans un sort lors de l'examen de Défense Contre les Forces du Mal. Mais ça ne m'empêchera pas d'avoir un Optimal, normalement.
- Pareil pour moi en métamorphose. En tout cas, demain, on n'a aucun examen et c'est cool. Ça va nous faire du bien, cette journée de repos.
- Oh oui. Surtout qu'on commence à onze heures… J'adore les cours mais être libre presque toute la matinée, c'est super agréable. Enfin bon, je dis ça mais j'en profite souvent pour travailler…
- Moi aussi, avoua Hermione. Mais je regrette un peu de ne pas avoir pris l'option de duel. Ça aurait pu nous être utile pour nos rondes… On aurait eu plus facilement le dessus sur les élèves qui nous provoquent en duel… Et puis ça aurait pu aider Ernie… L'option aurait dû être obligatoire pour les préfets.
- Je pense aussi. Il faudrait en parler à nos directeurs de maison…
- Il me semble qu'il y avait une réunion de prévue, qu'elle a été reportée plusieurs fois et qu'elle n'a toujours pas pu avoir lieu. Ils pourraient en discuter à ce moment-là… Demain, on a cours avec nos deux directeurs de maison. On peut aller les voir à la fin de leur cours.
- D'accord, on ira ensemble. Ils pourront en parler entre eux en rentrant à leurs appartements…
Terry et Hermione se regardèrent brusquement, ayant visiblement eu la même pensée.
- Nos directeurs de maison sortent ensemble, eux aussi ! s'exclama Terry.
- Je n'avais même pas fait le rapprochement…
- Ça va devoir filer droit entre nous, plaisanta Terry. T'imagines, s'ils s'aperçoivent que ça ne va pas trop entre nous et que ça empiète sur notre relation de binôme et qu'ils nous convoquent à cause de ça… Ça ferait trop bizarre de se retrouver tous les deux face à nos professeurs en couple…
- J'avoue, et ce ne serait pas étonnant que ça arrive. Si… Le professeur Black est très proche de ses élèves. Il peut demander à voir un élève juste parce qu'il a remarqué qu'il avait une griffure sur la joue… Et si c'est à cause de son chat, il peut lui donner tout un tas de conseils pour éviter que ça ne se reproduise, il peut lui raconter des anecdotes et partir sur des heures de discussion…
- Je vois bien la scène. Mais c'est vrai que le professeur Black est très attentionné envers ses élèves. Je suis sûr que ses collègues lui disent qu'il l'est même un peu trop. Mais je ne suis pas de cet avis et je suis bien content de l'avoir comme directeur de maison. J'adore le professeur Flitwick mais le professeur Black est plus jeune, il nous comprend donc un peu mieux. Mais j'aurais bien aimé avoir le conseil d'orientation avec l'un et l'autre. Ça aurait été cool. Au lieu de ça, le professeur Black va devoir tout gérer tout seul.
- C'est pour le préparer à devenir le seul directeur des Serdaigle. Vu que c'est ce qui l'attend… Et il va s'en sortir haut la main. Les conseils vont bien se passer avec lui. Tu es toujours décidé à garder toutes tes matières ?
- À part les créatures, oui. Et toi ?
- Je pense également abandonner les créatures mais aussi l'astronomie. Je n'ai jamais trop accroché avec cette matière. Et ça ne me sera d'aucune utilité. Je me retrouverais donc avec huit matières, ce que je trouve tout à fait raisonnable.
- Je trouve aussi. Même si j'en garderai une de plus.
- Tu comptes poursuivre quelles matières, déjà ?
- Les sortilèges et l'histoire de la magie qui sont obligatoires, la métamorphose, la Défense Contre les Forces du Mal, la botanique, les potions, l'astronomie, les runes et l'arithmancie.
- Ah oui, tu as juste l'astronomie en plus. Tu es sûr de vouloir continuer cette matière ?
- Oui, on l'a depuis la première année, j'aurais le sentiment d'avoir travaillé sur cette matière pour rien pendant cinq ans si je l'arrêtais juste après les BUSE…
- Je comprends. Tant que tu arrives à gérer, c'est le principal. Normalement, suivre neuf matières en sixième année, c'est faisable. Je pense que c'est le maximum conseillé. À partir de dix matières, ça devient plus compliqué. C'est même déjà trop. De toute façon, avec nos devoirs de préfets, on était obligés d'abandonner au moins une matière. Et ça fera du bien à notre couple aussi.
- J'ai envie de dire que c'est le meilleur argument.
Hermione sourit et pencha la tête en arrière. Terry en profita pour ravir ses lèvres et l'entraîner dans un long baiser tendre et amoureux. Afin que ce soit plus pratique pour eux deux, Hermione s'assit sur les genoux de Terry et enroula ses jambes autour de sa taille. Ils purent ainsi s'embrasser comme ils le souhaitaient tout en étant étroitement enlacés. Leurs mains n'étaient pas en reste et caressaient dos, nuque et cheveux. Ils pouvaient rester des heures comme ça à se câliner et partager de tendres baisers. Ils n'avaient besoin de rien d'autre pour être heureux ensemble. Parler et s'embrasser leur suffisait amplement. Et ce fut ce qu'ils firent jusqu'à l'heure du couvre-feu.
.
Il était presque vingt-trois heures lorsque Terry raccompagna Hermione à sa salle commune. Il descendit ensuite les sept étages afin de rejoindre la sienne et monter à son dortoir. Il fut étonné de voir des première année debout. Et il comprit pourquoi lorsqu'il entra dans son dortoir. À peine eut-il mis le pied dedans que des ébats très bruyants lui parvinrent aux oreilles. Il avait l'impression d'être à côté d'eux tellement c'était fort. Mais il n'eut pas le temps de se demander d'où ça venait car Michaël et Anthony ne tardèrent pas à lui sauter dessus.
- Enfin te voilà ! s'écria Michaël. Pitié, fais quelque chose pour arranger ça, ça fait des heures que ça dure, ils sont infatigables !
- Mais attendez, vous ne pouviez pas tout simplement insonoriser votre espace ?
- On aimerait bien ! Mais les première année n'arrêtent pas de venir ici afin de savoir où tu es… Ils sont bien conscients que tu es le seul à pouvoir faire quelque chose. Si encore on avait un préfet-en-chef dans notre maison, on aurait pu faire appel à lui, mais c'est une préfète-en-chef qu'on a et on n'a donc pas accès à son dortoir… Du coup ça ne sert à rien qu'on insonorise autour de nous avec les petits qui viennent nous voir toutes les dix minutes…
- Je vois. Si j'avais su, je serais rentré bien plus tôt. Mais même les première années sont dérangés par ces ébats ?
- Ils ne savent pas encore lancer le sort d'insonorisation, et comme tu peux t'en rendre compte, les plafonds ne sont pas très épais, on serait à côté de ce couple, ce serait pareil, alors ça doit rester très bruyant même quatre étages plus bas…
- C'est vrai. Mais je ne vais quand-même pas aller voir ces deux élèves pour leur dire de faire moins de bruit ?
- Que veux-tu faire d'autre ? Leur envoyer un mot ? Ou un Patronus ? Tu penses qu'ils vont y faire attention ? ironisa Michaël.
- Le coup du Patronus, ce ne serait pas mal, songea Anthony. Ils seront obligés de le voir puisqu'il émet une puissante lumière. Et Terry n'aura qu'à parler fort pour que son Patronus en fasse autant.
- Mais je n'ai jamais envoyé de Patronus, je ne sais même pas comment on en fait apparaître un, se désola Terry.
- C'est normal puisqu'on n'apprend ce sort qu'en sixième année, grimaça Anthony.
- On n'a qu'à aller voir un sixième année, alors, décréta Michaël. En espérant qu'ils ne dorment pas encore…
Terry était un peu gêné à l'idée d'aller déranger leurs voisins du haut à onze heures du soir mais il devait admettre que c'était la seule solution.
- Restez là, s'il y a des première année qui montent, vous pourrez leur dire que je suis revenu et que je suis allé régler ça.
Anthony et Michaël acquiescèrent et souhaitèrent bon courage à Terry qui quitta le dortoir. Il monta les marches jusqu'à celui des sixième année et frappa quelques coups à la porte. Ce fut le capitaine de l'équipe de Quidditch de Serdaigle, Alexis Conley, qui lui ouvrit.
- Excuse-moi de te déranger, tu dormais peut-être…
- Non, pas du tout. On a eu la visite des première année, ils n'arrivaient pas à dormir, ils ont voulu te voir dans ton dortoir mais tu n'y étais pas, apparemment…
- Non, je viens juste de rentrer. C'est justement à cause de ce qui les empêche de dormir que je suis là.
- On ne peut rien faire, nous.
- Indirectement, si, vous pouvez faire quelque chose. Je ne tiens pas à me pointer dans leur dortoir et leur crier de calmer leurs ardeurs… Michaël a émis l'idée de leur envoyer un Patronus sur le ton de la plaisanterie mais Anthony a trouvé que c'était une bonne idée. Seulement, tout comme eux, je ne sais pas envoyer de Patronus. On ne l'a pas encore appris. Anthony dit que c'est au programme des sixième année. Michaël a alors pensé que l'un de vous pourrait m'aider…
- Tu voudrais te servir de mon Patronus pour délivrer un message ?
- Oui, si c'est possible…
- Ça peut se faire. Mais un Patronus n'obéit qu'à son propriétaire. Il faudrait que je prenne ta voix pour que le message semble venir de toi. Il y a un sort pour ça et, heureusement, il s'apprend aussi en sixième année.
Alexis sortit sa baguette et la pointa vers Terry.
- Fais «aaaah» sans t'arrêter le temps que je capture ta voix.
Terry obéit sans se poser de questions et lorsqu'Alexis lança le sort, il eut l'impression que sa voix se faisait aspirer par la baguette de son camarade. Puis Alexis la dirigea vers lui, un mince trait doré en sortit et disparut entre les lèvres du sixième année.
- Vas-y, dicte-moi ton message, dit-il avec la voix de Terry.
Celui-ci fut pris au dépourvu, n'ayant pas vraiment réfléchi à son message. C'était la première fois qu'il était confronté à ce genre de situation. Il dut donc improviser :
- Bonsoir, navré de vous déranger mais vous seriez priés de faire moins de bruit durant vos activités nocturnes, vous empêchez vos camarades de dormir et ils n'ont pas à entendre vos ébats, surtout en ce qui concerne les plus jeunes. Insonorisez votre espace et tout le monde sera content. Merci.
Terry répéta son message afin qu'Alexis puisse tout retenir et une fois le dernier mot prononcé, il fit partir son Patronus d'un coup de baguette. Il reprit sa propre voix avec un simple Finite.
- Voilà, ils devraient le recevoir d'ici quelques secondes. Vu que j'ai parlé assez fort, on va pouvoir l'entendre d'ici.
Effectivement, quelques secondes plus tard, la voix de Terry leur parvint. Elle était beaucoup plus puissante que ce à quoi Terry s'attendait. Nul doute qu'Anthony et Michaël devaient l'entendre, eux aussi. Bizarrement, les ébats cessèrent aussitôt et le dortoir se retrouva plongé dans le silence.
- Ça fait du bien, commenta Alexis.
- Merci pour le Patronus. Je vais te laisser, j'ai des première année à aller coucher.
Alexis acquiesça, ils se souhaitèrent une bonne nuit, puis Terry rejoignit son dortoir.
- Il était super, ton message, le félicita Michaël. Ça a eu l'effet escompté, en tout cas.
- Encore heureux, sinon j'aurais été obligé d'aller les voir… Je vais coucher les petits, je reviens.
Terry s'en alla et descendit à la salle commune. Il y avait encore des première année debout, ainsi que quelques deuxième année.
- C'est bon, vous pouvez rejoindre vos lits, il n'y a plus de bruit, annonça-t-il en souriant.
- Mais qu'est-ce que c'était ? Ça venait d'où ?
- De tout en haut, c'était un couple qui s'amusait et qui a oublié d'insonoriser leur espace. Mais ils ont compris qu'ils dérangeaient et ils ont lancé le sort adéquat. Vous n'allez plus les entendre. Vous avez cours demain matin, alors montez vous coucher.
Les jeunes élèves s'exécutèrent et se dirigèrent vers les escaliers d'un pas traînant. Terry les suivit et resta un moment avec les première année, puis avec les deuxième année. Comme souvent quand ils étaient réveillés brusquement ou quand quelque chose les empêchait de dormir, ils étaient agités et il fallait donc user de patience pour les calmer. Il fallait aussi s'assurer qu'ils ne sortent pas de leur dortoir au bout de dix minutes. Être préfet, c'était tout un travail. Ce fut donc vers minuit que Terry remonta à son dortoir.
- Ils t'ont donné du fil à retordre ? devina Anthony.
- Un peu, ils n'arrêtaient pas de sortir de leurs lits pour toutes sortes de raisons, ils s'insultaient pour rire, ils se lançaient leurs oreillers à la figure, ils sautaient partout dans le dortoir… J'ai dû hausser la voix pour me faire entendre. Quand je fais ça, ils savent que c'est le moment de se calmer.
- Tu es prêt pour avoir des gosses, s'amusa Michaël. Pas tout de suite, bien sûr, il faudrait être fou et inconscient pour faire volontairement un enfant à Poudlard, mais une fois les ASPIC en poche…
- Je veux d'abord avoir une situation financière stable avant de songer à fonder une famille.
- Tu as bien raison, approuva Anthony. On n'est plus au temps de nos parents. On ne cherche plus à avoir un enfant dès qu'on est sortis de Poudlard… Et puis bon, il faut trouver la bonne personne.
- Oh, je suis presque sûr que Hermione sera la mère de mes futurs enfants. Mais l'un comme l'autre, on voudra avoir un travail avant de faire notre premier enfant.
- Vous en avez déjà parlé ? s'étonna Anthony.
- Non, mais c'est quelque chose que je sens. On est encore trop jeunes pour avoir une discussion à ce sujet…
- Tout à fait d'accord. J'espère que ceux d'en haut n'en ont pas mis un en route avec leurs bêtises…
- Je n'avais pas pensé à ça, grimaça Terry. Mais ce serait possible. Ils auraient très bien pu oublier à la fois le sort de protection et le sort d'insonorisation… Après, s'ils ont régulièrement des rapports, ils ont dû s'assurer qu'ils étaient clean et la fille doit prendre une potion…
- Oh là là, ça m'a l'air bien compliqué, tout ça, jugea Michaël. Je vais attendre avant de me trouver une copine, hein. Ce n'est pas avec moi que vous allez être embêtés dans le dortoir…
- Ni avec moi. Et je crois que Stephen et Roger n'ont pas de copine non plus. Tu es le seul à être en couple, Terry. Donc ça va être à toi de faire attention.
- On n'en est pas du tout là avec Hermione, dit Terry en rougissant. On n'en parle même pas.
- Mais c'est quoi vos sujets de discussion au juste si vous ne parlez ni de sexe, ni de Quidditch, ni de l'avenir de votre couple… ?
- Il n'y a pas que ça dans la vie, Michaël, répliqua Anthony. Ils peuvent très bien parler d'eux, de ce qu'ils ont lu récemment, de leur groupe d'amis, des nouvelles de la Gazette…
- C'est ça, confirma Terry. Et puis on s'embrasse, aussi. Et on peut rester un long moment sans rien dire. Tu verras quand tu seras amoureux. Tu comprendras mieux tout ça. Bon, on commence peut-être tard demain mais on ferait mieux d'aller se coucher.
Anthony et Michaël acquiescèrent et après s'être souhaité une bonne nuit, les trois amis rejoignirent leurs lits respectifs. Terry soupira de bonheur en se mettant dans le sien. Il était épuisé. La journée avait été rude. Il sombra donc très vite dans le sommeil sans être dérangé par des ébats un peu trop passionnés chez les voisins d'en haut…
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(jeudi 11/04) POV Draco
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- Le cours est passé vite.
- C'est parce que tu aurais voulu qu'il dure plus longtemps.
- J'aime bien la métamorphose mais pas au point de vouloir que le cours dure trois heures…
- Tu sais très bien de quoi je veux parler. Tu as quelque chose à faire là, tout de suite, maintenant, et tu stresses à cause de ça.
Draco grimaça. Il ne chercha pas à contredire Harry : il savait que ça ne servirait à rien. Car Harry avait raison. Il avait décidé d'aller voir Severus à la fin des cours et ça le stressait énormément. Il s'en voulait tellement de lui avoir parlé comme il l'avait fait… Mais il devait y aller. Ce n'était pas en reculant l'échéance que les choses allaient s'arranger. Plus il attendrait, plus ce serait dur. Il avait dit qu'il irait ce jour-là, alors il irait ce jour-là.
- Les garçons, je ne voudrais pas vous chasser mais j'aimerais bien fermer ma salle de classe.
La voix du professeur Lupin sortit Draco de ses pensées. Harry et lui s'excusèrent et se hâtèrent de terminer de ranger leurs affaires. Une fois sortis de la salle, Draco se tourna vers Harry.
- J'y vais. Tu souhaites toujours passer la soirée avec tes amis ?
- Oui, on veut vraiment profiter de ne pas avoir de séances de travail en binôme pour l'instant pour se retrouver un peu. Ça ne te dérange pas ?
- Non, je te l'ai déjà dit, je suis content que tu puisses passer du temps rien qu'avec eux. Ce sont tes meilleurs amis, c'est important que tu aies des soirées avec eux de temps en temps. Ça pourra nous arriver aussi, à Blaise, Théo, Pansy et moi. Et je ne pense pas que tu m'en voudras.
- Bien sûr que non, répondit Harry en souriant. Je vais te laisser y aller, du coup. On se voit demain en botanique. Et ne stresse pas trop, ça va bien se passer.
Harry embrassa tendrement Draco puis il s'en alla. Draco le regarda s'éloigner jusqu'à ce qu'il soit hors de vue. Il prit son courage à deux mains et descendit les sept étages pour se rendre ensuite aux appartements de son parrain. Il ne se laissa pas le temps d'hésiter et frappa directement à la porte. Severus vint vite lui ouvrir et ne parut qu'à moitié surpris de le voir. Il lui offrit un sourire sincère mais Draco vit bien qu'il était légèrement crispé.
- Bonjour, Draco. Entre, je t'en prie. Tu veux boire quelque chose ?
- Euh… oui, du thé, merci.
- Bien, installe-toi dans le salon, j'arrive.
Draco obéit et se dirigea vers le salon. Le malaise le gagna en y pénétrant. Il n'oubliait pas que neuf jours plus tôt, il s'enfuyait de Poudlard en utilisant la cheminée de ce même salon après s'être pris la tête avec Severus… Il n'arrivait pas à regretter entièrement ce qu'il avait fait car, sur le moment, il avait vraiment ressenti le besoin de partir de là… Il ne s'était pas imaginé rester à Poudlard avec le risque de croiser Severus n'importe où… Et il avait trop aimé ces quatre jours passés au Square pour les regretter. Mais il savait qu'il avait fait une bêtise. Et il avait honte d'avoir fugué comme un ado immature. Il n'avait pas été élevé comme ça. Mais il n'avait pas que de mauvais souvenirs dans ce salon… Il y avait eu des moments sympathiques avec Severus. Détendu par cette pensée, il alla s'asseoir à table. Severus le rejoignit quelques minutes plus tard avec du thé et des petits gâteaux. Il déposa le tout sur la table et versa le thé dans deux tasses. Puis il s'assit en face de Draco.
- J'imagine que tu es venu ici pour qu'on parle de ce qui s'est passé durant la deuxième semaine des vacances ?
- Oui. Je… je voulais te demander pardon. Je n'aurais pas dû te parler comme ça. J'aurais dû rester calme et te laisser t'expliquer. Je regrette tout ce que j'ai pu te dire. Je regrette aussi d'avoir fugué, mais uniquement dans le sens où je n'aurais pas dû le faire. Si je pouvais revenir en arrière, je me maîtriserais davantage et je ne m'énerverais pas autant. Je m'en veux aussi de t'avoir reproché des choses dont tu n'y étais pour rien. Je sais aujourd'hui que tu n'as rien fait exprès et que tu n'as pas pu penser à ce que moi, j'ai pensé. J'ai vraiment été nul et j'ai honte d'être ici après tout ce que j'ai pu te dire.
- Non, je ne veux pas que tu dises des choses pareilles, répliqua doucement Severus. Tu as des torts, tu les reconnais, tu les regrettes, tu t'es excusé et c'est tout ce qui m'importe. Je ne te demande rien de plus. Tu n'aurais pas dû te comporter comme tu l'as fait, c'est vrai, tu n'as pas eu un vocabulaire adéquat mais les circonstances ont joué dans ta réaction. La situation n'était pas simple. Tu souffres de l'absence de tes parents et c'est ça qui t'a fait réagir aussi violemment. Si ton père n'était pas à Azkaban et ta mère à Sainte-Mangouste, tu m'aurais juste accusé de chercher les ennuis avec eux en sortant avec la nièce de ta mère. Mais tu te serais vite calmé. Là, c'était un sujet trop sensible pour toi et ça t'a fait réagir au quart de tour. J'aurais dû y penser. J'ai aussi mes torts. Je n'ai pas songé à ce que l'annonce de ma relation avec Tonks pourrait réveiller en toi. Il aurait peut-être fallu que j'y réfléchisse un peu plus avant de te balancer la nouvelle comme ça…
- Non, tu ne pouvais pas deviner que j'allais avoir cette réaction, c'était totalement disproportionné, il faut vraiment être dans mon esprit tordu pour penser que tu n'avais pas le droit de sortir avec cette femme parce qu'elle a un lien de parenté avec ma mère… C'était complètement absurde. J'ai trop l'habitude que le monde tourne autour de moi. Je n'avais aucune raison de t'empêcher de vivre ton histoire d'amour avec ton Auror…
- Peut-être mais nous allons pouvoir en discuter calmement, maintenant. Alors vas-y, dis-moi ce qui t'est passé par la tête pour que tu réagisses ainsi.
Draco chercha par où commencer ses explications avant de se lancer :
- Ma mère en a toujours voulu à sa sœur d'avoir trahi leur sang et leur famille. Elle ne voulait pas en entendre parler. C'était un sujet tabou, à la maison. Elle faisait comme si elle n'avait qu'une sœur, comme si l'autre n'avait jamais existé. J'ai donc grandi avec l'idée que cette sœur de ma mère était une ennemie, une traître à son sang. Alors quand tu m'as dit que tu entretenais une relation avec la fille de cette femme, j'ai considéré ça comme une insulte envers ma famille. Comme si tu avais pris ton parti et que tu tournais le dos à mes parents. Comme si tu les trahissais. Comme si tu n'en avais rien à faire des tensions qu'il y avait entre ma mère et sa sœur. C'est à cause de tout ça que j'avais peur de penser à ma mère en te voyant avec cette femme. Car elle était liée aux tensions entre nos mères. Elle n'était apparentée à rien de bon, pour moi. On m'a toujours poussé à ignorer l'existence de cette tante, de son mari né-moldu et de leur fille Sang-Mêlé et toi, tu m'annonces d'un coup que tu sors avec la Sang-Mêlé… Ça m'a choqué. Je la voyais vraiment comme une ennemie, comme on me l'avait toujours dit. J'ai changé d'avis, maintenant. Je ne pense plus comme ça. On m'a bien fait comprendre qu'elle n'y était pour rien dans toutes ces histoires, qu'elle n'avait pas demandé à naître dans cette famille. Qu'elle n'était pas responsable des tensions entre sa mère et sa sœur. Mais même si je ne la considère plus comme une ennemie ou comme une traître, il va falloir que j'apprenne à la connaître pour me faire mon propre avis. Mais j'imagine que si elle a réussi à ravir ton coeur, c'est qu'elle doit être quelqu'un de bien. Donc contrairement à ce que j'ai pu te dire la semaine dernière, je n'irai pas m'installer chez Blaise si ton Auror vient à la maison.
Severus sembla assimiler tout ce que venait de dire Draco.
- Je comprends mieux. Ta réaction est somme toute assez logique et elle tient son origine du lavage de cerveau qu'on t'a fait subir depuis ta plus tendre enfance. Pas étonnant qu'avec tout ce qu'on t'a fait croire pendant quatorze ans, tu aies rejeté ma relation avec Tonks… Je savais tout ça mais je ne pensais pas que ça aurait un tel impact sur toi… J'aurais vraiment dû faire plus attention.
- Non, je te le répète : tu n'aurais pas pu prévoir. Je n'étais moi-même pas conscient de tout ça avant notre dispute. Mais je pense qu'on en reparlera lors de la thérapie qu'on va reprendre ensemble.
Cette remarque piqua l'intérêt de Severus.
- Tu es toujours d'accord pour qu'on la reprenne ?
- Oui. J'en ai besoin, je le sens.
- Bien, nous verrons cela tout à l'heure. Y a-t-il autre chose dont tu voulais me parler à ce sujet ?
Draco hésita puis répondit :
- Oui. Je… je crois que je n'étais pas vraiment prêt à te savoir en couple avec quelqu'un.
Severus haussa les sourcils.
- Mais c'est pourtant toi, l'été dernier, qui me poussait à faire des rencontres…
- Oui, parce que j'étais persuadé que ça te ferait du bien, mais je ne m'étais pas demandé ce que ça me ferait de te voir en couple… Tu n'avais personne en vue. Il n'y avait rien de concret. Alors que là, ça y est, tu as quelqu'un. C'est du réel.
- Et donc… ça te gêne ?
- Disons que j'ai eu des craintes assez typiques sur ce que cette relation allait engendrer. Sur ce que ça allait changer entre nous. J'ai eu peur que tu me délaisses, que je n'aie plus ma place auprès de toi. J'ai eu peur que tu m'abandonnes, même si je sais pertinemment que tu ne le feras jamais. Mais je ne veux pas te perdre car tu es la seule personne qui me reste. Je n'ai plus que toi. Je ne suis pas comme Théo. Je ne peux pas me débrouiller seul. Et je n'ai pas à le faire puisque toi, tu es là. Tu es responsable de moi. On était déjà très proches du temps où j'étais chez mes parents, je passais bon nombre de vacances chez toi, mais notre relation s'est encore plus renforcée depuis que je suis sous ta responsabilité. On est comme une famille. Et c'est ce lien que je ne voulais pas perdre à cause de ta relation avec Tonks. J'ai beau savoir que tu ne me lâcheras jamais, c'est une peur dont je n'arrive pas à me défaire.
Les mots de Draco parurent troubler Severus qui le regarda un long moment sans rien dire. Il finit par prendre un air très sérieux qui fit presque peur à Draco.
- Je ne t'abandonnerai jamais, Draco, et je vais t'en donner la preuve. Avant-hier, je suis allé rendre visite à ton père. J'avais reçu une lettre du service pénitentiaire me disant qu'il souhaitait me voir. Je n'ai pas hésité une seule seconde. Je ne l'avais pas vu depuis qu'il était à Azkaban. Je me doutais qu'il voulait me parler de toi et je me suis dit que je pourrais te donner de ses nouvelles. Alors il va bien, il n'a pas l'air d'avoir trop maigri et il ne semblait pas en pleine déprime. Il avait même plutôt le moral. Mais ça, c'est sûrement parce qu'il savait qu'il allait recevoir de la visite. Comme je te l'ai dit, il y avait de grandes chances pour qu'il veuille me parler de toi. Et c'était le cas. Il s'inquiétait du fait que ni lui, ni ta mère ne pouvaient s'occuper de toi.
- Et toi alors ? Je ne suis pas tout seul, tu es là…
- Justement, pour lui, les droits que j'ai sur toi ne sont pas suffisants. Il souhaite que j'ai les mêmes droits que ta mère ou lui. Il veut que tu puisses compter pleinement sur quelqu'un et pour toujours et que cette personne puisse prendre toutes sortes de décisions à ton sujet. Il aimerait donc renoncer à ses droits parentaux et me les léguer.
Draco ne put cacher sa surprise.
- Attends, ça veut dire… qu'il ne sera plus mon père ?
- Il le sera toujours, mais il n'aura plus aucun droit sur toi. Ça ne changera cependant rien pour lui. Tu seras toujours son fils. Mais de là où il est, il ne peut rien faire pour toi. Il ne peut plus assumer son rôle de père. Il a des droits qu'il ne peut plus exercer. Et tant qu'il sera reconnu comme ton père aux yeux de la loi, personne ne pourra obtenir tous les droits sur toi.
- Donc il lui suffit juste d'envoyer une lettre au Ministère dans laquelle il stipule qu'il te lègue ses droits et basta ?
- Non, ce n'est pas aussi simple. Il doit d'abord attester dans une lettre qu'il renonce à son autorité parentale. Il faudra que sa demande soit acceptée et je pourrai alors faire le nécessaire pour que tu sois entièrement sous ma responsabilité et pour que j'aie les mêmes droits que tes parents. Et il n'y a pas trente-six mille solutions pour ça. Car ton père ne veut pas seulement que tu aies une personne sur qui tu puisses compter jusqu'à ta majorité, il veut que ce soit le cas pour toujours, comme je l'ai précisé plus tôt, et il veut que tu puisses considérer cette personne comme ton père. Cette personne, ce serait évidemment moi et il estime que c'est déjà le cas. Il voudrait juste que ce soit officiel afin d'être sûr que tu seras toujours en sécurité.
Le coeur de Draco tambourinait désagréablement dans sa poitrine sans qu'il ne sache pourquoi. Il ne comprenait pas où Severus voulait en venir et il ignorait s'il voulait le savoir ou non. Mais il se doutait que Severus allait quand-même le lui dire alors il prit les devants :
- Qu'est-ce que tu dois faire, alors ? Qu'est-ce que mon père veut que tu fasses ?
Severus le regarda fixement.
- Il m'a demandé si je voulais bien t'adopter.
Le choc laissa Draco sans voix. Il ne s'attendait pas à ça. D'une voix sourde, il demanda :
- Et… qu'est-ce que tu as répondu ?
- Que je t'en parlerais. Car rien ne se fera sans ton accord. Ton père a déjà tout prévu, il a fait appel à son avocat et c'est lui qui lui a dit de m'en parler avant de faire quoi que ce soit. Ce n'est pas sur un coup de tête qu'il a décidé tout ça. Il n'a pensé qu'à ton bien-être, à ta sécurité et à ton bonheur. Il n'y a rien d'autre qui compte pour lui. Mais ni lui, ni moi ne t'obligerons à accepter l'adoption. La décision finale te revient. Nous ne te forcerons pas la main.
Draco fit un léger signe de tête.
- Mais si tu t'inclus dans ce «nous», ça signifie que… que toi tu es d'accord ? Que tu lui as dit que tu voulais bien m'adopter ?
- Oui. Je te l'ai dit, Draco. Je ne t'abandonnerai jamais. Si je dois t'adopter pour être sûr de pouvoir te garder près de moi, quoi qu'il arrive, eh bien je le ferai. Ce ne sera pas un sacrifice pour moi, car je t'élève déjà comme si tu étais mon fils. La dispute de la semaine dernière n'a rien changé. C'est ça, entre autres, que je veux te prouver en te disant que je suis prêt à t'adopter. Je sais que tu as peur d'être abandonné, tu me l'as dit, alors j'espère que cette proposition te fera comprendre que je suis sérieux quand je te dis que je ne te lâcherai pas et que je serai toujours là pour toi. Je ne prendrai pas la place de ton père dans ton coeur mais je me conduirai en tant que tel. Mais uniquement si toi, tu le veux. C'est toi qui décides.
Draco hocha distraitement la tête. Il n'avait pas les mots pour exprimer à quel point il était ému par ce que venait de lui dire Severus. Mais il ne voulait pas rester silencieux après une telle déclaration.
- Merci, dit-il, la voix rendue tendue par l'émotion. Je… je ne sais pas quoi dire, je… je suis touché que tu veuilles m'adopter, je ne pensais pas que tu serais prêt à aller jusque-là pour me prouver que tu m'aimes, et je voudrais te dire que je suis d'accord, moi aussi, mais…
- Tu as besoin de temps ?
Draco acquiesça, soulagé que Severus ait compris.
- Je m'en doutais et c'est normal. Tu as tout le temps pour y réfléchir. Il n'y a rien qui presse. Tu ne dois pas te sentir obligé d'accepter. Ta décision doit être prise pour toi, pas pour ton père ou moi. Tu sauras où me trouver une fois que tu l'auras prise.
- J'y réfléchirai, promit Draco. Juste, une question… Si j'accepte, est-ce que je pourrai garder mon nom de famille ?
- Oui, bien sûr, répondit Severus en souriant. Il te suffira de préciser que tu souhaites conserver ton nom de famille. Mais nous verrons cela en temps voulu. As-tu d'autres questions ?
- Oui. On a dérivé du sujet initial mais du coup… tu ne m'en veux pas pour tout ce que je t'ai dit ?
- Non, pas du tout, assura Severus d'une voix douce. Je ne te cache pas que ton comportement m'a blessé mais c'était parce que je n'avais pas toutes les cartes en main pour comprendre ta réaction. Je sais maintenant pourquoi tu as réagi ainsi et je trouve ça tout à fait normal. La situation n'était pas du tout facile pour toi. Mais comme tu l'as suggéré, nous en parlerons durant les séances que nous aurons ensemble. Nous allons d'ailleurs voir tout de suite quels jours nous conviendraient le mieux. Étant donné que je suis relativement libre, ce sera surtout ton emploi du temps qu'il faudra prendre en compte.
Severus prit sa baguette et fit venir à lui plusieurs parchemins. Il les feuilleta jusqu'à trouver ce qui devait être l'emploi du temps de Draco.
- Alors, tu es libre le lundi après-midi mais j'ai une séance avec Théo de quatorze à seize heures, tu commences à dix heures le mercredi mais il faudrait que tu te lèves à sept heures pour qu'on puisse avoir une séance de deux heures, tu es aussi libre de treize heures à quinze heures mais ce ne serait pas top de te faire avoir une séance en plein milieu d'une journée de cours, tu n'es pas libre le mardi et le vendredi mais par contre tu commences le jeudi à onze heures… Si on se voit le jeudi de neuf heures à onze heures, ça t'irait ?
- Euh… oui, c'est parfait. On n'aurait qu'une séance par semaine ?
- Pour l'instant, oui. Si ça s'avère insuffisant, on passera à deux séances. Est-ce que ça te va ? Si tu préfères avoir tout de suite deux séances car tu penses en avoir besoin, il n'y a pas de problèmes, on peut s'arranger.
- Non, non, c'est bon, ça ira comme ça.
- D'accord, n'hésite pas à venir me le dire si tu changes d'avis. As-tu autre chose à me dire, à me demander ?
- Non, pas à ma connaissance.
- Bien, alors tu peux y aller. Je suis content que tu sois venu et j'espère te revoir vite ici en-dehors de nos séances.
- Je viendrai dès que j'aurai une ou deux heures de libres, comme ça je pourrai te raconter tout ce que tu ne peux pas savoir, maintenant que tu passes moins de temps dans le château puisque tu n'as plus que quatre heures de cours par semaine…
- Hé, mais j'ai mes informateurs, figure-toi, protesta Severus.
- Ils restent toute la journée dans leur salle de classe, ils n'ont pas les oreilles partout. Alors que moi si. Je navigue dans les couloirs entre deux cours et j'entends pas mal de choses durant mes rondes. Crois-moi, je te suis indispensable. Tu ne seras pas mieux informé que par moi.
Severus sourit d'un air amusé.
- D'accord, je veux bien te croire. Je vais juste te noter les horaires pendant lesquelles je ne suis pas libre, il ne faudrait pas que tu viennes alors que je suis en pleine séance…
Severus attira à lui un parchemin vierge et y écrivit quelques lignes avant de le tendre à Draco.
- Voilà, tu peux voir que je suis quand-même assez libre. J'étais tellement occupé depuis le début de l'année que je ne pouvais pas t'inviter afin que tu me racontes ta semaine de cours comme j'aurais dû le faire. Je compte bien me rattraper, à présent. Allez, va manger ou tu devras te coucher avec le ventre vide.
Draco acquiesça, se leva, remercia chaleureusement Severus et quitta ses appartements. Il se rendit à la Grande Salle où il trouva ses amis à leur table. Il les rejoignit et s'assit à côté de Blaise. Alors qu'il se servait, il écouta la conversation qui portait sur le match de Quidditch qui opposerait deux semaines et demie plus tard Serpentard à Poufsouffle.
- Ça m'étonnerait beaucoup qu'ils gardent la même stratégie, argumentait Pansy. Ils n'ont plus rien à perdre, de toute façon, ils peuvent bien prendre des risques en changeant leur tactique… Si ça peut leur éviter la dernière place du classement… Qu'est-ce que tu en penses, Draco ?
- J'en pense que leur seule chance de gagner le match, c'est que Graham, Théo, Blaise et moi nous fassions assommer par un violent cognard et que l'équipe se retrouve donc privée de ses meilleurs éléments. Si j'étais le seul joueur à me faire désarçonner, je doute que ce serait suffisant. Graham, Blaise et Théo seraient bien capables de marquer une vingtaine de buts de plus que l'équipe adverse afin de remporter le match même si c'était l'attrapeur de Poufsouffle qui se saisissait du vif d'or… Donc ça ne sert à rien qu'ils changent de tactique. Ils doivent s'améliorer partout, c'est tout. Sauf en ce qui concerne la possession. Ils sont au taquet là-dessus. Mais ils ne savent pas en profiter.
- Tout à fait d'accord, approuva Blaise. Tu as vraiment un bon esprit d'analyse. On va tous les battre l'année prochaine avec toi comme capitaine.
Draco ne releva pas la référence à son éventuel futur capitanat alors qu'en temps normal, il l'aurait fait. Il repensait déjà à sa discussion avec Severus. Elle l'avait beaucoup marqué et il n'arrivait pas à penser à autre chose. Il ne fit donc que picorer, le regard dans le vague, sans faire attention à ses amis qui continuaient à parler du prochain match. Il finit par se rendre compte qu'il n'avait pas faim et s'excusa auprès de ses amis avant de se lever. Il quitta la Grande Salle et se dirigea vers sa salle commune. Une fois arrivé, il monta à son dortoir. Il se laissa tomber sur son lit et fixa son regard sur le plafond. Il se demandait ce qu'il convenait de faire au sujet de la proposition d'adoption lorsqu'il entendit la porte du dortoir s'ouvrir. Des bruits de pas lui parvinrent jusqu'à ses rideaux.
- Draco, tu es là ?
C'était Théo.
- Oui, tu peux venir.
Théo ne se fit pas prier, écarta doucement les rideaux et vint s'asseoir au bord du lit, à la droite de Draco.
- Tu n'as pas beaucoup mangé, ce soir. C'est ta discussion avec ton parrain qui t'a coupé l'appétit ?
- Oui, mais ça s'est bien passé, si c'est ce qui t'inquiète.
- On se posait la question, en effet, avoua Théo. Je ne veux pas t'obliger à me raconter ce que vous vous êtes dit alors je ne vais pas insister. Mais si tu as besoin de parler, je suis là.
Draco baissa les yeux. Il ne savait pas s'il avait envie d'en parler. En fait, il ne savait plus rien dès qu'il s'agissait de la proposition de son père et de Severus et il s'en voulait pour ça. Il aurait dû être heureux que Severus veuille l'adopter. Il aurait dû être heureux d'avoir quelqu'un qui voulait à tout prix s'occuper de lui. Il aurait dû être heureux d'être aimé à ce point. Et il était heureux. Mais il ne s'attendait vraiment pas à cela et il était tout chamboulé. Il aurait voulu pouvoir accepter aussitôt la proposition. Car il ne voulait pas que Severus se sente rejeté. Pas après tout ce qu'il avait fait pour lui. Mais c'était beaucoup trop soudain et il avait besoin d'y réfléchir avant de prendre sa décision. C'était normal, lui avait dit Severus. Mais il se haïssait d'hésiter comme ça alors que son parrain lui offrait une des plus belles preuves d'amour en souhaitant l'adopter… Il voulait tant lui exprimer sa reconnaissance… Plongé dans son tumulte intérieur, il en avait oublié la présence de Théo, si bien qu'il sursauta en sentant un bras entourer ses épaules. Il leva les yeux et croisa le regard inquiet de son ami.
- Tu peux me dire ce qui ne va pas, ce n'est pas bon de garder pour soi ce qui nous tracasse… Je ne sais pas si je pourrai t'aider mais ça fait toujours du bien de se confier.
Draco ne chercha pas à résister. Il se roula en boule et posa la tête sur les jambes de Théo. Les rôles étaient inversés. C'était Théo, d'habitude, qui occupait cette position et qui avait besoin des paroles apaisantes de Draco. Il lui était déjà arrivé de consoler Draco mais celui-ci ne s'était jamais montré aussi vulnérable, aussi fragile. Quelques semaines plus tôt, il ne se serait jamais laissé autant aller avec Théo. Mais son ami avait pris de l'assurance depuis qu'il avait sauvé son petit-ami des griffes de Parker et de Milligan et il était apte à gérer un de ses amis qui se reposait sur lui. Et il le prouva à Draco en se mettant à lui caresser les cheveux, geste qui l'apaisait quand c'était Draco qui le faisait. Ils restèrent plusieurs minutes ainsi, sans parler, jusqu'à ce que Draco se lance :
- Severus souhaite m'adopter.
La main dans ses cheveux suspendit brièvement ses caresses avant de les reprendre.
- Attends, il y a un truc qui m'échappe… Vous n'étiez pas censés juste vous expliquer ?
- Si, et c'est ce qu'on a fait.
- Comment as-tu su qu'il voulait t'adopter, alors ? Il te l'a dit ? Tu l'as senti ? Ou tu es tombé sur un papier qui te l'a fait comprendre ?
- Il me l'a dit. C'est mon père qui le lui a demandé, en fait.
Draco relata à Théo la discussion qu'il avait eue avec Severus à ce sujet. Théo avait si bien amené les choses en lui posant les bonnes questions que ce qu'il disait venait tout seul.
- Je trouve ça hyper touchant, commenta Théo à la fin de son récit. Ton père est prêt à se voir retirer ses droits parentaux pour que ton parrain puisse les avoir et que tu sois ainsi en sécurité. Ça prouve qu'il t'aime, même s'il ne te l'a jamais dit. Et c'est pareil pour ton parrain. Il est prêt à tout pour toi. Tu es ce qu'il a de plus précieux au monde. Je suis sûr qu'à la seconde où tu es né, il s'est promis de toujours te protéger. Et c'est ce qu'il fait. Après, tu n'es pas obligé d'accepter l'adoption. Si tu as du mal à te décider, essaie de voir si ce qui te fait hésiter vaut le coup de refuser. Imagine-toi rejeter la proposition et ce que tu ressentirais ensuite. Le regretterais-tu ? Serais-tu soulagé ? Te dirais-tu que tu as fait le bon choix ? Fais la même chose mais cette fois-ci, en imaginant avoir accepté. Tu peux aussi te focaliser sur ce dont tu as envie. On dit souvent qu'il faut écouter ce que notre coeur nous dit. Qu'est-ce que te dit le tien ?
- D'accepter, murmura aussitôt Draco. Si je n'hésitais pas autant, c'est ce que j'aurais aussitôt fait. Mais j'ai peur de le regretter, que ça change quelque chose entre Severus et moi, que je me dise que c'était mieux avant, qu'on n'ait plus la même complicité…
- Je vois. C'est tout à fait normal que tu aies ces craintes. N'importe qui les aurait, à mon avis. Mais dans ce cas, tu peux voir l'adoption comme un acte purement administratif. Tu peux demander à ton parrain de t'adopter mais de faire comme si vous étiez toujours parrain et filleul tant que tu ne seras pas prêt à le voir autrement que tel. Ça va d'ailleurs peut-être se faire sans que tu ne t'en aperçoives. Ou alors vous resterez parrain et filleul l'un pour l'autre et ce sera très bien ainsi. Après tout, c'est avec cette relation que vous avez créé ce lien si fort entre vous. Vous n'avez pas besoin d'y changer quoi que ce soit. Si vous vous plaisez comme ça, pourquoi devriez-vous y changer quelque chose ? Rien ne vous empêche de continuer à vous considérer comme parrain et filleul une fois l'adoption effectuée. Vous pouvez juste y voir les bénéfices que cela vous apportera. Durant la procédure, il y aura une enquête sociale afin de voir si ton parrain est apte à t'adopter, sa maison sera inspectée, il devra prouver avoir une bonne situation, votre entourage sera interrogé… Je crois qu'il y aura une période d'essai d'un an durant laquelle tout devra bien se passer mais quand tu seras officiellement adopté, personne n'ira vérifier la façon dont vous vous appelez… C'est votre lien affectif qui sera pris en compte. Et celui que vous avez ressemble beaucoup à un lien filial. Après, je n'y connais pas grand-chose mais je pense être sûr de ça.
Draco hocha la tête. Il n'avait pas vu les choses sous cet angle mais les mots de Théo lui semblaient très logiques. Il avait raison. Il pouvait très bien se faire adopter par Severus mais tout en continuant à le voir comme son parrain. Il fallait juste qu'il en parle avec Severus et qu'il soit d'accord. Et son petit doigt lui disait que cela arrangerait aussi Severus. Il aurait moins l'impression de voler la place de son père… Cette pensée ragaillardit Draco. Il se redressa, libérant ainsi les jambes de Théo, et se cala contre la tête de son lit.
- J'en discuterai avec Severus. Merci pour ces conseils, tu pensais ne pas pouvoir m'aider mais c'est pourtant ce que tu as fait. J'y vois beaucoup plus clair, maintenant. Je voyais les choses de manière un peu trop radicale. Pour moi, c'était soit j'acceptais l'adoption et je devais la prendre au pied de la lettre, soit je la refusais au risque de décevoir mon père et Severus… Je n'avais pas réfléchi au fait qu'il pouvait y avoir un juste milieu…
- C'est pour ça qu'il faut toujours se confier. On n'a pas forcément le recul nécessaire pour penser à tout.
- Et on n'a pas forcément un ami qui sait toujours trouver des idées et des solutions.
Théo se mit à rougir, ce qui amusa Draco. Il adorait l'embarrasser. Théo avait beau avoir gagné de l'assurance et s'en servir quand il le fallait, il demeurait le reste du temps modeste, timide et réservé comme il l'avait toujours été. Il n'y avait que lorsque la situation l'exigeait vraiment qu'il montrait l'assurance qu'il avait acquise. Et Draco estimait que c'était très bien ainsi.
- Je suis ravi de t'avoir aidé, dit simplement mais sincèrement Théo. Je vais pouvoir dire à Blaise et Pansy que tu vas bien, que ta discussion avec ton parrain s'est bien passée et que tu as juste besoin d'être un peu seul. À moins que tu veuilles venir avec moi ?
Draco secoua doucement la tête.
- Non, je préfère rester ici.
- Tout seul ? Si tu veux, je peux juste aller rassurer Blaise et Pansy et remonter ensuite.
- Non, c'est gentil de ta part mais ça va aller. Je vais commencer mon devoir de sortilèges, ça va me changer les idées.
- D'accord, nous serons dans la salle commune si tu veux nous rejoindre.
Draco acquiesça et remercia Théo qui lui sourit avant de s'en aller. Bien décidé à travailler, Draco attrapa son sac et en sortit ses cours de sortilèges ainsi que sa plume, son encrier et son parchemin. Il parvint facilement à se concentrer, ayant l'esprit relativement léger. Il repenserait à cette histoire d'adoption plus tard. Severus lui avait dit que ce n'était pas pressé. Alors il allait prendre son temps. Il avait tout un tas d'autres choses un peu plus urgentes à penser, il devait se focaliser là-dessus et c'était bien ce qu'il comptait faire.
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Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu =) Comme toutes les deux semaines, on se quitte avec une petite question : quel est ou quels sont vos personnages préférés dans la saga ? Question très basique mais il fallait bien que je vous la pose à un moment donné :p Sur ce, je vous dis à dimanche prochain pour le soixante-troisième chapitre intitulé «Harcèlement, réunions et laisser-aller». Passez une bonne semaine, prenez bien soin de vous et bisous tout le monde !
