Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le soixante-sixième chapitre de SAMLP !
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ccassandre24 : Merci pour cette adorable review *-* Je trouvais ça normal de faire cette note, il ne me viendrait jamais à l'esprit de changer le rythme de publication sans vous prévenir :) C'est plutôt moi qui devrais vous remercier d'être aussi compréhensifs *-* Je suis bien d'accord, écrire juste parce qu'on se sent obligé, ce n'est pas un bon calcul, la qualité s'en ressent et on n'est jamais pleinement satisfait de ce qu'on fait :/ Je suis vraiment contente que cette fic te permette de t'évader un peu *-* Merci pour ta fidélité, je ne lâcherai pas cette fic, c'est promis !
Sarah MAES : Ravie de te compter parmi mes lecteurs et mes lectrices =) Voilà le nouveau chapitre, en espérant qu'il te plaise autant que les autres =)
Mel : Merci pour ta review, elle m'a fait super plaisir ! Même si le rythme de publication n'est pas un problème, je vais tout faire pour rester régulière *-* La santé avant tout, effectivement ! Bon, je dois avouer que j'ai tendance à la reléguer au second plan mais là je n'avais pas trop le choix XD Ah mais les punaises de lit c'est l'horreur, je n'étais même pas concernée moi-même, mais comme ma chambre se trouve à un mètre de celles qui étaient infestées, ça pouvait rapidement se propager dans la mienne XD Franchement, un conseil : si vous n'en voyez ne serait-ce qu'une, agissez sans attendre, ça se multiplie plus vite que des portées de lapins, ou de gnomes, comme dirait la tante Muriel XD
Ptitesmoke : Je n'abandonnerai pas cette fic, je le promets ! J'ai juste besoin de plus de temps pour l'écrire :) Heureuse de te compter toi aussi parmi mes lecteurs et mes lectrices *-*
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Merci infiniment pour vos reviews, vous êtes adorables, vous me donnez l'envie et le courage de me donner à fond dans cette fic, même quand les temps sont durs ! Je vous laisse avec ce chapitre et je vous souhaite une agréable lecture =)
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66 – Apaisement, réunion et match
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(mardi 23/04) POV Ginny
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- C'est désespérant, il me reste toujours les pattes de la pintade à transformer…
Ginny jeta un coup d'oeil au cochon d'inde de son binôme qui était effectivement pourvu de pattes de pintade.
- Tu la visualises bien en entier, ta pintade ?
- Oui, bien sûr…
- Et le cochon d'inde ?
- Euh… je crois.
- Tu visualises bien ses pattes ?
- Alors là, aucune idée. Ce n'est pas le détail auquel je fais le plus attention…
- Tu n'es pas obligé de les imaginer précisément, mais juste avoir l'idée qu'elles sont là, ça suffira pour qu'elles apparaissent sur ton cochon d'inde.
- Oh… Je vais essayer, alors.
Simon jeta le contre-sort pour retrouver sa pintade, la pointa de sa baguette et se concentra avant de lancer le sort pour la transformer en cochon d'inde. Il semblait ne pas trop y croire mais pourtant, il obtint cette fois une métamorphose complète.
- Eh bah voilà, il fallait juste voir les pattes de ton cochon d'inde dans ton esprit !
- Si j'avais su, j'y aurais pensé avant…
- C'est hyper précis, la métamorphose. Il faut être très rigoureux et attentif au moindre détail.
- Quand on te voit métamorphoser quelque chose, on n'a pas l'impression que tu sois focalisée sur tout ça, ça a l'air de te venir tout seul…
- C'est parce que j'ai des facilités dans cette matière.
Simon allait répondre mais le professeur Lupin vint vers eux au même moment. Il vit comment ils s'en sortaient et parut satisfait de l'essai qu'ils firent devant lui. Juste avant de continuer son tour de classe, il se pencha vers Ginny :
- Venez me voir à la fin du cours, je dois vous parler.
Il accompagna ces mots d'un sourire rassurant et s'en alla. Ginny le suivit du regard, perplexe.
- Tu sais ce qu'il te veut ? s'interrogea Simon.
- Non, pas du tout. Ça m'intrigue, à vrai dire. Je ne pense pas qu'il veuille me disputer, je n'ai rien fait de mal, et mes notes se portent bien. J'ai bien une idée mais si c'est ça, je ne peux rien pour lui. Il doit s'inquiéter pour quelqu'un et penser que j'ai des informations… Mais non, je ne sais rien du tout. Enfin bon, je verrai bien tout à l'heure.
Simon acquiesça et se remit à l'exercice, tout comme Ginny. Vingt minutes plus tard, le professeur Lupin mit fin au cours. Ginny prit tout son temps afin de ranger ses affaires, attendant que tous ses camarades soient partis. Elle fut surprise de voir cinq élèves de sa maison traîner également. Parmi eux, il y avait Remy Penley et Wendy Sanders qu'elle aimait bien et Guy Ashford, Darren Carson et Angela Kyler avec qui elle n'avait pas vraiment de contacts.
- Ouh là, ça sent le directeur de maison qui veut vous parler, commenta Simon.
- Oui, j'en ai bien l'impression…
- J'aurais bien voulu t'attendre mais le mien aussi veut me voir… C'est étrange, d'ailleurs.
- Oui, on croirait que c'est fait exprès… Mais ça m'étonnerait qu'ils se soient donné le mot. Bon, on se retrouve devant la salle des binômes, du coup ? À la base, je devais y aller et y travailler seule en t'attendant, mais autant se rejoindre devant, on risque d'y arriver en même temps…
- D'accord, on fait comme ça !
Simon tapota l'épaule de Ginny comme pour lui souhaiter bonne chance et quitta la salle. Ginny le regarda partir, puis elle s'avança vers le professeur Lupin. Les cinq autres Gryffondor avaient l'air aussi stressés qu'elle.
- N'ayez crainte, je ne vais pas vous manger, dit le professeur Lupin en souriant.
- Ce n'est jamais rassurant de se faire convoquer par son directeur de maison, grimaça Guy.
- Rassurez-vous, je ne vais pas vous réprimander, bien au contraire. Si vous êtes là, c'est parce que vous avez tous un comportement irréprochable.
- Alors c'est peut-être de nos notes dont vous voulez nous parler ? s'inquiéta Wendy.
- Non, ça n'a rien à voir du tout. Comme vous le savez, cette année, l'accent a été mis sur la traque des potions droguées. Les préfets ont été formés pour pouvoir repérer les dealers et différencier les potions normales des potions droguées. Et ils font un excellent travail. Seulement, ça ne suffit pas. Nous estimons qu'il y a une trentaine de dealers qui sévissent dans l'école. Mais ils n'agissent pas tous en même temps. Il y en a qui dealent occasionnellement, d'autres tout le temps. Il y en a pour qui c'est un vrai business, d'autres pour qui c'est juste un moyen de gagner l'argent quand ils en ont besoin. Et c'est devenu très facile de fabriquer et de se procurer des potions droguées. C'est presque à la portée de tous. Il n'y a aucune régulation à ce niveau et ça ne dépend pas de Poudlard, mais de l'extérieur. Tout ce que nous pouvons faire, nous, c'est endiguer au maximum le trafic. Mais nous ne sommes pas assez nombreux. Il faudrait qu'il y ait deux rondes en simultané afin d'éviter que les dealers attendent que les deux préfets de ronde soient passés pour s'adonner à leur trafic. Ils savent à quelle heure les préfets font tel étage. Avec quatre préfets séparés en deux groupes, ils ne pourront plus prévoir à quel moment ils seront tranquilles. C'est ce que s'est dit le directeur qui, sans être sur le terrain, est très impliqué dans la lutte contre le trafic de potions droguées. Il a convoqué tous les professeurs et nous a fait part d'une idée qu'il a eue pour l'année prochaine qui permettrait de faire ces deux rondes en simultané. Il voudrait passer de huit à seize préfets. Ce qui signifierait que huit élèves de votre promotion deviendraient préfets à la rentrée. Les quatre directeurs de maison, dont moi, avons scruté nos élèves respectifs afin d'établir une liste de six élèves qui pourraient obtenir le titre de préfet. Si vous avez eu l'impression d'être épiés ces temps-ci, c'était pour ça. J'étais obligé de vous espionner pour savoir si vous feriez de bons préfets. Et c'est donc vous que j'ai inclus dans ma liste. Bien sûr, vous avez tout à fait le droit de ne pas vouloir prétendre à ce poste. Je dois tous vous voir séparément afin d'en parler et de vous expliquer ce qui va se passer si le poste de préfet vous intéresse. Je vous convoquerai d'ici une semaine, ce qui vous laisse le temps d'y réfléchir. Ne prenez cependant pas de décisions trop hâtives. Ça mérite le temps de la réflexion. Si vous avez des craintes qui vous poussent à refuser, nous en discuterons lors de l'entretien pour voir s'il y a moyen de passer au-dessus de ces craintes. N'hésitez pas à noter toutes les questions qui vous traverseront l'esprit d'ici là. C'est tout pour le moment, vous pouvez y aller.
Ginny et ses camarades saluèrent leur directeur de maison et sortirent de la salle de classe. Ginny se sentait comme dans un état second alors qu'elle se dirigeait vers les escaliers. La proposition de son professeur l'avait toute chamboulée. Elle ne s'y attendait pas du tout. Elle était loin de s'imaginer que de nouveaux préfets allaient être recrutés l'année suivante et qu'elle ferait partie de la liste des potentiels candidats… Pourtant, tous ses amis lui disaient qu'elle ferait une excellente préfète. Elle n'avait jamais voulu y penser puisque c'était l'année d'après qu'il était censé y avoir une nouvelle sélection pour la rentrée qui suivrait. Mais c'était tout à fait logique que Dumbledore ait décidé de doubler le nombre de préfets. Ce ne serait pas de trop pour lutter contre le terrible fléau des potions droguées. Mais elle ignorait si elle était prête à assumer de telles responsabilités. Elle avait peur que cela fasse trop, entre les rondes, les séances de travail en binôme et les entraînements de Quidditch. Elle craignait de se retrouver débordée. Elle se demanda si le professeur Lupin avait pensé à tout ça. Si oui, s'il l'avait quand-même mise dans sa liste, cela signifiait-il qu'il la pensait capable de gérer un tel emploi du temps ? Était-ce elle qui ne se faisait pas assez confiance ? Tout un tas de questions se bousculaient dans sa tête. Elle préféra les mettre dans un coin de son esprit et y réfléchir un peu plus tard. Ce fut sur cette bonne résolution qu'elle se rendit à la salle des binômes qui n'était plus très loin. Elle fut la première arrivée mais elle fut vite rejointe par Simon.
- Ah, tu es déjà là, constata-t-il. J'ai trouvé que mon entretien avec le professeur Snape avait été très rapide mais le tien avec le professeur Lupin l'a été encore plus…
- Oui, il voulait juste nous dire quelque chose. Ça s'est bien passé avec ton directeur de maison ?
- Oui, mais il n'y a pas eu vraiment d'échanges.
- Avec le mien non plus. Bon, allons-y, un devoir de métamorphose nous attend, rappela Ginny.
Simon acquiesça et tous deux entrèrent dans la salle des binômes. Ils s'installèrent et sortirent leurs affaires. Ils se mirent aussitôt au travail et commencèrent à plancher sur leur devoir en relisant leurs cours. Ginny essaya de se concentrer mais ce n'était pas chose aisée. Elle n'arrêtait pas de repenser à la proposition du professeur Lupin. Simon dut voir qu'elle n'était pas focalisée sur ses notes car il la tira hors de sa rêverie :
- Ginny, tu es avec moi ?
Ginny releva la tête et cligna des yeux.
- Hein ? Quoi ?
Simon haussa les sourcils.
- Ah oui, tu étais vraiment ailleurs. Quelque chose ne va pas ?
- Non, tout va très bien.
- Ah, et je suis censé te croire ?
Ginny soupira.
- Je n'arrive pas à me sortir de la tête ce que m'a dit le professeur Lupin.
- C'est grave ?
- Non, mais c'est sérieux. En fait, il nous a annoncé, à Guy, Remy, Darren, Angela, Wendy et moi, qu'il allait y avoir seize préfets l'année prochaine et qu'il nous avait choisis pour être des candidats potentiels. On a une semaine pour y réfléchir avant d'être convoqués les uns après les autres.
Simon regarda Ginny avec stupéfaction pendant plusieurs secondes avant de se mettre à rire.
- Alors ça c'est trop fort ! Je comprends mieux maintenant pourquoi nos directeurs de maison nous ont convoqués au même moment et pourquoi ça a été aussi rapide, autant pour toi que pour moi…
- Pourquoi ? De quoi est-ce que tu parles ?
- Le professeur Snape m'a dit exactement la même chose, à savoir qu'il allait y avoir seize préfets et que je faisais partie de la liste des potentiels candidats avec cinq autres Serpentard qui étaient avec moi et avec qui je suis allé aux cachots.
- Oh…
La surprise rendait Ginny incapable de dire quoi que ce soit d'autre. L'information se frayait petit à petit un chemin dans son esprit. Simon et elle avaient tous deux été choisis pour être possiblement préfets l'année suivante. Cela fit naître en elle d'autres questions qui vinrent s'ajouter à toutes celles qu'elle se posait déjà. L'une d'entre elles retint tout particulièrement son attention. Elle en fit part à son binôme :
- Tu crois que les directeurs de maison savent quels élèves ont été choisis dans chaque maison ?
- J'imagine, oui. Pourquoi ?
- Parce que si c'est le cas, le tien et le mien ont dû oublier que nous étions binômes de travail, ce qui m'étonnerait beaucoup.
Ginny vit dans le regard de Simon qu'il avait compris où elle voulait en venir.
- Oh mais tu as entièrement raison… Je n'y avais pas pensé, sur le coup. Pourtant, la première chose que je me suis dite quand j'ai su que j'étais dans la liste, c'était que ça n'allait jamais le faire entre les séances de travail, les entraînements de Quidditch et les rondes. Mais à l'instant, je n'ai pas tilté que ça allait être encore plus compliqué si nous devenions tous deux préfets… Enfin bon, ce n'est pas comme si ça allait arriver…
- Pourquoi ? s'intrigua Ginny.
- Parce qu'il est hors de question que je sois préfet, rétorqua Simon. D'une, parce que ça ferait trop de choses à gérer, et de deux, parce que je ne suis pas du tout fait pour ce rôle. Je ne sais pas ce qui leur est passé par la tête mais ils ne devaient pas avoir les idées très claires pour nous inclure dans leurs listes alors que nous avons déjà du mal à nous organiser… À quel moment ils se sont dit que nous aurions assez de temps pour nos séances de travail si nous avons des rondes et autres devoirs de préfet en plus de nos entraînements de Quidditch ? Ils ont cru que nos journées étaient extensibles ? C'est n'importe quoi. Ils nous ont peut-être donné une semaine pour prendre notre décision mais en ce qui me concerne, c'est déjà fait. Et c'est sûrement pareil pour toi.
- Oui, bien sûr, répondit Ginny d'un ton qu'elle voulut convaincant.
Simon avait raison. Il n'y avait pas matière à réfléchir. Pourquoi s'était-elle mise dans tous ses états en s'imaginant préfète et tout ce que cela impliquait alors qu'il était évident qu'elle devait refuser ? Le professeur Lupin avait bien précisé, en plus, qu'ils n'étaient pas obligés d'accepter… Peut-être avait-il dit ça pour elle, d'ailleurs… Mais dans ce cas, pourquoi l'avait-il choisie ? C'était à n'y rien comprendre. Elle décida de partager ses interrogations :
- Mais pourquoi nos directeurs de maison ont pensé à nous, alors ? Ils ne nous auraient pas intégrés dans leurs listes s'ils avaient jugé que ça ferait trop pour nous… Ils ont forcément dû se dire que ça pouvait le faire, que ça ne remettrait pas en cause notre organisation, qu'on était capables de gérer tout ça à la fois… Ça me semble inconcevable qu'ils n'y aient pas réfléchi ou qu'ils aient pu traiter cette question par-dessus la jambe… Surtout le professeur Snape, qui fait désormais de sa priorité le bien-être des élèves ! Ils doivent bien se douter que ça va nous épuiser d'avoir autant de choses à faire !
- Oui, ils le savent très bien, et c'est pour ça qu'ils ne s'attendent pas à ce qu'on accepte de devenir préfets. À mon avis, le professeur Lupin n'avait que deux filles dans la liste des potentielles préfètes et le professeur Snape, lui, n'avait que deux garçons dans la liste des potentiels préfets. Ce devaient être les seuls qu'ils jugeaient apte à obtenir le poste. Il leur fallait cependant une troisième personne et comme ils ne voulaient pas en choisir une qui serait susceptible d'être intéressée pour compléter la liste, ils ont préféré prendre quelqu'un qui allait obligatoirement refuser.
Ginny considéra l'hypothèse de Simon.
- Pas bête du tout, finit-elle par dire. C'est pas très cool pour nous car ils se servent littéralement de nous mais ils n'avaient pas trop le choix. J'aimerais bien voir leur tête, n'empêche, si on leur disait qu'on était d'accord pour essayer d'obtenir le poste…
- J'avoue, ils seraient bien embêtés ! Mais bon, heureusement pour eux, on ne le fera pas, même si ça aurait été drôle… Mais du coup, pourquoi ça te trottait dans la tête, cette histoire ? Tu avais peur de dire à ton directeur de maison que tu ne veux pas être dans sa liste ?
- Non, je m'étais persuadée que j'étais obligée d'accepter, mais j'avais oublié qu'on avait le droit de refuser…
- Non seulement on a le droit, mais en plus c'est ce qu'on doit faire et c'est ce que nos directeurs de maison attendent de nous. Tout va donc pour le mieux !
Ginny acquiesça en s'efforçant de sourire. Elle aurait aimé partager l'enthousiasme de son binôme. Mais quelque chose la chiffonnait et la rendait triste sans qu'elle ne sache ce que c'était. Elle avait un goût amer. Comme si elle était déçue de ne pas pouvoir prétendre au poste de préfète. Mais elle n'y avait pourtant jamais songé. C'était ce qu'elle avait toujours dit à ses amis lorsqu'ils assuraient qu'elle serait excellente dans ce rôle. Il n'y avait donc aucun regret à avoir. Peut-être la déception venait-elle du fait qu'elle n'aurait pas pu devenir préfète si elle l'avait souhaité… Qu'elle aurait été contrainte d'y renoncer, elle qui avait horreur d'être contrôlée dans ce qu'elle faisait ou décidait… Oui, c'était sûrement ça. Mais le principal, c'était qu'elle n'avait aucune envie de se voir attribuer ces responsabilités. Elle en avait déjà bien assez comme ça. Ce fut sur cette pensée qu'elle se remit au travail. Elle avait un devoir de métamorphose à faire et lui, contrairement au poste de préfet, était bel et bien obligatoire !
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Une heure plus tard, Ginny était à la table des Gryffondor avec Harry, Ron et Hermione. Ils mangeaient rarement tous les quatre ensemble puisqu'il manquait souvent quelqu'un. L'ambiance était relativement calme, chacun étant quelque peu perdu dans ses pensées. Cela arrangeait Ginny qui n'était pas très encline à parler. Et elle n'était pas la seule. Il n'y avait que Ron qui affichait une mine agréablement rêveuse. Sinon, Harry semblait tourmenté et Hermione scrutait la Grande Salle avec l'air de celle qui voulait en découdre. Alors que Ginny mâchonnait sans appétit ses légumes, Hermione se leva, s'excusa et s'en alla. Cela fit réagir Ron qui parut hésiter avant de se décider à la suivre. Ginny le regarda partir, perplexe.
- C'est un code qu'ils ont entre eux ?
Harry secoua la tête.
- Non, je pense que Ron veut simplement s'assurer que Hermione ne soit pas allée pister un ou deux élèves. Ce qui est sûrement le cas.
- Mais elle n'est pas de ronde, pourtant…
- C'est loin d'être un argument suffisant pour la convaincre de rester à sa place…
Les mots de Harry surprirent Ginny.
- Ce n'est pas la première fois qu'elle fait ça ?
- Non, elle a déjà fait le coup à deux reprises. Une fois avec Terry, et une autre fois avec Ron et moi. On avait prévu ce jour-là de passer l'après-midi dans le parc, rien que tous les trois, mais Hermione a préféré aller traquer deux élèves qu'elle soupçonnaient d'être un dealer et une cliente. Au final, ils étaient juste des amoureux ou des amants qui étaient rentrés au château pour prendre du bon temps dans le dortoir du mec.
- Ah ouais, elle était totalement à côté de la plaque… Mais c'est bizarre qu'elle se mette à suspecter des élèves comme ça, sans raison…
Harry haussa les épaules.
- Ron et moi avons essayé de la raisonner mais rien n'y fait. Tu la connais, elle est têtue comme une mule… Du coup, on pense qu'à force de perdre son temps à courir après des innocents, elle va finir par se lasser.
- Je l'espère. Autant pour elle que pour Ron et toi. Tu as déjà tes problèmes à gérer pour t'occuper de ceux de Hermione…
Harry fronça les sourcils.
- De quoi tu parles ?
- Ne me fais pas le coup de «tout va bien, tu te fais des idées», je vois bien que tu es préoccupé en ce moment, et je suis sûre que je ne suis pas la première à te le dire.
- Non, en effet, Ron, Hermione et Théo s'y sont mis avant toi. Mais vous vous en faites pour rien. Je reçois juste des remarques dans les couloirs et je le supporte moins bien que Draco, Théo et Justin. Mais ça va passer.
- Il n'y a pas que ça. De simples remarques comme celles que subissent Draco, Théo et Justin ne te mettraient pas dans un tel état.
- Ginny, soupira Harry. Cesse de t'inquiéter. J'ai la situation en main. Si je n'arrive vraiment plus à m'en sortir, je vous en parlerai. Tant que je ne dis rien, c'est que ça va. Je veux me débrouiller seul, j'ai des solutions mais elles prennent du temps à se mettre en place. Fais-moi confiance, Ginny. Je sais ce que je fais.
Ginny ne chercha pas à insister. Elle savait que cela ne servirait à rien. Et il y avait une partie d'elle qui avait envie de croire Harry.
- D'accord, mais si ça dure trop, on réagira.
- Vous n'aurez rien à faire si vous me laissez du temps pour tout régler moi-même. Mais assez parlé de moi. Même si j'étais un peu ailleurs lors du dîner, j'ai vu que toi aussi, tu étais plongée dans tes pensées. Et elles n'avaient pas l'air très joyeuses. Est-ce qu'il y a quelque chose qui te tracasse ?
Ginny regarda autour d'elle. Ils avaient parlé assez bas jusque-là mais elle ne voulait vraiment pas que quiconque les entende. Elle lança donc le sort d'insonorisation avant de reporter son attention sur Harry.
- J'ignore si tu es au courant mais l'année prochaine, il n'y aura plus huit mais seize préfets. Ce qui signifie que les directeurs de maison sont actuellement en train de rechercher de potentiels candidats parmi les quatrième année. Enfin, c'est déjà fait. Ils ont dressé une liste de six élèves par maison. Je le sais car le professeur Lupin m'a demandé de le voir à la fin du cours et cinq autres élèves de ma maison sont restés. Il nous a expliqué la situation, à savoir qu'il fallait plus de monde pour attraper davantage de dealers et que le directeur avait donc choisi de doubler le nombre de préfets. Avec les cinq autres Gryffondor, je fais partie de la liste. On a une semaine pour y réfléchir et décider si on a envie de tenter notre chance. Il ne nous en a pas dit plus car il nous convoquera ensuite tous un par un pour en discuter et lever tous les doutes qu'il peut y avoir. En sortant de la salle, je ne savais pas quoi en penser. J'étais complètement paumée. Je n'avais pas retenu le fait qu'on pouvait refuser et dire que ça ne nous intéressait pas, alors je paniquais déjà en me voyant obligée d'accepter alors que je ne savais pas du tout comment j'allais faire pour gérer à la fois les rondes, les séances de travail et les entraînements de Quidditch… C'est en parlant de ça avec Simon que je me suis souvenue que nous avions le droit de refuser. Car lui aussi est concerné. Et il a vite réglé la question en disant que c'était hors de question qu'il devienne préfet avec tout ce qu'il avait déjà à faire. Je me suis calquée sur sa décision puisque nous sommes dans la même situation et parce qu'il a raison. Ce serait de la folie de se voir attribuer le poste de préfets alors que nous sommes déjà bien assez occupés comme ça… Jusqu'à ce que j'en discute avec Simon, je ne comprenais pas ce qui avait poussé le professeur Lupin à me choisir comme potentielle préfète. Il sait parfaitement bien que je suis en binôme avec Simon, que nous faisons tous deux partie de l'équipe de Quidditch de notre maison et que ce serait impossible de conjuguer les entraînements, les séances de travail et les devoirs de préfet… Et pareil pour le professeur Snape. Comment a-t-il pu choisir Simon au risque de le surmener alors qu'il est hyper à cheval sur le bien-être des élèves ? Simon a une hypothèse comme quoi on a été choisis par dépit parce qu'il fallait une troisième personne et que nos directeurs de maison n'arrivaient pas à se décider. En nous incluant, ils ne prenaient aucun risque puisqu'ils étaient sûrs qu'on allait refuser. Ça se tient mais je trouve quand-même cela étrange. Et puis même si je n'ai jamais songé à devenir préfète et même si je ne pourrais pas à cause des responsabilité que j'ai déjà, je ressens une espèce de déception que je ne parviens pas à expliquer. Voilà donc l'état d'esprit dans lequel j'étais durant le dîner.
Harry acquiesça lentement.
- Je vois. C'est assez complexe, tout ça. Mais peut-être qu'en réalité, le poste de préfète t'a toujours attirée mais que jusqu'à aujourd'hui, tu n'en avais pas conscience ?
Ginny secoua la tête.
- Non, je ne pense pas que ce soit ça. Je l'aurais senti si c'était le cas… Surtout que vous n'arrêtez pas de me dire que je ferais une bonne préfète… Ça aurait dû agir comme un déclic en moi, depuis le temps que vous me répétez ça… De toute façon, je ne peux pas devenir préfète. J'ai un bon sens de l'organisation mais ce ne serait pas suffisant.
- Draco le fait bien, lui. Il est à la fois préfet et membre de l'équipe de Quidditch de sa maison. Et il s'en sort très bien.
- Mais il n'est pas en binôme avec quelqu'un qui a ces deux casquettes aussi ! Tu n'es pas préfet, tu fais juste du Quidditch, si je puis m'exprimer ainsi…
- Eh bien tu n'as qu'à accepter et pas Simon !
- J'y ai bien pensé, mais si j'accepte, je suis sûre que Simon va être tenté de faire pareil. Il dit qu'il n'est pas fait pour être préfet mais je suis persuadée du contraire. Il vaut mieux que j'oublie tout ça et que je passe à autre chose. Mais je sais que je ne vais pas pouvoir m'empêcher d'y songer malgré moi jusqu'à mon entretien avec notre directeur de maison.
- Eh bien vivement qu'il ait lieu, alors. Mais réfléchis-y quand-même à tête reposée. Ce serait bête que tu refuses et que tu le regrettes par la suite…
- Ce ne sera pas nécessaire. Merci de m'avoir écoutée, en tout cas. Je me sens un peu plus légère.
- C'est l'une des meilleures choses que je pouvais entendre, dit Harry en souriant. J'espère que tu y verras un peu plus clair avec le temps et que tu prendras la bonne décision.
- Je l'ai déjà prise et je ne reviendrai pas dessus. Je crois que j'avais juste besoin d'en parler. Allez, changeons de sujet. Comment ça va, avec Draco ?
Harry et Ginny restèrent ainsi à la table des Gryffondor jusqu'à la fin du service en parlant de leurs amours respectives. Et ils continuèrent ensuite leur conversation en montant à leur salle commune. Cela faisait un bon moment qu'ils n'avaient pas eu l'occasion de se retrouver seuls aussi longtemps. Ils en profitèrent allègrement et discutèrent jusque tard dans la soirée.
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(mercredi 24/04) POV Justin
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- Justin, mange un peu, sinon tu vas faire un malaise lors de ta séance…
Les mots de Hannah firent grimacer Justin.
- Je n'ai pas faim, je vais vomir si je mange, je préfère encore tomber dans les pommes…
- Mais il ne faut pas te mettre dans des états pareils, ça va bien se passer, dit gentiment Susan. On n'a encore entendu personne regretter d'avoir commencé une thérapie avec le professeur Snape. Ils disent tous que c'est un super bon psychomage qui sait mettre à l'aise, qui écoute, qui a des pistes pour débloquer toutes sortes de situations…
- Je sais tout ça, Théo m'a souvent fait son éloge, mais j'ai peur de ne pas savoir par où commencer, de ne pas savoir quoi dire, de rester planté là sur ma chaise sans parler…
- Je pense que tous les patients du professeur Snape sont passés par là, tu ne seras pas le premier, ni le dernier, il a l'habitude et il saura t'orienter, assura Susan. C'est normal que tu stresses mais il faut que tu relativises.
Justin acquiesça.
- Bon, je vais y aller. À tout à l'heure en métamorphose.
Susan et Hannah confirmèrent et souhaitèrent une bonne séance à leur meilleur ami qui les remercia et s'en alla. En sortant de la Grande Salle, il eut la surprise de tomber sur Théo.
- Tu as abandonné tes amis ? demanda Justin en souriant.
- Oui mais ils ne m'en tiennent pas rigueur, eux aussi seraient allés soutenir leur moitié à ma place, affirma Théo. Tu veux bien que je t'accompagne jusqu'au bureau du professeur Snape ?
Justin sentit son coeur se gonfler d'amour face à cette proposition.
- Évidemment, répondit-il tendrement.
Il combla l'espace qui le séparait de Théo et posa ses lèvres sur les siennes. Théo répondit aussitôt à son baiser avec toute la douceur et toute la candeur qui le caractérisaient. Justin voulut l'approfondir mais ce n'était ni le moment, ni l'endroit pour un échange langoureux et passionné. Surtout que son petit-ami n'aimait pas se montrer en public ainsi. Justin se contenta donc d'un baiser doux et chaste et le rompit quelques minutes plus tard. Ils entrelacèrent leurs doigts et prirent le chemin du bureau du professeur Snape. Ils arrivèrent quelques minutes plus tard et s'arrêtèrent devant la porte. Justin sentit le stress le gagner de nouveau. Théo s'en aperçut, et pour cause : Justin lui broyait quasiment la main. Mais au lieu de protester, il tenta de l'apaiser :
- Hé, ça va aller, ce n'est qu'une séance de thérapie, si tu ne te sens pas à l'aise, rien ni personne ne t'obligera à continuer.
- Je sais, c'est idiot d'angoisser comme ça, mais… je vais devoir déballer ma vie privée, me livrer, raconter des trucs hyper personnels et ça me gêne.
- Tu ne vas pas faire tout ça aujourd'hui, le rassura Théo. Cette séance, c'est juste une approche, un premier contact. Il ne va pas te demander tout de suite de te confier sur ton intimité avec Emily.
Justin se détendit instantanément. Qu'il pouvait être bête… Cela paraissait évident qu'il n'allait pas se lancer dans le vif du sujet dès la première séance… Car c'était bien ça qui l'effrayait. Quelques jours plus tôt, il était allé voir le professeur Snape afin de lui dire qu'il était d'accord pour entamer une thérapie. Il avait tenu à le prévenir que ça allait être très long car avant de parler du harcèlement et du guet-apens dont il avait été victime de la part de Milligan et Parker, il fallait traiter sa relation avec Emily qui était à l'origine de tout ça. Cela n'avait pas dérangé le professeur Snape qui lui avait dit qu'ils prendraient le temps nécessaire.
- Il est presque treize heures, je dois y aller, j'ai mon cours d'arithmancie dans dix minutes, dit Théo avec du regret dans la voix. Je te laisse entre de bonnes mains.
Il embrassa Justin, lui fit un tendre sourire et s'en alla. Justin le regarda s'éloigner jusqu'à ce qu'il disparaisse de sa vue. Il frappa quelques coups à la porte et entendit un «Entrez». Il ouvrit et pénétra dans le bureau. Le professeur Snape leva les yeux vers lui.
- Bonjour, M. Finch-Fletchley, installez-vous, je vous prie.
Justin obéit et s'assit en face de son professeur.
- Je suis ravi de voir que vous n'avez pas changé d'avis. Avant toute chose, dites-moi ce qui vous a poussé à entamer cette thérapie.
- Eh bien, je fais des cauchemars depuis le guet-apens, je l'ai avoué à Théo, on a parlé d'Alex, je lui ai dit que je vous l'avais amené une nuit où il criait dans son lit, Théo m'a fait comprendre qu'Alex et moi étions dans la même situation et que je devais faire comme lui, à savoir prendre contact avec vous pour une thérapie.
- Vous avez pris la meilleure décision qui soit, affirma sérieusement le professeur Snape. Je ne vous ai pas posé cette question lorsque vous êtes venu me voir ce week-end car je préférais commencer la thérapie de cette manière. J'ai cependant noté ce que vous m'avez dit à propos du fait qu'il allait falloir traiter le sujet de votre relation avec votre ancienne petite-amie car cela avait un rapport avec ce que vous ont fait subir M. Milligan et M. Parker. Pouvez-vous m'expliquer précisément ce lien ?
- Josh Parker est le cousin d'Emily, mon ex petite-amie. Dick Milligan est le meilleur ami de Josh. Ils partagent les mêmes pensées, la même idéologie. Quand Emily s'est mise à déprimer à cause de notre couple qui battait de l'aile, elle s'est confiée à Josh qui est venu me menacer avec Dick dans un couloir, à l'abri des regards indiscrets. C'était le jour où Théo voulait mettre fin à notre relation. C'est lui qui m'a sauvé des griffes des deux Serdaigle. Tout compte fait, on ne s'est pas séparés car j'ai trouvé les mots pour le faire changer d'avis. Ce qui s'est passé ce jour-là résume toute l'histoire en elle-même : je sortais avec Théo alors que j'étais en couple avec Emily depuis un bon moment, je cachais à tout le monde mon homosexualité que j'avais mis du temps à assumer auprès de Théo, je jouais donc sur deux tableaux, ça créait des tensions dans mon couple et ça ne plaisait pas à Josh qui me tenait pour responsable de la détresse d'Emily. Depuis, il m'avait dans le collimateur. Quand j'ai rompu avec Emily et qu'elle passait ses journées à pleurer, il s'est mis dans la tête que j'étais le seul fautif dans l'histoire, que je m'étais mal comporté avec elle et il n'a jamais voulu en démordre. Un jour où je suis allé à l'infirmerie pour rendre visite à Théo lors de son en état de choc, j'ai croisé Josh en sortant et il a remis le sujet sur le tapis. Il est devenu agressif et il m'a frappé dans le ventre avant de s'en aller. Ensuite, ça a été le début des persécutions en tous genres. Josh ne venait plus me voir pour me parler mais il s'en prenait à moi de loin avec Dick. Il m'arrivait des désagréments qui paraissaient venir de nulle part. Mon verre de jus de citrouille qui se renversait, des démangeaisons intempestives, mon pantalon qui se déchirait… J'ai vite compris qu'ils étaient derrière tout ça. Josh m'avait dit près de l'infirmerie que la fin de l'année allait être longue pour moi, qu'il n'allait pas me lâcher, eh bien il a tenu parole. Il a embrigadé Alex pour préparer son guet-apens et il s'est servi de lui pour m'attirer dans ce piège. Voilà en gros toute l'histoire avec Milligan et Parker. C'est un bref résumé mais j'y ai inclus tous les faits marquants.
- Et c'est très bien ainsi, dit le professeur Snape. Ce résumé général va beaucoup nous aider. Cela va nous permettre de revenir sur chaque élément important que vous avez cité et de le travailler plus en profondeur. C'est pour cela que j'ai tout noté. Mais nous verrons cela plus tard. Grâce à ce que vous venez de me dire, je comprends mieux les tensions qu'il y avait entre M. Parker et vous. Et ce qui posait problème, c'était en effet la relation que vous entreteniez avec Miss Parker. Ou, plutôt, ce que cette relation cachait, à savoir votre homosexualité que vous n'arriviez pas à assumer. Il me semble que c'est ça, le problème de fond qui a engendré tout cela.
- Oui, c'est exactement ça. Je suis sorti avec Emily alors que je n'étais pas attiré par les filles. Mais j'ai mis énormément de temps à m'en rendre compte, et encore plus à l'admettre. Il y avait pourtant plein de signaux qui auraient dû me mettre la puce à l'oreille et me faire douter de mon orientation, mais je n'ai pas su les voir. Ou, plus précisément, je n'ai pas voulu les voir.
- Il y avait une volonté en vous de refuser de voir la réalité en face ?
- Oui, mais pas de la même manière au début qu'à la fin de ma relation avec Emily. Au début, je me posais des questions sur certaines choses mais jamais je n'ai eu l'idée de me demander si j'étais gay. Ce n'est pas que je rejetais l'idée, c'est qu'elle ne me venait absolument pas à l'esprit. Mais ça doit sûrement s'expliquer par le fait que je n'ai pas grandi dans une famille très… tolérante.
- Comment cela ?
- Mon père n'apprécie que les personnes blanches, anglaises de souche, hétéros et qui ont une bonne situation financière. Il a horreur des personnes d'origines étrangères, il considère les gay comme des erreurs de la nature et il méprise les personnes pauvres. Je n'ai jamais pensé comme lui, mais peut-être qu'inconsciemment, je me disais que je ne pouvais pas être gay car je n'avais pas le droit.
- C'est une possibilité. C'est totalement faux, bien sûr, mais vous avez pu le croire. Vous craigniez probablement de décevoir votre père s'il venait à découvrir la vérité. Et ça doit être toujours le cas aujourd'hui.
Justin acquiesça.
- Nous y reviendrons lors d'une prochaine séance, promit le professeur Snape. Parlez-moi du début de votre relation avec Miss Parker.
- Nous nous sommes rencontrés quand je suis entré à Poudlard et nous sommes rapidement devenus meilleurs amis. Nous aurions pu être dans la même promotion si j'étais né légèrement plus tôt mais ça ne nous a pas empêchés de faire connaissance dès mon premier jour passé à Poudlard et de nous lier d'amitié. Nous sommes restés amis jusqu'à la fin de ma troisième année, puis Emily m'a avoué qu'elle avait des sentiments pour moi, des sentiments plus forts que de la simple amitié. Je me suis alors interrogé sur ce que moi, je ressentais envers elle. J'avais déjà remarqué que ce n'était pas la même amitié qui me liait à Emily que celle qui me liait à Hannah et Susan. Pourtant, elles sont aussi mes meilleures amies. Mais Emily, c'était différent, c'était ma confidente, celle à qui je pouvais tout dire. On était très proches l'un de l'autre. On était quasiment fusionnels. Comme je n'avais jamais eu de petite-amie avant elle et que mes sentiments à son égard n'étaient pas les mêmes que ceux que j'avais envers Hannah et Susan, je me suis dit que moi aussi, j'étais peut-être amoureux d'elle. Que ce n'était peut-être pas juste une amie pour moi. Ça m'a paru évident, sur le coup. Je lui ai donc dit que je partageais ses sentiments et nous nous sommes mis ensemble. Ça n'a rien changé entre nous, c'était toujours pareil, il n'y avait pas de malaise, alors ça m'a conforté dans l'idée que c'était bien de l'amour que j'avais envers elle. Mais cela venait peut-être du fait que je n'y connaissais rien, que c'était ma toute première relation, je découvrais tout, donc quand j'étais un peu gêné, je me disais que c'était parce que je n'avais pas l'habitude… J'étais vraiment naïf…
- Non, c'est tout à fait normal. Comme vous le disiez, c'était votre première relation, c'est logique que vous ayez pensé que votre gêne était due à ça. Ça ne voulait pas forcément dire que vous étiez attiré par les garçons et non pas par les filles. Bon, c'était le cas pour vous mais ça aurait pu ne pas l'être. Il peut y avoir une certaine timidité ou une certaine pudeur.
- Ah oui, je confirme.
Le professeur Snape haussa un sourcil. Justin se mit à rougir. Il avait aussitôt songé à Théo et c'était sorti tout seul.
- Désolé, c'est juste que Théo est comme ça et… ça n'a rien du tout à voir avec la gêne que j'avais avec Emily… Lui, c'est vraiment de la timidité et de la pudeur…
- Je vois. Il a de la chance de sortir avec quelqu'un qui a un peu plus d'expérience que lui, même si c'était avec une fille que vous avez acquis cette expérience. Il avait besoin de quelqu'un d'assez sûr de lui afin de pallier son manque de confiance en lui. Souhaitez-vous continuer à me parler de votre relation avec Miss Parker ou désirez-vous en rester là pour cette séance ?
- Euh… je préférerais qu'on s'arrête là mais ça ne doit faire qu'une heure que je suis là…
- La première séance dure rarement plus d'une heure. Il vaut mieux qu'elle soit assez courte, sinon le patient pourrait être lassé et ne pas avoir envie de revenir. Est-ce votre cas ?
- Non, pas du tout, je suis très satisfait de cette première séance.
- Vous seriez donc d'accord pour poursuivre la thérapie ?
- Oui.
- Toujours à la même heure ?
- Oui, ça me convient très bien comme ça.
- Bien, nous nous verrons donc une fois par semaine, le mercredi, de treize heures à quinze heures. Avez-vous des questions avant de mettre fin à cette séance ?
- Oui, mais ça n'est pas en rapport avec la thérapie, même si c'est de l'avis d'un psychomage dont j'ai besoin.
- Je vous écoute.
- En fait, c'est quand-même un peu lié à la thérapie. Car on va forcément en parler à un moment ou à un autre, mais normalement, d'ici là, ce sera arrangé et… enfin bref, je vais vous expliquer et vous comprendrez. Quand j'ai annoncé à mon meilleur ami, Ernie, que j'étais gay, il a très mal réagi. Il m'a rejeté et à ce jour, on ne s'est toujours pas réconciliés. Je sais qu'il voulait pourtant le faire. Le jour du guet-apens, Théo a eu une discussion avec lui et Ernie lui a avoué qu'il souhaitait arranger les choses avec moi mais que c'était moi qui ne voulais pas lui adresser la parole. Car en fait, peu après m'être fait frapper par Josh près de l'infirmerie, Ernie m'a découvert et je n'étais pas du tout dans les bonnes dispositions pour avoir une conversation avec lui. Alors je l'ai rabroué. Il a dû mal le prendre car depuis, il n'a pas réessayé d'engager le dialogue. Mais ça ne l'a pas empêché de voler à mon secours avec Théo quand il a appris que j'étais en danger dans la salle de sortilèges. Si Dick ne l'avait pas envoyé se fracasser contre le mur, on aurait pu l'avoir, cette conversation, on aurait pu se parler, on aurait pu s'expliquer, on aurait pu s'excuser, on aurait pu se réconcilier… Mais à cause de Dick, on n'a rien pu faire de tout ça. Je n'ai même pas pu remercier Ernie alors qu'il s'est mis en danger pour me sauver… Je prends régulièrement des nouvelles de lui auprès de Mme Pomfrey et de notre directrice de maison et je sais qu'il va beaucoup mieux et qu'il peut désormais recevoir des visites. Alors je me demandais si, un week-end, je pourrais aller le voir… Je ne me vois pas attendre jusqu'à cet été, pas après ce qu'il a fait pour moi, je dois y aller avant, j'ai besoin de lui parler, ne serait-ce qu'une ou deux heures… Mais je préférais avoir votre avis avant de soumettre ma requête auprès du professeur Chourave. Ce ne serait peut-être pas raisonnable que j'aille le voir alors que je viens tout juste de commencer la thérapie et que nous n'allons pas aborder tout de suite ma brouille avec lui… Vous pourriez considérer que c'est trop tôt, autant pour moi que pour lui…
- Je comprends parfaitement votre désir d'aller voir votre meilleur ami. Est-ce que vous vous sentez en paix avec vous-même par rapport à cette brouille qu'il y a eu entre vous ? Pensez-vous être en mesure d'avoir une discussion calme avec lui à ce sujet ?
- Oui, je veux juste comprendre pourquoi il a réagi aussi mal quand je lui annoncé que j'étais gay, je veux lui dire que je lui ai pardonné, je veux m'excuser de l'avoir rabroué quand il a voulu m'aider après que je me sois fait frapper par Josh et je veux le remercier d'être venu à mon secours quand j'étais entre les griffes de Milligan et Parker.
Le professeur Snape hocha la tête.
- Dans ce cas, je ne vois aucune contre-indication à ce que vous alliez le voir. Il va vous falloir une autorisation spéciale de la part de votre directrice de maison, elle va devoir vous accompagner mais au vu des circonstances, cela ne devrait pas poser de problèmes, vous devriez l'obtenir facilement. S'il le faut, j'appuierai votre demande. Mais je doute d'avoir besoin de le faire.
- Merci, professeur.
- Avez-vous d'autres questions ?
- Non, c'est bon.
- Bien, vous pouvez y aller, alors.
Justin se leva, salua son professeur et quitta le bureau. Il fut surpris de constater que la séance s'était très bien passée. Il n'avait eu aucun mal à se livrer, lui qui avait craint de ne pas savoir quoi dire. Il fallait dire que le professeur Snape avait l'art de poser les bonnes questions. Et sans en avoir l'air, il mettait en confiance la personne en face de lui. Il donnait l'impression de pouvoir tout entendre. Ce qui était sûrement le cas. Théo avait raison : c'était un super bon psychomage. Il n'avait rien à voir avec l'austère professeur de potions que Justin connaissait depuis sa première année à Poudlard… Il ne regrettait pas du tout d'avoir décidé de faire cette thérapie. Cela allait lui faire le plus grand bien. Ce fut sur cette pensée qu'il se dirigea vers sa salle commune, désirant se rendre à son dortoir pour y déposer ses cours de la matinée. Il ne s'attendait pas à croiser grand-monde, les cinquième année étant les seuls à ne pas avoir cours le mercredi à cette heure-là, et il fut donc étonné de voir arriver vers lui Alex, le bras dans le plâtre. Ils ne s'étaient pas parlés depuis la veille du guet-apens, et il se dit qu'il tenait là l'occasion d'ouvrir le dialogue avec son jeune camarade. Lorsque celui-ci le vit, il se figea. Justin crut qu'il allait l'éviter et faire demi-tour mais il resta sur place, sans bouger. Justin décida alors de faire le premier pas en s'avançant vers lui.
- Bonjour, Alex, dit Justin en souriant. Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
- Je… je suis entré en collision avec quelqu'un, répondit Alex en détournant le regard.
Justin retint un soupir face à cette attitude fuyante. Cela n'allait pas être facile. Mais il ne devait pas lâcher. Sachant que cela ne servirait à rien de tourner autour du pot, il entra directement dans le vif du sujet :
- Alex, je ne t'en veux absolument pas pour ce qui s'est passé.
- Tu devrais.
- Non, parce que tu es une victime, toi aussi.
- J'ai permis à ces deux Serdaigle de s'en prendre à toi en t'attirant dans un piège ! Où est-ce que tu vois que je suis une victime là-dedans ?!
Justin recula d'un pas, surpris par l'éclat de voix d'Alex. Jamais il ne l'avait entendu crier. Mais ce qui le frappait le plus, c'était la souffrance dans sa voix. Il était complètement rongé par le remords et cela le détruisait petit à petit. Justin sut à ce moment-là qu'aucune séance de thérapie ne pourrait y faire quoi que ce soit. C'était à lui de le rassurer, de lui faire comprendre qu'il n'y était pour rien et qu'il devait se pardonner.
- Tu ne pouvais pas faire autrement, dit doucement Justin.
- J'aurais dû en parler.
- Ils te menaçaient de faire du mal à ta sœur si tu les balançais, tu avais peur pour elle, n'importe qui aurait gardé le silence à ta place. Ils ont six ans de plus que toi, Alex, ils sont beaucoup plus vieux, plus grands et plus forts que toi, et ils en ont profité ainsi que de ta timidité et de ton coeur pur pour te terroriser et te manipuler. Il n'y avait rien de plus facile pour eux que de faire de toi tout ce qu'ils voulaient. Comment voulais-tu lutter face à deux élèves qui auraient pu te mettre par terre avec une simple pichenette ? En les provoquant en duel ? Ils connaissent bien plus de sorts que toi. En plus, ils étaient deux, alors que tu étais tout seul. Il faut être terriblement lâche pour harceler un élève de première année quand on est un élève de septième année. Et il faut être encore plus lâche pour s'y mettre à deux contre un. Tu n'as pas à t'en vouloir. Tu n'as jamais voulu me faire du tort. Tu faisais juste ce qu'ils te demandaient, parce que tu avais peur pour ta sœur. Et pour toi aussi, car j'imagine qu'ils ont dû te menacer de te frapper et de te casser la figure si tu ne leur obéissais pas ?
Alex acquiesça, les yeux baissés.
- C'est vrai que tu aurais dû en parler, mais quand on reçoit ce genre de menaces, ça dissuade d'aller se plaindre. Surtout qu'ils n'auraient pas hésité à faire ce qu'ils disaient s'ils avaient appris que tu les avais balancés avant que les professeurs n'aient eu le temps de faire quoi que ce soit. Je te dis ça car j'ai également subi du harcèlement de leur part. Et je n'en ai pas parlé, tout comme toi.
Alex leva brusquement la tête et regarda Justin avec un air stupéfait.
- Ils s'amusaient à m'humilier en public en usant de sorts qui déchiraient mon sac ou mon pantalon, qui renversaient mon verre pendant les repas ou qui m'infligeaient des démangeaisons quand j'étais dans la Grande Salle ou dans un couloir. Josh m'a même frappé, une fois. Et je n'ai rien dit. Parce que j'avais peur, moi aussi. Alors tu vois, même moi, un cinquième année, je n'ai rien pu faire face à eux. Et je suis pourtant plus vieux que toi. Tout ça pour te dire que tu n'as aucune honte à avoir et aucun reproche à te faire. Tu devrais au contraire être fier de toi. Car tu n'as pas hésité à aller voir Ernie pour qu'il vienne me sauver. Tu lui as avoué toute la vérité alors que les menaces de Parker et de Milligan planaient toujours sur toi. Tu as même dit à Ernie que tu te fichais d'être renvoyé, tant que j'étais sauvé. Tu as agi en vrai Poufsouffle. Et tu as eu un courage hors norme. Et puis, tu sais, si ce n'était pas toi qu'ils avaient choisi pour me berner et me piéger, ça aurait été quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui n'aurait peut-être pas eu le même courage que toi en allant chercher de l'aide au bon moment. En fait, s'il y avait une personne à blâmer, ce serait plutôt moi. Car si je les avais dénoncés dès le début, ils ne t'auraient pas approché et tu serais resté en-dehors de tout ça. Ils se sont servis de toi, ni plus ni moins. Est-ce que tu comprends ce que je veux dire ?
- Oui, affirma clairement Alex. Je ne savais pas qu'ils t'avaient harcelé, toi aussi, et ça me fait voir les choses d'une façon complètement différente. Mais tu m'avais déjà bien convaincu avec ce que tu avais dit avant. Merci pour tout ça, je me sens beaucoup plus…
- Léger ?
Alex hocha la tête. Justin sourit.
- Alors tout va pour le mieux. Tu vas pouvoir arrêter de me fuir, désormais ?
- Oui, dit Alex en rougissant. J'avais juste honte, je pensais que tu m'en voulais, que je n'avais pas le droit de te parler après ce qui s'était passé… Mais c'est bon, j'ai compris tout ce que tu m'as dit. Le professeur Snape m'avait conseillé d'aller vers toi ou de ne pas t'éviter si tu venais vers moi. Je ne me sentais pas prêt à faire le premier pas, mais j'ai retenu son conseil quand je t'ai vu devant moi et je n'ai pas bougé.
- C'était déjà un très grand pas en avant. Et ça nous a permis d'avoir cette discussion. Tes séances avec le professeur Snape se passent bien, d'ailleurs ?
- Oui, on parle encore de tous les rendez-vous que j'ai eus avec les deux Serdaigle. Il m'écoute sans me juger et ça me fait beaucoup de bien.
- C'est un excellent psychomage. Je viens tout juste de commencer une thérapie, moi aussi, j'ai eu ma première séance à l'instant et je ne regrette absolument pas de m'être lancé là-dedans. Bon, que s'est-il passé exactement pour que tu te retrouves avec le bras dans le plâtre ?
- Je me suis blessé pendant le cours de vol. J'étais bien en place sur mon balai mais un élève a perdu le contrôle du sien, il m'a percuté et m'a fait tomber de mon balai sans le vouloir. J'étais à environ dix mètres au-dessus du sol. Mme Bibine n'a pas eu le temps de ralentir ma chute. Résultat, j'ai le bras cassé. Une fracture d'un os dont j'ai oublié le nom. Ça arrive tous les ans, apparemment. J'ai donc été dispensé du cours de vol qui a lieu jusqu'à quinze heures. Et je ne suis pas près d'y assister de nouveau.
- Ouille… Vu qu'on approche de la fin de l'année, tu ne vas peut-être même pas pouvoir retourner à ce cours…
- Il y a très peu de chances, en effet. Même si, grâce aux potions, un bras cassé se rétablit plus vite dans le monde sorcier que dans le monde moldu, il faut le ménager jusqu'à ce qu'il soit entièrement remis… C'est dommage car j'aimais beaucoup ce cours. Ça me plaît de voler sur un balai. Et je suis passionné de Quidditch depuis que je suis tout petit.
- Tu devrais tenter ta chance l'année prochaine, alors.
- Oh non, je suis beaucoup trop timide pour faire partie d'une équipe… Il suffit que je sois titulaire lors d'un match pour remplacer quelqu'un et je perdrais tous mes moyens sur le terrain en sachant que tout le monde me regarde…
- Ça ne veut rien dire. Au contraire, le sport, ça libère. Et je sais de quoi je parle, tu peux me croire. Je connais quelqu'un qui était exactement comme toi. Et qui l'est toujours. C'est-à-dire très timide, très réservé et qui n'a aucune confiance en lui. Il a été harcelé par ses amis pour qu'il participe aux sélections car il avait démontré malgré lui ses prédispositions pour le Quidditch, le capitaine l'a lui-même abordé et il a fini par accepter de faire les sélections. Il a été pris et le capitaine a hésité à lui attribuer le poste de titulaire car il avait fait une meilleure prestation qu'un élève qui faisait déjà partie de l'équipe avant le Tournoi des Trois Sorciers. Mais comme le nouveau membre avait moins d'expérience, il a été mis dans l'équipe des remplaçants. Mais pas pour très longtemps. Il a fait des merveilles dès les premiers entraînements, si bien qu'il est devenu titulaire pour remplacer un des joueurs qui a été blessé et contraint d'arrêter le Quidditch. Et c'est en grande partie grâce à lui que son équipe a marqué de nombreux buts lors de ses deux matchs. Ce garçon, tu l'as déjà vu au moins une fois puisqu'il était avec Ernie quand tu es allé le voir pour lui demander de voler à mon secours.
- Oh… Oui, je m'en souviens très bien. Il était très gentil. Comme toi. C'est peut-être pour ça que vous êtes amoureux…
Justin écarquilla les yeux. Il ne s'attendait pas à cette remarque. Mais il ne tarda pas à être attendri par ces mots enfantins et remplis d'innocence.
- Théo est quelqu'un de très gentil, oui. Et c'est probablement pour ça, entre autres, que je l'aime, en effet. Bon, je dois y aller, j'ai cours dans une demie-heure. À plus tard et fais attention à ton bras.
Alex acquiesça, Justin lui sourit et s'en alla. Il reprit son chemin vers sa salle commune et s'y rendit d'un pas léger et heureux. Il se sentait bien. Il avait eu sa première séance de thérapie qui lui avait fait du bien, il allait sûrement obtenir l'autorisation pour aller voir Ernie et il avait eu une discussion avec Alex qui avait porté ses fruits. Les choses avançaient dans le bon sens et il fallait à présent que cela continue ainsi.
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(samedi 27/04) POV Draco
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- J'espère que tout le monde sera là…
Draco prononça ces mots en jouant distraitement avec sa baguette. Il était dans son dortoir, sur son lit, avec Blaise et Théo.
- C'est important, ce n'est pas une réunion comme celles qu'on a l'habitude d'avoir, objecta Théo. C'est pour venir en aide à une personne de la bande. Et pas n'importe laquelle. Harry est sans doute celui qui a le plus d'attaches dans le groupe. Ron et Hermione sont ses meilleurs amis, Ginny est sa confidente, toi, tu es son petit-ami…
- Et toi, tu as un lien spécial avec lui, compléta Draco. En gros, il n'y a que Pansy, Terry, Blaise et Justin qui n'ont pas de lien direct avec Harry.
- Direct, non, mais indirect, oui, précisa Blaise. Puisque Pansy sort avec Ron, Terry avec Hermione, moi avec Ginny et Justin avec Théo. Nous sommes tous liés à Harry de par nos moitiés.
- Et c'est bien pour ça que nous avons formé cette bande, rappela Théo. Parce que nous étions tous liés les uns aux autres. Donc tout le monde devrait venir à la réunion. De toute façon, on a besoin de toute la bande. S'il faut pister Harry, on doit tous être sur le coup. Nous ne sommes pas là que pour passer de bons moments dans la salle sur demande. Nous sommes aussi là pour tenter de régler les problèmes des uns et des autres. Et c'est exactement ce qu'on va faire avec Harry. C'est là qu'on va voir si nous sommes vraiment une bande. Moi, je suis sûr qu'on répondra tous présents.
- Je le pense aussi, affirma Blaise. Et toi, Draco ?
- Moi aussi, évidemment. J'ai confiance en chaque personne du groupe. C'est juste que ça concerne Harry, le garçon qui fait battre mon coeur, alors je m'inquiète pour un rien et je psychote…
- C'est normal, dit Théo en souriant. Bon, allons-y.
Il se leva, très vite imité par Draco et Blaise. Ils sortirent de leur dortoir, puis de leur salle commune et se dirigèrent vers les escaliers qu'ils montèrent jusqu'au septième étage. Lorsqu'ils débouchèrent sur le couloir de la salle sur demande, ils virent devant celle-ci Ron et Hermione qui semblaient en pleine conversation. Draco, Blaise et Théo les rejoignirent et alors que Draco allait demander aux deux Gryffondor de quoi ils parlaient, ceux-ci dégainèrent leurs baguettes et les pointèrent sur eux.
- Qui êtes-vous ? interrogea Hermione d'une voix menaçante.
Draco échangea un regard avec Blaise et Théo qui avaient l'air aussi surpris que lui.
- C'est quoi ce cirque ? Vous ne nous reconnaissez pas ? s'étonna Blaise.
- Répondez, ordonna Ron.
Perplexes, les trois amis consentirent à donner leurs noms.
- Draco, que nous as-tu racontés lorsque nous nous sommes livrés à des anecdotes pour révéler des choses que la plupart d'entre nous ne savions pas les uns sur les autres ?
- Que ma mère avait failli être fiancée avec le père de Goyle et que mon père avait failli épouser la sœur du père de Crabbe.
Hermione acquiesça.
- Blaise, que nous as-tu racontés, toi ?
- Que ma mère vouait une véritable passion pour les boursouflets.
- Théo ?
- Je vous ai parlé de mon trouble magique.
Les réponses parurent satisfaire Ron et Hermione car ils abaissèrent leurs baguettes.
- Est-ce qu'on peut savoir ce qui vous prend de nous agresser comme ça ? protesta Blaise.
Ron tourna la tête vers Hermione.
- Je te laisse leur expliquer, après tout, c'est ton délire…
- Tu as fini par tomber d'accord avec moi, ce n'est donc pas que mon délire ! s'insurgea Hermione.
- Mais c'est toi qui est à l'origine de cette théorie, moi je n'ai fait que te suivre !
- Hé, oh, on se calme ! intervint Draco. On aimerait bien comprendre, nous.
- Hermione a eu peur qu'un dealer ait eu vent de cette réunion et comme il n'y a pas moins de cinq préfets parmi nous, il aurait pu prendre l'apparence d'un membre du groupe avec du Polynectar afin d'essayer d'avoir des informations sur la traque des potions droguées.
- Mais c'est de Harry dont on veut parler, pas du trafic des potions ! s'exclama Draco.
- Oui, mais le dealer n'est pas obligé d'avoir connaissance de ce détail, nuança Hermione.
- Non mais c'est n'importe quoi, si un imposteur s'était glissé dans la bande, on le saurait, rétorqua Blaise.
- Pas forcément, opposa Hermione. Nous sommes presque sûrs qu'il y a un dealer qui a accès à des infos sur la traque grâce à un élève. Mais on ignore si c'est de façon directe ou indirecte. Cet élève ne se rend peut-être pas compte qu'un dealer rôde près de lui. Tout ce qu'on sait, c'est que depuis la rentrée, on n'a pas attrapé un seul dealer ou un seul client durant les rondes. Lorsqu'un dealer a des infos, les autres dealers sont au courant dans la foulée. Alors si un dealer a eu vent des habitudes des préfets lors de leurs rondes, les autres les ont su également. Et c'est pour ça qu'on n'arrive plus à les coincer.
- Mais qui serait cet élève ?
- Aucune idée. Sûrement l'ami d'un préfet, supposa Hermione.
- Tu veux dire qu'un préfet aurait dans son entourage quelqu'un qui se drogue ? s'horrifia Théo.
- C'est ce que je crains, oui. Il faut donc être vigilants. Draco, tu n'as rien remarqué, toi ?
- Non, rien du tout. Quand Pansy, Blaise, Théo et moi parlons des actions menées contre le fléau des potions droguées, nous nous entourons d'un sort d'insonorisation. Nous le faisons même sans parler de ça. C'est habituel, chez les Serpentard, d'insonoriser son espace quand on est avec quelqu'un. La fuite ne vient donc ni de Pansy, ni de moi.
- Et ça ne vient pas non plus de Ron et de moi, confirma Hermione. Il ne reste plus que les préfets de Poufsouffle et de Serdaigle.
- Tu n'irais pas soupçonner ton petit-ami, quand-même ? s'indigna Blaise.
- Bien sûr que non, répliqua Hermione en levant les yeux au ciel. Je lui fais totalement confiance, il est trop honnête et trop intègre pour dévoiler quoi que ce soit à un dealer. Mais je ne sais pas s'il a l'habitude de protéger ses conversations avec Antony et Michaël. Je dois voir ça avec lui. Ah, voilà Ginny.
Draco se retourna et vit en effet la cadette du groupe se diriger vers eux. Justin et Terry ne tardèrent pas à les rejoindre à leur tour. Pansy fut la dernière à arriver. Ils eurent tous droit au même accueil qu'avaient reçu Draco, Blaise et Théo. Ils n'en tinrent pas rigueur à Ron et Hermione qui leur firent part de la situation. Ils entrèrent ensuite dans la salle sur demande et s'installèrent.
- Vous êtes sûrs que Harry ne s'apercevra de rien ? s'inquiéta Justin. S'il ne voit aucun membre du groupe dans le château, il va se poser des questions…
- Il a sa séance de thérapie jusqu'à quinze heures, et le professeur Snape ne le lâchera pas avec vingt minutes d'avance, apaisa Hermione. Il ne se rendra compte de rien.
- Ça me met quand-même mal à l'aise de faire ça dans son dos…
- C'est pour son bien, assura Draco. Et nous n'avons pas le choix. C'est la seule solution que nous avons pour lui venir en aide. Il refuse de nous parler de ses problèmes, mais en grattant par-ci par-là, certains d'entre nous ont réussi à découvrir en partie ce qui se passe. Hermione, tu as des infos, je crois ?
- Oui. Je ne pense pas que ce soit le gros du problème mais ça fait partie de ses ennuis. Des élèves s'amusent à lui envoyer des bouts de parchemin lors des repas dans la Grande Salle. Ces messages visent sa relation avec Draco mais aussi la relation entre le professeur Black et le professeur Lupin. Harry ne veut surtout pas qu'ils soient au courant car ils se sentiraient forcément coupables de lui avoir attiré des ennuis à cause de leur couple. Ça a l'air de s'être calmé mais je le soupçonne d'avoir jeté un charme ou d'avoir fait quelque chose pour dissimuler les messages qu'il reçoit.
- Il ne m'avait pas parlé de ça, indiqua Draco en fronçant les sourcils. De toute façon, il ne me dit rien du tout à ce sujet. C'est pour ça que cette réunion est nécessaire. Justin, tu as deviné des choses, toi aussi.
- Oui, j'ai été abordé récemment par deux Serpentard qui m'ont balancé des horreurs sur Théo dans le but de me faire douter de lui et de faire exploser notre couple. Ils souhaitaient m'utiliser pour lui faire du mal. Mais j'ai vu clair dans leur jeu et je ne me suis pas laissé embrigader. Je leur ai même fait peur en les menaçant. J'en ai discuté avec Théo le soir-même, car on s'était promis de ne rien se cacher sur les ennuis qu'on pourrait avoir suite à notre officialisation, et on a eu l'hypothèse selon laquelle ces deux Serpentard s'en seraient aussi pris à Harry. Ils semblent du genre à avoir plusieurs victimes à la fois. Comme Théo a un lien spécial avec Harry, je lui ai suggéré de lui parler en privé et d'essayer de le pousser à se confier. C'est ce qu'a fait Théo.
Justin fit signe à Théo de continuer. Celui-ci prit la parole :
- En rentrant de Pré-au-Lard, j'ai proposé à Harry de le raccompagner à sa salle commune. J'ai eu de la chance car les escaliers ont décidé de nous jouer un tour en se déplaçant alors qu'on était entre le deuxième et le troisième étage. On a alors dû traverser plusieurs couloirs pour pouvoir monter à l'étage suivant et j'en ai profité pour emmener Harry à l'écart et à l'abri des oreilles indiscrètes. J'ai engagé la discussion, je lui ai demandé ce qui n'allait pas, je lui ai fait comprendre que s'il avait des ennuis, il devait en parler, je lui ai dit qu'il n'était pas seul, que nous étions tous là pour l'aider, il a tenté de me faire croire qu'il n'avait pas plus de problèmes que Draco, Justin ou moi, je lui ai appris que Justin et moi pensions qu'il se faisait embêter par deux garçons de Serpentard en particulier, il n'a pas répondu, je lui ai fait remarquer que si tout allait bien, il me regarderait dans les yeux au lieu de fixer le sol, j'ai insisté et j'ai réussi à briser sa carapace car il est venu se réfugier dans mes bras. Au moment où il s'est détaché de moi pour se confier, nous avons été visés par un sort qui nous a ratés de peu. On a cherché à savoir d'où ça venait, on s'est de nouveau fait attaquer par surprise, je les ai poussés à trahir leur présence en les piquant dans leur égo, et on s'est fait prendre en duel par deux personnes invisibles. Ils ont vu que Harry me défendait tandis que j'étais dans l'offensive et ils lui ont lancé deux sorts dangereux simultanément. J'ai eu peur pour Harry, je me suis jeté sur lui et je me suis pris l'un des deux sorts. Alors que je protégeais Harry de mon corps, j'ai provoqué une légère explosion qui a fait fuir nos adversaires. Après cela, Harry a rétropédalé, il m'a incité à aller soigner mon bras et on s'est quittés sans que je n'aie pu avoir la moindre confidence de sa part. J'ai néanmoins eu la confirmation par son comportement qu'il se fait bien harceler dans les couloirs et qu'il s'est fait lui aussi embêter par les deux Serpentard.
- Elle t'aura coûté cher, cette confirmation, rétorqua Ron. Tu as quand-même failli être sérieusement blessé lors de ce duel…
- Je ne pouvais pas laisser Harry recevoir ces deux sorts, se justifia Théo. Surtout que c'est à cause de moi si on s'est retrouvés dans cette situation…
- Non, ce n'est pas de ta faute, mais de la mienne, contesta Justin. C'est moi qui ai eu l'idée de cette discussion. Je n'aurais jamais dû t'envoyer dans la gueule du loup comme ça…
- On en a déjà parlé et je t'ai dit que tu ne pouvais pas prévoir ce qui allait se passer, rappela Théo.
- Eh bien toi non plus, alors tu n'as pas à t'en vouloir, renchérit Justin.
- Hé, vous n'allez pas vous disputer maintenant, protesta Draco.
- Mais non, apaisa Théo en souriant. On ne sait pas faire ça, nous. C'est juste qu'on se sent tous les deux responsables et…
- Et c'est complètement débile car comme vous l'avez si bien dit l'un à l'autre, vous ne pouviez pas deviner que ces deux abrutis allaient empêcher Harry de les balancer en provoquant ce duel. Alors vous rangez vos remords qui n'ont pas lieu d'être, vous vous rabibochez en sortant d'ici, vous vous prenez une chambre, vous nous faites plein de gnomes et tout ira bien dans le meilleur des mondes.
Les mots de Draco firent rougir aussi bien Théo que Justin.
- Puisque je te dis qu'on ne se disputait pas, marmonna Théo.
- Oui bah ça ne vous empêche pas d'aller batifoler après la réunion. Bon, merci pour tout ce que tu viens de dire, il y a beaucoup d'informations qui vont nous être utiles. Est-ce que quelqu'un a autre chose à ajouter ? Oui, Ginny ?
- J'ai essayé de parler avec Harry, mardi, mais ça n'a rien donné. Par contre, il n'a pas essayé de me faire croire qu'il n'avait aucun problème et que tout allait bien. Il m'a dit d'arrêter de m'inquiéter, qu'il avait la situation en main, que si ça devenait trop dur à gérer, il nous en parlerait et qu'il savait ce qu'il faisait. Mais il n'a rien précisé. Au début, il m'a dit la même chose qu'à Théo, mais après, il n'a pas cherché à continuer à me berner, il m'a fait comprendre qu'il avait bel et bien des problèmes mais sans trop en dire.
- Il t'a laissée dans le flou, quoi, résuma Draco. On n'est pas plus avancés qu'avant, mais au moins, il a en quelque sorte avoué qu'il avait des ennuis un peu plus sérieux que ce qu'il voulait nous faire croire. À mon avis, il a dû se douter qu'on allait de nouveau discuter de lui tous ensemble, que Théo raconterait ce qui s'est passé et il s'est dit que ça ne servait plus à rien de nier. Mais ça ne nous dit pas pour autant ce qu'il a. Il faut donc qu'on le découvre par nous-mêmes. Et c'est pour ça qu'on a organisé cette réunion. J'ai eu une idée et Blaise et Théo étaient d'accord avec moi. Lorsque Harry va se promener seul, on le suivra à son insu. Comme ça, on pourra voir qui l'embête exactement et on pourra savoir ce qu'il subit précisément. On aura ainsi suffisamment d'éléments pour aller voir le professeur Black et le professeur Lupin. Quand ils convoqueront Harry et qu'ils le mettront face à ces éléments, il sera obligé de reconnaître qu'il se fait harceler. Il faudra qu'on répète cette filature plusieurs fois, afin d'être bien sûr qu'il reçoit des remarques à chaque fois qu'il se balade seul dans les couloirs. On ne sera pas tous forcément libres quand Harry ira faire un tour, mais je pense qu'il y aura toujours sûrement quelqu'un qui sera dispo. Après, ce n'est pas sûr qu'il soit avec nous quand il voudra aller se promener. Il faudrait donc le chercher continuellement dans le château et le pister dès qu'on le trouve. Mais on peut même le tracer sans qu'il n'aille se balader. Par exemple, quand il va à sa séance de thérapie le samedi, s'il est dans sa salle commune avant d'y aller, Ron, Hermione ou Ginny peuvent le suivre à distance. Au moins, c'est une heure fixe, vous savez à quel moment il s'en va.
- Très bonne idée, approuva Hermione.
- Je m'en occuperai, décréta Ginny.
- Le mardi, après les cours, il va souvent se promener vu qu'il n'a pas de séance de travail puisque tu as un entraînement de Quidditch, Draco, signala Ron. Comme j'en ai rarement ce jour-là et que je ne peux pas être avec Pansy qui est elle aussi à l'entraînement, je pourrai pister Harry.
- Super, on a déjà deux sessions de traçage, s'enthousiasma Draco.
- Est-ce qu'il se peut que le mercredi et le jeudi matin, il se balade dans le château ? songea Justin. Vu qu'on commence plus tard…
- Non, il va déjeuner et ensuite il reste dans la salle commune jusqu'au premier cours, dit Hermione.
- Le plus simple sera de se promener nous-mêmes régulièrement dans le château lorsqu'on aura du temps libre, déclara Terry.
- Le mercredi, après les cours, je suis souvent libre, étant donné que Ron a son entraînement et que ce soir-là, en général, je n'ai pas de séance de travail avec Padma, dévoila Pansy.
- Mais Harry aussi est à l'entraînement, répondit Ginny.
- Oui, mais il ne reste pas forcément avec Ron et toi en rentrant au château. Il va sûrement déposer ses affaires de Quidditch dans son dortoir et après il va manger. Et il peut très bien se faire embêter à ce moment-là. Ce serait donc bien que quelqu'un le trace. Je peux surveiller son retour au château, aller partout où il va, l'attendre à la sortie de sa salle commune et le suivre quand il va à la Grande Salle.
- On peut partir là-dessus, agréa Draco. On a trois séquences de traçage. Il faut juste espérer que les deux Serpentard soient sur le chemin de Harry lors d'au moins deux de ces séquences. Et qu'il y ait du monde dans les couloirs. Si c'est désert et qu'il ne se fait pas embêter, ça n'aura aucun intérêt.
- Que ce soit avant ou après sa séance de thérapie, le mardi après les cours ou le mercredi après son entraînement, ce sont des moments où il a l'habitude d'être dans les couloirs. Les élèves le savent et ils doivent connaître son itinéraire. Ils sont sûrs que tel jour, à telle heure, ils peuvent le trouver à tel endroit, argua Blaise. Il y a de fortes chances que ce soit à ces instants-là qu'il se fasse embêter.
- C'est vrai. Est-ce que cette idée convient à tout le monde ? interrogea Draco.
Les huit autres membres du groupe acquiescèrent sans hésiter. Cela n'étonna pas Draco : ils avaient tous apporté leur grain à moudre dans cette discussion. Même ceux qui étaient les plus éloignés de Harry, comme Justin ou Terry. Blaise et Pansy, eux, avaient l'habitude d'entendre parler de Harry et de le voir depuis que Draco était en binôme avec lui. Cela lui faisait vraiment plaisir que toutes les personnes de la bande soient autant investies dans la mission «aider Harry». Il s'en voulut d'avoir eu de vilains doutes avant de venir. Blaise et Théo avaient raison : ils étaient tous amis, il n'y avait pas de distinction et ils étaient tous là pour s'aider les uns les autres.
- Merci à tous, ça fait chaud au coeur de vous voir tous unis pour sauver Harry.
- Hé, on n'est pas une bande pour rien, protesta Justin. D'accord, on ne sait pas encore tout sur tout le monde, mais il est loin le temps où on ne se connaissait pas du tout. Maintenant, on est au courant de tout ce qui se passe dans la vie des uns et des autres. Ça prouve la confiance qu'il y a au sein de cette bande et le chemin qui a été fait. Nous sommes donc tous concernés par les soucis de Harry et nous sommes tous inquiets. Donc on va l'aider, tous ensemble, avec le plan qu'on a monté. Et il y a justement quelque chose qui me chafouine à ce sujet… Sur le fond et la forme, tout est parfait, mais on n'a pas fait attention à un certain détail. Quand nous irons voir les professeurs Black et Lupin, ce serait idéal qu'on ait le nom des deux Serpentard qui m'ont abordé et qui ont sûrement cherché des noises à Harry. Le pister permettra de voir de qui il s'agit. Mais est-ce que Ron et Ginny sauront les reconnaître ? Pansy, oui, mais il suffit que les Serpentard ne se montrent pas quand ce sera elle qui sera de filature pour que tout tombe à l'eau…
Un silence suivit les mots de Justin. Visiblement, personne n'avait pensé à cela. Draco l'assumait : il avait complètement occulté ce détail qui était pourtant essentiel. Voilà pourquoi il était important de mettre toute la bande dans le coup. D'ailleurs, pour Draco, ce qui serait super, là, c'était que l'un d'entre eux trouve une so…
- Je sais ! s'écria soudain Ginny. Je n'aurai qu'à demander à Colin s'il peut me prêter son appareil photo ! Je le passerai à Ron quand ce sera à lui de pister Harry. Et si tu veux, Pansy, Ron pourra te le donner quand ce sera à toi. Ça fera une preuve.
- Super idée ! approuva Draco. Mais tu penses qu'il sera d'accord, ton Colin ?
- Oui, c'est un ami, et il sait que j'en prendrai soin. Il va juste falloir qu'on se fasse la main. Mais c'est assez simple de s'en servir.
- De quoi ? De ton ami ou de son appareil ? se moqua Blaise.
- Quel genre d'appareil ? renchérit Draco.
- Hé, ce sont mes blagues, ça ! ronchonna Blaise.
- Mais ce n'est pas possible, vous ne pensez donc qu'à ça ! s'exclama Pansy.
- Tu dois avoir l'habitude, ça fait quatre ans et demi que tu partages leur salle commune, commenta Ginny.
- Justement, j'ai la naïveté d'espérer que quand on est tous ensemble, ils soient un peu plus… sages. Heureusement que Théo n'est pas comme eux. Je me sens soutenue, avec lui. Justin, je te préviens, tu n'as pas intérêt à le pervertir !
- Je suis un Poufsouffle, je ne ferai jamais ça, assura Justin.
- Oh là là, je ne pourrais pas être dans cette maison, grimaça Blaise. Vous êtes hyper sympas, mais il n'y a pas moyen d'espérer tomber sur des blagues un peu osées… Chez les Gryffondor, ça pourrait se faire, par contre.
- Ah bah voilà, je sais pourquoi tu sors avec moi, maintenant, ironisa Ginny.
- Zut, j'aurais dû me taire, plaisanta Blaise.
- Non mais c'est intéressant, ça, rebondit Terry. On n'a jamais su d'où sortait votre relation.
- On ne le sait pas nous-même, rit Blaise. Disons que ça a été un coup de foudre.
- Nous sommes littéralement tombés l'un sur l'autre, ajouta Ginny.
- À cause d'un Fléreur qui semait la terreur dans une animalerie du Chemin de Traverse. Ginny m'a envoûté et je n'ai plus pensé qu'à elle. Il y a eu plusieurs quiproquos par la suite, à Poudlard, mais on a fini par partager notre premier baiser en plein couloir. Après, ça a été un peu compliqué, notre relation n'était pas clairement définie, on a mis du temps à se considérer comme étant vraiment en couple. Mais ça faisait déjà un moment qu'on était profondément amoureux l'un de l'autre. Ginny a juste eu besoin de temps, ce que j'ai respecté.
- Ok, on comprend mieux pourquoi votre relation semblait sortir de nulle part, dit Justin. Il n'y avait pas la bande, à l'époque, mais votre couple était au centre de toutes les discussions…
- Radio Poudlard comme on l'aime, pouffa Ginny. Quoi qu'il en soit, cette année, votre promotion a été très généreuse en matière de ragots. Entre Blaise et moi, Terry et Hermione, Ron et Pansy, Harry et Draco, et Justin et Théo…
- C'est clair. Et si un nouveau couple pouvait s'afficher, ce serait franchement cool, souhaita Blaise. Histoire d'attirer l'attention ailleurs que sur Draco, Harry, Justin et Théo…
- Ou alors il faudrait qu'un énorme scandale éclate, intervint Pansy. Genre, un professeur au coeur d'un trafic de drogue…
- Ben voyons, comme si Poudlard n'avait déjà pas assez de mal à trouver des personnes qui veulent bien venir enseigner ici…
- Non mais un de ces jours, il va vraiment y avoir un scandale avec ces satanées potions droguées, prédit Pansy.
- En soi, il y en a déjà eu un, fit remarquer Draco. Sauf qu'il a été relativement passé sous silence, même si tout le monde se doute de la vérité.
- C'est sûr que l'affaire Adrian Pucey aurait pu faire beaucoup plus de bruit, confirma Blaise.
- Justement, en parlant de ça… Ce n'était pas le même type de potions mais… vous ne croyez pas qu'il y a des risques que Harry replonge dans ses vieux démons ?
Draco fixa Hermione avec des yeux ronds, comme Ron, Blaise et Justin.
- Non mais tu es sérieuse, là ?! Tu penses vraiment que Harry serait capable de retoucher à ça alors qu'il a souffert pour guérir de son addiction ?! s'offusqua Draco.
- Quand on ne va pas bien, on ne réfléchit pas comme on le devrait, rétorqua Hermione. Et ça ne fait pas si longtemps que ça que Harry est sevré de ses potions de sommeil sans rêves. Il doit être encore fragile. Une période délicate comme celle qu'il est en train de traverser pourrait suffire à lui donner envie de s'y remettre.
- Mais Harry est suivi, et il est fort, il ne se laissera pas tenter aussi facilement, s'obstina Draco.
- Je l'espère pour lui. Ne te méprends pas, Draco. Je crois en Harry, je sais qu'il est fort, mais même avec toute la volonté du monde, n'importe qui peut vriller quand ça devient trop dur. Et je n'ai pas envie que Harry retombe dans son addiction. Je ne veux pas que ça recommence et qu'on reste là de nouveau sans rien faire. Je ne répéterai pas les mêmes erreurs. Jamais.
Draco fut bouleversé par les mots de Hermione. Il comprit à quel point elle était inquiète pour son meilleur ami, et il s'en voulut de s'être emporté envers elle. Il se radoucit et tenta de la rassurer :
- On le surveille, Hermione, s'il veut retourner à ses potions de sommeil sans rêves, on le saura. Car il devra les préparer, et en le pistant, on découvrira très vite son petit jeu.
- À part s'il fait ça pendant la nuit. Le couvre-feu et les rondes nocturnes ne sont pas des obstacles pour lui. Avec sa cape d'invisibilité et la carte du maraudeur, il peut facilement tromper la vigilance de Rusard et des professeurs, expliqua Ginny. C'est sûrement comme ça qu'il passait inaperçu dans les couloirs lorsqu'il allait préparer ses potions. Je sais qu'il a raconté au professeur Snape comment il s'y est pris pour se procurer les ingrédients mais je ne pense pas qu'il lui ait parlé de la cape et de la carte. Enfin bon, pour l'instant, rien ne dit que Harry se drogue. Alors évitons de tomber dans la psychose.
Tout le monde acquiesça. Draco regarda Ginny avec admiration. Elle l'épatait. Elle avait beau être la plus jeune du groupe, elle savait se faire entendre et obéir.
- Hé, tu serais prié de ne pas dévorer ma copine des yeux comme ça, gronda Blaise.
- Ce n'est pas du tout ce que tu crois, répliqua Draco en levant les yeux au ciel. Elle a juste le don de m'impressionner. Mais j'avoue que si j'avais été hétéro et si je n'avais pas eu tous ces préjugés débiles sur la pureté du sang et l'importance de l'argent, ça ferait sûrement longtemps que j'aurais tenté ma chance.
- Ah oui, ça s'est joué à peu de choses près, se moqua Blaise. Ça va, je n'ai pas trop de soucis à me faire…
- Jamais je n'irais piquer la moitié d'un de mes amis. De toute façon, je suis gay et j'aime Harry. Et je suis fidèle.
- Ah oui ? Il me semble pourtant que tu étais toujours très proche de ta jolie blonde allemande lors de la rentrée de notre quatrième année quand tu as eu un flirt avec une fille de troisième année dans notre salle commune…
- Je l'ai juste embrassée sur les lèvres pour honorer un pari que tu m'avais lancé ! s'écria Draco. Et je n'étais plus avec Clara. Ce n'était qu'une amourette de vacances. Et encore, si on peut appeler ça comme ça… C'était plus un flirt qu'autre chose. Ça n'a jamais eu vocation à devenir sérieux entre nous. On avait effectivement gardé contact et on s'écrivait à la rentrée, mais on s'est vite oubliés par la suite.
- Ouais, je suis sûr qu'avec quelques verres dans le nez, ta version changerait. Je sens qu'on va en apprendre, des choses, lors de l'action vérité qu'on fera…
- Quand bien même j'aurais embrassé cette fille de troisième année alors que je n'avais pas encore officiellement rompu avec Clara, je n'étais amoureux ni de l'une, ni de l'autre. Et c'était réciproque pour Clara. Il n'y avait pas de sentiments entre nous. Ce baiser n'était donc pas une infidélité. Avec Harry, c'est différent. Je l'aime. Il est la première personne dont je suis tombé amoureux. Et il n'y en aura pas d'autres. Il est celui qu'il me fallait.
- On n'en doute pas une seule seconde, assura Blaise. Ça se voit que vous vous aimez. Tu ne serais pas en train de te démener pour l'aider si tu n'étais pas autant amoureux de lui.
- Ah ça, il en a de la chance, d'avoir un petit-ami comme toi, soupira Pansy. Mais je suis persuadée que Ron ferait la même chose pour moi si j'étais à la place de Harry.
- Je confirme, mais alors tu vois, si tu pouvais éviter de te mettre dans les mêmes situations que lui, ça m'arrangerait beaucoup.
Toute la bande se mit à rire. Blaise orienta ensuite la discussion vers un sujet plus léger et les neuf amis restèrent ainsi un peu moins d'une heure à parler, à rire et à plaisanter. Lorsqu'ils quittèrent la salle sur demande peu avant quinze heures, Draco s'estima satisfait de cette réunion. Ils étaient tous unis, ils avaient un plan et ils sauraient bientôt ce que subissait exactement Harry. Ils en référeraient alors aux adultes compétents et ce serait à eux de faire leur boulot…
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(dimanche 28/04) POV Hermione
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- C'est drôle, les couloirs sont presque déserts.
- Tous ceux qui veulent assister au match doivent déjà être dans les gradins.
Hermione acquiesça. Terry et elle avaient décidé de faire un tour dans le château avant de rejoindre leurs amis sur le terrain. Alors qu'ils débouchaient sur un couloir du troisième étage, Hermione vit deux personnes courir et se réfugier dans un coin.
- Ouh là, ils n'ont pas l'air net, eux…
Terry s'arrêta brusquement, forçant Hermione à faire de même puisqu'ils se tenaient par la main.
- Non, pitié, Hermione, ne me dis pas que tu vas aller les traquer, dit-il, effaré. Pas maintenant, pas trois quarts d'heure avant le match…
- Mais non, répliqua Hermione en levant les yeux au ciel. Je faisais juste la remarque, c'est tout.
- Ouf, j'ai eu peur.
- En plus, je ne pensais même pas que c'était un dealer et un client, pour une fois. J'ai plutôt cru à un couple qui cherchait un endroit pour s'embrasser sans être vus. Voire plus.
- Ça en avait tout l'air, oui. Je suis content que tu n'aies pas aussitôt songé à un trafic de drogue, en tout cas. Et j'espère que ce combat contre les dealers ne va pas retenir ton attention lors du match… Je suis bien conscient que c'est important pour toi, mais là, on sera dans les gradins pour encourager nos amis de Serpentard, pas pour repérer d'éventuels élèves suspects…
- Je sais, tempéra Hermione. Je n'ai pas l'intention de passer le match à scruter les tribunes. Je serai entièrement concentrée sur ce qui se jouera en haut. Je ne suis peut-être pas fan de Quidditch mais je serai toujours là pour soutenir mes amis.
Terry sourit.
- Je n'en doute pas une seule seconde. Je suis désolé si j'ai été un peu rabat-joie mais je ne sais plus trop à quoi m'en tenir avec toi en ce moment, tu es tellement à fond sur le trafic de potions droguées que j'ignore jusqu'où ça peut te mener…
- Je ne t'en veux pas, assura Hermione en souriant. Je vois bien que vous n'appréciez pas le fait que je coure autant après les dealers, mais comme tu l'as dit, c'est très important pour moi. On n'arrive plus à en attraper depuis la rentrée, alors j'essaie de faire avancer un peu les choses en-dehors des rondes…
- Je comprends, mais j'ai plutôt l'impression que tu en fais une affaire personnelle…
- Pas du tout, réfuta Hermione. Je le fais dans l'intérêt de l'école. Elle doit être débarrassée de ces potions qui sont un vrai danger pour les élèves.
- Je suis bien d'accord. C'est l'une de nos priorités. Mais parlons d'autre chose, si tu veux bien. Est-ce que tu es libre après le match ? J'aimerais bien qu'on passe du temps ensemble, rien que tous les deux, dans la salle sur demande si elle est libre…
- Je n'ai rien de prévu, donc oui, je suis libre. J'ai très envie aussi qu'on se retrouve un peu seuls en amoureux. Et il y a des chances pour qu'on puisse avoir la salle sur demande. Ça m'étonnerait que Draco, Blaise ou Théo veuillent l'utiliser alors qu'ils seront épuisés après leur match… Ils voudront plutôt aller se reposer dans leur dortoir, à mon avis. D'autant plus que Draco est de ronde à dix-sept heures. Il n'y a que Ron et Pansy qui pourraient nous coiffer au poteau.
- On verra bien. Sinon on ira autre part. Qui sait, peut-être y a-t-il toujours nos coussins dans notre ancien repaire secret, s'amusa Terry.
- Oui, mais... dans quel état ? renchérit Hermione.
Terry prit un air horrifié.
- Tu crois que des personnes sans gêne et sans aucune morale se seraient servis de nos coussins ?! Qu'ils auraient posé leur séant dessus ?! Voire même leurs pieds ?!
Hermione éclata de rire.
- Tu me fais penser à Draco quand il est rattrapé par ses vieux airs bourgeois et qu'il s'indigne pour un rien !
- Il apprécierait, s'il t'entendait, se moqua Terry.
- Oh, il sait bien que ce n'est pas méchant. Il fut un temps où on le détestait car il n'était qu'un petit crétin aristo bourgeois qui se vantait de son sang et de sa position sociale. Mais il n'est plus du tout comme ça. Il se vante encore de temps en temps, oui, mais pour plaisanter. Et puis, quoi qu'il fasse, il reste un Sang-Pur et un aristocrate. C'est ancré en lui et il agit comme tel, sans y penser. Et moi, j'aime bien cette classe et les bonnes manières qu'il a.
- Moi aussi, c'est fascinant de le voir faire certaines choses. Et c'est drôle de constater la différence entre Harry et Draco. D'un côté, tu as Harry qui fourre ses affaires pêle-mêle dans son sac, et d'un autre côté, tu as Draco qui prend bien son temps de ranger soigneusement toutes ses affaires.
- Mais oui, ils n'ont pas du tout les mêmes codes, et pourtant ils vont très bien ensemble. Ça me fait penser à toi et moi, lors de nos premières séances de travail. Tu lisais tranquillement alors que moi, je lisais à toute vitesse, sans m'attarder sur quoi que ce soit. Ça me permettait de me baser sur plein de livres à la fois pour un seul devoir afin d'avoir le plus de matière possible, et j'ai mis du temps à comprendre que si je ne me concentrais que sur deux ou trois livres en les passant au crible, j'aurais les mêmes informations qu'en lisant trente-six mille livres. Car en allant plus loin que ce qu'on lit et en faisant le parallèle avec nos cours, on obtient bien plus de choses que ce qu'on trouve lors de la première lecture. Ça, c'est quelque chose que tu as compris dès la première année, comme tous les Serdaigle. Car vous avez une intelligence différente de celle des élèves des autres maisons. À part Théo, mais lui c'est un cas spécial. C'est pour ça que je n'aurais pas pu aller à Serdaigle.
- Et le Choixpeau magique le savait très bien. De toute façon, tu étais obligée d'aller à Gryffondor. Tu devais devenir amie avec Harry et Ron, c'était écrit.
- Le Choixpeau a dû le sentir, oui, mais je doute fortement qu'il ait deviné comment allait se créer notre amitié. Aussi intuitif soit-il, il n'a pas pu prévoir que ce serait l'agression d'un Troll qui nous rapprocherait…
- Oui, il doit avoir ses limites, tout de même. Il ne lit pas l'avenir dans une boule de cristal... Mais si tu avais été répartie à Serdaigle, je me demande si on serait sortis ensemble plus tôt. Ou si on aurait été amis sans que ça ne déborde jamais sur de l'amour.
- Alors ça, c'est une bonne question. Mais elle restera sans réponse. Le principal, c'est qu'on soit en couple, heureux et amoureux.
- Entièrement d'accord, murmura Terry.
Il attira tendrement vers lui Hermione qui se laissa faire et qui accueillit volontiers les lèvres de son petit-ami sur les siennes. Ils échangèrent un long et doux baiser qui fut rompu lorsqu'une voix se fit entendre derrière eux :
- Terry ! Terry !
Ils séparèrent leurs lèvres à contrecoeur et se retournèrent. Ils virent alors venir vers eux un élève de Serdaigle qui devait être en quatrième année.
- Quelle chance que tu sois dans les couloirs ! J'ai cru que j'allais devoir pousser jusqu'au terrain de Quidditch pour aller chercher le professeur Black puisqu'il n'est pas dans son bureau…
- Pourquoi, qu'est-ce qui se passe ?
- Il y a une embrouille dans la salle commune, et vu comment c'est parti, ça va vite se transformer en bagarre si quelqu'un n'intervient pas rapidement… En plus, Kurt, le binôme de Zachary, ne fera jamais le poids face au Serdaigle de sixième année qui l'a interpellé… Tout ça parce que Kurt sort avec la sœur du sixième année qui n'approuve pas du tout cette relation…
- Ok, ok, j'arrive.
Terry se tourna vers Hermione.
- Je suis désolé, il faut que j'y aille. Je serai revenu pour le début du match, promis. On se retrouve dans les gradins.
Terry déposa un baiser sur les lèvres de Hermione et s'en alla avec son camarade. Hermione soupira et prit la direction opposée pour descendre les escaliers et quitter le château. Elle n'en voulait pas du tout à Terry d'être parti : il ne faisait que son devoir de préfet. Sortir avec un préfet et être soi-même préfète, c'était accepter de faire passer son couple après les fonctions qui leur étaient attribuées. Elle en faisait autant et ils ne s'étaient jamais disputés à ce sujet.
Alors qu'elle se dirigeait vers le hall, Hermione vit Cormac McLaggen au loin et fut tentée de faire demi-tour. Elle était toujours en colère contre lui depuis qu'il l'avait empêchée de coincer un dealer. De plus, il l'avait draguée de manière très peu subtile alors qu'il savait parfaitement qu'elle était en couple avec Terry.
- Eh bien, Granger, qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'es pas encore dans les gradins ? Tu n'as pas envie d'aller supporter tes meilleurs amis ?
- Si, justement, j'y vais, répliqua Hermione. Mais que j'y aille ou non, ça ne te regarde pas. Et puis toi aussi, tu es un Gryffondor, et pourtant tu traînes dans les couloirs. Ce serait moche de ta part de ne pas aller encourager ta maison alors que tu es remplaçant de joueur de réserve…
- C'est petit de m'attaquer là-dessus.
- Je ne t'attaque pas du tout, ce n'était qu'un constat. Si tu es complexé à propos de ça, ce n'est pas de ma faute.
McLaggen fixa Hermione pendant quelques secondes avant de sourire d'un air appréciateur.
- Tu sais, ce n'est pas en me tenant tête que je vais cesser de m'intéresser à toi, bien au contraire. Tu ne fais que me charmer davantage. Car j'adore les filles qui ont du répondant.
- Alors quoi ? Il faut que je me laisse marcher dessus pour que tu me fiches la paix ? Désolée mais ce n'est pas dans mes habitudes. Donc je ne vais rien changer et tu as intérêt à jeter ton dévolu sur quelqu'un d'autre car tu perds ton temps avec moi, c'est juste un conseil.
Hermione passa à côté de McLaggen et continua son chemin. Elle sortit du château et rejoignit ses amis dans les gradins. Leur groupe était bien vide sans Draco, Blaise et Théo qui étaient titulaires pour le match, et sans Terry qui n'était pas encore là. Pansy lui fit d'ailleurs la remarque :
- Tu n'es pas avec Terry ? s'étonna-t-elle.
- Non, mais il va arriver. Il a juste eu un problème à régler dans sa salle commune. Vous avez de la chance, Ron et toi. Vous êtes le seul couple, pour l'instant, à ne pas être séparé.
- On se faisait justement la réflexion, dit Ginny. Harry et Justin se sentent bien seuls sans Draco et Théo.
- Parce que toi non, sans Blaise ? s'amusa Hermione.
- Un peu, admit Ginny.
Hermione haussa un sourcil.
- Oui, bon, beaucoup, reprit Ginny en levant les yeux au ciel. C'est toi qui as le plus de chance, en vrai. Terry et toi êtes le seul couple où il n'y a pas de joueur de Quidditch.
- On est aussi le seul couple où il n'y a pas de Serpentard.
- Et le seul couple où il n'y pas de Sang-Pur, précisa Justin.
- Vous êtes uniques, quoi, conclut Ginny, rieuse.
- Qu'est-ce que vous croyez, c'est fait exprès, plaisanta Hermione. Bon, Justin, rappelle-nous qui il y a dans l'équipe de Poufsouffle, je ne retiens jamais les noms…
- T'inquiète, j'ai mis du temps aussi à les apprendre. Il y a Kearney, le gardien, Flynn et Fawkes, les batteurs, Smith, Cadwallader et Adelson, les poursuiveurs, et Summerby, l'attrapeur.
- Merci, je vais essayer de m'en souvenir. Ce n'est pas trop compliqué pour toi d'assister à un match entre Poufsouffle et Serpentard ?
- Si, un peu, avoua Justin. J'aurais aimé ne pas choisir mais comme je n'ai aucune attache avec les joueurs de ma maison, je suis pour Serpentard. Mais je crois que même s'il y avait eu des personnes que je connaissais parmi les joueurs de Poufsouffle, je n'aurais pas pu être contre Théo. C'est mon petit-ami, je l'aime, je suis obligé de le soutenir.
- Oh, c'est trop mignon, s'extasia Pansy.
- C'est immoral, oui, lâcha une voix dédaigneuse.
Hermione, Justin, Pansy, Harry, Ron et Ginny se retournèrent et virent un jeune élève de Gryffondor qui s'était arrêté derrière eux.
- On ne t'a rien demandé, à ce que je sache, répliqua Ron.
- J'ai le droit de dire ce que je pense, rétorqua le Gryffondor. Si j'estime que les homos n'ont rien à faire ici et que c'est dégueulasse d'en entendre un clamer son amour contre-nature à un garçon tout aussi répugnant que lui, eh bien je le dis.
- Mais à quoi ça t'avance, au juste ? Si tu trouves immoral l'amour que Justin porte au garçon qu'il aime, tu devrais te tenir loin de lui au lieu de lui jeter ta haine et tes propos homophobes au visage, asséna Pansy. Et pour ta gouverne, sache que Justin et son copain sont deux êtres humains, comme toi, qui ont le droit de s'aimer, peu importe leur sexe. On ne choisit pas la personne que notre coeur a décidé d'aimer, tu t'en souviendras si, un jour, tu entretiendras une relation qui sera rejetée par les autres pour une raison ou pour une autre !
Le Gryffondor fusilla Pansy du regard, n'appréciant visiblement pas d'avoir été remis à sa place, et s'éloigna sans un mot, la tête haute.
- Bravo, Pansy, je n'aurais pas mieux dit, la félicita Harry.
- Merci, mais ça n'aura aucun effet, ce que je viens de lui dire. Ce gamin doit avoir douze ans et il a déjà des propos discriminants envers les personnes gay qui semblent bien ancrés en lui…
- Il y a une chance pour que tes mots lui reviennent en tête un jour où ils auront une résonance dans son esprit.
- Peut-être… Mais ça n'a pas l'air de vous affecter tant que ça, ce qu'il a dit, constata Pansy.
Harry et Justin haussèrent les épaules.
- On sait que c'est faux, et si on commence à prêter attention aux paroles des gens comme lui, c'est la déprime assurée dans les jours qui suivent, affirma Justin. Ah, voilà Terry.
Hermione tourna la tête et sourit en voyant son petit-ami se diriger vers eux. Il s'assit à côté d'elle et lui offrit un tendre baiser.
- J'espère que l'autre crétin vous a bien vus, ironisa Pansy. Ça a dû le combler de bonheur de voir deux hétéros s'embrasser…
- Ouh là, fit Terry. Quelqu'un s'en serait-il pris à Harry ou à Justin ? Ou indirectement à Draco ou à Théo ?
- À Justin de façon directe, à Théo de façon indirecte, et par extension à toute la population gay de la planète. C'est un élève de Gryffondor qui doit être en première ou deuxième année.
Terry grimaça.
- Il va falloir le signaler auprès du professeur Lupin. Il ne faut pas laisser passer sous prétexte que c'est un jeune élève. Au contraire, plus ils sont repérés tôt, plus ce sera facile de les contrôler. Si on laisse couler, ça va l'encourager à penser que ce n'est pas grave, ce qu'il dit, et qu'il peut continuer à afficher son homophobie partout dans l'école… Et d'ici quelques années, il commettra des actes semblables à ceux qu'ont perpétré Milligan et Parker sur Théo et sur Justin. Ou peut-être pas, mais il y a de gros risques qu'il suive ce chemin si, à onze ou douze ans, il a déjà ce comportement… En tout cas, il ne va pas s'attendre à se faire convoquer, ça va lui faire comprendre que les professeurs n'ont pas la même vision des choses que lui et que ses paroles sont plus graves qu'il ne le pensait.
Hermione fut impressionnée par le discours de son petit-ami. C'était aussi le cas de Pansy qui le fit savoir :
- Tu devrais faire Auror, c'est exactement leur façon de penser. Et tu as entièrement raison.
- Merci, c'est gentil, mais c'est avocat, que je veux faire, pas Auror.
- Ah bah bon courage si tu dois défendre quelqu'un qui aura tenu des propos homophobes… C'est un métier que je ne pourrais pas faire. Je tiens trop à mes convictions pour les mettre de côté afin de défendre un accusé… Quoi qu'il en soit, il faut que vous suiviez le conseil de Terry, ajouta Pansy à l'adresse de Ron, Hermione et Justin. Parlez de ce qui s'est passé à votre directeur et directrice de maison. Ron, Hermione, vous avez le nom de cet élève ?
- Oui, je lui ai mis un avertissement une fois dans un couloir parce qu'il chahutait, révéla Ron. J'ai retenu son nom. Je m'en occuperai, du coup.
- Je t'accompagnerai, dit Hermione. Ginny, si tu veux te joindre à nous…
- J'aurais bien aimé mais je dois retrouver Simon à dix-sept heures, regretta Ginny. Bon, que s'est-il passé, Terry, pour que tu abandonnes Hermione et qu'elle soit arrivée toute seule ici ?
- J'ai dû faire mon devoir de préfet. Hermione et moi avions décidé de faire un tour avant de venir ici et nous étions au troisième étage quand un élève de ma maison m'a hélé. Il m'a dit qu'il y avait une embrouille dans la salle commune qui risquait de mal tourner. J'y suis allé et je suis tombé en effet sur une grosse dispute. En fait, Zachary, un quatrième année de Serdaigle, a invité son binôme Kurt, un élève de Serpentard, dans notre salle commune. Seulement, il se trouve que Kurt sort avec la petite sœur de Ben, un Serdaigle de sixième année qui n'apprécie pas du tout cette relation. Il n'a pas fallu longtemps pour que ça clashe entre Ben et Kurt. Des élèves essayaient d'empêcher Ben de frapper Kurt quand je suis intervenu. Heureusement, j'ai réussi à maîtriser la situation, j'ai pris les noms de chacun et j'en référerai aux directeurs de maisons des élèves concernés. Je préciserai bien que Kurt est innocent et que c'est le sixième année qui a provoqué le règlement de comptes. Je veux juste que Kurt puisse expliquer sa version des faits, c'est pour ça que j'irai voir le professeur Black et le professeur Snape pour leur raconter l'incident. Je ferai tout ça après le match.
- Eh bé, les directeurs de maison vont en avoir, des visites, commenta Ginny. Ça doit être épuisant, d'être préfet. Vous êtes partout à la fois. Ah, voilà les joueurs.
Hermione suivit le regard de Ginny et vit les joueurs qui sortaient des vestiaires et qui arrivaient sur le terrain. Alors qu'ils se disposaient de sorte à former un cercle, Daphné Greengrass, une élève qui était dans le même dortoir que Pansy, vint parler à celle-ci. L'échange ne dura pas très longtemps et Greengrass s'apprêtait à partir quand Pansy la retint.
- Attends, tu peux rester… Si ça ne vous dérange pas, bien sûr, demanda-t-elle au groupe. C'est une amie de Draco, Blaise et Théo. Mais à cause de moi, ils n'ont pas pu passer énormément de temps ensemble depuis la première année, parce que je croyais des choses fausses et je ne voyais pas plus loin que le bout de mon nez. Je pense que ça ferait très plaisir à Draco de savoir que son ex-fiancée le soutient avec son petit-ami, sa meilleure amie et ses autres amis.
- Tout à fait d'accord, approuva Ron. En plus, elle est invitée à la super soirée qui aura lieu un jour, quand Harry et Draco auront enfin trouvé une date qui conviendra à tout le monde.
- Exactement, appuya Pansy. Ah bah tiens, ta petite sœur vient juste de s'installer. Tu veux aller la voir ?
- Non, je voulais juste savoir où elle était. Tant qu'elle n'est pas dans le château quasi désert, je suis rassurée.
- Merlin, si Ginny m'entendait dire ça, elle m'étriperait, s'exclama Ron.
- Ginny est beaucoup plus mature et responsable que la sœur de Daphné, expliqua Pansy.
- Oh… Une ado rebelle ?
- C'est ça, grimaça Daphné. Je dois garder un œil sur elle. Et c'est très compliqué. Ah, le signal va être donné…
Effectivement, quelques secondes plus tard, le professeur Bibine émit le coup de sifflet, autorisant ainsi les quatorze joueurs à s'envoler dans les airs.
- Et le match commence avec le souafle entre les mains des Serpentard ! Rappelons qu'au terme de leurs deux premiers matchs, Serpentard est deuxième au classement avec quatre cent quatre vingt points tandis que Poufsouffle est troisième avec trois cent trente points. Il y a une différence de cent cinquante points entre les deux équipes. Donc si l'attrapeur de Poufsouffle s'empare du vif d'or et que son équipe marque autant de buts que Serpentard, ils seront à égalité. Autant dire que Malfoy et Summerby ont une très grosse pression sur les épaules. Mais pour l'instant, ils n'ont rien à faire. C'est à leurs coéquipiers de jouer, et surtout aux poursuiveurs d'engranger le max de points. Et ce sont toujours ceux de Serpentard qui ont le souafle. Et plus particulièrement Montague qui s'est fait cerner par Smith et Adelson mais qui leur a échappé et qui a filé droit vers les buts, profitant du fait que Cadwallader était seul à pouvoir assurer la défense… Nott et Zabini l'attendent près des buts, Montague lance le souafle à Nott qui passe à Zabini qui repasse à Nott qui passe à Montague qui tire et QUI MARQUE ! Dix à zéro en faveur de Serpentard. Le souafle est donné aux Poufsouffle.
Une clameur s'était levée lors du but de Montague. Hermione avait dû serrer les dents à chaque fois qu'il y avait eu des huées dans le public quand Lee prononçait le nom de Théo. Le visage fermé et les mâchoires crispées de ses amis et de Daphné lui faisaient comprendre qu'elle n'était pas la seule à être révoltée par cette attitude. Tout le monde était au courant depuis longtemps que Théo était gay mais c'était le fait qu'il s'affichait avec son petit-ami qui provoquait ces sifflets. C'était stupide et immature mais il fallait tristement s'y attendre lors d'un match où Théo était plus qu'exposé. C'était aussi un moyen de le déstabiliser. Heureusement, cela n'avait pas déconcentré Théo qui devait faire abstraction des manifestations hostiles dans les gradins. Et Hermione eut la preuve qu'il n'en avait rien à faire en le voyant jouer comme il ne l'avait jamais fait auparavant. Et pourtant il n'avait fait que des beaux matchs depuis sa première titularisation. Mais là, il était clairement au-dessus de tout le monde. Il marqua deux buts, empêcha deux fois un adversaire d'en faire autant et intercepta trois transmissions en l'espace de dix minutes seulement. Le score s'établit à trente à zéro et Montague et Blaise creusèrent davantage l'écart en marquant un but chacun.
- Cinquante à zéro en faveur de Serpentard ! Les Poufsouffle sont à la peine, ils subissent de plein fouet la parfaite osmose entre les trois poursuiveurs de Serpentard… Les Poufsouffle sont connus pour leur maîtrise de la possession mais depuis le début du match, ils sont incapables d'effectuer plus de quatre passes sans se faire piquer le souafle… Là, c'est Cadwallader qui l'a, il fait le tour du terrain sans oser lancer le souafle de peur qu'il soit intercepté par Buzz l'É… pardon, par Nott, mais il se fait courser à la fois par les poursuiveurs de Serpentard qui veulent le déstabiliser et par ses coéquipiers qui veulent la balle… Mais donne-la-leur, bon sang ! Tu ne vas pas faire trente-six mille fois le tour du terrain avec ! Il faut savoir prendre des risques, à un moment donné ! Ah, c'est bon, il a compris, il se retourne, regarde derrière lui, voit Smith à plusieurs mètres de lui, il tente le tout pour le tout et envoie puissamment le souafle en direction de Smith… qui le récupère sans qu'il ne soit intercepté ! Il se dirige aussitôt vers les buts mais la défense se reconstitue très vite et vient bloquer le passage à Smith… Il est obligé de faire demi-tour et trouve sur sa droite Adelson à qui il lance le souafle. Adelson passe à Cadwallader qui passe à Smith qui passe à Adelson qui parvient à contourner la défense, il fonce vers les buts, tire ET MARQUE ! Il réduit le score à cinquante à dix et permet à son équipe de souffler un peu.
Les Poufsouffle parurent galvanisés par ce but car ils devinrent bien plus offensifs. Durant les vingt minutes qui suivirent, ils marquèrent deux autres buts mais en encaissèrent trois, ce qui fit monter le score à quatre-vingt pour Serpentard contre trente pour Poufsouffle.
- Le souafle est donné à Smith qui passe à Cadwallader qui passe à Adelson qui passe à Smith qui est déséquilibré par un cognard savamment envoyé par Goyle et qui lâche le souafle. Zabini traîne par là, le récupère et passe à Nott qui passe à Montague qui repasse à Nott qui évite de justesse un cognard et qui, du coup, s'éloigne légèrement de ses coéquipiers. Adelson et Cadwallader sautent sur l'occasion et prennent en sandwich Nott qui ne peut regarder ni à gauche, ni à droite. Crabbe envoie un cognard sur Adelson mais cela n'a aucun effet. Montague s'élance pour venir en face de Nott et lui offrir ainsi la possibilité de lancer le souafle mais un cognard vient percuter l'arrière de son balai et manque de le faire tomber. Nott est toujours pris au piège mais il ne cède pas face à la pression. Adelson et Cadwallader tentent visiblement de le perturber en lui parlant mais il n'a pas l'air d'y prêter attention…
Hermione n'en était pas sûre. Elle arracha des mains de Ron ses jumelles et eut la confirmation de ce qu'elle pensait. Théo avait les mains crispées sur le manche de son balai et avait une expression faciale qui laissait deviner qu'il serrait les dents. Il était loin d'être aussi serein que le supposait Lee.
- J'ignore ce qu'ils lui disent mais Théo bouillonne de l'intérieur, signala Hermione.
- Tu crois qu'ils lui font des remarques sur nous ? s'angoissa Justin.
- J'en ai bien peur, oui.
- Mais c'est complètement déloyal ! s'insurgea Pansy. On n'attaque pas un joueur de cette manière pour le déstabiliser !
- Tous les coups sont permis quand on est troisième au classement et qu'on a encore une chance de remporter la coupe, soupira Ron. Ils cherchent à affaiblir Théo car c'est lui le plus dangereux depuis le début du match. Ah, il a réussi à les semer ! Ah bah non, ils reviennent l'encercler…
Théo avait effectivement pu se libérer mais Adelson et Cadwallader l'avaient vite rattrapé. Théo ne semblait pas décidé à lâcher le souafle et Blaise et Montague n'arrivaient pas à venir au-devant de lui afin qu'il puisse faire une passe. Ils étaient sans cesse visés par des cognards qui les obligeaient à reculer. Crabbe et Goyle en envoyaient aussi sur les deux poursuiveurs de Poufsouffle mais Flynn et Fawkes s'arrangeaient toujours pour être dans la trajectoire des cognards et les dévier, protégeant ainsi leurs coéquipiers. Il n'y avait pas à dire, niveau défense, Poufsouffle était au top. Cela faisait maintenant presque dix minutes que Théo était aux prises avec Adelson et Cadwallader. Le score ne bougeait pas puisque Théo s'accrochait désespérément au souafle mais le match n'en devenait pas mou pour autant, tant il se passait de choses sur le terrain. Les batteurs se livraient une guerre sans merci avec les cognards et Draco venait de faire croire à l'attrapeur de Poufsouffle qu'il avait vu le vif d'or et l'avait entraîné dans une mauvaise direction. Alors que Blaise et Montague tentaient une nouvelle fois de venir en aide à Théo, Adelson et Cadwallader le serrèrent encore plus entre eux, si bien qu'il devenait quasiment impossible de distinguer quoi que ce soit. Pourtant, les yeux rivés sur l'entremêlement de balais et de robes, Hermione vit très bien Adelson mettre un bras derrière Théo, comme s'il voulait passer quelque chose à son acolyte, avant de ramener brusquement sa main vers l'avant, et plus précisément vers l'endroit où était assis Théo sur son balai. La réaction de Théo ne se fit pas attendre : il profita du fait qu'Adelson s'était légèrement éloigné pour donner un puissant coup de genou dans le balai de celui-ci, le projetant ainsi plusieurs mètres en arrière. Adelson se tint aussitôt la jambe en faisant mine de souffrir alors que Hermione avait bien vu que le pied de Théo ne l'avait absolument pas touché. Un coup de sifflet retentit tandis que les esprits commençaient déjà à s'échauffer, aussi bien dans les gradins que sur le terrain. Les joueurs étaient redescendus au sol et c'étaient leurs voix qui se faisaient le plus entendre :
- Nott m'a fracturé le tibia ! hurla Adelson.
- Pas du tout ! éructa Blaise. Il a mis un coup de genou à ton balai par pur réflexe parce que tu as eu un geste déplacé envers lui !
- QUOI ?! Non mais tu délires complètement !
- Tout le monde t'a vu ! Il va falloir être plus discret la prochaine fois que tu voudras faire ce genre de choses ! Et sache que c'est révoltant de faire ça pour pousser un adversaire à la faute ! Faute que Théo n'a même pas commise puisqu'il n'a touché que ton balai !
- Mais tu as de la bouse de dragon dans les yeux, ma parole ! Faut arrêter de reluquer ta copine, ce n'est pas comme ça qu'elle se donnera à toi !
- LAISSE GINNY EN-DEHORS DE ÇA !
Blaise s'élança vers Adelson mais Bibine arriva à temps pour l'en empêcher.
- ÇA SUFFIT !
- Il a voulu m'agresser ! accusa Adelson.
- Oh ça va, pour quelqu'un qui affirme avoir le tibia fracturé, tu tiens vachement bien sur tes deux jambes !
- Parce que je suis quelqu'un de fort ! Pas comme l'autre mauviette de Nott !
Blaise sembla perdre son sang-froid mais Hermione n'entendit pas ce qu'il hurla à Adelson car le tumulte dans les gradins s'intensifia. Sentant du mouvement derrière elle, elle se retourna et vit Ron et Terry ceinturer Justin qui, le visage déformé par la rage, se débattait et leur criait de le lâcher. Les paroles d'Adelson l'avaient sans aucun doute mis hors de lui. Visiblement mal à l'aise, Daphné se leva et s'en alla, tandis que Justin s'efforçait d'échapper à Ron et Terry.
- LAISSEZ-MOI, JE VEUX LUI FAIRE REGRETTER CE QU'IL VIENT DE DIRE ET CE QU'IL A FAIT À THÉO ! IL N'AVAIT PAS LE DROIT DE S'EN PRENDRE À LUI COMME ÇA ! JE VAIS LUI RECTIFIER LE PORTRAIT ET MÊME LE CALMAR GÉANT AURA PEUR DE LUI !
- Non, tu ne vas rien faire du tout ! ordonna Terry. Si tu lui fais quoi que ce soit, tu vas t'attirer des ennuis, Théo va s'en vouloir et Adelson n'en sera que plus heureux ! Il est prêt à tout pour remonter dans le classement, c'est pour ça qu'il a essayé de faire perdre ses moyens à Théo en lui disant des choses pas terribles et en essayant de le pousser à la faute ! Et contrairement à ce que tu penses, ça ne te soulagera pas de lui mettre ton poing dans la figure. Et ça ne va pas plaire à Théo. Alors reste tranquille.
Justin se calma et baissa les yeux.
- Désolé, j'ai réagi impulsivement…
- Ce n'est pas grave, c'est normal et on te comprend, le rassura Terry. Allez, rassis-toi et voyons ce que va décider le professeur Bibine.
Justin acquiesça et regagna sa place, tout comme Ron et Terry. Hermione était fière de son petit-ami qui avait réussi à raisonner Justin. Elle le lui montra en lui souriant tendrement lorsque leurs regards se croisèrent. Ils reportèrent tous leur attention sur le terrain où la situation ne s'était guère apaisée. Miles Bletchley, Summerby et Kearney étaient vraisemblablement en train d'empêcher Crabbe et Goyle d'en venir aux mains avec Flynn et Fawkes, Blaise et Adelson parlementaient toujours avec le professeur Bibine, et Draco et Montague entouraient Théo et le tenaient à l'écart de l'agitation en formant un cercle protecteur autour de lui. Après de longues minutes, la voix du professeur Bibine s'éleva au-dessus des autres :
- Fin des discussions, penalty accordé aux deux équipes !
- QUOI ?! s'égosilla Blaise. Mais madame, vous plaisantez !
- Est-ce que j'en ai l'air, M. Zabini ?
- Mais c'est dégueulasse, Théo n'a rien fait ! Enfin, madame, vous avez bien dû voir qu'Adelson et Cadwallader sont allés beaucoup trop loin dans leur pressing ! Tout le monde l'a vu ! À un moment, Adelson a franchi la ligne rouge et Théo s'est juste défendu en l'éloignant de lui comme n'importe qui l'aurait fait ! Il n'a même pas blessé Adelson ! C'est à son balai qu'il a donné un coup de pied !
- Justement, il n'avait aucune assurance de l'endroit où son pied allait frapper, il aurait pu blesser son adversaire.
- Mais il savait ce qu'il faisait ! Il n'aurait jamais fait ça s'il n'était pas sûr que son pied atteindrait la bonne cible !
- Il a réagi spontanément, il n'a pas eu le temps de réfléchir, opposa le professeur Bibine.
- Alors quoi ? Il aurait dû laisser Adelson continuer à le toucher de la sorte jusqu'à ce qu'il lâche le souafle ? Adelson avait peut-être le droit de faire ce qu'il a fait, lui ?!
- Rien ne dit que ce qui s'est passé était la réelle intention de M. Adelson. Tout laisse à croire qu'il voulait reposer sa main sur son balai et que dans l'agitation et la confusion qui régnait à ce moment-là, sa main a atterri au mauvais endroit.
Blaise accusa le coup. Il trouvait ça gros, mais il ne pouvait pas nier que c'était tout à fait possible. C'était en effet un vrai méli-mélo entre les trois balais qui étaient très proches les uns des autres et qui volaient assez vite. Mais il restait persuadé qu'Adelson avait sciemment voulu pousser Théo à la faute en égarant volontairement sa main.
- Allez, remontez tous sur vos balais ! Le match reprend ! Le premier penalty sera tiré par l'équipe de Serpentard et le deuxième par l'équipe de Poufsouffle !
Les quatorze joueurs enfourchèrent leurs balais et s'envolèrent de nouveau dans les airs. Hermione, Harry, Ron, Ginny, Justin, Terry et Pansy échangèrent un regard dépité. Plusieurs élèves quittèrent les gradins, dégoûtés par la décision du professeur Bibine. C'étaient principalement des Serpentard. Hermione leva la tête et vit Théo se placer devant les buts. C'était lui qui allait essayer de marquer avec ce penalty. Lorsque le coup de sifflet fut donné, il observa les anneaux un par un avant de fixer celui du milieu. Il garda son regard rivé sur cet anneau tout en s'apprêtant à lancer, mais alors que le gardien tenta de protéger l'anneau central, ce fut vers celui de gauche que Théo décida d'envoyer le souafle, trompant ainsi Kearney qui ne put rien faire d'autre que voir la balle franchir l'anneau avec une précision déconcertante. Ce but mit en liesse les Serpentard dans les tribunes, ainsi que les sept amis de la bande. Justin avait complètement oublié qu'il était un Poufsouffle et ne jurait que par son petit-ami qu'il défendait et soutenait corps et âme. Hermione elle-même avait oublié son aversion envers le Quidditch et sauta presque dans les bras de Terry pour célébrer ce but. Il avait une saveur spéciale car il sanctionnait le comportement qu'avaient eu Adelson et Cadwallader en s'acharnant sur Théo lors du pressing qu'ils avaient effectué sur lui. Mais Hermione, Harry, Ron, Terry, Ginny, Justin, Pansy et tous les autres Serpentard du public n'étaient pas les seuls à être heureux. Le sourire qui éclairait le visage de Théo trahissait sa joie d'avoir eu sa revanche. Hermione put comprendre à quel point c'était important pour Théo, désormais, que tout acte répréhensible soit puni comme il se le devait. Il avait gagné plusieurs combats – contre son père, contre Milligan et Parker – et cela lui avait redonné foi et espoir. Hermione était fière de ce qu'il avait accompli et pour elle, il méritait le large soutien dont il bénéficiait. Ce fut ensuite au tour d'Adelson d'honorer son penalty. Hermione vit l'angoisse se dessiner sur les traits de Théo. Le connaissant, il s'en voulait probablement d'être à l'origine d'un penalty en faveur du camp adverse, même s'il n'avait commis aucune faute et que ce penalty n'avait pas lieu d'être. Enfin, si, car le professeur Bibine avait raison : dans les faits, Théo aurait très bien pu viser la jambe d'Adelson au lieu du balai. Mais seuls ceux qui ne connaissaient pas Théo pouvaient dire ça. Pour Hermione et le reste de la bande, il était évident que Théo n'avait rien laissé au hasard et qu'il savait ce qu'il faisait, comme l'avait si bien dit Blaise. Mais un arbitre devait rester neutre et appliquer les règles sans faire preuve de favoritisme, comme dans n'importe quel sport aussi bien moldu que sorcier. Le Quidditch ne faisait pas exception.
- Allez, Miles, on compte sur toi, murmura Pansy.
Le gardien de Serpentard se préparait à parer le penalty de Poufsouffle. Le coup de sifflet retentit et Adelson resta immobile pendant quelques secondes sans rien laisser paraître de ses intentions. Puis, sans prévenir, il envoya le souafle vers l'anneau de droite, mais Bletchley fut prompt à réagir et il s'élança à temps pour protéger l'anneau et parvint à repousser d'une main ferme le souafle.
- Superbe arrêt réalisé par Bletchley qui permet à son équipe de maintenir le score à quatre-vingt à trente en faveur de Serpentard. Après cette séquence de stand-by et de tensions qui ressemblait à du grand n'importe quoi, le match va peut-être pouvoir reprendre normalement, maintenant… Étant donné que c'est Poufsouffle qui vient d'essayer de marquer, c'est Serpentard qui se voit confier le souafle. Montague passe à Zabini qui passe à Nott qui repasse à Zabini qui se rapproche des buts, imité par Montague à qui il lance le souafle, Montague entre dans la surface, il hésite, mais Zabini et Nott sont bloqués par Smith et Adelson, alors il tire et… rate son but. Le souafle est redonné aux Poufsouffle.
Le but manqué de Montague galvanisa les Poufsouffle qui marquèrent trois buts en quinze minutes, mais les Serpentard ne furent pas en reste et en marquèrent deux de plus qu'eux. Le score monta à soixante pour Poufsouffle et à cent quarante pour Serpentard. Alors que Théo et Montague prenaient Adelson en sandwich, les choses commencèrent à bouger quelques mètres plus haut. Hermione et Ron se disputèrent les jumelles pour tenter d'apercevoir le vif d'or mais ce fut Ginny qui les attrapa.
- Ooooh mais on dirait que Malfoy et Summerby ont repéré le vif d'or ! Mais oui, je le vois, il est à une dizaine de mètres d'eux ! Ils foncent à toute allure mais ils vont faire peur à la petite balle s'ils continuent comme ça… Et voilà, qu'est-ce que je disais ! Elle s'est volatilisée. Ouch ! En bas, ça vient de se cogner entre Montague et Smith. Mais ils vont bien, apparemment. C'était involontaire et ils se font tous deux signe que tout va bien. On voit la différence de mentalité entre le capitaine de Poufsouffle et ses deux coéquipiers… Ouh là, Zabini s'est littéralement fait arracher le souafle des mains et ça ne lui plaît pas du tout… Aïe, Adelson a envoyé son pied dans le balai de Nott qui a failli se faire désarçonner… Ce n'est pas fait pour calmer Zabini qui se rue vers Adelson pour lui voler le souafle… Non, Zabini, pas le manche ! PAS LE MANCHE, J'AI DIT !
- FAUTE ! hurla le professeur Bibine.
- Et voilà, je l'avais prévenu, pourtant…
Hermione, Harry, Ron, Ginny, Terry, Justin et Pansy gémirent à l'unisson. Ils comprenaient très bien la réaction de Blaise mais il venait quand-même d'accorder un penalty à Poufsouffle…
- C'est Adelson qui va tirer le penalty. Je ne peux plus le sentir, celui-là.
- Jordan, gronda le professeur McGonagall.
- Pardon, professeur. Adelson se met en position. Coup de sifflet. Adelson envoie aussitôt le souafle ET MARQUE ! Cent quarante à soixante-dix en faveur de Serpentard. Ah, ça bouge de nouveau en haut… Summerby a retrouvé le vif d'or et s'est lancé à sa poursuite. Malfoy est un peu à la traîne mais il grignote déjà son retard. En bas, ça se dispute le souafle entre Nott et Adelson… Ces deux-là vont finir par s'entre-tuer si les attrapeurs tardent à mettre la main sur le vif d'or… Nott garde farouchement le souafle sous son bras et peut compter sur le soutien de Goyle qui tente de lui venir en aide en dirigeant un cognard vers Adelson qui vient percuter l'arrière de son balai… Crabbe n'a pas l'air d'approuver cette initiative et aurait visiblement laissé Nott se débrouiller tout seul… Ça semble se diviser à l'intérieur des équipes… Quoi qu'il en soit, Nott est débarrassé d'Adelson et se rue vers les buts. Il passe carrément entre Smith et Cadwallader qui n'ont pas le temps de l'arrêter, Nott entre dans la surface, tire ET MARQUE ! Cent cinquante à soixante-dix, toujours en faveur de Serpentard. En haut, Malfoy a rattrapé Summerby et ils sont désormais au coude-à-coude. Mais le vif d'or se joue d'eux et les fait tourner en bourrique en zigzagant tantôt à gauche, tantôt à droite. Pas sûr que ça ennuie tant que ça Summerby. Pour revenir à la hauteur de Serpentard dans le classement, il faudrait que Poufsouffle gagne le match en se saisissant du vif d'or et en marquant autant de buts que Serpentard. Or, là, Serpentard en a huit de plus que Poufsouffle à son actif. L'idéal serait donc pour Summerby de faire durer les choses en laissant du temps à son équipe de marquer davantage de buts… Mais Malfoy ne l'entend pas de cette oreille et donne une impulsion pour se rapprocher du vif d'or, quitte à l'effrayer et le voir s'éloigner une fois de plus ! Lui n'a aucun intérêt à faire durer le match, son équipe mène largement, c'est le moment pour lui de s'emparer du vif d'or ! Ouille, un autre choc vient de se produire entre Montague et Smith… À croire qu'ils sont aimantés. Montague, je crois que Smith n'est pas du bon bord, lâche l'affaire…
- Jordan !
Hermione secoua la tête tandis que des rires s'élevaient dans les gradins. Il n'y avait qu'un match de Quidditch pour faire régner plusieurs ambiances différentes en l'espace de seulement deux heures. Même si la tension se faisait encore un peu sentir, nul ne pouvait imaginer que trois quarts d'heure plus tôt, tout le monde se battait et se disputait dans les gradins…
- Bon, le souafle est entre les mains des Poufsouffle qui tentent de percer la défense verte et argent. OH LE MUFLE ! Summerby vient de faire fuir le vif d'or en faisant mine de vouloir l'attraper ! Ça n'a évidemment pas plu à Malfoy qui a crié je ne sais quoi à Summerby qui semble fier de lui… Ça se sent que c'est le dernier match de l'année pour les deux équipes. La stratégie est de mise et tous les coups sont permis. Ouille, la grosse faute commise sur Nott ! Et devinez qui l'a faite ? Eh bien oui, c'est Adelson. Je ne plaisantais pas, tout à l'heure, ça va vraiment se finir en bain de sang… Ou en duel, parce que Nott n'ira jamais frapper qui que ce soit. Et Adelson non plus, car c'est un Poufsouffle, il ne faut pas l'oublier… Bon, du coup, Adelson a concédé un penalty à Nott qui a l'air au bout du rouleau. Cette faute était-elle une ruse pour affaiblir l'adversaire ? Rien n'est moins sûr mais en tout cas, Nott va devoir puiser dans ses dernières forces pour marquer ce penalty. Le coup de sifflet est donné. Nott se penche sur son balai et… mais qu'est-ce que… Nott lance le souafle en l'air, effectue une rotation ET DONNE UN PUISSANT COUP DE BALAI QUI ENVOIE DIRECT LE SOUAFLE DANS L'ANNEAU CENTRAL ! MAIS CE MATCH EST INCROYABLE ! Nott savait qu'il n'aurait jamais assez de force dans les bras, alors il s'est servi de son balai pour marquer ! Mais c'est une figure qu'on utilise normalement en pleine action, pas sur un penalty où il y a bien moins d'élan ! Du coup, le score s'élève à cent soixante pour Serpentard contre soixante-dix pour Poufsouffle. Le souafle est redonné aux Poufsouffle.
La joie qui avait envahi les gradins suite au but de Théo mit du temps à retomber. Tout le monde, y compris Hermione, pensait que Théo allait rater son penalty à cause de son épuisement, et son but avait donc provoqué une immense ferveur parmi les Serpentard et la bande. Harry, Justin et Pansy avaient oublié toute retenue et avaient hurlé aussi fort qu'ils le pouvaient en sautant et en scandant des slogans au nom de Théo. Mais l'atmosphère changea lorsque Montague commit une faute sur Cadwallader, concédant un penalty à Poufsouffle.
- Mais pourquoi il y a penalty à chaque fois qu'il y a faute ? s'agaça Justin.
- Parce que c'est beaucoup plus simple ainsi, répondit Pansy. Je sais qu'il existe d'autres moyens de sanctionner une faute dans certains sports moldus, mais il y a des choses qu'on peut faire sur le sol qu'on ne peut pas faire dans les airs. Encore moins sur un balai. Et puis, il y a déjà plus de sept cent fautes possibles au Quidditch, ça a dû être un casse-tête de toutes les répertorier pour les inventeurs des règles du jeu, alors ils n'allaient pas en plus s'embêter à chercher d'autres façons de punir une faute… Sans compter que ça permet aux joueurs d'avoir plus de chances de marquer. Quand on est dans un sport où attraper une balle rapporte cent cinquante points d'un coup, la moindre occasion de marquer un but est toujours bonne à prendre. Rendre les penalties facilement accessibles compense un peu ce nombre exagéré de points qu'on peut engranger avec le vif d'or.
- Oh, ce n'est pas bête du tout… Bon, qu'est-ce qu'il attend pour tirer son penalty ?!
- Le vent s'est levé, Cadwallader a le droit à un délai, mais si d'ici une minute, le vent n'a pas faibli, il doit tirer quoi qu'il advienne.
Justin s'apprêta à répondre mais Cadwallader décida de jouer son penalty au même moment. Il fit mine d'hésiter, puis il lança le souafle vers l'anneau du milieu alors que Bletchley se jeta sur celui de droite.
- Cadwallader marque sur une feinte et fait monter le score à quatre-vingt pour Poufsouffle contre cent soixante pour Serpentard ! Ouh là, ça s'agite en haut… Les attrapeurs auraient-ils réussi à se rapprocher du vif d'or ? Mais oui, Malfoy n'est qu'à quelques mètres de la balle dorée ! Summerby tente de le rattraper mais Malfoy a déjà pris beaucoup d'avance… Oh, quelle magnifique passe en arrière de Montague à Nott ! Ce dernier passe à Zabini qui voit arriver Smith et Cadwallader vers lui et qui passe dans l'urgence à Montague qui rate de peu le souafle qui est récupéré par Smith… Il fonce vers les buts adverses, sème les poursuiveurs de Serpentard qui n'ont rien vu venir et passe à Adelson qui était resté intelligemment à l'autre bout du terrain et qui est seul devant les buts. Il en profite, il entre dans la surface, il tire ET IL MARQUE ! Le score est désormais de cent soixante pour Serpentard contre quatre-vingt-dix pour Poufsouffle. De son côté, Malfoy fait la course seul en tête et se rapproche toujours un peu plus du vif d'or. Ouh là, atten… ouf, il a évité de justesse le cognard envoyé par Flynn. Il s'éloigne un peu du vif d'or, ce qui permet à Summerby de revenir à sa hauteur. Ils sont de nouveau au coude-à-coude et commencent déjà à se bousculer.. En bas, Zabini a le souafle et le transmet à Montague qui passe à Nott qui contourne la défense et se retrouve près des buts. Il n'est cependant pas bien placé, alors il fait une longue passe à Zabini qui, lui, est super bien positionné pour tirer dans l'anneau de gauche vers lequel Kearney se jette pour le protéger, mais C'EST L'ANNEAU DE DROITE QUE ZABINI CHOISIT, IL TIRE ET IL MAAAAARQUE ! Le score s'élève à cent soixante dix pour Serpentard contre quatre-vingt-dix pour Poufsouffle. En haut, Malfoy et Summerby jouent toujours des coudes mais Malfoy a une légère avance qu'il tente de conserver. Summerby ne l'entend pas de cette oreille et accé… OH MAIS QUEL MISSILE ENVOYÉ PAR GOYLE SUR LE BALAI DE SUMMERBY ! Il est propulsé loin, très loin en arrière et manque de tomber mais rétablit à temps son équilibre. Malfoy a le champ complètement libre et fonce vers le vif d'or. Il accélère, accélère, accélère, tend le bras et… ATTRAPE LE VIF D'OR ! SERPENTARD L'EMPOOOOOOORTE !
Hermione sentit le sol trembler sous ses pieds sous l'explosion de joie qui envahit les gradins. Elle-même sauta dans les bras de Terry, puis de Ginny alors que les Serpentard hurlaient de joie, tapaient des pieds par terre et sautaient dans tous les sens, provoquant une énorme cacophonie à percer les tympans les plus fragiles. Les quatorze joueurs redescendirent et l'équipe de Serpentard fut bientôt encerclée par tous les élèves de la maison. Ginny, Harry et Justin s'y mêlèrent et vinrent féliciter et embrasser leurs petits-amis respectifs. Pansy les rejoignit et se jeta sur ses amis en hurlant comme une folle. Hermione et Terry regardèrent la scène en riant alors que Ron, amusé lui aussi, qualifiait sa chérie de «complètement timbrée».
- On croirait presque qu'ils ont gagné la Coupe, c'est fou, remarqua Terry.
- Ils l'ont gagnée, affirma Ron. Même si Gryffondor bat Serpentard en termes de points à l'issue du match contre Serdaigle, ce ne seront pas nous qui aurons véritablement gagné la Coupe. On a juste eu la chance que Harry soit un peu plus en forme que Draco lors du match contre Serpentard. Sinon, c'est Serpentard qui aurait gagné le match et ce, haut la main. Les poursuiveurs ont été au-dessus de tout durant tous leurs matchs. Ils ont fait une saison incroyable, il y avait déjà une grande alchimie entre Montague, Pucey et Théo, mais ce n'était rien comparé à l'osmose qu'il y a entre Montague, Blaise et Théo. Montague est clairement le meilleur capitaine de l'année, loin devant les autres, et peut-être aussi le meilleur joueur à égalité avec Théo. J'ai beau être un Gryffondor et un joueur de l'équipe de Quidditch de ma maison, je sais reconnaître la supériorité de l'adversaire. Et si on retire les attrapeurs, Gryffondor ne ferait absolument pas le poids face à Serpentard. C'est parce qu'il y a Harry et Ginny qu'on va avoir la Coupe cette année, et encore, si on réussit à marquer suffisamment de points face à Serdaigle. Avec le score qu'a fait Serpentard aujourd'hui, on va avoir beaucoup de buts à marquer lors de notre match contre Serdaigle. Et rien ne dit qu'on va y arriver. La Coupe peut encore nous échapper. C'est pour ça que ce match était aussi important pour Serpentard. Ils devaient marquer le plus possible pour compliquer au maximum la tâche à Gryffondor. Mais ils pouvaient se faire battre par Poufsouffle qui aurait pris la deuxième place au classement et qui aurait pu espérer gagner la Coupe en comptant sur une défaite de Gryffondor. Bon, là, c'est fichu pour eux, ils seront troisième tout au plus si Serdaigle fait un faible score face à Serpentard.
Ron se tut et Hermione resta songeuse un moment, tout comme Terry.
- Je ne critiquerai plus jamais le Quidditch, finit-elle par déclarer. Je trouve et je trouverai toujours que c'est un sport trop violent, mais… ça a aussi son intérêt. Il n'a rien à envier aux sports moldus niveau stratégie. Je pourrai peut-être aimer ce sport un jour, mais de loin.
- Oui, on sait bien que tu n'iras jamais affronter un souafle ou un cognard, se moqua gentiment Ron. Mais ça fait déjà plaisir que tu reconnaisses le Quidditch comme étant un vrai sport.
- Je n'aurais jamais revu mon jugement s'il n'y avait pas eu la bande. Jamais je n'aurais cru un jour être autant à fond derrière l'équipe de Serpentard.
- Et moi donc ! s'exclama Ron. Je joue dans l'équipe de Gryffondor et je soutiens l'ennemi. C'est un peu le monde à l'envers. Mais il n'y a plus vraiment de rivalités entre Gryffondor et Serpentard dans notre groupe. On serait autant heureux si c'était l'une ou l'autre équipe qui gagnait la Coupe. Enfin bon, on va quand-même tout donner avec Gryffondor lors du match contre Serdaigle. Mais si on se fait distancer de peu par Serpentard au classement final, ce ne sera pas grave. Serpentard aura largement mérité la Coupe. Bon, il me semble qu'on a un devoir de préfet à accomplir.
- Ah oui, Hermione et toi devez parler au professeur Lupin de ce qui s'est passé avec l'élève qui a insulté Justin, et moi, je dois aller voir le professeur Black et le professeur Snape pour leur faire part de la dispute qu'il y a eu dans la salle commune de Serdaigle. Ils ne sont plus dans les tribunes, ils ont déjà dû rentrer.
- Eh bien on n'a qu'à aller voir tous ensemble le professeur Black et le professeur Lupin puisqu'ils habitent dans les mêmes appartements, suggéra Ron.
- Je ne m'y ferai jamais, plaisanta Terry. À chaque fois, j'oublie ce détail. Allez, on y va.
Hermione, Terry et Ron se levèrent et quittèrent les gradins. Alors qu'ils marchaient vers le château, Hermione jeta un coup d'oeil derrière elle et vit Harry, Draco, Ginny, Blaise, Justin, Théo et Pansy s'amuser et rire avec Montague et Bletchley. Ce tableau était totalement improbable, si bien qu'elle se demanda un instant si tout cela n'était pas qu'un rêve loufoque sorti tout droit de son inconscient quelque peu perturbé. Peut-être même que tout ce qui avait eu lieu depuis le début de l'année n'était jamais arrivé et qu'elle faisait juste un long, très long rêve. Non, elle sentait au fond d'elle que tout était bien réel. Du moins, elle l'espérait. Car elle était heureuse et si c'était un rêve, elle doutait de pouvoir trouver un tel bonheur dans la réalité…
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Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu ! Une petite question avant de se quitter : quel est le livre ou/et le film que vous préférez dans la saga ? Vous avez le droit à plusieurs réponses XD Sur ce, je vous donne rendez-vous le dimanche 3 avril pour le soixante-septième chapitre intitulé «Déception, accord et intimités». Prenez bien soin de vous, je vous embrasse fort, bisous tout le monde !
