Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le soixante-huitième chapitre de SAMLP =)

LovA Drarry : Ravie que les moments choupinou dans les couples te plaisent ! =) J'essaie effectivement d'alterner entre passages sérieux et passages légers, même dans les chapitres déprimants XD Pour ce qui est de tes questions, tu auras une grande partie des réponses dans ce chapitre =D J'espère qu'il te plaira toujours autant =)

Rozy45 : Alors je crois en avoir déjà entendu parler, mais je ne m'y suis jamais intéressée et pour être honnête, je ne sais pas vraiment ce que c'est XD Du coup je suis un peu déçue car je voulais que le trouble du fluide magique soit quelque chose d'unique qui ne ressemble à rien d'autre XD Mais pour la testostérone, ce serait plutôt l'inverse : Théo en aurait moins que la moyenne, du moins, c'est comme ça que je l'imagine ^^ Donc son trouble n'a vraiment rien à voir avec le trouble de la fonction érectile XD Mais je comprends que tu aies pu te poser la question :) Pour Cédric, oui, il a été le deuxième petit-ami de Harry, mais tu l'as compris vachement tôt dans l'histoire XD Merci d'avoir trouvé un prénom à la psychomage Forester, ça lui va très très bien XD Et en ce qui concerne Cho, tu auras bientôt la réponse :) Merci pour tes reviews, en tout cas =) Mais si tu viens tout juste de découvrir SAMLP, tu as du cran de te lancer dans la lecture de cette histoire, avec tous les chapitres qu'il y a XD J'espère que la suite te plaira =)

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Merci à vous deux pour vos reviews, ça fait toujours autant plaisir ! Et merci à tous ceux qui continuent à suivre cette histoire =) Je vous laisse avec le nouveau chapitre et je vous souhaite une agréable lecture =)

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Warning : passage un peu difficile psychologiquement parlant à la fin du chapitre, il est en italiques et peut mettre mal à l'aise les personnes les plus sensibles.

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68 – Sauver Harry (1/2)

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(jeudi 02/05) POV Severus

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- Vivement ce soir, tiens…

Severus était fatigué. Il avait été occupé toute la journée. Il avait eu des potions à préparer de toute urgence pour Sainte-Mangouste mais comme il avait reçu le Patronus à huit heures et qu'il avait une séance de thérapie de neuf heures à onze heures et une autre de quinze heures à dix-sept heures, il avait dû consacrer tout son temps libre à la fabrication de ces potions. Pendant plus de cinq heures, il n'avait fait que ça. Il n'avait pas eu une seule seconde à lui. Il aimait ça, c'était son métier, mais il aurait préféré que ça tombe un autre jour, car le jeudi, c'était déjà bien assez compliqué comme ça. Là, il venait tout juste de geler un chaudron, ayant bientôt sa séance avec M. Powell. Ça se passait bien, avec lui. Ils en étaient à la quatrième séance et le jeune Poufsouffle avait déjà dit beaucoup de choses. Il n'avait pourtant presque pas parlé durant la première séance. Severus avait eu un peu de mal à obtenir sa confiance, et la timidité de cet élève ne l'avait pas aidé. Mais avec les bons mots et de la patience, Severus était parvenu à débloquer la situation. Jusque-là, il n'avait rencontré aucun échec avec ses patients. Il savait que ce ne serait pas toujours le cas, et c'était pour ça, entre autres, qu'il attendait impatiemment que Dumbledore lui trouve quelqu'un pour le seconder.

Il était en train de rassembler les notes prises lors des trois premières séances lorsqu'il entendit des coups frappés à la porte de son bureau. Il alla ouvrir et tomba sur son jeune patient.

- Bonjour, M. Powell. Entrez, je vous prie.

L'élève pénétra dans le bureau et s'assit à la demande de Severus.

- Comment allez-vous, aujourd'hui ?

- Bien, mais j'étais un peu fatigué ce matin. Pourtant, j'ai bien dormi, ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé…

- Justement, vous n'êtes plus habitué, alors c'est normal que le réveil ait été un peu dur. Ça prouve que les séances et les potions font effet.

- Je vais pouvoir arrêter les potions, alors ?

Severus sourit.

- Non, pas tout de suite. C'est trop tôt, vous commencez tout juste à aller mieux, vous devez sentir au fond de vous que vous êtes fragile.

- Oui, admit M. Powell. J'ai encore souvent envie de pleurer, le soir.

- Vous ne vous retenez pas, j'espère ?

- Non, j'ai écouté ce que vous m'avez dit. Mais je n'aime pas être dans cet état.

- Comme tout le monde, assura Severus. Mais dans votre cas, c'est tout à fait normal. Vous avez été sous pression pendant un long moment, elle retombe grâce aux séances, et les potions relaxantes que vous prenez ont l'effet secondaire d'accroître la sensibilité. Mais ça va passer, avec le temps. Il faut juste être patient.

M. Powell acquiesça.

- Bien, lors de la dernière séance, nous parlions de tous les moyens qu'utilisaient M. Milligan et M. Parker pour faire pression sur vous. Nous n'avions pas eu le temps de terminer cet aspect-là. Vous aviez encore des choses à me dire, je crois.

- Oui, mais… j'aimerais d'abord parler de quelque chose, si ça ne vous dérange pas…

- Non, bien sûr, je suis au contraire content que vous preniez des initiatives. Je vous écoute.

- Avant-hier, je faisais mes devoirs dans ma salle commune quand j'ai eu besoin d'un livre que je me souvenais d'avoir prêté à un de mes camarades. Je l'avais pris à la bibliothèque le matin-même pour faire mon devoir de botanique et dans la journée, un garçon de ma classe et de ma maison était venu me demander s'il pouvait me l'emprunter. Comme j'avais un autre devoir tout aussi urgent à faire, je le lui ai prêté. Il m'a dit qu'il me le rendrait dans la soirée et je suis donc allé le voir quand j'en ai eu besoin. En revenant à ma place, j'ai fait tomber une plante qui était posée en hauteur. Le pot s'est cassé, je l'ai réparé, j'ai nettoyé le sol avec un Recurvite et j'ai fait léviter la plante pour la remettre là où elle était. Je ne m'en suis pas rendu compte sur le moment mais en l'espace de cinq minutes, je me suis servi de trois sorts avec lesquels j'avais eu du mal durant les cours de sortilèges. Mes camarades m'ont vu faire et ils ont été très surpris. J'ai alors réalisé que les cours particuliers que m'avait donnés Justin avaient été très utiles et que j'avais fait de gros progrès. Et je m'en suis voulu. Car je tirais profit d'un piège que je lui avais tendu. J'ai encore plus eu l'impression d'avoir été sans morale dans cette histoire…

- Vous ne cautionniez pas ce que vous faisiez, rappela Severus. Vous n'aviez jamais voulu faire le moindre mal à M. Finch-Fletchley. Vous étiez pris au piège, vous aussi. Ce n'est pas vous qui étiez derrière tout cela. Vous ne faisiez qu'obéir à un chantage contre lequel vous ne pouviez pas lutter. Car vous aviez peur que ces deux Serdaigle ne s'en prennent à votre sœur, comme ils menaçaient de le faire. Vous m'en avez longuement parlé lors de la séance précédente. Vous devez vous départir de cette culpabilité que vous ressentez et qui vous oppresse. Car vous êtes une victime, au même titre que M. Finch-Fletchley. M. Milligan et M. Parker se sont servis de vous pour mener à bien leur plan. Ils vous ont forcé à faire tout ce qu'ils vous demandaient de faire. Pour cela, ils ont usé de moyens qu'ils savaient être efficaces. Ce n'est pas pour rien si c'est vous qu'ils ont choisi pour appâter M. Finch-Fletchley. Déjà, vous et lui êtes dans la même maison. Ensuite, vous êtes un première année. Vous avez cinq ans de moins qu'eux. Rien qu'avec ça, c'était très facile pour eux de vous faire peur. Et, enfin, ils étaient au courant que vous aviez une sœur qui était de la même année qu'eux. Vous ne pouviez rien faire face à tout cela.

- Je sais, c'est ce que Justin m'a dit, murmura M. Powell. J'avais réussi à ne plus me sentir coupable mais là, avec ce qui s'est passé avant-hier soir, c'est revenu en force…

- C'est normal, nous n'en sommes qu'au début de la thérapie, les progrès que vous faites ne sont pas forcément acquis pour le moment. Mais je vais vous dire quelque chose qui va peut-être changer la donne. Tout d'abord, M. Finch-Fletchley ne vous en veut pas du tout. Je le sais et c'est ce que vous m'aviez dit quand vous m'avez raconté la discussion que vous aviez eue avec lui. Il a parfaitement compris que vous n'aviez jamais souhaité le piéger et que vous étiez une victime comme lui. Il n'en veut qu'à M. Milligan et M. Parker qui, eux, sont les vrais coupables. Certes, ces cours particuliers faisaient partie du piège, mais vous en aviez vraiment besoin en réalité et M. Finch-Fletchley serait ravi de savoir que vos séances ont porté leurs fruits. Cela lui donnerait un goût moins amer de cette histoire. Car il y aura eu du bon. C'est ça, que vous devez vous dire. C'est le positif, qu'il faut voir. Le négatif, nous le traitons durant cette thérapie. En-dehors de ces séances, c'est sur le positif que vous devez vous concentrer. D'accord ?

- D'accord, répéta M. Powell. Je vais essayer, c'est promis. C'est vrai que je n'avais pas pensé que Justin puisse être content d'apprendre que les cours particuliers m'ont aidé au quotidien… Mais il était là, il a tout vu. J'aurais dû aller le remercier, mais il était avec son petit copain, donc je n'ai pas trop osé…

- Oh, ça ne les aurait pas dérangés, croyez-moi.

- J'irai lui parler la prochaine fois que je le verrai, alors. Mais il y a eu une autre conséquence à ce qui s'est passé dans la salle commune. Je me suis retrouvé au milieu d'une dizaine d'élèves de ma classe qui voulaient tous savoir comment j'avais pu m'améliorer à ce point. J'ai reçu un petit mot de Justin qui me disait que je pouvais leur dire la vérité mais en précisant qu'il était trop occupé pour donner d'autres cours particuliers. J'ai donc fait passer le message et ils sont tous partis avec un air déçu. Mais certains d'entre eux m'ont rejoint à ma table et m'ont demandé comment j'avais réussi à échapper aux deux Serdaigle. Car, évidemment, tout le monde est au courant de tout ça. J'ai un peu hésité à leur répondre, parce que je ne voulais pas qu'on me prenne pour une bête de foire, mais j'ai bien vu que ce n'était pas dans leurs intentions. Ils étaient juste…

- Intrigués ?

- C'est ça. Normalement, cette histoire aurait dû rester secrète mais entre les Serdaigle qui avaient entendu des choses par-ci par-là, les Poufsouffle qui étaient là quand j'ai tout raconté à Ernie et au copain de Justin, et les binômes des élèves de ces deux maisons qui ont été mis dans la confidence, ce n'est pas resté secret bien longtemps… Mais comme ces informations ne venaient pas de Justin, des deux Serdaigle ou de moi, ça pouvait ressembler à des rumeurs. Mes camarades ont donc voulu savoir si tout était vrai ou si c'étaient juste des ragots. Mais ils m'ont dit que si je ne voulais pas en parler, ils comprendraient. On ne s'était jamais vraiment adressé la parole, puisque j'ai toujours été assez solitaire, mais je savais qu'ils étaient gentils et qu'ils n'étaient pas du genre à chercher à faire des mauvais coups. Alors je me suis confié à eux. Ils m'ont posé beaucoup de questions, mais elles n'étaient pas… comment dire…

- Intrusives ? Destinées à vous mettre mal à l'aise ?

- Un peu de tout ça, oui. Ils étaient étonnés que j'aie tenu aussi longtemps, que personne n'ait rien remarqué, que j'aie eu le courage de tout avouer… Ça me faisait bizarre car ils avaient l'air…

Le jeune Poufsouffle sembla chercher ses mots.

- Admiratifs ? suggéra Severus.

- Oui, mais il n'y avait pas de raison, pour moi. Ils ont fini par voir que j'étais gêné et ils ont changé de sujet. On a discuté jusqu'à ce qu'on aille se coucher. Et on a reparlé depuis. Quand ils me voient dans la salle commune, ils viennent aussitôt vers moi. Je ne suis pas habitué à ce qu'on s'intéresse à moi, je trouve ça un peu étrange, mais j'essaie d'être le plus normal possible.

- Restez tel que vous êtes, car c'est ainsi que vous avez attiré vos camarades. Votre timidité ne doit pas les ennuyer, sinon ils ne reviendraient pas vers vous. Si j'ai bien compris, vous n'avez jamais eu d'amis ?

- Non, avoua M. Powell.

- C'est donc logique que vous ne soyez pas très à l'aise. Mais vous les appréciez, ces camarades ?

- Oui, j'aime beaucoup parler avec eux. Ils sont gentils et ils sont drôles.

- Et vous arrivez à suivre et à participer à la discussion ?

- Oui, ça me vient assez naturellement.

- Alors c'est juste le temps que vous vous y fassiez. Ne vous posez pas trop de questions, laissez les choses venir et tout se passera bien. Vous pourrez cependant toujours m'en parler si le besoin se fait sentir.

- D'accord. Merci, je sais que ça ne faisait pas partie de la thérapie…

- À la base, non, mais vous souffriez sûrement de votre solitude et le fait que vous soyez seul depuis votre entrée à Poudlard fait que vous n'avez pas su comment réagir face à l'attention soudaine que vous portaient certains de vos camarades. Vous aviez besoin d'aide, de conseils et je suis là pour ça. Les thérapies que j'ai avec mes autres patients dérivent souvent vers des sujets qui n'étaient pas du tout prévus. Et ce n'est pas grave, c'est même une bonne chose. Deux de mes patients auraient dû avoir un suivi dès leur première année, ils sont en cinquième année actuellement, alors j'ai cinq ans à rattraper avec eux. La même erreur ne sera pas répétée avec vous, et vous pouvez vous considérer chanceux pour cela, même si cela aurait été préférable que vous n'ayez pas eu à avoir cette thérapie. Bien, nous allons à pré…

Severus fut coupé par des coups frappés à la porte.

- Entrez, dit-il, intrigué.

La porte s'ouvrit sur Draco, ce qui rendit Severus encore plus perplexe.

- Draco ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'es pas censé être en sortilèges ?

- Non, métamorphose, il est plus de seize heures. Et, oui, je devrais y être mais notre professeur a eu un malaise et il a l'air très faible. Il n'est pas du tout en état de nous faire cours. Je sais que la pleine lune est pour demain soir, ça a peut-être un rapport…

- Non, ça ne lui fait pas ça, normalement. Bon, reste là, j'arrive.

Severus retourna voir son patient.

- M. Powell, je suis désolé mais je vais devoir vous lâcher, nous essaierons de rattraper cette heure si nos emplois du temps nous le permettent.

Le jeune Poufsouffle acquiesça, se leva, salua Severus et s'en alla. Severus prit sa mallette et revint vers Draco.

- Allons-y. Dis-moi ce qui s'est passé précisément.

- Le professeur Lupin n'était pas bien depuis le début du cours, mais déjà, hier, il paraissait fatigué. Sauf que là, c'était à peine s'il tenait debout. Tu es sûr que ça n'a rien à voir avec la pleine lune ?

- Ce serait très étrange, car même à quelques jours de la pleine lune, les lycanthropes ont davantage tendance à être agités. Tout l'inverse de ce que tu me décris.

- Ça vient peut-être de la potion Tue-Loup ? Ça se trouve, elle est trop fortement dosée et ça l'a mis à plat…

- C'est moi qui la prépare et je fais toujours très attention. Il y a encore du monde dans la salle ? Ou tes camarades sont tous partis, étant donné que votre professeur n'est de toute évidence pas apte à assurer le cours ?

- Non, ils sont restés, je pense. Harry, Ron et Hermione se sont aussitôt précipités vers leur directeur de maison, j'ai demandé à Théo de calmer Harry, voire de le sortir de la salle s'il commençait à trop paniquer, et les autres préfets doivent gérer les élèves, à mon avis.

- D'accord, vous avez bien contrôlé la situation. Ah, nous voilà arrivés.

Severus et Draco s'approchaient effectivement de la salle de métamorphose. Ils y entrèrent quelques secondes plus tard et virent le trio rouge et or autour d'un Remus qui n'était visiblement pas au top de sa forme. Severus s'adressa aux élèves :

- Veuillez partir, s'il vous plaît, votre professeur a besoin de calme.

Les cinquième année ne se firent pas prier et quittèrent la salle.

- M. Potter, M. Weasley, Miss Granger, vous pouvez y aller aussi.

- J'aimerais rester, professeur, signala Harry.

- Ce n'était pas une suggestion, mais un ordre, dit calmement Severus.

- Je me ferai discret, c'est promis, je veux juste savoir ce qu'a Remus, insista Harry.

- M. Potter, ne m'obligez pas à vous mettre dehors de force.

- Mais pourquoi vous cherchez toujours à me tenir à l'écart ?! s'énerva Harry. C'est fou, ça ! Je ne suis plus un enfant !

- Et vous agissez pourtant comme tel en refusant de m'obéir. À votre âge, vous devriez comprendre qu'un médicomage préfère voir son patient seul à seul.

- Harry, le professeur Snape a raison, intervint Miss Granger. Notre directeur de maison est entre de bonnes mains. Ils te parleront quand ils l'estimeront nécessaire. Ils ne t'ont jamais rien caché sur le long terme, ils t'ont toujours tout dit en temps voulu. Ce sera pareil pour cette fois-ci.

Harry se laissa convaincre et soupira.

- D'accord, allons-y.

Il leva les yeux vers Severus.

- Excusez-moi, professeur. J'ai surréagi, j'aurais dû garder mon calme. Prenez bien soin de Remus.

Il emboîta le pas à ses deux meilleurs amis et tous trois s'en allèrent. Severus se tourna vers son ami et collègue.

- Remus, comment tu te sens ? demanda-t-il doucement.

- Pas très bien. Je n'ai aucune force et je suis fatigué comme je l'ai rarement été.

- Tu as déjà été dans cet état ?

- Non, j'ai connu de nombreux moments de fatigue, mais jamais comme ça.

- Tu as mangé et bu suffisamment d'eau ?

- Oui, ni plus ni moins que d'habitude.

- Tu as pris ta potion ?

- Oui, et je ne l'ai pas rejetée.

- Quand tu as eu ton malaise, qu'est-ce qui s'est passé exactement ? Tu as eu des vertiges, la tête qui tournait ?

- Non, même pas. Mes jambes n'ont juste plus pu me porter. Mais j'ai peut-être eu une sensation de vide liée à la fatigue, oui.

- Bon, il y a plusieurs pistes éliminées, mais ça ne nous dit pas ce que tu as. Je vais te faire boire une potion qui va te remettre un peu d'aplomb.

Severus fouilla dans sa mallette et en sortit une fiole qu'il tendit à Remus. Celui-ci la prit, la but et parut aller un peu mieux. Tout en faisant léviter la fiole jusqu'à la poubelle, Severus se souvint de ce que lui avait dit Draco sur le chemin. Il en fit part à Remus :

- Draco m'a révélé qu'hier, tu semblais déjà fatigué. Était-ce un effet de son imagination ou était-ce bien réel ?

- Non, c'était bien réel. Je me suis couché à vingt heures tellement j'étais épuisé. Évidemment, ça a inquiété Sirius qui a voulu te faire venir mais je lui ai dit que ça allait passer et qu'il me fallait juste une nuit de repos. Je pensais vraiment que ça irait mieux ce matin. Et c'était plutôt le cas jusqu'au petit-déjeuner. Mais la fatigue est revenue d'un coup.

- Tu penses que ça pourrait être lié à la pleine lune ?

- Je me pose la question, oui. Tu vas peut-être trouver ça idiot mais… j'ai l'impression que c'est le loup en moi qui est fatigué. Quelques jours avant la dernière pleine lune, je me sentais aussi un peu plus apaisé que d'habitude. Et le soir venu, une fois transformé, je n'étais pas comme avant. C'était différent par rapport aux autres pleines lunes. J'essaie toujours de dormir en attendant que le jour se lève et normalement, il y a une certaine agitation en moi, le loup est aux aguets, il bouge, il remue la queue, il grogne… Il n'est pas tranquille. Et là, lors de la pleine lune des vacances de Pâques, il était complètement apathique. Je me suis couché et je n'ai pas bougé jusqu'au lever du jour. Je poussais des gémissements plaintifs tellement j'étais patraque. Et je ne comprenais pas ce que j'avais. Je suis pourtant lucide sous ma forme de loup grâce à la potion Tue-Loup. Mais là, j'étais amorphe. Après, c'est peut-être moi qui n'étais pas bien le mois dernier et qui ne me sens pas bien depuis hier et ça déteint sur mon loup…

- Non, je pense que c'est plutôt l'inverse. Quand il m'a fait part de ton état, Draco a suggéré que ta potion était trop fortement dosée. J'ai réfuté cette supposition mais je commence à croire qu'il avait raison.

- Non, je te rassure tout de suite, si quelque chose avait changé dans la composition de la potion, je m'en serais aussitôt aperçu, soit à l'odeur, soit au goût. Mais d'un autre sens, ça se pourrait quand-même que la potion soit à l'origine de mon état. C'est après l'avoir bue au petit-déjeuner que je me suis de nouveau senti fatigué. Pourtant, Sirius et moi n'avions rien fait du tout la veille au soir ou au réveil…

Severus fronça les sourcils.

- Pourquoi dis-tu ça ?

- Eh bien, trois jours avant de rentrer au Square pour les vacances, et huit jours avant la pleine lune, Sirius et moi avons fait notre première fois. Le surlendemain, j'ai eu un tas de choses à faire entre le rendez-vous avec Molly Weasley le matin et le rendez-vous chez le généticomage l'après-midi, et je me suis un peu énervé facilement. Mais j'étais plus calme que ce à quoi on aurait pu s'attendre six jours avant la pleine lune. Et avec sa classe qui le caractérise tant, Sirius a lancé que c'était grâce au fait que j'avais tiré un coup avec quelqu'un de mon espèce juste avant d'entrer dans la période qui précède la pleine lune, que mon loup s'est calmé. Il peut vraiment être bête, parfois…

- Oh non, murmura Severus. C'est rare, mais il lui arrive de dire des choses très intelligentes, même s'il n'en a pas conscience. Et c'est exactement ce qu'il a fait à ce moment-là.

- Comment ça ? s'étonna Remus.

- Tout laisse à croire que le fait de t'être uni avec ton compagnon a agi comme la potion Tue-Loup sur ton loup. Le plaisir et le soulagement lié à cet acte libère des hormones qui apaisent ton loup. Peut-être même que le simple fait d'avoir ton compagnon près de toi suffit à le calmer à l'approche de la pleine lune. Ce qui fait que tu n'as plus autant besoin de la potion Tue-Loup qu'avant, puisque la présence de Sirius fait déjà le travail ! Il faut donc moins la doser ! Là, depuis que tu t'es uni avec Sirius, c'est comme si tu en prenais deux fois trop ! Elle est devenue beaucoup trop puissante pour toi ! C'est pour ça que tu es aussi faible ! Elle épuise trop ton loup ! Et ça se répercute sur toi ! Bon sang mais comment n'ai-je pas pu y penser plus tôt ?! Je t'ai mis en danger ! Si Sirius ne t'avait pas sorti cette phrase et si tu ne me l'avais pas répétée, jamais je n'aurais fait le lien ! Mais jusque-là, je n'avais pas entendu parler de ce genre de phénomène…

- Parce que peu de loups-garous peuvent s'offrir la potion Tue-Loup, répliqua Remus. Elle est trop chère pour quatre-vingt pour cent des loups-garous, en grande partie à cause de la discrimination à leur égard qui les empêche de se trouver un travail. Déjà qu'il existe peu de loups-garous gay, alors ceux qui croient en l'amour, qui ont un compagnon et qui ont l'accès à la potion Tue-Loup doivent se compter sur les doigts de la main… C'est donc normal qu'il n'y ait jamais eu d'échos d'un loup-garou qui a dû prendre des potions Tue-Loup moins dosées car il avait trouvé son compagnon…

- C'est vrai, admit Severus. Mais ce qu'on vient de découvrir ouvre tant de champs de possibilités pour un éventuel remède contre la lycanthropie… Si la potion Tue-Loup peut être remplacée par des hormones, alors une potion pourrait être créée pour favoriser la sécrétion et la multiplication de ces hormones… Bien sûr, ça demandera du temps, il faudra trouver le bon dosage, ainsi que les autres ingrédients, mais on a déjà une piste et c'est la plus fiable et la plus sérieuse qu'on ait eue depuis le début des recherches… Après, je ne veux pas te donner de faux espoirs, il se peut que ça n'aboutisse à rien…

- Je sais, je ne me fais plus beaucoup d'illusions, je me suis résigné dès mon enfance à rester toute ma vie avec ma condition de loup-garou. Et puis… je ne suis pas sûr de vouloir redevenir… normal. Évidemment, j'aimerais bien me débarrasser de mes transformations mensuelles et de tous les petits désagréments liés à ma nature de loup-garou, mais parmi tout ce qui résulte de cette nature, il y a un élément que je ne peux pas ignorer. Cet élément-même qui aurait permis de créer le remède et dont je serais privé une fois guéri de ma lycanthropie.

Severus comprit aussitôt ce à quoi Remus faisait référence.

- Ton lien avec Sirius, marmonna-t-il.

Remus acquiesça.

- Je ne veux pas y renoncer, Severus. Avec ce lien, j'ai l'assurance d'être heureux pour le restant de mes jours avec l'homme que j'aime. S'il n'y a plus de lien, je perdrai Sirius. Il ne restera pas avec moi. Parce qu'il n'est pas gay, ni bi, à la base. Après, je ne veux pas le garder prisonnier de ce lien pour mon propre intérêt… Il a le droit de retrouver sa liberté… Merlin que c'est compliqué…

- Je suis désolé, je n'aurais pas dû te parler de ça, s'excusa Severus. Je ne pensais pas que ce serait synonyme de casse-tête…

- Ne t'en fais pas, ce n'est pas comme si c'était pour demain, ce remède… Au moins, on sait que tu vas devoir diminuer l'intensité de la potion.

- Oui, je ferai attention pour le mois prochain et je vais te préparer un gobelet moins concentré pour demain matin. Hors de question que tu continues à prendre les potions que je t'ai données. Parle de tout ça à Sirius, c'est important qu'il sache.

- Je le ferai dès que je rentrerai. Il va aussi falloir que je rassure Harry. Il avait l'air très inquiet, tout à l'heure… Je ne sais pas ce qui lui a pris de s'énerver comme ça. Il est bizarre, de toute façon, en ce moment. Je n'ai pas eu l'occasion de te le dire mais lundi, j'ai dû coller Harry.

Severus écarquilla les yeux.

- Quoi ? T'es sérieux ? Mais… pourquoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

Remus raconta alors la scène qu'il y avait eu entre Harry et lui trois jours plus tôt. Severus fut sous le choc.

- Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond chez lui, lâcha-t-il. Nous avions déjà eu une discussion à son sujet, Sirius, toi et moi, quand je vous avais dit que Harry m'avait rendu une potion moins bonne que d'habitude. Nous avions décidé de ne rien faire pour le moment et de le surveiller pour voir s'il y avait un changement dans son comportement. Pour ma part, je vois souvent qu'il a l'air ailleurs.

- Oui, Sirius et moi avons également remarqué qu'il paraissait préoccupé. Mais il suit toujours aussi assidûment les cours. S'il a des problèmes, ça ne l'empêche pas de se concentrer en classe. Ça doit donc être assez léger, mais j'ai pourtant l'impression que c'est quand-même un peu sérieux… C'est à n'y rien comprendre.

- Il faudrait convoquer ses amis pour voir s'ils savent des choses que nous ignorons.

Le visage de Remus s'assombrit.

- J'ai dit quelque chose qui ne fallait pas ? s'inquiéta Severus.

- Non, c'est juste que ce que tu viens de dire, ça me rappelle de mauvais souvenirs. C'est ce qu'on avait fait, avec Sirius, on avait réuni tous les proches de Harry peu avant le triste dénouement de sa relation avec son ancien petit-ami. On avait appris pas mal de choses, on était à ça de le sortir de la situation dans laquelle il était empêtré… Mais on a manqué de temps, car à peine vingt-quatre plus tard, tout basculait pour Harry. Et pour nous. Si on avait réagi plus tôt, ce ne serait peut-être pas allé aussi loin.

- Sûrement, et c'est pour ça que là, on va prendre les choses en main rapidement. Sirius et toi, vous allez essayer d'avoir un maximum d'informations de la part de la bande d'amis de Harry. Vous me direz ce qu'ils vous auront dit et on verra ensuite ce qu'on fera. On va éviter de se précipiter, il n'y a pas de quoi s'affoler pour le moment, je pense. Ce n'est pas comme quand il était sous l'emprise de ses potions de sommeil sans rêves.

- C'est ce qu'on s'est dit avec Sirius. On va agir vite, mais calmement, sans paniquer.

- Voilà. On enclenchera la vitesse supérieure si on voit que ça ne va pas plus avec Harry.

- Sirius m'a dit que Harry viendrait nous voir s'il voyait que la situation devenait trop compliquée à gérer tout seul. Pour lui, Harry attend juste le moment où il ne pourra plus s'en sortir sans l'aide de quelqu'un.

- C'est fort possible, oui. Il n'a toujours pu compter que sur lui-même, donc il a ce réflexe de cacher ses problèmes, mais en même temps, il sait que ce n'est plus pareil, maintenant, qu'il y a du monde autour de lui qui peut l'aider et qui ne demande que ça. Il va sûrement mêler son instinct et sa raison en se débrouillant d'abord seul, comme il a l'habitude de le faire, puis en venant nous parler quand il verra qu'il n'arrive à rien seul.

- C'est la réflexion qu'a eue Sirius. Il a confiance en Harry, il sait qu'il ne refera pas la même erreur qu'avec son mal-être dû à la troisième tâche du tournoi des trois sorciers.

- Et il a raison. Il est tout de même doté de bon sens.

- Oui, ça se voit quand il laisse un cognard le frôler en plein entraînement au lieu de l'éviter parce que le vif d'or est juste en face de lui… C'est le coup qu'il a fait lors du dernier entraînement. J'en ai entendu parler en traînant près de la salle commune de Gryffondor.

- Il a dû oublier qu'il s'agissait d'un entraînement et qu'il n'y avait aucune utilité à se mettre autant en danger... Mais restons sur le Quidditch, tiens. J'avais quelque chose à te dire mais ça n'a pas été facile de se voir récemment.

- Oui, c'est pour ça que je n'ai pas pu t'informer plus tôt de ce qui s'est passé lundi avec Harry. Je t'écoute, que voulais-tu me dire ?

- J'aimerais que cette année, le nouveau capitaine soit choisi en concertation avec le capitaine actuel de l'équipe. Jusque-là, le directeur de maison s'en occupait seul en se basant sur des critères qui ne nécessitaient pas l'avis du capitaine, tels que l'ancienneté de l'élève dans l'équipe, sa popularité, sa capacité à fédérer et mener un groupe… Là, je voudrais que les capitaines en poste aient leur mot à dire. Ils sont les plus à même de savoir quel joueur mériterait d'être nommé capitaine puisque l'un de leurs rôles et de superviser l'ensemble des joueurs et de noter leurs atouts et leurs faiblesses. Ils sont autant légitimes à choisir leur successeur que les directeurs de maison. Pour l'année prochaine, seules les équipes de Gryffondor et de Serpentard changeront de capitaine. M. Smith et M. Conley seront toujours là et ils n'ont pas de raison d'être déchus de leur poste. Mais je dirai quand-même à Sirius et à Pomona de convoquer le capitaine de leur maison respective pour savoir s'ils souhaitent conserver leurs postes. Toi et moi, de notre côté, nous allons faire de même mais choisir ensemble le nouveau capitaine. Si tu croises Miss Spinnet dans un couloir, donne-lui un jour et une heure pour que vous vous entreteniez. J'en ferai autant avec M. Montague.

- Très bien, je ferai ça dès que je la verrai. C'est une super idée, en tout cas. Ce sera beaucoup plus logique et cohérent.

- Je trouve aussi. Bon, je vais y aller et vite me mettre à la fabrication de ta nouvelle potion.

- D'accord, je vais rentrer et attendre gentiment que tu viennes me l'apporter.

- Et tu t'occuperas en parlant à Sirius de ton malaise et de ta potion.

- Oui, promis, soupira Remus en levant les yeux au ciel. Merci pour tout, Severus. À tout à l'heure.

Severus acquiesça et quitta la salle de son collègue. Tout en retournant à ses appartements, il pensa aux potions qu'il devait préparer pour Sainte-Mangouste. Il s'y replongerait plus tard. Il avait déjà fourni un stock suffisant en début d'après-midi, l'hôpital allait pouvoir tenir jusqu'à ce qu'il en ait terminé avec la potion Tue-Loup. Il songea qu'il avait vraiment bien fait d'abandonner presque tous ses cours, à l'exception de ceux des cinquième année. Sinon, il n'aurait jamais pu gérer une journée pareille, entre ses deux séances de thérapie, les potions de Sainte-Mangouste, la potion de Remus… Et il y avait désormais aussi Harry qu'il allait falloir surveiller de très près. Il ne fallait surtout pas le laisser s'embourber dans ses ennuis. Ni Severus, ni Sirius, ni Remus n'en avaient l'intention. Tous ensemble, ils allaient essayer de découvrir ce qu'avait Harry. Mais Severus espérait que cette fois, il viendrait de lui-même demander l'aide dont il avait besoin.

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(vendredi 03/05) POV Blaise

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Alors que Blaise s'entraînait sur le sortilège de la semaine qu'il maîtrisait désormais bien, il vit un mot virevolter vers lui. Il l'attrapa et le déplia en essayant d'être le plus discret possible.

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«C'est ok pour dix-sept heures. Harry semblait soulagé que j'annule notre séance de travail. Il m'a dit qu'il allait se reposer dans son dortoir. Il ne devrait pas traîner dans les parages. Donc on s'attend tous devant la salle à la fin du cours.»

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Blaise sourit, satisfait, et rangea le bout de parchemin dans une de ses poches. La veille, Ginny avait réussi à pister Harry tout à fait par hasard. Elle se promenait en même temps que lui dans le château et comme elle avait l'appareil photo sur elle, elle avait décidé de le suivre et de faire sa filature avec deux jours d'avance. Cela ne servait à rien qu'elle attende le samedi si elle pouvait le faire plus tôt. Elle n'avait pas vu les deux Serpentard de sixième année qui embêtaient Harry mais elle avait pris des photos qui en disaient long sur le harcèlement que subissait le Gryffondor. Sur certaines d'entre elles, des élèves plus âgés que Harry l'empêchaient d'avancer en formant un pseudo barrage devant lui. Personne ne lui venait en aide alors que sur une des photos, des septième année passaient à côté. Ils auraient pu intervenir mais ils n'avaient pourtant rien fait. Blaise avait été choqué quand Ginny lui avait raconté cela lors du déjeuner. Elle s'était installée à la table des Serpentard et avait mangé avec Blaise et ses amis. Étant donné que Pansy avait pris une photo sur laquelle apparaissaient les deux Serpentard en train d'ennuyer Harry, Draco avait conclu qu'il n'y avait pas besoin d'une autre filature et avait demandé à Ginny de les rejoindre à dix-sept heures devant la salle de sortilèges. Ils allaient tout mettre en commun et choisir un jour et une heure pour aller voir le professeur Lupin. Il avait fallu trouver un moyen pour éloigner Harry et Draco avait dit qu'il s'en occuperait. Harry les avait aidés sans le savoir en ayant envie d'aller à son dortoir après les cours, projet rendu réalisable par Draco qui avait annulé leur séance de travail. Tout était donc parfait. Blaise reporta son attention sur ce qu'il devait faire, à savoir perfectionner la précision de son sort puisqu'il le maîtrisait depuis le cours précédent. Il s'exerça donc pendant les vingt minutes restantes jusqu'à ce que le professeur Black ne les libère. Tout en rangeant ses affaires, Blaise vit Draco et Harry discuter. Le Gryffondor ne tarda pas à s'en aller après avoir embrassé furtivement Draco. Il devait vraiment être fatigué pour vouloir aller aussi vite à son dortoir. Cela arrangeait beaucoup la bande, il fallait bien le dire, mais Blaise espérait que cet épuisement n'avait rien de trop grave. Ce n'était pas seulement l'ami qui se faisait du souci, mais aussi le futur médicomage. Après s'être assuré qu'il n'avait rien oublié sur la table, Blaise sortit de la salle et rejoignit Draco, Théo, Pansy, Justin, Ron, Hermione et Terry. Ginny arriva quelques minutes plus tard et parut soulagée de voir que Harry n'était pas là. Mais ses traits demeuraient tendus.

- Salut tout le monde, sourit-elle. Vous êtes sûrs que Harry ne va pas nous chercher partout ?

- Non, il est parti se reposer, informa Draco.

Ginny se relaxa et vint se coller contre Blaise qui l'entoura de ses bras.

- On va à la salle sur demande ? suggéra-t-il.

Tous acquiescèrent. Ils montèrent au septième étage et se rendirent à leur salle secrète. Draco la fit apparaître, ils y entrèrent et s'assirent sur des coussins fleuris. Ginny se cala contre Blaise qui ferma ses bras autour d'elle.

- Pourquoi ces motifs ? s'intrigua Ron en désignant les coussins.

- Parce que c'est le printemps, qu'il fait beau et que les oiseaux gazouillent dehors, répondit Draco comme si cela coulait de source. L'ambiance est déjà assez triste comme ça, puisqu'on s'inquiète tous pour Harry, alors si on peut faire en sorte qu'elle soit un peu plus gaie…

- Ou hétéro, merci de ne pas tout ramener à toi, répliqua Blaise.

Tout le monde éclata de rire, même Draco qui leva cependant les yeux au ciel.

- J'avais oublié qu'avec ton humour pourri, il n'y avait pas forcément besoin de déco pour détendre l'atmosphère…

- Mon humour te dit crotte. Bon, parlons peu, parlons bien. Hier, après les cours, ma merveilleuse et magnifique petite-amie qui est la plus intelligente et la plus ingénieuse de toutes les filles de l'école, a pu suivre Harry alors que c'était samedi qu'elle devait faire sa filature. Et comme elle réussit tout ce qu'elle entreprend, elle est parvenue à prendre des photos qui prouvent bien que Harry subit du harcèlement.

- Blaise, je t'aime de tout mon coeur, tu le sais, mais ma réponse est toujours non et je ne changerai pas d'avis.

Blaise se tourna vers Draco.

- Tu vois, je t'avais bien dit que ça ne marcherait pas avec Ginny. Elle a horreur qu'on lui fasse son éloge comme ça. C'est trop joué, ça manque de naturel. Et je n'aime pas ça non plus.

- Oui bah fallait bien trouver quelque chose pour essayer de la convaincre…

- Vous pouvez nous expliquer ? intervint Terry.

- Ce midi, j'ai déjeuné à la table des Serpentard, commença Ginny, et Draco m'a demandé si je pouvais contacter Fred et George pour qu'ils nous livrent de quoi, je cite, «pimenter la soirée» qu'on fera ici-même. Je n'ai pas envie que ça vire au grand n'importe quoi alors j'ai refusé.

- Draco, avant de chercher des idées pour animer un peu la soirée, trouve-nous une date, car on n'en a toujours pas et ça devient légèrement urgent, rétorqua Hermione.

- D'accord, très bien, le huit juin à dix-neuf heures, ça vous va ? ironisa Draco.

Blaise calcula rapidement.

- Ça tombe un samedi, c'est parfait ! Et c'est peu avant les BUSE !

- Non mais je disais ça pour rire, lâcha Draco.

- Et ça nous laisse le temps de tout organiser, renchérit Ron sans écouter Draco.

- Mais…

- Et ça devrait convenir à tout le monde, s'enthousiasma Pansy.

- Et ce sera trois jours après l'anniversaire de Draco, il sera toujours temps de le fêter, même si c'est un peu en retard, suggéra Théo.

- Mais oui, bonne idée ! Et comme Draco est l'une des deux personnes qui a eu l'idée de cette fête, ce sera une façon de le remercier, ajouta Justin.

- Mais je n'ai…

- Ok, on fait comme ça, conclut Ron. On a enfin une date, reste plus qu'à avoir l'avis de Harry !

- Et de tous ceux qui sont conviés à cette fête, précisa Ginny.

- JE PEUX EN PLACER UNE, OUI ?!

Toutes les têtes se tournèrent vers Draco. Blaise se mit à rire face à l'air courroucé de son meilleur ami et lui donna une claque dans le dos.

- Cool, détends-toi, on était juste heureux de savoir quand allait avoir lieu cette soirée.

- Mais je n'étais pas sérieux, quand j'ai dit ça, protesta Draco.

- Mais ça te va quand-même, ce que tu as proposé ?

- Ben… comme ça, oui…

- Eh bah voilà, inutile d'aller chercher plus loin ! Bon, revenons à nos hippogriffes, si vous voulez bien. Car depuis qu'on est là, on parle de tout sauf de ce pour quoi on est venus ici à la base.

- C'est vrai, reconnut Pansy. Récapitulons ce qu'on a. Mardi, Ron a vu les deux Serpentard embêter Harry mais la photo qu'il a faite n'était pas très nette. On sait cependant que ce jour-là, ils s'en sont pris à Harry. Ron a aussi entendu des remarques et des blagues de mauvais goût. Mercredi, j'ai pisté Harry et j'ai moi aussi vu les deux Serpentard l'ennuyer. Je n'ai pas remis un nom sur leurs visages sur le moment mais j'ai pris une photo où on les voit bien. J'étais à quelques mètres d'eux et c'était juste avant qu'ils ne passent devant moi. J'ai donc pu avoir leurs visages. Une seconde de plus et je les avais de dos, ce qui ne nous aurait servi à rien. J'ai montré la photo le soir-même à Draco, Blaise et Théo et ils ont trouvé le nom des deux Serpentard. Il s'agit d'Edgar Chowdhury et d'Adam Dale. Avec la filature de Ron et la mienne, nous savons qu'ils ont embêté Harry deux jours de suite. Ça prouve qu'il y a un vrai acharnement de leur part. Hier, Ginny ne les a pas vus mais le fait qu'on les ait vus ennuyer à deux reprises Harry suffit à parler de harcèlement, d'autant plus qu'on sait que ce n'étaient pas les premières fois. Ginny a néanmoins pris d'autres photos où on voit des élèves faire un barrage pour empêcher Harry d'avancer. Il y en a d'autres qui passent à côté mais qui ne bougent pas le petit doigt pour l'aider. Si le professeur Lupin rapporte tout ce qu'on lui aura dit au directeur et que ce dernier met les choses au clair dans la Grande Salle, il pourra préciser qu'en laissant des gens malmener quelqu'un alors qu'ils ont la stature pour intervenir, ils se rendent complices. Car il y avait des septième année parmi les élèves qui passaient sans rien faire. Donc voilà, on a pas mal de preuves, maintenant, il faut aller en parler au professeur Lupin.

- C'est la pleine lune ce soir, indiqua Hermione. On peut essayer d'aller le voir demain matin, mais pas sûr qu'il soit disponible…

- On ira quand-même, mais on n'insistera pas, trancha Terry.

- Le truc, c'est que s'il sait que c'est à propos de Harry, il acceptera de nous recevoir même s'il est épuisé… Et comme il n'avait pas l'air au top de sa forme cette semaine, ce serait peut-être mieux de le laisser se reposer, songea Justin.

- Je suis d'accord, mais on risque de se faire sérieusement pincer les oreilles s'il apprend que nous avons préféré attendre avant de venir lui parler parce qu'on ne voulait pas le déranger, grimaça Ron.

- Pas faux, approuva Blaise.

- On fait quoi, alors ? demanda Ginny.

Instinctivement, tout le monde pivota vers Draco.

- Hé, pourquoi c'est toujours à moi que vous vous adressez quand il faut prendre une décision ? se plaignit-il. Je ne suis pas le leader du groupe, à ce que je sache, il n'y en a même pas du tout !

- Pardon, c'est juste qu'on a l'habitude de se tourner vers toi quand on parle de la fête qui aura lieu le mois prochain, alors inconsciemment, on fait la même chose pour tout autre sujet, expliqua Terry.

- Prends ça comme une preuve de confiance et de dévouement total, dit Pansy, à la fois sérieuse et amusée.

- Oh, c'est gentil, sourit Draco, l'air touché. Mais là, je suis désolé mais je suis dans le flou complet. Vous m'avez perdu, avec toutes vos remarques. Mais elles sont pertinentes, c'est pour ça que c'est difficile d'en tirer une conclusion.

- Dans ce cas, on va laisser le professeur Black choisir, intervint Théo. Ce sera sûrement sur lui que nous tomberons, puisque le professeur Lupin sera probablement en train de se reposer. On lui dira qu'on souhaite voir le professeur Lupin, on indiquera pourquoi, et on insistera sur le fait que s'il a besoin de dormir, on repassera plus tard ou on attendra notre prochain cours avec lui. On ne mettra aucune pression et le professeur Black sera ainsi libre de décider pour son collègue.

Théo se tut et Blaise échangea un regard avec les sept autres personnes de la bande. Toutes avaient l'air conquises par l'idée de Théo.

- Ça vous va ? interrogea Draco.

Blaise et le reste du groupe acquiescèrent.

- Bien, on fait comme ça, affirma Draco. Merci, Théo, c'est vers toi qu'on devrait se tourner quand il faut faire un choix… Si je deviens capitaine, tu seras mon adjoint. Si tu es d'accord, bien sûr. En plus, je crois bien que Severus a l'intention de créer des postes de co-capitaines pour le Quidditch et des postes de suppléants pour les préfets. Ce qui ne serait pas bête du tout.

- Mais oui, rebondit Hermione. Ce serait super pratique pour Harry. Il aimerait bien être capitaine, mais il dit qu'il y a des choses qui lui manquent pour ça, comme l'autorité. S'il prend Ginny comme co-capitaine, ils pourront se compléter…

Ginny sursauta dans les bras de Blaise.

- Je n'ai jamais dit que je voulais être co-capitaine ! s'exclama-t-elle.

- Mais ça te plairait ?

- Ben… je ne sais pas, je n'y ai pas réfléchi…

- Si Severus veut que les capitaines soient choisis avant la fin de l'année, il en fera autant avec les co-capitaines et les suppléants, donc les directeurs de maison en parleront vite aux élèves concernés, estima Draco. Ils vous laisseront du temps pour prendre votre décision.

- Je l'espère bien, rétorqua Ginny. Je ne pourrai pas donner une réponse dans la minute. Il va falloir peser le pour et le contre. Mais je trouve ça bien, ce concept de co-capitaines et de suppléants. Ça va être très utile en cas d'absence du capitaine ou du préfet. Vous avez une idée de qui vous voudriez comme suppléants ?

- Ben, moi c'est simple, soit Blaise, soit Théo, répondit Draco.

- Ce sera Théo, alors, parce que je ne suis pas très intéressé, avoua Blaise.

- Hé mais je ne vais pas pouvoir tout assumer ! s'écria Théo. Comment je vais faire, avec mes onze cours, si je suis à la fois co-capitaine et suppléant ?

- Tu n'as qu'à abandonner plus de cours, répliqua Draco.

- Non, je tiens à tous les poursuivre, sauf la divination.

Draco prit un air blessé.

- Tu préfères suivre des matières qui ne te serviront à rien, comme l'astronomie, l'arithmancie et les runes, plutôt que me seconder dans mes tâches de capitaine et de préfet ?

Blaise se retint de sourire en devinant le combat intérieur qui devait faire rage en Théo qui finit par soupirer.

- Je trouverai un moyen de tout gérer.

- Il est fou, commenta Draco en levant les yeux au ciel. Bon, et vous ? ajouta-t-il à l'adresse de ses collègues préfets.

- Je prendrais bien Dean, songea Ron.

Draco sembla se troubler brièvement, ce qui intrigua Blaise. Mais il reprit vite contenance et porta son attention sur Hermione.

- Et toi ? Je crois me souvenir que tu n'étais pas très amie avec les filles de ton dortoir…

- C'est surtout avec Parvati et Lavande que j'ai du mal, sinon je m'entends plutôt bien avec Kellah et Rionach.

- Je te conseillerais plutôt Rionach, même si je ne la connais absolument pas, dit Blaise. Kellah est comme moi, elle ne serait pas attirée par ce genre de responsabilités. Mais rien ne t'empêche de lui en parler.

- Je pense que je m'entretiendrai avec Kellah et Rionach, en effet, confirma Hermione.

- Ça vaudra mieux. Toi, Pansy, le choix est vite fait, devina Draco.

- Oui, ce sera Daphné, sans aucune hésitation. Et toi, Terry ?

- Anthony, car Michaël ne peut pas être préfet, ni suppléant, c'est juste impossible.

- Pourquoi ? s'étonna Pansy.

- Il n'est pas assez discipliné. On l'adore comme ça, Anthony et moi, c'est lui qui met de l'action et de l'énergie dans notre groupe, mais ce ne serait pas du tout compatible avec le rôle de préfet. Et ça ne l'intéresserait pas, de toute façon. Il va se faire un plaisir de nous narguer parce qu'il aura plus de temps libre que nous et qu'il pourra mieux organiser ses séances de travail.

- Oh, je m'amuserais bien avec lui, à mon avis, songea Pansy. J'aime bien faire ça aussi avec Draco, Blaise et Théo.

- Eh bien vas-y, je t'en prie, va voir si l'herbe est plus verte ailleurs, s'indigna faussement Ron.

- Je parlais de faire seulement connaissance avec lui, banane, rétorqua Pansy. Bon, je commence à avoir faim. Je vais aller manger. Qui veut m'accompagner ?

- Moi, mon ventre réclame aussi à manger, confia Ron.

- Ça m'aurait étonnée, plaisanta Pansy.

- Je vous suis, déclara Draco. Oh, zut, on n'a pas choisi l'heure à laquelle on va se retrouver… Huit heures quarante-cinq, près de la Grande Salle, ça vous va ? Je sais que l'équipe de Gryffondor a un entraînement à dix-heures et demie, ça nous laisserait un peu plus d'une heure trente pour expliquer toute l'histoire… Ça devrait être suffisant. Ça vous convient, alors ?

Blaise, Pansy, Théo, Ron, Hermione, Terry et Justin acquiescèrent sans hésiter.

- Super, à demain, alors.

Draco se leva, vite imité par Pansy et Ron, et tous trois s'en allèrent.

- Ça vous dérange si Hermione et moi restons ici ? demanda Terry.

Blaise et Ginny se regardèrent, tout comme Justin et Théo. Ils avaient visiblement tous décidé de ne pas utiliser la salle sur demande après la réunion.

- Non, on vous laisse la salle, annonça Justin en souriant.

- Bonne soirée, et ne faites pas trop de bêtises, ajouta Blaise.

Ginny siffla un «Blaise» exaspéré alors qu'ils quittaient la salle sur demande avec Justin et Théo. Ils descendirent ensemble les escaliers et se séparèrent au sixième étage, Blaise et Ginny souhaitant se promener dans le château tandis que Justin et Théo voulaient profiter de la fin de la journée dans le parc.

- On ira dîner vers dix-neuf heures, proposa Ginny.

Blaise approuva d'un signe de tête. Il était à peine plus de dix-huit heures, cela leur laissait un peu moins d'une heure pour faire le tour du château. C'était largement suffisant. Ils n'avaient pas besoin de se presser. Ils marchèrent donc tranquillement, main dans la main, dans les couloirs quelque peu animés de Poudlard. Ils croisèrent au quatrième étage Wayne Hopkins et Padma Patil qui étaient de ronde ce jour-là. Le remplaçant d'Ernie MacMillan semblait s'être plutôt bien familiarisé avec son nouveau poste qu'il avait pourvu récemment. Pansy et Hermione n'en disaient que du bien, ce qui agaçait Ron dont la réaction amusait beaucoup le reste du groupe. Blaise et Ginny descendirent au troisième étage qui était bien plus agité que ceux d'avant. Les jeunes élèves couraient partout sans se soucier des personnes qu'ils bousculaient.

- Évidemment, maintenant que les préfets sont passés, ils se croient tout permis, grimaça Ginny.

- Il faudrait qu'il y ait plus de préfets sur une même ronde, songea Blaise.

- Mmmh.

Blaise haussa les sourcils.

- Tu n'es pas d'accord avec moi ?

- Si, si, mais je pense que le professeur Snape finira bien par s'en occuper. Il est décidé à réformer toute l'école, alors le système des préfets ne va sûrement pas y échapper…

- C'est vrai. On peut lui faire confiance pour ça. Ouuuuuh, quelle odeur nauséabonde…

- Quelqu'un a lancé une bombabouse pas loin d'ici, dit Ginny en se couvrant le nez.

- Ils abusent, franchement… Je dis souvent que le poste de préfet ne m'intéresserait absolument pas mais parfois, j'aimerais bien être préfet pour pouvoir dire aux jeunes élèves de se tenir à carreau et les menacer de leur enlever des points s'ils continuent leurs bêtises…

- Tu serais très convaincant, j'en suis sûre, rigola Ginny.

- C'est ça, moque-toi de moi, feignit Blaise de bouder. Ah bah tiens, voilà une préfète… Elle tombe bien ! Même si elle n'est pas de ronde…

En effet, Blaise venait d'apercevoir Hannah Abbot qui avançait vers eux. Sauf que, contrairement à ce qu'espérait Blaise, elle ne parut pas faire attention au désordre qui régnait dans le couloir. Ce qui était étrange pour une préfète. Il se résolut donc à l'interpeller :

- Hannah !

Sa camarade tourna la tête vers lui.

- Oui ? fit-elle d'un ton distrait.

- Les préfets ont bien le droit d'agir en-dehors de leurs rondes ?

- Oui, pourquoi ?

- Parce que c'est le bazar, ici, les plus petits font les idiots et il y a même des bombabouses qui ont été lâchées…

- Ah… Je ne sens rien, moi, s'étonna Hannah.

Blaise et Ginny se regardèrent, incrédules. L'odeur était quand-même très présente, nul ne pouvait passer à côté…

- Tu dois être enrhumée, alors, car ça sent vraiment très fort.

- Non, mon nez va parfaitement bien. Mais je suis peut-être habituée à cette odeur, à force de faire les rondes… Et puis, quand on voit tout de façon positive, on ne remarque pas ce genre de détails. Quant aux élèves qui ont lancé la bombabouse, on ne peut punir personne si on ne sait pas qui c'est. Je ne peux donc rien faire et étant donné que vous non plus, il vaut mieux changer d'étage. Bonne fin de promenade.

Hannah s'en alla sur ces mots, laissant Blaise et Ginny profondément perplexes.

- Elle était bizarre, non ? commenta Ginny.

- Je trouve aussi, mais ça n'a rien de surprenant. Elle a perdu son père lors des vacances de Pâques, elle doit être sous anti-dépresseurs. Et ça peut avoir ce genre d'effets.

- Elle avait quand-même l'air vachement ailleurs… Ni Mme Pomfrey, ni le professeur Snape ne lui auraient donné un traitement qui la mettraient dans un tel état secondaire…

- Elle a peut-être un peu trop forcé sur la dose, suggéra Blaise.

- Ou alors, ce sont d'autres potions qu'elle prend.

Blaise s'arrêta brusquement, faisant faire de même à Ginny qu'il tenait par la main.

- Attends, qu'est-ce que tu essaies de me dire, là ? se méfia Blaise.

- Je crois que tu as très bien compris, rétorqua Ginny.

- Non mais Ginny, tu dérailles, là ! Hannah ne peut pas se droguer !

- Il y avait pourtant des signes qui ne trompaient pas.

- Mais ce n'est pas parce qu'elle semblait bizarre qu'elle était forcément droguée !

- Elle était trop zen pour que ce soit normal, Blaise. Elle était limite prête à affirmer que les licornes arc-en-ciel et les éléphants roses existaient ! Elle écoutait à peine ce qu'on disait ! Elle ne se rendait pas compte de ce qui se passait !

- Une surdose d'anti-dépresseurs peut avoir cet effet-là, insista Blaise. On aurait dû l'emmener voir l'infirmière ou le professeur Snape.

- Plutôt le professeur Snape. Il est le plus à même de reconnaître de quel type de potions a abusé un élève.

- Ginny, arrête avec ça, soupira Blaise. On a déjà Hermione dans la bande qui fait une fixette sur les dealers, tu ne vas pas t'y mettre toi non plus !

- Ça n'a rien à voir, répliqua Ginny. Là, c'est du concret, il y a des signes, alors que Hermione, elle, soupçonne n'importe qui sans preuves apparentes ! Je veux bien croire que Hannah soit sous anti-dépresseurs, mais ce ne sont assurément pas les seules potions qu'elle prend pour évacuer son mal-être !

Blaise secoua la tête.

- Ça se voit que tu ne connais pas Hannah pour dire des choses pareilles.

- Justement, répliqua Ginny. C'est parce que je ne la connais pas que j'ai plus de recul. Je suis plus lucide que toi grâce au fait que je suis un peu moins proche que toi d'elle. Quand Harry se droguait avec ses potions de sommeil sans rêves, je ne le voyais pas non plus, tout comme Ron, Hermione, Draco, Théo, le professeur Black, le professeur Lupin… Parce qu'on était trop proches de lui. Toi, tu l'es moins de Hannah mais c'est une fille de ta classe dont tu entends souvent parler puisqu'elle est préfète et collègue de deux de tes meilleurs amis. C'est normal que tu sois de parti pris.

Blaise considéra longuement les propos de Ginny. Il ne pouvait nier qu'elle avait raison. Peut-être refusait-il de voir les choses en face car il pensait trop bien connaître Hannah… Combien de gens tombaient des nues en apprenant que quelqu'un de leur entourage n'était pas celui qu'ils croyaient ? Mais un argument subsistait dans son esprit.

- Je veux bien entendre tout ça, mais Hannah est une préfète. Jamais elle n'achèterait de la drogue à quelqu'un alors qu'elle est censée lutter contre le trafic de potions droguées !

- Tu oublies quelque chose, signala Ginny. Depuis la rentrée, les préfets n'arrivent plus à tomber sur des trafics de drogue. Ron et Hermione semblent certains qu'il y a une taupe dans l'entourage d'un des préfets qui donnerait des infos essentielles à un dealer qui les partagerait avec les autres dealers. Mais peut-être que la taupe est bien plus directe que le cercle proche d'un ou une préfète…

- Je n'avais pas pensé à ça, murmura Blaise. Mais c'est impossible, une préfète ne peut pas être la cliente d'un dealer…

- Tu l'as dit toi-même, Hannah a perdu son père récemment, elle doit avoir du mal à s'en remettre, alors elle a très bien pu se tourner vers la drogue pour oublier…

- J'espère que tu te trompes… Ça me ferait mal d'apprendre que Hannah est tombée là-dedans…

- Il faudrait la surveiller de près. Mais ça doit être très compliqué de pister une préfète…

- Oh oui, les préfets ont bien plus de réflexes que les autres élèves. Mais je ne pense pas que ce soit à nous de nous en occuper. Nous ne sommes ni préfets, ni professeurs. Et sans preuves concrètes, on ne peut pas dénoncer quelqu'un.

- Je sais, soupira Ginny. Oublions ça pour le moment. Terminons notre promenade et allons manger.

Blaise acquiesça et enlaça de nouveau ses doigts avec ceux de Ginny. Il s'efforça de songer à autre chose mais sans succès. Ginny ne tarda pas à lui faire savoir que c'était son cas aussi :

- Juste, une question… S'il s'avère que Hannah se drogue vraiment et qu'elle se fait attraper, est-ce qu'elle sera déchue de son poste de préfète ?

- Sûrement, oui.

- Ça fera donc deux fois que Poufsouffle doit changer de préfet.

Blaise écarquilla les yeux.

- Je n'avais pas du tout pensé à ça. Le chamboulement que ce serait parmi les préfets…

- Ce serait à l'image de l'année qu'on a eue… On ne peut pas dire qu'elle ait été de tout repos…

- Ça, c'est sûr. Il s'en est passé, des choses. Mais moi, ce que je préfère retenir, c'est que je me suis fait plein de nouveaux amis. Et, surtout, que j'ai trouvé l'amour et que je suis sur un petit nuage avec la fille la plus géniale de Poudlard.

Ginny rougit tout en ayant l'air émue. Elle s'arrêta, forçant Blaise à faire de même, comme il l'avait fait avec elle quinze minutes plus tôt. Elle planta son regard dans celui de Blaise qui sentit une nuée de papillons envahir son ventre.

- La fille la plus géniale de Poudlard est elle aussi sur un petit nuage avec le garçon le plus génial de Poudlard. Et elle l'aime comme elle n'a jamais aimé personne auparavant.

Il n'en fallut pas plus à Blaise pour s'emparer des lèvres de Ginny et l'entraîner dans un baiser à la fois amoureux et passionné. Il le rompit au bout de quelques minutes mais sans décoller son front de celui de Ginny.

- Je t'aime aussi, murmura-t-il.

Ginny sourit, déposa un léger baiser sur les lèvres de Blaise, puis ils reprirent leur promenade, main dans la main. Lorsqu'ils arrivèrent au rez-de-chaussée vingt minutes plus tard et qu'ils se rendirent à la Grande Salle, Blaise avait oublié tout ce qui avait pu se passer durant la journée, ayant l'esprit entièrement rempli de tout ce qui avait trait à sa jolie et tendre Ginny.

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(samedi 04/05) POV Remus

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En se réveillant ce matin-là, Remus se sentit légèrement cotonneux. Il mit quelques minutes à se souvenir qu'il avait passé la nuit sous sa forme lupine. Comme lors de la pleine lune du mois d'avant, il n'avait fait que dormir, sans être sur le qui-vive comme il l'était habituellement. En fait, il avait dormi aussi bien que s'il avait été dans son lit à côté de Sirius. Sauf que là, c'était dans son bureau qu'il avait fait sa nuit. La seule différence, c'était le bois dur sur lequel il avait été allongé. Il n'était donc pas du tout fatigué, mais en revanche, il avait toujours autant de courbatures. Le fait de dormir toute la nuit ne changeait rien aux douleurs qu'occasionnait la transformation. Et être couché pendant plus de dix heures sur une surface dure n'arrangeait pas les choses. Mais ce n'était rien du tout comparé aux souffrances qu'il avait endurées sans la prise de la potion Tue-Loup. Depuis qu'il y avait accès, ses pleines lunes étaient beaucoup plus agréables. Il ne se faisait plus de mal comme il le faisait avant. Et depuis son union avec Sirius, c'était encore mieux. Il dormait d'une traite, ce qui ne lui était jamais arrivé en trente-et-un ans de lycanthropie. Il allait tout de même se reposer en rentrant à ses appartements, car les potions qu'il allait prendre pour soulager les maux causés par la pleine lune avaient des effets somnolents. Mais contrairement aux nombreux lendemains de pleines lunes qu'il avait vécues à Poudlard, aussi bien en tant qu'élève qu'en tant que professeur, il n'allait pas rester au lit toute la journée. Il n'en aurait pas besoin. À midi, il serait remis sur pied. Il pourrait déjeuner avec Sirius et manger le bon petit plat qu'il leur aurait préparé. Ce fut sur cette pensée très alléchante qu'il se leva et quitta son bureau après s'être rhabillé. Il descendit au rez-de-chaussée et se rendit à ses appartements. Lorsqu'il y pénétra, une délicieuse odeur de café, d'œufs, de bacon et de pain grillé vint emplir ses narines. Il avança jusqu'au salon et découvrit son compagnon en train de disposer verres, bols, assiettes et couverts sur la table.

- Comment suis-je censé aller me coucher alors qu'il y a un exquis petit-déjeuner qui ne demande qu'à être dévoré ?

Sirius leva brusquement la tête, l'air surpris.

- Tu es déjà là ?

- Eh oui, comme tu le vois. Mais j'aurais mieux fait d'attendre un peu avant de rentrer, le temps que tu prennes ton petit-déjeuner.

- On peut très bien le prendre ensemble, signala Sirius.

- Ce ne serait pas très raisonnable, je dois boire mes potions et me reposer.

- Tes potions feront mieux effet si tu as le ventre plein. Et c'est important que tu te nourrisses après la pleine lune. Allez, fais-moi plaisir, mange avec moi…

Remus ne put résister face à la mine suppliante de son compagnon.

- D'accord, céda-t-il.

Il s'installa tandis que Sirius partait chercher le bacon et les œufs, le pain grillé et le café étant déjà sur la table. Il se laissa servir, voyant bien que cela ravissait Sirius de s'occuper de lui.

- Alors, comment s'est passée cette pleine lune ? Aussi calme que la précédente ?

- Oui, mais un peu différente quand-même. J'étais beaucoup moins faible grâce au fait que Severus ait mieux dosé ma potion. Je n'ai fait que dormir mais ça m'a fait du bien. C'était comme une nuit normale, sauf que j'étais par terre, dans mon bureau, sous ma forme de loup. Mais par rapport aux pleines lunes d'avant, le réveil est tout aussi inhabituel que la nuit en elle-même. Pendant trente-et-un ans, lors des lendemains de pleine lune, j'étais fatigué, j'avais mal partout, je ne me souvenais de rien et je n'avais pas du tout faim. Là, je suis en forme, je me rappelle tout ce qui s'est passé avant que je ne sombre dans le sommeil et j'ai une faim de loup, sans mauvais jeu de mots. Par contre, les courbatures sont toujours aussi présentes. Mais c'est beaucoup plus supportable car elles ne sont pas accompagnées par la fatigue. Et tout ça, c'est grâce à toi.

Sirius rougit.

- C'est surtout grâce au lien. Je n'ai rien demandé, c'est ton loup qui m'a choisi.

- Oui, mais c'est quand-même grâce à toi puisque tu es là.

- Eh bien je suis heureux de rendre tes pleines lunes plus agréables, même si je ne fais rien de bien spécial pour ça à part exister. Mais c'est fou, quand on y pense. Il suffisait que tu reconnaisses ton compagnon et tu t'unisses avec lui pour que tu passes de meilleures pleines lunes…

- Oui, et je suis un peu dégoûté, à vrai dire. Avoir passé toutes ces nuits à m'infliger des blessures qui s'ajoutaient aux multiples douleurs occasionnées par la transformation alors que j'aurais pu être apaisé par la présence de mon compagnon… J'ai l'impression d'un gros gâchis.

- Je comprends, grimaça Sirius. Mais je me demande quelque chose, du coup. Imagine, lors de nos années Poudlard ou même après, j'avais décidé de faire de nouvelles expériences en couchant avec un mec. Si ce mec avait été toi, est-ce que le lien se serait activé ? Est-ce que ça aurait été considéré comme une union ? Est-ce que ça aurait eu un effet sur tes pleines lunes ?

Remus cligna des yeux, interloqué.

- Tiens, c'est une bonne question, ça. Et je n'ai pas la réponse. Il faudrait la poser à Severus. Mais je pense que le simple fait de coucher ensemble n'aurait pas permis d'activer le lien. Ce n'était pas la seule condition requise. Il fallait qu'on soit conscient de l'existence du lien et qu'on l'ait accepté, ce qui n'aurait pas été le cas si on avait eu une aventure juste pour le fun. Donc il n'y a pas de regrets à avoir, en réalité.

- Ça me rassure un peu. Bon, que veux-tu sur tes toasts ? De la confiture de fraise, de la confiture de mûres, de la marmelade d'orange… ?

- De la confiture de fraise, s'il te plaît.

- Ah, ça n'a pas changé, ça. C'est toujours ce que tu prends pendant les quelques jours qui suivent la pleine lune.

- Oh, tu me connais décidément très bien.

- Je fais juste attention à toi. Et comme je ne regarde que toi, je repère vite ce genre de détails.

- Ooooh, tu es trop mignon…

Remus se pencha et embrassa longuement son Padfoot adoré. Ils continuèrent ensuite à déjeuner en parlant de tout et de rien. Une fois l'estomac bien rempli, Remus se rendit à la chambre pour boire ses potions et se reposer. Sirius l'accompagna et lui demanda de se mettre sous les draps tandis qu'il cherchait les différentes potions dans la table de nuit. Remus obéit sagement, appréciant beaucoup le fait que Sirius soit à ses petits soins. Il savait qu'il ne le prenait pas en pitié et qu'il voulait juste lui faire plaisir. Et c'était réussi. Il but toutes ses potions, puis il se coucha et ferma les yeux lorsque Sirius fut parti. Il se détendit complètement afin de favoriser l'apparition du sommeil mais celui-ci eut à peine le temps de pointer le bout de son nez que la porte s'ouvrit.

- Remus, tu dors ?

- Je commençais à m'assoupir, avoua Remus en se redressant. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?

- On a la visite de neuf élèves qui veulent te parler.

- Hein ? Mais qu'est-ce que tu racontes ?

- Je sais, ça peut paraître étrange comme ça mais en fait, il s'agit de Ron, Hermione, Ginny, Draco, Théo, Blaise, Pansy, Terry et Justin.

- Oh… Tu crois que c'est à propos de…

- Pour qu'ils viennent tous ensemble, je ne vois que ça, oui.

- J'arrive.

- Non mais tu dois te reposer, je peux leur dire de repasser plus tard…

- Non, hors de question. Si ça concerne Harry, ça ne peut pas attendre. Et je suis capable de tenir, je risque juste d'être un peu amorphe, ce sont les potions qui font ça.

Remus enfila ses chaussures et suivit Sirius hors de la chambre. Ils allèrent à la rencontre des neuf adolescents qui patientaient derrière la porte. Remus avait beau s'y être préparé, il fut tout de même un peu surpris de voir autant de personnes face à lui.

- Bonjour à tous, salua Remus en souriant. Que faites-vous tous là ?

- Bonjour, professeur, nous souhaiterions vous parler, déclara Hermione. Mais nous pouvons revenir plus tard, nous savons que la pleine lune était hier…

- Je suis tout à fait apte à vous écouter, ne vous inquiétez pas, assura Remus. Mais venez, ne restez pas plantés là…

Sirius et Remus firent entrer la bande et les conduisirent jusqu'au salon. Remus transforma divers objets en chaises afin qu'il y en ait pour tout le monde et proposa aux neuf élèves de s'asseoir.

- Je peux vous laisser avec votre professeur de métamorphose, si ça concerne son cours, ses devoirs, les BUSE…

- Non, il vaut mieux que vous restiez, car c'est au sujet de Harry, dit Théo.

- Ah, je me disais aussi, c'était bizarre de vous voir tous débarquer sans Harry… Vous êtes venus ici sans qu'il ne le sache, je suppose ? devina Sirius.

- Oui, on a réussi à faire en sorte qu'il ne se rende compte de rien. Il est remonté à son dortoir juste après le petit-déjeuner, de toute façon, précisa Ron.

- Il y a quelque chose de grave avec lui pour que vous ayez organisé cette visite dans son dos ?

- Grave, on ne sait pas, mais il a des problèmes, ça, c'est sûr, attesta Draco. On aurait aimé vous en parler plus tôt mais on préférait attendre d'être sûrs avant de venir vous voir.

- Nous n'allons pas vous en tenir rigueur, assura Sirius. Nous aurions sûrement fait la même chose. On vous écoute, qu'y a-t-il avec Harry ?

- Tout a commencé quelques jours après l'officialisation de son couple avec Draco et celle du vôtre, relata Hermione. Des élèves se sont vite mis à attaquer Harry lors des repas dans la Grande Salle en lui envoyant des bouts de parchemin. Je lui ai conseillé de vous en parler mais il a refusé.

- C'est bizarre, je pensais pourtant qu'il avait retenu la leçon après ce qui s'est passé avec Adrian et ses potions droguées, qu'il avait compris qu'il devait se confier à nous s'il avait des problèmes…

- Oui, il le sait, mais pour lui, il n'y a surtout pas intérêt à ce que vous sachiez qu'il se fait harceler.

- Pourquoi ? s'étonna Remus.

Hermione sembla mal à l'aise.

- Eh bien, au début, je croyais que les messages ne concernaient que son couple avec Draco, mais à un moment, il s'est trahi en insistant sur le fait qu'il ne fallait pas que vous soyez au courant et j'ai deviné que les messages visaient également votre couple… Il a d'abord nié, puis il m'a dit qu'il ne voulait pas que vous vous sentiez responsables. J'ai tenté de le convaincre d'aller vous voir, il s'est entêté à refuser, on s'est disputés et je suis partie après l'avoir clairement prévenu que je n'allais pas rester sans rien faire.

Remus était secoué. Il ne s'attendait pas à ça. Mais la colère ne tarda pas à prendre le dessus. Harry se faisait harceler à cause de son couple avec Sirius alors qu'il n'y était pour rien du tout. Il laissa de côté ses états d'âme et porta de nouveau son regard sur les amis de Harry.

- Quelqu'un a-t-il autre chose à dire ?

- Oui, répondit Draco. Il y a environ deux semaines, j'étais avec Harry dans la salle des binômes, on allait en sortir quand Roger Curtis est venu nous dire qu'on ferait mieux de se dépêcher. Harry lui a calmement dit qu'on n'avait pas l'intention de traîner et Curtis a rétorqué quelque chose du genre qu'on n'avait pas à s'en faire si on arrivait en retard au cours de métamorphose et que Harry ne se ferait pas disputer puisque vous ne voudriez pas vous fâcher avec le professeur Black. Il ne l'a pas explicitement nommé mais c'était ce qu'il sous-entendait. J'ai dit à Harry de ne pas faire attention à Curtis, j'ai pris ça un peu à la légère et je le regrette car je sais maintenant qu'il en a reçu d'autres, des remarques comme ça. Ce n'était que le début de ses ennuis, en fait.

- Je trouve que c'est déjà suffisant, lâcha Remus. Il subit d'autres choses ?

- Oui, mais à partir de ce qu'on va vous raconter, ça n'a longtemps été que des suppositions, révéla Théo. Le jour de son conseil d'orientation, Justin a été embêté par deux Serpentard qu'il a reconnus comme étant des Serpentard de sixième année.

- Oui, grâce au Quidditch, j'avais le visage de quatre garçons de septième année, dont un qui n'est plus là, et les deux garçons qui m'ont interpellé paraissaient être de la même promotion. Mais je ne les connaissais pas du tout, je n'avais pas leurs noms. Ils m'ont accosté alors que je sortais de mon conseil. Je ne vais pas entrer dans les détails mais ils ont tenté de discréditer Théo à mon égard pour me pousser à rompre avec lui. Ils ont toujours eu une dent contre lui pour la simple raison qu'il ne mérite pas sa place à Serpentard selon eux. Le fait qu'il soit gay n'a rien arrangé. Ils ont donc voulu lui faire du mal en faisant en sorte que je le quitte. Mais je ne me suis pas laisser berner, j'ai réussi à retourner la situation et ils ne m'ont plus embêté depuis. J'en ai parlé à Théo le soir-même car nous étions conscients d'être des cibles et que ce genre de choses pouvaient arriver, et on s'était promis de ne rien se cacher. Je lui ai tout dit, et en se faisant la réflexion que ces deux types devaient s'en prendre à toutes les personnes gay qui leur tombent sous la main, Théo s'est inquiété du fait qu'ils aient pu ennuyer Harry. Dans la bande, on avait déjà tous remarqué qu'il était un peu bizarre depuis la rentrée. Ça m'a alors paru fort possible qu'il ait pu se faire embêter par ces deux Serpentard. J'ai proposé à Théo de parler à Harry, étant donné qu'il n'y avait qu'à lui qu'il pourrait se confier sur un sujet aussi sensible. Théo a aussitôt accepté mais le problème était de trouver du temps pour avoir cette discussion. On a aussi décidé de se réunir avec la bande s'il s'avérerait que Harry se faisait bel et bien harceler. La suite, c'est à Théo de la raconter mais d'abord, je crois que Ron a essayé à son tour de tirer les vers du nez à Harry… On s'est organisés juste avant de venir mais il y a tellement de choses à dire que c'est compliqué de s'y retrouver…

- C'est bien à moi d'intervenir, confirma Ron. Lors d'un week-end, plus précisément la veille de la sortie à Pré-au-Lard, Harry, Hermione et moi avons voulu passer l'après-midi rien que tous les trois dans le parc. Bon, c'est vite tombé à l'eau car Hermione a eu… euh… un truc à faire. Harry et moi craignions qu'elle ait un problème et quand elle est partie, j'ai constaté que Harry semblait bien plus animé en tâchant d'aider Hermione. Je le lui ai dit et j'ai suggéré que s'occuper des petits tracas de Hermione lui permettait de ne pas penser aux siens. Il a fait mine de ne pas savoir de quoi je voulais parler, je lui ai déclaré qu'on voyait tous qu'il n'allait pas bien en ce moment, je lui ai demandé s'il se faisait embêter dans les couloirs et il a prétendu ne pas recevoir plus d'insultes ou de moqueries que Draco, Théo ou Justin. Il a mis son attitude étrange sur le compte de tout ce qu'on avait à faire depuis la rentrée et j'ai compris que ça ne servait à rien d'insister.

Ron se tut et Théo prit le relais.

- Le lendemain, il y a eu la sortie à Pré-au-Lard et une fois rentrés au château, tout le monde est allé déposer ses achats dans son dortoir, et quand Harry a exprimé le souhait d'en faire autant, je lui ai proposé de l'accompagner. On est montés ensemble et à un moment, les escaliers ont eu l'excellente idée de se déplacer. Ça nous a obligés à traverser les couloirs pour pouvoir aller au troisième étage et j'en ai profité pour arrêter Harry et l'emmener dans un endroit à l'abri des oreilles et des regards indiscrets. Je ne suis pas du genre à tourner autour du pot alors j'ai directement cherché à savoir ce qu'il avait. Je lui ai longuement parlé pour essayer de toucher quelque chose en lui, faire tomber ses barrières, ça a pris du temps mais j'y suis arrivé. Il était sur le point de se confier à moi lorsque nous avons été visés par un éclair rouge qui nous a ratés de justesse. On a voulu voir d'où ça venait et en s'approchant, un autre sort a failli nous atteindre. Comme ça semblait surgir de nulle part, j'ai piqué nos adversaires dans leur ego pour qu'ils se montrent et ça a marché. Un autre sort a fusé vers nous, je l'ai paré et un duel s'en est suivi entre deux personnes invisibles et nous. Je les ai fait fuir avec un maléfice explosif après m'être pris un sort qui était destiné à Harry et on s'en est sortis sans trop de dommages. Mais cette attaque a fait changer d'avis Harry qui n'était plus du tout prêt à se confier. Il a rétropédalé et s'est remis à vouloir me faire croire que tout allait bien. Je n'ai pas insisté, sachant que ça ne m'aurait mené à rien. On s'est quittés et je suis allé me faire soigner par Blaise dans notre dortoir. Je n'avais pas très envie de me rendre à l'infirmerie, car Mme Pomfrey aurait probablement averti le professeur Snape que j'avais été attaqué et il valait mieux qu'il reste en-dehors de tout cela pour le moment. J'ai en revanche tout raconté à Draco et à Blaise, et puisque Harry refusait de nous dire ce qui se passait, on a décidé de le découvrir par nous-mêmes en le pistant. Pour cela, il fallait plusieurs filatures. On a donc voulu réunir toute la bande pour en parler et s'organiser. On a choisi de faire cette réunion le samedi suivant, pendant la séance de thérapie de Harry. On était sûrs qu'au moins, il ne nous chercherait pas partout dans le château à ce moment-là. Mais ça faisait près d'une semaine à attendre et ça nous a paru long. Durant ce laps de temps, Ginny a tenté elle aussi d'avoir ses confidences.

- Oui, l'occasion s'est présentée un soir, à la table des Gryffondor. Ron et Hermione sont partis l'un après l'autre, me laissant seule avec Harry. J'ai essayé d'aborder le sujet de la même façon que Ron, et comme avec lui, Harry a d'abord fait mine de ne pas voir où je voulais en venir. Je lui ai dit que, comme le reste de la bande, j'avais bien remarqué qu'il était préoccupé, il m'a confirmé que Ron, Hermione et Théo avaient déjà essayé de le faire parler et il m'a assuré qu'on s'inquiétait pour rien. Selon lui, il était juste plus affecté que Draco, Théo et Justin par ce que les élèves lui disaient dans les couloirs. Je ne l'ai pas cru, évidemment, et je lui ai fait remarquer que de simples réflexions ne le mettraient pas dans cet état. Je ne pensais pas que ce serait avec ça que j'obtiendrais des résultats mais pour la première fois, Harry a reconnu à demi-mot qu'il avait bien des soucis plus sérieux que ce qu'il voulait nous faire croire. Il m'a dit de ne pas m'inquiéter, qu'il contrôlait la situation et que si ça devenait trop ingérable, il en parlerait. Il préférait se débrouiller seul aussi longtemps qu'il le pouvait et il a affirmé avoir des solutions qui étaient longues à mettre en place. Je n'ai rien pu dire face à ça. Mais je l'ai prévenu que si ça s'éternisait trop, nous réagirions. Et c'est ce qu'on a fait. La réunion a eu lieu quelques jours plus tard.

Ginny laissa la parole à Draco.

- On a d'abord fait ce qu'on vient de faire, c'est-à-dire relater tout ce qu'on savait les uns les autres. Comme là, il y a donc eu les infos de Hermione, de Justin, de Théo et de Ginny. J'ai ensuite exposé l'idée qu'on avait eue avec Blaise et Théo, et tout le monde a été apte à pister Harry. On a cherché des créneaux et on en a trouvé trois qui ont été confiés à Ron, Pansy et Ginny. Le but était de voir ce que subissait Harry précisément comme harcèlement et avoir le nom des deux Serpentard qui s'en étaient pris à lui et à Justin. Comme Ron et Ginny ne les reconnaîtraient sûrement pas, Ginny a eu l'idée d'utiliser un appareil photo. Elle a emprunté celui d'un ami qui lui a expliqué comment s'en servir. Elle l'a donné à Ron qui, lors de sa filature, a été témoin de remarques qui ont été lancées à Harry. Il y avait aussi des blagues déplacées. Ron a également vu deux Serpentard embêter Harry, il a voulu les prendre en photo mais il a fait ça dans la précipitation et c'était trop flou pour que l'on puisse voir quoi que ce soit. Seule Pansy a vu la photo mais si elle n'a rien pu distinguer, il en aurait été de même pour Blaise, Théo et moi. Pansy a pisté Harry à son tour en le suivant jusqu'à sa salle commune, et elle a elle aussi surpris des remarques qui lui étaient adressées. Harry est allé déposer ses affaires de Quidditch dans son dortoir et en attendant qu'il sorte, Pansy a vu les deux Serpentard s'arrêter tout près de la salle commune et guetter visiblement Harry. Ils parlaient ensemble et Pansy les a entendus dire qu'ils ne se lassaient pas d'embêter Harry et qu'ils avaient hâte qu'une fille fasse son coming-out. Lorsqu'il est sorti et que les Serpentard se sont mis à le suivre, Pansy les a pris en photo. Elle n'arrivait pas à remettre un nom sur leurs visages et espérait que Blaise, Théo ou moi les reconnaîtrions. Et nous avons effectivement retrouvé leurs noms. Ces Serpentard s'appellent Edgar Chowdhury et Adam Dale. Le lendemain, ça a été à Ginny de faire la filature de Harry. Elle avait un peu d'avance mais c'était mieux ainsi. Elle n'a pas vu Dale et Chowdhury mais elle a pris une photo de plusieurs élèves en train de former un barrage devant Harry pour l'empêcher d'avancer. Il y avait d'autres élèves qui passaient à ce moment-là mais aucun n'est venu en aide à Harry, alors qu'il y en avait qui auraient largement pu affronter tous ces élèves grâce à leur carrure. On s'est ensuite réunis hier soir après les cours pour mettre en commun tout ce qu'on avait et on a décidé d'aller vous voir aujourd'hui après le petit-déjeuner. Pour éloigner Harry, j'ai annulé notre séance de travail et ça l'a arrangé car il voulait se reposer dans son dortoir avant d'aller dîner. Ça nous a soulagés mais aussi un peu inquiétés. Ça fait quelques jours qu'il semble fatigué. Il ne doit pas beaucoup dormir, à mon avis. Il doit avoir l'esprit trop agité pour ça. Il est donc temps de faire quelque chose et c'est pour ça que nous sommes ici devant vous.

Draco se tut sur ces mots. Remus et Sirius demeurèrent silencieux un moment. Remus était sous le choc de tout ce qu'il venait d'apprendre. C'était beaucoup plus grave que tout ce qu'il avait bien pu s'imaginer… Il regarda Sirius et vit qu'il était dans le même désarroi que lui. Il posa la main sur la cuisse de son compagnon, se ressaisit et reporta son attention sur les neuf adolescents.

- Vous avez fait un excellent travail. Harry a énormément de chance de vous avoir comme amis. Je savais que vous lui étiez très dévoués mais c'est touchant de vous voir œuvrer tous ensemble pour l'aider. Son parrain et moi ne vous remercierons jamais assez pour l'amitié sans faille que vous lui portez. Nous devons avouer que nous sommes un peu ébranlés par ce que vous nous avez dit. Nous avions bien remarqué que Harry était étrange depuis la rentrée, mais nous étions loin de penser qu'il subissait un tel harcèlement… Nous voyions seulement qu'il avait l'air constamment ailleurs et que son comportement avait changé. J'avais aussi constaté une baisse dans certaines de ses notes et j'ai même eu un accrochage avec lui à ce sujet. Mais il ne semblait pas aussi tourmenté que quelqu'un qui se faisait harceler avec autant d'acharnement…

- Il a appris à se blinder avec tout ce qu'il a enduré à la fois pendant son enfance et depuis qu'il est à Poudlard, rappela Ron. En deuxième année, il a été accusé d'avoir ouvert la Chambre des Secrets et en quatrième année, il a été accusé d'avoir mis son nom dans la Coupe de Feu… C'est triste à dire mais il est habitué à ce qu'on lui tombe dessus. Sauf que là, c'est différent. Il ne se fait pas embêter pour une seule raison. Pansy me disait que parmi les remarques qui ont été lancées à Harry durant sa filature, certaines visaient sa relation avec Draco, d'autres concernaient Adrian Pucey et d'autres encore pointaient la relation qu'entretenaient son parrain et son directeur de maison. Il est attaqué de toute part. C'est surtout ça qui doit le miner.

- Il va falloir agir à grande échelle, soupira Remus. Pousser Harry à se confier sur ce qu'il subit ne suffira pas, c'est à tous les élèves qu'il faut parler. Nous allons faire venir Harry, lui annoncer qu'on sait tout, ça l'incitera à tout nous dire, votre professeur de sortilèges et moi irons en discuter avec le directeur et nous verrons ensemble ce que nous ferons. Merci à vous tous pour le travail que vous avez fourni et pour toutes les informations que vous nous avez données. Tout cela va nous être très utile. Nous nous occupons de tout, désormais. Vous avez largement fait votre part, c'est maintenant aux personnes compétentes de prendre le relais. Et ne vous en faites pas, Harry va sûrement deviner que c'est grâce à vous que nous savons tout ce qu'il nous cache mais il ne vous en voudra pas, il se doutera que c'est pour son bien que vous avez fait ça.

- Nous ne nous faisons pas trop de soucis, répondit Hermione. Ce n'est pas grave s'il nous boude un peu, tout ce que nous espérons, c'est que vous réussirez à le faire parler.

- Mais nous vous faisons confiance, nous sommes sûrs que vous allez y arriver, affirma Ginny.

- Ça devrait aller, en effet, dit Remus en souriant. Vous nous avez déjà mâché le travail. Nous avons juste à répéter tout ce que vous nous avez dit.

- Et l'attacher et l'affamer jusqu'à ce qu'il parle, ajouta Sirius.

Remus leva les yeux au ciel tandis que les neuf adolescents paraissaient amusés par la plaisanterie de leur professeur. Mais Remus était soulagé. Sirius n'avait pas ouvert la bouche depuis un moment et le fait qu'il fasse de l'humour le rassurait beaucoup. Cela prouvait qu'il s'était remis du choc que lui avaient causé les révélations du groupe d'amis de Harry.

- Est-ce que vous pensez que des mesures devront être prises afin d'assurer la sécurité de Harry, le temps que tout cela se calme un peu ? s'inquiéta Terry.

- Nous aimerions éviter d'en arriver là mais ce sera sûrement nécessaire, oui, regretta Sirius. Harry sera peut-être autorisé à faire usage de sa baguette, ou bien il sera protégé en permanence par un ou deux préfets, ou bien nous avertirons les élèves qu'un moyen sera mis en place pour savoir qui aura embêté Harry durant la journée… Je pencherais plutôt pour cette solution. J'ai déjà ma petite idée et ça risque de faire peur à bon nombre de Serpentard. Il vaut mieux jouer sur la dissuasion que sur la répression ou sur l'action. Ça apporte un climat moins belliqueux.

- Nous ne pourrons rien faire, nous, alors ? conclut Justin.

- Contre les élèves, non, mais vous pourrez continuer à soutenir Harry et être là pour lui. Le fait de se sentir entouré va l'aider à se relever et passer à autre chose.

- Nous ne le lâcherons pas, promit Ginny. Il aura beau être imbuvable, il ne se débarrassera pas de nous aussi facilement. Mais ça m'étonnerait qu'il se montre aussi désagréable.

- N'hésitez pas à le remettre à sa place si c'est le cas, conseilla Remus. Tout en restant courtois, bien entendu. Il ne faut pas tout lui passer. Mais je pense que tout ira bien. Avant de vous laisser y aller, j'aimerais revenir sur quelque chose. Ron disait que Harry prétendait ne pas recevoir davantage de moqueries, d'insultes et de remarques que Draco, Théo ou Justin. Cela signifie que vous en avez eu aussi ?

- Oui, mais ça se calme un peu, confia Draco. On subit effectivement le combo insultes, remarques et moqueries et on reçoit également des messages et des dessins en classe. On nous pose aussi des questions très indiscrètes qui visent à nous mettre mal à l'aise.

- Merci, Draco. Théo, Justin, vous confirmez les dires de Draco ?

- Oui, approuvèrent les deux garçons.

- Bien, c'est toujours bon à savoir. Les autres, aviez-vous autre chose à ajouter ?

- Non, je crois que nous vous avons tout dit, estima Pansy.

- Ah, j'ai une petite question, signala Blaise. Mais vous n'allez peut-être pas pouvoir me répondre… Quand allez-vous convoquer Harry ?

- Demain, sûrement, déclara Sirius.

- D'accord, ne prévois pas de séance de travail, alors, dit Blaise à Draco.

- Non, au contraire, opposa Théo. Il faut faire comme si tout était normal. Draco peut très bien avoir une séance de travail avec Harry, mais tout en s'attendant à ce qu'elle soit interrompue.

- Je n'avais pas vu les choses sous cet angle, admit Blaise. C'est une bonne idée.

- Je vais faire comme ça, alors, décréta Draco.

- Bien, si vous n'avez rien d'autre à nous dire, vous pouvez y aller, indiqua Sirius.

Les neuf adolescents se levèrent et après une multitude de «merci», «bonne journée» et «au revoir», ils quittèrent tous les appartements. Sirius pourra un long soupir.

- J'ai l'impression d'être dans un état second, avoua-t-il. Tout ça m'a complètement abruti.

- C'est le choc, expliqua Remus. Ça m'a fait la même chose.

- On était tellement loin d'imaginer tout ça… On est passés à côté de tout…

- Il ne faut pas qu'on commence à nous en vouloir, prévint fermement Remus. C'était difficile de se douter de quoi que ce soit, les élèves qui harcèlent Harry agissent dans l'ombre, quand personne ne peut les voir ou les entendre, ce n'est pas pour rien si la bande a dû pister Harry pour découvrir ce qu'il subissait… À présent, on va faire notre part et c'est sur ça qu'il faut se concentrer. Les regrets et les remords n'ont pas lieu d'être et ils ne nous avanceront à rien.

Sirius acquiesça.

- Tu as raison. On va même oublier tout ça pour l'instant. On y réfléchira un peu plus tard.

- Voilà, tu as tout compris. Bon, je devais me reposer mais je vais abandonner l'idée, je ne suis plus du tout fatigué. En revanche, les potions ont fait effet, j'ai moins de courbatures, je vais en profiter pour faire un peu de ménage.

- Et moi, je vais faire la vaisselle et ensuite, je vais m'attaquer à mes corrections.

Ce fut sur ces bonnes paroles que Remus et Sirius vaquèrent à leurs occupations. Ils rangèrent dans un coin de leur esprit les soucis de Harry, ne pouvant rien faire pour le moment et se contentant de se dire que tout était sur le point de s'arranger. Cela les apaisait et c'était ce qu'ils devaient retenir.

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POV Harry

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Harry se réveilla en sursaut. Il regarda tout autour de lui et mit du temps à réaliser qu'il était dans son dortoir et qu'il était seul. Il se laissa retomber sur son oreiller et soupira. Il était tellement fatigué en sortant de sa séance de thérapie avec le professeur Snape qu'il avait espéré pouvoir faire une petite sieste sans faire le moindre rêve. Mais son esprit en avait décidé autrement. Il s'amusait à lui faire croire qu'il était dans toutes sortes de situations qui l'effrayaient. Là, par exemple, il venait de faire un cauchemar dans lequel il était jeté à Azkaban à cause de la relation qu'il entretenait avec Draco et qui était considérée comme une insulte envers Adrian. C'était complètement idiot mais les remarques qu'il recevait dans les couloirs au sujet d'Adrian, de sa relation avec Draco ou du couple de Sirius et Remus lui montaient à la tête et le suivaient jusque dans son sommeil. Dès qu'il essayait de dormir, que ce soit le jour ou la nuit, il était hanté par des cauchemars qui lui paraissaient si réels qu'au réveil, il mettait toujours de longues minutes à comprendre qu'il était dans son dortoir et qu'il était en sécurité. Ses nuits n'étaient donc pas récupératrices et cela se ressentait de plus en plus sur sa forme. Il avait été alors soulagé la veille lorsque Draco avait annulé leur séance de travail. Il avait pu tenter de se reposer pendant deux heures avant d'aller dîner. Il y était un peu arrivé, n'ayant pas fait de cauchemar, et après sa séance de thérapie, il s'était dit qu'avec un peu de chance, il allait de nouveau y parvenir cette fois-ci. Mais il avait été trop optimiste. Cela aurait été trop beau.

Avisant l'heure, il décida de se lever. Il constata qu'il avait quand-même dormi trois heures et que son cauchemar était survenu assez tard dans sa sieste. Il avait au moins pu se reposer un peu. C'était toujours bon à prendre. Il n'avait pas très faim mais il était conscient qu'il serait encore plus fatigué s'il sautait le repas, alors il quitta son dortoir et se rendit à la Grande Salle. C'était le tout début du service, aussi ne fut-il pas étonné d'être presque le seul à la table des Gryffondor. Cela l'arrangeait : il allait pouvoir échapper aux regards inquiets de ses amis. Il comprenait qu'ils s'en fassent pour lui, et cela le touchait, mais c'était dur à supporter. Il savait qu'il allait bientôt devoir leur parler, car la situation était clairement hors de contrôle, mais il ne parvenait pas à s'y résoudre, il voulait encore essayer de gérer les choses par lui-même. Il y avait tout de même une petite amélioration dans tout cela qui n'était pas à négliger : il n'était plus accusé de bénéficier de traitements de faveur de la part de Remus, grâce au fait qu'il avait eu un Acceptable et qu'en plus, il avait été collé. Ça avait été une petite victoire pour lui, et cela l'avait encouragé à continuer à se débrouiller tout seul. Mais il avait beau chercher, il n'avait aucune idée pour faire cesser les remarques. Peut-être parce que cela n'était pas de son ressort… Peut-être que tout avouer à Sirius et Remus était la seule solution… Non, non et non, les élèves allaient bien finir par se lasser ! Ce fut sur cette pensée que Harry se mit à manger. Il fut surpris de sentir son appétit s'ouvrir au cours du repas. Le fait d'avoir dormi devait sûrement y être pour quelque chose. Il resta une bonne demie-heure dans la Grande Salle, puis il s'en alla avant que ses amis ne viennent. Ne sachant pas trop quoi faire, il décida de se promener dans le château. À cette heure-là, les couloirs étaient peu fréquentés, la plupart des élèves allant dîner. Il y avait peu de chances qu'il tombe sur les deux Serpentard qui le harcelaient. Il monta donc au premier étage et commença à déambuler dans les couloirs. Jusqu'au troisième étage inclus, comme il l'avait prédit, il y eut effectivement peu de monde. Au quatrième étage, cependant, il croisa une vingtaine d'élèves qui sortaient visiblement tous de la bibliothèque. Parmi ces élèves, il y avait Alicia qui vit Harry et qui vint à sa rencontre.

- Ah, je suis contente de te voir ! J'ai complètement oublié de t'en parler ce matin mais hier, notre directeur de maison m'a dit qu'il souhaitait avoir un entretien avec moi la semaine prochaine pour que nous choisissions ensemble le futur capitaine de l'équipe. Comme il y a de grandes chances que tu sois l'heureux élu, je voulais t'en informer avant que le professeur Lupin ne te convoque. Car je pense qu'il voudra en parler avec toi. Cette année, la nomination des nouveaux capitaines sera bien moins secrète que les autres années. Et je trouve ça plutôt bien. Donc prépare-toi à recevoir un mot du professeur Lupin.

- D'accord, merci beaucoup de m'avoir prévenu. Tu n'étais pas censée le faire, je suppose ?

- Il ne m'a donné aucune consigne à ce sujet, alors théoriquement, j'avais le droit, raisonna Alicia, espiègle.

- Je ferai quand-même mine d'être étonné, s'amusa Harry. Au cas où. Et s'il se doute que tu m'en as touché un mot, je lui dirai la vérité tout en précisant qu'il n'a rien à te reprocher puisqu'il ne t'avait rien interdit.

- Oh, je pense qu'il ne m'en voudra pas. S'il ne m'a pas demandé de garder le secret, c'est que ça ne le dérangeait pas que je te mette au courant. Mais est-ce que ça te plairait, de devenir capitaine ?

- Je ne sais pas, mes amis me titillent souvent là-dessus, comme si c'était évident, voire obligé pour eux que je sois le futur capitaine, et… je crois que c'est ça qui me bloque, en fait.

Harry fut surpris des mots qu'il prononça. Il venait tout juste de comprendre pourquoi il était aussi indécis à propos du fait d'accepter ou non de prendre la place d'Alicia à la rentrée. Il n'avait pas pu le réaliser avant car il avait besoin de se confier à quelqu'un qu'il connaissait assez bien mais qui ne faisait pas partie de son cercle proche d'amis. Et Alicia était le profil idéal. Il y voyait plus clair, à présent. Au sourire que lui adressa Alicia, il pensa qu'elle avait deviné ce qui se passait dans sa tête et elle ne tarda pas à le lui prouver :

- Maintenant que tu sais ce qui te freine, tu vas pouvoir en discuter sereinement avec le professeur Lupin. Il saura quoi te dire pour que tu prennes la bonne décision.

Harry acquiesça.

- J'attendrai qu'il me convoque.

- Ce sera d'abord moi, mais je te le dirai quand ce sera fait. Bon, il faut que j'aille dîner, il ne reste qu'une demie-heure avant la fin du service. Passe une bonne soirée.

Harry souhaita de même à sa coéquipière, puis celle-ci s'en alla. Il reprit son chemin, parcourut le quatrième étage et monta au suivant. Alors qu'il longeait le couloir où se situait la salle de bain des préfets, il eut soudain envie d'aller voir sa chouette Hedwige. Il se dirigea donc vers la Tour Ouest et monta les escaliers qui menaient à la volière. Il repéra vite sa chouette qui était sur son perchoir préféré. Elle le vit entrer et le regarda jusqu'à ce qu'il tende le bras. Elle quitta alors son perchoir et vint se poser sur le bras de Harry qui la caressa affectueusement.

- Je ne te rends pas souvent visite, hein… C'est que c'est compliqué de se dégager du temps, entre les cours, les séances de travail en binôme, les entraînements de Quidditch, les devoirs individuels... Et il faut dire que l'année a été assez mouvementée. J'ai eu beaucoup de problèmes, j'ai passé plus d'un mois enfermé sans sortir, sans compter qu'au début de l'année, je n'allais pas bien du tout… Je faisais n'importe quoi, je me mettais en danger, je me suis embourbé dans une relation toxique qui m'a progressivement éloigné de tous mes proches… Mais je t'avais déjà raconté tout ça. Ça devrait aller mieux l'année prochaine, j'aurai moins de soucis et moins de séances de travail. Je serai peut-être capitaine de mon équipe mais ça ne m'empêchera pas de venir te voir. Je n'abandonnerai pas la toute première amie que j'ai eue. Enfin, la deuxième après Hagrid mais ce n'est pas pareil. Ce n'est pas le même genre d'amitié. Mais vous êtes liés car c'est lui qui t'avait choisie dans une animalerie pour me faire un cadeau. Ça a beaucoup d'importance pour moi car c'était le tout premier véritable cadeau qu'on me faisait. Rien à voir avec un cure-dent ou un mouchoir… Tu vois, c'est comme si pendant des années et des années, on t'offrait des morceaux de rat à ton anniversaire et que là, d'un coup, on t'offrait du miam hibou pour la toute première fois… Il va falloir que j'en rachète au début des vacances, d'ailleurs. Je te ferai d'autres cadeaux, c'est promis. Mais tu vas être souvent dehors, cet été.

Hedwige hulula d'un air intéressé.

- Oui, je vais avoir plein de gens à qui écrire. Il y aura toujours Ron, Hermione et Ginny, mais aussi Draco et Théo de manière régulière et Blaise, Pansy, Justin et Terry de temps en temps. Ce sera un moyen d'apprendre à se connaître davantage. J'aimerais beaucoup savoir ce que fait Blaise durant ses vacances, comment va se passer son stage s'il réussit à en avoir un, comment Pansy va accueillir l'arrivée de son petit frère, comment va se dérouler la rencontre entre Terry et sa nièce, ce que fait Justin dans le monde moldu pendant l'été… On va peut-être plus s'écrire que ce que je pensais, en fait. Mais ça ne te dérangera pas, j'imagine ?

Hedwige hulula de nouveau mais avec plus de force, comme pour affirmer que c'était son devoir et qu'elle l'accomplirait haut la main. Harry sourit avec tendresse. Il adorait voir Hedwige s'indigner et arborer son air fier. Elle ressemblait un peu à Draco. Mais elle avait encore plus de classe que lui. Elle était si belle… Il ne se lassait jamais de l'admirer. Il avait la chouette la plus parfaite du monde. Il songea alors à un petit détail.

- Bon, tu vas sûrement devoir rester un peu chez Justin, le temps qu'il me réponde. Car c'est un né-moldu, je doute que ses parents aient un hibou ou une chouette chez eux. Surtout avec son père qui paraît assez spécial… Théo n'a pas de hibou non plus mais avec une ménagerie qui propose toutes sortes de créatures et une animalerie spécialisée dans les hiboux à quelques mètres de l'endroit où il logera, il ne devrait pas avoir trop de mal à en trouver un qui enverra ses nombreuses lettres…

Une question traversa l'esprit de Harry.

- Tiens, je me demande quand il est né. Si son anniversaire tombe dans les deux premières semaines des vacances, je pourrai aller sur le Chemin de Traverse et l'emmener choisir un hibou en lui faisant croire que c'est pour quelqu'un qui a à peu près les mêmes goûts que lui. Je lui poserai la question au détour d'une discussion banale. Bon, pour ça, il faut que j'arrête de fuir tous mes amis.

Hedwige fixa Harry du regard dans lequel il put lire du reproche.

- Oui, je sais, ce n'est pas bien, et je ne suis pas fier, tu peux me croire. Mais j'ai des problèmes et ils veulent tous savoir ce que c'est, sauf que je préfère gérer les choses tout seul. Je suis comme ça et je n'y peux rien. J'ai toujours été habitué à me débrouiller par moi-même, ce n'est pas un réflexe qu'on oublie facilement… Mais tout ça va s'arranger. Déjà, cet été, on sera au Square, loin de tous ces idiots qui n'ont rien d'autre à faire que d'embêter des élèves qui ne leur ont rien fait… J'ai hâte d'être aux vacances. L'été dernier, je n'ai pas pu en profiter, je compte donc bien me rattraper. Toi, en tout cas, tu ne vas pas t'ennuyer. Huit voyages d'un coup, tu crois que ça irait ?

Hedwige hulula d'indignation, faisant éclater de rire Harry.

- Je plaisante, je ne te ferai jamais ça.

Hedwige fit un mouvement d'ailes qui semblait vouloir dire «Ce n'était pas drôle». Harry sourit et voulut lui gratter la tête mais Hedwige saisit ses doigts entre son bec et les mordilla assez fortement. Harry ne fit rien pour l'en empêcher, la laissant se venger à sa manière. Mais elle desserra vite son emprise tout en continuant à exercer une légère pression, comme une douce caresse. Harry couva sa chouette d'un regard tendre, profitant de ce moment qui n'appartenait qu'à eux. Il resta encore une bonne heure avec elle et ce ne fut que sur les coups de vingt-et-une heures qu'il quitta la volière. Il reprit sa promenade et monta au sixième étage. Vu l'heure qu'il était, il décida de terminer son tour en se rendant à son dortoir. Il ne pensait pas mettre autant de temps mais c'était très bien comme ça. Une fois arrivé au septième étage, il se dirigea vers la Tour Gryffondor. Il n'y avait pas beaucoup de monde dans les couloirs mais il eut la désagréable surprise de trouver les deux Serpentard devant sa salle commune. Il regretta de ne jamais penser à prendre la carte du maraudeur sur lui. Il aurait ainsi pu savoir que ses harceleurs faisaient le pied de grue près de l'antre des Gryffondor… De plus, cela lui aurait permis d'avoir leurs noms, se dit-il soudain. Pour le coup, même s'il allait se plaindre, il ne pourrait pas apporter beaucoup d'éléments pour faire la lumière sur leur identité… Tout ce qu'il serait en mesure de dire, c'était qu'ils étaient probablement en sixième année, que l'un d'entre eux était brun tandis que l'autre était blond. Il avança vers eux en espérant réussir à se débarrasser d'eux rapidement.

- Qu'est-ce que vous faites là ? demanda-t-il calmement.

- Mais on t'attendait, tout simplement, répondit le brun.

- Il est plus de vingt-et-une heures, votre couvre-feu est passé. Vous n'avez pas la permission d'être en-dehors de votre dortoir ou de votre salle commune après cette heure-là.

- Ooooh, mais c'est qu'il joue au petit préfet, maintenant ! Au moins, c'est bien, tu as arrêté de nous ignorer.

- Quand vous bloquez le passage devant ma salle commune, je n'ai pas trop le choix, lâcha Harry. J'aimerais bien y entrer alors dégagez, s'il vous plaît.

- Non, on est bien, ici.

Harry observa longuement les deux Serpentard.

- C'est quoi, votre but, au juste ? Attendre qu'un professeur se pointe et vous sanctionne pour non-respect du couvre-feu ? Je vous préviens, le professeur Lupin vient souvent nous voir entre vingt-et-une heures et vingt-trois heures.

- Ça m'étonnerait beaucoup qu'il vous rende visite ce soir, il paraît que la pleine lune était hier soir, il a autre chose à faire que venir papoter et border les bébés… Surtout qu'il n'avait pas l'air très en forme, cette semaine, la pleine lune n'a pas dû arranger les choses… On se demande tous ce qu'il avait, d'ailleurs. Tu es peut-être au courant de quelque chose, toi ?

- Non, je ne sais rien, s'agaça Harry. Et même si j'avais des infos, je ne vous les partagerais pas. Car ça ne vous concerne pas.

- Ouh là, serait-ce un sujet sensible ? Nous aurais-tu menti ? Saurais-tu ce qu'il a mais sans avoir le droit de le dire à qui que ce soit ? Attends, ne nous dis pas qu'il s'est fait engrosser ?!

Harry fixa ses harceleurs en s'efforçant de cacher son trouble. Jusque-là, il avait fait abstraction et n'avait rien relevé, mais là, ça commençait vraiment à l'intriguer. Car cela faisait plusieurs fois qu'il entendait quelqu'un faire allusion à de potentielles grossesses masculines. Or, on ne lui avait jamais rien dit à ce sujet. Mais là n'était pas la question pour le moment. Ces deux Serpentard l'ennuyaient prodigieusement et il sentait qu'ils voulaient le pousser à bout.

- Encore une fois, je n'en sais rien et ça ne vous regarde pas.

- Ben si, un peu quand-même. Ça va bien finir par se voir. Pas sûr qu'il puisse enseigner sa matière avec un mioche dans le ventre. On devra alors changer de professeur. Mais t'inquiète, on comprend que ça te crispe d'en parler. Tu n'as pas dû être ravi de l'annonce de cette grossesse.

- Il – n'y – a – pas – de – gros – sesse, asséna Harry en détachant chaque syllabe. Ou s'il y en a une, je n'en ai pas été informé. Et je doute fortement que le professeur Lupin puisse porter un enfant. Ce serait beaucoup trop dangereux lors des pleines lunes.

- Pas faux, admit le blond. Et puis, encore faudrait-il qu'il se soumette, ce qui doit être impossible pour un loup-garou… S'ils veulent un marmot, ce sera à ton parrain de se coltiner le gros ventre et tous les autres désagréments de la grossesse… Mais que ce soit l'un ou l'autre qui porte le môme, il ne serait pas le bienvenu pour toi, n'est-ce pas ? Pourtant, ça doit bien les titiller, l'envie d'avoir un gosse. Et plus précisément, leur propre gosse. Car tu n'es rien pour eux, quand on y pense. Tu n'es que le filleul de l'un d'entre eux. Vous n'avez aucun lien du sang. Tu es juste une pièce rapportée, en fait. Ils doivent sûrement ressentir le besoin d'avoir un enfant à eux. Un enfant qui leur causera moins de soucis que toi. Ça doit être épuisant pour eux de s'occuper de toi. Peut-être que, quand ils auront leur gosse, ils ne voudront plus de toi. Tu as donc tout intérêt à ce qu'ils ne parviennent pas à procréer. Moi, je serais toi, je ferais en sorte de rendre l'un ou l'autre stérile. Au moins jusqu'à la fin de tes études à Poudlard. Histoire que tu ne te retrouves pas à la rue en étant tout juste majeur… Ce n'est qu'un conseil que je te donne, après, tu en fais ce que tu veux. Allez, on va te laisser méditer là-dessus. Fais de beaux rêves, Potter.

Les deux Serpentard adressèrent un sourire plein d'hypocrisie à Harry, puis ils s'en allèrent. La voie était libre mais Harry en avait à peine conscience. Il était détruit par les paroles du blond. Sa raison lui hurlait que tout ce que cet idiot avait dit était faux mais Harry ne voyait que le fait que ces mots avaient réveillé d'anciennes peurs en lui. Il avait longtemps craint d'être un fardeau pour Sirius et Remus et qu'ils finissent par en avoir marre de lui, mais le professeur Snape avait réussi à lui faire comprendre que jamais cela n'arriverait car Sirius et Remus l'aimaient et qu'ils seraient toujours là pour lui. Mais tout cela lui paraissait vide de sens, à présent. Ce que le blond lui avait asséné avait estompé tout le soulagement que les mots du professeur Snape lui avaient procuré. Ne subsistaient plus que les dires du Serpentard dans son esprit. Ce fut comme dans un état second qu'il entra dans sa salle commune de longues minutes plus tard. Il monta à son dortoir, enfila son pyjama et se mit au lit après avoir insonorisé son espace. Il ferma les yeux mais aussitôt, les mots du Serpentard lui revinrent en mémoire. Il essaya de les ignorer et de ne penser à rien mais la voix du blond devint de plus en plus forte dans sa tête. Il gémit, se retourna et plaqua son oreiller de chaque côté de sa tête, espérant ainsi étouffer la voix qui l'incommodait. Mais cela n'eut aucun effet. Il reprit sa position initiale, sur le dos, et força sur ses paupières tout en répétant tout bas une litanie de «Tais-toi, tais-toi, tais-toi, tais-toi...».

Il commença à se sentir un peu mal à force d'entendre les mêmes paroles en boucle. Sa respiration se fit laborieuse et il eut beau essayer de se calmer, il haleta sans pouvoir s'en empêcher. Il était en train de faire une crise de panique. Il se redressa, prit sa baguette, s'éclaira avec un Lumos, ouvrit le tiroir de sa table de chevet et chercha une potion qui pourrait l'apaiser. Il n'en trouva pas. Il pensa à son sac de voyage où il avait l'habitude de mettre des potions de côté. Il sauta hors de son lit et alla prendre son sac. Il fouilla dedans mais ne vit aucune trace d'une potion relaxante. Il porta alors ses espoirs sur son armoire. Elle était à l'image de son espace : complètement désordonnée. Il la passa en revue mais sans réussir à mettre la main sur la fiole verte qu'il convoitait. Il tomba en revanche sur son nécessaire à potions. Il se demanda un bref instant s'il avait de quoi préparer la potion dont il avait besoin. Il ne connaissait pas la composition, et elle ne figurait pas dans son manuel, donc il n'avait aucun moyen de le savoir. Il soupira. Il ne lui restait plus qu'à s'assommer afin d'espérer pouvoir dormir sans faire le moindre rêve… À peine se fut-il fait cette réflexion qu'il eut un déclic. Mais oui, c'était ça qu'il lui fallait… Une potion de sommeil sans rêves. Il se tourna vers l'armoire et se baissa. Les doigts tremblants, il souleva le couvercle de sa boîte à ingrédients. Il remarqua vite qu'il avait tout ce qu'il fallait pour se lancer dans la préparation de cette potion. Mais il ne pouvait pas. Il ne savait plus pourquoi exactement mais il devait renoncer à cette idée. Pourtant, l'envie était bien là. Il se força à refermer la boîte. Mais il la rouvrit la seconde d'après. Il regarda de nouveau le contenu. Oui, il avait vraiment tout. Ce serait dommage de ne pas en profiter… Il souhaitait juste en prendre une fois pour avoir une nuit récupératrice. C'était la seule solution pour qu'il puisse enfin se reposer un peu. Incapable de raisonner correctement dans l'état dans lequel il était, il prit la boîte ainsi que son chaudron qu'il miniaturisa et mit tout cela dans un sac. Il attrapa sa cape d'invisibilité et s'en recouvrit. Il emporta également la carte du maraudeur et après s'être assuré qu'il n'avait rien oublié, il quitta le dortoir et se rendit à la salle sur demande.

Par chance, il ne croisa personne dans les couloirs. Il arriva vite à son repaire secret. Il fit apparaître la salle sur demande et y pénétra. Il sortit le chaudron, le remplit d'eau avec un Aguamenti et le fit chauffer à soixante-quinze degrés. Il saisit quatre baies de gui dans la boîte et alors qu'il s'apprêtait à les mettre dans le chaudron, son bras resta suspendu en l'air. Il n'était tout à coup plus sûr de ce qu'il faisait. Il lui sembla qu'il était en train de faire une très grosse erreur. Mais il ne voyait pas où était l'erreur… Il avait besoin de cette potion. C'était aussi simple que ça. «Non, Harry, tu sais que tu ne dois pas faire ça.» J'en ai besoin. «Non, ce dont tu as besoin, c'est de parler à quelqu'un de ce que tu subis en ce moment !» Je me débrouille très bien tout seul. «Ah oui ? Alors que fais-tu ici ? Pourquoi es-tu sur le point de fabriquer une potion qui t'a fait beaucoup plus de mal que de bien ? Pourquoi veux-tu récidiver alors que tu as souffert pour te débarrasser de ton addiction ? Est-ce que tu veux vraiment revivre tout ça ? Une seule prise et tu replonges. Alors que te confier à tes amis, à Sirius ou à Remus serait beaucoup plus efficace pour te sentir mieux. Repense à ton sevrage. Veux-tu connaître une nouvelle fois ce que tu as traversé durant cette période ?» Le sevrage… Il l'avait presque effacé de sa mémoire. Mais à la simple évocation de ce mot par son inconscient, une scène lui revint brusquement à l'esprit…

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(jeu 14/12)

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Harry s'agita. Il entendait des cris stridents sans savoir d'où cela venait. Il voulait parler, se boucher les oreilles, mais il n'y arrivait pas. Il se fit attaquer par des créatures sans pouvoir s'en protéger. Les cris continuaient, c'était insupportable, sa tête allait exploser… Il s'agita davantage et parvint à bouger. Il se redressa d'un coup et regarda autour de lui, le souffle court. Plongé dans l'obscurité, il ne distinguait pas grand-chose. C'était fait exprès, ses agresseurs avaient lancé un sort et se terraient quelque part sans qu'il ne puisse les voir… Les cris avaient cessé mais il n'était pas dupe. C'était pour mieux le berner. Il sentait leur présence et il voulait qu'ils s'en aillent, tous. Il crut voir des yeux et poussa une exclamation de peur.

- Va-t-en, gémit-il. Allez-vous-en, tous !

Quelques secondes se passèrent avant qu'une porte ne s'ouvre soudain, le faisant sursauter. Il fut gêné par la lumière qui éclaira la pièce et il cria en voyant un homme s'avancer vers lui.

- N'approchez pas ! Allez-vous-en, arrêtez de me persécuter !

- M. Potter, calmez-vous, vous êtes en proie à des hallucinations, mais vous êtes en sécurité, tout va bien…

Harry ne voulut pas l'écouter. Pourquoi le croirait-il ? Ils étaient tous contre lui.

- Vous mentez. Je ne sais pas où je suis mais je veux partir d'ici !

- Vous n'irez nulle part. Vous devez vous calmer, je vous assure que personne ne vous veut de mal, c'est le manque qui vous fait réagir ainsi. Je vais vous donner une potion et tout ira mieux ensuite.

Une potion. Ce mot fit retrouver à Harry une certaine lucidité. Il se souvint de l'endroit où il était. Il se trouvait chez Snape. Il ignorait ce qu'il voulait lui faire boire mais il savait quelle potion il lui fallait. Il avait vraisemblablement fait un cauchemar et il était hors de question qu'il se rendorme si c'était pour en refaire. Il avait donc besoin de sa potion.

- Je veux ma potion.

- Je vous ai dit que j'allais vous en donner une, je vais la chercher.

- Non, je ne veux pas de la vôtre. Je veux la mienne.

- Ce n'est pas la bonne solution, M. Potter. Vous êtes ici pour guérir votre addiction à ces potions.

- J'allais beaucoup mieux quand j'en prenais ! Alors rendez-moi mes potions !

- Elles vous feront plus de mal qu'autre chose.

- Non, au contraire, elles vont me soulager !

- Vous y êtes trop habitué, elles ne font plus effet sur vous.

- MAIS QU'EST-CE QUE VOUS EN SAVEZ ? VOUS ÊTES DANS MON CORPS ? NON ! ALORS JE SUIS MIEUX PLACÉ QUE VOUS POUR SAVOIR CE QUI ME FAIT DU BIEN !

- Dans votre état, non, vous n'êtes pas conscient de ce qui est bon pour vous.

- MAIS ARRÊTEZ DE ME PRENDRE POUR UN DEMEURÉ ! ET DONNEZ-MOI CES FICHUES POTIONS !

- Vous aurez beau insister, je ne vous les donnerai pas. Si vous me laissiez vous apporter la potion que je…

- MAIS J'EN AI RIEN À FAIRE DE VOTRE POTION ! C'EST LA MIENNE QUE JE VEUX ! ET SI VOUS NE VOULEZ PAS ME LA DONNER, EH BIEN J'IRAI LA CHERCHER MOI-MÊME !

Joignant le geste à la parole, Harry voulut se lever mais Snape lui attrapa le poignet.

- Lâchez-moi ! cria Harry. Vous n'avez pas le droit de me retenir prisonnier ici !

- C'est pour votre bien, vous le sa…

- Non ! Si vous vouliez vraiment mon bien, vous m'apporteriez mes potions !

- Et je manquerais à mon devoir de médicomage.

- Et votre devoir d'humain, vous en faites quoi ? Ah bah non, suis-je bête, vous ne savez pas ce que c'est, puisque vous n'avez jamais été humain !

Harry cherchait à toucher Snape dans son ego, à le blesser dans son âme, à lui faire autant de mal qu'il lui en faisait en refusant de l'aider… Mais Snape restait impassible. Il le regardait, ses doigts tenant toujours son poignet. Ce manque de réaction décupla la colère de Harry.

- Lâchez-moi, dit-il froidement.

- Non.

Ce simple mot fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Une rage sans nom s'empara de Harry qui se mit à hurler :

- MAIS QU'EST-CE QUE JE VOUS AI FAIT POUR QUE VOUS VOUS ACHARNIEZ SUR MOI COMME ÇA ?QU'EST-CE QUI NE VA PAS CHEZ VOUS ? JE NE VOUS AI JAMAIS RIEN FAIT ET POURTANT VOUS ME PERSÉCUTEZ DEPUIS LA PREMIÈRE FOIS QU'ON S'EST VUS ! MAIS JE NE ME LAISSERAI PAS FAIRE ! VOUS NE GAGNEREZ PAS ! JE N'AI PAS PEUR DE VOUS ! JE ME BATTRAI COMME JE L'AI TOUJOURS FAIT !

Tout en prononçant ces mots, Harry chercha à se défaire de la prise de Snape en le poussant avec son bras et ses jambes. Mais cela ne servit à rien, Snape étant beaucoup trop fort pour lui, ce qu'il lui prouva en serrant davantage son poignet.

- Ça suffit, maintenant, vous allez vous calmer, ordonna-t-il.

- Pas avant que vous m'ayez donné mes potions !

- Alors vous pouvez attendre encore longtemps.

Cette réponse intensifia la colère de Harry qui se débattit avec plus de force.

- Calmez-vous, M. Potter, vous allez vous faire mal !

- JE M'EN FICHE ! JE VEUX M'EN ALLER ! JE VEUX MES POTIONS ! JE ME TAILLADERAI LES VEINES POUR ÇA S'IL LE FAUT ! VOUS SEREZ BIEN OBLIGÉ DE CÉDER EN VOYANT MES POIGNETS EN SANG !

Harry cracha presque ces derniers mots. Snape le regarda pendant de longues secondes, le visage toujours impassible.

- Bien, vous ne me laissez pas le choix.

Avant que Harry n'aie le temps de dire quoi que ce soit, Snape sortit sa baguette et lança un sort en informulé qui lia les poignets et les jambes de Harry avec une corde. Puis il partit alors que Harry recommençait à se débattre tout en s'époumonant :

- REVENEZ ! LIBÉREZ-MOI ! LIBÉREZ-MOI ! VOUS N'AVEZ PAS LE DROIT ! C'EST DE LA SÉQUESTRATION ! REVENEZ ! LIBÉREZ-MOI ! LIBÉREZ-MOI !

Harry répéta en boucle les mêmes paroles jusqu'à ce que Snape revienne. Il dirigea de nouveau sa baguette vers Harry qui se retrouva figé sans pouvoir parler ni bouger.

- Je suis désolé, M. Potter, je ne voulais pas en arriver là… Mais il n'y a pas d'autre solution.

Snape posa une main dans les cheveux de Harry et tira délicatement dessus pour faire basculer sa tête en arrière. Un liquide coula dans la gorge de Harry qui l'avala malgré lui. Son corps ne tarda pas à se détendre tandis qu'il plongeait dans une douce torpeur. Ses paupières s'alourdirent petit à petit en même temps que la fatigue l'envahissait tout entier. Son esprit se vida de toute pensée et la dernière chose qu'il vit avant de sombrer fut le regard triste et désolé du professeur Snape.

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Cette nuit-là avait profondément marqué Harry, mais il avait préféré l'oublier tant elle était source d'angoisse. Le professeur Snape et lui en avaient brièvement parlé le lendemain matin, Harry s'était excusé, son médicomage lui avait dit que ce n'était pas de sa faute, que c'était un des effets les plus indésirables du sevrage et que le plus dur était désormais passé. Car Harry avait déjà eu des nuits compliquées avant celle-là depuis le début du sevrage, mais pas à ce point-là. Il avait atteint le climax et le professeur Snape avait eu raison : il n'avait plus eu d'accès de folie comme celui-là par la suite. Mais il avait été traumatisé par cette nuit-là qu'il avait décidé d'enfouir loin, très loin dans son inconscient. Et elle venait de lui revenir en pleine face. Il avait toujours le bras en l'air, pétrifié comme il l'avait été par le professeur Snape dans son souvenir. Il ne savait plus ce qu'il devait faire. Enfin, si, il savait, mais il ne voulait pas s'y résoudre. Il avait besoin de cette potion. Mais une part de lui l'empêchait d'aller au bout de son geste. Les mots de son inconscient résonnaient encore dans son esprit. «Une seule prise et tu replonges». Tenait-il vraiment à revivre tout ce qu'il avait traversé lorsqu'il était sous l'emprise de ses potions ? Tenait-il vraiment à subir de nouveau un sevrage alors qu'il avait tant souffert durant les premiers jours qu'il avait passés chez le professeur Snape ? Cela valait-il le coup de préparer cette potion et de la boire alors qu'il se sentirait mieux et de façon plus durable en allant parler à Sirius et Remus ? Au fond de lui, il avait conscience que la réponse à ces questions était non. C'était une évidence. Vaincu, il laissa la raison l'emporter sur ses envies et ses désirs. Il baissa le bras et lâcha les baies de gui qui tombèrent et roulèrent sur le sol. Il avait réussi. Il avait tenu bon. Mais il sentait que c'était fragile, qu'il risquait de changer d'avis à tout moment. Le chaudron l'appelait. Il devait faire un effort considérable pour en détourner le regard. Il n'allait pas pouvoir y arriver tout seul. Il lui fallait quelqu'un pour le tirer hors d'ici, loin de toute tentation, et l'emmener voir Sirius et Remus. Sans réfléchir, il invoqua son Patronus, lui dicta un message à délivrer et le fit partir d'un coup de baguette. Il avait l'impression qu'il y avait quelque chose de pas normal là-dedans mais sans avoir une idée de ce que c'était. Le principal, c'était qu'il avait appelé à l'aide la seule personne qui saurait quoi faire dans cette situation. En attendant qu'elle vienne à lui, il lui restait à espérer qu'il tiendrait le coup et que l'eau du chaudron demeurerait intacte…

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Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu ! Ça bouge autour de Harry, on va peut-être voir le bout de cette histoire de harcèlement ! (le «peut-être est sadique, non ? Imaginez, tout tombe à l'eau et Harry en a encore pour des semaines et des semaines de harcèlement… Ce serait cruel d'avoir alimenté de faux espoirs… Ou alors l'auteure est sympa et sort Harry de cette impasse… Réponse au prochain épisode XD) Une petite question avant de se quitter : si vous étiez élève à Poudlard, quelle serait votre matière préférée ? Et à l'inverse, quelle serait celle que vous aimeriez le moins ? Vous pouvez en citer plusieurs si vous n'arrivez pas à vous décider :p Sur ce, je vous donne rendez-vous le dimanche premier mai pour le soixante-neuvième chapitre de SAMLP qui n'est autre que la seconde partie du chapitre «Sauver Harry». Portez-vous bien d'ici là (et même après, ce serait mieux), prenez soin de vous et bisous tout le monde !