Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le soixante-neuvième chapitre de SAMLP =)
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Pour être tout à fait franche, j'ai beaucoup hésité à publier ce chapitre aujourd'hui. Ceux et celles qui suivent De Retour à Poudlard (DRAP) et Cédric et Harry, un Amour Infini (CHUAI), écrits par ma sœur AliceCullen0027, ont pu apprendre que nous avons perdu notre mère récemment. En plus du choc émotionnel, il y a plein de choses à faire et je n'étais donc pas sûre d'avoir le temps et le courage de vous offrir ce chapitre en temps et en heure. Il s'avère que ce temps, je l'ai eu, mais ce chapitre arrive avec quelques heures de retard par rapport à d'habitude. Je répondrai cependant aux reviews un peu plus tard, car j'ai envie de le faire comme je le fais habituellement, c'est-à-dire avec humour et légèreté, et je ne m'en sens pas capable actuellement. Mais, promis, dès que ça ira mieux, j'y répondrai ! Je le ferai directement sur ce chapitre et je préciserai qu'il aura été édité. Et si ce sera fait d'ici le prochain chapitre, je le dirai dans la NA =) Je ne vous oublie pas, c'est promis, vous êtes mon moteur et si vous n'étiez pas là, eh bien la fic n'en serait pas là où elle en est à l'heure qu'il est ! Merci d'ailleurs à tous pour votre soutien, pour vos gentils retours, pour votre patience, pour votre assiduité… Et merci à tous ceux qui ont répondu à la note que ma sœur a faite sur ses deux fics, nous avons été très touchées :) Et désolée pour ceux qui suivent CHUAI, il n'y a pas eu de chapitre samedi car je n'étais pas apte à le corriger, mais je le ferai dès que je le pourrai ! (c'est moi ou je prévois un peu trop de choses, là ?)
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Édit du 15/05/2022 : réponses aux reviews. Désolée pour le retard, je voulais faire cet RAR dans la semaine qui a suivi la publication du dernier chapitre, mais entre les démarches qu'il restait à faire, l'angine que j'ai attrapée et mon retour dans ma chambre universitaire (bien obligée de préparer les rattrapages), ça a été assez compliqué XD Bien que la situation reste difficile, ça va un peu mieux, du moins je me sens capable de répondre à vos gentils retours *-*
Nawa13 : C'est là que réside le suspense ! Va-t-il tenir jusqu'à l'arrivée de cette personne ? À sa place, j'ignore si j'en serais capable ! Ooooh tu aurais les mêmes matières préférées que moi ! Avec un prof plus gentil que Severus en potions, évidemment XD La divination est sûrement la matière la moins appréciée des élèves de Poudlard et des lecteurs XD Étant sur Poudlard org, j'ai accès à des cours dans toutes les matières et franchement, dans l'ensemble, les cours de divination sont plutôt cool ! C'est en grande partie fonction des profs qu'on apprécie ou non une matière, je pense XD
Guest : Oui, sans dire qui c'est, Harry a choisi la bonne personne pour lui venir en aide =) Elle va arriver, cette fête, c'est promis XD C'est vrai que le cours de soins aux créatures magiques est hyper intéressant ! J'adore Hagrid, personnellement, j'aimerais bien l'avoir comme prof, mais j'avoue que sa tendance à faire étudier des créatures dangereuses, ça refroidit un peu XD Les sortilèges, c'est la base ! C'est la plus importantes des matières, pour moi. Ça apprend à vivre dans le monde sorcier, tout simplement ! L'histoire de la magie, c'est comme la divination : ce sont les deux matières les moins appréciées XD Et le fait que ce soit Binns qui enseigne l'histoire de la magie n'arrange rien, tellement il est soporifique… Mais contrairement à la divination, je pense que peu importe le prof, on peut détester l'histoire de la magie car ça ne nous intéresse pas du tout, comme dans le monde moldu avec l'histoire XD Ooooh, très bonnes questions ! Alors les fanfictions, je ne me souviens plus trop, mais je crois que je les ai découvertes sur poudlard org, où il y a une bibliothèque où on peut lire tout genre d'histoires. J'en ai lu et je crois que j'ai voulu aller voir s'il y avait d'autres fics sur un autre site et c'est là que j'ai dû découvrir fanfiction net :) L'idée d'écrire des fics m'est venue plus tard, afin de combler les frustrations que peuvent nous provoquer la saga XD J'ai commencé à écrire plusieurs fics avant de me lancer dans celle-là, mais elles ne vont jamais être publiées pour plusieurs raisons XD La toute première que j'ai écrite est totalement partie en cacahuètes à partir d'un moment, je crois que ça a coïncidé avec le début du premier confinement, ça ne m'a pas du tout réussi XD Les deux suivantes auraient pu être publiées mais elles ont rencontré le même souci : je ne savais plus où j'allais au bout d'un certain nombre de chapitres. Là, c'est différent, je sais où je vais, j'ai des idées pour les trois prochains tomes, et ce qui m'a poussée à écrire cette fic, ce sont plusieurs choses : un coup de coeur pour le personnage de Théo que j'ai découvert en lisant des fics qui traitaient de lui, l'envie de partir d'un Harry déprimé suite à son histoire d'amour avortée avec Cédric, l'envie d'écrire sur des couples courants et des couples originaux, et l'envie d'écrire sur un Sirius libre. De là sont venues les autres idées, dont un Sirius et un Remus professeurs à Poudlard, et ce qui m'a motivée à publier cette fic, ce sont deux personnes qui comptent énormément pour moi : ma sœur AliceCullen0027 qui écrit deux superbes fics en ce moment (De Retour à Poudlard et Cédric et Harry, Un Amour Infini) et luxcie, que j'ai découverte en lisant Pour l'Amour d'un Filleul et qui est devenue plus qu'une simple connaissance en échangeant avec elle. Ce sont elles qu'il faut remercier car sans elles, SAMLP n'aurait jamais vu le jour XD Voilà, désolée pour ce long roman, j'ai énormément de mal à synthétiser, mais ça vous devez en avoir l'habitude avec mes loooongues réponses aux reviews XD Merci pour tous ces compliments, c'est adorable, ça me fait super chaud au coeur, je suis ravie que l'histoire et son écriture te plaisent autant *-* Tout comme la psychologie des personnages ! Je ne suis absolument pas experte dans ce domaine mais c'est quelque chose qui m'intéresse beaucoup et je creuse cet aspect des personnages sans vraiment m'en apercevoir XD J'espère que ça ne gêne personne, du coup ! En tout cas, merci pour ta review, et encore pardon pour la longueur de la réponse XD
Mel : Oh là là, le mauvais enchaînement qui te tient éloignée de tes divertissements :/ J'espère que tu t'es bien rétablie du méchant covid ! Quelle pourriture ce truc … Merci d'avoir quand-même continué à suivre la fic *-* Heureuse que l'avancée du couple Ron/Pansy et Justin/Théo t'ait plu *-* Oui, cette bande est vraiment synonyme d'amitié ! Cherche sur Internet «amitié» et tu auras la bande en exemple pour illustrer ce mot XD Non, je plaisante, certains ne se connaissent pas encore tant bien que ça, mais l'amitié est bien présente entre eux ! Que seraient des amis de Serpentard sans de petites prises de bec ? XD Oui, Remus est partagé sur le fait de pouvoir potentiellement se débarrasser de sa lycanthropie, ce serait une libération mais il a peur de perdre Sirius par la même occasion… Aura-t-il un choix à faire si une potion guérissant la lycanthropie voit le jour ? Son lien avec Sirius sera-t-il toujours présent s'il redevient humain à part entière ? Telles sont les questions qu'il se pose XD Mais bon, il a le temps de voir venir, cette potion, si elle est inventée, ce n'est pas pour tout de suite XD Concernant Harry, sans dire pour autant si c'est bien la personne à qui il a fait appel, c'est sûr que Severus va l'aider :) C'est obligé, Harry ne pourra pas s'en sortir sans lui :/ Pour la scène de manque, j'ai hésité à l'écrire, et ton retour à ce sujet me conforte dans l'idée que j'ai bien fait de mettre un warning XD Sans non plus être experte là-dedans, j'ai fait des recherches, j'ai vu des choses là-dessus, et je voulais montrer à quel point un sevrage peut être difficile :/ Ce n'est peut-être pas représentatif à 100% de la réalité, mais les hallucinations et le sommeil agité font bien partie des moments durs du sevrage, et Harry n'y a pas échappé, même dans le monde sorcier :/ On est bien d'accord, Harry et Hedwige sont trop chou ! Surtout dans le premier film *-* Je ne me suis jamais remise du sacrifice de Hedwige, on lui enlève vraiment tout, à ce pauvre Harry :'( On lui a juste laissé Hagrid, Ron, Hermione (et Ginny) dans la saga, en fait :/ «à moins de vouloir ouvrir un bureau de poste et de réception des colis par hibou» j'ai adoré XD Non, ce n'est pas dans les projets de Harry XD Oh les jeux de mots pourris XD Je ne connaissais pas Henry Posteur, mais c'est bien trouvé XD Sortilèges, la base ! Potions, avec un autre professeur que Severus, ça doit être trop bien ! «Miss cardigan rose criard», ça la définit tellement bien XD Bon, perso, la DCFM, ça ne m'attire pas tant que ça XD Oh oui, les cours de vol, ça doit être génial, enfin sauf si on a le vertige XD Ah ouais, tu aimes quand les cours ne se passent pas comme prévu XD J'avoue que ça rend le cours plus intéressant XD L'histoire de la magie, comme je le disais plus haut, ça doit être comme dans le monde moldu, si tu n'aimes pas l'histoire, ça devient vite chiant XD L'arithmancie, c'est vrai que si tu n'es pas fan de maths, c'est un peu compliqué XD Par contre, j'aurais bien aimé étudier les runes ! Trelawney elle fait trop peur XD Mais ça pourrait être drôle d'assister en vrai à ses délires, en effet XD Mais faut être accroché avec elle XD Alors mes matières préférées auraient été les sortilèges, la botanique, les potions, les soins aux créatures magiques et les runes :) Merci à toi pour ta review, et le moment Drarry romantique, tu vas l'avoir, promis XD
mimibou : Je pense que cette tête de mule va finir par comprendre que quand ça va pas, faut qu'il en parle à ceux qui l'aiment XD Ta matière préférée serait donc l'une des plus difficiles ! C'est vrai que ça doit être intéressant de pouvoir transformer quelque chose en tout et n'importe quoi, et ça peut être très utile parfois ! Mais franchement, ce ne serait pas ma matière préférée XD Décidément, l'histoire de la magie ne fait pas l'unanimité parmi les lecteurs XD Ce qui est compréhensible XD Tu serais tout le contraire de moi, en fait XD La métamorphose ne m'attire pas des masses mais la botanique m'intéresse beaucoup ! J'espère que le chapitre suivant t'a plu =)
Rozy45 : Les POV Tonks sont les plus rares, mais je vais essayer d'y remédier =) Tu as toute mon admiration pour le courage que tu as eu d'avoir commencé la fic et de l'avoir lue en entier ! Et de ne pas avoir abandonné à cause de la longueur XD Je n'ai jamais essayé la fonction audio mais ça ne doit pas être pareil d'écouter une fic que de la lire, mais j'avoue que c'est un excellent moyen de se divertir en faisant les tâches quotidiennes ! Heureusement que tu n'as pas fait tes lasagnes en lisant le chapitre avec la bataille de tomates pourries et de farine périmée XD On aurait vite envie de les imiter XD Oh je ne pensais pas être la première réponse à une review de quelqu'un ! Sache que je réponds systématiquement aux reviews du chapitre précédent quand j'en publie un nouveau, sauf il y a deux semaines mais c'était exceptionnel, là je reprends le rythme habituel ! Merci à toi de faire partie de mes nouvelles lectrices =) Ah bah s'il devait y avoir des binômes de travail parmi les lecteurs, je ne te mettrais pas avec Mel qui n'aurait pas aimé l'arithmancie XD Force à toi d'aimer autant les maths XD
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J'espère n'avoir oublié personne, si c'est le cas, n'hésitez pas à me le faire savoir ! Merci à vous tous pour vos reviews, ça me fait ultra plaisir à chaque fois, vous êtes tellement gentils, c'est un bonheur de vous lire ! J'édite le chapitre avec ces réponses et je file faire la NA du nouveau chapitre XD
Sur ce, je vous laisse donc avec ce chapitre, je vous souhaite une agréable lecture et on se retrouve en bas pour ceux qui aiment bien lire les NA de fin de chapitre !
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69 – Sauver Harry (2/2)
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(samedi 04/05) POV Théo
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Théo était profondément endormi quand une puissante lumière le tira hors de son sommeil. Il ouvrit difficilement les yeux et distingua la forme d'un cerf. Il se demanda qui pouvait bien avoir l'idée de lui envoyer un Patronus à presque minuit quand celui-ci se mit à parler avec une voix qu'il connaissait bien :
- Théo, je t'en supplie, viens m'aider, je vais faire une grosse bêtise si je reste tout seul… Je résiste mais la tentation est tellement forte… Je suis dans la salle sur demande, pour y accéder, pense à un endroit où on peut travailler. Viens vite, s'il te plaît.
Le cerf se volatilisa sur ces mots. Théo resta un instant figé, puis il se redressa et bondit hors de son lit. Harry avait besoin de lui, c'était tout ce qu'il avait retenu. Sans prendre la peine d'enfiler quoi que ce soit par-dessus son pyjama, il se chaussa, attrapa sa baguette et prit son sac dans lequel il mit plusieurs potions, au cas où cela serait nécessaire pour Harry. Il n'était pas encore potionniste et ne se destinait pas à être médicomage mais il pouvait calmer provisoirement Harry s'il était en pleine crise de panique et que ce n'était pas trop grave. Si c'était trop sérieux, il l'emmènerait direct chez le professeur Snape. Malgré le fait qu'il était très inquiet pour le Gryffondor, il parvenait à garder la tête froide. Il avait songé pendant quelques secondes à prévenir Draco et le prendre avec lui mais il s'était vite ravisé. Draco se serait affolé et cela aurait été contre-productif. Théo aurait dû gérer à la fois Harry et Draco alors qu'il devait être entièrement concentré sur Harry. Il quitta donc le dortoir seul après s'être assuré de n'avoir rien oublié. Il fit le moins de bruit possible, n'ayant pas le droit d'être en-dehors de sa salle commune ou de son dortoir à cette heure-là. Il stressait un peu à l'idée de croiser un professeur et c'était probablement pour ça qu'il avait le coeur qui battait un peu plus vite que d'habitude alors qu'il se dirigeait vers les escaliers. Mais il se faisait discret et tendait bien l'oreille pour entendre le moindre bruit. Heureusement, il ne vit aucun professeur jusqu'au septième étage. Mais il avait plus de chances d'en voir un dans les couloirs, aussi fit-il encore plus attention. Mais tous ceux qu'il traversa furent déserts. Il avait tellement stressé qu'il fut bien soulagé lorsqu'il arriva à la salle sur demande. Il n'avait pas peur pour lui, mais pour le fait qu'il ne pourrait pas aller voir Harry s'il se faisait coincer. Il n'y avait que le Gryffondor qui comptait pour lui. Il fit ce qu'il lui avait dit dans son message via le Patronus et pensa fort à un endroit idéal pour travailler. La salle sur demande apparut et il y pénétra. Il perçut aussitôt une atmosphère assez angoissante. Il n'y avait aucun bruit et l'air était lourd. Il avança un peu et s'arrêta quand il découvrit Harry, debout, devant un chaudron, le corps tendu et les mains posées à plat sur la table. Théo baissa les yeux et vit sur le sol des petites billes blanches qui ressemblaient fortement à des baies de gui. Un désagréable frisson lui parcourut le dos. Sans même y jeter un coup d'oeil, il devinait qu'il n'y avait que de l'eau dans le chaudron puisque la fumée qui en émanait n'avait ni couleur, ni odeur. Et il savait que seules trois potions avaient une préparation qui commençait par l'incorporation de baies de gui. Il s'agissait de la potion de sommeil normale, de la potion de sommeil sans rêves et du philtre de paix. Et au vu des ingrédients présents sur la table, il sut que c'était une potion de sommeil sans rêves que Harry avait voulu fabriquer. Et ce constat suffisait à affirmer que la situation était grave. Harry avait connu une dépendance à ces potions et le fait qu'il avait souhaité s'en procurer en les faisant lui-même comme il l'avait fait plusieurs mois plus tôt n'était pas bon signe du tout. Surtout à minuit… Tout cela était très inquiétant. Mais Harry l'avait appelé à l'aide et c'était une très bonne chose. Cela prouvait qu'il avait retrouvé sa lucidité et qu'il n'avait pas désiré replonger. Mais il l'aurait fait s'il était resté seul. Une grande responsabilité incombait donc à Théo : rassurer Harry, le faire parler et le convaincre de sortir de cette salle et d'aller voir son parrain et son directeur de maison. Théo estimait que c'était à ces deux personnes que Harry devait se confier avant de songer à faire venir le professeur Snape ou se rendre chez lui. Bien sûr, Harry serait obligé de passer par-là ensuite mais le plus urgent pour lui était de parler aux personnes qui s'occupaient de lui. Mais c'était d'abord à Théo de faire sa part. Il s'approcha alors lentement de Harry afin de ne pas l'effrayer. Une fois à un mètre de lui, il l'appela doucement :
- Harry ?
Le Gryffondor ne réagit pas.
- Harry, tu m'entends ?
Harry fit un «oui» de la tête.
- Est-ce que je peux te rejoindre ?
Harry acquiesça de nouveau. Théo franchit la distance qui les séparait encore. Il se posta à côté de Harry qui demeura immobile. Le regard fixe, il semblait être dans son monde mais il était pourtant conscient de tout ce qui l'entourait.
- Peux-tu tourner la tête vers moi ?
Harry ne répondit pas. Il avait l'air tellement fragile que Théo eut envie de le prendre dans ses bras. Peut-être était-ce ce que Harry attendait… Théo hésita un peu avant de passer délicatement un bras autour des épaules de Harry, lui laissant l'occasion de se dérober s'il ne voulait pas de cette étreinte. Harry se crispa un bref instant, mais loin de le repousser, il pivota vite pour cacher son visage dans le cou de Théo qui le serra aussitôt contre lui. Il se mit instinctivement à lui caresser les cheveux, ce qui détendit considérablement le Gryffondor. Son corps fut rapidement secoué de soubresauts alors que Théo sentait le haut de son pyjama s'humidifier. Son coeur se comprima à l'idée que Harry était en train de pleurer. Il n'aimait voir personne triste, et encore moins ses amis. Harry resta un moment comme ça, puis il s'écarta légèrement de Théo.
- Merci d'être venu, murmura-t-il.
- Je n'allais pas ignorer ton appel à l'aide…
- Mais il est plus de minuit…
- Et alors ? Je suis ton ami vingt-quatre heures sur vingt-quatre, pas seulement durant la journée de huit heures à vingt-et-une heures…
Un petit sourire étira les lèvres de Harry.
- Tu es adorable… Mais tu dois te dire que j'aurais pu appeler Draco, Ron ou Hermione…
- Si tu ne l'as pas fait, c'est qu'il y a une raison.
Harry fit une moue éloquente.
- Draco aurait un peu trop paniqué, Hermione m'aurait immédiatement emmené chez le professeur Snape, ce que je voulais à tout prix éviter, et Ron n'aurait pas su quoi faire. Je me suis dit que toi, tu aurais la bonne réaction. Et je ne me suis pas trompé.
- En effet. Et j'aimerais savoir ce qui s'est passé pour que tu te retrouves ici, à minuit, à deux doigts de préparer une potion que tu n'as plus le droit de prendre. Ce n'est pas un reproche, j'ai bien saisi que ça n'allait pas du tout. Je veux juste comprendre pour pouvoir t'aider.
Harry soupira.
- Ce serait trop long à expliquer… Ça fait plusieurs jours que je n'arrive plus à dormir, car comme vous l'avez tous deviné, j'ai des problèmes, je les ai gardés enfouis en moi et ça me torture l'esprit. Après le dîner, je suis allé me promener dans le château et en rejoignant ma salle commune, je suis tombé sur deux Serpentard qui m'embêtent depuis la rentrée et qui m'ont dit des choses horribles qui ont ravivé mes anciennes peurs. J'y ai repensé en boucle dans mon dortoir, ça m'a provoqué une crise d'angoisse, j'ai voulu prendre une potion relaxante pour me calmer, mais impossible de mettre la main dessus dans mes affaires. En revanche, mon regard s'est posé sur ma boîte d'ingrédients qui contenait tout ce qu'il fallait pour faire une potion de sommeil sans rêves. J'ai essayé de lutter mais j'avais trop besoin de cette potion… Alors j'ai tout pris et je me suis réfugié ici. Seulement, quand j'ai voulu mettre les baies de gui dans le chaudron, mon inconscient s'est rappelé à moi et a tenté de m'en dissuader. Il a fait allusion à mon sevrage et je me suis souvenu d'une nuit où j'ai eu un gros accès de folie qui a obligé le professeur Snape à me faire boire une potion contre mon gré. Je n'ai pas souhaité subir tout cela une nouvelle fois, alors j'ai lâché les baies de gui. Mais je sentais que si je restais seul, la tentation serait trop forte et m'empêcherait de tenir bon. J'ai donc fait appel à toi, et j'ai prié pour que tu arrives avant que je ne change d'avis. Heureusement, tu as vite rappliqué.
- J'ai bien compris que c'était urgent. Et je suis fier de toi d'avoir résisté et de m'avoir contacté par Patronus. C'était exactement ce que tu devais faire.
- Il n'y avait que toi qui étais en mesure de m'aider…
- Je ne pourrai pas tout faire seul. Il y a des choses que tu devras faire toi-même, comme parler à ton parrain et à ton directeur de maison. Mais je viendrai avec toi. Je ne te lâcherai pas. Il vaudra mieux que je sois là, de toute façon, puisque j'ai des informations que tu n'as pas.
Harry fronça les sourcils.
- Comment ça ?
- J'ai le nom de tes deux harceleurs, par exemple. Bon, pour être tout à fait honnête, les professeurs Black et Lupin les ont aussi, parce que la bande et moi sommes allés les voir hier soir pour leur dire tout ce qu'on savait. Car comme tu refusais de nous dire quoi que ce soit, on a nous-mêmes cherché à découvrir ce que tu subissais. Mais on a dit tellement de choses à tes deux tuteurs qu'ils n'auront peut-être pas retenu les noms… Et puis il y a des choses que Pansy a entendues et qu'elle nous a fait partager, aux autres et moi, sans en parler en détail aux professeurs Black et Lupin. Je pourrai les en informer si je suis avec toi pendant que tu te confieras à eux. Mais je ne te force pas à accepter ma présence. Si tu préfères être seul avec eux, je ne ferai que t'accompagner, j'expliquerai rapidement la situation et je te laisserai ensuite avec eux.
Harry secoua la tête.
- Non, je serais plus rassuré si tu étais avec moi. Emmène-moi, s'il te plaît… Seul, je n'aurais pas le courage d'y aller, et pourtant je veux aller leur parler, je ne peux plus garder tout ça pour moi, il faut que je leur dise tout… Mais j'ai besoin d'y aller avec quelqu'un.
- Ça tombe bien, je suis là pour ça, sourit Théo. Essuie-moi ces vilaines larmes pendant que je range tes affaires. Il faudrait une… ah oui, c'est vrai, j'oublie à chaque fois qu'on peut presque tout avoir ici…
À peine Théo avait-il songé à une bassine d'eau et une serviette qu'elles étaient apparues à côté de lui. Il les tendit à Harry qui les prit et s'occupa du chaudron et de la boîte d'ingrédients tandis que le Gryffondor se lavait le visage. Alors que Théo ramassait la baguette de Harry posée sur la table, une question lui traversa l'esprit.
- Dis, comment as-tu fait pour m'envoyer un Patronus ? C'est quelque chose qu'on n'a pas encore vu en cours…
Le regard de Harry se troubla.
- C'est vrai, ça… Je ne me souviens même pas du moment où j'ai invoqué mon Patronus. La seule chose dont je me rappelle, c'est avoir décidé de te faire parvenir un message par Patronus. Ensuite, il y a une sorte de trou noir jusqu'à ce que tu arrives. C'est d'autant plus bizarre que je n'ai jamais appris à envoyer un message à quelqu'un par le biais du Patronus. Je sais juste faire apparaître mon Patronus depuis la troisième année car je devais savoir comment me défendre face aux détraqueurs mais c'est tout. Je ne sais pas comment j'ai pu faire ça. Ça a dû être… instinctif. Ou alors j'ai tenté un truc au hasard et ça a marché… Je n'en ai aucune idée.
- Je pense avoir deviné ce qui s'est passé, mais le professeur Snape ou ton parrain sauraient mieux t'expliquer que moi. Ils s'y connaissent davantage. Comme tu l'as suggéré, tu aurais recouru à de la magie instinctive. C'est quelque chose qui peut se produire quand on est dans une situation délicate et qu'on doit lancer un sort en urgence qu'on ne connaît pas. Tu le fais alors de manière instinctive, sans te rendre compte de quoi que ce soit. Mais tu auras beau essayer par la suite, tu ne réussiras pas tant que tu ne l'apprendras pas comme tu as appris les autres sorts. Normalement, c'est à partir de treize ou quatorze ans que tu peux utiliser cette magie, mais c'est vraiment dans des cas particuliers, ça reste assez rare, mais ça ne l'est pas tant que ça puisque tout le monde peut y avoir accès.
Harry acquiesça distraitement, l'air très intéressé.
- Ça t'est déjà arrivé ?
- Oui, à deux ou trois reprises. La première fois, c'est quand j'avais douze ans, mais je ne pourrais pas te dire de quel sort j'avais eu besoin… Il faudrait que j'y réfléchisse au calme. Ça n'avait rien à voir avec le Patronus, en tout cas. Ça, je l'ai appris tôt en autodidacte.
La surprise se lut sur les traits de Harry.
- Tu maîtrises aussi le sortilège du Patronus ? Mais c'est quelque chose qu'on est censé voir à la fin de la sixième année…
- Je sais, mais tu es au courant que nous avons tous deux eu une enfance très difficile… Quand j'ai perdu ma mère, je n'avais plus rien à quoi me raccrocher. Elle était ma lueur d'espoir, la personne pour qui je me battais pour tenir sous les tortures de mon père. Même lorsqu'elle n'était plus là, je continuais à lutter pour elle, pour la rendre fière de là où elle était, et parce que je considérais que si je me laissais aller, ça aurait été une insulte à tous les efforts qu'elle avait fait de son vivant pour me protéger. Alors de mes huit ans jusqu'à l'été qui a suivi ma première année à Poudlard, je revoyais le visage et le sourire de ma mère pour me redonner du courage. Mais quand mon père s'est mis à me faire subir des séances de Doloris lors de l'été entre ma première et ma deuxième année, il m'a fallu quelque chose de plus fort pour résister. Mon père ne partait plus en voyage depuis qu'il était seul pour s'occuper de moi, mais il me confiait parfois à la femme d'un Mangemort quand il devait s'absenter toute une journée. Pendant ces vacances-là, il a eu un truc à faire à l'extérieur et j'ai été gardé par cette femme qui m'a emmené à la bibliothèque municipale, souhaitant sortir pour ne pas rester enfermée dans le Manoir. J'étais un peu faible à cause des Doloris de la veille qui m'avaient cassé de partout mais j'étais trop content de pouvoir quitter le Manoir pendant quelques heures pour refuser. De plus, j'avais une idée derrière la tête. Une fois à la bibliothèque, j'ai cherché un livre sur les sortilèges de défense. Je voulais juste apprendre l'un d'entre eux et je savais lequel. Après avoir feuilleté plusieurs livres, j'en ai trouvé un qui traitait de ce sort. J'ai pris du parchemin que j'avais pensé à prendre avec moi et j'ai noté ce qui m'intéressait. Je ne pouvais pas emprunter ce livre car il aurait fallu que je revienne assez vite à la bibliothèque et ça n'allait pas être possible… Mais j'avais ce qu'il me fallait et c'était le principal. Grâce aux notes que j'avais prises, j'allais être en mesure d'apprendre à lancer le sortilège du Patronus. C'était ça qui allait me permettre de tenir bon face à la tyrannie de mon père. Le Patronus symbolise l'espoir, le bonheur, le désir de vivre, et c'était donc exactement ce dont j'avais besoin. Mais c'est un sort très complexe. Des tas de sorciers ne pourront jamais réussir à produire un Patronus corporel. Déjà, pour ça, il faut avoir le coeur pur. C'est déjà un obstacle pour un certain nombre de sorciers. À même pas douze ans, il était impossible que j'y arrive dès le premier coup, surtout dans l'état dans lequel j'étais. Mais j'ai commencé à m'entraîner dès la rentrée à Poudlard, puisque je n'avais pas le droit d'utiliser ma baguette pendant les vacances. J'ai vite obtenu un filet de lumière argentée, puis une ombre informe. J'ai mis bien plus de temps à avoir un Patronus corporel. Je m'exerçais depuis début septembre et ce n'est qu'en avril suivant que j'y suis parvenu. J'y mettais toute mon énergie et toute ma puissance magique et j'avais remarqué que durant cette année, j'avais eu moins de soucis que pendant la première année avec mon trouble magique. Car je concentrais toute ma magie sur quelque chose, comme je le fais actuellement lors des séances de duel avec ton parrain et le professeur Flitwick. Lorsque je suis rentré au Manoir pour les vacances d'été, je savais lancer un Patronus corporel. Et ça m'a été très utile après les séances de torture de mon père. Je repensais à la première fois où j'avais pu faire apparaître mon Patronus, à la joie que j'avais ressentie, à l'apaisement qui m'avait envahi et ça me suffisait à supporter ce que me faisait subir mon père. Voilà, tu sais tout sur mon expérience de ce sortilège, maintenant.
Harry hocha la tête, l'air sonné par tout ce qu'il venait d'entendre.
- Merci de m'avoir raconté tout ça, je suis touché car c'est quelque chose de très personnel, tu aurais pu vouloir le garder pour toi… Je trouve cette histoire hyper émouvante. C'est à la fois si beau et si triste… Tu n'aurais pas dû avoir à apprendre ce sort pour cette raison. Mais je suis heureux que tu aies eu quelque chose qui t'a permis de t'accrocher. Je voudrais te demander un truc mais…
- Dis toujours, coupa gentiment Théo.
Harry se mordit la lèvre.
- Est-ce que… est-ce que tu pourrais me montrer ton Patronus ?
Théo sourit tendrement face à cette requête.
- Évidemment, j'ai vu le tien, tu as bien le droit de voir le mien !
Il prit sa baguette, pensa fort au souvenir le plus heureux qu'il avait et prononça la formule. Sans le moindre effort apparent, il fit apparaître un guépard argenté qui galopa souplement dans la salle sur demande. Théo fut ému par l'air émerveillé de Harry qui ne lâchait pas du regard le guépard. Celui-ci ralentit l'allure, passa devant Harry et Théo et s'évapora de lui-même.
- Il est trop beau, murmura Harry. Et il te correspond si bien…
- Merci, dit sincèrement Théo. J'adore aussi le tien, il est tellement majestueux… Dommage que je n'aie pas pu en profiter, j'étais dans les vapes quand il m'a délivré ton message… Il te va bien aussi, comme c'est le cas pour tout Patronus. Pourtant, au début, on s'identifie souvent très peu à la forme animale que prend notre Patronus, car ce sortilège exploite des ressources magiques qui ne font que sommeiller au plus profond de notre être et dont on ignore totalement l'existence jusqu'à ce qu'elles soient réveillées par l'invocation du Patronus. Comme il est lié à ces ressources magiques qu'on ne connaît pas, il est logique qu'on soit étonné par l'animal qui représente notre Patronus.
- C'est vrai que je n'aurais jamais pensé avoir un cerf comme Patronus… Mais c'était celui de mon père, je ne suis même pas sûr que ce soit réellement le mien…
- Peut-être parce que tu as appris ce sortilège trop tôt, trop vite, et que tu n'as donc pas eu le temps de faire surgir tes ressources qui déterminent l'aspect de ton Patronus.
- Pas bête, jugea Harry. Il faudrait que je vois ça avec Remus. C'est lui qui m'a appris ce sortilège.
- Tu lui en parleras la prochaine fois que tu le verras. Pas dans quelques minutes, car ce ne sera pas le sujet, mais un autre jour et à une heure plus décente. Tu es prêt à y aller, d'ailleurs ?
- Oui, affirma fermement Harry.
Théo sourit, impressionné par la force de courage de Harry. Il y avait une réelle détermination dans son regard qui faisait plaisir à voir. Ce fut sur cette pensée que Théo sortit de la salle sur demande avec son ami. Il était soulagé que Harry désire de lui-même aller voir ses tuteurs. C'était signe qu'il souhaitait s'en sortir. Ils descendirent les sept étages et se rendirent aux appartements du professeur Black et du professeur Lupin. Ils s'étaient mis sous la cape d'invisibilité que Harry avait prise pour aller à la salle sur demande. Ils seraient donc passés inaperçus s'ils avaient croisé quelqu'un, ce qui ne fut pas le cas. Lorsqu'ils arrivèrent, ils se débarrassèrent de la cape, ne voulant pas faire peur aux deux adultes en l'enlevant devant eux. Théo s'apprêta à frapper à la porte mais Harry l'en empêcha en attrapant son poignet. Théo tourna la tête vers lui et vit de l'angoisse dans les yeux émeraudes du Gryffondor. Il baissa le bras.
- Ça va aller, assura-t-il. Je suis avec toi. Le plus dur, c'est de se lancer. Après, ça va tout seul. Ils ne vont pas te juger, ni te gronder, ni quoi que ce soit. Ils seront au contraire heureux et soulagés que tu viennes enfin leur parler.
- Justement, je m'en veux d'avoir mis autant de temps… Remus a pourtant tenté de me faire parler, le professeur Snape aussi, toi aussi, Ron aussi, Hermione aussi, Ginny aussi… Et je me suis entêté à me taire.
- Ce n'était pas facile pour toi de te confier, apaisa Théo. Peu de personnes osent le dire quand elles se font harceler. En plus, tu es trop habitué à te débrouiller seul, ce n'est pas instinctif chez toi de te tourner vers quelqu'un dès que tu as un problème, ce que je comprends parfaitement puisque je suis pareil… Tu as voulu régler les choses tout seul et tu t'es persuadé que tu allais réussir. Mais quand tu es harcelé pour trois raisons différentes à chaque fois que tu te promènes dans les couloirs, il est impossible de s'en sortir seul.
- C'est ce que j'ai fini par réaliser… Je comptais en parler, mais uniquement quand je n'aurais plus le choix… Sauf que je repoussais sans cesse les limites…
- J'espère que ça n'arrivera pas car je veux un Harry heureux et plein d'énergie, mais la prochaine fois que tu as des ennuis, parle-en directement. Je sais que c'est difficile pour toi mais il ne faut pas que tout cela recommence, tu as trop souffert et c'était horrible de te voir aller mal sans pouvoir rien faire…
La culpabilité se lut dans le regard de Harry. Il ouvrit la bouche mais Théo le devança :
- Non, ne t'excuse pas, on ne t'en veut pas du tout, affirma-t-il. C'est juste qu'on était très inquiets pour toi et qu'on n'a pas envie de repasser par tout ça. Alors s'il te plaît, si tu rencontres de nouveau des problèmes, n'attends pas pour en parler.
- Promis, jura Harry. Je vais vraiment essayer. Il faut simplement que j'accepte le fait de perturber la tranquillité de Sirius et Remus pour me confier à eux.
- Ce sera un énorme pas quand ce sera fait, dit sérieusement Théo. Ça deviendra petit à petit naturel et tu verras que ça te fera beaucoup de bien.
- Je n'en doute pas une seconde, attesta Harry. Merci d'être là et de me dire toujours ce qu'il faut.
Théo sourit et attira Harry à lui pour lui faire un câlin. Ils restèrent quelques minutes ainsi, puis ils se séparèrent, l'air tous deux apaisés.
- Je peux frapper ? demanda gentiment Théo.
- Oui, c'est bon, autorisa Harry en souriant.
Théo ne se fit pas prier et toqua à la porte. Il se passa deux ou trois minutes avant qu'elle ne s'ouvre sur le professeur Lupin. Il fut évidemment surpris de découvrir l'identité de ses deux visiteurs.
- Harry ? Théo ? Que faites-vous là ? Il y a un problème ?
Théo pensa que Harry allait répondre mais il se contenta de regarder par terre. Théo fut alors obligé de le faire lui-même :
- Nous sommes désolés de vous déranger à une heure pareille, mais Harry souhaite vous parler de quelque chose d'important. C'est urgent. Il n'allait pas bien du tout, il m'a appelé à l'aide et il était temps qu'une bonne discussion ait lieu. Mais nous comprendrions si ce n'était pas le moment, nous reviendrons dans la matinée et je resterai avec Harry pendant toute la nuit pour veiller sur lui.
- Non, non, l'heure n'est jamais un problème, surtout pour ce genre de discussion… Je vais réveiller Sirius, allez dans le salon en attendant, je reviens avec lui.
Le professeur Lupin s'éclipsa, laissant Harry et Théo seuls. Ils pénétrèrent dans les appartements et se rendirent au salon. Ils furent rejoints peu après par leurs professeurs.
- Eh bien les enfants, qu'est-ce qui vous amène ? Il paraît que tu veux nous parler, Harry ? s'enquit le professeur Black.
- Oui, avoua Harry. Je sais qu'il est tard, je m'en veux de vous avoir réveillés, mais…
- Ne t'en fais pas, ce n'est pas grave du tout, assura le professeur Black. Nous sommes heureux que tu sois venu. Merci d'avoir accompagné Harry, Théo.
- J'aimerais qu'il reste, indiqua Harry. Ce serait plus facile pour moi de parler s'il est là. De plus, il sait des choses que j'ignore. Sans compter que, si je suis là, c'est grâce à lui. Je voulais venir, avant même de l'appeler, mais je n'en aurais pas eu le courage seul.
- C'est le souhait de Harry, mais je peux vous laisser si…
- Non, tu restes là, coupa le professeur Black. Enfin, si ça ne te dérange pas, bien sûr. Personne ne t'y forcera, mais nous n'avons pas envie que tu partes.
Théo sourit et fit un signe de tête pour dire qu'il voulait bien rester.
- Parfait, nous vous écoutons, mais d'abord, est-ce que tout va bien ? s'inquiéta le professeur Lupin. Harry a mentionné un appel à l'aide, t'es-tu fait attaquer ? Si oui, comment as-tu fait venir Théo ? A-t-il dû se battre pour te sauver ?
- Non, non, il n'y a rien eu de tout ça, déclara Harry. Nous n'avons pas été agressés. Pas cette fois, en tout cas. J'y reviendrai un peu plus tard, mais Théo et moi allons très bien, c'est promis.
Le professeur Lupin acquiesça, l'air plus serein, et tourna la tête vers Théo. Celui-ci fut troublé par le regard que son professeur posa sur lui. Mis à part avec Harry en privé, il avait toujours eu un peu plus de distance avec ses élèves que le professeur Black, et il sembla à Théo qu'à cet instant, cette distance avait disparu vis-à-vis de lui. Et sans s'en apercevoir, le professeur Lupin ne tarda pas à le lui prouver :
- Confirmes-tu les dires de Harry ?
Théo bloqua pendant quelques secondes avant de reprendre ses esprits :
- Oui, ce n'est pas à cause d'élèves que Harry a eu besoin de moi. Et il vaut effectivement mieux y revenir plus tard.
- D'accord, racontez-nous tout, alors, intima le professeur Lupin.
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POV Sirius
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Il y eut un long silence pendant lequel Harry parut chercher ses mots. Même si Remus et lui savaient déjà pas mal de choses grâce aux amis de Harry, Sirius redoutait un peu tout ce qu'il allait dire. Mais c'était important que Harry en parle lui-même. Son récit serait de toute façon différent de celui qu'avait fait la bande. Car ils n'avaient pas le ressenti de Harry, et ils n'étaient pas au courant de tout. Il fallut un long moment à Harry pour se lancer :
- Depuis la rentrée, je me fais harceler un peu partout dans le château. Je reçois des mots durant les repas ainsi que des remarques, des moqueries et des insultes dans les couloirs. Tout ça a commencé le lendemain de l'officialisation de mon couple avec Draco et du vôtre. J'aurais pu le supporter si je ne me faisais harceler que pour ma relation avec Draco, mais le problème, c'est que je me fais aussi embêter parce que mon parrain et mon directeur de maison sont en couple et parce que je sors avec un garçon alors que ça ne fait pas assez longtemps que je suis séparé d'Adrian. Certains élèves me reprochent d'avoir retrouvé l'amour alors qu'Adrian, lui, se morfond à Sainte-Mangouste. Mais ils ne peuvent pas me juger sans connaître toute l'histoire. Ils n'ont aucune idée du rôle important que Draco a joué pendant ma convalescence. Pour eux, si Adrian ne peut pas faire ce qu'il veut, alors je n'en ai pas le droit non plus. Par solidarité, je dois m'empêcher d'être heureux tant qu'Adrian sera à Sainte-Mangouste. Je n'aurais donc pas dû sortir aussi tôt avec Draco. Je passe pour quelqu'un qui collectionne les mecs, qui couche avec tous les mecs gay de l'école et je reçois les insultes qui vont avec. Concernant ma relation avec Draco, certaines me disent que Draco n'est pas sincère avec moi, qu'il n'y a que mon corps qui l'intéresse, d'autres me demandent si c'est le fait de sortir avec un fils de Mangemort qui m'excite, d'autres m'accusent d'oublier tout ce qu'a pu faire Draco depuis qu'il est à Poudlard, de trahir tous ceux qui ont été victimes des injures de Draco… Ça, ça vient de ceux qui n'ont pas pu tirer profit du concept de travail en binôme et qui n'ont pas encore compris que les choses avaient changé, qu'il n'y avait plus de guerre entre les maisons. À ça viennent s'ajouter les remarques à propos de votre couple. Ce qui revenait le plus souvent jusqu'à fin avril, c'étaient les élèves qui m'attaquaient à cause de potentiels traitements de faveur dont je pouvais bénéficier de la part de Remus… Le premier exemple, ça a été avec Draco dans la salle des binômes. On était sur le point de s'en aller quand Roger Curtis est venu nous voir. Il nous a conseillé de se dépêcher si on ne voulait pas être en retard. Le ton sur lequel il nous a parlé nous a un peu agacés et Curtis a fini par dire que de toute manière, on ne risquait pas de se faire disputer puisque Remus ne voudrait pas se retrouver en froid avec une certaine personne… Sous entendu que s'il nous avait rappelé à l'ordre, Sirius l'aurait mal pris et ça aurait jeté un froid entre vous. Draco m'a incité à oublier ce que venait de dire Curtis et c'est ce que j'ai essayé de faire. J'étais déjà peiné par ses mots mais ce n'était rien comparé à ce que j'ai ressenti une heure plus tard. Durant le cours de métamorphose, Remus nous a rendu nos devoirs sur table et j'ai eu mon premier Optimal de l'année dans cette matière. Je ne m'y attendais pas du tout et quand Draco a fait part à voix haute de son admiration en dévoilant ma note, tous nos camarades ont tourné la tête vers moi et plusieurs d'entre eux m'ont regardé avec une mine suspicieuse. C'est pour ça que je suis venu te voir à la fin du cours, Remus. Tu dois t'en souvenir…
- Oui, tu m'avais fait tout un cirque parce que je t'avais mis un Optimal et tu m'avais limite accusé de t'avoir avantagé sur ordre de Sirius… Ton attitude m'avait intrigué, je m'étais posé des questions mais j'étais loin d'imaginer ce qui se cachait derrière tout ça…
- C'est normal, je faisais tout pour que vous ne vous aperceviez de rien, murmura Harry. Mais c'est en partant de la salle après notre discussion que j'ai reçu un gros coup de massue. Quatre élèves de Serpentard m'attendaient. Crabbe, Goyle, Davies et… zut, c'était qui, l'autre fille ?
- Millicent Bulstrode ? Megan Jones ? suggéra Théo.
- Jones, oui, c'est ça, approuva Harry. Sauf qu'elle est entrée dans la salle juste après que j'en sois sorti. Les trois autres avaient eux aussi prévu de parler à Remus pour justifier leur retard en cours de potions. Comme ça, ils pouvaient m'embêter à leur guise pendant que Jones était avec Remus. Dès que j'ai quitté la salle, ils me sont tombés dessus. Ils m'ont demandé si j'avais remercié Remus pour mon Optimal, ils m'ont dit que les BUSE allaient être faciles pour moi, que je n'aurais pas eu cette note si vous ne sortiez pas ensemble, que vous pourriez forcer les autres professeurs à me mettre des Optimal à mes examens, que je n'aurais aucun mal à trouver de quoi vous remercier puisque nous sommes tous trois gay… C'est là que j'ai réagi en retournant la situation contre eux. Je leur ai fait comprendre que le professeur Snape allait sûrement deviner qu'ils m'avaient retenu en nous voyant arriver les uns après les autres, ça ne leur a pas plu, Goyle m'a attrapé, il m'a menacé avec Crabbe, puis il m'a lâché et j'ai pu m'en aller. Ils sont allés bien plus loin que Curtis dans leurs accusations et j'ai bien senti que tout le monde pensait que j'étais favorisé par mon directeur de maison depuis qu'il était en couple avec mon parrain. Et j'ai voulu couper court à ces rumeurs. Je ne voyais qu'une seule solution pour ça. J'ai vite monté un plan mais rien ne s'est passé comme je l'imaginais… Et je m'en veux encore aujourd'hui de la tournure qu'ont pris les choses. Il y avait un devoir individuel de métamorphose à faire pour le vendredi de la semaine d'après et j'ai fait exprès de le rater. Remus a rapidement corrigé nos devoirs et nous les a rendus lors du cours suivant. J'ai eu un Acceptable et je l'ai fait savoir à toute la classe en contestant ma note devant tout le monde. J'ai tellement insisté sur le fait que je n'étais pas d'accord avec ma note que Remus m'a ordonné de venir le voir à la fin du cours. Quand je l'ai rejoint à son bureau, il m'a aussitôt demandé à quoi je jouais. Il n'était pas content du tout. Ce qui pouvait se comprendre. Dix jours plus tôt, je râlais parce qu'il m'avait mis un Optimal et là, je ronchonnais parce que j'avais eu un Acceptable… Et, surtout, je m'étais donné en spectacle devant tous mes camarades, ce qui ne me ressemblait pas du tout. À la base, je voulais juste qu'ils sachent que j'avais raté mon devoir, que Remus m'avait noté en conséquence et que je n'avais pas eu de traitement de faveur… Mais Remus avait été très agacé par mon comportement et il avait deviné que j'avais sciemment gâché mon devoir mais sans savoir pourquoi. Le ton est monté entre nous, on s'est disputés, j'ai mal parlé à Remus, ce qui m'a valu une retenue le soir-même et ça m'a tellement mis hors de moi que je suis parti en claquant la porte. Je suis vraiment désolé pour la façon dont je me suis conduit, Remus, j'étais déjà empêtré dans les ennuis, mon plan ne s'était pas passé comme je l'avais souhaité, j'étais à bout de nerfs et j'ai complètement pété les plombs… Je m'en veux énormément de t'avoir parlé comme je l'ai fait, je m'étais déjà excusé mais sans pouvoir te dire pourquoi j'avais réagi comme ça… Tu n'y étais pour rien, ce n'était même pas contre toi, je me sens tellement mal de m'être défoulé sur toi… Tu as toujours été là pour moi, comme Sirius, et moi, je… je…
Harry ne put finir sa phrase, coupé par les sanglots et les larmes qui se mirent à couler sur ses joues. Sirius sentit son coeur se serrer à cette vue. Il ne voulait pas voir Harry pleurer. Il préférait voir un beau sourire sur son visage. Sans réfléchir, il se leva et prit Harry dans ses bras. Remus en fit autant au même moment. Ce fut lui qui essaya d'apaiser l'adolescent qu'ils aimaient tant :
- Calme-toi, Harry, personne ne t'en veut, je te le promets. Tu as eu un très mauvais comportement mais tu n'aurais jamais réagi ainsi si tu n'avais pas eu tous ces ennuis qui te torturaient l'esprit. Tu aurais dû nous parler de tout cela bien plus tôt mais nous comprenons que ce n'était pas facile pour toi. J'ai été très déçu, c'est vrai, mais tout ça c'est oublié, maintenant. Nous t'aimons et ce n'est pas un écart de ce genre qui va changer quoi que ce soit. Quoi que tu fasses, nous t'aimerons toujours. Tout ce que nous te demandons, c'est de ne plus attendre aussi longtemps avant de nous parler.
Sirius perçut un hochement de tête dans son cou alors que Harry semblait incapable de s'arrêter de pleurer. Il expulsait tout le chagrin qu'il avait gardé en lui depuis la rentrée. Sirius redressa la tête et vit que Théo fixait Harry, les yeux brillants. Se sentant sûrement observé, il dirigea son regard vers Sirius. Celui-ci sourit.
- Est-ce que tu veux bien préparer du thé ? Pendant qu'il infuse, si tu as besoin des toilettes ou de la salle de bain, tu peux y aller. Je te laisse les trouver en te promenant un peu.
Théo parut reconnaissant de la proposition de Sirius. Il lui rendit son sourire et acquiesça.
- Merci, professeur.
Il se leva et quitta le salon. Sirius avait bien vu que Théo se retenait de craquer face à la détresse de Harry, et c'était bien pour ça qu'il lui avait dit qu'il pouvait utiliser la salle de bain afin de se mettre un coup d'eau froide sur le visage, ce que Théo avait parfaitement compris. Et préparer le thé allait lui permettre de s'éloigner du salon pendant que Harry se calmait. Théo lui avait juré de rester près de lui mais là, c'était à Sirius et Remus de s'occuper de Harry. Et Théo lui-même devait retrouver ses esprits. Il avait tant fait pour Harry, il avait bien le droit de s'accorder quelques minutes… Sirius ne le remercierait d'ailleurs jamais assez pour tout ce qu'il faisait pour son filleul. Il ne comprenait pas comment Nott avait pu se montrer aussi inhumain envers Théo, comment il avait pu le traiter de la sorte… Lui qui, d'après la Gazette, était stérile, aurait dû bénir l'arrivée de ce garçon, même si ce n'était pas le sien… Sirius retint un soupir et chassa ces pensées de son esprit. Ce n'était pas le bon moment pour songer à tout cela. Il se concentra sur Harry qui avait cessé de pleurer. Il profitait de l'étreinte que lui offraient Sirius et Remus. Il finit par se détacher d'eux au bout de longues minutes.
- Pardon de m'être laissé aller comme ça…
- Non, au contraire, c'était nécessaire, affirma Remus. Tu avais trop de peine en toi et ça t'a permis de l'extérioriser. Tu te sens mieux ?
- Oui, dit sincèrement Harry.
- Eh bien c'est le principal.
Harry hocha la tête et regarda autour de lui.
- Où est Théo ?
- Il est parti préparer le thé. C'est moi qui le lui ai demandé, précisa Sirius. Ah, le revoilà.
Théo revint effectivement quelques secondes plus tard avec quatre tasses et une bouilloire disposées sur un plateau. Il mit le tout sur la table et servit tout le monde. Puis il se rassit.
- Ça faisait longtemps que je n'avais pas fait ça. Ça m'avait un peu manqué.
Sirius regarda Théo avec étonnement, tout comme Remus. Théo eut l'air un peu gêné.
- J'étais l'homme à tout faire, chez moi, mais il y avait des choses que j'aimais bien faire. Servir le thé en faisait partie. Faire les repas aussi.
- Oh, je vois… Ton job au Chaudron Baveur devrait te plaire, alors, dit Sirius en souriant. Oh, ça me fait penser que je dois te parler des séances de duel qu'on continuera pendant les vacances… Si tu es toujours d'accord, bien sûr.
- Absolument, confirma Théo.
- Bien, on verra cela plus tard. Harry, tu veux bien reprendre ton récit ?
Harry acquiesça.
- Même s'il ne s'était pas déroulé comme prévu, mon plan a au moins eu les effets escomptés. Les élèves de ma classe ont arrêté de croire que j'étais avantagé par Remus. Mais les autres élèves n'ont pas cessé de m'embêter, eux. Il y a surtout deux Serpentard qui me harcèlent sans relâche. Tout ce que je sais d'eux, c'est que ce sont des sixième année. Ils sont plus vieux que moi et semblent être de la même promotion. Comme je connais quatre des cinq garçons de septième année, le choix est vite restreint. La première fois qu'ils me sont tombés dessus, ils m'ont fait entrer de force dans une salle de classe. Ils m'ont attaqué sur le fait que je sortais avec Draco alors qu'Adrian était encore en sevrage à Sainte-Mangouste. Ils savent qu'il y a une histoire de viol dans tout ça et ils m'ont accusé d'avoir menti à ce sujet et d'avoir envoyé Adrian là-bas pour pouvoir roucouler tranquillement avec Draco. Ils m'ont traité…
Harry baissa les yeux, n'osant visiblement pas poursuivre sa phrase.
- Tu peux tout nous dire, Harry, l'encouragea Sirius. Ils seront convoqués, alors il faut qu'on ait le plus d'éléments possibles.
- Mais c'est tellement humiliant… tellement faux…
- Nous en sommes tout à fait conscients, assura Remus. Tu ne vas pas nous choquer, nous avons été ados, nous aussi, nous en avons entendu, des insultes.
Harry garda le regard baissé vers sa tasse un bref instant avant de lever les yeux et de se lancer :
- Ils m'ont traité d'allumeuse. Mais ça, ce n'est rien comparé à ce qu'ils m'ont balancé ensuite…
La voix de Harry se mit à trembler.
- Ils ont dit que je n'avais pas eu un bon exemple avec un parrain qui… qui… qui se tapait un loup-garou…
Sirius serra les poings sous la table. Ces élèves n'avaient pas le droit d'attaquer Harry sur le fait que son parrain sortait avec un loup-garou ! Cela n'avait aucun impact sur la vie amoureuse de Harry !
- Mais il n'y a pas que ça… Ils m'ont dit aussi que c'était sûrement à cause de toi, Sirius, que j'étais gay… Que sortir avec un autre professeur alors que c'était interdit n'était pas très moral et que ce n'était peut-être pas le seul acte immoral que tu avais commis… L'un des deux Serpentard est allé jusqu'à insinuer que douze ans passés à Azkaban t'avaient probablement frustré et que quand tu as eu ma garde…
Harry s'interrompit de nouveau alors que Sirius s'était senti pâlir.
- Continue, intima Remus.
Son ton était doux mais sa voix était légèrement tendue. Sirius devina qu'il était dans le même état d'esprit que lui.
- Il n'a rien dit d'autre, il a laissé sa phrase en suspens, mais je ne suis pas idiot, j'ai très bien saisi ce qu'il avait sous-entendu… Ça m'a fait sortir de mes gonds, j'ai voulu le frapper mais son acolyte m'en a empêché, et bien mal lui en a pris car c'est finalement à lui que j'ai envoyé mon poing dans la figure. J'ai pu les désarmer et reprendre le contrôle de la situation. Je leur ai rendu leurs baguettes et je les ai fait fuir. Je me suis alors retrouvé seul et j'ai craqué. J'étais complètement dévasté. Après avoir pleuré pendant une demie-heure, je me suis souvenu que j'avais cours de Défense Contre les Forces du Mal, mais je ne pouvais pas y aller dans l'état dans lequel j'étais. J'ai donc séché le cours en entier et j'ai essayé d'arranger mon visage avant d'aller en potions. C'est durant ce cours que j'ai rendu un échantillon moins bon que d'habitude. Le professeur Snape m'avait retenu et je m'étais un peu pris la tête avec lui. Il a été l'une des nombreuses personnes à avoir tenté de me faire parler. Il y a eu aussi Hermione, Ron, Théo, Ginny… Théo est le seul à avoir réussi à faire céder mes barrières. Il m'avait accompagné à mon dortoir en rentrant de Pré-au-Lard et il m'avait entraîné dans un coin pour qu'on discute. Il m'a fait plusieurs longs monologues et il a dit ce qu'il fallait pour briser ma carapace. Mais au moment où je m'apprêtais à me confier, nous avons été attaqués par un sort qui nous a manqués de justesse. Je vous passe les détails, Théo a dû vous raconter, il m'a avoué que la bande avait fait des recherches pour découvrir ce que je subissais afin de vous en faire part pour que vous puissiez faire quelque chose. Une fois les deux Serpentard invisibles partis, j'ai renoncé à me confier à Théo alors qu'un quart d'heure plus tôt, j'étais prêt à tout lui dire. L'agression dont nous venions d'être victimes m'avait conforté dans l'idée que je devais laisser mes proches en-dehors de tout ça pour éviter de les mettre en danger. Théo avait quand-même reçu plusieurs sorts d'entailles pendant le duel… Et il s'était pris un sort pour me protéger. Je m'en voulais pour tout ça. Après ça, les deux Serpentard ont continué à me harceler, tout comme les autres élèves qui m'embêtent en me lançant des remarques sur vous, sur Adrian ou sur ma relation avec Draco. Ça ne s'est jamais calmé, ils croient peut-être que j'aime ça parce que je ne dis rien… Il n'y a pas longtemps, on m'a même empêché d'avancer dans un couloir en formant un barrage devant moi… Ils étaient six ou sept, il y avait d'autres élèves qui passaient, qui ne m'avaient jamais ennuyé, eux, mais qui n'en avaient rien à faire de ce que me faisaient ces six ou sept personnes… Je pensais qu'ils allaient m'aider mais ils s'en fichaient totalement…
Sirius sentit la colère monter en lui. La bande avait évoqué cela mais venant de Harry, c'était encore plus dur à entendre. Surtout quand il relatait que les témoins n'avaient rien fait pour le secourir… Cela semblait l'avoir plus affecté que le barrage en lui-même.
- Les deux Serpentard n'étaient pas dans le coup mais ils n'ont pas besoin de se mettre à plusieurs pour m'attaquer. La preuve, quand je suis rentré à ma salle commune ce soir à un peu plus de vingt-et-une heures, ils m'attendaient…
Sirius fronça les sourcils.
- Qu'est-ce qu'ils faisaient là à cette heure-là ? Si ce sont des sixième année, leur couvre-feu est fixé à vingt-et-une heures…
- Eh bien ils doivent s'en moquer. Ce n'est pas ça qui va les empêcher de poireauter devant ma salle commune pour m'embêter s'ils en ont envie… Ils n'ont aucune limite. Je leur ai justement dit qu'ils n'avaient pas le droit d'être en-dehors de leur salle commune après vingt-et-une heures mais ça ne leur a fait ni chaud, ni froid. Je leur ai signalé que Remus nous rendait souvent visite le soir, mais ils savaient que la pleine lune avait eu lieu la veille, que ça avait dû fatiguer Remus et qu'il allait donc sûrement préférer se reposer plutôt que venir nous voir… Surtout que Remus n'était pas au top de sa forme depuis le début de la semaine et qu'ils l'avaient bien remarqué… Ils ont d'ailleurs essayé de me tirer les vers du nez pour que je leur dise pourquoi Remus était dans cet état, mais je n'étais au courant de rien, et j'ai eu beau le leur dire, ils ne voulaient pas me croire… Ils ont pensé que je refusais de dire la vérité parce que c'était trop sensible et ils ont alors émis l'hypothèse que Remus était enceint… C'est là qu'ils m'ont dit plein de choses horribles. Ils ont insinué que ça devait vous titiller, l'envie d'avoir votre propre enfant, que je n'étais rien pour vous, que je n'étais qu'une pièce rapportée, que vous vouliez peut-être avoir un enfant rien qu'à vous qui vous causerait bien moins de soucis que moi, que vous deviez en avoir marre de vous occuper de moi, que vous me laisseriez tomber une fois que vous auriez votre enfant… J'avais réussi à me débarrasser de toutes ces peurs et là, ils les ont toutes réveillées d'un coup en me balançant toutes ces horreurs… Je sais que tout ce qu'ils ont dit est faux, mais à ce moment-là, j'étais tellement désespéré, fragile et perdu, que je les ai crus… Ils m'ont lâché là-dessus, je suis allé dans ma salle commune, puis dans mon dortoir, et je me suis couché. Mais à peine ai-je fermé les yeux que j'ai réentendu les mots du Serpentard… J'ai tenté de les ignorer mais ils revenaient en boucle dans mon esprit… J'ai été pris d'une grosse crise de panique et j'ai voulu me calmer en prenant une potion relaxante. Sauf que je n'en avais plus. J'ai cherché partout sans réussir à mettre la main dessus. Ce n'est pas vraiment étonnant puisque je n'en avais plus besoin. En revanche, je suis tombé sur ma boîte d'ingrédients. J'ai pensé à fabriquer moi-même la potion mais je ne connaissais pas la recette… J'ai alors songé qu'il ne me restait plus qu'à faire en sorte de m'assommer pour que je puisse dormir sans faire le moindre rêve… Cette réflexion a été le déclencheur de tout. J'ai aussitôt fait le lien avec la potion de sommeil sans rêves.
L'effroi envahit Sirius à l'entente de ces mots. Non, pitié, tout sauf ça, se dit-il…
- J'ai ouvert la boîte et j'ai vu qu'il y avait tout ce qu'il fallait pour préparer cette potion. Mais je me suis dit que je ne devais pas faire ça. Je ne savais plus pourquoi, c'était flou, mais le peu de raison que j'avais encore m'a poussé à refermer la boîte. Mais la tentation a été plus forte que moi. Je l'ai rouverte et j'ai vérifié s'il y avait bien tous les ingrédients. Tout y était. J'ai alors pris la boîte, mon chaudron, ma cape d'invisibilité et la carte du maraudeur et je suis sorti de mon dortoir. Je me suis rendu à la salle sur demande, j'ai tout installé, et alors que je m'apprêtais à mettre des baies de gui dans l'eau du chaudron, mon inconscient s'est mis à me parler. Il m'a dit que je ne devais pas faire ça, que ce dont j'avais besoin, c'était de parler à quelqu'un, que ce soit à vous ou à mes amis, que ce serait beaucoup plus efficace, que j'allais souffrir encore plus si je replongeais et que le sevrage avait été beaucoup trop dur pour que j'en subisse un de nouveau… C'est l'évocation du sevrage qui m'a fait réagir. Je me suis souvenu d'une nuit, au début du sevrage, où j'ai eu des hallucinations, au point de dérailler complètement et d'obliger le professeur Snape à me faire avaler de force la seule potion qui pouvait me calmer… C'était juste horrible. J'étais devenu fou. Je croyais que le monde entier était contre moi, je voulais ma potion de sommeil sans rêves et le professeur Snape refusait de me la donner… Je lui ai dit des choses pas sympas du tout. Mais on en avait parlé le lendemain et il m'avait rassuré en me disant que ce genre de crise était normale et que le plus dur était passé. On a convenu qu'il valait mieux oublier, mais ça m'est revenu en pleine poire quand mon inconscient a évoqué le sevrage… Et je n'ai pas voulu connaître tout ça une nouvelle fois. Ma raison a alors pris le dessus et j'ai lâché les baies de gui. Mais je sentais que je pouvais changer d'avis à tout moment si je restais seul, j'étais vulnérable, un rien aurait suffi à me faire basculer… J'ai donc fait appel à Théo en lui envoyant un Patronus. Sauf que j'étais comme dans un état second et que je n'ai aucune idée de comment j'ai fait pour délivrer mon message à Théo et faire partir le Patronus. Je sais que je l'ai fait, mais je ne m'en souviens pas du tout. Il y a un trou noir dans ma mémoire entre le moment où j'ai décidé de faire parvenir un message à Théo et le moment où Théo est arrivé. Mais il a reçu mon appel à l'aide et c'est le principal. On a discuté et on s'est mis d'accord sur le fait qu'il fallait venir vous voir. Voilà, vous savez tout, maintenant.
Les mots de Harry furent suivis d'un long silence. Sirius était sous le choc. Il était dévasté à l'idée que Harry ait pu subir tout cela. C'était juste inconcevable pour un parent d'imaginer que son enfant puisse être victime d'un tel harcèlement. Pourquoi, mais pourquoi les élèves s'acharnaient-ils donc autant sur Harry ?! Il ne leur avait rien fait ! C'était incompréhensible… Mais l'heure n'était pas à ce genre de questions. De toute façon, Sirius était bien conscient qu'il n'aurait jamais la réponse à celle qu'il venait de se poser. Harry avait besoin de lui, c'était ça, le plus important. Il reporta son attention sur lui et sentit son coeur se serrer en voyant l'air fatigué de son filleul. Il eut envie de le prendre avec lui et de l'emmener loin de Poudlard. Il avait déjà eu cette envie plusieurs mois plus tôt et il savait que ce n'était pas la bonne solution. Ce qu'il fallait à Harry, c'étaient des séances de thérapie avec Severus. Mais ils verraient cela un peu plus tard dans la matinée. Là, Harry devait se reposer. Mais Sirius souhaitait d'abord lui dire quelques petites choses. Comme s'il l'avait compris et qu'il désirait leur laisser de l'intimité, Théo se leva, prit la bouilloire et s'éclipsa. Il n'était pas du tout obligé de partir mais Sirius se mit à sa place et se dit qu'il aurait fait pareil. Il se concentra de nouveau sur Harry et posa sa main sur son bras.
- Je suis fier de toi, Harry, déclara-t-il sincèrement. Tu as fait preuve d'un grand courage en venant nous parler. Ce n'était pas facile et tu l'as fait. Tu dois te sentir un peu mieux, à présent ?
- J'ai surtout l'impression d'être vide. Vide de toute pensée, vide de tout sentiment…
- C'est normal, tu viens de nous raconter tout ce que tu gardais en toi depuis la rentrée. Tu nous as absolument tout dit. Tu t'es libéré d'un gros poids. C'est donc logique que ça crée un gros vide. Ça ira mieux après une bonne nuit de repos. Tu dois sûrement t'en douter mais il n'y a pas qu'à Remus et moi que tu dois parler de tout ça…
Harry hocha lentement la tête.
- Oui, ça me paraît évident que je vais devoir en discuter avec le professeur Snape… Il va peut-être falloir revenir à deux séances par semaine, du coup… On ne pourra jamais tout traiter avec les sept ou huit séances qui nous restent jusqu'aux vacances… Mais ça va tout perturber et…
- Harry, calme-toi, coupa doucement Remus, devançant Sirius. Il y a toujours moyen de s'arranger, ne t'en fais pas pour ça. Laisse-nous nous occuper de tout. Ne pense à rien d'autre qu'à toi. Tu n'es plus tout seul, nous sommes là pour gérer la situation. C'est notre rôle. Toi, tout ce que tu as à faire, c'est te remettre de tout ça. On va t'y aider, fais-nous confiance.
Harry acquiesça et se détendit légèrement.
- Je sais qu'il faut que j'aille de l'avant, que je ne dois pas créer de blocage, qu'il va bientôt y avoir les BUSE, mais… je suis épuisé et…
- Tu voudrais te reposer un peu avant de retourner en cours ? devina Sirius.
- Oui, avoua Harry. Ce n'est pas parce que je veux me terrer dans mon dortoir pour ne plus me faire harceler, je n'en suis pas là, mais c'est juste que j'ai vraiment besoin de me ressourcer. Ce n'est que l'histoire d'un ou deux jours, c'est tout…
- On comprend, ne t'inquiète pas, assura Remus. C'est vrai que ça ne tombe pas très bien mais ce ne serait pas bon pour toi de te forcer à aller en cours alors que tu es au bout du rouleau. Tu n'arriverais pas à suivre et tu ne ferais que somnoler pendant les cours. On verra ça avec Severus, lui seul saura dire quand tu pourras retourner en cours sans risquer de piquer du nez toutes les heures… Sirius et moi prendrons autant de jours de congés qu'il le faudra. Car il est hors de question que tu restes tout seul. Le professeur Flitwick et le professeur McGonagall pourront nous remplacer, ça ne posera pas de problèmes, ils se tiennent prêts à reprendre leur ancien poste en cas d'urgence, comme ils l'ont fait après le transfert que j'ai dû effectuer pour sauver Sirius. Nous serons à tes petits soins et tout ce qu'on te demande, c'est d'en profiter.
- Exactement, approuva Sirius. Pour ce qui est de tes harceleurs, on va aussi s'en occuper, et, crois-moi, plus personne n'osera t'embêter où que ce soit dans le château. Des mesures seront prises, j'y ai déjà un peu réfléchi, car nous savions déjà pas mal de choses grâce à tes amis qui ont mené leur petite enquête afin de découvrir ce que tu ne voulais pas leur dire. Avec les idées que j'ai, ajoutées à celles que doivent avoir Remus et Severus, les élèves n'auront pas intérêt à revenir te chercher des noises. Ce serait trop risqué pour eux. Tu pourras donc te promener tranquille dans les couloirs, sans craindre de te faire attaquer.
Les mots de Sirius semblèrent raviver l'espoir en Harry. Son visage s'illumina mais la fatigue reprit vite le dessus.
- Bon, il est temps que tu ailles faire un gros dodo, décréta Sirius. Je vais te donner une potion pour t'apaiser. Il faut juste que je m'y retrouve dans les potions, car celles que Remus prend pour lutter contre les effets de l'approche de la pleine lune ont été remplacées par des potions beaucoup moins dosées, mais on a gardé les autres au cas où, on a donc dû faire de la place et on a tout bougé…
- Laisse, je vais le faire, je vais conduire Harry à sa chambre, lui donner sa potion et toi, pendant ce temps, tu vas essayer de remettre la main sur une certaine personne qui nous a désertés. Il doit être quelque part dans les appartements, ça m'étonnerait qu'il soit parti sans rien dire.
- D'accord, on fait comme ça.
Sirius se leva, vite imité par Remus et Harry. Il prit son filleul dans ses bras, lui souhaita une bonne nuit et se détacha de lui à contrecoeur au bout de quelques minutes. Harry s'en alla avec Remus qui regarda derrière son épaule pour adresser un tendre sourire rassurant à Sirius. Une fois seul, celui-ci se rendit à la cuisine, étant presque sûr que Théo y était. Et, en effet, il le découvrit pensif, près de la fenêtre qui donnait sur l'extérieur.
- Harry est allé se coucher, informa doucement Sirius.
Théo sursauta légèrement et se retourna.
- Il va bien ? s'inquiéta-t-il.
- Il est surtout fatigué, pour le moment, mais ça va aller, oui. Il va se reposer un peu, au calme, loin de toute agitation, il va se confier à votre super psychomage et ça ira de mieux en mieux.
- Je l'espère…
- Je t'assure que oui, promit Sirius. Il est entre de bonnes mains, il va rester ici quelques jours, avec Remus et moi, et quand il retournera en cours, plus personne ne viendra l'embêter car on aura fait le nécessaire pour dissuader les élèves de continuer à harceler Harry. Il n'y a donc plus de raisons de s'en faire. Tout va pour le mieux. Alors ce serait bien que tu te changes les idées et que tu profites de ton week-end sans trop penser à Harry. Tu as fait beaucoup plus que tu n'aurais dû en faire, et on ne te remerciera jamais assez pour ça. C'est juste incroyable, tout ce que tu as fait pour Harry. Mais tu as le droit de prendre du temps pour toi, toi aussi.
- Je vais essayer, dit Théo en souriant. Est-ce que je peux juste rassurer toute la bande à son sujet en leur racontant ce qui s'est passé ?
- Oui, bien sûr, accorda Sirius. Ils méritent de savoir. Ils ont tous participé à l'enquête que vous avez menée. Vous avez fait un vrai travail d'équipe. Et un vrai devoir d'amis.
Théo s'apprêta à répondre mais Remus l'en empêcha en débarquant dans la cuisine.
- Je ne suis pas sûr que les potions qu'on a correspondent à ce qu'il faut pour Harry… Soit ce sont des potions qui favorisent le sommeil, soit ce sont des potions qui calment les crises d'angoisse… Dans les deux cas, c'est trop fort pour Harry. Il est épuisé, il n'a pas besoin de boire quelque chose qui va l'assommer encore plus, et même s'il est encore un peu tourmenté, il n'est plus angoissé au point de devoir s'apaiser avec une potion… Il lui faudrait un truc moins fort.
- Attendez, j'avais emporté des potions quand je suis allé rejoindre Harry dans la salle sur demande, au cas où ça lui serait utile. S'il était en pleine crise de panique, j'avais prévu de l'emmener voir le professeur Snape. J'avais donc pris des potions relaxantes, les mêmes que Harry a dû chercher dans son dortoir. Mais il m'a paru trop fragile, j'ai eu peur que ça le rende apathique. J'ai préféré ne rien lui donner. Mais là, ça va mieux, alors autant qu'elles servent à quelque chose…
- Tout à fait, renchérit Remus. Et c'est exactement ce qu'il lui faut. Merci, Théo. Je vais lui en faire boire une, je resterai près de lui jusqu'à ce qu'il s'endorme et une fois qu'il sera parti dans le pays des songes, je reviendrai dans le salon.
- D'accord, on va refaire du thé et on reprendra une tasse avec des petits gâteaux avant d'aller tous se coucher.
Remus approuva l'idée de Sirius et quitta la cuisine après avoir pris une potion relaxante que Théo avait extirpée de son sac. Théo prépara une nouvelle fois du thé tandis que Sirius disposait des petits gâteaux sur une assiette. Ils retournèrent dans le salon en même temps que Remus. Ils se rassirent et dégustèrent leur collation. Sirius ne tarda pas à briser le silence qui s'était confortablement installé :
- Il y a deux petites choses que j'aimerais traiter avec toi, Théo. Comme Harry va rester là quelques jours, il faudrait que quelqu'un lui ramène les cours. J'avais aussitôt pensé à Draco puisqu'il est son binôme, mais je ne sais pas si c'est une bonne idée qu'il rende visite à Harry… J'ignore si ce serait le bon endroit, le bon moment, s'il ne vaudrait pas mieux que Harry revoit son petit-ami et ses amis lorsqu'il reprendra les cours…
- On en discutera avec Severus et lui durant la journée, suggéra Remus. Que ce soit Draco ou Théo qui soit désigné pour venir apporter les cours à Harry, nous le ferons savoir à Théo. Si c'est Draco qui sera choisi, Théo pourra le lui dire, si ça ne le dérange pas.
- Bien sûr que non, affirma Théo.
- Tu serais aussi d'accord pour aider Harry à rattraper ses cours si ce sera toi l'heureux élu ? ajouta Sirius.
- Oui, ça ne devrait pas être trop dur de m'organiser.
- Bien, je te ferai parvenir un mot, dans ce cas. Ça, c'est réglé. Du moins, en partie. Je voulais aussi te parler de ta séance de duel de demain avec le professeur Flitwick… Sachant que tu auras eu une nuit très courte, penses-tu que tu seras assez en forme pour pouvoir assumer cette séance ?
- Oui, ça devrait aller. Mais si je me sens un peu fatigué, je le préviendrai pour qu'on y aille un peu moins fort que d'habitude.
- Ce serait préférable, en effet. Je compte sur toi. Ne tire pas trop sur la corde.
- Promis.
Sirius hocha la tête.
- Toujours à propos de ces séances, j'ai appris par ton professeur de potions, directeur de maison et médicomage qu'il faudrait les poursuivre pendant les vacances d'été. Ça me rassurerait aussi, car ça me paraissait risqué que tu passes tout l'été sans la moindre séance de duel. Il faudrait qu'on se voit une fois par semaine, lors de ton jour de congé. Tu devras alors venir au Square. Mais je ne sais pas encore comment. Ce serait bien qu'on parle de tout cela avec le professeur Snape, afin qu'on règle tous ces détails. Samedi prochain, à seize heures, est-ce que cela t'irait ?
- Oui, c'est parfait, déclara Théo.
- Super, j'en référerai à ton directeur de maison. On se retrouvera dans son bureau.
- D'accord, c'est noté.
- Bien, je crois que c'est tout ce que j'avais à voir avec toi. Tu dois me haïr en ce moment-même de t'assommer avec tout ça alors que la nuit est déjà assez compliquée comme ça…
Théo se mit à rire.
- Non, pas du tout. Il fallait en parler, et je ne suis pas du genre à remettre à plus tard. Donc je suis content que ce soit fait.
- Il est plus sage que toi, se moqua gentiment Remus. Toi qui as tendance à procrastiner… Là, tu ne l'as pas fait, je suis fier de toi.
Sirius se sentit rougir sous le regard amusé de Remus et de Théo. Son compagnon avait l'art de le chambrer et de lui faire juste après un compliment qui lui faisait autant plaisir qu'il le gênait... Alors qu'ils étaient censés ne boire qu'une seule tasse, ils s'en servirent une autre quand ils commencèrent à parler des cours et des professeurs. La discussion dévia ensuite vers le Quidditch à Poudlard, puis vers le Quidditch local et national, ce qui les amena à débattre sur un décret récemment instauré par le département des jeux et des sports magiques, avant de parler plus largement du ministère et de ce qui se passait dans le monde… Ce qui était bien avec Théo, c'était que l'on pouvait discuter de tout et de n'importe quoi. Il était à l'affût sur tous les sujets. Ce ne fut que sur les coups de cinq heures du matin qu'ils estimèrent qu'il était peut-être temps d'aller se coucher. Remus raccompagna Théo à sa salle commune tandis que Sirius débarrassait la table et mettait la vaisselle dans l'évier. Quand Remus revint, Sirius venait de faire un brin de ménage dans le salon. Il sourit lorsque Remus vint se coller dans son dos alors qu'il rangeait les chaises qu'il avait déplacées.
- Quelle nuit, soupira Remus dans son cou.
- À qui le dis-tu… Et une journée tout aussi mouvementée nous attend.
- On ferait mieux d'aller se reposer un peu, alors.
Sirius acquiesça et suivit Remus jusqu'à leur chambre. Ils se couchèrent, s'embrassèrent et à peine Sirius ferma-t-il les yeux qu'il plongea dans un sommeil récupérateur.
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(dimanche 05/05) POV Severus
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Severus préparait une potion dans son laboratoire quand un chien argenté se posa devant lui.
- Salut, désolé de te déranger mais on a urgemment besoin de toi. Harry s'est enfin confié et nous a tout raconté. Au vu de tout ce qu'il a subi, il aura clairement besoin d'une thérapie supplémentaire. J'espère que tu pourras vite venir. Du bon café et de bons croissants chauds t'attendent.
Le chien se volatilisa sur ces mots. Severus leva les yeux au ciel. Même sans l'exquis petit-déjeuner qui lui était promis, il aurait filé direct chez ses amis et collègues. Et ce fut exactement ce qu'il fit. Il enfila sa robe de sorcier, prit sa mallette et quitta ses appartements pour se rendre à ceux de Sirius et de Remus. Une fois arrivé, il frappa à la porte qui s'ouvrit rapidement sur Sirius.
- Merci d'être venu aussi vite, dit-il sincèrement.
- J'ai bien compris que c'était urgent.
Severus plissa les yeux en voyant l'air fatigué de son ami.
- Tu n'as pas beaucoup dormi, toi, je me trompe ?
- Non, soupira Sirius. Harry a débarqué ici vers minuit avec Théo, on a discuté pendant une heure et demie, Harry s'est couché vers deux heures, Remus et moi avons continué à parler avec Théo et ce n'est qu'à un peu plus de cinq heures qu'on s'est décidés à aller dormir, nous aussi. La nuit a donc été assez courte, surtout pour Remus qui était déjà debout quand je me suis levé. Mais je n'ai pas à me plaindre, je n'ai fait aucun mauvais rêve contrairement à ce que je craignais. Avec ce que Harry nous a dit…
- À ce point ? s'inquiéta Severus.
- Oui, grimaça Sirius. Mais poursuivons cette discussion à l'intérieur.
Severus hocha la tête et entra à la suite de Sirius qui le conduisit au salon où Remus était en train de corriger des copies. Lui aussi avait les traits un peu tirés. Et il ne semblait pas très concentré sur sa tâche. Ses devoirs furent d'ailleurs bien vite mis de côté lorsque Sirius et Severus s'assirent à table.
- Alors, je vous écoute, déclara Severus.
- On va te faire un bref résumé, car ce serait mieux que Harry te raconte tout en détails lui-même. Il se fait harceler depuis la rentrée suite à l'officialisation de son couple avec Draco et celle du mien avec Sirius. Il reçoit des remarques, des moqueries et des insultes dans les couloirs et des messages dans la Grande Salle lors des repas. Certains élèves l'attaquent au sujet de Draco en lui disant qu'en sortant avec lui, il trahit tous ceux envers qui Draco a pu mal se conduire, d'autres lui reprochent de s'être remis en couple trop vite après sa rupture avec Adrian et le font culpabiliser en lui rappelant qu'il se morfond toujours à Sainte-Mangouste, et d'autres encore lui font des remarques sur le fait que son parrain et son directeur de maison sont en couple. Concernant Draco, il y en a qui lui disent qu'il n'est pas sincère avec lui et qu'il n'y a que le corps de Harry qui l'intéresse. Plusieurs de ses camarades, comme Roger Curtis, Vincent Crabbe, Gregory Goyle ou Tracey Davies l'ont accusé de bénéficier de traitement de faveur de ma part, puisque je sors avec son parrain. Roger Curtis n'est pas allé très loin mais il a lancé la machine et quand Harry s'est fait retenir par les trois Serpentard entre mon cours et le tien et qu'ils lui ont fait des tas de remarques horribles, il a été traumatisé et il a décidé de frapper un grand coup pour prouver qu'il ne se fait pas avantager. Il a fait exprès de me rendre un mauvais devoir, ce qui a conduit à la dispute qu'on a eue et à la retenue qui en a résulté.
Severus se prit le visage entre les mains. Remus n'avait pas fini son récit mais il en avait déjà trop entendu. Rien qu'avec ce qu'il venait d'apprendre, il estimait que c'était allé beaucoup, beaucoup, beaucoup trop loin. Et il sentait qu'il allait être encore plus démoralisé avec la suite…
- Ce n'est pas tout, ajouta Remus, confirmant ses craintes. Il se fait harceler tous les jours par deux Serpentard de sixième année, ils l'attaquent sur tous les fronts, que ce soit sur Draco, sur Sirius et moi ou sur Adrian. Alors que Harry avait bientôt cours, ils l'ont emmené dans une salle pour qu'ils puissent «discuter». Mais ils voulaient surtout lui cracher tout leur venin. Ils l'ont insulté, ils lui ont reproché d'avoir envoyé Adrian à Sainte-Mangouste pour pouvoir roucouler tranquille avec Draco, ils lui ont dit que s'il était gay, c'était de la faute de Sirius, ils sont même allés jusqu'à insinuer des choses révoltantes à son sujet… Harry était tellement détruit par tout ça qu'il n'a pas pu aller à son cours de Défense Contre les Forces du Mal quand ces imbéciles sont partis. Ils lui ont fait beaucoup de mal mais ça ne les a pas empêchés de continuer à le harceler dans les couloirs. Les amis de Harry ont essayé à maintes reprises de le faire parler mais comme il s'obstinait à ne rien leur dire, ils ont décidé de mener leur petite enquête et lorsqu'ils sont venus nous voir pour nous dire tout ce qu'ils avaient découvert, ils ont attesté que ces deux Serpentard étaient constamment sur son dos et qu'ils savaient très bien où et quand ils pouvaient le trouver. Ils lui ont donné le coup de grâce hier soir en l'attendant devant sa salle commune. Je te passe les détails, il t'expliquera tout lors de vos séances mais ses deux harceleurs avaient remarqué que je n'étais pas en forme en début de semaine et ils ont tenté d'avoir des infos là-dessus auprès de Harry. Sauf que Harry n'était au courant de rien. De fil en aiguille, ils ont supposé que j'étais enceint et ils ont une fois de plus détruit Harry en lui disant que ça nous permettrait d'avoir notre propre enfant qui nous causerait moins de soucis que Harry, qu'on en avait marre de nous occuper de lui et qu'on l'abandonnerait dès qu'on aurait notre enfant à nous. C'était exactement ce qu'il ne fallait pas dire à Harry qui, comme tu le sais, a toujours eu peur d'être un fardeau pour nous et qu'on le laisse tomber. Il avait réussi à oublier ces craintes grâce à la thérapie et voilà que ces deux idiots ont tout gâché… Bon, quand Harry nous a raconté cela, il avait retrouvé sa lucidité et il était conscient que c'était faux. Mais sur le moment, il les a crus car il était épuisé et fragilisé par le harcèlement qu'il subissait depuis la rentrée. Dans son dortoir, il a repensé à leurs paroles, il a fait une crise d'angoisse, il a cherché une potion relaxante sans parvenir à mettre la main dessus, mais une réflexion qu'il s'est faite l'a poussé à regarder dans sa boîte d'ingrédients afin de voir s'il avait ce qu'il fallait pour préparer une potion de sommeil sans rêves et c'est ce qu'il a fait. Oui, il en était arrivé là…
- Oh bon sang…
- Mais il n'est pas allé au bout de son idée. Il s'est rendu à la salle sur demande pour y fabriquer sa potion mais lorsqu'il a voulu commencer à la préparer, son inconscient l'en a empêché. Il lui a parlé et c'est quand il a évoqué le sevrage qu'un déclic s'est produit en Harry. Il s'est souvenu d'une nuit horrible qu'il a vécue chez toi et ça a suffi à le ramener à la raison. Il a renoncé à sa potion mais il sentait qu'un rien pouvait le faire revenir en arrière. Il a alors fait appel à Théo qui a aussitôt volé à son secours. Il a géré la situation et ils sont venus ensemble ici à minuit passée. Voilà, je t'ai dit en quinze minutes ce que Harry nous a raconté en une heure et demie.
Remus se tut sur ces mots. Severus resta un long moment silencieux, se remettant difficilement de tout ce qu'il avait appris. Il était sous le choc. Il ne comprenait pas ce qui pouvait bien pousser des personnes à se montrer aussi cruelles envers quelqu'un qui n'avait rien fait. La bêtise n'avait donc aucune limite. C'était affligeant et désespérant. Et c'était lui, Severus, qui allait devoir, une fois de plus, réparer tout le mal qui avait été fait. Enfin, il allait surtout devoir prendre la suite de Remus et de Sirius qui avaient déjà bien avancé le travail en écoutant Harry, en le rassurant et l'ayant gardé chez eux afin de pouvoir l'entourer et le surveiller. Grâce à eux, au réveil, Harry allait déjà se sentir beaucoup mieux.
- Il était vraiment temps qu'il vienne vous parler. Ce n'était plus possible, il serait devenu fou avec tout ça…
- Je dirais plutôt qu'il aurait replongé pour de bon dans ses potions, marmonna Sirius.
- Non, je ne pense pas. Il n'aurait pas continué à se taire avec ce qui s'est passé hier soir. Il n'aurait jamais fabriqué cette potion. C'était obligé qu'il retrouve la raison. Il est guéri de son addiction, il sait qu'il ne doit pas retomber là-dedans. Le fait qu'il ait renoncé alors que tout l'incitait à préparer cette potion le prouve bien. Il n'a eu besoin de personne pour lutter contre son envie. Il est parvenu tout seul à changer d'avis. Son inconscient, c'est lui, c'est sa raison. Et elle a été plus forte que ses désirs. C'est logique qu'il en ait eu envie, mais il ne l'a pas fait et c'est ça le plus important.
- Mais il dit qu'il n'aurait pas lutté bien longtemps s'il était resté seul…
- Il n'était pas bien à ce moment-là, il était fragile, paumé, il n'avait aucune confiance en lui, en sa résistance, mais je suis sûr que même seul, il aurait tenu bon. Il est beaucoup plus solide qu'il ne le croit.
Sirius hocha la tête.
- Je vois, tu as sans doute raison. Non, tu as raison. Ça me rassure, ce que tu me dis là. Quand j'ai su que Harry avait voulu retourner à ses potions de sommeil sans rêves, j'ai cru que j'allais faire un malaise…
- C'est normal, on sait tous qu'il ne doit pas y retoucher à cause de la dépendance qu'il a eue à ces potions, mais il a réussi à se raisonner tout seul, c'est ça que tu dois te dire. Tu peux être fier de lui.
- Je le suis, affirma Sirius. Je suis fier de lui comme je n'ai jamais été fier de personne. Mais je ne peux pas m'empêcher d'avoir peur pour lui…
- Ça prouve que tu es un bon parent.
- J'essaie de l'être, oui. Bon, qu'est-ce qu'on va faire ?
- Eh bien, déjà, quand il sera levé, on va voir avec Harry s'il souhaite avoir une séance aujourd'hui ou s'il préfère attendre un peu. Pas trop non plus car il faut vite aborder le sujet. Après, il me semble indispensable de devoir repasser à deux séances par semaine, il va donc falloir décider les jours où on se verra. J'aimerais aussi savoir comment il se sent actuellement afin de voir si je dois le mettre sous un traitement pour l'aider à aller mieux. Ensuite, vous et moi, on doit parler des mesures qu'il faut instaurer pour stopper cet acharnement contre Harry et, plus largement, pour lutter contre tout type de harcèlement. Nous présenterons nos idées au directeur et lorsqu'il fera son discours dans la Grande Salle, j'interviendrai pour inciter les élèves victimes de harcèlement à venir se confier. Il y aura aussi des sanctions prises contre les deux Serpentard de sixième année ainsi que M. Crabbe, M. Goyle et Miss Davies pour ce qu'ils ont dit à Harry. Je les convoquerai mais il me faudrait un max d'informations.
- En gros, on a du travail sur la planche, soupira Sirius. Mais tout ça doit être fait. C'est nécessaire pour que Harry aille mieux, pour que les coupables soient punis et pour que les élèves victimes de harcèlement se dévoilent. Remus et moi sommes prêts à faire tout ce qu'il faut, mais il faudra juste que quelqu'un reste là pour surveiller Harry jusqu'à ce qu'il reprenne les cours.
- Oui, parce qu'il est épuisé, précisa Remus. Il a besoin de quelques jours de repos, sinon il ne fera que somnoler en cours. Il ne cherche pas à fuir ses harceleurs et à se cacher d'eux, il veut seulement se ressourcer au calme, loin de toute agitation.
- Je comprends. C'est ça, entre autres, que j'incluais quand je disais que je voulais savoir comment il va. Je pense que quand je le verrai, ça me paraîtra évident qu'il a besoin de repos. Vous comptez vous faire remplacer, j'imagine ?
- Oui, on tient à s'occuper de lui, martela Remus. On aurait pu choisir la facilité en te demandant de l'accueillir chez toi quelques jours mais il en est hors de question. Nous serions indignes de faire ça. Nous avons toute confiance en toi, tu le sais bien, mais…
- Ne t'en fais pas, je vois très bien ce que tu veux dire, sourit Severus. Et je suis tout à fait d'accord avec vous. C'est de vous dont Harry a besoin, de toute façon. Je ferai ma part avec les séances. Est-ce que vous avez déjà réfléchi à la personne qui lui apportera les cours ?
- Oui, et on hésite, justement. Ce sera soit Théo, soit Draco. Ce serait plus logique que ce soit Draco mais Harry ne sera peut-être pas prêt à revoir ses amis durant son repos…
- Je pense effectivement qu'il vaudra mieux éviter toute visite tant qu'il sera là. Ou alors la veille au soir de sa reprise des cours.
- Bonne idée, approuva Sirius. On va faire comme ça. Seul Théo viendra le voir. Bien, une chose de réglée. Harry n'est pas encore levé, est-ce qu'on peut commencer à parler des mesures ou… ?
- Non, on en discutera ce soir, on sera au calme, et c'est ce qu'il nous faut. Là, Harry peut arriver à tout moment et ça va nous couper.
- Pas faux, admit Sirius. On t'attendra vers vingt-et-une heures, dans ce cas, si ça te va.
- C'est parfait. Ah, je crois qu'il est levé…
- Oui, je l'ai entendu aussi, confirma Remus.
En effet, quelques secondes plus tard, Harry entra dans le salon. Il avait l'air d'être encore dans les limbes du sommeil mais il salua tout de même Severus d'un signe de tête ainsi qu'un petit sourire en le voyant. Il s'assit et se servit un verre de jus de citrouille. Il ne put s'empêcher de bâiller, bien qu'il essayât de le cacher.
- Il fallait rester au lit, si vous étiez encore fatigué, s'amusa Severus.
- Non, j'ai juste trop bien dormi, avoua Harry. Ça ne m'était pas arrivé depuis la rentrée. J'aurais pu en profiter pour paresser un peu mais j'avais trop faim.
- Ça, c'est une très bonne chose. Ça aussi, ça faisait longtemps, j'imagine ? devina Severus.
Harry acquiesça.
- Eh bien mangez. Ça vous fera du bien. Profitez du succulent petit-déjeuner que vous ont gentiment préparé Sirius et Remus.
- Oui, j'ai vu ça. C'est peut-être ça aussi qui m'a ouvert l'appétit…
- Sûrement, ça fait rappliquer tout le monde, affirma Sirius.
Il prononça ces mots en fixant Severus. Celui-ci comprit l'allusion et lui adressa un regard noir :
- Je serais venu même sans la promesse de ce délicieux petit-déjeuner, répliqua-t-il.
Il se tourna vers Harry.
- Votre parrain a cru bon de m'appâter en me disant dans son message par Patronus que du bon café et de bons croissants m'attendaient.
Harry leva les yeux au ciel, comme l'avait fait Severus une heure plus tôt.
- Sirius, tu sais bien que le professeur Snape n'a pas besoin de ça pour voler à mon secours…
- Bien sûr que je le sais. C'était de l'humour, se défendit Sirius. Mais bon, je me suis quand-même dit que ça le dérangerait moins de se déplacer s'il savait qu'il y avait de bonnes choses à manger.
- Ben voyons, je suis tellement connu pour être corruptible…
- Hé, c'est bon, arrêtez de vous disputer, réprimanda gentiment Remus. J'ai l'impression d'être avec deux gamins. Reprenez un croissant, ça va vous occuper.
- Ah, il n'y a pas que moi qui me sers de la nourriture quand ça m'arrange !
- Sirius ?
- Oui ?
- Tais-toi.
Sirius regarda Remus avec un air outré avant de croiser les bras et de prendre une mine boudeuse. Severus secoua la tête, à la fois amusé et désespéré, mais aussi attendri face à la complicité qui liait les deux hommes. Il jeta un coup d'oeil discret à Harry et fut soulagé de le voir sourire. Loin d'être importuné par cette agitation alors qu'il prenait son petit-déjeuner, il semblait détendu en voyant ses tuteurs se chamailler ainsi. Et de la détente, il en avait besoin. C'était peut-être pour cela que Sirius et Remus ne se privaient pas de s'asticoter devant lui… Ils savaient que ça le dériderait. Et c'était une très bonne chose qu'ils le fassent maintenant. Si Severus pouvait avoir un Harry relaxé quand il aborderait le sujet, cela lui serait très utile. Il le laissa manger et parla de tout et de rien avec Sirius et Remus. Lorsque Harry fut rassasié après trois croissants et deux verres de jus de citrouille avalés, Severus décida que c'était le bon moment pour lancer la discussion.
- Harry, vous vous doutez sûrement que si je suis là, ce n'était pas uniquement pour assister à votre lever…
- J'espère bien, plaisanta Harry. Je ne suis pas roi de France chez les moldus…
Sirius haussa un sourcil, intrigué. Il était le seul à ne pas avoir saisi la référence. Ce qui était plutôt normal : les Sang-Pur ainsi que les Sang-Mêlés ancrés dans le monde sorcier n'avaient aucune idée de ce qui se passait chez les moldus de leur propre pays, alors chez les moldus d'autres pays…
- Heureusement pour vous. Vous seriez trop exposé à votre goût. Bien, je souhaitais savoir comment vous alliez et j'aimerais aussi parler de quelques petites choses avec vous. Tout d'abord, comment vous sentez-vous ?
- Vide et un peu paumé. J'ignore ce qui va se passer, ce que je vais faire…
- C'est normal, mais nous verrons tout cela en temps voulu, assura Severus. Est-ce que cela vous a fait du bien de vous confier à Sirius et Remus ?
- Oui, bien sûr. Et je sais que j'aurais dû le faire depuis longtemps, mais je voulais m'en sortir seul, j'ai d'ailleurs réussi à régler un souci par moi-même, sans l'aide de qui que ce soit, mais en faisant n'importe quoi, ce que je regrette aujourd'hui, et… ce serait trop long à expliquer comme ça, en fait.
- Je ne tenais pas à avoir tous les détails tout de suite, ne vous en faites pas, précisa Severus. Vous êtes donc plus apaisé depuis que vous avez tout dit à vos tuteurs ?
- Oui.
- Mais vous êtes conscient que le simple fait d'avoir tout raconté ne suffit pas ? Qu'il faut aller plus loin pour que vous puissiez aller vraiment mieux et tourner la page ?
- Oui, comme pour chaque chose traumatisante que je subis…
Harry soupira.
- Il faut qu'on fasse une thérapie à ce sujet, c'est ça ?
- Ce serait bien, oui. Pour cela, il faudrait que nous repassions à deux séances par semaine. Sinon, nous n'aurons pas assez de séances jusqu'aux vacances.
- Je comprends. Et je suis d'accord. Aussi bien pour faire une thérapie là-dessus que pour repasser à deux séances hebdomadaires.
- Bien, c'est une sage décision. Nous allons garder le samedi de treize heures à quinze heures et si cela vous convient, nous nous verrons également le mardi de dix-sept heures à dix-neuf heures.
- C'est parfait, ça tombe pile sur l'entraînement de Draco, donc pas de risques que ça nous empêche d'avoir une séance de travail sur ce créneau-là. Du coup, ça nous fait deux séances de deux heures ?
- Oui, se voir une heure et demie ne serait pas suffisant. Si vous avez du mal à vous organiser avec les devoirs, dites-le-moi, j'en discuterai avec vos professeurs afin de voir s'ils peuvent vous donner un délai supplémentaire pour les devoirs individuels.
- Merci, c'est gentil, je n'hésiterai pas à vous le dire si je n'arrive pas à gérer.
- Je compte sur vous, en effet. J'espère que vous avez vraiment compris cette fois que vous devez vous adresser à un adulte dès que la situation l'exige, même si vous n'en avez pas l'habitude ou le réflexe.
- Oui, je ne chercherai plus à me débrouiller tout seul, enfin j'essaierai surtout d'oublier ce réflexe. Sauf quand il s'agira de situations que je peux régler moi-même.
- Oui, je ne vous demande pas non plus d'aller voir tout adulte susceptible de vous aider au moindre pépin… Si vous vous disputez avec quelqu'un et qu'il ne vous dit rien de trop grave, vous pouvez garder ça pour vous. À part si vous souhaitez en parler au cours d'une conversation.
- C'est ce que j'avais l'intention de faire.
- Bien. Sirius et Remus m'ont dit que vous vouliez vous reposer un peu avant de retourner en cours. Je pense aussi que cela vous fera du bien. Vous semblez aller bien car vous avez bien dormi et bien mangé, mais vous n'en restez pas moins fragile. Et compte tenu de ce que vous avez subi et de l'état psychologique dans lequel vous devez être, il vaut effectivement mieux que vous preniez un peu de repos. Vous allez passer quelques jours ici avec Sirius et Remus qui se feront remplacer jusqu'à ce que vous repreniez les cours. Avant que vous ne disiez quoi que ce soit, je vous promets que cela ne les dérange pas du tout.
Harry hocha la tête, alors que Sirius et Remus faisaient rigoureusement de même pour appuyer les paroles de Severus.
- Et pour les cours ? interrogea Harry.
- Théo viendra vous les apporter. Nous en avons parlé, vos tuteurs et moi, et nous nous sommes dit qu'il était peut-être préférable que vous attendiez de retrouver le chemin des cours pour revoir vos amis, à l'exception de Théo. Ou bien que vous les voyiez la veille au soir de la reprise des cours. Là, vous avez besoin de calme, de vous recentrer sur vous-même.
- C'est vrai, admit Harry. En fait, j'aimerais surtout voir Draco, mais d'un autre côté, ce serait trop tôt, il faut d'abord que je me remette un peu de tout ça.
- Exactement. Et ces quelques jours de repos vont grandement vous y aider. En-dehors des moments où vous rattraperez les cours, vous devrez réellement vous reposer. Cela veut dire dormir, bien sûr, mais aussi prendre le temps de manger, aérer votre esprit, vous détendre, profiter pleinement de ce congé… Cela doit paraître évident mais, souvent, la première question qu'on se pose lorsqu'on est en congé forcé, c'est «Qu'est-ce que je vais faire ?». Eh bien, la réponse, c'est tout ce que j'ai cité à l'instant. Sauf que ça ne nous vient pas forcément tout de suite à l'esprit car on a tendance à penser qu'il faut s'activer pour occuper le temps. Bien entendu, vous pourrez lire, mais il faudra éviter les activités trop énergiques.
- Oui, je comprends. Je suivrai bien tous vos conseils, c'est promis. Est-ce que j'aurai les cours tous les soirs ou… ?
- Oui, sinon, vous devrez tout récupérer d'un coup, ce ne serait pas très judicieux. Vous êtes prêt à voir Théo, au moins ?
- Évidemment, lui ce n'est pas pareil, il m'a vu au plus mal, c'est lui qui m'a emmené jusqu'ici. Il est au courant de tout puisqu'il a assisté au récit que j'ai fait à Sirius et Remus. D'ailleurs, j'espère que vous n'en voudrez pas trop à Théo de m'avoir rejoint dans la salle sur demande à un peu plus de minuit… Le couvre-feu était largement passé mais c'est pour m'aider qu'il ne l'a pas respecté…
- Vous croyez vraiment que je vais le disputer, voire le sanctionner pour ne pas avoir ignoré l'appel à l'aide d'un de ses plus proches amis ? Il aura au contraire mes félicitations et mes remerciements pour avoir aussi bien géré la situation. Je vais le convoquer, c'est certain, mais je ne lui passerai pas de savon. Je vais juste le pousser à me confier comment lui a vécu les choses. Je ne connais pas tous les détails, vos tuteurs m'ont simplement expliqué rapidement les faits, mais j'en ai assez entendu pour savoir que ça n'a pas du être facile, ni pour vous, ni pour lui.
- Vivement qu'il vienne me voir, alors, murmura Harry. Afin que je sache comment il va…
- Évitez d'y penser pour le moment. Je vous l'ai dit : pas de pensées négatives. Je vais vite organiser cet entretien avec Théo et si ça l'a un peu trop secoué, je ferai le nécessaire pour qu'il s'en remette. Mais il sera sûrement davantage inquiet pour vous qu'autre chose. Même si ce n'est pas une raison pour minimiser ce qu'il doit ressentir, il ne faut pas oublier qu'il est habitué aux situations difficiles.
Harry acquiesça.
- Il a réagi sans s'affoler, avec beaucoup de calme. Il a su quoi faire, comme s'il avait déjà connu ce genre de cas.
- Ça a tout de même été dur pour lui quand Harry n'allait pas bien pendant son récit, signala Sirius. Il se retenait de craquer, alors j'ai trouvé un truc pour l'éloigner tout en lui permettant de s'occuper.
- Il n'y a pas que lui qui a géré. Vous avez tous été géniaux, complimenta Severus. Mais revenons-en à vous, Harry.
- Comme si on s'était vraiment écarté du sujet…
- De quoi d'autre voulez-vous qu'on parle ? Je suis venu pour vous. Qu'est-ce que vous devriez dire pendant les séances de thérapie, alors… C'est justement cela que je souhaitais voir avec vous. Est-ce que vous accepteriez d'avoir une séance aujourd'hui, exceptionnellement ? Nous pourrions ainsi commencer à aborder le sujet et cela nous avancerait pour la séance suivante. Mais si vous préférez attendre, je comprendrais.
Harry sembla hésiter.
- Je veux bien, dit-il après un bref instant de réflexion. Mais plutôt dans l'après-midi, si possible…
- Je n'ai rien à faire, à part quelques potions pour Sainte-Mangouste, donc je suis disponible toute la journée. Si on se voit à quatorze heures, cela vous va-t-il ?
- Oui, c'est parfait.
- Bien, je vous attends donc à quatorze heures dans mes appartements. Sinon, excepté la sensation d'être vide et perdu, est-ce que vous allez bien ? Est-ce que vous vous sentez oppressé ?
- Non, ça va.
- Est-ce que vous êtes angoissé ? Triste ? Nerveux ? Avez-vous l'impression d'être déprimé ?
- Angoissé, non, triste, un peu, nerveux, pas du tout, et déprimé, pas vraiment. Je suis juste sous le coup de tout ce qui s'est passé.
- C'est tout à fait normal, et vos réponses me rassurent. Si vous présentiez les signes d'un début de dépression, je vous aurais donné des potions pour vous remettre d'aplomb.
- Je n'en suis pas là, sourit Harry. Mais ça aurait pu.
- Exactement. Vous n'aurez pas besoin de potions, en tout cas, juste de repos. Bon, je crois avoir fait le tour avec vous. On se voit cet après-midi, d'ici là, reposez-vous bien.
Harry hocha la tête, remercia Severus et s'en alla.
- Je vais rentrer, déclara Severus. On se réunira ce soir pour les mesures à prendre. J'ai dit à Harry que je n'avais rien de prévu mais il y a pourtant plein de choses à faire…Et je viens de penser que je dois convoquer les deux Serpentard qui harcelaient quotidiennement Harry. Mais sans les noms, ça va être un peu compliqué…
- Oh, pardon, excuse-nous, nous avons oublié de les mentionner… Il s'agit d'Edgar Chowdhury et d'Adam Dale.
- Merci bien. Je vais m'occuper d'eux.
- Tu as déjà eu à faire à eux ?
- Non, mais ils n'ont jamais été très fréquentables. Ça ne m'étonnerait pas du tout qu'ils s'en soient pris à d'autres élèves avant Harry.
- Oui, les amis de Harry nous ont avoué qu'ils avaient aussi embêté Justin Finch-Fletchley, rapporta Remus. Ils ont tenté de le faire rompre avec Théo en lui balançant des horreurs sur lui. Mais Justin a trouvé le moyen de les convaincre de le laisser tranquille. Il en a parlé à Théo le soir-même et c'est lui qui a émis l'hypothèse que Harry puisse avoir des ennuis avec ces Serpentard, lui aussi.
- Eh bien il va falloir que M. Finch-Fletchley raconte tout cela à sa directrice de maison. Mais on va d'abord dire à Pomona que cet élève s'est fait embêter par deux Serpentard et qu'elle doit recueillir son témoignage à ce sujet. Il vaut mieux qu'elle soit un peu au courant afin qu'elle puisse aider M. Finch-Fletchley à se lancer.
- Je suis d'accord, approuva Sirius, mais quand tu as dit qu'on devait d'abord aller voir Pomona, je crois que tu as zappé le fait que Remus et moi sommes toujours en froid avec elle…
- Justement, claironna Severus. Ça va vous donner une occasion de vous rapprocher.
- Non mais oh, c'est à elle de faire le premier pas si elle veut qu'on se réconcilie, pas à nous, c'est elle qui nous snobe, on ne lui a rien fait, nous, s'insurgea Sirius.
- Oui mais si chacun reste dans son coin, la situation ne se décantera jamais, surtout qu'elle n'a pas l'air décidé à venir vers vous… Il faut que vous soyez plus intelligents qu'elle. Après, vous n'êtes pas obligés de faire comme si vous vouliez renouer le contact avec elle, vous pouvez juste lui dire que vous aimeriez avoir des explications quant à son attitude envers vous… Vous la mettriez face à ses responsabilités, quoi. Mais pas tout de suite, vous parlerez d'abord de M. Finch-Fletchley.
Sirius et Remus échangèrent un regard. Puis ils haussèrent les épaules.
- D'accord, on fera comme ça. En plus, je viens de me souvenir qu'il y a un autre Poufsouffle qui a un peu mis son grain de sel dans l'histoire… Il a été le premier à faire une remarque à Harry sur le fait qu'il pouvait se faire avantager par Remus grâce à notre relation. C'est Roger Curtis, je crois.
- Oh, c'est étonnant de sa part, commenta Severus. Je ne pensais pas qu'il était du genre à faire des réflexions gratuites comme ça. Il s'est sûrement laissé entraîner par ce qu'il a pu entendre. Loin de moi l'idée de me baser sur des préjugés, mais les Poufsouffle sont quand-même très influençables. Mais je me demande s'ils ne cultivent pas volontairement cette image que les autres se font d'eux. Parfois, les préjugés sont tellement ancrés dans la tête des gens qu'ils deviennent réels car ceux qui en sont victimes finissent par y croire et les intégrer à leur personnalité, à leur comportement, à leur façon d'être… C'est peut-être le cas des Poufsouffle.
- Peut-être, répéta Sirius, songeur. Tu penses pouvoir faire quelque chose à ce sujet ?
Severus regarda Sirius, perplexe. Il fut tenté de lui rappeler qu'il était psychomage et non magicien, qu'avoir dix patients par semaine en plus de ses autres obligations était faisable mais que s'occuper de toute une maison psychologiquement parlant était purement impossible, mais il étudia malgré lui la question. Une solution lui vint alors à l'esprit, mais il douta énormément de son efficacité.
- Je pourrais venir dans la salle commune des Poufsouffle et leur parler à tous en même temps, faire une mise au point sur les préjugés et insister sur leur droit d'être eux-mêmes, mais il faudrait que je le fasse pour les autres maisons aussi…
- Ça te prendrait beaucoup de temps d'intervenir dans les quatre salles communes ?
- Non, pas vraiment… Ça durerait une heure, environ, voire un peu plus, donc en faisant ça sur une semaine, ce sera vite réglé… Mais je ne suis pas sûr que ça suffira.
- Tu peux toujours essayer.
- Je verrai ça une fois cette histoire de harcèlement bouclée. J'attendrai que vous ayez parlé à notre chère collègue pour convoquer les deux Serpentard, étant donné qu'il me faudra le témoignage de M. Finch-Fletchley qu'il ne pourra livrer qu'à sa directrice de maison.
- Nous nous en occuperons le plus vite possible, promit Remus.
Severus acquiesça.
- Merci. Je vais vous laisser, je vais réfléchir aux mesures qu'on pourra soumettre au directeur tout en fabriquant mes potions.
- Ta capacité à pouvoir faire plusieurs choses à la fois m'étonnera toujours. Ce sont les femmes qui en sont capables, normalement.
- Bonjour les clichés, se moqua Severus.
- C'est un fait avéré, répliqua Sirius. Tu as mieux connu les femmes que nous, tu devrais le savoir.
- Dit celui qui couchait avec toutes les filles qui tombaient sous son charme lors de notre scolarité à Poudlard, ironisa Remus.
- Je ne les connaissais pas intimement, c'était juste des coups d'un soir et basta, se défendit Sirius. Je n'ai eu qu'une seule vraie histoire d'amour, c'était pendant la guerre contre Voldemort et je n'ai pas trop eu l'occasion de la voir dans ses activités quotidiennes. Donc j'ignore si elle fait partie des femmes qui peuvent faire plein de choses en simultané. Mais elle était parfaite, alors j'imagine que oui. Je me demande ce qu'elle est devenue. Elle était hyper secrète, je n'avais que son prénom, que je soupçonnais de ne pas être le sien, et la seule information que j'ai d'elle, c'était qu'elle souhaitait enseigner les runes à Poudlard. Ce serait marrant qu'on se retrouve en tant que collègues…
Severus vit Remus regarder Sirius avec un air désabusé.
- Je pourrais me sentir jaloux si tu n'avais pas dit ça avec le ton de celui qui n'éprouverait plus rien en revoyant son ex copine. Et pourtant, je sais que tu l'as énormément aimée.
- Il y a plusieurs raisons qui font que j'ai définitivement tourné la page. Déjà, j'ai su dès le premier jour qu'on n'aurait pas une grande histoire d'amour. Elle me l'avait dit dès qu'on s'était rencontrés. Je n'aurais pas dû tomber amoureux d'elle mais c'était la première fois que ça m'arrivait, je n'avais jamais été amoureux avant, donc comme je ne savais pas ce que ça faisait, je n'ai pas su reconnaître les signes et je n'ai rien pu faire. Ensuite, l'autre raison, c'est qu'il y a toi, maintenant. On est liés pour toujours, je t'aime, je ne peux être heureux qu'avec toi, alors la plus belle fille du monde aura beau danser nue devant moi, ça ne me fera ni chaud ni froid, il n'y aura que toi qui comptera.
Remus parut ému par les paroles de Sirius.
- Qu'elle vienne enseigner les runes ici, dans ce cas. Que je puisse enfin mettre un visage sur celle qui a réussi à te conquérir…
- Un jour, peut-être. Pour l'instant, on a Bathsheda et c'est très bien comme ça, décréta Sirius.
- Tout à fait, renchérit Severus. Allez, j'y vais. À ce soir pour la réunion sur les mesures à prendre.
Severus se leva, salua Sirius et Remus et s'en alla. Il rejoignit ses appartements et se mit aussitôt au travail. Comme convenu, il prépara ses potions tout en essayant de trouver des mesures pour lutter contre le harcèlement au sein de Poudlard. Il eut quelques idées qu'il nota. Tandis qu'il faisait tout un chaudron de potions vitaminées, il pensa à Harry et au temps qui les séparait des vacances. Il osa alors espérer que d'ici là, tout le monde laisserait Harry tranquille, afin qu'il puisse se reposer… et Severus aussi.
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(lundi 06/05) POV Remus
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- Je crois qu'on ferait mieux d'attendre avant d'aller voir Pomona.
Remus se retint de lever les yeux au ciel. Cela l'aurait étonné que Sirius ne se débine pas alors que tout était prévu et organisé…
- Ça ne fera pas avancer les choses, Sirius. Ça me stresse aussi d'avoir une discussion avec elle mais ça doit être fait, et vite, car Severus doit convoquer le plus rapidement possible les deux Serpentard. Et pour ça, il lui faut le témoignage de Justin qui ne peut le livrer qu'à sa directrice de maison. Et il y a aussi le cas de Roger Curtis. Ce n'est pas grand-chose, ce qu'il a fait, je suis même sûr qu'il n'a pas voulu blesser Harry, mais il a été le premier à lui faire une remarque sur un favoritisme dont il pourrait bénéficier de ma part… Et ça a beaucoup perturbé Harry. Je pense que ça lui ferait déjà du bien s'il s'expliquait avec Oliver.
- Sûrement, oui. Mais on est vraiment obligés de parler aujourd'hui à Pomona ? C'est si urgent que ça ? On ne peut pas plutôt le faire quand Harry aura repris les cours ? Ça me gêne de le laisser là, on lui avait dit qu'on resterait près de lui…
- Ce n'est pas comme si on l'abandonnait, apaisa Remus. Et Harry comprend très bien la situation. Et il ne sera pas tout seul. Il y aura Severus avec lui. Il doit venir dans une heure, il a dû planifier sa journée pour pouvoir veiller sur Harry pendant notre absence, on ne peut pas annuler maintenant…
- Tu as raison, admit Sirius. Mais tu es sûr qu'elle finit les cours à dix-sept heures ? Ce serait bête d'avoir dérangé Severus si on n'est même pas sûrs de trouver Pomona aux serres…
- J'en suis sûr et certain, je peux même te dire qu'elle termine sa journée en ayant un double cours avec les quatrième année de quinze heures à dix-sept heures.
- Ah oui, ça me dit quelque chose… Bon eh bien j'espère qu'elle acceptera de nous parler…
Remus voulut répondre mais Harry entra dans le salon à ce moment-là. Il avait la même tête que s'il venait de se réveiller. Ce qui était peut-être le cas…
- Toi, tu as fait une sieste, devina Remus.
- Oui, je me suis assoupi sans m'en apercevoir… J'étais en train de lire, bien installé dans mon lit, et j'étais tellement bien que je me suis complètement détendu et que j'ai piqué du nez.
- C'est une bonne chose, ça. Ça prouve que ton esprit est apaisé. Même s'il y a encore du chemin à faire, bien sûr…
- Je crois que je me sentirai encore mieux quand les deux Serpentard auront été convoqués et que le directeur aura mis les choses au clair en faisant un discours dans la Grande Salle…
- Tout cela sera vite fait, promit Remus. Sirius et moi devons justement aller voir ton professeur de botanique pour lui demander de convoquer Justin afin qu'il témoigne au sujet des deux Serpentard.
- Oui, vous me l'avez dit hier. Mais il y a quelque chose que je ne comprends pas. Pourquoi est-ce vous qui devez parler au professeur Chourave ? Si le professeur Snape a besoin qu'elle recueille le témoignage de Justin, ça devrait être à lui de s'en occuper…
Sirius et Remus échangèrent un regard, ce qui n'échappa pas à Harry.
- Vous ne pouvez rien me dire car ça ne me concerne pas, c'est ça ?
- C'est surtout qu'on ne veut pas te mêler à ce genre d'histoires, expliqua Sirius. Mais puisque tu es déjà au courant des tensions qu'il y a entre nous…
- Vous ne vous êtes toujours pas réconciliés avec elle ? s'étonna Harry.
- Non, et c'est pour ça que Severus a tenu à ce que ce soient nous qui allions la voir. Ça nous donne une occasion d'essayer d'arranger les choses avec elle.
- Vous pensez que c'est possible ?
- Franchement, je n'en sais rien, avoua Sirius. On n'a aucune idée de l'état d'esprit dans lequel elle est, c'est donc assez difficile de prédire comment ça va se passer. Ça se trouve, elle va nous envoyer sur les roses…
- Si c'est le cas, on ne se laissera pas faire, déclara Remus. Mais nous verrons cela en temps voulu. La priorité, c'est qu'elle convoque Justin et Roger Curtis.
Harry sembla mal à l'aise.
- Curtis n'a rien fait de bien méchant…
- Sa remarque t'a blessé, souligna Remus. Il doit comprendre qu'il y a des choses qu'il ne peut pas dire comme ça, sans réfléchir. Et qu'il ne faut pas accuser sans preuves. Car il a clairement insinué que je t'avantageais alors qu'il n'avait rien pour étayer ses propos. Mais il ne sera probablement pas puni, si ça peut te rassurer. Le professeur Chourave aura juste une discussion sérieuse avec lui.
Harry acquiesça, l'air soulagé.
- Est-ce que ça t'ennuie qu'on s'absente une ou deux heures ? s'inquiéta Sirius.
- Non, pas du tout, j'étais seulement surpris que ce soient vous qui soyez missionnés pour aller voir le professeur Chourave alors que le professeur Snape aurait très bien pu le faire lui-même… Mais je saisis mieux, à présent. Et je ne vais pas vous en vouloir parce que vous partez vaquer à vos devoirs, je ne le prends pas comme un abandon…
- Tiens, tu vois, je te l'avais dit, lança Remus à Sirius. Mais c'est normal que tu t'angoisses. J'aurais préféré rester ici, moi aussi.
- Ça va aller, ne vous en faites pas, tempéra Harry. Je vais déjà un peu mieux et vous ne me confiez pas à n'importe qui. Si j'ai un problème, je serai avec la personne la plus qualifiée qui soit pour me venir en aide… Et puis ce n'est pas comme lors de ma convalescence. À ce moment-là, il fallait me surveiller en permanence, mais là ce n'est pas pareil, je suis beaucoup moins fragile. Je serais même capable de rester seul quelques heures, mais je suis quand-même plus tranquille en sachant qu'il y a quelqu'un ici. Donc tout va pour le mieux.
Ces paroles achevèrent de relaxer Sirius. Remus vit ses épaules se relâcher et les traits de son visage se détendre. Il était tellement adorable de stresser ainsi pour son filleul… Comme l'avait dit celui-ci, il allait effectivement mieux. La séance de la veille avec Severus s'était bien passée, d'après ce que Harry leur avait dit. Il était rentré plus apaisé, bien que les yeux un peu rouges. Il avait mangé avec appétit le soir-même et il s'était couché tôt après avoir pris une bonne douche. En bon parrain attentionné qu'il était, Sirius l'avait accompagné et Remus le soupçonnait presque de l'avoir bordé. Plus rien ne l'étonnerait venant de son compagnon adoré… Et c'était en partie pour ça qu'il l'aimait autant. Sirius était encore avec Harry lorsque Severus était arrivé. Remus était allé préparer du thé en attendant Sirius qui n'avait pas tardé à les rejoindre. Ils avaient partagé leurs idées concernant les mesures à adopter afin de dissuader les élèves de continuer à s'en prendre à Harry, lutter contre le harcèlement dans sa globalité et inciter les élèves qui en étaient victimes à en parler à des personnes compétentes, qui étaient plus nombreuses que ce qu'ils pouvaient croire. Severus avait tout noté et avait décidé de s'entretenir au plus vite avec le directeur, ce qu'il devait faire dans le courant de la journée. Lors du petit-déjeuner, Sirius et Remus avaient fait part à Harry des mesures que Severus allait soumettre à Dumbledore après leur réunion de la veille au soir. Harry les avait attentivement écoutés et avait tout approuvé, même la mesure qui risquait de le mettre beaucoup à contribution. Il était prêt à s'impliquer autant que possible pour retrouver sa tranquillité.
- Et si Théo vient pendant que vous n'êtes pas là ? demanda soudain Harry.
- Severus saura quoi faire, affirma Sirius. Il aura juste à récupérer les cours, te les donner et t'aider à les ranger sans t'emmêler les pinceaux entre les différentes matières. Rien de bien compliqué. Théo pourra rester jusqu'au dîner s'il en a envie et si tu es d'accord. Tu pourras même travailler les cours avec lui.
- Bonne idée, comme ça, il m'expliquera ce que j'aurai du mal à comprendre. Mais on parlera aussi de la bande, je pense.
- Vous serez autorisés à faire ce que vous voulez tant que vous demeurez raisonnables, dit Remus en souriant. Bon, je vais me replonger dans mes copies. J'en ai encore un tas à corriger.
- Tu les confieras au professeur McGonagall pour qu'elle les rende ou tu le feras quand tu seras de retour ?
- Je les rendrai en mains propres. Ce sera mieux comme ça.
- Oui, si un élève a des questions sur sa copie, il ne pourra pas forcément les poser au professeur qui nous remplace, surtout s'il veut contester sa note, ajouta Sirius. Je vais m'y remettre aussi, tiens.
- Et moi, je vais lire mon livre sur les métiers du monde sorcier.
Chacun eut ainsi une occupation jusqu'à ce que des coups se fassent entendre à la porte une demie-heure plus tard. Remus alla ouvrir et tomba sans surprise sur Severus. Il l'emmena au salon où ils discutèrent avec Sirius et Harry pendant quelques minutes. Puis, ne voulant pas manquer Pomona à la fin de son cours, Sirius et Remus quittèrent leurs appartements, laissant Harry entre les mains de Severus. Ils sortirent du château et se rendirent aux serres. Ils y parvinrent au même moment où les quatrième année s'en allaient. Un peu plus et ils auraient raté leur collègue… Ils attendirent que le dernier élève soit parti pour entrer dans la serre. Pomona leva la tête et se raidit en les voyant.
- Bonjour, Pomona, nous souhaitons te parler au sujet de deux élèves de ta maison, informa Remus.
- De qui s'agit-il ? questionna sèchement Pomona.
- De Justin Finch-Fletchley et de Roger Curtis. Mais ce n'est pas vraiment la même chose, Justin est une victime tandis que pour Roger, c'est l'inverse.
Pomona sembla partagée. Elle n'avait visiblement aucune envie de discuter avec ses deux collègues mais elle ne pouvait se soustraire à son devoir de directrice de maison. Alors elle fit un effort.
- Bien, je vous écoute. Que se passe-t-il ?
- Il y a quelques semaines, Justin s'est fait embêter par deux garçons de Serpentard. Il a su quoi leur dire pour qu'ils le laissent tranquille, et heureusement car sinon, il se serait fait harceler comme un de ses camarades qui a subi un véritable acharnement de la part de ces deux élèves. Ce camarade de Justin s'est décidé hier à se confier à ce sujet et il faudrait que Justin apporte son témoignage pour alimenter le dossier. Si deux élèves disent avoir été embêtés par ces deux Serpentard, ça aura plus de poids que s'il n'y avait qu'une seule accusation contre eux. Comme c'est au directeur de maison de recueillir ce genre d'informations, ce serait bien si tu pouvais convoquer Justin, le faire parler là-dessus et livrer son témoignage à Severus. Il faut que ce soit fait assez vite, mais avec tout le travail que tu as, nous comprendrons que tu ne puisses pas le faire tout de suite.
- Je le ferai dès que je le pourrai. Je convoquerai M. Finch-Fletchley dès que j'aurai du temps libre.
- Merci. Il va aussi falloir que tu convoques Roger Curtis mais c'est un peu moins urgent.
- Qu'a-t-il fait ?
- C'est toujours à propos de ce camarade de Justin. Bon, je ne vais pas te le cacher plus longtemps : c'est Harry. Il se fait harceler depuis la rentrée à cause de l'officialisation de son couple avec Draco qui a entraîné celle du nôtre. Roger a été le premier à lui faire une remarque sur le fait qu'il pourrait se faire avantager par Remus grâce au fait qu'il sorte avec son parrain. Ça a beaucoup affecté Harry qui s'est pris d'autres réflexions de ce genre par la suite. En soi, Roger n'a pas été très méchant, il a juste dit quelques mots qui sont mal passés, Harry lui-même ne veut pas que Roger soit puni, mais il doit comprendre qu'il y a des mots qui blessent et qu'il faut faire attention à ce qu'on dit. De plus, il n'avait aucune preuve que Remus favorisait Harry, ce qui, d'ailleurs, est totalement faux. Sinon, il ne lui aurait pas mis un Acceptable qui était tout à fait justifié et il n'aurait jamais collé Harry quand il lui a manqué de respect. Il a fallu que Harry aille jusque-là pour que tout le monde cesse de croire qu'il bénéficiait de traitements de faveur. Car s'il a eu un Acceptable, c'est parce qu'il a fait exprès de rendre un mauvais devoir. Il a contesté sa note devant toute la classe alors qu'il avait sciemment raté son devoir pour avoir cette note. Il se faisait également harceler pour d'autres raisons et il est en train de se reposer car ce harcèlement constant qu'il subit depuis la rentrée l'a complètement épuisé. Nous, tout ce que nous voulons, c'est que cet acharnement s'arrête et que les deux Serpentard ainsi que trois autres élèves de cette maison soient punis pour ce qu'ils ont dit à Harry. Pour Roger, nous souhaitons simplement qu'il comprenne que c'est mal d'accuser sans preuves et de blesser un de ses camarades qui ne lui a rien fait. Nous savons que nous t'en demandons beaucoup, et que tu n'as pas forcément envie d'accéder à nos requêtes au vu de nos relations tendues mais c'est de Harry dont il s'agit, pas de nous. Il n'y est pour rien dans nos histoires, il doit rester en-dehors de tout ça.
Pomona soupira.
- Je ferai le nécessaire. Je recueillerai les informations de M. Finch-Fletchley sur ses déboires avec les deux Serpentard, je les donnerai à Severus, et je convoquerai M. Curtis pour lui faire la leçon.
- Merci, Pomona. Au début, ça m'a surpris qu'un Poufsouffle s'en soit pris à Harry, mais je me suis vite souvenu que les élèves de cette maison étaient allés dans le sens des autres lorsque Harry a été accusé d'avoir ouvert la Chambre des Secrets, puis d'avoir mis son nom dans la Coupe de Feu. On ignore ce qui les pousse à se conduire ainsi envers Harry mais on trouve ça bien dommage pour des élèves qui sont censés appartenir à une maison qui prône la loyauté.
Remus grimaça. Il n'était pas sûr que ce soit une bonne idée d'emmener Pomona sur ce terrain-là… Ce n'était pas cela qui allait la mettre dans les bonnes dispositions pour s'expliquer sur son attitude envers eux… Il décida de rattraper le coup avant que la situation ne s'envenime.
- Ce n'est pas du tout contre toi, tu ne leur as jamais demandé de se comporter ainsi avec Harry…
Pomona parut mal à l'aise, ce qui éveilla le doute en Remus. Non, elle n'avait pas pu faire ça…
- N'est-ce pas, Pomona ? insista-t-il. Tu ne leur as jamais dit que Harry était coupable et qu'il fallait le lyncher pour ça ?
- Non, mais on ne peut pas dire non plus que je l'ai défendu… J'ai toujours su qu'il était innocent pour la Chambre des Secrets, mais il était difficile de faire entendre sa voix et ses arguments parmi tous ceux qui croyaient qu'il était l'héritier… Et pour la Coupe de Feu, c'était plus compliqué. Pour la première fois, la maison de Poufsouffle dont je suis responsable aurait pu être couverte de gloire et relayer les autres au second plan alors que d'habitude, c'est elle qui passe toujours inaperçue. Et voilà qu'un élève d'une autre maison venait gâcher l'instant qui n'appartenait qu'à Poufsouffle… J'étais tellement dégoûtée que j'en ai oublié mon devoir de réserve. Si c'était une autre maison qui s'était faite voler sa gloire, j'aurais réagi complètement différemment. Mais là, j'étais trop en colère pour réfléchir de façon objective et rationnelle. Pour moi, il n'y avait qu'un seul coupable et c'était Harry. Je n'ai pas été très sympa avec lui et je le regrette énormément à présent. Il avait toujours été un élève agréable, qui écoutait en classe, qui avait de bonnes notes, qui se comportait bien… Tout ça, j'aurais dû m'en souvenir. Mais je me suis laissée guider par ma déception et je n'ai pas cherché à empêcher mes élèves de s'en prendre à Harry. En n'intervenant pas, je les ai encouragés et je m'en veux pour ça. Et j'ai répété la même erreur à la rentrée. Je n'ai pas caché mon ressentiment envers vous auprès de mes élèves et cela les a certainement incités à faire de Harry leur bouc émissaire… Je suis vraiment désolée, aussi bien pour ma conduite passée à l'égard de Harry que pour l'inaction dont j'ai fait preuve à son détriment…
Pomona se tut sur ces mots. Remus était un peu dépassé par ses aveux, mais il n'était pas réellement surpris. Sirius, lui, avait l'air choqué. Il y avait de quoi : Pomona n'avait pas eu un comportement digne de ce nom envers son filleul qu'il défendait corps et âme… Remus sentit que s'il y avait une chance de réconciliation, celle-ci venait de partir en fumée suite aux révélations de Pomona… Et il en eut vite la confirmation lorsque Sirius retrouva ses esprits. Il s'adressa alors à Pomona d'un ton encore plus froid que la banquise arctique :
- Tu ne vaux pas mieux que le professeur McGonagall, dit-il avec une grimace de dégoût. Je lui en voulais déjà de ne jamais avoir fait attention à Harry, mais toi tu l'as carrément enfoncé… Tu sais quoi ? Remus et moi désirions profiter de cette discussion pour essayer d'arranger les choses entre nous, ou au moins pour tenter de comprendre ton attitude envers nous, mais après ce que tu viens de nous dire, je n'en ai plus du tout envie. On ignore toujours pourquoi tu nous en veux à ce point mais ce n'est pas plus mal comme ça. Je ne veux pas comme amie quelqu'un qui n'apprend jamais de ses erreurs et qui prend mon filleul pour un bouc émissaire !
Sirius attrapa la main de Remus et l'entraîna hors de la serre. Si, au début, Remus n'opposa aucune résistance, il freina des quatre fers lorsqu'ils furent à mi-chemin entre les serres et le château.
- Hé, je ne suis pas un boulet qu'on tire derrière soi ! protesta-t-il.
Sirius cligna des yeux, puis un air contrit envahit ses traits.
- Pardon, je ne me rendais pas compte… J'étais tellement énervé…
- C'est ce que j'ai cru voir.
Sirius fronça les sourcils.
- Tu m'en veux ?
- Non, mais je pense que tu t'es un peu trop emporté.
- Non mais Remus, t'as entendu ce qu'elle a dit ?!
- Oui, je ne suis pas encore sourd, merci.
- Et ça ne te fait rien, toi ? Tu trouves ça parfaitement normal ?
- Bien sûr que non, mais tu réagis à chaud, là, tu n'as pas les idées claires…
- Je n'ai pas besoin d'avoir les idées claires pour avoir compris que Pomona s'est très mal conduite avec Harry !
- Il faut remettre les choses dans leur contexte…
- Non, on s'en fout du contexte ! Elle n'avait pas à évacuer sa frustration en se vengeant sur Harry ou en laissant ses élèves le persécuter de la sorte !
Remus retint un soupir. Cela ne servait à rien d'insister. Il ne parviendrait pas à raisonner Sirius. Il était trop en rogne pour cela. Remus comprenait sa colère, Pomona avait vraiment mal agi vis-à-vis de Harry, mais il était déçu car la discussion avait bien commencé, Pomona avait accepté de parler à ses deux élèves, ils auraient pu continuer sur cette lancée et avoir des explications sur les tensions qui régnaient entre eux… Et tout avait été gâché en quelques minutes. Là, ce n'était plus seulement Pomona qui était distante avec eux, c'était aussi Sirius qui ne souhaitait plus parler à Pomona. Il y avait quelque chose de cassé entre eux. Mais Remus était sûr qu'une fois calmé, Sirius regretterait d'avoir été aussi virulent et catégorique. Ce fut sur cette pensée qu'il se remit en route, rapidement imité par Sirius. Ils rentrèrent au château et rejoignirent leurs appartements. Lorsqu'ils se rendirent au salon, ils n'y virent que Severus. Celui-ci leva les yeux vers eux et sembla un peu surpris de les voir.
- Vous êtes déjà de retour ? Je m'attendais à ce que vous restiez plus longtemps avec Pomona…
- Il valait mieux qu'on s'en aille au plus vite, sinon mes mots auraient fini par dépasser ma pensée.
- Ouh là… Vous vous êtes disputés ?
- Pas vraiment, mais elle a voulu être honnête et ça s'est retourné contre elle…
Sirius et Remus racontèrent alors à Severus leur bref entretien avec Pomona.
- Ah oui, je comprends mieux… Tout cela ne m'étonne guère mais c'est vrai que quand on y pense, elle aurait dû demeurer impartiale avec Harry… Ne pas lui faire sentir qu'elle lui en voulait d'avoir volé la gloire des Poufsouffle, comme elle le dit si bien… Mais bon, je suis mal placé pour juger, vu le comportement que j'ai eu avec Harry depuis qu'il est à Poudlard… J'ai été bien plus horrible que Pomona. Ça a été épisodique, avec elle. Moi, c'était à longueur de temps…
- N'essaie pas de la défendre, s'il te plaît, grimaça Sirius. Je ne suis pas prêt à entendre que j'ai été trop dur avec elle. Je lui en veux trop pour l'instant.
- Bien, comme tu veux, céda Severus. Le principal, c'est qu'elle ait accepté de convoquer M. Curtis et M. Finch-Fletchley.
- Oui, attends-toi à la voir débarquer dans ton bureau lorsqu'elle aura vu Justin, prévint Remus. Ça devrait être assez rapide, elle a compris que c'était plutôt urgent. Merci d'avoir été là pendant notre absence, en tout cas. J'imagine que Harry est dans sa chambre ?
- Oui, avec Théo. Il est arrivé peu après que vous soyez partis. Je les ai laissés aller dans la chambre de Harry afin qu'ils aient un peu d'intimité. En tout bien tout honneur, bien sûr.
- Tu n'avais même pas besoin de le préciser. En fait, on t'a demandé de venir ici pour rien. Tu n'as pas dû les voir depuis qu'ils sont allés dans la chambre…
- Non, et je ne les entends pas non plus. Ils sont très discrets, autant l'un que l'autre. Mais Théo doit aider Harry avec les cours, à mon avis. Bon, je vais y aller. Étant donné que j'ai mangé chez moi ce matin et ce midi, je dois dîner dans la Grande Salle ce soir et j'ai des choses à faire avant d'y aller. Passez une bonne soirée et évitez de garder Théo jusqu'à cinq heures du matin, s'il vous plaît.
Severus s'en alla sur ces mots alors que Sirius et Remus rougissaient légèrement. Théo avait cours le lendemain, il ne leur serait donc pas venu à l'idée de le garder aussi longtemps… Mais Severus n'avait rien dit pour le dîner… Ils se regardèrent et comprirent qu'ils avaient la même idée. Quand Harry et Théo revinrent dans le salon, Remus proposa à Théo de rester dîner mais son élève, gêné, dut refuser car il avait prévu de manger avec ses amis. Il souhaita une bonne soirée à tout le monde et partit après avoir promis à Harry de passer son bonjour à tous leurs amis. Quelques secondes de silence s'ensuivirent, puis Harry décida de mettre la table tandis que Sirius se rendit à la cuisine afin de préparer le repas. En voyant Harry s'activer, Remus remarqua qu'il allait vraiment mieux. Il se déplaçait avec légèreté et ne semblait plus autant tourmenté qu'avant. Il était aussi calme, détendu, et il souriait sans se forcer. Il y avait encore du chemin à faire mais les séances de thérapie allaient l'aider à reprendre du poil de la bête. Il n'avait déjà plus rien à voir avec le garçon qu'il était encore trois jours plus tôt. Et pour Remus, cela ne voulait dire qu'une chose. Ils avaient sauvé Harry.
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Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu ! =) Je vous donne rendez-vous le dimanche quinze mai pour le prochain chapitre intitulé «Mesures, convocations et aides amicales». Prenez soin de vous (c'est important), je vous embrasse fort, et plein de bisous tout le monde !
