Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le soixante-dixième chapitre de SAMLP !

Avant de faire cette NA, j'ai édité le chapitre précédent en ajoutant les réponses aux reviews, c'est pour ça que ce chapitre arrive avec un peu de retard par rapport à d'habitude :)

.

cassandre24 : C'est une façon pour moi de vous remercier pour le soutien que vous m'apportez *-* Vous méritez amplement cet effort que j'ai fait, car encore une fois, sans vous, cette fic n'en serait pas là où elle en est aujourd'hui, et ça me faisait plaisir de faire ça pour vous :) Merci pour ton gentil message, que ce soit pour moi, pour ma sœur ou pour ma famille, ça me touche *-* C'est difficile pour l'instant, ça le sera encore pour un bon moment mais rien que vos messages, ça donne du courage et de la force ! Contente que tu aies aimé la scène dans la salle sur demande, ainsi que celle des Patronus =) Concernant le choix du Patronus de Théo, ce sera expliqué plus tard, il y a toute une histoire derrière ça XD Encore merci pour ta review, j'espère que le nouveau chapitre te plaira =)

Mel : Merci beaucoup *-* C'était surtout parce que je voulais répondre aux reviews comme je le fais habituellement, avec humour et légèreté, comme je le disais dans la NA du chapitre précédent:) Je n'avais pas envie de répondre parce qu'il faut répondre, en faisant ça à l'arrache, en mettant des points à la place des smileys, je me serais sentie encore plus mal en faisant ça et ce n'était pas trop le but XD Dans les réponses, j'essaie de vous transmettre le bonheur, la bonne humeur et l'humour que vous m'inspirez et c'était clairement impossible il y a deux semaines, alors il valait mieux ne rien faire et remettre ça à plus tard, par respect pour vous et pour garder une bonne ambiance dans les RAR :) Merci beaucoup pour le soutien, ça fait chaud au coeur, même de loin, comme tu dis *-* Les explications quant à la relation mystérieuse entre Harry et Théo arriveront au début du second tome, encore un peu de patience, il y aura l'été d'ici-là où il va se passer des choses XD En vrai c'est horrible de ne pouvoir rien dire, de voir des théories sans pouvoir dire si vous êtes sur la bonne piste ou non, mais il faut garder le suspense XD Harry a fait ce qu'il fallait pour ne pas replonger, maintenant, il va se faire aider et tout va rentrer dans l'ordre *-* Non t'inquiète, ce qui s'est passé avec le harcèlement n'aura aucun impact sur sa relation avec Draco *-* C'est autre chose qui aura un impact, sans vouloir en dire trop XD Je comprends parfaitement ta haine envers Pomona, elle m'horripile aussi dans cette période de la fic XD C'est clair qu'elle n'agit pas comme une bonne directrice de maison, alors qu'au fond, c'est quelqu'un de bien… Et elle ne représente pas bien la maison dont elle est responsable, je suis bien d'accord :/ Mais je viens d'écrire le POV où tout est expliqué sur son comportement vis-à-vis de Sirius et Remus, car tout finit toujours par s'expliquer XD Oh tu es une Poufsouffle, comme moi ! Tu es une Poufsouffle 100% ou tu as un peu d'une autre maison en toi ? Car j'ai fait un test qui disait les pourcentages de toutes les maisons qu'on avait en nous, c'était hyper réaliste ! Et j'avais une dominante Poufsouffle avec une bonne part de Serdaigle, ce qui me correspondait totalement ! Il faudrait que je retrouve le lien pour que vous puissiez faire ce test XD Tu penses que tu serais une Poufsouffle mêlée à quelle maison ? Allez, comme ça, je dirais… Gryffondor ou Serdaigle XD Pour Pomona, ça va s'arranger, promis, mais ce n'est pas pour tout de suite :) De rien pour le chapitre, voir que ça vous a fait plaisir d'en avoir eu un malgré les circonstances, ça me fait aussi plaisir =) Merci pour tout, à bientôt et prends soin de toi aussi *-*

.

Merci à vous pour vos reviews, vous êtes adorables et je suis ravie que le chapitre vous ait plu =) Je vous laisse avec le nouveau chapitre, je vous souhaite une bonne lecture et on se retrouve en bas pour la note de fin de chapitre ainsi que la question mensuelle habituelle =)

.

.

70 – Mesures, convocations et aides amicales

.

.

(mardi 07/05) POV Justin

.

- Dire que ce sont bientôt les BUSE, soupira Justin.

- Ouais, et après, ce sont les vacances, s'enthousiasma Hannah.

- Oui mais avant ça, il y a les BUSE…

- On s'en fout, puisqu'après, ce sont les vacances !

Justin regarda son amie avec un air perplexe. Comment pouvait-elle être d'aussi bonne humeur dix minutes seulement après s'être levée ? Et comment pouvait-elle être aussi insouciante ? Ses notes n'étaient pas faramineuses et elle ne semblait pourtant pas inquiète pour ses BUSE… Mais bon, ça ne devrait plus l'étonner, venant de Hannah… Elle avait toujours été un peu spéciale, mais depuis la rentrée, elle avait un comportement étrange. Elle avait perdu son père pendant les vacances et si, les premiers jours de cours, elle était triste et renfermée sur elle-même, cela lui était vite passé et elle avait retrouvé son énergie d'avant. Voire plus, car elle ne tenait plus en place. Justin se demandait si elle n'en faisait pas trop pour faire croire que tout allait bien. Ou si elle cherchait à s'en convaincre elle-même et qu'elle ne se rendait pas compte de son exubérance. Ou bien les deux à la fois. Susan, avec qui il en avait parlé, se posait aussi la question. Ils avaient essayé d'en discuter avec Hannah mais elle affirmait qu'elle était parfaitement normale. Cela n'étonnait pas Justin : elle préférait faire semblant d'aller bien plutôt que se confier et admettre qu'elle n'avait pas le moral. Elle n'était pas du genre à se plaindre. Si elle prenait mal quelque chose, elle ne le montrait pas, ne s'attardait pas dessus et passait vite à autre chose. Elle faisait souvent de l'humour pour cacher son trouble. Mais Justin, Susan et Ernie la connaissaient bien et ne se laissaient pas duper par ses ruses. Ils arrivaient à avoir ses confidences, parfois, lorsqu'elle était vraiment déprimée. Mais là, Justin et Susan voyaient bien qu'elle était résolue à faire comme si de rien n'était. Et ils hésitaient sur la conduite à adopter. Devaient-ils la laisser tranquille ? Devaient-ils insister, au risque de la braquer ? Devaient-ils faire part de leur inquiétude à leur directrice de maison ? Ils avaient bien pensé à cette option mais ils ne voulaient pas faire les choses dans le dos de leur amie… Justin l'avait pourtant fait pour aider Harry avec la bande mais là, ce n'était pas pareil. Ils se faisaient juste du souci pour Hannah, ils n'avaient rien de concret… Elle était toujours la même en cours, le professeur Chourave n'avait donc rien dû remarquer… S'ils disaient qu'ils trouvaient Hannah bizarre, ils ne sauraient pas dire pourquoi, car c'était un sentiment qu'ils avaient au plus profond d'eux. Leur professeur allait sûrement penser que le comportement de Hannah était normal, compte tenu des circonstances, car elle ne la connaissait pas aussi bien que Justin et Susan qui étaient ses plus proches amis… Ils étaient dans une impasse. Sans grande conviction, ils avaient convenu qu'il valait mieux laisser faire le temps pour l'instant. Justin ne fit alors aucun commentaire à Hannah sur son attitude vis-à-vis des BUSE. Il prit un petit pain et commença à le beurrer quand Susan les rejoignit.

- Ah bah te voilà, j'ai cru que tu allais sauter le petit-déjeuner, s'exclama Justin.

- J'ai eu un problème de réveil, se justifia Susan. Hier matin, je me suis levée avant qu'il ne sonne, je l'ai désactivé pour ne pas déranger Hannah et les autres filles, et j'ai oublié de le réactiver…

Justin fronça les sourcils. Hannah se levait toujours après Susan, en temps normal, elle aurait donc dû voir que les rideaux de leur amie étaient encore fermés…

- Tu n'avais pas remarqué que Susan n'était pas levée ? demanda-t-il à Hannah.

- Je n'ai pas fait attention, avoua celle-ci. Je suis vite sortie du dortoir, ce matin…

Justin et Susan échangèrent un regard. Ils ne dirent rien mais ils avaient un autre exemple de ce qui n'allait pas chez Hannah… Justin reporta son attention sur son petit pain mais n'eut pas le temps de se remettre à le beurrer car un Poufsouffle de deuxième année vint le voir.

- Le professeur Chourave m'a dit de te donner ça.

Il lui tendit un parchemin dont Justin se saisit. Il le déplia. C'était un mot de sa directrice de maison qui le convoquait dans son bureau à dix-sept heures.

- Qu'est-ce que j'ai fait pour qu'elle veuille me parler ? s'intrigua-t-il.

- C'est le professeur Chourave ? Elle t'a convoqué ? s'enquit Susan.

- Oui, mais je ne sais pas pourquoi. Mes notes ont bien progressé depuis le conseil d'orientation, je n'ai rien à me reprocher, je vais bien… C'est vraiment bizarre. Bon, en vrai, ça tombe bien, je dois lui parler d'Ernie… Et je n'avais pas de séance de travail prévue avec Théo à dix-sept heures. Ni de séance aujourd'hui tout court, d'ailleurs. On en aura une demain, après le dîner. Comme ça, pendant qu'il ira donner les cours à Harry, j'irai à mon rendez-vous avec le professeur Chourave. Il va juste falloir que je prévienne Théo… Entre deux cours, ça devrait être faisable.

Ce fut sur cette pensée que Justin se réattaqua pour de bon à son petit-déjeuner. Après avoir mangé trois petits pains, il prit congé de ses amies, ayant hâte de retrouver Théo qui avait quitté la Grande Salle dix minutes plus tôt. Justin se doutait que son petit-ami l'attendait sur le côté. Et il eut raison. Sauf que Théo n'était pas tout seul. Il était avec Draco, Blaise, Pansy et Terry qui semblaient pour la plupart guetter eux aussi la sortie de leurs moitiés.

- Eh bah voilà, il ne manque plus que les Gryffondor, déclara Blaise. J'étais sûr que Justin arriverait avant eux. On voit ceux qui préfèrent rester à table plutôt que rejoindre leurs petits-amis…

- Oh c'est surtout Ron qui doit s'empiffrer, les autres sont sûrement solidaires, supposa Pansy.

- Ta façon de parler de ton petit-ami m'étonnera toujours, commenta Blaise.

- C'est comme ça qu'on communique, on adore se charrier et il n'y a pas de filtres entre nous. On ne se prend pas la tête, on laisse les choses venir et on est très heureux comme ça.

Justin admira les paroles de Pansy. Il pouvait comprendre pourquoi Ron était tombé sous le charme de cette fille. Elle était bourrée de qualités. Elle avait aussi ses défauts mais ils la rendaient encore plus humaine. Et ils étaient tellement discrets qu'ils se remarquaient à peine.

- Ah, les voilà, lança soudain Draco.

Justin tourna la tête et vit effectivement Ron, Hermione et Ginny venir vers eux. Ils échangèrent un baiser avec leurs petits-amis respectifs et sourirent au reste de la bande.

- Vivement que Harry reprenne les cours, soupira Draco. Je me sens seul, parfois.

- Courage, il revient après-demain, normalement, positiva Théo.

- Tu vas toujours lui apporter les cours, ce soir ? interrogea Justin.

- Oui, mais je peux rester moins longtemps qu'hier, si tu veux qu'on passe du temps ensemble avant le dîner…

- Non, ce n'est pas pour ça que je te pose la question. Tu as le droit de rester autant de temps que tu veux avec lui, je n'ai pas mon mot à dire, dit gentiment Justin. N'écourte surtout pas ta visite pour te libérer pour moi car je ne serai pas libre. C'est ça que je voulais te dire.

- Oh… Tu as été réquisitionné par quelqu'un ?

- Oui, ma directrice de maison. Elle veut me voir. J'ignore pourquoi, car il n'y a rien, selon moi, qui motive une convocation…

- Elle a peut-être eu vent de tes ennuis avec les deux Serpentard, suggéra Pansy.

- Ce n'étaient pas vraiment des ennuis, ils ne m'ont embêté qu'une fois… Mais ça aurait pu devenir du harcèlement si je ne les avais pas convaincus de me laisser tranquille. Tu as peut-être raison, du coup. Bon, quoi qu'il en soit, je suis occupé après les cours, ajouta Justin à l'adresse de Théo. Mais on peut se rejoindre dans la salle sur demande après le dîner…

Théo parut mal à l'aise.

- Je préférerais qu'on aille dans ta salle commune, ou dans notre ancien repaire secret… Il y a peut-être un autre couple parmi nous qui souhaite utiliser la salle sur demande…

Justin observa tour à tour ses amis et vit que ni Hermione et Terry, ni Blaise et Ginny ne comptaient prendre la salle sur demande. Lorsque son regard tomba sur Pansy, celle-ci s'anima aussitôt :

- Ron et moi aurions bien aimé y aller mais si elle est prise, on ira ailleurs.

- Non, on vous la laisse, décréta Justin. Théo n'est pas très chaud, je ne vais pas le forcer… Et puis on était bien, dans notre repaire secret. Ça nous rappellera des souvenirs.

- C'est peut-être ce qu'on devrait faire aussi, Hermione et moi, songea Terry. Il y avait des plaids et des coussins dans le nôtre, je me demande s'ils y sont toujours…

- On ira voir après manger, si ça te tente, proposa Hermione.

- J'aimerais bien être une petite souris pour vous suivre. Histoire de voir où se trouve votre repaire secret, rêva Blaise.

- Il est secret, donc, par définition, personne ne doit savoir où il est, rétorqua Ginny. Alors tu restes avec moi et tu ne vas pas jouer aux détectives. Bon, je dois y aller, il y en a qui commencent à neuf heures, eux…

- Oui, mais tout le monde ne finit pas le vendredi à midi, riposta Blaise.

- Je n'y suis pour rien, va te plaindre à la personne qui crée les emplois du temps…

- Bonne idée, tiens. Je m'expliquerai en même temps avec l'imbécile qui a décidé de nous mettre un cours d'astronomie le lundi à vingt heures alors qu'on finit les cours à quatorze ou seize heures… Mais avant d'aller régler mes comptes avec cette personne, puis-je t'accompagner jusqu'à ta salle ?

- Mais bien sûr, mon chéri. Passez une bonne journée, les amis !

Ginny fit un signe de la main à la bande et s'en alla avec Blaise qui entremêla ses doigts avec ceux de sa bien-aimée. Ils s'éloignèrent ainsi, main dans la main, comme s'ils ne s'étaient pas à moitié disputés trois minutes plus tôt.

- Ça vous dirait qu'on aille dans le parc ? proposa Pansy. On sera déjà dehors pour aller aux serres, comme ça.

- Bonne idée, approuva Terry.

- Partez devant, on vous rejoint, dit Justin.

Pansy, Ron, Terry et Hermione acquiescèrent et s'éclipsèrent. Draco fixa bizarrement Théo puis il suivit les autres. Justin se tourna vers Théo.

- Je n'ai pas voulu te gêner devant les autres, mais… pourquoi ne veux-tu plus aller dans la salle sur demande ? Ça fait deux fois que tu refuses…

- Je ne sais pas, je me lasse peut-être, répondit Théo. Je crois que ça va nous faire vraiment du bien de passer du temps dans notre ancien repaire. J'ai juste besoin d'un peu de changement de temps en temps.

- D'accord, comme tu veux. Tu es sûr qu'il n'y a que ça ?

- Oui. On ferait mieux d'y aller, les autres vont nous attendre.

Justin n'insista pas et emboîta le pas à Théo. Ils avaient une heure devant eux et Justin souhaitait en profiter pour se détendre et s'amuser.

.

La journée passa trop lentement au goût de Justin. Il fut soulagé lorsque le professeur Snape mit fin à son cours. Il n'aimait déjà pas le mardi à cause des cours qu'il avait ce jour-là, mais là, le temps lui avait semblé encore plus long tant il avait hâte d'être fixé sur le motif de sa convocation. Il pensait toujours que Pansy avait raison, et cela l'angoissait. Il était bien décidé à raconter ce que lui avaient dit les deux Serpentard mais il avait peur des représailles s'ils venaient à savoir qu'il les avait balancés. Il se doutait pourtant que des mesures seraient prises pour garantir sa sécurité. Cette pensée le rassurait un peu. Mais il demeurait stressé en sortant du cachot, ce dont s'aperçut Théo :

- Hé, ça va aller. Ta directrice de maison est cool, tu peux avoir confiance en elle.

- Je sais, mais j'ai peur que Dale et Chowdhury apprennent que j'ai cafté…

- C'est normal, mais ils vont être surveillés et ils le sauront, ils ne prendront donc pas le risque de se faire exclure en s'approchant de toi alors qu'ils n'en auront pas le droit…

- Oui, c'est sûr… Mais si ça fait comme Milligan et Parker… Ils savaient qu'ils se feraient renvoyer à la moindre incartade…

- Ils avaient trop de haine en eux, elle a pris le dessus sur leur raison et ils ne se sont laissés guider que par elle. Je ne pense pas que Dale et Chowdhury en soient arrivés là…

Justin secoua la tête.

- Non, ils ne sont pas aussi dangereux. Ils aiment juste avoir quelqu'un sur qui s'acharner. Harry en a fait la triste expérience et ils doivent être punis pour ça.

- Et si tu témoignes contre eux, ça alourdira leur dossier, ajouta Théo. C'est ce que doivent vouloir le professeur Snape, le professeur Black et le professeur Lupin. Ce sont sûrement eux qui ont mis le professeur Chourave au courant de ton altercation avec les deux Serpentard. Elle n'a pas pu deviner ça toute seule… Ou alors on fait complètement fausse route et c'est pour une autre raison qu'elle t'a convoqué. Mais ça m'étonnerait beaucoup.

- Pareil. Bon, il faut que j'y aille.

- Moi aussi, j'ai dit à Harry et à ses tuteurs que je viendrai juste après les cours. On se revoit après le dîner ?

- Oui, comme prévu, confirma Justin.

Théo acquiesça, déposa un baiser sur les lèvres de Justin et s'en alla. Justin reprit son chemin et se dirigea vers le bureau du professeur Chourave. Il y arriva quelques minutes plus tard et frappa à la porte. Il l'ouvrit après avoir entendu un «Entrez» et pénétra dans le bureau.

- Bonjour, M. Finch-Fletchley. Installez-vous, je vous prie.

Justin obéit et s'assit sur la chaise en face de sa directrice de maison.

- Je vous ai fait venir car j'ai appris par deux de vos professeurs que vous aviez été ennuyé par deux élèves de sixième année de Serpentard qui sont accusés d'avoir harcelé un de vos camarades. Est-ce exact ?

- Oui, j'ai été pris à parti par ces deux élèves mais ce n'était pas à moi qu'ils en voulaient. Ils ont en revanche tenu des propos très dégradants sur Théo dans le but de me pousser à rompre avec lui. Je ne me suis pas laissé faire mais j'ai été très choqué par ce qu'ils ont dit. Et j'ai eu peur pour Théo. Ils ont une dent contre lui. Alors qu'il ne leur a rien fait.

- Pourriez-vous être plus précis ? Que vous ont-ils dit exactement ?

Justin se sentit mal à l'aise. Il n'avait relaté à personne les paroles des deux Serpentard. C'était trop vulgaire, trop gênant.

- Je suis vraiment obligé de donner des détails ?

- C'est important, oui. C'est ce qui permet de déterminer la gravité de la situation.

«Évidemment» pensa Justin. Qu'il pouvait être bête…

- Ce n'est pas que je ne veux pas coopérer, c'est que ça me gêne de répéter ce qu'ils ont dit…

- Je comprends, M. Finch-Fletchley, mais ce sont leurs paroles, pas les vôtres. Ce n'est pas comme si vous pensiez ce que vous allez dire… Et nous, professeurs, sommes préparés à tout entendre.

Ces mots apaisèrent Justin. Il fit alors le récit de sa discussion avec Chowdhury et Dale. Il confia à sa directrice de maison tout ce qu'ils lui avaient dit : que Théo n'était pas un vrai mec, qu'il n'avait pas su se défendre face aux maltraitances de son père, qu'il avait envoûté Justin, qu'il le manipulait, qu'il n'allait pas le satisfaire au lit, qu'il voulait juste profiter de son toit et de son argent en-dehors de Poudlard, qu'il n'avait rien à faire à Serpentard… Il parla de la fixette qu'ils faisaient sur Théo qu'ils trouvaient «coincé», d'où les questions qu'ils avaient posées à Justin sur leur vie sexuelle et celle qu'il avait eue avec Emily… Il tenta de ne rien oublier, ce qui fut assez facile étant donné qu'il avait un clair souvenir de cette discussion tant elle l'avait marqué…

- Merci, M. Finch-Fletchley. Je sais que c'était compliqué pour vous de répéter tout cela mais c'est essentiel d'avoir un maximum d'éléments pour cerner au mieux la personnalité de ces deux élèves. Est-ce que vous aviez déjà eu à faire à eux avant cette altercation ?

- Non, je ne les avais jamais remarqués. Mais eux connaissaient mon nom.

- Quand a eu lieu cette conversation ?

- Juste après mon conseil d'orientation. J'avais été convoqué à onze heures quinze et j'étais sorti un peu avant midi. Il n'y avait personne dans les couloirs. Personne, sauf eux. Ils savaient parfaitement que j'avais mon conseil ce jour-là et à cette heure-là. Et ils m'ont attendu.

Le professeur Chourave fronça légèrement les sourcils et attrapa un dossier qu'elle feuilleta.

- Je vous avais effectivement convoqué un vendredi, à onze heures quinze, et d'après ce que je vois, les sixième année n'ont pas cours de dix heures à midi s'ils ne suivent pas le cours de divination, ce qui doit être leur cas. Ils avaient donc tout à fait la possibilité de vous guetter. Mais comment ont-ils su la date et l'heure de votre conseil ?

- C'est ce que je me demande aussi, avoua Justin. Mais si on a les bons contacts, ça ne doit pas être bien difficile d'avoir ce genre d'informations…

- Le fait qu'ils avaient connaissance de ce détail et qu'ils vous guettaient ne joue clairement pas en leur faveur. Savez-vous si M. Nott a déjà eu des ennuis avec eux ?

- Non, je l'ai interrogé à ce sujet le soir-même et il m'a assuré qu'il ne se faisait pas embêter par eux mais par deux élèves de notre classe. Mais Dale et Chowdhury ont dû se dire que ça blesserait bien plus Théo si je le quittais que s'ils s'en prenaient directement à lui… Et ça n'aurait pas été faux. Ils voulaient l'attaquer à travers moi, mais je ne suis pas tombé dans leur piège.

- Et ils ne s'en sont pas pris à M. Nott par la suite ?

- Non, sinon Théo me l'aurait dit. Dès lors qu'on a officialisé notre relation, on s'était promis de ne rien se cacher si ça nous causait des ennuis avec des élèves. Mais je pense leur avoir suffisamment fait peur quand je les ai convaincus de me laisser tranquille.

Le professeur Chourave sembla soudain soupçonneuse.

- Qu'est-ce que vous leur avez dit, au juste ?

- Qu'ils feraient mieux de me lâcher s'ils ne souhaitaient pas que je fasse courir la rumeur que leur fixette sur Théo cachait une attirance refoulée. Ils n'avaient clairement pas envie que tout le monde croit qu'ils étaient intéressés par un garçon alors qu'ils n'aiment visiblement pas les gay… Ça les a dissuadés de me harceler et d'approcher Théo. Mais à ce moment-là, je ne savais pas qu'ils avaient quelqu'un d'autre dans le collimateur…

- Vous ne pouviez pas le deviner, même s'il s'agissait de quelqu'un qui est proche de vous. Je vous remercie pour tous les éléments que vous m'avez apportés. Je transmettrai tout cela au professeur Snape qui convoquera rapidement M. Dale et M. Chowdhury. Ils seront punis pour ce qu'ils ont fait, soyez-en sûr. Avec trois professeurs sur leurs dos, ils ne pourront pas s'en sortir aussi facilement.

- Je leur fais entièrement confiance, affirma Justin. Tout ce que j'espère, c'est qu'ils n'auront plus le droit de nous adresser la parole, ni à moi, ni à Théo, ni à Harry.

- Vous pouvez être rassuré, alors, car il y a de fortes chances pour que cela leur soit interdit, en effet. Bien, est-ce que vous aviez autre chose à ajouter ?

- Non, mais j'aimerais vous parler d'autre chose…

- Je vous écoute.

- Je suis une thérapie avec le professeur Snape et au cours de la première séance, je lui ai fait part de mon souhait d'aller voir Ernie à Sainte-Mangouste. C'est très important pour moi. Lorsque je lui ai appris fin février que je sortais avec Théo, il a très mal réagi. Ça m'a blessé, je lui ai dit mes quatre vérités et nous sommes en froid depuis. Il a tenté de renouer le dialogue un jour où il m'a surpris à terre après m'être fait frapper par Josh Parker, mais j'avais tellement honte qu'il me voit ainsi que je l'ai envoyé balader. Je m'en suis voulu aussitôt après mais je n'ai eu ni le courage, ni la force de lui courir après pour essayer de rattraper mon erreur. La situation était déjà assez compliquée comme ça entre Théo qui était en état de choc à l'infirmerie, mon inquiétude à son sujet, le désordre que ça causait dans mon organisation pour les devoirs, les menaces que proférait Josh à mon encontre… Je n'avais vraiment pas la foi de rajouter mes problèmes avec Ernie dans le lot. Le jour du guet-apens, Théo a eu une discussion avec Ernie et ils ont compris à ce moment-là que je me faisais harceler par un ou plusieurs élèves. Et c'est lorsqu'Alex est venu voir Ernie et qu'il leur a tout raconté que Théo a su que c'étaient Milligan et Parker qui me persécutaient. Ernie et lui ont volé à mon secours et la suite, vous la connaissez. J'ai été énormément touché qu'Ernie soit venu m'aider alors qu'on était toujours en froid et je n'ai même pas pu le remercier. Il s'est sacrifié pour me sauver et jamais je ne me suis senti aussi mal, je m'en voulais tellement… J'avais si peur pour lui… J'ai été immensément soulagé quand j'ai su qu'il s'était réveillé et qu'il n'aurait aucune grave séquelle. Et maintenant je voudrais lui rendre visite afin qu'on puisse enfin se parler. Je veux lui dire merci, lui dire que je ne lui en veux plus, que je souhaite qu'on redevienne amis, qu'il est toujours mon meilleur ami et qu'il le restera à jamais… Le professeur Snape estime que c'est une bonne idée, il m'a dit qu'il me fallait une autorisation spéciale de votre part et que vous devriez m'accompagner. Il est prêt à appuyer ma demande si vous n'êtes pas d'accord…

- Ce ne sera pas nécessaire, assura le professeur Chourave en souriant. Au vu des circonstances, je peux bien vous permettre d'aller voir votre ami à Sainte-Mangouste… Vous serez sans doute plus en paix une fois que vous l'aurez vu.

- Oui, et même si je suis déjà concentré à fond sur mes études, je pourrai m'y consacrer pleinement quand j'aurai parlé avec Ernie. Car il est toujours dans un coin de ma tête et je dois parfois faire des efforts pour ne pas me laisser distraire.

- Bon, alors raison de plus pour vous donner la permission de vous rendre à Sainte-Mangouste. Est-ce que cela vous irait si on y allait samedi prochain à treize heures ?

- Oui, ça me va très bien.

- Parfait, je note et s'il y a un imprévu, je vous en informerai très vite. Faites-le aussi si, finalement, vous n'êtes plus libre.

- Je vous le ferai savoir dès que possible. Merci, professeur. Je crois que c'était tout ce que j'avais à vous dire.

- Bien, vous pouvez y aller, alors.

Justin se leva, salua sa directrice de maison et sortit du bureau. Voyant qu'il était un peu plus de dix-huit heures, il décida d'aller dîner. Susan et Hannah n'étaient pas encore là mais cela ne le dérangea pas tant que ça. Il n'allait pas rester longtemps, de toute façon. Théo était là, lui, et ne s'éterniserait pas non plus à table. Justin mangea cependant de bon appétit, heureux à l'idée de pouvoir aller voir Ernie la semaine suivante. Il quitta la Grande Salle peu après Théo et le retrouva près de l'entrée.

- Comment ça s'est passé ? De quoi voulait-elle te parler ? demanda aussitôt Théo.

Justin se mit à rire.

- Tu ne perds pas de temps !

- Ça a fini par m'inquiéter, confia Théo.

- Parce que j'étais moi-même angoissé, mais il n'y avait pas de raison, en fait, sourit Justin. Pansy avait deviné juste, le professeur Chourave souhaitait avoir mon témoignage sur la «discussion» que j'avais eue avec les deux Serpentard. J'ai dû tout lui dire, même ce que j'aurais voulu garder pour moi, et elle a approfondi au maximum le sujet en me demandant quand cela avait eu lieu, si j'avais déjà eu des contacts avec eux avant, si tu en avais eu toi aussi, s'ils s'en étaient pris à toi après cette altercation… Elle a également voulu savoir ce que je leur avais dit pour qu'ils me lâchent. Je crois qu'elle a cru un instant que je les avais lourdement menacés ou quelque chose comme ça…

- Comme si c'était ton genre, s'amusa Théo. Bon, tu les as quand-même un peu menacés mais rien de bien méchant.

- Disons que c'était une mise en garde à peine voilée. Je n'avais que cette solution et ça a marché, c'est tout ce qui compte. Le professeur Chourave va transmettre ces informations à ton directeur de maison qui va convoquer d'ici peu les deux Serpentard.

- Super, ce sera une bonne chose de faite. Est-ce que tu as parlé d'Ernie ?

- Oui, elle a vite accepté que j'aille le voir. On a convenu d'y aller samedi prochain, à treize heures. Il ne faudra donc rien prévoir pour cet après-midi-là…

- Je retiens. Je suis content pour toi, je suis sûr que ça fera aussi plaisir à Ernie de te voir.

- Je pense aussi, j'ai hâte, en tout cas. Bon, où veux-tu aller ? Ma salle commune devrait être assez vide puisque c'est l'heure de manger…

- Je sais, mais je préfère qu'on aille dans notre ancien repaire secret.

- D'accord, allons-y !

Justin et Théo se prirent la main et se dirigèrent vers les escaliers. Ils montèrent au sixième étage et se rendirent à l'endroit où ils passaient du temps ensemble avant de connaître la salle sur demande. Ils n'avaient rien laissé, ni plaids, ni coussins, comme l'avaient fait Terry et Hermione dans le leur. Mais ils surent pourtant que personne n'y était venu depuis la dernière fois qu'ils y étaient allés. Ils n'avaient pas de preuves, mais ils en avaient la certitude. C'était quelque chose qui se sentait dans l'atmosphère et au plus profond d'eux-mêmes. Cela fit bizarre à Justin de revenir dans ce petit coin isolé. Ils s'y étaient cachés tant de fois… Cet espace étroit avait connu bon nombre de leurs baisers. Ils y avaient aussi beaucoup discuté. Justin préférait la salle sur demande mais il ne regrettait pas ce retour en arrière. Cet endroit faisait partie de leur histoire et ils n'y avaient pas vraiment de mauvais souvenirs. Justin reporta son attention sur Théo et combla les quelques centimètres qui le séparaient de lui pour poser ses lèvres sur les siennes. Théo sourit contre sa bouche et répondit à son baiser. Ils s'embrassèrent d'abord chastement, prenant le temps de profiter de ce moment, puis Justin pressa davantage ses lèvres contre celles de Théo qui s'ouvrirent pour laisser entrer la langue de Justin. Ils approfondirent le baiser qui devint plus sensuel. Les mains de Justin se placèrent sur les hanches de Théo tandis que celui-ci enfouit les siennes dans les cheveux de Justin. Ils s'embrassèrent de plus en plus passionnément, faisant monter petit à petit la température entre eux. Justin caressait le dos de Théo et devait faire un gros effort pour ne pas les descendre trop bas. Ils n'étaient pas dans la salle sur demande et, surtout, il ne voulait pas brusquer Théo. Il l'aimait trop pour ça. Il se contenta alors de rapprocher encore plus leurs bassins, ce qui les fit soupirer dans le baiser. Justin souhaitait juste être le plus près possible de Théo, il n'était pas question de se soulager ensemble dans leur repaire secret. Mais sa volonté fut mise à rude épreuve à cause de la proximité de leurs corps qui fit grimper son désir. Il rompit le baiser à contrecoeur et s'éloigna légèrement de Théo.

- Ce n'était pas une bonne idée, dit Justin, gêné.

Théo acquiesça. Il avait un air bizarre qui intrigua Justin.

- Ça va ? demanda-t-il doucement.

- Oui, oui, assura Théo en souriant.

Justin voyait bien que c'était forcé et que quelque chose tourmentait Théo, mais il estima préférable de ne pas insister. Il attira son petit-ami à lui et le prit dans ses bras. Il sentit immédiatement Théo se détendre. Il se blottit même contre lui en exhalant un soupir de bien-être.

- Je t'aime, chuchota-t-il.

- Je t'aime aussi, répondit tendrement Justin.

Ils restèrent longuement ainsi, amoureusement enlacés, puis ils se mirent à parler de leurs amis en essayant d'imaginer ce qu'ils faisaient en ce moment-même. Après avoir fait le tour de la bande, ils dévièrent vers d'autres sujets de conversation. Ils passèrent le reste de la soirée ensemble, dans leur coin secret, à discuter et s'embrasser, sans jamais se faire repérer. Pour la première fois depuis très longtemps, Justin avait l'esprit apaisé et il espérait que ça durerait jusqu'aux vacances…

.

.

(mercredi 08/05) POV Draco

.

- Allez, debout les marmottes, c'est l'heure de se lever !

Draco cria ces mots en frappant dans ses mains.

- Je suis déjà levé, Draco, soupira Théo derrière ses rideaux. Seulement, moi, je ne réveille pas tout le monde à sept heures du matin alors qu'on commence à dix heures…

- Crabbe et Goyle ne sont plus là, il n'y a que Blaise qui est encore en train de roupiller…

- Ah oui, je peux vachement continuer à dormir avec toi qui cries comme un putois… Je comptais me lever dans une heure et demie, Draco !

- Mais tu aurais raté le discours de Dumbledore et l'intervention de Severus !

- Mais ils ne vont pas le faire qu'une seule fois, voyons ! Et surtout pas à sept heures du matin ! Ils ne sont pas idiots, ils savent très bien que tous les élèves ne sont pas présents dès le début du service du petit-déjeuner !

Draco se sentit soudain bête. Cela lui paraissait tellement évident, maintenant…

- Oui bah au moins, en y allant tôt, on est sûrs de rien louper…

- Si ça t'amuse de te lever trois heures avant le premier cours… Moi, je me recouche, le deuxième discours sera tout aussi intéressant que le premier…

Draco renonça à convaincre Blaise.

- Théo, tu veux bien venir avec moi, toi ?

- Puisque je suis levé…

- Dis-le si ça te saoule.

- Mais non… Désolé si tu l'as pris comme ça.

Théo sortit de ses rideaux. Il avait les traits tirés. Draco comprit mieux pourquoi il était grognon. Il n'avait pas dû très bien dormir et cela se ressentait sur son humeur. C'était rare qu'il soit comme ça et chez lui, ça ne durait jamais très longtemps, car son naturel revenait vite au galop et le poussait à faire comme si de rien n'était. Il ne tarda d'ailleurs pas à s'excuser :

- Pardon d'avoir manqué d'enthousiasme, je suis un peu fatigué mais ça ne me dérange pas du tout d'aller déjeuner maintenant.

- T'inquiète, j'ai compris que tu n'avais pas passé une très bonne nuit, j'espère simplement que tout va bien…

- Oui, ne t'en fais pas, ça ira beaucoup mieux après le petit-déjeuner.

Draco observa Théo, dubitatif.

- Mouais, je crois qu'on va quand-même devoir discuter. On verra ça quand on aura le temps. Allez, on y va !

Draco et Théo quittèrent le dortoir et se rendirent à la Grande Salle. Draco vit Severus parler avec le professeur Flitwick, le professeur Gordon et le professeur Manley. Ils avaient tous l'air très sérieux. Sans doute évoquaient-ils ce qu'allaient dire Severus et Dumbledore… Les élèves, insouciants de ce qui allait se passer, bavardaient avec animation, comme d'habitude. S'ils savaient… Ils étaient loin de se douter de ce qu'ils allaient entendre. Draco n'avait aucune information mais il avait appris par Severus que le professeur Black, le professeur Lupin et lui-même avaient eu des idées de mesures qu'ils avaient soumises à Dumbledore qui les avaient approuvées. «Encore heureux» songea Draco. Il ne pouvait s'empêcher de penser que le directeur ne servait qu'à donner son avis et ne faisait rien de lui-même. C'était Severus qui faisait tout le boulot, cette fois-ci aidé par le professeur Black et le professeur Lupin. Draco se disait parfois que Poudlard se porterait bien mieux avec Severus comme directeur. Mais il ne fallait pas se leurrer : ce n'était pas près d'arriver, Dumbledore semblait aussi éternel que la haine et la rivalité entre les Frelons de Wimbourne et les Flèches d'Appleby… Il allait encore rester un bon demi-siècle à son poste… Ce fut sur cette pensée peu réjouissante que Draco s'installa à la table des Serpentard. Théo fit le tour pour s'asseoir en face de lui, ce qui l'étonna.

- Pourquoi tu ne t'es pas mis à côté de moi ? Ça aurait été beaucoup plus simple…

- J'aime bien t'avoir dans mon champ de vision, ça me permet d'avoir ma dose de classe et de zen attitude pour la journée.

Draco pouffa.

- Pfff, t'es bête…

Il regarda devant lui.

- Ouais, t'as raison, en face il n'y a que des dépressifs. Je suis beaucoup plus intéressant.

Théo rit tout en se servant un verre de jus de citrouille. Il avait retrouvé sa bonne humeur, et Draco le préférait bien mieux comme ça. Il était cependant toujours aussi surpris de la facilité qu'avait son ami à afficher un air gai et jovial alors qu'il n'avait pas forcément le moral. Mais il voyait bien qu'il y avait un problème dans son couple avec Justin et il était bien décidé à avoir une conversation avec lui à ce sujet. Il sentait que c'était un problème d'ordre intime et il ne pouvait pas laisser Théo ainsi. Il n'en parlerait jamais de lui-même à qui que ce soit, alors c'était à Draco de prendre les devants. Il faisait son devoir d'ami, et cela incluait d'avoir des discussions aussi bien gênantes que nécessaires.

- Ah, je crois que le directeur va réclamer le silence, annonça Théo.

Draco tourna la tête. Dumbledore s'était effectivement levé.

- Votre attention, s'il vous plaît !

La plupart des élèves se turent aussitôt. Les autres bavardages cessèrent petit à petit, jusqu'à ce que la Grande Salle soit plongée dans le silence le plus complet.

- Merci. Je suis navré de perturber votre petit-déjeuner mais je dois vous parler de quelque chose de très important. Beaucoup d'entre vous l'ignorent peut-être, mais depuis la rentrée, plusieurs de vos camarades subissent des remarques, des moqueries et des insultes un peu partout dans le château. Ils n'ont pourtant rien fait pour mériter cela, si ce n'est d'avoir pris une liberté que bien d'autres élèves ont prise avant eux. Une liberté qui en est vraiment une, et qui ne devrait pas être sujette à de telles réactions.

Des murmures s'élevèrent parmi les élèves. Certains avaient compris de quoi parlait Dumbledore, mais nombreux étaient ceux qui se demandaient à quoi il faisait allusion. Draco, lui, s'efforçait de rester neutre.

- Chaque élève, ici, bénéficie des mêmes droits que les autres, reprit Dumbledore. Nul ne doit être inquiété en raison de ses origines, de sa couleur de peau, de ses croyances, de son apparence, de son orientation sexuelle, de son sang ou de sa classe sociale. La liste est longue et non exhaustive. Cela signifie que vous n'avez pas le droit de vous en prendre à un de vos camarades pour d'autres motifs qui n'ont pas été cités. Il est interdit d'insulter, de se moquer ou de faire des réflexions à quelqu'un sur n'importe quel sujet que ce soit. Il est donc inadmissible d'apprendre que quatre élèves se font harceler depuis la rentrée pour quelque chose qu'ils avaient totalement le droit de faire. À savoir se montrer en public avec la personne qu'ils aiment.

Les élèves s'agitèrent de nouveau. La lumière s'était faite dans leurs esprits. Il ne faisait plus aucun doute que c'était de Harry, Draco, Théo et Justin dont il était question.

- Je crois que vous avez deviné de qui je voulais parler. En plus des remarques, des moqueries et des insultes que j'évoquais à l'instant, ces quatre élèves reçoivent également des messages ainsi que des dessins douteux en cours. Je tiens à dire aux auteurs de ces actes que cela ne vous mènera à rien de harceler ainsi vos camarades. Il n'y a aucun intérêt. Pour vous, c'est drôle, mais ça ne l'est pas pour vos victimes. Vous n'êtes visiblement pas assez matures pour imaginer l'impact psychologique que vos actes peuvent avoir sur vos camarades. Vous êtes ici pour étudier, échanger, partager, créer des liens, certainement pas pour causer du tort à qui que ce soit. Cela ne vous apporte strictement rien et cela ne vous aidera pas pour votre avenir. Bien au contraire. Mais tout ce qui a été dit jusque-là, ce n'est rien comparé à tout ce qu'a subi M. Potter depuis la rentrée. Je disais, il y a quelques minutes, que la plupart d'entre vous ignoraient sûrement le harcèlement dont étaient victimes vos camarades, mais je n'incluais pas M. Potter en disant cela. Car au vu de l'acharnement exercé à son égard, cela me semble tout bonnement impossible que les trois quarts d'entre vous n'aient absolument rien vu. Vous n'avez peut-être rien fait de vous-mêmes, mais sachez qu'en étant témoin de harcèlement et en vous taisant, vous vous rendez complices. Et c'est tout aussi grave. Car vous voyez ce qui se passe, vous êtes au courant, et vous ne dites rien. Vous permettez ainsi aux harceleurs de poursuivre leurs méfaits, vous les encouragez. Ce n'est pas parce que vous ne commettez rien de vôtre côté que vous êtes forcément innocents. L'inaction est tout aussi nuisible que les actes en eux-mêmes. Passer sans rien faire, sans rien dire, devant tout un groupe d'élèves qui empêchent un autre d'avancer, trouvez-vous cela normal ? Non, et cela s'est pourtant produit. Heureusement, les amis de M. Potter ne sont pas restés sans rien faire, eux. Ils ont pris les choses en main, ils ont découvert tout ce que leur ami subissait et ils en ont référé aux personnes compétentes qui se sont entretenues et qui ont décidé de prendre des mesures afin d'assurer la protection de M. Potter et de lutter de manière globale contre toutes formes de harcèlement. Ces mesures m'ont été présentées et ont été approuvées et validées. Il convient de vous en faire part afin que vous sachiez ce qui vous attend. À partir de demain, dès que M. Potter se retrouvera face à un élève qui ne voudra pas le laisser tranquille, il sera autorisé à faire usage de sa baguette et à utiliser le sortilège de mutisme pour le faire taire ainsi que le maléfice du saucisson ou le maléfice d'entrave pour l'empêcher de le suivre. Ce sont des sortilèges inoffensifs qui ont pour seul but de dissuader les élèves de continuer à harceler M. Potter. Nous aurions préféré éviter d'en arriver là mais il n'y a guère le choix. Si, malgré tout, vous continuez à vous acharner, nous le saurons grâce à un moyen qui nous permettra de savoir tous les soirs qui aura ennuyé votre camarade durant la journée. Le professeur Snape étant maître dans ce domaine, rien ne pourra nous échapper. Je lui laisse d'ailleurs la parole.

Dumbledore se rassit tandis que Severus se leva.

- Merci, professeur. Comme le directeur vient de le dire, nous serons en mesure de connaître tout ce qui se sera passé durant la journée de M. Potter. S'il aura été harcelé par un élève dont il n'aura pas le nom, nous l'aurons grâce à ce moyen. Il sera donc impossible pour cet élève de nier. Vous pensiez sûrement être inatteignables et pouvoir harceler impunément certains de vos camarades sans vous faire attraper, eh bien vous vous êtes trompés. Vous ne pourrez plus les embêter sans que cela ne se sache, car ce procédé que nous utiliserons avec M. Potter, nous l'emploierons avec tout autre élève qui sera dans le même cas. La lutte contre le harcèlement figurera désormais parmi les priorités de l'école. Ceux qui s'acharnent sur leurs camarades ne seront plus en paix, ils seront traqués, scrutés, et ils seront sanctionnés à la hauteur de leurs actes. J'enjoins donc tout élève victime de harcèlement à venir me voir. Vous pouvez me faire confiance, plusieurs de vos camarades sont en thérapie avec moi et je peux vous assurer qu'aucun d'entre eux n'est sorti traumatisé d'une de nos séances. Je suis là pour vous écouter et soigner vos esprits. Et pas seulement si vous vous faites harceler. Si vous ne vous sentez pas bien, si vous avez des problèmes, n'hésitez pas à venir m'en parler. Que vous soyez victimes de harcèlement ou que vous ayez d'autres ennuis, si vous n'osez pas vous tourner tout de suite vers moi, vous pouvez d'abord vous adresser à l'infirmière, à votre directeur ou directrice de maison, à un professeur ou à un préfet. Toutes ces personnes sont aptes à vous aider. Elles serviront dans un premier temps d'intermédiaires entre vous et moi. Tout est fait pour que vous puissiez avoir accès à une oreille attentive en toute confiance. Vous n'êtes plus seuls. Vous avez un psychomage à votre disposition, alors profitez-en. Vous en aurez peut-être même deux si nous parvenons à trouver une personne qui pourra me seconder. Comme ça, vous aurez le choix entre un ou une psychomage, ce qui vous mettra sûrement davantage à l'aise. Nous vous tiendrons au courant lorsque nous aurons déniché la perle rare. Merci pour votre attention.

Severus termina sa tirade sur ces mots. Draco était fier de lui. Il avait été parfait. Il avait dit tout ce qu'il fallait. Draco était sûr que Severus aurait bientôt d'autres patients. Il devait avouer qu'il avait également beaucoup apprécié le discours du directeur. Il s'était préparé à des mesures fortes mais il avait tout de même été surpris. Les harceleurs n'avaient plus aucune chance de s'en tirer, à présent. Harry allait pouvoir retrouver sa tranquillité. Draco avait hâte d'en discuter avec lui. Il devait le voir le soir-même et il était fébrile rien qu'à cette idée. Cela faisait quatre jours qu'il ne l'avait pas vu, cela commençait à devenir long pour lui. Mais il avait des nouvelles de Harry par le biais de Théo et de Severus, il savait alors qu'il allait bien et cela suffisait à le rassurer. Il était entouré et c'était tout ce qui comptait. Severus disait que Harry avait surtout l'air très apaisé, et il affirmait à Draco que ce n'était pas dû à une potion. Ce qui était d'autant plus encourageant. Le simple fait de s'être confié avait libéré Harry et l'avait aidé à aller mieux. Draco s'attendait donc à voir un Harry bien différent de celui qu'il était la dernière fois qu'il l'avait vu. Il lui tardait de le serrer dans ses bras, de lui dire qu'il l'aimait, de l'embrasser… Il lui manquait tellement… Il avait été dévasté par le récit que Théo avait fait de sa soirée quand il était allé chercher Harry dans la salle sur demande et l'avait emmené voir son parrain et son directeur de maison. Mais il avait aussi été épaté par le sang-froid dont avait fait preuve Théo. Il avait clairement géré la situation. Draco n'en voulait pas à Harry d'avoir préféré faire appel à Théo et non à lui. Il savait qu'il n'aurait pas fait aussi bien que Théo, comme tous les autres membres de la bande. Soit il aurait paniqué, soit il aurait aussitôt conduit Harry chez Severus, alors que ce n'était pas du tout ce qu'il aurait fallu faire. Il n'aurait vu que le fait qu'il avait manqué de replonger dans ses potions. C'était surtout cela, qui l'aurait inquiété. Il aurait agi sans réfléchir, dans la précipitation. Et ça n'aurait pas été bon du tout pour Harry. Déjà qu'il avait été ébranlé rien qu'en entendant le récit de Théo, alors s'il avait été à sa place… Il n'osait même pas l'imaginer. Il avait demandé un nombre incalculable de fois à Théo s'il était sûr que Harry allait bien. Théo étant trop gentil pour lui faire la moindre remarque, il avait fallu que Blaise intervienne pour qu'il cesse de poser la question à Théo. Ron et Hermione avaient été anéantis, eux aussi. Ils avaient pu compter sur le soutien de leur moitiés qui n'en menaient pourtant pas large. Mais ils avaient tous fini par se dire que Harry allait déjà mieux et cela les avait apaisés.

- Ohé, Draco, tu es avec moi ?

Draco leva brusquement la tête. Théo le fixait, l'air soucieux.

- Oui, pardon, j'étais perdu dans mes pensées… Tu disais quoi ?

- Je voulais savoir si tu te rappelais avoir rendez-vous avec ton parrain à treize heures.

Draco bloqua un instant avant de se souvenir qu'il devait effectivement voir Severus juste après le déjeuner.

- Ah euh… maintenant que tu le dis…

Théo secoua la tête.

- Je me disais aussi que ce n'était pas normal que tu ne m'en aies pas reparlé…

- Ça m'était complètement sorti de l'esprit, avoua Draco. Heureusement que tu es là. Que ferais-je sans toi ?

- N'abuse pas, dit Théo en riant. Tu sais très bien te débrouiller sans moi.

- Oui, mais tu as toujours le bon mot, le bon conseil, tu penses toujours à tout… Ça va me manquer quand on ne sera plus à Poudlard. On restera en contact, évidemment, mais ce ne sera pas pareil. On partira chacun de notre côté, toi tu emménageras avec Justin, moi avec Harry, toi tu seras pris dans une école, moi dans une autre… On sera tellement occupés qu'on ne pourra plus se voir, on ne fera que s'écrire des lettres et c'est tout ce qui restera de notre amitié…

- Mais ne dis pas ça, protesta Théo. Qu'est-ce qui te prend d'être aussi pessimiste, tout à coup ? On se verra moins souvent qu'ici, c'est sûr, mais on trouvera toujours du temps pour passer une journée ensemble par-ci par-là !

Draco soupira.

- Oui, tu as sûrement raison… Je ne voulais pas remettre en cause notre amitié, mais c'est justement parce que j'y tiens comme à la prunelle de mes yeux que je veux à tout prix la garder, même après Poudlard, séparés les uns des autres par des centaines, voire des milliers de kilomètres… Déjà que je n'ai plus de parents, alors si en plus je n'ai plus d'amis…

- Ça n'arrivera pas, Draco, assura Théo. Je sais que tu as sans cesse peur d'être abandonné depuis la fuite de tes parents mais on ne te lâchera pas, nous. On a toujours tout traversé ensemble, alors ce ne sont pas des centaines ou des milliers de kilomètres qui vont nous séparer !

- Oui, c'est vrai, admit Draco. Je crois que je ne suis pas prêt d'arrêter les séances avec Severus… On travaille beaucoup sur ma peur d'être abandonné mais il va falloir encore un certain nombre de séances pour que ça porte ses fruits…

- Vous allez peut-être devoir les continuer pendant l'été…

- Je pense, oui. Tiens, en parlant des vacances, tu es sûr qu'on va pouvoir se voir ? Car je crois que tu vas beaucoup travailler…

- On se verra lorsque j'aurai une journée de repos. On ne va pas passer tout un été sans se voir, je te le promets. Oh, j'ai une idée ! Tu sais ce qu'on va faire, après Poudlard, pour qu'on soit obligés de se voir assez souvent ?

- Euh… non, lâcha Draco, perplexe.

- On va élever une plante en commun ! Et on fera une garde alternée.

Draco ouvrit de grands yeux.

- Mais où es-tu allé chercher une idée pareille ?!

- C'est un délire que j'avais eu avec Justin, une fois, quand on s'était croisé près des escaliers. Tu te souviens d'une plante dont on devait s'occuper en binôme ? Eh bien la nôtre s'appelait Rosalie. Toi et moi, on en aura aussi une à notre sortie de Poudlard et on la prendra chez nous à tour de rôle. On fera un planning, une semaine ce sera toi, une semaine ce sera moi, comme ça, on sera obligés de se voir au moins une fois par semaine pour récupérer la plante. Et ça nous sera utile puisqu'on suivra tous les deux des cours de botanique durant notre formation. Ça fera comme un exercice pratique.

Draco fit une moue impressionnée.

- Pas bête du tout, comme idée. Ça me plaît beaucoup ! Tu aurais un nom, pour la plante ?

- Là, comme ça, non. Tu voudrais quoi, comme genre de prénom ?

- Je ne sais pas. Oh, si, quelque chose en rapport avec Harry ! Pour qu'il fasse partie du projet, lui aussi.

- Oh, j'adore ! Bon, quelque chose en rapport avec Harry… Bambi ? Son Patronus, c'est un cerf, et Hermione m'a parlé une fois d'un film qui a pour personnage principal un faon prénommé Bambi…

La proposition de Théo laissa Draco pensif pendant quelques minutes.

- J'aime beaucoup, c'est mignon, mais je crois que je préférerais un prénom féminin.

- Ah oui, ce serait mieux, en effet. Puisque tu veux un prénom en lien avec Harry, qu'est-ce que tu aimes le plus chez lui ?

- Ses yeux, répondit aussitôt Draco. J'adore leur couleur.

- C'est vrai qu'il a de jolis yeux verts. Émeraude, ça te plairait ?

- Trop long, rit Draco.

- Jade, alors ? C'est un très beau prénom féminin.

Draco se troubla. Il n'y avait pas pensé, mais cela sonna comme une évidence.

- Jade… Oui, ça me va très bien.

- Super, alors on aura une plante qui s'appellera Jade. Elle sera le symbole de la résistance de notre amitié. Rassuré ?

Draco sourit, touché.

- Oui, beaucoup. Tu devrais être dépressif plus souvent au réveil, car tu as ensuite une imagination de dingue au petit-déjeuner…

- Je retiendrai le conseil, s'amusa Théo.

- Mais je maintiens toujours qu'on doit avoir une discussion, toi et moi.

Théo leva les yeux au ciel.

- Ça m'aurait étonné… Pas ce soir, en tout cas. Tu dois aller voir ton chéri et moi j'ai une séance de travail avec le mien.

- J'imagine que tu resteras avec lui après le dîner ?

- Sûrement, oui.

- Je serai rentré au dortoir avant toi, alors. Je guetterai ton retour et je te sauterai dessus dès que tu ouvriras la porte.

- Et s'il est vingt-trois heures et que je suis fatigué ?

- Tu pourras faire la grasse mat', vu qu'on commence à onze heures. Toi, tu as de la chance, tu peux te lever plus tard, moi j'ai une séance de thérapie à neuf heures avec Severus… Mais je ferai passer mon sommeil après mon devoir d'ami. Bon, sinon, tu en penses quoi, des mesures ?

Théo bondit aussitôt sur le sujet et se lança dans une analyse détaillée des différentes mesures prises par le directeur. Draco et lui en parlèrent un long moment et ne furent coupées que par l'arrivée de Blaise et de Pansy qui s'étaient levés en même temps. Peu après, Dumbledore refit son discours et alors qu'il répétait ce qu'il avait dit une heure plus tôt, Draco songea qu'il ne regrettait pas de s'être rendu à la Grande Salle dès l'ouverture du service. Théo et lui avaient pris leur temps de déjeuner et ils avaient parlé plus librement que jamais. Et cela faisait le plus grand bien.

.

- Il était bien chiant, ce cours.

Draco fit cette remarque alors qu'il descendait les escaliers avec Blaise, Pansy et Théo.

- Tu dis souvent ça, en ce moment, constata Blaise.

- C'est parce que son chéri n'est pas à côté de lui, du coup il s'ennuie, devina Pansy. Toi et moi, on a l'habitude, mais pour Draco, se retrouver sans son binôme, c'est se retrouver aussi sans son chéri.

- Ah oui, c'est vrai… Bon, allez, courage, tu vas bientôt le voir, ton Gryffondor adoré !

- Oui, et j'ai hâte, mais d'abord, j'ai mon rendez-vous avec Severus…

- Tu sais ce qu'il te veut ?

- Graham m'a dit avant-hier que Severus l'avait convoqué la veille et qu'il lui avait demandé qui il verrait bien à la tête de l'équipe à la rentrée. Évidemment, il m'a choisi et ils ont débattu sur ce que je pourrais apporter à l'équipe. Donc j'imagine que Severus veut me voir à ce sujet.

- Mais ça ne te tente pas, le capitanat…

- Non, je n'ai jamais dit ça, se défendit Draco. C'est juste que vous me mettiez une pression de fou et ça me coupait un peu l'envie. Mais peut-être qu'en discuter avec Severus m'aidera à y voir plus clair… De toute façon, si je n'arrive pas à me décider, je pense que j'essaierai quand-même. C'est peut-être lorsque je serai dans l'exercice de mes fonctions que j'aurai la révélation… Rien ne vaut la pratique, comme on dit…

Ce fut sur ces bonnes paroles que les quatre amis entrèrent dans la Grande Salle. Ils s'assirent à leur table et commencèrent à manger tout en parlant du cours de botanique pendant lequel Padma Patil s'était faite attaquer par la plante dont ils devaient extraire le suc. Draco prit congé de ses amis peu avant treize heures afin de se rendre chez Severus. Celui-ci devait l'attendre car à peine eut-il frappé à la porte que Severus lui ouvrit. Draco s'apprêta à le saluer mais Severus posa un doigt devant sa bouche, lui intimant le silence.

- Qu'est-ce qu'il y a ? s'intrigua Draco en le suivant jusqu'au salon.

- Il y a que je suis faible, grommela Severus.

Draco arqua un sourcil. Il trouvait plutôt son parrain en forme. Severus dut comprendre la méprise car il précisa :

- Pas physiquement, mais mentalement.

- Toi, faible, mentalement ? On aura tout entendu. Tu m'expliques ?

Severus soupira et versa du thé dans deux tasses.

- Ce matin, une élève de Serdaigle de première année est venue me voir, l'air triste et désespérée. Je lui ai demandé ce qu'il y avait et elle a sorti du haut de sa robe un minuscule hibou qui semblait somnoler. Elle m'a expliqué qu'il refusait de poster ses lettres depuis le début de la semaine et qu'il se débattait comme un beau diable dès qu'elle essayait d'accrocher une missive à sa patte. Je lui ai signalé que je n'étais pas vétérimage mais selon elle, j'étais le seul à pouvoir soigner son hibou car des élèves lui avaient dit que Hagrid mangeait les chouettes et les hiboux. Tu connais la bêtise des troisième année et la naïveté des première année… Je lui ai assuré que c'était faux et que Hagrid ne ferait pas de mal à une mouche mais elle était trop traumatisée pour me croire. Elle m'a supplié de m'occuper de son hibou et j'ignore ce qui s'est passé mais j'ai cédé et j'ai accepté. Parce qu'en soi, je suis tout à fait apte à soigner un animal, je ne me suis pas seulement intéressé à la médicomagie humaine mais aussi à la médicomagie animale, sans pour autant avoir fait des études de vétérimage. Mais il y a quelqu'un de bien plus spécialisé que moi dans ce château et qui n'est pas un mangeur de chouettes et de hiboux contrairement à ce que des imbéciles ont pu dire à cette élève !

- Oui, mais c'est toi qu'elle est venue voir, tu n'as pas voulu la décevoir, c'est aussi simple que ça. Ça prouve juste que tu commences à aimer les enfants. Et ce n'est pas une tare. Mais pourquoi tu ne veux pas que je fasse du bruit ?

- Parce qu'il est très réceptif au bruit et qu'il s'agite dans sa cage dès qu'il entend quelque chose. Le sort d'insonorisation n'a pas d'effet sur les hiboux et en bougeant, il risque de blesser encore plus sa patte qui est très fragile. Manquerait plus que cette élève m'accuse d'avoir maltraité son hibou…

Draco se mit à rire.

- Il vaut effectivement mieux soigner ton image si tu veux avoir de nouveaux patients ! Mais évite de devenir trop gentil, sinon tu n'auras aucune autorité sur tes futurs enfants. Surtout si tu comptes en avoir avec ta dulcinée dès que j'aurai quitté Poudlard…

- Mais je n'ai jamais dit ça ! s'offusqua Severus.

- Tu n'as jamais eu besoin de me dire quoi que ce soit pour que je le devine. Tu m'as dit que Tonks serait la mère de tes futurs enfants et je suis sûr que tu y penses bien plus que tu ne veux l'admettre. Mais passons à la raison pour laquelle tu m'as convoqué.

- Oui, si je t'ai demandé de venir, c'est pour te parler du poste de capitaine de l'équipe de Quidditch de Serpentard.

- Je m'en doutais. Graham m'a dit que tu l'avais convoqué pour avoir son avis sur la personne qui mériterait de prendre la tête de l'équipe. C'est une bonne idée de consulter le capitaine actuel. C'est le mieux placé pour dire quel joueur est le plus apte à lui succéder…

- Tout à fait. J'ai soumis l'idée aux autres directeurs de maison qui feront de même. Le professeur Lupin s'est déjà entretenu avec Miss Spinnet, je crois.

- Oh, il ne devrait pas tarder à en parler à Harry… Parce qu'on sait tous que ce sera lui, le prochain capitaine de Gryffondor.

- Avant de pronostiquer l'identité du futur capitaine des autres maisons, concentrons-nous sur celle du futur capitaine de Serpentard, si tu veux bien. Alors, serais-tu intéressé par ce poste ?

- Bonne question. Je pense que ça me plairait, oui, mais on m'a tellement mis la pression à ce sujet que ça m'a en quelque sorte dégoûté.

- C'est compréhensible. Tu leur as dit que ça te mettait mal à l'aise ?

- Oui, j'ai fini par le leur dire il n'y a pas très longtemps et je pense qu'ils ne s'en étaient pas rendus compte car ils sont aussitôt passés à autre chose et ils ne m'en ont pas reparlé depuis.

- Comme quoi, il suffisait juste de mettre les choses au clair. À présent qu'ils t'ont laissé tranquille avec ça, qu'est-ce tu ressens à l'idée de devenir le capitaine de l'équipe ? Est-ce que tu es angoissé ? Est-ce que tu es excité ? Est-ce que tu es ennuyé ? Ou est-ce que tu es indifférent ?

- Je dirais angoissé et excité. Il y a tout de même quelque chose qui m'attire, dans ce poste. Mais je ne sais pas si je suis fait pour ça.

- Est-ce que tu aimes diriger un groupe ?

- Oui, Blaise, Pansy et Théo considèrent que c'est moi qui mène notre groupe… Et la bande qu'on forme avec nos six amis me voit aussi comme le leader, alors que je n'ai rien demandé…

- Peut-être est-ce ton attitude qui les pousse à te voir ainsi ? Ça se trouve, ça te vient naturellement sans que tu ne t'en aperçoives.

Draco médita sur la question.

- Maintenant que tu le dis… C'est souvent moi qui prends les décisions, qui propose des choses, qui incite les autres à donner leur avis lors des débats…

- Ce sont déjà des éléments très recherchés chez un capitaine. Penses-tu être un bon stratège ?

- Je ne suis pas le meilleur à ce niveau-là, Théo me surpasse largement, mais je me débrouille plutôt bien, oui.

- Tu saurais donc choisir la meilleure approche en fonction des points forts et des points faibles de l'adversaire ?

- Oui, mais pas que. Il faut aussi tenir compte des qualités et des défauts des membres de sa propre équipe.

Severus eut un air à la fois fier et appréciateur qui fit rougir Draco.

- Tu as tout à fait raison. Un capitaine ne peut pas mener son équipe à la victoire s'il ne connaît pas les limites de ses joueurs. À l'inverse, beaucoup de capitaines font travailler leurs joueurs sur leurs faiblesses sans prêter aucune attention à leurs points forts. Du coup, lors des matchs, les joueurs ne se servent que de ce qu'ils ont appris pendant les entraînements et ne tirent aucun profit de ce qu'ils savent faire de façon innée. Je crois que c'est le problème de l'équipe de Poufsouffle. Ils axent leur tactique que sur la possession car ils se disent qu'en gardant la balle, ils empêchent l'adversaire de marquer. Mais ils sont tellement focalisés sur le fait de préserver la balle qu'ils ne tirent pas assez. Lorsque l'autre équipe a enfin la balle, elle en profite aussitôt pour marquer et elle se retrouve vite devant Poufsouffle en terme de buts. Je peux te dire tout ça, désormais, puisque Serpentard n'a plus de match à jouer. Et même si tu en parlais à des Gryffondor ou à des Serdaigle, ça n'aurait aucune incidence étant donné que le dernier match oppose justement Gryffondor à Serdaigle.

- C'est vrai. Merci quand-même pour toutes ces informations, ça peut toujours être utile.

- Tu réagis comme un capitaine.

Draco rougit de nouveau, faisant sourire Severus d'un air légèrement moqueur. Draco lui adressa un regard noir.

- Ce n'est qu'un constat, Draco, dit gentiment Severus. Je ne veux pas dire par-là que tu es obligé de devenir capitaine parce que tu as des réactions typiques d'un capitaine… Je ne fais que te poser des questions pour juger si tu es fait pour ce poste. J'en ai encore quelques-unes, si ça ne te dérange pas.

- Non, ça m'aide et je vois bien qu'il y a déjà une tendance qui se dégage au vu de mes réponses… Alors je t'écoute.

- Aimes-tu conseiller les autres ?

- Oui, je le fais souvent.

- Aimes-tu les aider à donner le meilleur d'eux-mêmes, à se dépasser ?

- Oui, c'est ce que je fais parfois avec Blaise, Pansy, Théo et Harry.

- Penses-tu avoir l'autorité et la patience nécessaires pour gérer treize joueurs, voire un peu plus si tu as plusieurs remplaçants ?

- La patience, oui. Même si je m'agace, je ne hurlerai pas sur mes joueurs. L'autorité, je ne sais pas vraiment. J'en ai suffisamment pour être préfet mais ce n'est pas la même chose de régler un conflit entre deux ou trois personnes dans un couloir et se faire respecter par une dizaine de personnes au sein d'une équipe…

- En effet, on ne peut pas comparer. Mais l'autorité, ça peut s'acquérir au fil du temps. Ce n'est pas grave si, au début, tu n'y arrives pas trop. C'est là que tu devras venir me voir. Il ne faudra surtout pas hésiter. Je n'interviendrai pas directement, du moins, pas au début, mais je pourrai te donner des conseils. Après, si ça ne s'arrange pas et que tu continues à te faire marcher dessus par tes joueurs, là, oui, je viendrai m'en mêler. Mais il ne faudra pas compter que sur moi, tu devras faire des efforts de ton côté. La base pour avoir de l'autorité et se faire respecter, c'est d'avoir confiance en soi. Si tu n'en as pas du tout ou pas assez, ce sera très compliqué. Lors de tes premières années à Poudlard, tu passais pour quelqu'un d'arrogant, de sûr de toi. Mais cela ne signifiait pas pour autant que tu avais confiance en toi. Ce n'était peut-être qu'une façade. Et il me semble que c'était le cas, n'est-ce pas ?

Draco fit une moue équivoque.

- Je ne pouvais pas être digne d'être un Malfoy si je ne croyais pas en moi, il fallait que j'en donne au moins l'illusion… J'ai quand-même de la confiance, j'en ai même pas mal, mais pas autant que ce que je veux faire croire.

- Je pense que ce sera suffisant pour asseoir ton autorité. Bon, il me semble t'avoir posé toutes les questions que j'avais. Je ne vais pas tourner autour du pot : pour moi, tu as clairement ce qu'il faut pour être capitaine. Reste à savoir si tu en as envie. C'est le plus important.

- Je crois que oui, avoua Draco. J'ai envie d'essayer, en tout cas. Mais je ne veux pas être tout seul.

- Ça tombe bien, car dès l'année prochaine, les capitaines devront avoir un adjoint ou une adjointe. Et là, ce sera au capitaine de choisir. Il peut demander l'avis de son directeur ou de sa directrice de maison mais c'est à lui que revient la décision finale, donc il faut bien y réfléchir. Est-ce que tu as une idée de qui tu voudrais comme adjoint ou adjointe ?

- Oui, j'en ai déjà parlé avec la bande, en fait. J'ai pensé à Théo. S'il était plus ancien dans l'équipe, s'il n'était pas aussi timide et réservé et s'il avait plus confiance en lui, c'est lui qui devrait avoir le poste.

- Ça fait beaucoup de conditions qui ne sont pas respectées. Mais je suis d'accord avec toi. Et qu'en dit Théo ?

- Je pense que ça lui plairait bien de me seconder, de travailler en équipe avec moi, mais il faut que je le convainque.

- Choisis une deuxième personne, au cas où, alors.

Draco leva les yeux au plafond, songeur.

- Blaise m'a dit qu'il n'était pas du tout intéressé. Pansy serait bien aussi dans le rôle, mais j'ai peur qu'on passe trop de temps à se chamailler si on doit bosser ensemble… On s'adore, on ne se dispute presque jamais, mais je sais très bien que si on doit collaborer, ça va vite être la guerre. On n'a pas du tout la même façon de procéder, et on voudrait toujours avoir raison. C'est pour ça que c'est une bonne chose qu'on ne fasse pas de ronde ensemble et qu'on ne puisse pas être binôme de travail.

- Je vois. Vous êtes un peu comme des frères et sœurs, en fait. Mais ça ne fait pas nos affaires. Car tu n'as que Théo, du coup.

- Oui, c'est pour cette raison que je dois absolument le convaincre. Mais s'il ne veut vraiment pas, je ne lui forcerai pas la main. On trouvera bien une autre solution.

- Exactement. S'il le faut, tu attendras de mieux connaître l'équipe que tu composeras pour choisir ton co-capitaine. Bon, tu es donc prêt à tenter le coup ? Je peux officiellement te nommer capitaine pour l'année prochaine ?

- Oui.

- Bien, je suis sûr que tu vas vite prendre tes marques et que tu vas beaucoup aimer l'expérience du capitanat. As-tu des questions ?

- Non, pas pour le moment. Ça me viendra sûrement plus tard.

- Ma porte te sera toujours ouverte. Tu peux y aller.

Draco remercia Severus, se leva et s'en alla. Il était satisfait de ce rendez-vous. Ça s'était très bien passé et c'était apparemment ce dont il avait besoin car il avait à présent hâte de goûter à son futur poste de capitaine.

.

Draco tapait nerveusement du pied par terre alors que le cours de potion s'éternisait. C'était bien la première fois qu'il trouvait ce cours long. Mais c'était le dernier de la journée et il attendait impatiemment qu'il se termine pour pouvoir aller voir Harry. Tout en écoutant distraitement ce que disait Severus, il imagina ses retrouvailles avec son Gryffondor adoré. Est-ce qu'ils se prendraient dans les bras ? Est-ce qu'ils s'embrasseraient ? Si oui, le feraient-ils même en présence du parrain et du directeur de maison de Harry ? Auraient-ils le droit d'être seuls ? Parleraient-ils de ce qui s'était passé cinq jours plus tôt ? Auraient-ils le temps de se dire tout ce qu'ils voulaient se dire ? Y aurait-il de la gêne, entre eux ? Toutes ces questions affluèrent à l'esprit de Draco. Si bien qu'il arrêta de noter le cours sans s'en apercevoir. Mais cela n'échappa pas à tout le monde…

- M. Malfoy, pourriez-vous être plus attentif, s'il vous plaît ? Je sais que vous avez quelque chose à faire à dix-sept heures mais cela ne vous dispense pas de suivre le cours.

Draco se mit à rougir comme une pivoine. Au vu de l'air amusé de ses camarades, il devina qu'ils avaient tous compris ce qu'il avait à faire précisément. Il se concentra sur le cours et écrivit tout ce que dit Severus. Vingt minutes plus tard, celui-ci libéra la classe.

- M. Malfoy, je veux vous voir.

Draco s'efforça de ne pas trahir son irritation. Une fois tous ses camarades partis, il se dirigea vers Severus.

- Écoute, je suis désolé d'avoir été distrait pendant le cours, ça ne m'arrive jamais, d'habitude, et je te promets de faire en sorte que ça ne se reproduise pas. Mais Harry m'attend et…

- Il pourra encore patienter cinq ou dix minutes, coupa Severus. Ta réaction confirme exactement ce que je craignais. Je suis bien conscient que Harry te manque et que tu as hâte de le revoir, mais je ne veux pas que tu fasses passer ton couple avant tes études. Pas à six semaines des BUSE. Tu ne dois pas relâcher l'attention, Draco. C'est la dernière ligne droite, tu dois plus que jamais être attentif en cours. Tu seras sûrement tenté de discuter avec Harry qui sera de nouveau à côté de toi, mais tu vas devoir t'en empêcher. Je ne ferai preuve d'aucune indulgence là-dessus. Et ce n'est pas seulement le professeur ou le directeur de maison qui parle. C'est aussi le parrain qui doit veiller à ton éducation. La priorité, ce sont les BUSE. Il n'y a que ça qui doit compter en cours. D'accord ?

- D'accord, répéta Draco.

- Après, tant que ça reste discret, je t'autorise à échanger avec Harry dans les matières que tu ne vas pas poursuivre en sixième année. Mais de temps en temps, pas pendant tout le cours, et pas pendant que le professeur parle.

- Promis, jura Draco. Merci, Severus.

- De rien. Allez, file.

Draco ne se fit pas prier, quitta le cachot et se rendit aux appartements des tuteurs de Harry. C'était ainsi qu'il les considérait, maintenant. Il n'y avait rien d'officiel concernant le rôle que le professeur Lupin occupait auprès de Harry, mais, officieusement, il était autant responsable de lui que l'était le professeur Black. Une fois devant la porte, il frappa et fut vite accueilli par le parrain de Harry.

- Ah, te voilà ! Comment vas-tu ? Tu as été retenu par Severus ?

- Ça va, et oui, Severus a voulu me parler à la fin du cours. Je n'étais pas assez concentré, alors ça ne lui a pas trop plu. Théo m'a donné les cours pour Harry, puisque j'ai pris sa place…

- Merci pour lui, ça lui fera de la lecture pour ce soir. Vous n'avez que quatre cours, le mercredi, je crois ?

- Oui, botanique, histoire de la magie, métamorphose et potions.

- Bon, il aura le temps d'en lire la plupart. J'imagine que tu veux le voir ?

- C'est un peu pour ça que je suis là, oui, plaisanta Draco.

- Il est dans sa chambre, tout au fond à droite.

- Merci !

Draco s'élança vers le couloir qu'il traversa jusqu'à trouver la chambre de Harry. Il toqua à la porte et l'ouvrit quand il entendit un «Entrez». Son regard tomba aussitôt sur Harry qui lisait ses cours, à demi allongé sur son lit. Draco resta quelques secondes sans bouger, les yeux rivés sur son petit-ami qui lui avait tant manqué. Harry finit par lever les siens et le sourire qui se dessina sur ses lèvres fit fondre le coeur de Draco. Il s'avança vers Harry et s'assit à côté de lui. Il le fixa un moment, puis il posa doucement ses lèvres sur les siennes. Harry répondit immédiatement à son baiser et glissa une main dans la nuque de Draco pour l'attirer plus près de lui. Draco pressa légèrement ses lèvres sur celles de Harry qui les entrouvrit, lui donnant ainsi l'accès. Draco insinua sa langue dans la bouche de Harry et rencontra sa jumelle avec laquelle il joua. Harry fit de même et ils entamèrent un ballet tendre et amoureux. Ils s'embrassèrent de cette façon pendant de longues minutes, profitant de ces retrouvailles qu'ils avaient tant attendues. Lorsqu'ils mirent fin au baiser, Draco prit Harry dans ses bras et enfouit son nez dans son cou, se repaissant avec bonheur de l'odeur de son chéri. Il pressa le corps frêle contre lui, voulant s'assurer qu'il était bien là, avec lui, et qu'il se portait bien… Ils se câlinèrent jusqu'à ce que Harry rompe l'étreinte. Il plongea ses yeux couleur émeraude – ou jade – dans ceux gris de Draco qui se perdit dans les deux océans verts qui le fascinaient tant.

- Merci d'être venu, chuchota Harry.

- Je n'allais pas rester une heure de plus sans te voir alors que j'étais autorisé à te rendre visite… Tu m'as tellement manqué…

- Toi aussi, avoua Harry. Mais je devais me reposer, et je n'étais pas spécialement prêt à parler à qui que ce soit… J'avais besoin de laisser passer un peu de temps, afin de me recentrer sur moi-même et de me remettre de ce qui s'était passé.

- Je comprends, affirma doucement Draco. J'ai su par Théo que tu allais bien et c'était le principal pour moi. Il nous donnait de tes nouvelles à chaque fois qu'il revenait d'ici, ça nous rassurait et ça nous permettait d'attendre plus sereinement ton retour. On a eu beaucoup de chance que tu acceptais ses visites à lui, ajouta-t-il, moqueur.

Harry frappa gentiment l'épaule de Draco.

- Ce n'était pas pareil, se défendit-il. Il m'a vu au fond du trou, prêt à faire une grosse bêtise, il m'a sauvé et il a entendu tout ce que j'avais enduré quand j'en ai fait le récit à Sirius et Remus, alors je n'avais plus aucune gêne face à lui par la suite… Et puis c'est Théo. Il y a ce drôle de lien qui nous rend très proches l'un de l'autre. J'ai toujours peur que tu finisses par en être jaloux alors qu'entre Théo et toi, ça n'a rien à voir…

- Je le sais très bien, et c'est pour ça que je ne suis pas jaloux. Vous vous ressemblez énormément, vous avez eu la même enfance, c'est sûrement ça qui vous unit à ce point. Il y a des personnes qui sont faites pour se rencontrer et ne jamais se séparer, sans pour autant qu'il y ait un lien amoureux entre elles. Vous êtes peut-être ce genre de personnes. Votre premier contact a quand-même eu lieu sur le Chemin de Traverse, alors que rien ne vous prédestinait à vous adresser la parole… Il y a eu quelque chose, ce jour-là, et c'était déjà acté que vous deviez devenir amis.

Harry acquiesça distraitement.

- Tu as sans doute raison.

Draco sourit et se cala contre la tête de lit pour que Harry se blottisse contre lui, ce qu'il fit dans la seconde. Draco croisa ses mains sur son ventre et savoura le fait d'avoir Harry dans ses bras. Après un long moment de silence, Harry demanda :

- Théo vous a tout dit ?

- Oui. Il nous a raconté la soirée et tout ce que tu as révélé à Sirius et à Remus.

- Tu… tu ne m'en veux pas de ne rien t'avoir dit ?

- Bien sûr que non, répondit Draco. À ta place, j'aurais fait pareil. C'est à ceux qui t'ont fait du mal que j'en veux. Ils n'avaient pas le droit de s'en prendre à toi comme ça, de te dire toutes ces choses, de te harceler tous les jours, de prétendre tout et n'importe quoi sur Pucey, sur notre couple, sur ton parrain et son compagnon… Je n'ose même pas imaginer tout ce que tu as dû subir… Tu ne pouvais pas en parler car tu avais ce réflexe de te débrouiller par toi-même, sans l'aide de qui que ce soit… Tu as donc dû traverser ça tout seul…

- Vous étiez là, en-dehors des moments où je me faisais harceler, ça m'aidait à tenir le coup, assura Harry. Je n'avais peut-être pas l'air très joyeux, je devais même paraître franchement déprimé, mais je peux te promettre que quand on était tous ensemble, c'était mon meilleur moment de la journée. Ça me redonnait de la force et du courage. Et puis je savais que si ça devenait trop dur, je pouvais compter sur vous. Mais j'étais résolu à ne rien vous dire tant que la situation était gérable. Je tenais à ne pas vous mêler à tout ça. Je sais que ce n'était pas un bon calcul, que j'aurais dû me confier à vous, mais je voulais vraiment m'en sortir seul. Je regrette juste de ne pas avoir pu passer davantage de temps avec toi. Mais je n'avais pas la tête à me forcer à faire semblant, car avec toi, c'était bien plus compliqué qu'avec toute la bande. Tu aurais tout de suite vu que j'étais ailleurs et ça aurait été trop difficile à gérer. On a quand-même eu quelques moments en amoureux, mais beaucoup moins que ce que le temps nous permettait. Après nos séances de travail, je préférais souvent rentrer à mon dortoir plutôt qu'aller se promener ou passer le reste de la soirée dans la salle sur demande... Je suis vraiment désolé d'avoir sacrifié notre couple, ce n'était pas de gaieté de coeur, tu peux me croire…

- Tu n'as même pas besoin de le dire, apaisa Draco. On va oublier tout ça, d'accord ? Tu vas bien, tu n'es plus englué dans cette situation dans laquelle tu étais, tu vas reprendre les cours, tu vas pouvoir te défendre face à ceux qui voudront t'embêter, on sera tous là, près de toi, on est toujours ensemble et amoureux, toi et moi, et on va se retrouver en douceur, sans se presser, sans se précipiter, et tout ira pour le mieux…

- Ce programme me va très bien, déclara Harry.

- Eh bien tant mieux car c'est le tien et le nôtre. Ça va être bien, tu vas voir. Imagine un peu… Le moindre gars qui viendra t'ennuyer, tu pourras le balancer grâce à de l'Occlumancie inversée ! Tu auras juste à laisser Severus visionner les souvenirs de ta journée… Tu n'auras rien d'autre à faire !

- Il va tout de même falloir que je m'y réhabitue ! Je ne fais pas ça tous les jours, je te ferais dire, rit Harry.

- Ah oui, c'est vrai. Mais les deux fois où tu as dû le faire, tu t'en es tiré comme un chef, alors ça ne devrait pas être bien dur de te refaire la main.

- Tu es trop adorable à croire en moi comme ça…

- Mais c'est parce que je t'aime.

- Oh, Draco…

Harry se redressa et s'allongea sur Draco tout en unissant leurs lèvres. Draco lui rendit aussitôt son baiser et se mit à lui caresser le dos. Harry, lui, enfouit ses mains dans les cheveux de Draco qu'il affectionnait tout particulièrement. Ils approfondirent le baiser qui devint vite très passionné. Draco sentait la chaleur monter en lui et il ne fit rien pour la faire redescendre tellement c'était bon. Bien au contraire, il inversa leurs positions et chercha davantage de contact en glissant ses mains sous le pull de Harry. Le gémissement qu'il poussa encouragea Draco à poursuivre son exploration. Mais alors qu'il dirigeait ses doigts vers les deux bouts de chair sensibles, Harry lui attrapa les mains.

- Non, arrête, ce n'est pas que je ne veux pas, mais… pas ici. Sirius et Remus peuvent débarquer à tout moment et je n'ai pas envie qu'ils nous découvrent comme ça…

- Mais on n'allait rien faire de mal, s'étonna Draco. Je n'avais pas du tout l'intention d'a…

Draco s'interrompit brusquement.

- Attends, tu pensais que je voulais faire quoi, au juste ?

- Je ne sais pas, mais vu comment c'était parti…

- Mais je n'aurais rien fait de plus que des caresses sous le pull, attesta Draco.

- Oh…

Draco haussa les sourcils.

- Ça veut dire quoi, ça ? Tu aurais voulu plus que ça, toi ?

Harry rougit.

- Il n'y a pas que dans la tête que ça va mieux, se justifia-t-il.

Comprenant le sous-entendu, Draco eut de nouveau chaud.

- Merlin Harry, ne dis pas des choses comme ça alors que tu veux qu'on reste chastes, gémit-il. Tu n'imagines pas l'effet que tu me fais en disant ça…

- Pardon, s'amusa Harry. On aurait dû s'en tenir aux bisous, je crois.

- Oui, je crois aussi. Moi qui avais prévu d'y aller doucement puisque ça faisait un moment qu'on n'avait rien fait…

- Justement, ça fait trop longtemps, il est temps de s'y remettre !

- Très bien, alors on réquisitionne la salle sur demande jusqu'aux vacances, plaisanta Draco.

Harry éclata de rire.

- Il faut en laisser un peu pour les autres ! Mais ce week-end, c'est sûr, on l'utilise !

- Samedi après le dîner ?

- Ça me va ! Bon, tu faisais allusion à l'Occlumancie inversée, tout à l'heure. J'ai eu droit à toutes les mesures en avant-première puisque je suis directement concerné, mais je n'ai pas pu assister au discours du directeur et à l'intervention de ton parrain. Tu peux me raconter, s'il te plaît ?

Draco ne se fit pas prier et relata à Harry ce qu'avaient dit Dumbledore et Severus le matin-même.

- J'aurais trop aimé être là, soupira Harry. Ça avait l'air génial. J'aurais tellement voulu voir la tête de tous ceux qui m'ont embêté…

- Ils ne devaient pas faire les malins. En tout cas, ils n'ont plus intérêt à s'approcher de toi.

- Je pense que ça va en dissuader un paquet d'entre eux. Et pour les récalcitrants, de bons maléfices d'entrave et de saucisson les attendent…

- Ainsi que de bons sortilèges de mutisme, renchérit Draco. Je trouve ça vraiment super. Il n'y a rien de dangereux dans ces sorts, ça va juste te permettre de faire taire les idiots et de les empêcher de te suivre. Severus, Sirius et Remus ont vraiment eu de bonnes idées.

- L'Occlumancie inversée, ça vient de Sirius. Ton parrain s'est étonné de ne pas y avoir songé lui-même. C'est pourtant si évident, quand on y pense… Si un élève que je ne connais pas m'embête, ton parrain aura juste à fouiller le soir dans ma mémoire pour avoir son visage et le tour sera joué.

- Exactement. Tous tes harceleurs vont être traqués et scrutés. Quand ils en auront marre de se faire sans cesse convoquer, ils lâcheront vite l'affaire.

- Tout à fait. Bon, comment as-tu occupé ton temps libre, aujourd'hui ?

- Oh, je n'ai pas eu le temps de m'ennuyer ! Je suis resté deux heures et demie dans la Grande Salle lors du petit-déjeuner, et de treize heures à quatorze heures, j'étais avec Severus qui désirait savoir si j'étais intéressé par le poste de capitaine qui sera vacant suite au départ de Graham.

- Ouh là, tu n'étais pas très chaud, quand on abordait le sujet…

- Oui, et c'est ce qui m'a bloqué au début, mais Severus a su décanter la situation. Il m'a posé tout un tas de questions et en y répondant, j'ai pris conscience que j'étais fait pour ce poste. J'ai tout ce qu'il faut pour être capitaine. Il fallait juste que j'en discute avec Severus et que je me sonde moi-même. J'ai donc fini par accepter de tenter l'expérience, ce qui signifie que je suis officiellement le futur capitaine de l'équipe de Serpentard.

- Oh, toutes mes félicitations ! Je suis sûr que tu vas être super ! Tu ne seras pas seul, de toute façon. Blaise, Théo et Pansy seront là pour t'aider. Tout comme ton parrain.

- Oui, et j'ai justement choisi Théo comme co-capitaine. Il faut que je le convainque, maintenant. Il va d'abord refuser et me conseiller de commencer à chercher quelqu'un d'autre, mais je bataillerai pour le faire céder.

- Je te fais confiance là-dessus. Mais il ne faut pas qu'il te donne son accord contre son gré…

- Ne t'inquiète pas, s'il n'est vraiment pas intéressé, je n'insisterai pas. Je ferai du repérage dans la salle commune pour essayer de dénicher quelqu'un qui serait à la fois tenté d'intégrer l'équipe à la rentrée et qui voudrait bien me seconder.

- Ça ne devrait pas être trop difficile à trouver, je pense. Du coup, on sera tous deux capitaines ! Là, pour le coup, ça va devenir compliqué de parler de Quidditch entre nous, grimaça Harry.

- On fera juste attention à ce qu'on dira. On bannira stratégie et tactiques de nos conversations.

- Ok, on fera comme ça.

- Super, conclut Draco. Mais alors ça veut dire que tu as décidé d'accepter le poste, toi aussi ?

- Oui, mais pas pour les mêmes raisons que toi. Contrairement à toi, j'ignore si je suis fait pour ce poste. Je n'ai pas spécialement ce qu'il faut, mais j'ai une très bonne connaissance du Quidditch et je suis dans l'équipe de ma maison depuis ma première année. Je n'ai pas vraiment d'autorité mais ça doit se travailler. Après, je ne sais pas quels sont les autres critères qui entrent en compte, je n'ai pas encore eu mon entretien avec Remus, mais si Alicia a pensé à moi, c'est que je dois mériter le poste. Je n'ai jamais eu la farouche envie de devenir capitaine, mais je ne veux pas regretter de ne pas avoir essayé. On me le propose, on m'estime capable d'assumer ce rôle, je serai secondé, j'aurai de l'aide un peu partout, et si ça ne le fait pas, je pourrai démissionner. Alors ce serait dommage de ne pas tenter le coup… Et je préfère m'y essayer en sixième année plutôt qu'en septième année. Je n'aurai pas le stress des ASPIC l'année prochaine, donc autant en profiter.

Draco acquiesça.

- Je suis entièrement d'accord. En fait, tu ne te mets aucune pression. Tu essaies, si ça marche, tant mieux, tu continues, si ça ne marche pas, tant pis, tu abandonnes.

- Voilà, c'est ça. C'est comme ça que je vois les choses et ça me fait du bien. Tout est plus simple. Je ne me prends pas la tête et c'est ça qu'il me faut en ce moment.

- Alors continue comme ça. Je suis ravi que tu aies pris ta décision quant au poste de capitaine. Tu devrais bientôt avoir ton rendez-vous avec Remus…

- Oui, c'était prévu qu'il me voit en début de semaine, mais avec ce qui s'est passé… Il attend que je me sois suffisamment remis, que j'aie repris les cours et que tout se soit stabilisé pour organiser cet entretien.

- Ouais, donc d'ici dix jours, ça devrait se faire. Tout sera rentré dans l'ordre.

- Oui, j'irai beaucoup mieux.

- Je trouve que tu as déjà bonne mine. Tu es magnifique.

L'air ému, Harry se redressa et déposa un tendre baiser sur les lèvres de Draco. Puis il se blottit de nouveau contre lui. Ils restèrent ainsi jusqu'à l'heure du dîner qui arriva trop vite à leur goût. Mais ils s'étaient retrouvés et c'était tout ce qui comptait pour eux.

.

Après le dîner, Draco rentra à sa salle commune et monta à son dortoir. Il attrapa ses cours de sortilèges et se mit à réviser pour le devoir sur table prévu pour le début de la semaine suivante. Cette semaine-là, il n'avait que des devoirs sur table et des devoirs en binôme à rendre. Par chance, Harry et lui s'étaient avancés et avaient bouclé le devoir en binôme de métamorphose qu'ils avaient à faire pour le surlendemain. Les trois jours de congés de Harry ne les avaient donc pas pénalisés. Si cela avait été le cas, les professeurs leur auraient donné un délai supplémentaire, étant au courant de la situation. Draco passa donc la soirée à relire ses cours et il avait presque fini lorsqu'il entendit la porte du dortoir s'ouvrir. Il se douta que c'était Théo et fut surpris de le voir arriver si tôt. Il n'était que vingt-et-une heures trente et Théo avait l'habitude de revenir juste avant le couvre-feu. Cela ne lui dit rien qui vaille. Il attendit que Théo rejoigne son lit situé juste à côté du sien pour aller le voir. Lorsqu'il tira les rideaux, Théo était en train de se mettre en pyjama.

- Draco, siffla-t-il.

- Pardon, s'excusa Draco en essayant de paraître le plus sincère possible.

Mais il s'en fichait bien, en réalité. Il voulait parler à Théo, le reste n'avait pas d'importance. Il eut quand-même la délicatesse de se retourner le temps que Théo revêtisse son pyjama.

- C'est bon.

Draco fit de nouveau face à Théo qui s'était allongé sur son lit et qui avait pris un livre. Les signaux étaient clairs : il ne voulait pas être dérangé, à part si quelqu'un avait besoin de lui. Il adoptait très rarement cette attitude, ce qui était d'autant plus inquiétant lorsque cela lui prenait. La dernière fois que Draco l'avait vu ainsi, c'était lorsqu'il souffrait de sa relation avec Justin. Là, cela ne faisait nul doute pour Draco que c'était sa vie intime qui le tourmentait. Sachant que Théo était parfaitement capable de l'ignorer pendant des heures et des heures, Draco choisit d'engager la conversation :

- Tu rentres bien tôt, aujourd'hui. Tu n'avais pas envie de rester avec Justin ?

- On avait fini le devoir de Défense Contre les Forces du Mal. On aurait bien aimé commencer celui de potions mais déjà qu'on était hyper en avance pour celui qu'on a fait…

- Oui mais vous auriez pu rester ensemble jusqu'au couvre-feu…

- On a préféré rejoindre nos dortoirs.

- Ah, donc ça a été décidé d'un commun accord ? s'enquit Draco d'un ton faussement innocent.

- Draco, ne commence pas, s'il te plaît, soupira Théo.

- Quoi, qu'est-ce que j'ai fait ?

- Arrête, je vois très bien où tu veux en venir.

- Je veux juste t'aider.

- Je ne t'ai rien demandé.

- Peut-être, mais je déteste te voir t'enfoncer dans ton mal-être sans pouvoir rien faire. Alors parle-moi. Qu'est-ce qui se passe avec Justin ?

Théo soupira de nouveau et prit sa baguette afin d'insonoriser l'espace.

- Tu peux t'installer à côté de moi, si tu veux.

Draco sourit. Il savait que c'était davantage un souhait de la part de Théo qu'une proposition. Ravi de constater que Théo désirait sa présence et son réconfort, il s'assit à sa droite, contre la tête du lit, comme il l'avait fait quatre heures plus tôt avec Harry. Sauf que là, c'était différent. Il allait écouter et consoler un de ses meilleurs amis. Il attira Théo contre lui et fut heureux de le sentir se détendre. Il avait vraiment besoin de se confier, c'était indéniable. Mais il était trop timide pour aller chercher de lui-même une oreille attentive.

- Est-ce que tu te souviens du soir où je suis rentré hyper tard ?

- Oui, je ne suis pas près d'oublier… Je m'étais beaucoup inquiété, il était plus de minuit, tu n'étais toujours pas là et j'ignorais où tu étais…

- Oui, je sais, je m'en veux vraiment de t'avoir causé du souci, mais je n'avais pas fait exprès… Je t'avais dit que j'avais passé un super moment avec Justin, qu'on s'était endormi et qu'on n'avait pas fait attention à l'heure… Mais je ne t'avais pas tout dit.

- Ah ? Qu'est-ce que tu m'as caché ?

Théo se mordit la lèvre.

- Ça faisait un petit moment qu'on se rapprochait intimement parlant. Il y a eu un tournant le jour du guet-apens, quand Justin s'est fait agresser. On était tellement heureux et soulagés d'être sains et saufs et que tout soit terminé avec Milligan et Parker que quelque chose s'est libéré entre nous. On a eu une discussion sur les réactions intimes et sur ce que Justin aimerait faire. On n'avait rien fait de spécial ce jour-là, on avait surtout parlé. C'est après ma première séance de duel avec le parrain de Harry qu'on a fait un pas dans notre relation. J'ai laissé Justin mettre ses mains sous ma chemise, j'ai fait de même avec lui et on s'est même délestés de nos chemises. C'était déjà énorme pour moi. Je n'en menais pas large mais je me suis détendu et j'ai beaucoup aimé. Mais c'est le soir où je suis rentré très tard qu'on a vraiment franchi un cap. On était en train de faire ni plus ni moins ce qu'on avait pris l'habitude de faire, mais on y a mis un peu trop d'ardeur et ça a failli faire réagir Justin. Dans ces cas-là, on avait coutume de tout arrêter mais là, j'avais très envie de continuer à apporter du plaisir à Justin. Je lui ai alors dit que ce n'était pas grave s'il réagissait et qu'on rentrerait à nos dortoirs à ce moment-là. On s'y est donc remis et là, c'est moi qui me suis senti réagir. Par réflexe, j'ai tout stoppé alors que j'avais envie d'aller plus loin. Justin a compris que j'avais peur et il m'a fait comprendre que si je reculais à chaque fois à cause de la peur, on n'avancerait jamais. Il ne m'a pas forcé pour autant, si je n'étais pas prêt, il n'aurait pas insisté. J'ignorais si je l'étais mais ce que je savais, c'est que j'avais vraiment envie de poursuivre ce qu'on faisait. Et c'est ce qu'on a fait. On a repris nos activités et…

Théo s'interrompit, l'air gêné.

- Et… ? l'encouragea Draco.

Théo enfouit son nez dans son cou. Draco n'avait pas besoin de le voir pour deviner qu'il était tout rouge.

- Hé, tu ne vas pas me choquer, tu le sais bien, dit-il gentiment.

- Mais c'est trop gênant… Je ne peux pas te raconter ce que j'ai fait avec Justin… Imagine-toi à ma place et me dire ce que tu fais avec Harry dans l'intimité… Enfin, si vous en êtes là, bien sûr…

- Oui mais la différence, c'est que moi, je suis apte à entendre tes confidences à ce sujet, alors que toi, ça te gênerait que je t'en fasse part. Tu n'es pas obligé de me donner les détails, tu peux juste me dire en quelques mots ce que vous avez fait.

Théo acquiesça et sortit son visage de sa cachette.

- On… on s'est frottés l'un contre l'autre, à travers nos pantalons. C'était la première fois que je me soulageais et… je ne m'étais pas attendu à ce que ce soit aussi bon. Pour moi, c'était une première expérience à différents niveaux. Avant, c'était au réveil que j'avais ce genre de réaction. Je n'avais jamais senti cette chose se former. Il y a aussi le fait que je n'avais jamais voulu me soulager. Ça me bloquait. Et je n'avais donc jamais connu ces sensations.

- Et d'après ce que j'ai compris, tu as aimé.

- Oui, c'était vraiment… incroyable.

- Donc tout va bien ?

- Oui, mais maintenant que j'ai eu un moment intime avec Justin, je vais devoir recommencer…

Draco fut un peu surpris et dérouté par la réponse de Théo.

- C'est ça, qui te pose problème ?

Théo hocha la tête.

- Pourquoi ? Tu n'en as pas envie ?

- Non, ce n'est pas vraiment ça… C'est juste que, si Justin et moi allons dans la salle sur demande, j'ai peur qu'on doive systématiquement avoir un moment intime…

«D'accord, c'est donc ça» songea Draco. Il était soulagé car le problème de Théo était moins grave ce que ce qu'il avait craint. Théo s'était juste un peu trop monté la tête et avait créé un blocage qui n'avait pas lieu d'être. Mais il fallait y remédier et vite pour que ça ne devienne pas trop sérieux.

- Ce n'est pas parce que vous vous êtes soulagés une fois ensemble que vous allez devoir forcément le faire à chaque fois que vous vous verrez dans la salle sur demande… Vous pouvez très bien vous voir sans avoir de moment intime. Justin n'en aura pas toujours envie non plus. Si vous devez avoir une relation sexuelle dès que vous vous retrouvez dans la salle sur demande, c'est que vous n'êtes pas un couple mais plutôt des sex friend. Et ce n'est pas du tout le type de relation que vous avez. Vous êtes amoureux, il n'y a pas que du sexe entre vous. Quand je sortais avec Graham, on n'avait pas de relation intime dès qu'on se voyait. Et pourtant, contrairement à ce que je croyais, je n'étais pas amoureux de lui. Donc tu vois, même quand il n'y a pas de sentiments chez quelqu'un, il n'y a pas que le sexe qui compte. Justin et toi, vous vous aimez. Vous n'avez pas besoin d'avoir du sexe pour passer un bon moment ensemble. Sinon, ça ferait longtemps que vous vous y seriez mis.

Théo acquiesça distraitement.

- Maintenant que tu le dis, ça paraît évident… Mais si Justin veut qu'on ait un moment intime et que moi, je n'en ai pas envie ? Je ne veux pas le frustrer…

- Tu ne dois pas penser comme ça, prévint Draco. Il ne faut surtout pas que tu te forces parce que tu veux faire plaisir à ton petit-ami. Le consentement, c'est hyper important. Tu ne dois jamais avoir une relation sexuelle sans en avoir envie. Et Justin n'a pas à t'y obliger. Tu dois le dire clairement si tu ne veux pas. C'est ton droit de refuser, ton corps t'appartient, personne n'a à le toucher sans ton autorisation. Est-ce que c'est clair, tout ça ?

- Oui, affirma Théo. Ça me rassure, ce que tu me dis là. Tu dois me trouver stupide d'être ignorant à ce point…

- Ne dis pas ça, ordonna Draco. Tu n'es pas stupide. Celui qui te servait de père n'a juste pas eu la présence d'esprit de te faire une éducation sexuelle digne de ce nom. Normalement, dans ces cas-là, c'est à l'infirmière que tu dois t'adresser, mais je crois que je suis bien parti pour tout t'apprendre à ce sujet…

- C'est vrai que ça fait deux fois qu'on a ce genre de discussion… Mais je préfère que ce soit toi qui m'expliques plutôt que l'infirmière. C'est moins gênant.

Draco sourit.

- Ça me fait plaisir, ça. N'hésite pas à venir vers moi si tu as besoin d'en parler. Je t'informerai et je te conseillerai du mieux que je pourrai.

- Merci, dit sincèrement Théo.

- Est-ce qu'il y a d'autres points que tu souhaites éclaircir ?

Théo sembla réfléchir un instant.

- À la base, non, mais je viens de penser à quelque chose qui m'avait interrogé…

- Je t'écoute.

- J'aimerais avoir ton avis, en fait. Est-ce que, pour toi, c'est normal que je me sois soulagé pour la première fois avec mon petit-ami, sans avoir jamais expérimenté ça avant tout seul ?

- Ton cas est particulier, Théo. Tu as longtemps eu un blocage avec la sexualité. Et même s'il tend à se dissiper, il est encore là. Habituellement, c'est avec notre propre main qu'on se soulage quand on a nos premières érections. Mais ce n'est pas une règle absolue. Il n'y a pas de loi stipulant que c'est avec ta main que tu dois découvrir ton corps et ta sexualité. Si tu t'es senti plus à l'aise de connaître ce plaisir pour la première fois avec ton petit-ami, alors il n'y a aucun mal à ça. Tu sais, j'étais assez ignare au sujet des relations homosexuelles quand je suis sorti avec Graham… C'est lui qui m'a tout appris. Je n'avais aucune expérience. Pour moi aussi, c'était nouveau. La seule différence, c'est que j'avais déjà eu du plaisir en solitaire avant mon histoire avec Graham. Mais ça ne m'a pas empêché d'avoir été dérouté comme toi par ma première expérience avec Graham. Le plaisir n'est pas du tout le même.

- Vous… Non, pardon, oublie, ça ne me regarde pas.

- Non, au contraire, si tu as une question, pose-la, je doute que ce soit trop personnel pour que je ne veuille pas y répondre… Je suis ouvert là-dessus, alors tu as de la marge.

Théo se mordit une nouvelle fois les lèvres.

- Je voulais juste te demander ce que vous aviez fait, la première fois.

Draco dut sonder sa mémoire pendant quelques secondes pour se rappeler sa première relation avec Graham.

- Eh bien, la même chose que Justin et toi, sauf qu'on était nus et qu'on était dans la baignoire de la salle de bain des préfets. Je n'ai donc rien vu et je n'ai rien touché. Moi aussi, ça m'intimidait. Et je pense que si je n'avais pas été obsédé par le fait de garder Graham pour qu'il ne m'abandonne pas, je n'aurais pas accepté d'avoir un moment intime aussi tôt dans notre relation. Mais je n'allais pas bien, à l'époque. Je souffrais de la fuite de mes parents, du fait qu'ils m'aient laissé tomber, j'avais l'impression que Severus me lâchait à son tour, alors j'ai eu besoin de me raccrocher à quelqu'un et ce quelqu'un, ça a été Graham. Je suis donc sorti avec lui pour de mauvaises raisons. Parce que je n'étais pas amoureux de lui. Mais je me sentais bien quand on était ensemble. J'étais en confiance. Il m'aidait à oublier. Et j'avais une profonde affection envers lui. Mais ce n'était pas de l'amour. Et je me sentais mal car je savais que lui m'aimait. Mais j'étais incapable de mettre fin à notre relation. J'avais besoin de lui. Je ne voulais pas me retrouver seul. Je faisais donc tout pour garder Graham. Quand j'avais un rapport avec lui, c'était soit pour oublier, soit parce que lui en avait envie et que je ne voulais pas qu'il me quitte si je me refusais à lui. Bon, j'ai toujours fini par en avoir envie, moi aussi, mais je sais aujourd'hui que c'était malsain, tout ça. C'est pour ça que je te dis que tu ne dois surtout pas te forcer. Car je l'ai un peu fait et je peux te dire que ça peut être très destructeur. Je ne veux pas que tu répètes les mêmes erreurs que moi. Je veux que tu sois heureux avec Justin. Aussi bien sexuellement parlant que dans votre couple au quotidien.

- Merci, dit Théo, la voix tremblante. Je vais tout faire pour. Et je suivrai tous tes conseils. Merci de t'être confié comme ça. Je ne m'étais pas imaginé que tu en étais arrivé là avec Graham…

- Tu n'étais pas prêt à ce que je t'en parle. Il y avait ce blocage qui t'aurait empêché de comprendre. Là, comme tu disais, quelque chose s'est libéré en toi. Il suffit que je te pousse un peu pour que tu acceptes d'avoir une discussion à ce sujet. De plus, avant, c'était difficile de te faire parler. Là, c'est venu presque tout seul. Tu m'as dit beaucoup de choses.

- J'avais vraiment besoin d'en parler à quelqu'un, avoua Théo. Mais je n'en avais pas conscience.

- Comme souvent. Mais tu es rassuré, maintenant ?

- Oui, et j'ai retenu tout ce que tu m'as dit.

- Donc tu vas pouvoir retourner dans la salle sur demande avec Justin ? Car si tu as refusé d'y aller hier quand il te l'a proposé, ce n'était pas pour laisser la salle à un autre couple comme tu as voulu lui faire croire…

- Il y avait quand-même un peu de ça, mais c'était surtout parce que j'avais peur d'y aller avec lui, en effet, reconnut Théo.

- Mais là c'est bon, tu ne vas plus avoir peur ?

- Non, répondit Théo en souriant. Grâce à toi.

- Tant mieux, alors. Ravi d'avoir pu t'aider. J'étais vraiment inquiet pour toi. N'hésite pas à dire à Justin ce qui s'est passé dans ta tête. C'est important qu'il sache. Si tu as des doutes, des peurs, des questions, tu dois lui en parler.

- J'essaierai de le faire la prochaine fois qu'on se verra, promit Théo.

- Bien, je compte sur toi. Allez, je vais te laisser. À moins que tu aies autre chose à me dire ou à me demander ?

- Non, c'est bon. Merci encore, Draco.

- De rien, je n'ai fait que mon devoir d'ami. Et je serai toujours là pour t'écouter et te conseiller dès que tu en auras besoin. Mais n'attends pas que je le devine. Viens me voir de toi-même.

Théo acquiesça. Draco lui sourit, lui souhaita une bonne nuit et s'en alla. Il rejoignit son propre lit, s'allongea et soupira. Il était vraiment soulagé d'avoir réglé le problème de Théo. Mais il était aussi épuisé. Il avait eu une longue journée, entre son déjeuner à sept heures et demie du matin, ponctué par le discours du directeur et l'intervention de Severus, son rendez-vous avec Severus, sa visite à Harry, sa discussion à Théo, sans oublier les cours du matin et de l'après-midi… Il n'avait pas eu le temps de souffler. Mais il était satisfait de sa journée. Des mesures avaient été prises afin de lutter contre le harcèlement, il avait accepté de devenir le futur capitaine de son équipe, il avait retrouvé Harry qui allait bien, et il avait aidé Théo à y voir plus clair dans son couple. Tout allait donc pour le mieux et Draco sentait que l'horizon allait continuer à s'éclaircir…

.

.

(jeudi 09/05) POV Harry

- Tu es sûr d'être prêt à retourner en cours ? Severus a dit que tu pouvais attendre lundi, si tu étais encore un peu trop fatigué…

- Il a surtout dit ça pour te rassurer, Sirius, soupira Harry. Il n'a jamais été question que je reprenne les cours aussi tard. Enfin, pour moi, en tout cas.

Harry mit son parchemin dans son sac et leva la tête pour ancrer son regard dans celui de Sirius.

- Je vais mieux, déclara-t-il sérieusement. Je suis tout à fait apte à aller en cours. Je ne te cache pas que j'ai une certaine appréhension à l'idée de croiser les élèves qui me harcelaient mais il faut bien que je leur fasse face à un moment ou à un autre. Et ça va bien se passer. J'aurai le droit d'utiliser ma baguette si des élèves ne veulent pas me lâcher. Et je pense que la grande majorité de ceux qui m'embêtaient n'oseront plus le faire suite à l'annonce de Dumbledore.

- Je pense aussi. Tu as raison, ça va aller. Mais j'aurais préféré que Draco vienne te chercher.

- C'était ce qui était prévu, au début, mais j'ai changé d'avis. Je ne voulais pas devoir compter sur Draco pour me protéger. Si on m'a autorisé à me défendre, c'était pour que je puisse me promener dans le château seul.

- D'accord, je n'insiste pas. Il va bientôt falloir que tu y ailles, de toute façon.

Harry sentit son coeur se serrer en voyant l'air angoissé de Sirius qui tentait pourtant de le cacher. Il se faisait tellement de souci pour lui… Harry savait que, si ça ne tenait qu'à lui, Sirius l'emmènerait au Square, loin de Poudlard, et s'arrangerait pour qu'il puisse suivre les cours à distance. Mais ce ne serait pas une bonne solution. Il comprenait néanmoins l'état d'esprit de Sirius. Et cela le touchait de voir son parrain s'inquiéter autant pour lui. Sirius l'aimait comme s'il était son propre enfant. Et parfois, Harry se surprenait à avoir envie d'être plus que le filleul de Sirius. Mais ce serait bien trop laborieux. Déjà, Sirius devait partager son souhait et vouloir l'adopter. Ensuite, le fait que Harry ait peut-être un troisième parent allait probablement compliquer les choses… Et pour finir, c'était bien connu que les procédures d'adoption étaient longues et fastidieuses… Demeurer le filleul de Sirius était donc sûrement ce qu'il y avait de mieux à faire. Mais cela empêcherait certainement Remus de demander à avoir les mêmes droits sur lui que Sirius… Car ils pouvaient très bien faire la démarche de l'adoption ensemble, ce qui leur accorderait à tous deux tous les droits. Mais il était impossible que Remus devienne lui aussi le parrain de Harry, puisque Sirius l'était déjà… Il n'y avait pourtant que cela qui permettrait à Remus d'être autant responsable de lui que Sirius. À peine Harry se fit-il cette pensée qu'une autre contrainte à l'adoption s'imposa dans son esprit. Pour adopter un enfant ou un adolescent, il fallait être marié. Or, Sirius et Remus ne l'étaient pas. Harry devait donc oublier à tout prix cette idée. Mais cela signifiait qu'administrativement parlant, Remus ne resterait que le conjoint du parrain de Harry, ce qui ne lui octroyait guère de droits. Alors que Sirius serait soulagé si Remus pouvait avoir autant de droits que lui. Au cas où, disait-il. «On est dans l'impasse» songea Harry, dépité. Il sortit de ses pensées et termina de faire son sac. Il était dix heures quarante-cinq et il commençait les cours à onze heures. Remus avait repris les siens à neuf heures tandis que Sirius, lui, retrouverait ses élèves à treize heures. Comme Remus avait un cours de plus que Sirius le jeudi matin, ils avaient convenu que c'était Sirius qui prendrait sa matinée pour être avec Harry jusqu'à onze heures. C'était toute une organisation bien rodée.

- Harry, dépêche-toi, tu vas être en retard, prévint Sirius.

- Oui, oui, c'est bon, j'y vais.

- Tu n'as pas envie de quitter ton super parrain mais il faut bien y aller.

- Tu dis ça mais tu te retiens de m'attacher pour me garder ici…

- Oh, c'est une bonne idée, ça…

Harry secoua la tête, amusé, avant d'ajouter d'un ton plus sérieux :

- Merci pour tout, Sirius. J'ai passé cinq jours fabuleux ici, vous avez été plus que géniaux, Remus et toi. Vous m'avez apporté tout ce dont j'avais besoin. Je me suis rarement senti aussi bien. C'était vraiment top. Je n'aurais pas pu avoir un meilleur repos qu'ici. Ça m'a fait du bien d'être avec vous.

- On a adoré aussi t'avoir avec nous, Harry, même si on aurait préféré que ça se fasse dans d'autres circonstances. Tu pourras revenir un week-end d'ici les vacances si tu veux. Ça nous ferait plaisir d'avoir un Harry en pleine forme.

- Je viendrai juste avant les BUSE, alors. Comme ça, je serai au calme pour réviser.

- Très bonne idée, approuva Sirius. Allez, file. Et ne t'en fais pas pour ta valise, je vais missionner Dobby de s'en occuper.

Harry sourit.

- C'est fou comme vous considérez tous Dobby comme étant à mon service.

- Ce n'est pas nous, c'est lui qui se considère à ton service, se défendit Sirius. Il adore qu'on fasse appel à lui pour toi. Et non, on n'en profite pas. C'est juste que là, tu n'as pas le temps de déposer ta valise dans ton dortoir et ce serait bien qu'elle y soit pour ce soir.

- C'est vrai. Je te laisse voir ça avec Dobby, alors. À tantôt en sortilèges !

Harry prit son sac et quitta les appartements. Il se dirigea vers les escaliers, monta au premier étage et se rendit à la salle de Défense Contre les Forces du Mal. Il ne croisa personne sur son chemin, ce qui ne l'étonna guère puisque tous les élèves devaient être en cours à cette heure-là. Harry avait de la chance de commencer si tard, mais c'était grâce au fait qu'il ne suivait pas le cours d'étude des moldus. Il trouva vite ses amis qu'il rejoignit et embrassa Draco qui lui rendit volontiers son baiser. Il fit à peine attention aux regards qui se posèrent sur lui.

- Tu n'as pas été embêté ? s'inquiéta Draco.

- Non, tout le monde est en cours, et il n'y avait qu'un étage à monter.

Draco s'apprêtait à répondre mais il en fut empêché par Roger Curtis qui vint voir Harry.

- Excusez-moi de vous déranger, est-ce que je peux te parler, Harry ?

Surpris, Harry mit quelques secondes à réagir :

- Euh… oui, bien sûr. Je t'écoute.

- Je voulais m'excuser pour ce que je t'ai dit, l'autre jour, dans la salle des binômes. J'ai été stupide, j'avais entendu des élèves d'une autre classe dire que tu allais être avantagé par le professeur Lupin puisqu'il sortait avec ton parrain et je les ai bêtement cru au lieu d'essayer de penser par moi-même. J'aurais dû me souvenir que le professeur Lupin n'était pas comme ça et que tu n'étais pas du genre à tirer profit de quoi que ce soit. Ce n'est pas la première fois que je me laisse influencer par l'avis des autres mais là, je vais vraiment m'efforcer de m'en détacher. J'espère que les autres Poufsouffle en feront autant. Car on t'a toujours accusé au lieu de te soutenir…

- En deuxième année, je n'ai pas compris comment les gens ont pu croire que j'étais à l'origine des pétrifications alors que ma meilleure amie en a été victime… Ça aurait voulu dire que j'étais devenu ami avec elle juste pour sauver les apparences… Je n'avais que douze ans, je ne pouvais pas avoir l'esprit aussi perverti que ça… Après, en quatrième année, même si je l'ai mal pris, vous aviez des raisons de croire que j'avais mis mon nom dans la Coupe. J'aurais pu vouloir être couvert de gloire en gagnant le Tournoi, mais j'ignore comment j'aurais pu me faire sélectionner alors que je n'avais pas l'âge requis et qu'aucune autre personne mineure n'y était parvenue…

- Oui, c'était complètement idiot d'avoir pensé que tu avais réussi là où les autres avaient échoué… Mais nous, les Poufsouffle, t'en voulions surtout parce que tu volais la gloire de Cédric. Il aurait dû être le seul champion de Poudlard. Poufsouffle, qui était toujours considérée comme la cinquième roue du carrosse, aurait pu être sous les feux des projecteurs… Et voilà qu'on devait partager notre gloire avec les Gryffondor.

- Qui ne me soutenaient même pas pour la plupart, ironisa Harry.

- Venant d'eux, c'était encore plus vache, grimaça Roger. Cédric nous disait pourtant que ce n'était pas grave, qu'il ne fallait pas t'en vouloir, qu'il était persuadé que tu n'y étais pour rien, mais on ne l'écoutait pas vraiment.

Harry tenta d'ignorer le pincement au coeur qu'il ressentit à l'entente de ces mots. Même s'il aimait Draco de tout son être, jamais il ne pourrait oublier Cédric. Il l'avait trop aimé pour pouvoir aimer un jour davantage quelqu'un. L'évocation de son nom était donc toujours douloureuse pour lui.

- C'est du passé, dit-il avec un sourire forcé. La prochaine fois, essayez de ne pas répéter la même erreur. Je voudrais juste savoir une chose…

- Oui ?

- Est-ce que le professeur Chourave t'a convoqué ?

- Oui, mais je pense que je serais venu te voir même sans ça.

Harry sourit plus franchement cette fois-ci.

- Ce n'était pas pour ça que je te posais la question. Si elle t'a convoqué, ça signifie que mes deux harceleurs vont bientôt devoir répondre de leurs actes. Merci, Roger.

Le Poufsouffle sourit à son tour et alla retrouver ses amis. Quelques minutes plus tard, les troisième année sortirent de la salle de classe. Harry y pénétra avec ses camarades, ses doigts liés avec ceux de Draco.

.

La journée se passait plutôt bien pour Harry. Il avait vite retrouvé le rythme et il était content d'avoir repris les cours. Bon, il s'ennuyait toujours autant en histoire de la magie mais il avait réussi à suivre le cours sans somnoler. Mais il avait bien failli décrocher car deux heures d'histoire de la magie, c'était très long. Heureusement, juste après, il y avait le cours de sortilèges. C'était bien plus intéressant. Chez Sirius et Remus, Harry avait pu s'entraîner sur le sort que ses camarades avaient appris en cours en début de semaine. Il s'était donc plutôt bien débrouillé durant le cours. Il aurait voulu faire mieux, mais les sorts devenaient de plus en plus compliqués. Sirius avait cependant eu l'air fier de ses résultats, donc il était content. Là, il était en cours de métamorphose et le sort qu'il devait lancer était encore plus dur que celui de sortilèges. Il s'agissait de transformer un sac bleu en cuir en une assiette blanche en verre. La difficulté était double : il n'y avait non pas une, mais deux catégories à prendre en compte. À savoir la matière et la couleur. Jusque-là, Harry et ses camarades n'avaient vu qu'un seul sort de ce type, lorsqu'ils avaient dû obtenir une vache à partir d'une pelote de laine. Il avait alors fallu passer d'un objet petit et inanimé à un être animé et de grande taille. Ce sort avait donné du fil à retordre aux cinquième année. Harry ne s'en souvenait que trop bien. Mais il avait fini par venir à bout de sa pelote de laine. Quand Théo lui avait parlé du sort qu'ils devaient maîtriser pour la fin de la semaine, il avait pensé que ce serait cette fois plus facile. Comme il s'était trompé… Il était parti du fait que transformer une petite pelote en un gros animal était plus dur mais faire attention à la fois à la couleur et à la matière était tout aussi laborieux… Cela faisait quarante minutes qu'il s'entraînait et il avait les mêmes résultats que lorsqu'il était chez Sirius et Remus. Il y mettait pourtant toute sa concentration… À côté de lui, Draco s'en sortait à peine mieux que lui. Ils y arrivaient mieux que bon nombre de leurs camarades mais il n'y avait aucun progrès chez Harry par rapport à la veille et c'était cela qui le frustrait. Soit il se retrouvait avec une assiette mi-bleue, mi-blanche et d'une matière totalement inconnue, soit son sac devenait blanc avec des bretelles en verre. Quand Sirius avait vu son assiette, il l'avait gentiment taquiné en lui demandant de ne jamais l'inviter chez lui plus tard. Cela lui avait rappelé Lily qui était un génie de la métamorphose mais qui, pendant sa grossesse, avait le don de créer des choses hybrides lorsqu'elle voulait transformer quelque chose. Il avait alors regardé Harry d'un drôle d'air et s'était exclamé «Tu n'es pas enceint j'espère ?!», ce à quoi Harry avait répondu par un «Bien sûr que non» perplexe. Il avait cru que les deux Serpentard avaient inventé des choses en insinuant que Remus pouvait être enceint mais Sirius lui avait mis le doute en utilisant la même expression. Harry avait besoin d'une sérieuse discussion à ce sujet. Mais là, ce dont il avait le plus besoin, c'était que ce satané sac se transforme en assiette ! Il réessaya plusieurs fois mais n'obtint rien de concluant. Il jeta un coup d'oeil autour de lui et vit Terry et Hermione aider Anthony Goldstein et Sophie Roper. Son couple d'amis avaient visiblement réussi, eux. Il reporta son attention devant lui et sourit en voyant Théo aider Justin. Sans le vouloir, il écouta ce que Théo disait.

- Il faut que tu visualises le résultat escompté dans son ensemble. Tu ne dois pas te dire dans ta tête «je veux une assiette blanche», c'est l'image que tu dois avoir dans ton esprit. Si tu penses, avec des mots, à une assiette blanche, quand tu vas lancer le sort, il ne va retenir qu'un des mots ou faire un mélange qu'il transposera sur l'objet d'origine. Ton assiette blanche, ce ne sont pas des mots, c'est une image. Et c'est de ça dont ton esprit a besoin. Il lui faut un visuel. À partir du moment où il y a plus d'une catégorie à changer, il faut se concentrer sur l'image.

- Mais lorsqu'il a fallu transformer une pelote de laine en une vache, il y avait bien deux catégories à changer…

- Oui, passer d'inanimé à animé et de petit à grand, mais dans ton esprit, tu n'as pas eu besoin de te dire «une vache, c'est grand». C'est un fait, c'est universel. Là, ton assiette doit être blanche et en verre. Elle pourrait très bien être marron et en carton. Quand on étudiera les sortilèges informulés, il ne faudra pas seulement penser à la formule, mais aussi aux effets du sortilège. À mon avis, ce n'est pas pour rien si on voit ce genre de métamorphose maintenant. C'est pour conditionner notre esprit.

- D'accord, je comprends mieux. C'est pour ça qu'on nous rabâche depuis la première année que le plus important en métamorphose, c'est la concentration et la visualisation… Parce que les mots ne suffisent pas…

- Exactement. Et plus les sorts deviennent complexes, plus on sent à quel point c'est indispensable. Bon, on s'y remet.

Justin se mit en condition et lança le sort sous les yeux de Harry qui, de là où il était, pouvait voir ce qu'il y avait sur la table. Et il fut ravi de voir le sac bleu de Justin se métamorphoser en une assiette en verre bleue avec du blanc sur les bords. Harry essaya à son tour en suivant les conseils de Théo et il faillit pousser un cri de joie lorsqu'une assiette en verre bleu pâle apparut devant lui. Ce n'était pas encore ça, mais c'était beaucoup mieux que ce qu'il avait obtenu jusque-là. Draco lui demanda comment il avait fait et Harry lui répéta ce qu'avait dit Théo. Draco, qui avait abandonné, tenta de nouveau et fut tout aussi surpris et heureux en se retrouvant avec une assiette en verre d'un bleu un peu plus prononcé que celui de Harry. Celui-ci ne fut guère étonné : son petit-ami était légèrement plus doué que lui en métamorphose. Ils continuèrent à s'entraîner et se rapprochèrent petit à petit du résultat recherché. À la fin de l'heure, Remus libéra la classe et fit savoir à Harry qu'il souhaitait lui parler. Harry vint le voir.

- Je ne retiens pas longtemps, promit Remus. Comment ça s'est passé, aujourd'hui ?

- Eh bien, plutôt bien. J'ai travaillé pendant que j'étais chez Sirius et toi, alors je n'ai pas eu trop de mal à reprendre le rythme. Et je ne me suis pas senti perdu pendant les cours. Sinon, je ne me suis pas fait embêter, mais je commençais les cours à onze heures, j'y suis allé vers dix heures cinquante et à cette heure-là, tout le monde est en cours, donc j'avais peu de chances de croiser quelqu'un. Et personne ne m'ennuie quand je suis accompagné, ce qui était le cas entre chaque cours et quand je suis allé manger.

- Je vois, il va falloir attendre un peu pour voir si les paroles de Dumbledore et de Severus ont fait effet. On en reparlera lundi, puisqu'on se voit après le déjeuner. Allez, file.

Harry salua Remus et sortit de la salle. Draco l'attendait près de la porte.

- On va dans le parc ? proposa-t-il. Il fait beau, et on ne pourra bientôt plus en profiter… Ou alors si, mais avec le nez rivé sur nos parchemins…

- C'est vrai, approuva Harry. Il va falloir penser à se faire un planning de révisions, d'ailleurs…

- On verra ça plus tard. On a encore du temps avant de devoir s'y mettre. Allons plutôt se prélasser dehors, au soleil…

- Oh oui, allongés sur l'herbe, dans notre petit coin isolé, enlacés l'un contre l'autre…

- Un vrai petit moment en amoureux !

Ce fut sur cette pensée réjouissante que Harry et Draco se dirigèrent vers les escaliers. Alors qu'ils étaient presque arrivés, un élève héla Harry :

- Hé, Potter !

Le couple se retourna et fit face à un Poufsouffle de sixième ou septième année. Harry n'avait pas le souvenir de lui avoir déjà parlé. Il ne faisait pas partie de ceux qui l'avaient harcelé, ponctuellement ou quotidiennement.

- Quoi ? répondit-il poliment.

- Tu es réellement allé te plaindre ? Tu es allé pleurnicher auprès de ton parrain et de ton directeur de maison ? Tu es vraiment une fillette, en fait ? C'est étonnant pour quelqu'un qui a éliminé le plus grand mage noir de tous les temps et qui a participé à un tournoi hyper dangereux alors qu'il n'avait pas l'âge requis…

- Ça n'a rien à voir, répliqua Harry. La violence morale, c'est beaucoup plus dur à supporter qu'une épreuve contre les dragons, une épreuve contre les êtres de l'eau ou une épreuve dans un labyrinthe semé d'embûches ! J'étais préparé, j'étais soutenu par mes amis, je savais quoi faire, et ce n'étaient que trois jours dans toute une année, alors que le harcèlement, c'est tous les jours, c'est partout où je vais et c'est quand je suis seul ! Enfin, la plupart du temps, car là, je suis accompagné…

Le Poufsouffle écarquilla les yeux.

- Mais je ne te harcèle pas !

- Non, mais tu m'insultes de fillette, tu me rabaisses et tu me ridiculises. Et ce n'est ni plus ni moins que de la violence morale. Si tu n'en as même pas conscience, c'est qu'il y a un sérieux problème de désinformation dans cette école.

L'élève sembla confus.

- Pardon, je… je ne me rendais pas compte que c'était aussi grave, ce que tu subissais…

- Assez pour que j'aille pleurnicher, en tout cas, lâcha froidement Harry.

- Je suis désolé, je n'aurais pas dû dire ça…

Harry fixa le Poufsouffle avant de soupirer.

- C'est bon, on oublie. Si tu as compris l'ampleur de la situation, pour moi, c'est le principal.

Le Poufsouffle acquiesça, s'excusa une nouvelle fois et s'en alla.

- Les Poufsouffle redeviennent de vrais Poufsouffle, c'est cool, commenta Draco.

- Oui, il était temps, renchérit Harry.

Ils reprirent leur chemin vers les escaliers et descendirent au rez-de-chaussée. En allant vers le hall, ils croisèrent d'autres élèves qui ne firent pas attention à eux, ce qui soulagea grandement Harry. Ils quittèrent le château et se rendirent au parc. Ils ne furent pas surpris d'y voir beaucoup de monde : il faisait vraiment très beau. Alors qu'ils allaient à leur coin privilégié, Draco s'arrêta.

- Qu'est-ce qu'il y a ? s'intrigua Harry.

- Graham est tout seul, et il n'a pas l'air d'avoir le moral.

Harry tourna la tête et vit effectivement le Serpentard assis devant le lac, seul, la mine sombre.

- Il paraît carrément déprimé, constata Harry.

- J'imagine qu'il ne veut pas être dérangé, alors.

Harry observa attentivement Draco.

- Tu veux aller lui parler ?

- Non, je le ferai plus tard dans la salle commune. Je doute que tu aies envie que je t'emmène voir mon ex…

- Je sais bien qu'il n'y a plus rien entre vous. Ça ne me gêne pas, je t'assure.

- Bon, si tu insistes…

Draco et Harry changèrent de direction et rejoignirent Graham.

- Salut, on peut s'asseoir ? lança Draco.

Graham sursauta et leva la tête vers eux.

- Euh… oui, bien sûr. Mais que faites-vous là ?

- Bah, on veut profiter du beau temps, comme tout le monde.

- Oui mais vous seriez mieux en amoureux qu'en ma compagnie…

- Ah ouais, ça ne doit vraiment pas aller pour que tu dises ça…

Draco se laissa tomber à côté de Graham. Harry l'imita, mais de façon plus discrète.

- Bon, qu'est-ce qui te tracasse ? s'enquit Draco.

Graham jeta un bref coup d'oeil à Harry.

- Par respect pour Harry, je ne peux pas en parler devant lui.

Harry fut touché par la délicatesse dont faisait preuve le Serpentard à son égard.

- Si c'est à propos d'A…

- DRACO !

Les trois élèves tressaillirent et se retournèrent. Hermione venait à leur encontre, l'air préoccupée.

- Draco, il faut que tu viennes. Les directeurs de maison veulent nous voir.

- Quoi, tout de suite, maintenant ?

- Oui, c'est urgent.

- D'accord, j'arrive.

Draco pivota vers Harry.

- Je suis désolé, le parc, ce sera pour une autre fois, s'excusa-t-il.

- Ce n'est pas grave, tes devoirs de préfet passent avant tout. On se voit après le dîner.

Draco acquiesça, se leva et s'éloigna avec Hermione. Harry se retrouva seul avec l'ex de son petit-ami. Il était assez gêné car c'était la première fois qu'ils n'étaient que tous les deux, sans Draco ou sans Cassius et Miles avec eux. Mais ce n'était peut-être pas plus mal comme ça, songea-t-il.

- Tu peux me dire ce qui ne va pas, tu sais. On ne se connaît pas très bien, mais la personne qui est à l'origine de tes soucis est quelqu'un que nous avons en commun.

- Justement, ce serait déplacé de ma part de me confier à toi à ce sujet…

- Je suis passé à autre chose, et même si je ne suis pas encore prêt à le voir ou à lui parler, je ne lui en veux plus autant qu'avant. J'ai eu le temps de réfléchir à tout ce qui s'est passé. Il a beaucoup de torts, mais j'ai bien compris que ce n'était pas par plaisir qu'il s'était plongé dans la drogue. Il a dû avoir plein de soucis dont il n'a jamais parlé à personne. Je crois qu'il a commencé à se droguer lors de sa cinquième année. Pour moi, il y a eu ses problèmes ajoutés à la pression constante des BUSE et ça a eu raison de lui. Tu ne trouves pas ça bizarre, toi, qu'il ait fait partie de l'équipe de Quidditch de sa maison durant sa deuxième, sa troisième, sa quatrième et sa septième année et pas pendant sa cinquième année ? Sachant que, l'année dernière, il n'y a pas eu de Quidditch ? Il a dû se passer un truc au cours de l'été qui a précédé sa cinquième année, ça l'a déprimé et il n'a plus voulu faire de Quidditch. Il s'est mis à la drogue, ça lui a fait sortir la tête de l'eau selon lui, il s'est senti mieux et il a pu réintégrer l'équipe de Quidditch lors de sa septième année.

Graham resta pensif un instant.

- Maintenant que tu le dis… Je n'avais jamais pensé à tout ça. Bien sûr, ça n'excuse rien de ce qu'il a pu faire, mais s'il avait des ennuis et qu'il n'a pas su à qui s'adresser, ce n'est pas étonnant qu'il se soit mis à la drogue… Mais comment en es-tu venu à penser à tout ça ?

- Je te l'ai dit, j'ai beaucoup réfléchi. Notamment durant le repos que j'ai dû prendre. Entre Draco et moi, celui qui ne veut pas entendre parler d'Adrian, ce n'est pas forcément celui qu'on croit. Draco est toujours très remonté contre lui. Il n'est pas du tout dans le même état d'esprit que moi. On évite d'en parler, d'ailleurs.

- Je vois. Tu ne m'en veux donc pas d'avoir repris contact avec Adrian ?

- Non, absolument pas. Ça me rassure, à vrai dire. Au moins, il n'est pas tout seul. Il m'a peut-être fait du mal mais j'ai eu plus de chance que lui. Moi, j'ai été soigné ici, à Poudlard, par un excellent médicomage et psychomage qui s'est super bien occupé de moi et qui m'a remis sur pied à tous les niveaux, j'ai passé les fêtes et une partie de ma convalescence avec les deux adultes qui sont comme des parents pour moi, j'ai été entouré par tous mes amis dès lors qu'ils ont été autorisés à me rendre visite et j'ai pu rattraper tous les cours, puis les suivre à distance tout en me tenant à jour dans mes devoirs que je donnais à mes professeurs par le biais de différentes personnes. Alors qu'Adrian, lui, a été envoyé à Sainte-Mangouste, loin de tout, loin de ses amis, loin de sa famille, il a dû arrêter les cours et il ne pourra même pas passer ses ASPIC. Donc je suis soulagé et content de savoir que tu es en contact avec lui. Mais ça n'a pas l'air de te combler de joie.

Graham soupira.

- Il ne va pas bien, alors évidemment, ça m'inquiète.

- Comment tu le sais ? Il te l'a dit ?

- Non, mais son attitude le montre. Et ses mots aussi. Déjà, il refuse de se faire suivre. Je l'ai appris quand je suis allé le voir pendant les vacances de Pâques, j'ai réussi à le faire sortir de son mutisme dans lequel il était plongé depuis un long moment et il s'est confié à moi en déballant tout ce qu'il avait sur le coeur et qu'il avait gardé pour lui jusque-là. J'ai bien vu qu'après, il allait un peu mieux, je le lui ai fait remarquer et j'ai suggéré qu'il avait sûrement besoin de parler à un psychomage. Je m'attendais à ce qu'il s'énerve, à ce qu'il nie, à ce qu'il me hurle qu'il n'était pas fou, comme bon nombre de personnes le pensent quand on leur propose ça, mais il n'a rien fait de tout ça. Il m'a dit qu'il savait qu'il avait besoin d'être suivi mais qu'il ne voulait pas. J'ai été frappé par la souffrance qu'il y avait dans sa voix quand il a prononcé ces mots. J'ai voulu savoir pourquoi et il m'a dit qu'il avait déjà essayé et qu'il le regrettait amèrement. Il a affirmé avec violence que les psychomages ne servaient à rien, qu'ils enfonçaient les patients plus qu'autre chose et que ce métier ne devrait même pas exister.

Harry fut choqué par ces paroles. Il comprenait la méfiance que certaines personnes pouvaient avoir envers les psychomages, mais de telles pensées lui semblaient complètement disproportionnées. Il se souvenait avoir été traumatisé par la psychomage Forester, mais il ne les avait pas tous mis dans le même panier… Mais peut-être parce qu'il n'avait pas assez de haine en lui pour ça… Adrian, lui, devait en vouloir à la Terre entière, enfermé à Sainte-Mangouste, sans voir personne, sans rien faire de ses journées… Ils n'avaient pas la même perception des choses. Mais Graham venait de lui dire qu'Adrian était conscient qu'il devait se faire suivre. Alors si ça s'était mal passé avec la personne qu'il avait consultée, peut-être n'était-ce pas de sa faute… Peut-être avait-il des raisons de détester autant les psychomages… Peut-être celui ou celle qu'il avait vu n'avait pas été tendre avec lui… Un doute commença alors à s'insinuer dans l'esprit de Harry. Il vint l'envahir, lentement, se répandant peu à peu en lui à la manière d'un poison. Une sueur froide lui parcourut le dos. Il ne se sentait pas bien. Il essaya de chasser cette pensée de son esprit et reporta son attention sur Graham.

- J'espère qu'il va changer d'avis…

- Je n'y crois pas trop, grimaça Graham. Bon, je dois être honnête : je ne t'ai pas tout dit. Ce que je t'ai révélé doit t'avoir déjà secoué mais j'ai passé sous silence certaines choses. Est-ce que tu veux tout savoir ?

Harry fut un peu déstabilisé par cette question. D'un côté, il ne voulait pas que Graham le ménage et lui cache des choses, et d'un autre côté, il avait peur de ce qu'il allait lui dire. Le désir de ne pas être mis à l'écart prit le dessus.

- Je veux savoir.

- Bon. Je suis allé à Sainte-Mangouste une première fois au début des vacances. Les médicomages n'étaient pas sûrs que ce soit une bonne idée que j'aille voir Adrian car ce serait la première visite qu'il recevrait. Ils ignoraient comment il pourrait réagir. J'ai quand-même décidé d'y aller et à peine Adrian m'a-t-il vu qu'il a fondu en larmes. C'était quelqu'un de complètement détruit que j'avais en face de moi. On n'a même pas pu parler car il a longtemps pleuré et il s'est endormi dans mes bras. C'était la première fois qu'il s'endormait sans les potions qu'il prenait. En six semaines, il avait fait cinq tentatives de suicide, mais comme il était très surveillé, il avait été sauvé à temps à chaque fois. Il m'a dit ça quand je suis revenu le voir quelques jours plus tard. Là, on a pu parler. Adrian m'a dit qu'il avait vu une psychomage mais que ça n'avait servi à rien tant il était mal dans son esprit. Ça a été tellement inutile qu'il a même développé une phobie à l'idée de se confier sans savoir pourquoi. Ça l'a poussé à refuser de voir un autre psychomage alors qu'il en avait désespérément besoin. Mais face à moi, les vannes ont lâché. En-dehors du personnel de l'hôpital, j'étais la première personne qu'il voyait depuis qu'il était à Sainte-Mangouste. Il m'a tout dit et j'ai bien vu que ça lui avait fait du bien. Lui-même l'a senti, mais il rejetait catégoriquement l'idée de voir un autre psychomage. Il a la profonde conviction qu'aucun psychomage au monde ne pourra l'aider.

Harry fut troublé en entendant cela. C'était exactement ce qu'il avait pensé après sa séance avec le psychomage Forester. Il avait été longuement persuadé que personne ne pouvait rien pour lui, que personne ne pouvait le comprendre. Jusqu'à ce que le professeur Snape s'occupe de lui.

- Les médicomages savent qu'Adrian se porterait beaucoup mieux s'il acceptait d'essayer de voir un autre psychomage. Ils s'en doutaient déjà avant mais quand ils l'ont vu aller un peu mieux après ma visite, ils n'ont plus eu aucun doute. Ils ont réussi à convaincre une ancienne psychomage de Sainte-Mangouste spécialisée auprès des adolescents et des jeunes adultes de revenir provisoirement afin de s'occuper uniquement d'Adrian. Elle avait quitté Sainte-Mangouste car elle ne supportait plus les conditions de travail. Mais là, elle a accepté de reprendre son poste s'il n'y avait qu'un seul patient qui avait urgemment besoin d'un psychomage. Il faut juste qu'Adrian soit d'accord, lui aussi. Mais les médicomages se heurtent à un mur. Ils vont bien finir par devoir le laisser partir mais pour cela, il doit obligatoirement être suivi.

Harry resta un moment silencieux. Il comprenait pourquoi Graham était autant inquiet. La situation d'Adrian était préoccupante. Il avait besoin de voir un psychomage, il le savait, mais il s'y refusait. Il ne devrait pas se trouver dans un tel état de prostration après avoir consulté un psychomage. Tout comme Harry n'aurait pas dû l'être. Le doute revint s'installer malgré lui dans son esprit. Il y avait trop de ressemblances. Il ne voulait pas y croire, mais il devait en avoir le coeur net.

- Je pense savoir ce qui s'est passé, dit-il lentement. Adrian a bien toujours été à Sainte-Mangouste depuis qu'il y a été envoyé ?

- Oui…

- Il a donc été suivi une première fois par une psychomage de Sainte-Mangouste ?

- Oui, j'imagine…

- Est-ce qu'il pourrait encore être considéré comme un adolescent ?

- Je crois qu'on est considéré comme tel tant qu'on n'a pas quitté Poudlard. Bon, si tu as vingt ans et que tu es toujours à Poudlard car tu as redoublé deux fois, là, tu peux être considéré comme un jeune adulte. Mais à dix-huit ans, tu n'es pas responsable de toi-même, donc tu n'es pas considéré comme un adulte. Mais pourquoi me poses-tu toutes ces questions ?

- Parce que je sais sûrement pourquoi Adrian est autant réfractaire à l'idée de consulter quelqu'un d'autre. Il a dû avoir à faire à la même psychomage que moi. Je ne l'ai vue qu'une seule fois, l'été dernier, car je n'allais pas bien du tout, et j'en suis ressorti tellement traumatisé que j'ai fait un déni total de ce qui s'était passé ainsi que de mon mal-être. Je me suis persuadé que ses reproches étaient fondés, à savoir que j'étais trop tourné vers le passé, que j'étais trop concentré sur le négatif, que je refusais de voir le positif, que je cherchais toujours une raison de me plaindre, que je voulais avoir toute l'attention sur moi, que je n'étais jamais satisfait de ce que j'avais, que je voulais toujours plus de célébrité… Alors qu'en réalité, j'avais besoin de me confier sur ce que j'avais ressenti lors de la Troisième Tâche du Tournoi des Trois Sorciers que je refoulais dans mon esprit. Elle ne comprenait rien à rien, cette psychomage. Elle pense que si un adolescent se sent mal, c'est de sa faute. Ça ne m'étonnerait pas qu'elle ait enfoncé Adrian plus bas que terre en lui disant qu'il n'aurait pas dû se plonger dans la drogue, qu'il n'avait qu'à s'en prendre qu'à lui-même, qu'elle ne pouvait rien faire pour les toxico de son genre… Elle en est vraiment capable. Et si elle lui a réellement balancé des horreurs pareilles, c'est normal qu'Adrian soit dans cet état…

- Mais il faut faire quelque chose ! s'exclama Graham. On ne peut pas laisser Adrian comme ça ! Et il faut la faire virer, cette sal...eté de psychomage !

- Je suis tout à fait d'accord, mais ce n'est pas aussi simple que ça, soupira Harry. Depuis qu'il est au courant de mes déconvenues avec cette psychomage, le professeur Snape est sur le coup, mais il lui faudrait une liste d'adolescents qui ont eu à faire à elle et qui ont subi la même chose. On a déjà trouvé une élève, que je connais bien, mais ce n'est pas suffisant. Même avec Adrian, il manquerait au moins deux personnes pour que ça devienne intéressant. Mais j'en parlerai au professeur Snape si tu m'y autorises. Déjà que ce n'était pas prévu que tu m'informes de tout ça…

- J'ai dû sentir, au fond de moi, que tu pourrais aider Adrian.

- Je ne suis pas sûr d'y arriver, mais je vais tout faire pour. Même si on parvient à faire renvoyer la psychomage, ça ne changera pas grand-chose pour Adrian. Il faudrait qu'il comprenne que s'il ne va pas bien, c'est parce qu'il a eu à faire à une mauvaise psychomage. Et qu'il n'a pas à avoir peur de consulter une autre personne, car il y a de très bons psychomages.

- Tu penses que le professeur Snape pourrait réussir à lui faire entendre raison à ce sujet ?

- Je ne sais pas. Il ne pourra pas s'occuper de sa thérapie, en tout cas. Adrian a besoin de quelqu'un de neutre.

- C'est vrai. Bon, essaie de voir avec le professeur Snape ce qu'il peut faire avec la psychomage et tiens-moi au courant.

- D'accord. Je vais rentrer, c'était prévu que Draco et moi passions le reste de la journée ici mais il m'a lâchement abandonné, plaisanta Harry. Passe une bonne soirée.

Graham lui souhaita de même, puis Harry s'en alla. En rejoignant le château, il se promit de parler au plus vite au professeur Snape. Il avait peut-être une chance de relancer le dossier Forester, alors il n'allait pas la laisser filer. Et s'il pouvait aider Adrian par la même occasion, eh bien cela lui ferait très plaisir. Il lui avait fait du mal, beaucoup de mal, mais il savait qu'il ne lui aurait jamais fait tout ça s'il n'était pas tombé dans la drogue. Ce n'était pas en le rejetant qu'il aurait la force de suivre le bon chemin. Loin de là. Il avait le droit à une seconde chance. Il avait fait des erreurs, oui, mais si personne ne l'aidait, si personne ne lui faisait confiance, il ne pourrait pas redevenir le gentil garçon qu'il était avant de toucher à ces saletés. Mais cela ne signifiait pas pour autant que Harry était prêt à reprendre contact avec lui. C'était trop tôt. Il était encore trop fragile. Il était prêt à aider Adrian, certes, mais tout en se préservant. Il voulait aller de l'avant et pour cela, il devait être en paix avec lui-même. Et cela passait par faire de son mieux pour aider quelqu'un qui n'avait pas eu la chance d'avoir une famille attentive quand ça n'allait pas bien. Alors il aiderait Adrian, pour lui, pour eux, pour leur histoire passée, mais aussi pour toutes les personnes à qui Adrian n'allait pas faire de mal en repartant sur les bons rails. Avec le soutien de Graham, il allait pouvoir s'en sortir, tout comme Harry s'en était sorti grâce au soutien des siens. Le chemin allait encore être long, plus pour Adrian que pour Harry, mais lorsqu'il y avait quelqu'un pour qui se battre, alors oui, ça valait largement le coup.

.

.

Et voilà pour aujourd'hui ! J'espère que le chapitre vous a plu ! Il me semble que je vous avais déjà demandé quels étaient vos personnages préférés dans la saga, mais cette fois, j'aimerais savoir quels sont vos personnages préférés dans SAMLP ? Ce serait marrant de voir si, pour certains d'entre vous, vous aviez répondu tel personnage dans la saga, et un autre personnage dans SAMLP alors que le personnage de la saga apparaît aussi dans SAMLP XD Et là je serais en mode «ok, je l'ai dégoûté(e) de ce personnage» XD Ça se trouve, vous répondrez exactement la même chose que vous aviez répondue pour la saga, ou bien vous répondrez un personnage qui n'apparaît que très peu dans la saga, ou alors vous répondrez un personnage qui n'est apparu que deux ou trois fois dans la fic… Tout est possible, et c'est pour ça que ce serait intéressant d'avoir vos avis XD Bref, je vous donne rendez-vous le dimanche vingt-neuf mai pour le prochain chapitre intitulé «Malentendu, pas en avant et potentielle collègue». Bon, le titre changera peut-être car pas sûr que ça rentre XD Mais il apparaîtra tel quel dans le chapitre en question :) Sur ce, je vous souhaite de passer deux bonnes semaines jusqu'au prochain chapitre, prenez soin de vous, je vous embrasse fort, et plein de bisous tout le monde !