Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le soixante-quinzième chapitre de SAMLP ! J'espère que vous n'avez pas trop souffert de la canicule, même si, statistiquement, certains d'entre vous ont dû la subir, sauf si vous venez tous d'un endroit qui a été miraculeusement épargné XD Mis à part cela, je vous remercie encore et toujours de suivre avec toujours autant d'intérêt cette histoire, je vous laisse avec ce chapitre et je vous souhaite une agréable lecture =)

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75 – Décision, prévention et réconciliation

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(mardi 21/05) POV Hermione

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Le cours de potions était passionnant, comme à l'accoutumée, mais Hermione avait l'esprit ailleurs. Le professeur Snape souhaitait la voir à la fin de l'heure et elle avait peu de doutes quant à ce dont il souhaitait lui parler. Harry était légèrement fuyant depuis la veille, voire mal à l'aise, ce qui lui faisait penser qu'il avait dû raconter au professeur Snape ce qui s'était passé deux jours plus tôt après la fête. Même si elle lui avait implicitement demandé de ne pas le faire, elle ne lui tiendrait pas rigueur de l'avoir fait : avec le recul, elle reconnaissait que son attitude avait dû être effrayante, de par ses cris et ses mots. Elle ne se souvenait pas de tout, mais elle savait qu'elle avait déballé tout ce qu'elle avait sur le coeur à propos de son sentiment de culpabilité qui la poussait à tout faire pour se racheter. Elle y repensait, depuis, et elle réalisait enfin que ça n'allait pas du tout et que sa lubie de traquer tous les dealers était en réalité une obsession qui n'avait rien de normal. Au fond d'elle, elle était bien consciente qu'elle avait besoin d'aide, qu'il lui fallait un suivi psychologique, et vite, mais cela lui faisait peur. Elle n'avait pas envie de se confier sur ce qui la tourmentait. C'était trop douloureux. De plus, elle craignait de craquer et de se montrer vulnérable. Elle préférait donc garder cela pour elle. Mais à cause de son mal-être, elle faisait n'importe quoi et elle se mettait en danger. Cela ne pouvait plus durer, c'était déjà allé trop loin le soir de la fête et elle devait y remédier. Mais pour cela, la seule solution était de consulter et c'était vraiment ce qu'elle voulait éviter à tout prix. Elle était réellement bloquée à l'idée de se dévoiler. Mais si elle ne le faisait pas, si elle restait avec ses remords qui lui pourrissaient l'existence, elle continuerait à pister tout le monde, à se mettre en péril et à inquiéter ses amis. Et ce qu'elle craignait par-dessus tout, c'était qu'une des victimes de sa lubie cherche à se venger et à faire pression sur elle en s'en prenant à un des membres de la bande. Elle ne se le pardonnerait pas si l'un d'entre eux était blessé par sa faute. Leur sécurité passait avant tout. C'était le plus important. Il n'y avait alors pas à tergiverser. Même si elle n'en avait pas du tout envie, elle devait accepter de se faire aider. Il n'y avait que comme ça qu'elle pourrait protéger ses amis, ainsi qu'elle-même. Toutes ces réflexions lui avaient coûté sa concentration durant le cours de potions, mais au moins, elle était sûre et certaine d'avoir fait le bon choix. Si elle disait à Terry ou à Théo qu'elle n'avait pas écouté le cours car elle avait eu une intense introspection qui l'avait menée à décider de se faire suivre pour se sortir de ses problèmes, ils seraient tellement heureux qu'elle ait fait ce choix qu'ils lui donneraient sans hésiter leurs notes afin qu'elle puisse rattraper le cours. Elle n'avait donc pas à s'en faire pour cela. L'esprit un peu plus tranquille, elle tenta de se focaliser sur le cours pour les quelques minutes qu'il restait mais le professeur Snape libéra bien vite la classe. Elle rangea ses affaires et attendit que ses camarades soient partis pour aller voir son professeur de potions.

- Bonjour, miss Granger. Avant de vous convoquer, j'ai vérifié si vous étiez de ronde aujourd'hui et ce n'était pas le cas. J'espère qu'il n'y a pas eu de changement depuis ?

- Non, je suis bien libre.

- Bien. Peut-être avez-vous une idée de la raison pour laquelle je souhaite vous parler ?

- Effectivement, affirma Hermione. C'est au sujet de ce que j'ai dit à Harry dimanche soir, après la fête que nous avions organisée ?

- C'était plutôt lundi puisqu'il était une heure du matin mais c'est bien cela, oui. Vous rappelez-vous ce que vous lui avez dit ?

- En partie, il y a des zones d'ombre mais je me souviens du principal.

- C'est normal. C'est déjà bien que vous n'ayez pas tout oublié. Je ne veux en aucun cas vous faire la morale, mais il a laissé entendre que vous n'étiez pas vraiment sobre. Est-ce que cela a pu altérer la véracité de vos propos que vous avez eus en sa présence ?

Hermione se troubla. En lui posant cette question, le professeur Snape lui donnait la possibilité de se rétracter, et donc de mentir. Elle comprit qu'il la testait dans le but de voir dans quel état d'esprit elle était. Mais elle n'avait aucune envie de mentir. Elle avait décidé de se faire aider, et cela passait par la franchise en toute circonstance.

- Non, au contraire, ça m'a permis de lâcher tout ce que je gardais pour moi depuis six mois, avoua-t-elle.

Le professeur Snape parut d'abord surpris, puis satisfait.

- Ce lâcher prise était-il uniquement dû à l'alcool ou à un contexte plus vaste ?

- Je venais de me faire attaquer par un élève que j'avais traqué car je le soupçonnais d'être un dealer et c'est Harry qui m'a délivrée du sort qu'il m'avait lancée. Sur le moment, je n'ai pas réalisé, mais ce qui s'est passé ce soir-là, ça a agi comme un déclic en moi. J'ai ouvert les yeux sur le fait que je n'allais pas bien du tout dans ma tête. Pour être tout à fait honnête, j'y ai surtout réfléchi pendant ce cours et j'en suis venue à la conclusion que je devais me faire suivre psychologiquement parlant. Je me doute bien que c'était la proposition que vous désiriez me faire suite à ce que vous a dit Harry, et je suis d'accord. Il y a une semaine, je n'aurais pas du tout été dans les mêmes dispositions. C'est vraiment depuis hier que j'ai pris conscience que je devais réagir et faire quelque chose. J'ai peur de ce qui pourrait arriver si je continuais à garder pour moi ce qui me torture l'esprit. J'ai surtout peur pour mes amis, en fait. Ça fait des semaines qu'ils essaient de me raisonner mais je ne voulais pas les écouter, et je comprends mieux maintenant pourquoi ils étaient si inquiets. Pardon, je m'égare, je saute d'un sujet à un autre et je m'éloigne de la question de base…

- Ne vous en faites pas pour cela, tempéra le professeur Snape. Vous avez juste beaucoup de choses à dire, il était temps d'en parler et je suis là pour vous écouter. Mais pas tout de suite. Comme vous l'avez si bien deviné, je souhaitais seulement discuter un peu avec vous pour me faire une idée sur votre état mental et voir si vous aviez besoin d'une thérapie. La réponse est de toute évidence «oui», vous l'avez vous-même confirmé. Je m'en doutais déjà avec ce que m'a dit M. Potter, mais il était nécessaire que je m'en assure en ayant une petite conversation avec vous. Nous allons donc choisir un jour et une heure pour notre première séance. Ce sera un créneau de deux heures mais la séance ne durera sûrement qu'une heure. C'est souvent ce qui se passe lors de la première séance mais par précaution, nous allons nous réserver deux heures. À l'issue de cette séance, vous déciderez ou non de poursuivre la thérapie. Si oui, vous pourrez y mettre un terme à tout moment, même si je vous le déconseille fortement. Nous irons à votre rythme, ne stressez donc pas et ne craignez pas de bloquer ou de ne pas savoir quoi dire. C'est généralement le cas au début de la thérapie, et par la suite, il y a toujours une phase où le patient a l'impression de ne plus avoir rien à dire. Là non plus, il ne faudra pas paniquer. Quoi qu'il en soit, je serai là pour vous guider. Je préfère que vous soyez au courant de tout ce qui vous attend pour que vous commenciez cette thérapie en toute connaissance de cause. Est-ce que cela vous a fait changer d'avis ?

- Non, je suis prête à affronter tous les obstacles qui se dresseront sur mon chemin.

- Bien, comme nous sommes déjà fin mai, nous ne pourrons pas aller au bout de cette thérapie avant les vacances. Nous allons donc nous voir deux fois par semaine afin que nous puissions avancer un maximum. Vous suivez bien le cours de runes, d'arithmancie et de soins aux créatures magiques ?

- Oui, c'est cela.

- Cela va être compliqué de placer une séance en semaine en pleine journée. Il va falloir privilégier un créneau tôt le matin. Si l'on se voit le mercredi de huit heures à dix heures et le samedi de quinze heures à dix-sept heures, est-ce que cela vous va-t-il ?

- Oui, c'est parfait.

- C'est noté. Je vous dis alors à demain matin, à huit heures.

Hermione acquiesça, remercia le professeur Snape, le salua et s'en alla. Tout en quittant les cachots, elle constata qu'elle se sentait plus sereine. Comme si elle avait été soulagée d'un certain poids. Ce qui était un peu le cas. Elle avait fait le premier pas pour se sortir de son traumatisme qui la suivait depuis l'histoire d'Adrian Pucey. Elle avait mis du temps, beaucoup de temps à réaliser à quel point elle souffrait de ses remords et de l'impact que cela avait sur ses agissements. À présent, il fallait en informer ses amis et leur dire la vérité sur son obsession à propos des dealers. Elle voulait le faire le plus tôt possible mais elle était obligée d'attendre le week-end si elle désirait réunir tout le monde en même temps. Mais avant toute chose, elle devait parler à Ginny. Elle n'avait pas encore pu avoir une discussion avec elle au sujet de tout ce qui s'était passé autour de Hannah. Cela devenait urgent, aussi décida-t-elle de chercher tout de suite Ginny. Elle n'avait absolument pas réfléchi à ce qu'elle allait lui dire mais tant pis, elle improviserait. Pensant la trouver dans leur salle commune, elle s'y rendit. Mais elle n'y était pas. Elle promena son regard dans la pièce et aperçut Wendy, une fille qui était de la même année que Ginny. Elle alla la voir et s'arrêta devant elle.

- Excuse-moi, est-ce que tu sais si Ginny est dans votre dortoir ?

- Oui, elle y est montée il y a une demie-heure. Mais je crois qu'elle a envie d'être seule.

Hermione fronça les sourcils.

- Pourquoi ?

- J'ignore ce qu'elle a mais elle semble triste depuis ce matin, elle s'est isolée toute la journée alors que d'habitude, elle est toujours fourrée avec Simon, Colin, Luna et Fiona.

- D'accord, merci, je vais faire attention, dans ce cas.

Hermione prit congé de Wendy et se dirigea vers les escaliers menant aux dortoirs des filles. Elle les grimpa jusqu'à celui de Ginny et hésita un court instant avant d'ouvrir doucement la porte. Tous les rideaux étaient ouverts, sauf ceux de Ginny. Hermione s'avança et une fois arrivée devant l'espace de son amie, elle demanda :

- Ginny, je peux entrer ? Je dois te parler, c'est important.

Il y eut un bref soupir, puis Ginny répondit :

- Vas-y, puisque tu es là…

Hermione ne lui tint pas rigueur de son manque d'enthousiasme et passa les rideaux. Allongée sur son lit, Ginny était en train de rédiger un devoir qui devait être de la Défense Contre les Forces du Mal au vu du manuel posé à côté d'elle. Hermione s'assit près d'elle et se lança :

- Je voulais qu'on discute de l'histoire autour de Hannah et, surtout, je voulais m'excuser de ne pas t'avoir cru.

Ginny leva les yeux vers Hermione qui put y lire de la surprise ainsi qu'une certaine tristesse. Mais elle avait aussi l'air touchée.

- C'est gentil de ta part, mais je n'étais pas vraiment en colère contre toi. J'étais juste un peu déçue et peinée tout en comprenant ta réaction. Pour un élève normal, c'est déjà difficile de croire qu'une préfète puisse se droguer, alors pour une autre préfète…

- Ça n'excuse rien, grimaça Hermione. Terry et Pansy te connaissent bien moins que moi et ils t'ont pourtant cru sans se poser de questions, eux. Et ils ont accepté de t'aider en traquant Hannah.

- On ne réagit pas tous de la même manière face à une nouvelle qui nous dépasse… Et puis, on ne peut pas dire que tu sois tout à fait toi-même en ce moment. Tu as des réactions que tu n'aurais pas en temps normal. Je ne veux pas qu'on s'embrouille là-dessus mais ça peut expliquer pourquoi tu as été aussi réticente à me croire.

- C'est plus profond que ça, en réalité, avoua Hermione. Et c'est justement de ça dont je voulais te parler. Et plus précisément de mon comportement étrange qui vous inquiète tant, toi ainsi que tous les membres de la bande. Je ne sais plus si je te l'avais dit, mais quand Adrian sortait avec Harry, je savais qu'il se droguait. Du moins, j'avais de sérieux doutes. Je l'avais vu avec un dealer, une fois, lors d'une ronde avec Terry. J'avais été terriblement choquée, je ne voulais pas y croire. Je me suis retrouvée prise dans un vrai dilemme, car je devais en parler à Harry mais je n'osais pas. On n'avait aucune preuve concrète qu'Adrian se droguait, puisqu'il s'était enfui en nous reconnaissant tandis que le dealer nous aveuglait avec sa baguette. On ignorait si Adrian lui avait réellement acheté des potions droguées. Je n'avais pas du tout envie de créer des tensions dans son couple avec Harry si, au final, il était clean… Mais d'un autre côté, j'avais peur qu'Adrian soit vraiment dans la drogue et que Harry soit en danger avec lui… Mais si je le mettais au courant, ça allait le détruire et je n'avais pas non plus envie de le voir déprimer… Il était si heureux avec Adrian… Une part de moi pensait, ou plutôt espérait, qu'Adrian pouvait très bien se droguer sans jamais faire de mal à Harry… Tout compte fait, c'est Adrian qui a pris les devants en faisant part à Harry de son entrevue avec le dealer et en prétextant qu'il avait simplement tenté de l'empêcher de vendre de la drogue à un jeune élève. C'est Harry qui m'a dit ça quand j'ai voulu le mettre en garde contre Adrian. Ce dernier avait une bonne excuse, alors j'ai renoncé à essayer de raisonner Harry. Et j'ai eu tort car ce que j'avais tant craint s'est produit. Adrian s'en est pris à Harry. Quand je l'ai su, jamais je ne m'étais autant sentie coupable. Je m'en suis atrocement voulue, j'ai regretté de ne pas avoir insisté auprès de Harry et de n'avoir rien dit à Sirius et au professeur Lupin alors qu'ils m'avaient convoquée avec Ron, Draco et Théo parce qu'ils s'inquiétaient pour Harry. Même si je n'avais pas assez de preuves, j'aurais dû les informer de cette entrevue entre Adrian et le dealer, ils auraient enquêté dans ce sens et ils auraient sûrement pu éloigner à temps Adrian de Harry… Et rien de tout ça ne se serait passé. Au lieu de ça, j'ai couvert Adrian et sans le vouloir, je lui ai permis de continuer à se droguer. Dès que j'ai appris qu'Adrian avait fait du mal à Harry, j'ai été envahie par la culpabilité et comme je l'ai gardée pour moi sans en parler à personne, elle m'a rongée petit à petit et j'ai fini par développer un besoin de me racheter en me livrant à une véritable traque aux dealers. C'était même plus qu'un besoin, c'était un besoin vital que je devais à tout prix assouvir. Je ne voulais pas que quelqu'un subisse la même chose que Harry. Je n'avais pas su le protéger, mais je pouvais me rattraper un peu en faisant mon maximum pour éradiquer la drogue de Poudlard. C'était devenu ma priorité. Mais je ne voyais pas ça comme une fixette ou comme une obsession. Pour moi, c'était parfaitement normal. J'étais dans une sorte de déni, je refusais de voir que mon comportement n'était pas sain, que ça cachait quelque chose. Je n'en ai pris conscience qu'avant-hier, en sortant de la fête, quand je me suis faite attaquer par un élève que j'avais cherché à coincer quelques jours plus tôt. Je n'avais pas été assez discrète, il avait compris que je le traquais et il avait déjà voulu se venger sur le moment-même. Mais j'avais été sauvée à temps par un autre élève. Sauf que là, dimanche soir, j'étais seule face à lui. Et il en a bien profité. Il m'a provoquée en duel, il a vite eu le dessus, comme la première fois, et il a fini par me stupéfixer. C'est Harry qui m'a libérée en quittant à son tour la fête. Je ne sais plus trop ce qu'il m'a dit exactement mais j'ai explosé et j'ai déversé tout ce que j'avais sur le coeur depuis l'histoire avec Adrian. Puis je suis partie. J'aurais pu avoir tout oublié, le lendemain, vu le nombre de verres que j'avais bus, mais ce n'était pas le cas. C'était flou, dans mon esprit, et ça l'est toujours un peu, je ne me souvenais pas précisément de ce que j'avais dit, mais j'avais l'idée principale. J'y ai songé toute la journée d'hier et d'aujourd'hui, et c'est tout à l'heure, en cours de potions, que j'ai compris que j'avais besoin d'aide, que je devais me faire suivre psychologiquement parlant. Ça tombait bien car le professeur Snape avait demandé à me voir à la fin du cours. Il m'a posé des questions, je lui ai répondu et ça a confirmé ce qu'il pensait : il me fallait une thérapie. Et je la commence demain, à huit heures. Voilà pour ce qui est de mon comportement étrange depuis quelques semaines et de ma lubie envers les dealers. En ce qui concerne Hannah, c'est en quelque sorte lié car, inconsciemment, je n'ai pas voulu croire qu'une autre personne de mon entourage se droguait sans que je ne me sois rendue compte de rien. Surtout que je passais littéralement tout mon temps libre à tenter de dénicher tous les dealers qui se cachaient dans Poudlard, sans que ça ne donne de réels résultats… Et là, toi, qui n'étais même pas préfète, tu venais m'annoncer qu'une de mes collègues se fournissait auprès d'un dealer… C'était un peu le comble, pour moi, je ne pouvais pas y croire, c'était impossible. Si c'était vrai, ça voudrait dire que j'étais passée à côté de mon devoir, encore une fois. Et c'était tout bonnement impensable à mes yeux. Mais c'était pourtant la vérité. Tu avais vu juste et tu t'es battue comme une lionne pour le prouver. J'aurais dû t'aider dans ce combat, c'était mon rôle en tant que préfète et amie, mais tu n'as même pas pu t'adresser à moi puisque j'avais refusé de te croire… Tu ne peux pas savoir à quel point je m'en veux. Je suis désolée de ne pas t'avoir cru, de t'avoir laissée te débrouiller toute seule alors que ce n'était pas à toi de coincer Hannah… Heureusement que tu as pu compter sur Terry et Pansy. J'ai été en-dessous de tout et je te demande mille fois pardon de ne pas avoir été à la hauteur.

Hermione se tut sur ces mots et baissa les yeux, redoutant la réaction de Ginny. Mais celle-ci ne dit rien, et ce fut ce qui poussa Hermione à relever la tête. Ce qu'elle vit alors dans le regard de Ginny la bouleversa. Il était rempli de larmes contenues et ce fut tout ce qu'elle eut le temps de voir avant que Ginny ne se jette sur elle et ne la prenne dans ses bras. Elle la serra fort, si fort contre elle que Hermione en eut presque le souffle coupé. Mais elle n'en tint pas rigueur à son amie et lui rendit du mieux qu'elle put son étreinte. Elle était à la fois dépassée et soulagée par le geste de Ginny. Elle ne s'était pas attendue à cela, pensant plutôt que Ginny allait lui en vouloir et lui faire une multitude de reproches. Au lieu de cela, elle était au bord des larmes et lui apportait son soutien et son amitié de la meilleure façon qui soit. Cela ne fit que renforcer le sentiment de culpabilité de Hermione qui ne put s'empêcher de s'excuser de nouveau :

- Je suis désolée, murmura-t-elle.

Ginny secoua la tête et se détacha de Hermione.

- Non, tu n'as pas à t'en vouloir, tu n'allais pas bien et ton mal-être t'a fait faire n'importe quoi. Ça me fait d'ailleurs mal de savoir que tu souffrais autant et que tu as gardé ça aussi longtemps en toi sans rien dire à personne… Ce n'est pas étonnant que tu aies craqué… Mais tu as fait le bon choix en décidant de te faire suivre par le professeur Snape. Je suis fière de toi, car même si ça t'a pris du temps, tu as réussi à te raisonner toute seule. Oublie tout ce qui s'est passé, d'accord ? Le principal, c'est que tu m'aies dit la vérité et que tu fasses ce qu'il faut pour aller mieux.

Les mots de Ginny émurent profondément Hermione, si bien qu'elle ne put qu'acquiescer.

- Tu te sens comment d'avoir fait ce premier pas ?

- Soulagée, mais ça me fait aussi peur, avoua Hermione. Je vais devoir parler de cette culpabilité qui me fait tant souffrir et j'ai peur de bloquer, de ne pas trouver mes mots, de me laisser submerger par l'émotion, de fondre en larmes et de ne pas pouvoir m'arrêter de pleurer…

- C'est sûrement ce qui t'attend, mais si je ne dis pas de bêtises, je crois que c'est commun à toutes les thérapies, ou du moins à la plupart d'entre elles, dit doucement Ginny. Le professeur Snape doit y être habitué, il ne te jugera pas et il sera là au contraire pour te relancer et te donner des pistes.

- Je sais, c'est ce qu'il m'a dit, répondit Hermione. Ça me rassure un peu.

- Ça va bien se passer, j'en suis sûre, affirma Ginny. Et puis, il n'y aura pas que lui qui sera là pour t'aider. Il y aura nous, aussi. On ne te lâchera pas, c'est promis. Tu auras toute la bande derrière toi. On sera toujours là pour toi.

- Je n'en doute pas une seule seconde, sourit Hermione. J'ai prévu de réunir tout le monde ce week-end pour leur dire ce que je viens de te raconter. Tu es la première au courant, en fait. Parce que tu es une de mes premières amies, ma meilleure amie, et parce que je te devais bien ça.

- Tu n'étais pas obligée… Mais ça me touche beaucoup, confia Ginny. Je suis bien contente qu'on ait retrouvé notre complicité d'avant, en tout cas. J'avais bien besoin de ça.

Hermione fronça les sourcils.

- Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?

Ginny se mit à rougir. L'air embarrassée, elle détourna le regard.

- Rien, c'est juste que toutes ces tensions entre nous, ça commençait à me peser.

Hermione soupira.

- Ginny, ne me prends pas pour une idiote, tu en as soit trop dit, soit pas assez. Tu as des problèmes avec quelqu'un ?

Ginny se mordit la lèvre. Vaincue, elle céda vite :

- Je me suis disputée hier soir avec Blaise. C'était la première fois. On n'avait jamais eu de conflit avant ça. Et surtout pas à ce point. On a presque rompu…

La voix de Ginny se brisa sur ces mots. Hermione mit quelques secondes à se remettre du choc. Elle n'aurait jamais imaginé cela. Ce n'était pas du tout le fait que Blaise et Ginny se soient disputés qui l'étonnait, il fallait bien que cela se produise et c'était plus qu'évident que cela allait finir par arriver tant ils étaient aussi têtus l'un que l'autre. Non, ce qui la surprenait, c'était qu'ils en soient venus au point de la quasi rupture… Ils avaient beau avoir tous deux un caractère explosif, leur relation n'en restait pas moins solide, bien que passionnelle. Ils n'étaient vraiment pas du genre à se quitter pour un simple désaccord… Pour Hermione, cela ne signifiait donc qu'une chose : ce n'était pas qu'une petite dispute sans importance. C'était beaucoup plus profond que ça.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? s'enquit-elle d'une voix douce.

Ginny ramena ses jambes contre elle, les entoura de ses bras et posa sa tête sur ses genoux. Puis elle commença son récit. Elle relata à Hermione la discussion qu'elle avait eu la veille avec Blaise dans la salle sur demande. Elle lui parla de l'élève qui avait voulu semer la pagaille dans son couple en mettant Blaise en garde sur sa fidélité, des explications qu'il lui avait demandées sur son tête-à-tête avec Théo, de la justification qu'elle lui avait apportée, du fait que Blaise avait bien réagi, avant que la conversation ne tourne au vinaigre lorsqu'elle avait avoué à Blaise qu'elle s'était portée candidate pour le poste de préfète, des reproches que Blaise lui avait faits, de sa défense face à ces attaques, de leur incapacité à s'écouter mutuellement, du dialogue de sourds que cela avait engendré, du ton qui était monté petit à petit entre eux, de leur énervement, de leurs cris, et pour finir, de l'ultimatum que Blaise lui avait posé. Hermione fut sonnée par toute cette histoire. Elle était également triste car elle avait l'impression que tout cela aurait pu être évité. Selon elle, il y avait juste eu un problème de communication. Elle comprenait les arguments de chacun, mais elle devait admettre que Blaise n'avait pas assez entendu ceux de Ginny. Ses inquiétudes étaient légitimes, mais il aurait pu laisser une chance à leur couple de coexister avec les différentes responsabilités de Ginny. Elle connaissait suffisamment sa meilleure amie pour savoir qu'elle était tout à fait capable de tout gérer à la fois. Il allait juste lui falloir un certain temps d'adaptation. Mais en réalité, le problème n'était pas vraiment là. Tout le monde s'accordait à dire que Ginny était faite pour être préfète. Pourtant, en l'ayant bien écoutée, Hermione avait l'impression que Blaise n'avait pas entièrement conscience d'à quel point cette candidature comptait aux yeux de Ginny. D'à quel point elle passerait à côté d'une aubaine si elle y renonçait. D'à quel point ce rôle lui était destiné. D'à quel point il était essentiel qu'elle aille au bout de ce projet. S'il prenait conscience de tout cela, il y avait de grandes chances qu'il change d'avis et qu'il mette de l'eau dans son hydromel. Mais pour cela, une aide extérieure allait être plus que nécessaire. Hermione avait déjà une petite idée. Il lui restait juste à voir comment elle allait la mettre en place.

- Je ne crois pas que ce soit fini entre vous, finit-elle par dire. Votre dispute était assez sérieuse, ça, c'est sûr, mais la situation était plutôt compliquée et c'est donc normal que vous n'ayez pas réussi à la gérer. Mais je crois pouvoir arranger les choses. Fais-moi confiance, c'est la seule chose que je te demande.

Ginny regarda Hermione avec un air un peu perdu avant d'acquiescer timidement.

- D'accord, je te laisse carte blanche. Mais si ton plan échoue, il faudra que je choisisse entre Blaise et le poste de préfète et même si ce poste sonne comme une évidence pour moi, même si je rêve de l'obtenir, je tiens trop à mon histoire avec Blaise pour la sacrifier au profit d'un projet personnel. Si ce que tu as en tête ne fonctionne pas, je n'hésiterai pas à aller voir le professeur Lupin pour lui dire que je souhaite renoncer à ma candidature.

Hermione sentit son coeur se serrer face à cette décision de Ginny. Si son amie faisait réellement ce qu'elle disait, elle allait être malheureuse et elle allait très vite le regretter. De plus, Hermione était sûre que cela ne sauverait même pas le couple de Ginny. Du moins, pas sur le long terme. Rien ne pouvait être construit sur de la rancoeur. Il ne fallait donc surtout pas que Ginny aille au bout de son idée. Hermione devait à tout prix faire son maximum pour éviter cela. Et pour cela, il fallait que son plan fonctionne. C'était la seule solution.

- Tu n'auras pas à y renoncer, je vais tout faire pour que tu puisses à la fois garder Blaise ainsi que ta candidature au poste de préfète, assura-t-elle. J'en fais mon affaire.

Ginny sourit.

- Je ne sais pas ce que tu as en tête mais c'est adorable de ta part de vouloir m'aider.

- Je peux bien faire ça, rétorqua gentiment Hermione. D'ailleurs, pendant qu'on y est, et vu qu'on en parle, félicitations pour ta candidature. Je suis sûre que ce sera toi, la future nouvelle préfète de Gryffondor. On ne nous a encore rien dit, à nous, préfets, au sujet de ce recrutement qui n'était pas du tout prévu, mais je pense que ce sera bientôt fait. On devra certainement garder ça pour nous, car il ne faudrait pas que tous les élèves sachent que des épreuves auront lieu pour tester les candidats, mais il y aura sûrement une annonce une fois que les directeurs de maison auront fait leur choix. Ou alors ce sera à la rentrée, comme d'habitude.

- Vu que c'est inédit, ils n'attendront peut-être pas la rentrée… On ne nous a rien précisé non plus là-dessus. En tout cas, merci pour tes félicitations, ça me fait hyper plaisir, et je serais trop contente qu'on devienne collègues, même si on ne sera évidemment pas mises sur les mêmes rondes. Mais il y aura des réunions et on pourra faire régner l'ordre ensemble dans notre salle commune et dans les dortoirs, et ça, c'est cool. Ça va vous soulager un peu de votre travail, car mine de rien, vous devez être sacrément débordés…

- Ce n'est pas facile tous les jours, c'est vrai, reconnut Hermione. Mais on s'y fait. Bon, il est temps d'aller dîner, on ferait mieux d'y aller. Et ne discute pas, je ne veux pas que tu sautes le repas sous prétexte que tu es déprimée par ta dispute avec Blaise.

Ginny leva les yeux au ciel mais ce fut avec un sourire amusé qu'elle enfila sa robe de sorcier. Elle quitta ensuite son lit, prit sa baguette et suivit Hermione hors de son dortoir. Pour la première fois depuis longtemps, elles se rendirent ensemble et rien que toutes les deux dans la Grande Salle. Elles s'assirent à la table de Gryffondor où étaient déjà installés Harry et Ron et firent comme si de rien n'était. Bien qu'elles cachaient toutes deux quelque chose, la conversation qu'elles avaient eue leur avait fait beaucoup de bien, si bien qu'elles n'eurent même pas à feindre leur bonne humeur tout au long du repas. Leur vie était loin d'être rose en ce moment-même, mais elles étaient plus unies que jamais et cela leur donnait la force de se battre pour leurs propres combats.

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(mercredi 22/05) POV Remus

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Il était seulement onze heures et Remus était déjà épuisé. Comme tous les mercredis, il avait commencé la journée par un double cours avec les sixième année et comme il avait très peu dormi à cause de tout un tas de choses qu'il avait en tête et qui l'empêchaient de trouver le sommeil, il avait eu du mal à suivre le rythme. D'autant plus que c'était un cours à la fois ardu et indispensable pour l'année suivante, ce qui n'avait guère arrangé les choses. Cela ajoutait une pression supplémentaire qui avait plus fatigué Remus qu'autre chose. Là, il avait cours avec les deuxième année et au vu de leur agitation permanente, il savait que ce cours allait être aussi intense que celui des sixième année alors qu'il ne durait qu'une heure. Et, effectivement, le cours fut très animé. Entre les bavardages un peu trop bruyants, les élèves qui n'avaient pas suivi les explications, et les dégâts provoqués par des sortilèges mal lancés, Remus n'eut pas le temps de s'ennuyer. Il fut bien soulagé lorsqu'il libéra sa classe. C'était l'heure de manger et il avait hâte de retrouver Sirius qu'il n'avait pas beaucoup vu le matin-même avant d'aller en cours. Il rangeait ses affaires quand il entendit quelqu'un frapper à sa porte ouverte. Il leva la tête et vit qu'il s'agissait de Ginny.

- Bonjour, Ginny, vous souhaitez me parler ?

- Oui, mais je vous dérange peut-être…

- Le déjeuner attendra, quel directeur de maison serais-je si je préférais aller manger plutôt que vous écouter ? Entrez, je vous en prie, dit Remus en souriant.

Ginny pénétra dans la salle de classe, ferma la porte derrière elle et rejoignit Remus.

- Alors, que se passe-t-il ? Y a-t-il un problème ?

- En quelque sorte, éluda Ginny. J'ai surtout une question à vous poser, en fait. Vous allez sûrement penser que je ne sais pas ce que je veux, mais… est-ce qu'il est toujours possible de revenir sur ma candidature ? Je sais que j'avais jusqu'au quinze mai pour donner une réponse définitive et que ce délai est passé, mais les tests peuvent très bien faire réaliser à quelqu'un que le poste de préfet n'est pas fait pour lui et ce serait donc bien qu'il puisse changer d'avis…

- Est-ce votre cas ? Les tests ont-ils eu un impact sur votre vision des choses ?

- Non, mais j'aimerais quand-même avoir la possibilité d'annuler ma candidature.

Remus fronça les sourcils.

- Je ne vous suis pas. Quand je vous ai dit, à vous et à vos cinq camarades, que je vous avais retenus pour être candidats au poste de préfet et de préfète, vous aviez une semaine pour réfléchir et décider si vous vouliez être de l'aventure, vous n'avez même pas attendu que je vous convoque à l'issue de ces sept jours pour me dire que vous refusiez de faire partie de la liste, puis vous êtes venue me voir le jour de la date butoir pour m'annoncer que tout compte fait, vous étiez d'accord pour tenter votre chance, et là, alors que vous êtes en pleine période de tests, vous me dites que vous ne voulez plus être candidate ? Ginny, ce n'est pas un jeu, c'est quelque chose de très sérieux, et c'est relativement difficile à organiser, vous ne pouvez pas changer d'avis tous les quatre matins, sinon on ne s'en sort plus et ça devient infernal à gérer…

- Je sais, et je suis sincèrement désolée de vous compliquer encore plus la tâche, mais en acceptant d'intégrer cette liste, je n'avais pas songé à toutes les conséquences que cela pouvait avoir… J'en ai pris conscience hier soir et j'ai désormais un choix à faire. Et même si c'était mon rêve de devenir préfète, ce n'est pas ma priorité face à ce que je vais probablement choisir si la situation reste telle quelle.

Remus regarda attentivement Ginny. Pour lui, elle s'apprêtait à faire une grosse erreur qu'elle allait regretter, mais il ne pouvait pas la forcer à se battre pour le poste de préfète si elle ne le désirait pas. Ou, plutôt, s'il y avait quelque chose de plus important qu'elle devait privilégier. Car il était évident qu'elle n'avait aucune envie d'abandonner la compétition. Remus le vit bien dans ses yeux. C'était à contrecoeur si elle finirait par le faire. Qu'avait-il donc bien pu se passer pour qu'elle se retrouve obligée à renoncer à ce poste qu'elle convoitait tant ? S'était-elle disputée avec quelqu'un ? S'était-elle souvenue d'un projet qu'elle avait oublié et qu'elle ne pourrait pas gérer si elle devenait préfète en plus de ses autres responsabilités ? Remus n'en savait rien et ne le saurait probablement jamais puisque Ginny ne voulait visiblement pas en parler. Il se contenta alors de lui répondre ce qu'il était en mesure de lui dire :

- J'ignore quelles sont ces conséquences que vous n'aviez pas prévues, mais peu importe la décision que vous avez à prendre, vous le ferez après la période de tests. Car oui, à ce moment-là, vous aurez le droit de vous retirer de la course. Mais réfléchissez bien avant de le faire. Vous semblez être sous pression, cela peut vous pousser à vous précipiter et à faire le mauvais choix et vous risquez de vous en mordre les doigts ensuite.

- Cela ne dépend pas entièrement de moi, mais je ferai ce qui sera pour le mieux.

L'air déterminé que Ginny eut à cet instant-là fit comprendre à Remus que rien de ce qu'il pourrait lui dire n'aurait d'impact sur elle. Aussi jugea-t-il bon de ne pas insister.

- Bien, si vous n'aviez rien d'autre à me dire, vous pouvez y aller.

Ginny acquiesça, salua Remus et s'en alla. Remus termina de ranger ses affaires, puis il quitta à son tour sa salle de classe. Il se rendit à la Grande Salle et rejoignit la table des professeurs où tous ses collègues étaient déjà installés. Comme à son habitude, il s'assit entre Sirius et Severus.

- Ah, te voilà, on a cru que tu allais sauter le repas, lança Sirius.

- Oh non, j'ai bien trop faim pour ça…

- Une faim de loup ?

Remus leva les yeux au ciel. Il ne prêta pas attention à Sirius, ce qui lui valut un regard courroucé de la part de celui-ci.

- Je t'attendais, Remus, l'informa Severus. Je n'ai pas eu l'occasion de t'en parler hier soir, puisque ça s'est passé à dix-sept heures, que j'avais une séance avec Harry juste après, que je ne t'ai pas vu au dîner et qu'ensuite j'avais une tonne de choses à régler, mais j'ai une nouvelle patiente et elle est de ta maison.

- Oh, fit Remus, surpris. De qui s'agit-il ?

- De Miss Granger. Je ne peux pas tout t'expliquer, par souci de confidentialité, mais il y a certaines choses que tu dois savoir, dont le contexte. Lorsque Harry était avec M. Pucey, Miss Granger savait que ce dernier se droguait. Pour diverses raisons tout à fait compréhensibles, elle a gardé cela pour elle et elle s'en est terriblement voulue quand elle a su que M. Pucey s'en était pris à Harry. Comme elle n'en a jamais parlé à qui que ce soit, son sentiment de culpabilité s'est accentué au fil du temps, jusqu'à ronger son être et la pousser à tout faire pour se racheter. Elle s'est mis en tête de mettre la main sur tous les dealers de Poudlard et elle s'est tellement focalisée là-dessus que c'est vite devenu une réelle obsession. Il n'y avait plus que ça qui comptait pour elle, elle en faisait sa priorité, elle se donnait corps et âme, quitte à se fourrer dans des situations très dangereuses. Sans compter qu'elle traquait absolument n'importe qui, dont le plus souvent des élèves innocents. Elle s'est néanmoins rendue compte par elle-même que ça n'allait pas du tout, et lorsque je l'ai convoquée hier à la fin de mon cours, elle m'a dit qu'elle souhaitait se faire suivre psychologiquement parlant. Vu que le sujet est très vaste, la thérapie va être assez longue et va donc nécessiter deux séances par semaine, ce qui va nous permettre de bien avancer malgré le fait qu'il sera impossible de la finir avant les vacances. Il fallait alors la commencer au plus vite et c'est pourquoi nous avons eu notre première séance ce matin. C'est pour ça que je n'ai pas pu t'en parler plus tôt.

- D'accord, je comprends mieux. Je ne m'attendais pas à ce que tu m'apprennes ça, je n'avais pas du tout remarqué que cette élève n'allait pas bien…

- Moi non plus, et pourtant je suis psychomage. Mais cela s'explique par le fait que son mal-être se manifestait surtout en-dehors des cours. Il se traduisait essentiellement dans sa lubie, ou plutôt dans son obsession d'éradiquer tous les dealers de Poudlard. Avant notre entrevue d'hier soir, cela faisait un moment que ses amis s'inquiétaient pour elle. M. Boot était déjà venu m'alerter à ce sujet il y a environ une semaine et Harry m'en a parlé lui aussi quand je l'ai amené dans mon bureau la nuit où nous l'avons découvert en pleurs dans un couloir du septième étage. C'était en partie à cause de ça qu'il était dans cet état et c'est suite à cette discussion que j'ai eue avec lui que j'ai voulu convoquer Miss Granger. Je n'ai pas eu besoin de lui faire comprendre quoi que ce soit, ni de la convaincre de se faire aider puisqu'elle l'avait elle-même décidé. Voilà, tu sais le principal, c'était juste pour que tu saches que j'avais pris ton élève en thérapie. En tant que directeur de maison, il faut que tu sois au courant afin que tu puisses en parler avec elle si cela s'impose.

- Oui, je commence à être habitué, entre Harry, Miss Johnson et maintenant Miss Granger… Merci de m'en avoir informé. Je ferai attention, du coup.

Remus se tourna vers Sirius.

- À propos de Harry, est-ce que ça tient toujours, pour ce soir ?

Durant le week-end, Sirius et Remus avaient jugé bon d'avoir une conversation avec Harry au sujet de son état d'ébriété après la fête à laquelle il avait participé. Nul d'entre eux n'avait l'intention de le disputer : c'était un thème qu'ils auraient dû aborder plus tôt avec lui. À savoir, avant qu'il n'en fasse l'expérience. Mais avec tout ce qui s'était passé depuis le début de l'année scolaire, ils avaient complètement oublié d'accomplir ce devoir qui était le leur. Le matin-même, lors du petit-déjeuner, Sirius avait donc fait parvenir à Harry un mot lui disant qu'il était invité dans leurs appartements à dix-sept heures.

- Oui, c'est toujours d'actualité, confirma Sirius. Pour tout te dire, ça me stresse un peu. Mais c'est important. On doit faire face à nos responsabilités.

- Oui, et je suis sûr que ça va bien se passer.

Sirius acquiesça et sembla se détendre légèrement. Remus le couva des yeux en souriant. Son chéri était tellement mignon à s'inquiéter ainsi pour son filleul… Il l'observa un moment, puis, se sentant fixé, il leva la tête et croisa le regard moqueur de Severus. Il rougit et se concentra sur son assiette. Parfois, il se demandait s'il ne regrettait pas ces années où il était en froid avec Severus. Au moins, à cette époque-là, il n'en avait rien à faire de ce qu'il pouvait bien penser de lui !

.

L'après-midi se déroula tranquillement, pour le plus grand bonheur de Remus. Mais ce répit fut de courte durée car lorsqu'il libéra les cinquième année, Harry et Hermione se dirigèrent vers lui une fois leurs camarades partis. Remus retint une grimace. C'était Severus qui allait être content…

- Est-ce urgent ? Je ne suis pas contre le fait de vous recevoir, mais votre professeur de potions ne va pas apprécier de vous voir arriver en retard car vous auriez préféré sacrifier quelques minutes de son cours plutôt que d'attendre la fin des cours…

- Pour moi, c'est urgent, oui, répondit Harry. Je suis attendu à dix-sept heures et c'est précisément pour ça que je suis là…

- D'accord. Et vous, Hermione ?

- C'est urgent aussi, c'est même peut-être trop tard, je n'en sais rien… Mais vas-y en premier, Harry, ça risque d'être assez long pour ma part…

- Attendez derrière la porte, Hermione, alors.

Hermione hocha la tête et s'en alla. Remus reporta son attention sur Harry.

- Qu'est-ce qui t'amène exactement ?

- J'ai reçu un mot de Sirius ce matin, il m'invitait dans vos appartements après les cours. Il ne m'a pas dit pourquoi mais je me doute bien que c'est à cause de la cuite que je me suis prise et de l'état dans lequel le professeur Snape et toi m'avez trouvé lors de votre ronde… Ça me paraît logique que vous souhaitiez m'en parler mais ça m'inquiète. Est-ce que… est-ce que Sirius est en colère ? Est-ce qu'il est déçu ? Est-ce qu'il m'en veut ?

Remus sentit son coeur se serrer face à toutes ces questions et à l'air tourmenté de Harry. Il n'avait pas l'habitude de se faire gronder pour une bêtise qu'il avait vraiment faite, ayant passé son enfance à se faire punir injustement par les Dursley, et sa pire hantise était sûrement de décevoir Sirius qu'il faisait tout pour rendre fier… Mais il se faisait un sang d'encre pour rien puisque Sirius n'avait pas la moindre rancoeur à son égard. Ce fut ce que Remus s'empressa de lui dire :

- Il n'est pas en colère, il n'est pas déçu et il ne t'en veut pas, assura-t-il en souriant. Nous voulons juste avoir une discussion avec toi qu'on aurait dû avoir bien plus tôt. Évidemment, on va te faire un peu la morale, mais on va surtout te faire de la prévention. Tu n'as vraiment pas à t'en faire, Harry, on ne va pas passer la soirée à te gronder. C'était la première fois que ça arrivait, le but c'est que tu ne recommences pas. Ou, du moins, que tu ne te remettes pas dans cet état. Un verre ou deux lors de fêtes alcoolisées, pas plus, et ne pas y prendre goût. J'entends par-là de ne pas en faire tous les mois. Il faut que ça reste exceptionnel. Nous t'expliquerons tout cela ce soir, n'y pense plus pour l'instant, va à ton cours de potions et concentre-toi là-dessus. Je te fais un mot et tu pourras y aller.

Remus griffonna un mot d'excuse à l'adresse de Severus et le donna à Harry qui le remercia avant de quitter la salle de classe. Hermione entra et s'avança vers le bureau.

- Alors, je vous écoute. Que vouliez-vous me dire ou me demander ?

- C'est à propos de Ginny, annonça Hermione de but en blanc. Je… j'aimerais savoir la date, le lieu et l'heure de son prochain test.

Remus fut surpris par cette requête.

- Je suis désolé mais c'est une information que je ne peux pas vous fournir. Cela doit rester secret, vous avez vous-même vécu ces tests et vous devez vous rappeler à quel point c'est réglementé…

- Oui, je m'en souviens très bien, mais là c'est très important, insista Hermione. Il est fort possible qu'elle renonce à sa candidature et il faut à tout prix éviter cela… Elle ferait un très mauvais choix qu'elle regrettera et quand elle s'en rendra compte, elle ne pourra sûrement plus revenir en arrière… Tout ça à cause de quelque chose que je suis presque certaine de pouvoir régler… Mais pour ça, j'ai besoin de savoir quand et où aura lieu son prochain test.

Remus fronça légèrement les sourcils. Il était troublé par ce que venait de dire Hermione. De toute évidence, elle en savait bien plus que lui sur les raisons qui avaient poussé Ginny à vouloir annuler sa candidature. Cela méritait peut-être une exception si Hermione pensait être capable d'empêcher la meilleure candidate au poste de préfète de se retirer de la course… Lui-même aurait beaucoup de mal à s'arranger avec sa conscience si Poudlard était privé d'une potentielle excellente préfète juste pour une information qu'il aurait refusé de donner… Il n'eut donc pas à réfléchir.

- Vous semblez bien au courant de la situation. Plus que je ne l'aurais songé. Je ne vais pas vous le cacher : Ginny est venue me voir ce matin et elle compte effectivement renoncer à sa candidature. Elle ne m'a cependant pas dit pourquoi. Est-ce que vous en savez davantage ?

Hermione fit la moue.

- Cela concerne sa vie privée, je ne peux pas en parler.

Remus saisit ce que cela voulait dire. Et cela confirmait ses doutes : Ginny s'était disputée avec une personne proche de son entourage au sujet de sa candidature et il y avait fort à parier qu'il s'agissait de son petit-ami. Elle avait évoqué un choix qu'elle devait faire et Remus trouvait cela plus logique que ce choix concerne son petit-ami plutôt qu'un de ses amis ou un de ses frères. Il comprenait que Ginny n'ait pas voulu entrer dans ces détails. Mais elle ferait clairement une erreur en abandonnant la course au profit de son couple. Elle allait inévitablement finir par reprocher à sa moitié de l'avoir empêchée d'accéder à son rêve, et son sacrifice aurait alors été vain puisqu'il ne serait pas parvenu à sauver son couple. Remus n'avait pas à intervenir là-dedans, mais s'il pouvait contribuer à éviter qu'une de ses élèves ne tombe en dépression, ce qui risquerait d'arriver, il n'allait pas s'en priver. D'autant plus que Severus avait déjà suffisamment de travail comme ça et qu'il venait tout juste de s'en ajouter en prenant Hermione comme nouvelle patiente… En fait, cela arrangerait tout le monde si Ginny gardait à la fois sa candidature et son petit-ami… Cela serait mieux pour elle-même, mais aussi pour Poudlard, pour Severus… Si Remus était encore indécis quelques minutes plus tôt, là, il n'y avait plus d'hésitation.

- Le prochain test de Ginny aura lieu après-demain à dix-sept heures trente au cinquième étage.

Le soulagement et la reconnaissance se lurent sur les traits de Hermione. Cela conforta Remus dans l'idée qu'il avait pris la bonne décision.

- Merci, professeur, je vais tout faire pour sauver la situation. J'ai juste une personne à convaincre, et je pense pouvoir y arriver.

- Je l'espère de tout coeur et je compte sur vous. Et puis, pour tout vous dire, je préfère largement que vous mettiez toute votre âme dans cette mission plutôt qu'à courser de pauvres élèves innocents partout dans le château…

Hermione se mit à rougir et se mordit la lèvre, probablement pour se retenir de sourire. Par le biais de cette remarque teintée d'humour, Remus avait voulu lui faire comprendre qu'il était au courant pour sa thérapie. Et le message était très bien passé et accueilli.

- Bon, je vous aurais bien gardée plus longtemps mais contrairement à moi, vous avez cours et j'ai promis à votre professeur de potions de faire en sorte de limiter les retards dans son cours quand les élèves m'ont juste avant lui. Je vous fais un mot et vous pourrez y aller.

Comme il l'avait fait pour Harry juste avant, Remus écrivit un mot qu'il donna à Hermione. Celle-ci le remercia, lui souhaita une bonne soirée et s'en alla. Remus rangea ses affaires dans sa mallette et quitta à son tour sa salle de classe. Ayant envie de se reposer, il décida de rentrer à ses appartements et d'y attendre Sirius et Harry qui finissaient tous deux à dix-sept heures.

.

Trois quarts d'heure plus tard, Sirius fut de retour. Lorsqu'il pénétra dans le salon, Remus se leva et vint l'embrasser.

- Tu es tout seul ?

- Oui, je n'ai pas croisé Harry sur le chemin. J'espère qu'il n'a pas oublié…

- Non, il est venu me voir à la fin de mon cours, il était angoissé à cause de ton invitation et il avait besoin d'être rassuré, ce que j'ai naturellement fait.

- Tu es le meilleur des beaux-parrains, dit tendrement Sirius.

- Il ne doit pas y en avoir beaucoup dans notre situation, pouffa Remus. Je ne suis donc pas face à une trop grosse concurrence… Mais ça fait quand-même plaisir. Bon, je vais préparer du thé, j'étais plongé dans mes corrections quand tu es rentré, je n'ai pas vu l'heure passer… À la base, je devais me reposer, mais j'avais trop de travail à faire.

- Pareil, grimaça Sirius. Je voulais lire la Gazette mais je crois que je vais me mettre à mes copies en attendant Harry.

- Je ne sais pas si ça vaut le coup, il ne va pas tarder, souligna Remus.

À peine eut-il fini sa phrase que des coups se firent entendre à la porte. Remus alla ouvrir et tomba sans surprise sur Harry.

- Désolé pour le léger retard, le professeur Snape m'a retenu, j'étais stressé pendant le cours à cause de cette invitation à passer la soirée ici, du coup je n'étais pas très attentif et… bref, il a demandé à me voir à la fin du cours.

- Je t'ai pourtant dit que tu n'avais pas à t'angoisser comme ça, rappela gentiment Remus.

- Oui, mais… je crois que c'est la culpabilité qui parle à ma place. J'ai honte d'avoir terminé dans cet état et même si vous n'allez pas me disputer, moi, je m'en veux.

- Ça prouve au moins que tu as compris que ce n'était pas bien. Et c'est tout ce qu'on attend de toi. Allez, viens, Sirius va s'impatienter si on reste trop longtemps ici.

- Il peut corriger ses copies, je suis sûr qu'il en a une tonne dans son sac, s'amusa Harry.

- Je lui ai justement dit de ne pas s'y mettre, ne va pas lui dire le contraire, fit mine de s'offusquer Remus.

Harry se mit à rire et tous deux se rendirent au salon où ils rejoignirent Sirius qui lisait la Gazette. Tandis que Harry s'installait, Remus alla préparer du thé, chose qu'il n'avait toujours pas pu faire. Il revint quelques minutes plus tard dans le salon avec une théière, trois tasses et une assiette remplie de petits gâteaux. Une fois tout le monde servi, Sirius entra dans le vif du sujet :

- Bon, si nous t'avons fait venir ici, c'est pour discuter de la petite fête à laquelle tu as participé il y a trois jours et surtout de l'état dans lequel tu en es sorti. Nous aimerions connaître le contexte afin de mieux comprendre pourquoi tu as autant bu. Severus ne nous a pas dit grand-chose, il a estimé que c'était à toi de le faire. Sans compter que votre conversation s'est plus apparentée à une séance de thérapie qu'à autre chose. Il ne pouvait donc pas nous révéler ce que tu lui avais dit. Bref, nous allons donc te poser quelques questions. Quand tu as décidé d'aller à cette fête, est-ce que tu avais déjà en tête de te prendre une cuite ?

- Pas vraiment. J'hésitais, en fait. Mais j'étais plus parti sur l'idée d'attendre une autre fête pour le faire. Et si j'avais prévu de boire, je pense que j'aurais voulu rester raisonnable. Je l'ai d'ailleurs été pendant une bonne partie de la soirée. Durant deux heures, j'ai alterné entre jus de citrouille et rhum groseille. Mais j'ai ensuite vrillé et passé le reste de la soirée au whisky pur feu.

- Pourquoi ? Qu'est-ce qui t'a fait dévier de la bonne attitude que tu avais ? Tu as vu tes camarades se bourrer la tronche et tu as voulu faire comme eux afin d'avoir l'impression d'être un ado comme les autres ? Ou est-ce qu'on t'y a forcé ? Ou est-ce qu'il y a eu quelque chose qui t'a fait souffrir et que tu as voulu oublier ?

- C'est plutôt tout un tas de choses que j'ai voulu oublier, oui, murmura Harry. Je l'avais mal sentie, cette fête, et à raison… Tout au long de la soirée, je me suis aperçu que plusieurs personnes de ma classe, amis comme simples camarades, n'allaient pas aussi bien que ce que je croyais. Vers vingt-trois heures, j'étais déjà chamboulé par la détresse de deux d'entre eux mais j'ai eu le coup de grâce quand j'ai réalisé que Hermione cachait un profond mal-être et que je n'avais rien vu. C'est là que j'ai décidé de me prendre une cuite. J'avais besoin de chasser de mon esprit tout ce dont j'avais été témoin depuis le début de la soirée. Et, surtout, j'avais besoin d'oublier que je n'avais pas vu à quel point ma meilleure amie allait mal et que je ne pouvais rien faire dans l'immédiat étant donné l'état dans lequel elle était… Je n'avais aucune volonté de me mettre la tête à l'envers pour le plaisir, je voulais juste me changer les idées… Et je me fiche bien de ce que les autres font. Je ne me suis pas laissé aller pour les imiter. Oui, c'est vrai, j'ai souvent rêvé d'être un ado normal, mais jamais je ne boirai pour être un ado comme les autres. Je n'ai pas envie d'être un cliché. Si j'ai bu, c'était parce que je voulais penser à autre chose. J'ai cru que c'était la meilleure solution sur le moment, je n'ai pas du tout réfléchi et je m'en suis bien mordu les doigts.

- D'accord, on comprend mieux, dit Sirius. C'est vraiment important que tu aies conscience qu'il ne faut pas abuser de l'alcool, c'est très dangereux et ça peut avoir de graves conséquences. Ça nuit à ta santé et ça peut te pousser à dire ou à faire des choses que tu ne dirais pas ou que tu ne ferais pas en temps normal. Des choses que tu regrettes par la suite. Et puis, contrairement à ce que l'on croit, ça n'aide pas du tout à aller mieux. Quand tu te réveilles le lendemain, les choses n'ont absolument pas changé. Et tu te paies en prime une gueule de bois qui vient s'ajouter à tous les problèmes que tu avais déjà, que tu avais tenté d'oublier et qui te reviennent en pleine face. Je dois aussi préciser qu'en étant mineur, tu n'as pas le droit de boire, mais c'est juste impossible d'empêcher les élèves de toucher à l'alcool dans un endroit où il y a des élèves majeurs. C'est bien pour ça que c'est à ton âge que les premières cuites ont lieu en moyenne. Je ne vais donc pas te demander de ne t'en tenir qu'à de l'eau ou qu'à du jus de citrouille lors des prochaines fêtes auxquelles tu iras, puisque je ne peux pas y veiller, mais je tiens tout de même à imposer certaines limites, et je compte sur toi pour les respecter. Déjà, je ne veux pas que tu te prennes d'autres cuites. Ça, c'est fini, je n'ai pas intérêt à apprendre que tu as recommencé. Ensuite, je ne veux pas que tu boives à chaque fois que tu iras à une fête. Deux ou trois fois dans l'année, et pas plus de deux verres. Ce n'est pas avec ça que tu vas finir bourré, surtout que je refuse que tu boives du whisky pur feu tel quel. C'est beaucoup trop fort. Si tu en prends, c'est avec de l'eau ou du jus. C'est tout. Je sais que c'est généralement bu sec, mais tant que tu seras mineur, ce sera interdit pour toi. J'insiste vraiment là-dessus. Je ne veux pas que tu boives n'importe quoi et à outrance. Ça peut avoir des répercussions très graves. Enchaîner trop de verres, trop vite, et à un degré trop élevé, ça peut te conduire à un coma éthylique et tu n'es pas sûr de t'en sortir. Certaines personnes n'ont même pas besoin de tout ça pour en faire un, mais c'est un combo que tu dois éviter à tout prix. Il y a d'autres règles que je souhaite instaurer. Alcool ou pas, je ne veux pas que tu abuses sur les fêtes. Premièrement, pas de fêtes quand tu as cours le lendemain, que ce soit à neuf heures, à dix heures ou à onze heures. Ce n'est réservé qu'au vendredi soir et au samedi soir ainsi qu'à n'importe quel jour pendant les vacances. Deuxièmement, pas plus d'une ou deux fêtes par mois. Tout dépend s'il y a des vacances dans le mois en question. Il faut penser à ton sommeil mais aussi à tes études. Le temps que tu passes à ces fêtes, c'est du temps en moins pour dormir et étudier. Et ce sont deux choses que tu ne dois surtout pas négliger. S'il y a une fête, que tu as envie d'y aller mais que tu es en retard sur tes devoirs, ce sont eux que tu dois privilégier. Après, si tu as atteint le quota du mois mais que tu es en avance sur ton travail, tu peux le dépasser, mais à condition que tu sois couché à minuit maximum. Et ça doit demeurer exceptionnel. Troisièmement, en-dehors de ces bonus, j'aimerais que tu sois rentré à deux heures du matin au plus tard. J'estime qu'en cinq ou six heures, tu as largement le temps de profiter de la fête. Car ça commence souvent vers vingt heures ou vingt-et-une heures. Et enfin, pour terminer, quand tu vas à une fête, je ne veux pas qu'elle ait lieu n'importe où. Les seuls endroits où il est permis de faire la fête, ce sont les salles communes. Je sais que tu as fait la connaissance de la salle sur demande, et je t'autorise à t'en servir à cet escient uniquement si tu fais en sorte de ne pas te faire prendre quand tu rentres. Sinon, hors de question que j'apprenne que tu as fait la fête dans une salle de classe, dans un couloir, dans le parc ou que sais-je encore. Je crois avoir fait le tour. Est-ce que tout est bien clair ?

- Oui, affirma Harry. Je respecterai ces règles, c'est promis.

- Il y a intérêt, menaça Sirius en souriant. Bon, parlons d'autre chose, maintenant.

- Attends, j'ai une question, signala Harry. À la base, la fête de dimanche soir devait se tenir dans la salle commune de Serpentard mais comme c'était trop petit, on a décidé de la faire dans la salle sur demande. Comme il y avait une cinquantaine d'élèves qui avaient accepté de venir et qu'on voulait garder secrète la localisation de la salle sur demande, on leur a demandé de patienter devant la salle commune de Serpentard, on leur a bandé les yeux et on leur a fait monter et descendre des escaliers avant d'arriver à destination. Et lors de chaque trajet, on n'a pas croisé un seul professeur. D'où ma question : est-ce que nous étions les seuls à faire la fête ou est-ce que c'était pareil dans la salle des professeurs ?

Remus échangea un regard avec Sirius. Ils ne s'étaient pas attendus à ce que Harry les interroge à ce sujet. Ils auraient cependant eu la même réflexion à sa place. D'un accord tacite, ils optèrent pour la franchise. De toute façon, ils n'avaient rien à cacher.

- Oui, il y a également eu une fête de notre côté, car on a estimé que toutes les équipes s'étaient bien battues et on était tous très fiers de nos élèves. Que ce soient les directeurs de maison ou les autres professeurs qui étaient pour la maison qui a été la leur durant leur scolarité.

- Vous n'avez pas eu peur d'être victimes d'une autre intoxication alimentaire ? s'enquit Harry d'un ton faussement innocent.

- Eh bien non, nous avons su surmonter ce traumatisme, se vanta Sirius.

- Comme tu y vas, se moqua Remus. Un traumatisme, carrément…

- Tu ne dirais pas ça si tu l'avais eue aussi, cette intoxication, protesta Sirius. Ça se voit que ce n'est pas toi qui te l'es tapée…

- C'est vrai que je suis le moins à plaindre, reconnut Remus. Il aurait déjà fallu que j'y aille, à cette fête. Mais je ne regrette pas de l'avoir boudée, bizarrement.

- Je te remercie pour ta solidarité !

- Ne le prends pas comme ça ! Dis-toi qu'au moins, j'ai pu m'occuper de toi, tempéra Remus. Tout le monde n'a pas eu cette chance d'avoir un compagnon dévoué et aux petits soins…

- Ça, c'est sûr, dit rêveusement Sirius. Tout compte fait, j'aimerais bien avoir une intoxication plus souvent…

- Hé, je veux réussir mes BUSE, moi, intervint Harry. Les sortilèges, c'est hyper important.

- Oui mais en vrai tu t'en fiches puisqu'il n'y a pas besoin d'une note requise dans cette matière aux BUSE pour pouvoir la poursuivre en sixième année…

- Ben voyons, tu as raison, c'est exactement ce qu'il faut lui dire, ironisa Remus. Non mais qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre… Ne l'écoute pas, Harry. Il dit n'importe quoi. Ne néglige surtout pas les sortilèges, il y a très peu de métiers où ça ne te sera pas utile.

- Je n'en avais pas l'intention, apaisa Harry. Mais j'avoue que quand les cours ont repris après cette intoxication, Sirius semblait s'être remis plus vite que les autres professeurs…

- C'est ce que j'ai constaté aussi lors des repas, renchérit Remus. Au bout de trois jours, Sirius avait déjà retrouvé son appétit alors qu'il a fallu un peu plus de temps à nos autres collègues.

- Même en cours, ça se voyait qu'ils n'étaient pas totalement remis… Ça a été particulièrement long pour le professeur Manley et le professeur Chourave…

- Pas étonnant pour Pomona, railla Sirius. Le poids de la conscience n'a pas dû l'aider à reprendre rapidement des forces…

Un silence gênant suivit la remarque acerbe de Sirius. Bien qu'étant aussi rancunier que lui envers leur collègue de botanique, Remus préférait ne pas y mêler Harry. Il devait rester en-dehors de tout cela, même s'il avait été question de lui lors du dernier échange qu'ils avaient eu avec Pomona. Ce fut lui qui finit par mettre un terme à ce malaise :

- C'est toujours autant la guerre entre vous ?

- Oui, répondit Sirius alors que Remus disait «non».

Harry haussa les sourcils.

- Est-ce qu'elle s'est réconciliée uniquement avec l'un de vous deux ou bien est-ce que l'un de vous ment ?

- Disons qu'on ne se parle plus du tout, donc c'est plus de l'indifférence qu'autre chose…

- Mais vous vous entendiez bien, avant, non ? Moi, ça me rend triste que vous soyez en froid, je suis sûr que les choses pourraient s'arranger si vous les mettiez à plat une bonne fois pour toutes.

- Je n'ai aucune envie de renouer les liens avec une personne pareille.

- Sirius…

- Quoi ? fit Sirius en se tournant vers Remus. Tu ne vas pas me dire que tu veux lui reparler après ce qu'elle nous a avoué ?!

- Elle regrette le comportement qu'elle a eu, plaida Remus.

- Mais ça n'excuse rien ! Non mais Remus ! Repense un peu à tout ce qu'elle a fait ! Elle a préféré se taire plutôt que défendre Harry quand il a été accusé d'avoir ouvert la Chambre des Secrets, elle l'a cru coupable d'avoir mis son nom dans la Coupe de Feu, elle n'a pas empêché ses élèves de s'en prendre à lui, elle s'est montrée odieuse envers lui, et aujourd'hui, elle ne veut plus nous adresser la parole parce qu'on nous a autorisés à avoir une relation amoureuse au sein de l'école ! Tu ne crois pas que ça fait un peu beaucoup pour une seule et même personne ? Elle ne devrait même pas être directrice de maison ! Elle ne sait pas gérer ses élèves, elle les laisse faire tout et n'importe quoi !

- Tu exagères, soupira Remus. Pomona n'est pas une mauvaise directrice de maison, elle a juste des défauts, comme tout le monde. Et puis, il ne faut pas oublier qu'il y a toujours eu un climat de haine à Poudlard, à cause de cette guerre entre les maisons et de toutes les divergences qu'il peut y avoir aussi bien dans les écoles moldues que sorcières… Même s'ils sont censés montrer l'exemple, c'est normal que les professeurs puissent être eux aussi impactés par ces tensions… Et pour ce qui est de Poufsouffle, elle est considérée depuis la nuit des temps comme la cinquième roue du carrosse, elle a toujours eu la fausse réputation d'accueillir les élèves qui ne peuvent être répartis dans aucune des autres maisons, on peut comprendre que Pomona ait pu être dégoûtée de voir Gryffondor lui voler la gloire, même si ça n'excuse pas l'attitude qu'elle a pu avoir…

- Mais ça ne l'obligeait pas à prendre Harry en grippe comme elle l'a fait, répliqua Sirius.

- Elle me croyait coupable, Sirius, rappela Harry. Et on ne peut pas vraiment lui en vouloir. C'était ma parole contre les faits. Et tout portait à croire que j'avais bien mis mon nom dans la Coupe… Si j'avais été à la place des autres, j'aurais cru la même chose. Le professeur Chourave a juste assumé devant vous ce qu'elle a pensé. Tu n'aurais pas réagi comme ça si ça avait été quelqu'un d'autre qui vous avait dit ça. Tu lui en voulais déjà pour son attitude à l'égard de votre couple, ça n'a donc fait qu'intensifier la rancoeur que tu avais envers elle. Si tu lui en veux pour la façon dont elle m'a traité lors de ma quatrième année, alors tu dois en vouloir aussi à tous ceux qui ont réagi comme elle. Ce qui ne représente pas moins de quatre-vingt-dix pour cent des élèves, si ce n'est plus. Tu te mettrais presque tout le monde à dos, quoi. Même Ron m'a laissé tomber au tout début alors qu'il était mon meilleur ami et qu'il m'avait toujours soutenu. Et puis, tu reproches au professeur Chourave d'avoir manqué d'impartialité envers moi, mais tu oublies que quand tu as su que tu allais être professeur à Poudlard, tu étais prêt à coller Draco pour rien si le professeur Snape en faisait autant avec moi…

- Il n'a pas tort, releva Remus. Tu ne t'en cachais absolument pas.

- Ce n'était pas pareil, se défendit Sirius, mal à l'aise.

- Si, ça revient à peu près au même, objecta Remus. C'est une question de savoir gérer deux sphères à la fois. Quand on est dans la sphère professionnelle où il y a des tensions avec un collègue qui est aussi un ami et qu'on laisse les sentiments personnels s'en mêler et prendre le dessus, on ne réagit pas comme on le devrait. On ne sait plus faire preuve d'impartialité, tous les coups sont permis et on rend coup sur coup en se vengeant comme on le peut. C'est précisément ce qui s'est passé avec Pomona. Il y a eu un conflit avec elle qui a pris énormément d'ampleur car il la concerne, elle, qui fait partie de notre sphère professionnelle, mais aussi Harry qui fait partie de notre sphère privée. Il est ton filleul, on n'y touche pas, alors il se peut qu'on ait un peu surréagi quand on a appris qu'elle n'avait pas eu un comportement adéquat à son égard… Bref, tout ça pour dire qu'on ferait peut-être mieux de réessayer de discuter avec elle, mais en restant calmes, cette fois-ci. Avoue que ça te pèse, cette situation. Ce serait bénéfique pour tout le monde si les choses redevenaient comme avant avec elle…

La tirade de Remus fut suivie d'un silence assez long durant lequel Sirius sembla être pris dans une profonde réflexion. Il finit par relever la tête et le soupir résigné qu'il poussa donna espoir à Remus.

- D'accord, je veux bien qu'on essaie.

Le soulagement envahit Remus. Il adressa un regard rempli de gratitude à Harry qui lui sourit.

- Vous êtes pénibles, hein, grogna Sirius. Je ne peux rien vous refuser…

Remus et Harry se mirent à rire, ce qui leur valut un jet de miettes de gâteaux de la part de Sirius.

- Hé, on ne joue pas avec la nourriture, protesta Remus.

- Ça allait finir à la poubelle, de toute façon, opposa Sirius.

- Ce n'est pas une raison pour en mettre partout dans le salon, après c'est moi qui vais de… NON, PAS LE COUSSIN !

Remus n'eut pas le temps d'esquiver le coussin que Sirius lui lança à la figure. Il riposta aussitôt en le lui renvoyant, mais Sirius repoussa le projectile qui vint heurter Harry qui n'avait rien demandé. Il s'engagea cependant sans hésiter dans la bataille et ce fut alors le début d'une très longue partie de polochons. Rires, joie et bonne humeur régnèrent dans le salon jusqu'à ce que Sirius fut déclaré vainqueur de la bataille. Remus et lui proposèrent à Harry de manger avec eux, ce que l'adolescent accepta volontiers. Il resta ensuite jusqu'à l'heure du couvre-feu, et en le voyant détendu et heureux tout au long de la soirée, Remus se dit qu'en dépit des obstacles et des difficultés qu'ils avaient dû affronter, Sirius et lui avaient réussi le pari de lui redonner confiance en les adultes et en l'espoir de trouver une famille aimante, prête à tout pour son bonheur et son bien-être…

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(jeudi 23/05) POV Harry

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- Le temps passe lentement, c'est fou…

Cela faisait vingt minutes que Harry se retenait de faire part de son état d'esprit. Il n'aimait pas se plaindre mais là, il n'avait pas pu s'en empêcher tellement il s'ennuyait.

- Tu aurais dû te lever plus tard, ça t'aurait fait du bien, fit remarquer Hermione.

- Je n'avais plus sommeil, je me retournais sans arrêt dans mon lit et j'ai horreur de ça. D'habitude, j'ai toujours de quoi m'occuper le jeudi matin mais là, je n'ai strictement rien à faire. Mes devoirs sont faits, Ron est avec Susan, Draco est à sa séance de thérapie, toi tu révises…

- Eh bien fais-en autant, au moins tu feras quelque chose d'utile.

- Pas envie. En fait, il y a bien un truc qui me tente, mais j'ai besoin d'une certaine personne pour ça et je ne sais pas où la trouver…

- Rousse aux yeux marron ou châtain aux yeux noisette ?

- Comment tu as deviné ?! s'exclama Harry.

- C'étaient juste des suppositions, mais apparemment, j'ai visé juste. Tu ne m'as pas répondu, ceci dit.

- Châtain aux yeux noisette, avoua Harry. Bon, en vrai, je n'ai pas forcément besoin de lui, mais il y a un cap que j'aimerais franchir et il m'avait dit qu'il serait là le jour où je déciderais de le faire. Le truc, c'est qu'il faut qu'il soit libre…

- Je ne pense pas qu'il soit vraiment occupé. Je serais toi, j'irais voir soit à la bibliothèque, soit à sa salle commune. J'imagine que tu as le mot de passe ?

- Oui, mais je n'y vais pas si souvent que ça. On y va avec Draco quand on n'a qu'une demie-heure pour se voir, par exemple, sinon on va dans le parc ou dans la salle sur demande. Mais il me donne le nouveau mot de passe dès qu'il change, de toute façon.

- Eh bien tu vas pouvoir t'en servir pour voir si Théo est là-bas.

- Oui, je vais même commencer par ça. À tout à l'heure en cours de Défense.

Hermione acquiesça, Harry se leva et quitta la salle commune de Gryffondor. Il se dirigea vers les escaliers, descendit les sept étages et prit le chemin des cachots. Il arriva devant la salle commune de Serpentard, prononça le mot de passe et y accéda. Il jeta un coup d'oeil à l'intérieur et vit Théo assis dans un coin, en train de lire ses cours. Harry n'osa pas aller le déranger mais Miles, qui était non loin de Théo, remarqua la présence de Harry et la signala à son coéquipier. Celui-ci redressa la tête et sourit en voyant Harry. Il rangea ses affaires et vint le rejoindre.

- Tu aurais dû venir me voir, lui dit-il gentiment.

- Tu étais plongé dans tes parchemins, j'ai préféré te laisser tranquille…

- Je révisais parce que je n'avais que ça à faire, mais je connais déjà tous mes cours par coeur, donc ce n'est pas très passionnant, grimaça Théo.

- Tu t'ennuyais, du coup ? Si oui, ça tombe bien, car moi aussi ! C'est pour ça que je t'emmène avec moi, si tu es d'accord.

- Euh… je ne suis pas contre, mais pour aller où ? demanda Théo, curieux.

- Devine, répondit Harry, les yeux pétillants.

La lueur qui anima le regard de Théo indiqua à Harry qu'il avait compris.

- Tu es sûr de vouloir y aller avec moi ? Tu pourrais avoir envie de te retrouver seul avec elles à un moment donné et regretter d'avoir souhaité ma compagnie…

- Sauf que je ne vais pas seulement aller les voir, souligna Harry d'un ton lourd de sous-entendus.

Théo sembla saisir une fois de plus ce qu'il voulait dire. Il parut troublé avant qu'un sourire tendre ne vienne étirer ses lèvres.

- Je t'avais dit que je serais à tes côtés, et je respecte toujours mes promesses, affirma Théo. Et ça va nous permettre de passer un peu de temps ensemble en-dehors du château. On ferait mieux d'y aller tout de suite, d'ailleurs, si on veut en profiter au maximum.

Harry hocha la tête et emboîta le pas à Théo. Ils sortirent du château et se rendirent près de l'orée de la Forêt Interdite. Lorsqu'ils parvinrent à l'endroit où broutaient généralement les licornes, celles-ci étaient effectivement là. Certaines mangeaient l'herbe quelque peu séchée par la chaleur de cette fin de mois de mai, d'autres se toilettaient mutuellement, et d'autres encore observaient avec un intérêt accru ce qui se passait autour d'elles. Ce furent naturellement ces dernières qui virent en premier les deux visiteurs. Elles les fixèrent, les oreilles pointées vers l'avant, tout en demeurant parfaitement immobiles. Rien ne laissa paraître un quelconque signe de méfiance de leur part, ce qui émut Harry. C'était comme si elles savaient qu'ils ne leur voulaient aucun mal, comme si elles savaient qu'elles pouvaient leur faire confiance. Ce qui était sûrement le cas. Mais ce qui émerveillait surtout Harry à chaque fois qu'il était face à ces créatures, c'était leur beauté presque irréelle. Perché sur la clôture, il ne put détacher son regard d'elles.

- Elles sont magnifiques, murmura-t-il. Et tellement pures… J'ai vraiment peur de les souiller en les touchant…

- Je les ai toutes caressées un nombre incalculable de fois, tu ne les trouverais plus aussi pures si je les avais salies par mon simple toucher, dit Théo en souriant. Mais je sais ce que tu ressens. J'étais pareil au début, mais on se rend vite compte qu'on se trompait. Tu veux les approcher ou tu préfères attendre un peu et les regarder ?

- Restons là pour le moment, suggéra Harry. Enfin toi, tu peux y aller, je ne te l'interdis pas, ajouta-t-il en plaisantant.

- Ce sont elles qui vont décider, si elles ont envie de caresses, elles viendront les chercher, déclara Théo. Il y en a une qui ne nous lâche pas des yeux, en tout cas.

Harry tourna la tête et vit effectivement une des licornes les scruter.

- C'est la plus jeune de toutes, informa Théo. Elle va bientôt avoir deux ans, on était en toute fin de troisième année quand elle est née.

- Tu l'as vue naître ?

Théo eut l'air gêné.

- Oui, mais il ne faut pas que ça se sache. Je n'avais pas trop le droit d'être dehors à cette heure-là, si tu vois ce que je veux dire.

Harry haussa les sourcils.

- Tu as enfreint le règlement pour pouvoir assister à sa naissance ?!

- Avec l'accord de Hagrid, précisa Théo. Il m'aurait couvert si je m'étais fait attraper. C'est lui qui m'a proposé de venir voir la mise bas. Tu le connais, il oublie parfois qu'il est professeur et qu'il est censé faire respecter le règlement…

- Oui, il m'avait fait voir les dragons lors du tournoi des trois sorciers pour que j'aie une idée de ce qui m'attendait alors que c'était interdit. Et puisque tu m'as confié un secret, je vais t'en révéler un aussi, même si j'ai un doute quant au fait que tu sois au courant : lorsqu'on était en première année, Hagrid a obtenu un œuf de dragon que Ron, Hermione et moi avons vu éclore. Le couvre-feu était largement passé et un certain énergumène dont je tairai le nom nous a surpris derrière la fenêtre de la cabane. À cause de lui, alors que Hermione et moi venions de faire partir le bébé dragon dans une réserve où travaille l'un des frères aînés de Ron, nous avons croisé Rusard qui ne nous a pas loupés. Il nous a emmenés voir le professeur McGonagall qui nous a sévèrement punis. Elle nous a enlevé cinquante points chacun et on a écopé d'une retenue. Bon, le principal, c'est que le bébé dragon soit parti, mais on l'a payé très cher car tous les Gryffondor, Serdaigle et Poufsouffle nous en voulaient d'avoir fait perdre autant points à Gryffondor qui n'avait plus aucune chance face à Serpentard de gagner la Coupe des Quatre Maisons… Tout ça pour dire qu'on a pris énormément de risques pour Hagrid et que n'importe quel autre professeur ne nous aurait jamais laissés faire ça. Ça ne m'étonne donc pas du tout qu'il t'ait permis d'assister à la naissance d'une licorne à une heure où tu aurais dû être dans ton dortoir. Mais venant de toi, par contre…

- L'occasion était trop belle, se défendit Théo. Surtout qu'il n'y a plus eu de naissances après celle-là…

- T'inquiète, je ne te juge pas, apaisa Harry. J'aurais fait pareil à ta place.

- Là, c'est moi qui ne suis pas étonné, rit Théo.

- Ouah, je ne sais pas comment je dois le prendre, rigola Harry. Car je passe à la fois pour quelqu'un de prévisible mais aussi pour quelqu'un qui adore enfreindre le règlement…

- Mais c'est comme ça que tes proches t'aiment, souligna Théo.

- Je me suis quand-même calmé, mine de rien. Cette année, je n'ai pas vraiment fait de bêtises. J'ai juste fabriqué des potions de sommeil sans rêves à l'insu de tout le monde, mais à part ça…

- Oui, ça, c'est trois fois rien, tu as raison, se moqua Théo. Bon, je serais mal placé pour te faire la morale puisque j'ai fait la même chose en quatrième année… Mais pour en revenir à Hagrid et son œuf de dragon, je n'étais pas au courant de tout ça. Draco n'a pas jugé bon de nous en parler. Oui, parce que j'ai compris que c'était lui, l'énergumène qui vous a dénoncés.

- C'est bizarre, je pensais qu'il se serait vanté auprès de Blaise, Pansy et toi de nous avoir mis dans la panade, songea Harry.

- Il l'aurait peut-être dit à Blaise et Pansy si je n'avais pas été là. Mais c'est typiquement le genre de choses que j'aurais désapprouvées, il le sait très bien et il n'aurait pas aimé voir mon air déçu. Sans compter que je l'aurais un peu sermonné et qu'il avait horreur de ça. Il a donc voulu s'épargner mes reproches et c'est pour ça qu'il nous a caché ça.

- Je comprends mieux. Et je trouve ça mignon. Imaginer le petit Draco de onze ans avoir peur de se faire disputer par un de ses meilleurs amis… Ça ne colle pas du tout avec l'image qu'il donnait au début de notre scolarité, il passait pour le leader de son groupe d'amis… Oh, la licorne se rapproche de nous…

- Vu que tu ne viens pas à elle, c'est elle qui vient à toi, s'amusa Théo. Elle me fait souvent le coup quand je reste trop longtemps près de la clôture à son goût. Elle est très friande de caresses. Elle en raffole. Elle est trop sociable selon Hagrid, il a peur que ça lui joue des tours.

- Elle doit sentir qui est de confiance et qui ne l'est pas, puisqu'elle peut voir la pureté dans l'âme de chacun ?

- Je pense, oui. Mais le truc, c'est qu'elle a perdu sa maman quand elle était tout bébé, du coup elle n'a pas pu apprendre ce qu'une jument transmet à son poulain. Bon, maintenant elle est grande, elle a les codes, mais elle n'a pas forcément tous les réflexes qu'elle devrait avoir. Elle ne se méfie pas assez, elle cherche de l'affection un peu partout. C'est comme les chats qui ont été sevrés trop tôt et qui mordillent et pétrissent n'importe quel tissu avec leurs pattes. C'est une sorte de séquelle. Bon, là, elle a l'air d'hésiter. Il y a deux personnes pour elle toute seule, il faut faire un choix… Tu peux t'approcher d'elle, si tu veux.

- J'ai peur de l'effrayer…

- Mais non, si tu y vas doucement, il n'y a pas de risques. Après, si tu n'as pas envie de la caresser maintenant…

- Non, au contraire, s'empressa d'affirmer Harry. J'y vais.

Joignant le geste à la parole, il descendit souplement de la clôture et s'immobilisa un instant afin de ne pas créer trop de mouvements d'un seul coup. Puis il se mit à marcher lentement vers la licorne. Celle-ci l'observa sans bouger et sans manifester le moindre signe de crainte. Il s'avança de plus en plus jusqu'à se trouver à un mètre d'elle. Il s'arrêta et tendit doucement la main. La licorne le fixa un peu avant de franchir le reste de distance qui les séparait. Harry sentit son coeur battre plus vite. Il n'avait jamais été aussi proche d'une licorne. Il avait l'impression que plus rien n'existait autour d'eux tellement il était focalisé sur l'animal. Tout en gardant le contact visuel, il leva la main et fut soulagé de ne voir aucune peur dans son regard. Il put bientôt toucher la jument et ce fut avec une certaine émotion qu'il commença à flatter son toupet. Elle ferma les yeux, ce qui le rassura car cela signifiait qu'elle appréciait beaucoup ce qu'il faisait. Et elle n'était pas la seule. Il dut autant aimer qu'elle ce moment hors du temps. Il avait la sensation d'être privilégié de pouvoir caresser un être aussi pur. Il aurait pu passer des heures et des heures ainsi mais la licorne finit par se soustraire à ses caresses pour happer un bout de sa robe qu'elle mâchonna aussitôt. Cela obligea Harry à cesser ses attentions pour récupérer le tissu. Cela le fit rire, tout comme Théo.

- Soit elle a faim, soit elle a envie de jouer, lança-t-il. Mais je pense plutôt qu'elle a faim.

La licorne lui donna raison puisqu'elle ne tarda pas à se détourner de Harry pour aller brouter.

- L'appel du ventre est le plus fort, commenta Théo, amusé.

- Je ne lui en veux pas, je ferais pareil à sa place, rigola Harry.

Il rejoignit Théo et se hissa de nouveau sur la barrière.

- Merci de m'avoir poussé à la caresser, dit-il à son ami de Serpentard. Je l'aurais regretté si je ne l'avais pas fait. Je serais passé à côté de quelque chose. C'était… magique. Je n'ai pas d'autre mot. Je pourrai leur rendre visite seul, maintenant.

- Ce sera encore mieux, promit Théo. Content que tu aies aimé, en tout cas. Je ne me faisais pas trop de soucis, je savais que ça allait te plaire.

- Il faudrait être difficile pour ne pas aimer… Merci aussi d'être venu avec moi. C'est peut-être bête mais je me disais que ça se passerait mieux si tu étais là. Vu que tu connais super bien les licornes… Et puis c'est toi qui m'as emmené ici pour la première fois. Je vais essayer de revenir au moins une fois avant les BUSE, mais je ne sais pas si ce sera faisable. Certes, on n'a plus de devoirs en binôme à rendre, mais ça va être remplacé par les révisions… D'ailleurs, elles commencent quand avec la bande ?

Dix jours plus tôt, le groupe s'était réuni afin d'établir un planning de révisions. Ils avaient choisi le mercredi, le samedi et le dimanche, mais ils n'avaient pas encore pu avoir une seule séance depuis cette réunion. Il y avait toujours un ou plusieurs membres de la bande qui n'étaient pas disponibles et le but, c'était qu'ils révisent tous ensemble.

- Samedi, normalement, puisqu'on est tous libres, dit prudemment Théo. Mais c'est à prendre avec précaution. Ça peut changer d'ici là. Mieux vaut réviser chacun dans son coin pour l'instant.

Harry acquiesça.

- J'ai à la fois hâte et pas hâte que les BUSE soient passés. Au moins, on en sera débarrassés, mais ça signifie qu'on sera en vacances et qu'il faudra rentrer… Et là aussi, je suis partagé. D'un côté, il me tarde de retourner au Square, histoire de me retrouver seul avec Sirius et Remus et d'oublier tout ce qui s'est passé cette année, mais d'un autre côté, vous allez tous vite me manquer…

- On correspondra par lettres, rappela Théo en souriant. Et puis, tu es déjà sûr de nous voir, Draco et moi, durant l'été. Et je pense que ce sera également le cas pour Ron et Hermione.

- Oui, ça ne devrait pas poser de problèmes, affirma Harry. Leurs parents devront juste être d'accord pour les laisser venir une ou deux semaines au Square.

- Tu les inviteras en-dehors du séjour de Draco ?

- Oui, ce serait mieux. Je ne pourrai pas profiter de Draco si je l'accueille en même temps que Ron et Hermione, et idem inversement. J'aurais aimé que tu puisses venir aussi. Même si on se verra une fois par semaine quand tu viendras pour tes séances de duel… Mais ce n'est pas pareil que passer ne serait-ce que quelques jours ensemble…

- On pourra se voir lors de mes demies-journées de repos, si ton parrain accepte que tu ailles assez souvent sur le Chemin de Traverse.

- Il faut quand-même que tu te reposes, protesta Harry. Déjà que tu vas sacrifier toutes tes journées entières de repos pour tes séances de duel…

- Ça ne dure qu'une heure, et si je reste discuter un peu avec toi, ce sera comme du repos.

- Vu comme ça, concéda Harry. Tu ne sais pas encore si le trente-et-un juillet, tu seras libre ?

- Non, mes jours de repos varieront d'une semaine à l'autre, donc il est impossible pour moi de les savoir à l'avance. Pourquoi me poses-tu cette question ?

- Parce que ce sera mon anniversaire, ça aurait été cool que tu puisses venir… Je n'inviterai que les gens de la bande, il n'y aura pas grand-monde.

- Si ça tombe sur mon jour de repos, je viendrai, promit Théo. Ça ne vaudra pas le coup que je parte après ma séance… Mais j'aurais dû me douter que tu parlais de ton anniversaire, je savais quel jour c'était, mais ça m'était sorti de la tête.

- Ça prouve qu'on ne parle plus de moi dans la Gazette, plaisanta Harry. Et toi, au fait, tu es né quel jour ?

- Le trente août, signala Théo.

Une conversation que Harry avait eue avec Draco lui revint soudain en mémoire.

- Oh le mufle… Il a osé me laisser dans l'ignorance sans me donner le moindre indice alors que la réponse était l'un de mes plus proches amis !

- De quoi tu parles ? s'interrogea Théo.

- Il y a un mois et demi, j'ai appris la date d'anniversaire de Draco, il connaissait la mienne et il m'a dit qu'il y avait au moins une personne dans la classe qui était plus jeune que moi, mais il a refusé de me dire qui c'était. Il voulait que je le devine tout seul. Il aurait pu me dire que c'était toi… J'ai l'air bête, maintenant !

Théo éclata de rire.

- C'est Draco, tu ne le changeras jamais. Mais j'avoue que ce n'est pas cool de sa part. Bon, il faut qu'on y aille, sinon on va être en retard pour le cours de Défense.

Harry hocha de nouveau la tête et sauta à bas de la clôture. Ils dirent au revoir à leurs amies cornues et rejoignirent le château. Ce fut avec de belles images en tête que Harry se rendit à son cours avec Théo.

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(vendredi 24/05) POV Blaise

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- Blaise, on va se promener dans le parc avec Pansy et Théo, tu viens avec nous ?

Blaise fit face à un dilemme. Sa raison lui disait d'accepter mais il n'en avait aucune envie. Il prit vite sa décision :

- Non merci, je vais plutôt rentrer au dortoir.

Il vit ses amis échanger un regard.

- Tu es sûr ? Ça te ferait du bien de nous accompagner, insista Pansy. Tu ne fais que t'isoler depuis mercredi soir, c'est à peine si on te voit lors des repas…

- Parce que je préfère être seul, et je n'ai pas spécialement faim.

- Ce n'est pas en t'affamant que ça va s'arranger avec Ginny…

- Pansy, lâche-moi, s'il te plaît, soupira Blaise. J'ai vraiment besoin d'être seul.

- Tu ferais mieux d'essayer d'aller lui parler, conseilla Pansy.

- Pansy, il t'a dit de le lâcher, intervint Draco.

- Mais ils ne peuvent pas rester comme ça ! Un couple comme le leur mérite d'être sauvé ! Ils sont faits pour être ensemble, tout le monde le dit ! Il faut qu'ils se réconcilient et vite !

Blaise voulut répondre mais il en fut empêché par Hermione qui rejoignit les quatre Serpentard.

- Blaise, je peux te parler, s'il te plaît ? C'est important.

- Euh… c'est-à-dire que je comptais aller dans mon dortoir…

- Tu pourras y aller après, je ne te retiendrai pas longtemps, promis, assura Hermione.

Blaise hésita avant de céder :

- D'accord, je te suis.

- Hé, ce n'est pas juste, s'offusqua Pansy. Tu refuses d'aller au parc avec nous et là tu…

- On va vous laisser, coupa Théo. On se voit au dîner, Blaise.

Draco et Théo s'en allèrent en traînant presque Pansy derrière eux. Blaise se tourna vers Hermione :

- Que voulais-tu me dire ?

- J'aimerais que tu viennes avec moi au cinquième étage.

Blaise fronça les sourcils.

- Pour quoi faire ?

- Tu sauras sur place.

- Hermione, si tu as magouillé pour que Ginny m'attende là-bas, ce n'était pas une bonne idée, je ne veux pas lui parler.

- Rien ne t'y obligera, je te demande simplement de regarder et de te faire discret.

- Mais qu'est-ce que tu as manigancé ? J'ai l'impression que tu veux m'entraîner dans un truc pas du tout légal, ce qui m'étonnerait de toi puisque tu es préfète…

- Il n'y a absolument rien d'illégal, j'ai justement fait en sorte d'avoir la permission. Allez, viens, tu ne le regretteras pas…

Blaise soupira.

- Ok, si tu y tiens tant…

Il suivit Hermione qui semblait heureuse et soulagée d'avoir réussi à le convaincre. Ayant eu cours de sortilèges, ils durent monter deux étages pour se rendre au cinquième étage. Blaise se demandait ce que pouvait bien y faire Ginny. Il était un peu plus de dix-sept heures et le vendredi, elle finissait les cours à midi. Il avait l'impression que la réponse était évidente mais qu'elle ne lui venait pas à l'esprit. Lorsqu'ils arrivèrent au cinquième étage, ils découvrirent celui-ci désert. Blaise s'adressa à Hermione :

- Ginny n'est pas là. Hermione, s'il te plaît, dis-moi pourquoi tu m'as emmené ici…

- Tu vas vite comprendre, et elle sera bientôt là, crois-moi.

Blaise contint sa frustration et se résigna à patienter. Une pensée lui vint soudain en tête.

- C'est là qu'on voit à quel point les choses ont changé. Il y a six mois, j'aurais refusé net de venir ici avec toi. Et je ne serais pas là à attendre alors qu'il n'y a personne et que je ne sais même pas ce que je fais ici… Il faut que j'aie sacrément confiance en toi pour m'être laissé embarquer là-dedans.

- Oui, et ça me touche beaucoup, sourit Hermione. Mais c'est pareil de mon côté. Il y a six mois, je ne pense pas que j'aurais fait des pieds et des mains pour sauver votre couple en allant jusqu'à faire ce que j'ai fait… Et ce n'est pas peu dire. Si je m'implique comme je le fais, c'est parce que je sais que Ginny ne rencontrera jamais un garçon qui lui correspondra autant que toi. Tu es celui qu'il faut pour elle. Avant-hier, tu as posé un dilemme à Ginny, mais tu vas voir que le choix doit venir de toi et dans une demie-heure, il te paraîtra tellement logique que tu te trouveras stupide de ne pas l'avoir vu plus tôt.

Blaise s'apprêta à protester – il n'en croyait pas un mot – mais son attention fut attirée par la voix de deux élèves qui venaient vers eux. Il tendit l'oreille.

- On est au cinquième étage, c'est bon, chuchota l'un des élèves.

- T'es sûr que ça va le faire ?

- Mais oui, il nous a bien dit qu'à cette heure-là, les préfets qui sont de ronde vérifient le premier ou le deuxième étage. Il sait ce qu'il dit, surtout qu'il a été lui-même préfet…

- Ah oui, c'est vrai… T'es prêt, alors ?

- Quand tu veux !

Sans que Blaise n'ait le temps de comprendre quoi que ce soit, les deux élèves se mirent à se lancer des boules qui explosaient et dont le liquide qu'elles contenaient giclaient de toute part dès qu'elles atteignaient leurs cibles. Bientôt, le sol et les murs furent tâchés de toutes les couleurs possibles et imaginables. Blaise, qui ne s'attendait pas du tout à ça, finit par réagir en apostrophant Hermione :

- Il faut les arrêter, ils sont en train de salir tout le couloir ! Même sans être de ronde, tu peux faire quelque chose, non ?

- Oui, mais… là, je ne peux rien faire, déclara Hermione, gênée.

- Quoi ? Mais… pourquoi ?! Voyons, Hermione, tu es préfète, tu ne peux pas cautionner ça !

- Ce n'est pas à moi de m'en occuper, mais ils vont se faire réprimander, ne t'inquiète pas.

Blaise ne sut quoi dire tant il était abasourdi. La situation était complètement lunaire. Tant et si bien qu'il se mit à avoir des doutes. Était-ce une farce ? Hermione était-elle en pleine possession de ses moyens ? Sa thérapie lui causait-elle de drôles d'effets secondaires ? Était-elle en train de délirer ? Il commençait sérieusement à se le demander. Voyant qu'elle ne comptait pas intervenir, il décida de le faire lui-même. Il sortit sa baguette et la brandit mais Hermione lui fit aussitôt baisser le bras.

- Ne fais surtout pas ça, ou on va se faire repérer !

- Mais il faut faire quelque chose !

- Je te dis que quelqu'un va s'en occuper !

Blaise voulut riposter mais l'arrivée d'une jeune fille rousse le coupa net dans son élan. Il savait que Ginny allait venir mais il avait toujours la sensation d'avoir des papillons dans le ventre lorsqu'il la voyait. Et ce, même lorsqu'ils étaient en froid. Car il l'aimait. Leur dispute n'avait rien changé à ses sentiments. Et il était persuadé que c'était pareil pour elle. Mais que faisait-elle ici ? Qu'avait donc préparé Hermione pour tenter de les réconcilier ? Ginny avait tout simplement l'air de se promener, mais elle le détrompa en s'adressant aux deux élèves :

- Vous pouvez me dire ce que vous faites ?

- Ça te regarde ?

- Réponds à ma question, ordonna Ginny. Qu'est-ce que vous faisiez ?

- Bah tu le vois bien, non ? On repeint les murs… à notre manière.

L'élève – un garçon blond – qui venait de prononcer ces mots se mit à rire, tout comme son acolyte qui, lui, était brun.

- Et vous trouvez ça drôle ? s'agaça Ginny. Il est interdit de détériorer toute partie du château, alors donnez-moi tout de suite ce que vous avez dans les poches et dans les mains !

- On n'a plus rien, prétendit le blond. Et pourquoi on t'obéirait, d'abord ?

- Parce que je suis préfète et qu'il est de mon devoir d'empêcher les élèves de faire des bêtises dans le château, répliqua Ginny.

- Mais on s'en fiche complètement que tu sois préfète, t'es qu'une élève comme les autres, en plus t'es plus jeune que nous, on ne va pas se rabaisser face à une misérable quatrième année !

- Je crois que tu n'as pas bien compris, lâcha Ginny. Les préfets sont choisis par les professeurs, ce sont comme des intermédiaires entre les élèves et le corps enseignant, alors quand vous en avez un devant vous, vous leur devez respect et obéissance ! De toute manière, je vais faire un rapport à vos directeurs de maison, vous allez être convoqués et sanctionnés, donc je serais vous, je ferais en sorte d'alléger votre dossier en coopérant. Donnez-moi vos projectiles explosifs.

- Dans tes rêves, lança le blond.

- T'as qu'à venir les chercher, si tu les veux, renchérit le brun.

- Ne m'y oblige pas, menaça Ginny. Je vous laisse une dernière chance avant d'employer les grands moyens.

- Vas-y, si tu crois que tu nous fais peur…

- Ouais, viens, mais prépare-toi à te prendre une bonne raclée. À deux contre un, tu ne feras jamais le poids.

- Ouais, je serais toi, je battrais en retraite. Tu ne sais pas ce qu'on pourrait te faire.

- Ça ne se voit pas mais je suis effrayée. Mais soit, je vous aurais prévenus.

Alors qu'à l'instar de Blaise, les deux complices devaient s'attendre à ce que Ginny s'avance vers eux, elle n'en fit rien et les prit par surprise en dégainant sa baguette et en lançant dans la foulée un sortilège d'attraction pour faire venir à elle les projectiles explosifs. Blaise, qui avait compris entre temps qu'il s'agissait d'un test, fut impressionné par la façon dont réagissait Ginny. Bien sûr, tout n'était pas parfait, il y avait des choses à améliorer, mais pour quelqu'un qui n'était qu'en phase de test, elle se débrouillait à merveille.

- Bien, maintenant, donnez-moi vos noms, ordonna calmement Ginny.

- Tu n'as qu'à le deviner toi-même, toi qui es si forte, ironisa le brun.

- Non mais c'est sûrement sa façon à elle de nous dire qu'elle veut un rencard…

- Avec nous deux, en même temps ?

- Oh tu sais, les pétasses comme elle, ça ne se contente jamais d'un seul mec à la fois…

N'ayant pas saisi que les deux élèves jouaient eux aussi un rôle, Blaise vit immédiatement rouge et voulut se jeter sur le blond. Mais Hermione l'en empêcha en le retenant par le bras.

- N'y va pas, intima-t-elle.

- Non mais tu l'as entendu ? Il a insulté Ginny ! Je ne peux pas laisser passer ça !

- Elle est parfaitement capable de se défendre toute seule, fais-lui confiance, elle sait ce qu'elle doit faire, assura Hermione.

Bien que réticent, Blaise consentit à rester là où il était. Il se remit à espionner la discussion entre sa petite-amie et les deux malfrats.

- … et pour ta gouverne, un seul mec me suffit amplement, car j'aime mon copain, je lui suis fidèle et à moins d'avoir un retourneur de temps, je n'aurais jamais assez de vingt-quatre heures dans une journée pour le tromper, asséna Ginny. En revanche, ton ami et toi, vous n'allez pas vous contenter d'un seul chef d'accusation, si je puis m'exprimer ainsi. Récapitulons… Trouble dans les couloirs, dégradation des lieux, refus de coopérer, tentative d'intimidation, insulte à préfet… Vos directeurs de maison confirmeront ou non cette partie de votre sanction mais toutes ces infractions vont déjà vous coûter vingt points en moins chacun. Je ne suis pas habilitée à donner des retenues mais vous serez sûrement collés également. Je vais faire un rapport à vos responsables, et pour cela il me faut vos prénoms, vos noms et vos maisons. Je vous écoute.

Vaincus, les deux élèves délivrèrent les informations exigées par Ginny.

- Merci, vous pouvez y aller. Attendez-vous à être convoqués sous peu par le professeur Black.

Le blond et le brun adressèrent un regard noir à Ginny mais ne dirent rien et s'en allèrent. Blaise fut surpris de sentir ses épaules se relâcher. Il ne s'en était pas aperçu, mais il s'était tendu durant tout le temps qu'avait duré l'échange entre Ginny et les deux Serdaigle. Il avait dû se faire violence pour ne pas intervenir, et cela avait été très dur. À présent, il ignorait ce qu'il devait faire. Enfin, il avait bien une idée, mais il n'osait pas. Sa seule envie, c'était de se jeter sur Ginny, de la prendre dans ses bras et de s'excuser pour la dispute qu'il avait occasionnée entre eux et pour le choix qu'il lui avait demandé de faire. Il comprenait désormais ce qu'avait voulu lui dire Hermione, et elle avait bien eu raison : ce choix, ce n'était pas à Ginny de le faire. C'était à lui. Et comme l'avait prédit Hermione, cela lui semblait tellement évident qu'il se trouvait stupide de ne pas l'avoir réalisé plus tôt. Ginny était faite pour être préfète, il venait seulement d'en prendre pleinement conscience. Il n'avait pas le droit de l'obliger à choisir entre leur couple et sa candidature au poste de préfète. Dans les deux cas, il lui arracherait quelque chose qu'il lui était presque vital, tant ces deux choses étaient importantes pour elle. Sans compter le Quidditch que Ginny ne voulait pas non plus abandonner. Blaise n'avait pas la moindre idée de la façon dont ils allaient s'organiser l'année suivante, mais la seule solution qui s'offrait à eux, c'était celle qu'il avait refusé d'envisager, à savoir le fait qu'ils restent en couple et que Ginny conserve à la fois sa candidature ainsi que son poste au sein de l'équipe de Quidditch de sa maison. Encore fallait-il que Ginny veuille toujours de lui… Il se faisait cette réflexion quand une main se posa sur son épaule. Il se tourna vers Hermione qui l'observait avec compassion.

- Va la voir, lui conseilla-t-elle doucement.

- Je voudrais bien, se lamenta Blaise, mais… si elle me rejette, qu'est-ce que je vais faire ? J'ai été tellement idiot, elle aurait toutes les raisons du monde de ne pas vouloir me parler…

- Elle appréciera le geste que tu feras envers elle en allant t'excuser, affirma Hermione. Elle est tout aussi triste et perdue que toi, elle n'attend qu'un pas de ta part, alors vas-y.

- Mais elle a peut-être déjà fait une croix sur notre couple…

- Tu n'as pas dû entendre ce qu'elle a dit aux deux idiots pour penser une chose pareille… Elle leur a balancé qu'elle t'était fidèle, qu'elle t'aimait et que jamais elle ne te tromperait. Votre couple est donc toujours d'actualité pour elle. Elle t'aime, elle t'a dans la peau, ce n'est pas une dispute qui va changer quoi que ce soit à ses sentiments… Si elle considérait que vous n'étiez plus ensemble, elle aurait simplement dit qu'elle était quelqu'un de fidèle.

Blaise ne put rien face à ces mots. Il n'avait plus aucun argument à opposer à Hermione.

- D'accord, j'y vais. Merci pour tout, Hermione, je te revaudrai ça. J'ignore comment tu t'y es prise pour monter ce plan, mais…

- Je t'expliquerai plus tard, promit Hermione. Dépêche-toi ou tu vas perdre la trace de Ginny.

Blaise acquiesça, remercia de nouveau Hermione et partit à la recherche de Ginny. Elle n'était pas restée très longtemps dans le couloir et Blaise l'avait vue aller à droite. Elle ne devait pas être bien loin, songea-t-il. Et, en effet, il la trouva au quatrième étage, à quelques mètres de la bibliothèque, où elle avait visiblement l'intention de se rendre. La connaissant, Blaise s'était dit qu'il y avait plus de chances qu'elle ait descendu les escaliers plutôt qu'elle les ait montés. Seuls sa salle commune et son dortoir se situaient à un étage supérieur à celui où avait eu lieu le test, tandis que plus bas, elle aurait pu aller à la bibliothèque, à la salle des binômes, à la Grande Salle, elle aurait aussi pu sortir du château pour se promener ou se prélasser dans le parc… Bref, il avait eu le nez creux mais à dix secondes près, il l'aurait ratée de peu puisqu'elle serait entrée dans la bibliothèque.

- Ginny ! appela-t-il.

Sa petite-amie se retourna et parut surprise de le voir. Blaise la vit se tendre mais elle ne chercha pas à s'échapper, ce qui le rassura. Il la rejoignit et s'arrêta devant elle.

- Si tu viens me relancer, tu perds ton temps, je n'ai pas encore fait mon choix, déclara-t-elle.

- Non, je sais bien que tu m'avais dit que tu ne reviendrais pas vers moi de si tôt…

- Alors que fais-tu là ?

Le ton sec et légèrement agressif de Ginny désarçonna un peu Blaise, même s'il s'y était préparé. Si Ginny acceptait la discussion, elle n'en restait pas moins sur ses gardes, ce qui n'étonna pas du tout Blaise. Il ne pouvait décemment pas s'attendre à ce qu'elle l'accueille avec le sourire comme si de rien n'était… Il soupira et se jeta à l'eau :

- Je suis venu te demander pardon pour ce qui s'est passé avant-hier. J'ai été complètement stupide, je n'ai pas réagi comme il le fallait, j'aurais dû te soutenir et te féliciter au lieu de te tomber dessus comme je l'ai fait, je t'ai blessée et je m'en veux. Je t'ai forcée à faire un choix alors que c'est moi qui étais en tort et qui devais mettre de l'eau dans mon vin… Je n'avais pas compris à quel point ça comptait pour toi, ce poste de préfète, et à quel point tu étais faite pour ce rôle. Je ne l'ai saisi qu'à l'instant, en te voyant te conduire comme une préfète avec les deux Serdaigle… Tu as été parfaite, enfin, autant qu'on puisse l'être lors d'une de ses premières expériences… Aucun de tes adversaires n'aurait mieux fait que toi. Tu m'as vraiment impressionné. J'ai voulu intervenir, surtout quand l'un des deux idiots t'a insultée, mais tu n'as eu besoin de personne pour te défendre, car tu es forte, tu as du caractère, tu es indépendante et tu ne te laisses pas intimider par des imbéciles, même quand ils sont plus vieux que toi. Tu as la personnalité ainsi que toutes les qualités requises pour être une bonne préfète et je suis sûr que tu le seras. Je crois en toi, tu es la meilleure, je t'aime et je me fonds de nouveau en excuses pour tout ce que j'ai pu te dire. Si tu veux toujours de moi, on fera tout pour se dégager du temps en dépit de toutes les responsabilités que tu auras. Rien ne dit qu'on y arrivera, mais au moins, on aura essayé. Je veux qu'on se batte pour notre couple. Car il en vaut la peine, et parce qu'on s'aime, tout simplement.

Blaise se tut sur ces mots. L'émotion se lisait sur le visage de Ginny, si bien qu'elle mit du temps à réagir après cette déclaration. Blaise l'avait rarement vue autant troublée et prise de court. Il songea que c'était sûrement bon signe.

- Merci pour tout ce que tu viens de me dire, finit-elle par répondre d'une voix emplie de sincérité. Merci d'avoir compris l'importance qu'a le poste de préfète à mes yeux, et merci de vouloir qu'on reste ensemble tout en me laissant garder toutes mes responsabilités. Je l'avoue, je t'en ai beaucoup voulu de m'avoir posé cet ultimatum, et si j'avais décidé de renoncer à ma candidature au profit de notre couple, ça n'aurait pas pu continuer longtemps entre nous. J'aurais fait ce choix à contrecoeur, je ne t'aurais jamais vraiment pardonné de m'avoir obligée à sacrifier le poste de préfète, il y aurait toujours eu cette rancoeur et rien n'aurait pu l'effacer. Ne me refais plus jamais ça, s'il te plaît. Tu l'as dit toi-même, je suis quelqu'un de très indépendant. Je t'ai raconté ce qui s'est passé lors de ma première année, avec le journal de Tom Jedusor. Il m'a contrôlée pendant toute une année, je n'étais plus maître de rien, je ne savais pas ce que je faisais, il me poussait à faire des choses sans que j'en n'aie conscience, et aujourd'hui encore je conserve un traumatisme de tout cela. Je ne supporte pas qu'on me dise quoi faire et qu'on cherche à me dominer ou à m'influencer. J'ai besoin d'avoir mon libre-arbitre, d'agir de mon plein gré, de prendre mes décisions seule. Après, ça ne m'empêche pas d'être ouverte à la discussion, bien au contraire, mais ça doit rester sain. Tant que tu n'essaieras pas d'exercer une quelconque forme de pouvoir sur moi, tout ira bien.

- Je te le promets, jura aussitôt Blaise. Je suis vraiment désolé de m'être comporté ainsi, je n'ai pas fait cela dans le but de te soumettre, j'ai juste eu peur pour notre couple… Je ne voyais que le fait qu'on aurait du mal à se voir si tu devenais préfète, je considérais ce poste comme un danger pour notre relation, comme un ennemi qu'il fallait abattre, alors pour moi, tu devais à tout prix annuler ta candidature… Mais je ne suis plus du tout dans cet état d'esprit, maintenant. Je sais que c'est toi qui dois avoir ce poste, et dès à présent, tu pourras compter sur moi pour te soutenir et t'encourager. Je serai à fond derrière toi. Et pour ce qui est des difficultés à se voir, eh bien on s'organisera comme on le pourra. On a tout l'été pour y réfléchir.

Ginny sourit.

- C'est exactement ce que je me dis. Je suis soulagée que tu aies changé d'avis par rapport à tout ça, mais je ne m'attendais pas à ce que tu reviennes si vite vers moi… Je ne pensais même pas que ce serait toi qui ferais le premier pas.

- On m'y a beaucoup aidé, avoua Blaise. À la base, j'étais censé rentrer à mon dortoir et y déprimer jusqu'au dîner, voire plus si je n'avais pas faim, mais quelqu'un en a décidé autrement… J'ai été un peu obligé de suivre cette personne qui m'a emmené au cinquième étage. Et je ne le regrette pas du tout.

- Mais pourquoi t'a-t-elle emmené là où se tenait mon test ? Et qui était cette personne ?

- Tu n'as pas une petite idée ?

Ginny fronça légèrement les sourcils avant qu'une lueur de compréhension ne traverse son regard.

- Oh… C'était donc ça qu'elle avait en tête.

- Ah parce que tu étais au courant qu'elle allait tenter quelque chose ?

- Oui, elle m'avait demandé de la laisser essayer d'arranger les choses. Je lui ai donné carte blanche mais je n'imaginais pas qu'elle irait aussi loin… Elle a carrément dû soudoyer le professeur Lupin pour qu'il lui révèle le lieu, la date et l'heure de mon prochain test ! J'aimerais bien savoir comment elle s'y est prise pour lui faire cracher le morceau…

- Ce n'est peut-être pas lui qui le lui a dit…

- Si, il n'y a que par lui qu'elle a pu obtenir l'information. Ça doit rester secret pour que ça se passe dans les meilleures conditions. Seuls le candidat, son directeur ou sa directrice de maison ainsi que les cobayes savent où et quand doit se tenir le test.

- Les cobayes ? répéta Blaise, perplexe.

- Ben oui, il faut bien que des élèves fassent des bêtises pour que je puisse faire mon test… Tout est orchestré et organisé au millimètre près.

- Aaaaah, donc tu veux dire que les deux Serdaigle étaient dans le coup, eux aussi ?

- Évidemment, répondit Ginny. Si ce n'était pas le cas, il faudrait que je sois sacrément chanceuse pour tomber sur des élèves en train de faire les imbéciles pile à l'heure de mon test… Et ils auraient tiqué quand j'ai fait allusion à mon pseudo statut de préfète.

- C'est vrai, reconnut Blaise. Je me sens idiot d'avoir pensé qu'ils n'étaient pas dans le plan…

- Il y a très peu d'infos qui circulent sur les tests, c'est normal que tu te sois fait de fausses idées. Je n'en savais pas davantage que toi avant d'avoir été choisie comme candidate. Mais tu avais bien fait partie des candidats l'année dernière, si je me souviens de ce que tu m'as dit ?

- Oui, mais ce que j'ai oublié de préciser, c'est que j'étais alité à l'infirmerie lors des trois premiers tests, et quand j'en suis sorti, il était trop tard pour me les faire tous rattraper. Et il était inutile que je fasse les deux derniers tests. Et comme Théo avait refusé de candidater, Draco avait aisément eu le poste.

- Ah bah ça va, il n'a pas trop eu à s'en faire…

- Ça, c'est sûr. Mais du coup, les deux Serdaigle ont été briefés pour faire tout ce qu'ils ont fait ?

- Oui, par les professeurs Black et Lupin.

- Même pour les menaces ? Même pour l'insulte ?

- Oui, tout ça était prévu. Mais je ne savais pas à l'avance ce qu'ils allaient faire. C'était la surprise une fois sur place, pour que je sois dans les conditions réelles d'une ronde. Mais comme tu l'auras constaté, ils n'ont pas été très méchants dans l'insulte. C'était relativement soft. Même si, en temps normal, ils n'ont pas à traiter une fille de pétasse. Mais ils auraient pu me traiter de péripatéticienne, avec d'autres mots, si tu vois ce que je veux dire.

- Oui, vu comme ça, ils ont été très gentils…

- C'est fait exprès, il y a une certaine limite à respecter, même dans le cadre d'un test, même quand on sait que ce n'est pas réel.

- Et comment le directeur de maison fait-il pour voir si son élève se débrouille bien ? Il le sait via le rapport ?

- Non, il est caché quelque part, mais sans que personne ne sache où.

- Ah ouais, donc il ne fallait vraiment pas que j'intervienne… Hermione a dû me retenir à plusieurs reprises, car je croyais que c'était vrai, moi… Même quand j'ai compris qu'il s'agissait d'un test, je n'avais pas saisi pour autant que les deux élèves jouaient un rôle, donc quand le blond t'a insultée, j'ai voulu me jeter sur lui. Heureusement que Hermione est réactive et qu'elle a assez de force… Et pour le rapport, tu vas vraiment en rédiger un pour le professeur Black ?

- Oui, ça fait partie des compétences qu'un préfet doit acquérir. C'est primordial, car c'est le résumé des infractions commises par le ou les élèves en faute.

- Logique, commenta Blaise. C'est pour ça que tu allais à la bibliothèque ?

- Oui, j'ai besoin de calme et d'un endroit studieux pour me concentrer.

- Je vais te laisser y aller, alors, je te mets en retard…

- Non, rassure-toi, le professeur Black n'attend pas mon rapport avant vingt heures, il a un élève en retenue jusqu'à dix-neuf heures et ensuite il va dîner.

- Ouah, qu'est-ce qu'a bien pu faire cet élève pour avoir été mis en retenue par le professeur le plus indulgent de toute l'école ?

- Aucune idée, mais ça devait être costaud, estima Ginny. En tout cas, grâce à lui, j'ai largement le temps d'écrire mon rapport.

- Oui, surtout que ça doit être assez rapide à rédiger…

- Plutôt, oui.

- Tu iras manger aussitôt après ?

- Oui, ce sera pile l'heure du dîner quand je sortirai de la bibliothèque, je pense.

- On ne se verra pas ce soir, alors.

Ginny arqua un sourcil.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? On peut très bien se retrouver vers dix-neuf heures quarante-cinq et se rendre ensemble au bureau du professeur Black…

- Tu veux bien ?

Ginny leva les yeux au ciel.

- Dois-je vraiment répondre à cette question ?

- Non, mais je me disais que tu m'en voulais peut-être un peu encore, et qu'il était donc un peu trop tôt pour qu'on passe la soirée ensemble…

- Je ne t'en veux plus du tout, tu t'es excusé, tu m'as dit exactement ce que je voulais entendre, on a mis les choses au clair, on est désormais sur la même longueur d'onde, donc il n'y a aucune raison pour que je continue à avoir de la rancoeur envers toi. Tout ça est derrière nous, je te demande juste de ne pas recommencer.

- Je te l'ai promis, et je tiendrai ma parole, assura Blaise.

- Bien, alors on oublie et on se rejoint à dix-neuf heures quarante-cinq devant la Grande Salle.

Blaise sourit. Ça, c'était la Ginny qu'il aimait tant.

- D'accord, à tout à l'heure, dans ce cas. Travaille bien sur ton rapport.

Ginny acquiesça et accepta volontiers le baiser que Blaise déposa sur ses lèvres. Ils échangèrent un long et tendre regard, puis Blaise s'en alla tandis que Ginny entrait dans la bibliothèque. Ce fut avec l'impression d'un gros poids enlevé de sa poitrine et la perspective de passer une belle soirée avec sa chérie que Blaise prit la direction des escaliers. Il avait conscience de sourire bêtement sur tout le chemin qu'il fit pour aller à son dortoir, mais c'était quelque chose qu'il était incapable de contrôler. Il était heureux et ce que les gens pouvaient bien penser de lui l'indifférait totalement. Tout allait de nouveau pour le mieux entre Ginny et lui, et c'était la seule chose qui comptait pour lui.

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Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu ! Il y avait quatre POV, c'est rare, hein ? XD C'est surtout qu'il n'y avait pas un POV qui prenait le tiers du chapitre XD Je fais des efforts pour laisser de la place à tout le monde XD Pas sûr que ce soit toujours le cas XD Je vais forcément retomber dans mes vieux travers dans certains chapitres XD D'ailleurs, je vous donne rendez-vous le dimanche 7 août pour le prochain chapitre intitulé «Explications, doutes et plan anti-Forester». Je vous souhaite de passer deux agréables semaines, je vous embrasse, et plein de bisous tout le monde !