Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le quatre-vingt-deuxième chapitre de SAMLP !

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Mel : Ah bah zut, le but n'était pas de faire pleurer qui que ce soit XD 37 heures de travail en 24h, j'adore XD C'est littéralement impossible mais c'est vrai que c'est l'impression qu'on a XD C'est un mystère pour tout le monde, je crois XD Oui, ce déjeuner entre Draco et Tonks aura lieu la semaine suivante =) Oui, et les cinquième année vont faire suer Poppy et Severus jusqu'au bout, même pendant les examens, sans en dire trop XD Oui ? Pansy a trouvé une vraie amie en Daphné ! Ah mai Daphné n'a clairement pas de chance, entre son père et son petit-ami… Je ne peux pas dire si Daphné va réussir à se débarrasser de ce futur mariage, mais il va y avoir une petite intrigue autour de ça entre la toute fin du premier tome et le tout début du second tome, ça a même déjà commencé sans qu'on s'en aperçoive, mais c'est impossible à voir pour le moment, c'est vraiment très léger XD

Je suis trop contente que tu aimes le personnage de Ron *-* C'est sûr qu'il est bien plus mature que dans la saga ! Mais oui, il a abusé dans le quatrième tome/film à bouder Harry à cause d'un stupide bout de papier que Harry n'a PAS mis dans la Coupe XD Vraiment contente que le couple Pansy/Ron te plaise *-* Oui, Théo a beau être doué en tout, il y a des choses qu'il ne peut pas gérer et régler seul :'( Justin aurait clairement fait un burn-out si Théo n'avait pas réagi :/ Ravie aussi que ce couple te plaise autant *-* En ce qui concerne Justin et ses œillères, tu vas avoir la réponse dans le prochain chapitre XD

Draco réagit un peu trop au quart de tour XD Et c'est clair qu'il a plus de qualités que dans la saga, et je trouve aussi que ses petits défauts le rendent humain ! Théo s'affirme, il est gentil mais faut pas abuser non plus, à un moment il sort les crocs XD Tu as très bien décrit l'amitié entre Draco et Théo ! Mais c'est exactement ça, Serpentard a toutes ses chances de gagner la Coupe de Quidditch l'année suivante XD

Ah, contente que ton entretien se soit bien passé ! J'espère que tu vas davantage te plaire dans cette entreprise ! Il doit y avoir des personnes qui n'ont eu que des bonnes notes tout au long de leur scolarité, mais pas au point de Théo et Hermione, en effet XD Mais non, toi aussi tu as fait une licence de lettres ? XD Mais oui, ça fait deux points communs, du coup XD Je suis aussi en lettres modernes, mais le programme inclut l'étude du 15e, 16e et 17e siècle, en plus du 18e, 19e et 20e siècle, donc bon, il y a des lettres classiques aussi XD

Eh bien voici le chapitre de la dernière sortie à Pré-au-Lard ! =D Merci à toi pour tes reviews ! *-*

mimibou : C'est vrai que celui qui a le plus pâti de cette fête, c'est Severus XD Il avait déjà assez de travail comme ça, le pauvre… Oui, ça ira beaucoup mieux pour lui quand il aura une consœur sur qui il va pouvoir s'appuyer ! Ça, c'est sûr que manger trois fois par jour va être déstabilisant pour lui au début des vacances…

Oui, je crois que les mariages arrangés existent encore dans certains pays, et c'est horrible quand c'est contre le gré des personnes concernées :/

Quand les problèmes d'un membre du groupe s'arrangent, c'est un autre membre qui commence à en avoir ! Ça doit être épuisant pour vous, lecteurs, en vrai XD Désolée, du coup, et les vacances ne vont pas être de tout repos, mais la bande va quand-même pouvoir en profiter ! Et ça va s'arranger pour Justin, tout finit toujours par s'arranger, de toute façon XD

Oui, c'était important que Théo s'affirme, même s'il reste relativement timide et réservé XD

À dans deux semaines, et merci pour ta review !

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Merci à vous deux pour vos reviews, et merci à tous ceux qui continuent inlassablement à lire cette histoire ! Je vous laisse avec ce chapitre (qui est très long, j'en suis désolée, mais il y avait trop de choses à dire XD) et je vous souhaite une agréable lecture !

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82 – Dernière sortie à Pré-au-Lard

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(mardi 11/06) POV Terry

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En se levant ce matin-là, Terry fut étonné de voir les rideaux de Michaël ouverts. En temps normal, il était le dernier à quitter le dortoir, surtout quand il n'y avait pas cours, tandis que Terry et Anthony étaient souvent les premiers à aller déjeuner. Mais là, les rôles étaient inversés. Car pour le coup, c'était Terry qui était en retard. Tant et si bien qu'en ouvrant la porte du dortoir pour en sortir, il faillit se heurter à Anthony qui revenait probablement de la Grande Salle.

- Ah, te voilà réveillé, constata son meilleur ami. Michaël et moi avons préféré te laisser dormir, tu en avais sûrement besoin…

- Oui, je ne dors pas très bien, en ce moment, ce qui fait que j'ai du mal à émerger…

- Tu as des soucis qui te tracassent ?

- Oui, mais rien de très grave, relativisa Terry. Je fais surtout des rêves stupides qui représentent ce qu'il y a dans mon esprit, et même si ce sont des rêves vraiment très nuls, ils paraissent si vrais que ça m'empêche de me rendormir car ça me reste dans la tête.

- Ah oui, ça m'arrive aussi, parfois… J'espère que ce ne sont pas les BUSE qui t'inquiètent, en tout cas, car tu n'as pas à t'en faire, tu vas les avoir haut la main…

- Ça me stresse quand-même un peu, et il y a de ça dans les rêves que je fais, mais c'est minoritaire par rapport aux thèmes qui constituent mes autres rêves…

Terry faisait exprès d'être vague, car il ne souhaitait pas dire à Anthony que l'histoire avec Lavande et McLaggen étaient en grande partie responsable de ses nuits agitées. Même si cela n'avait pas eu d'impact sur son couple, cela le tourmentait. Il savait que c'était juste le contre-coup et que ça allait passer. Dans ses rêves, il revoyait sa discussion avec Lavande qui l'emmenait ensuite vers un coin du château où il surprenait Hermione et McLaggen en train de s'embrasser. En fait, c'était comme un univers alternatif où Lavande avait cette fois raison. Cela déchirait le coeur de Terry qui voulait faire demi-tour afin d'échapper à cette scène, mais il en était incapable, comme si ses pieds étaient cloués au sol. Il lui était également impossible de fermer les yeux, ce qu'il essayait en vain de faire. Il était forcé de regarder ce qui s'offrait à sa vue. Au bout de quelques minutes, McLaggen s'effaçait et était remplacé par Viktor Krum, puis par Harry. Peu après, un miroir apparaissait, où il se voyait, lui, dans une version exagérée de lui-même. Il était plus petit, plus maigre qu'il ne l'était déjà, avec des cheveux plus ternes et un visage moins attrayant. Si, en se souvenant de son rêve, Terry pouvait penser que le début reflétait une certaine méfiance de sa part à l'égard de Hermione, le reste n'avait rien à voir avec cette interprétation. C'était même tout le contraire. Il lui avait fallu plusieurs jours pour réaliser que ce rêve, ou plutôt ce cauchemar, signifiait le manque de considération qu'il avait envers lui-même. Il avait une image tellement mauvaise de sa personne qu'il avait encore du mal à comprendre pourquoi Hermione était avec lui. Le fait qu'elle ait eu une brève relation avec Krum le déstabilisait beaucoup. Malgré le fait qu'il fût bien conscient que ce qui comptait pour Hermione, ce n'était pas le physique, mais les qualités mentales, il avait pourtant tendance à se sentir inférieur et minable comparé à Krum. Quelques mois auparavant, il avait eu une discussion avec Hermione à ce sujet, mais cela n'avait pas suffi à l'apaiser complètement. Il n'avait aucun doute quant à la fidélité de Hermione, mais c'était en lui qu'il n'avait pas confiance. Bon, pour le bien-être de leur couple, il valait mieux que ce soit ça plutôt qu'il craigne sans cesse que Hermione ne le trompe, mais à cause de sa perception dégradée de lui-même, il ne profitait pas pleinement du bonheur qu'il avait d'être avec Hermione. Cela s'était cependant calmé avec le temps, mais les remarques de Lavande sur les supposées anciennes amours de Hermione avaient fait ressurgir ses vieux démons. Certes, Lavande avait échoué à semer la zizanie dans son couple avec Hermione, mais elle avait néanmoins fragilisé le peu d'assurance que Terry avait petit à petit réussi à gagner en lui. Il aurait très bien pu parler des manigances de Lavande à Anthony et Michaël, mais il ne l'avait pas fait. Il avait hésité, mais il avait finalement décidé de ne rien leur dire. Il n'avait pas envie d'influencer l'opinion que ses deux amis avaient de Lavande. Car elle ne leur avait rien fait, à eux. Cette affaire ne le concernait que lui, ainsi que Hermione, Lavande et McLaggen. De plus, Michaël avait toujours apprécié Lavande avec qui il s'entendait bien. Terry soupçonnait même son ami d'éprouver plus que de l'amitié envers Lavande, bien qu'il ne se soit jamais confié là-dessus. Terry espérait avoir tort, ou si ce n'était pas le cas, que Michaël oublierait son béguin pour leur camarade de Gryffondor, car cela le mettrait fortement mal à l'aise que Michaël veuille tenter quelque chose avec Lavande.

Si la plupart de ses rêves avaient donc un rapport avec l'histoire qu'il y avait eue avec Lavande, ses autres rêves avaient un lien avec les BUSE et son ambition de devenir Auror. Soit il rêvait d'arriver en retard à un examen, soit il rêvait de tomber sur un sujet qu'il ne voulait pas, soit il rêvait de rater un examen car il était alité à l'infirmerie ou bloqué quelque part, soit il rêvait de ne pas avoir la note suffisante à peu de choses près dans une matière… Il n'était pas idiot : tous ces rêves étaient dus au stress que lui provoquait l'approche des BUSE. Il avait beau adorer les études, il n'avait jamais été fan des examens. Cette période l'angoissait à chaque fois. Mais pas autant que cette année-là, ce qui était logique puisque c'étaient les premiers examens décisifs qu'il allait passer. Mais il n'en était pas au même point que Pansy et Justin qui, eux, faisaient une véritable fixette sur les BUSE. Du moins, c'était encore le cas pour Pansy quelques jours plus tôt. Mais elle avait eu un sursaut de lucidité et était allée voir son directeur de maison, ayant réalisé que son comportement n'était pas sain. Terry, lui, avait un trac qu'il jugeait comme étant normal, même si cela l'affectait un peu plus que les trois quarts de ses camarades. Mais il fallait dire que les années précédentes, il se destinait à être avocat, un métier qui était relativement accessible si l'on s'en donnait les moyens, alors que depuis peu, il s'était aperçu que c'était le métier d'Auror qui lui convenait le mieux… Et cette formation était déjà beaucoup plus dure et sélective. Ce qui lui procurait un stress plus important que lorsqu'il aspirait à être avocat. Au fond de lui, il savait qu'il était largement capable d'avoir les notes requises, que ce soit aux BUSE ou aux ASPIC, mais il y avait tout de même ce stress lié au fait qu'il visait l'une des formations les plus difficiles à intégrer. Mais il parvenait tout de même à gérer son stress. Bon, sauf la nuit où son sommeil était hanté par de vilains rêves, mais il refusait d'avoir recours à des potions pour y remédier. Il en avait déjà fait l'expérience et il détestait l'état dans lequel cela le mettait.

Planté devant la porte du dortoir et plongé dans ses pensées, il sursauta lorsqu'Anthony s'adressa à lui :

- Tu ferais mieux d'aller manger, sinon il ne restera plus rien dans la Grande Salle…

Terry s'apprêtait à approuver les paroles de son meilleur ami quand il se souvint soudain de quelque chose.

- Non, en fait, c'est bien qu'on soit seuls ici… Il fallait que je te parle.

Anthony fronça les sourcils.

- De quoi ?

Terry rejoignit son espace, s'assit sur son lit et invita Anthony à faire de même.

- Lors de l'action vérité, tu as avoué qu'il y avait eu des bisous avec Sophie mais que vous n'aviez rien tenté car elle n'était pas prête à se lancer dans une relation… Et en ce qui te concerne, tu avais dit que c'était «compliqué». Ça avait l'air d'être un sujet sensible. Est-ce qu'il y aurait un problème que tu garderais pour toi ?

Anthony soupira.

- Ce n'est pas vraiment un problème, enfin ça dépend de la façon dont on voit les choses…

- Bon, on va y aller par étape, car comme tu le disais, ça paraît effectivement compliqué. Est-ce que tu étais amoureux de Sophie ?

- Je crois que oui, mais ce n'est pas aussi simple que ça…

- D'accord. Est-ce que tu étais attiré physiquement par elle ?

- Elle me plaisait, oui, mais… là aussi, c'est plus complexe que ça n'en a l'air.

- Ok, alors explique-moi.

- En fait, j'étais très lucide sur la situation. Je m'apercevais bien qu'à mes yeux, Sophie n'était pas comme les autres filles, que je m'intéressais bien plus à elle qu'aux autres filles de la classe, et pas seulement parce qu'elle était mon binôme de travail, même si c'est grâce à ça que j'ai pu apprendre à mieux la connaître. Il y avait un truc en plus. Tout ça signifie probablement que j'étais amoureux d'elle, mais ce qui m'a troublé, c'est que je ne la voyais pas comme une fille. J'ai l'impression que si elle avait été un garçon, ça aurait été exactement la même chose. Mais je ne peux pas l'affirmer à cent pour cent car je n'ai jamais regardé les garçons… Mais c'est une sorte d'intime conviction. Ce n'est pas parce que Sophie est une fille qu'elle m'a tapé dans l'oeil. Ce sont ses qualités morales, sa personnalité, son rire, son sourire, son humour, et j'en passe, qui m'ont plu. Mais le fait qu'elle soit une fille n'avait aucune importance pour moi, même si, évidemment, je ne vais pas nier son genre… C'est juste que je n'y fais absolument pas attention.

- Je vois, indiqua Terry. Je comprends mieux pourquoi tu n'as rien voulu tenter avec Sophie, en plus du fait que ça bloquait aussi chez elle… Tu avais besoin d'être fixé sur ton orientation sexuelle pour envisager de commencer une histoire avec quelqu'un…

- C'est ça. Je me demande surtout si les garçons, ce serait également mon truc, vu que visiblement, je ne fais pas grand cas du genre des personnes… Mais je peux très bien me tromper et n'être attiré que par les filles, ce qui voudrait dire qu'en réalité, le genre fait partie de mes critères…

- Ça m'étonnerait, car d'après ce que tu me dis, quand tu es amoureux, tu t'en fiches réellement que la personne soit une fille ou un garçon… Ce qui voudrait dire que tu serais pan. Mais ce que je dis est à prendre avec des pincettes, je ne suis pas un expert, et ce que tu me dis ne suffit pas forcément à déterminer ton orientation sexuelle. Mais tu devrais discuter de tout cela avec Michaël. Je ne sais pas comment, mais il s'y connaît plus dans ce domaine. On en avait parlé, lui et moi. Beaucoup de gens pensent que l'orientation sexuelle, c'est soit aimer les filles, soit aimer les garçons, soit aimer les deux, mais c'est bien plus vaste que ça. Il y a une différence entre «être attiré» et «éprouver des sentiments», les deux ne sont pas toujours forcément liés. Tu peux être attiré sexuellement par l'un des deux sexes, ou par les deux, sans être capable d'avoir des sentiments, tu peux, à l'inverse, être capable de tomber amoureux d'une fille ou d'un garçon, mais sans ressentir d'attirance sexuelle, tu peux être attiré sexuellement par les deux sexes et pouvoir tomber amoureux aussi bien d'une fille que d'un garçon, tu peux tomber amoureux de quelqu'un sans que le sexe de la personne n'entre en ligne de compte, ce qui semble être ton cas, tu peux n'avoir ni d'attirance sexuelle, ni de sentiments pour qui que ce soit… Il y a plein de cas de figure et je dois sûrement en oublier. Mais si j'étais toi, j'essaierais un truc avec un garçon. Même si ça s'avère être un échec, au moins, tu seras fixé. Il vaut mieux regretter quelque chose qui n'a pas marché que regretter quelque chose qu'on n'a pas fait.

- C'est vrai, d'où l'expression «il vaut mieux avoir des remords que des regrets»… Mais je ne suis pas très à l'aise à l'idée d'avoir une histoire, courte ou durable avec un garçon de Poudlard, j'aurais peur que ça s'ébruite…

- Tu peux voir ça pendant les vacances, rien ne presse…

- Tu as raison. Je ne suis même pas encore sûr de ce que j'avance, et je ne suis pas spécialement prêt à approcher un garçon…

- Attends d'être prêt, alors. Et à ce moment-là, si c'est le fait de vérifier ta théorie qui te stresse, ne va pas sortir avec un garçon dans ce but, considère plutôt ça comme une expérience. Tu auras moins de pression. Vas-y sans te prendre la tête, sinon tu vas être trop tendu et ce sera à cause de ça que ça va mal se passer.

Anthony acquiesça. Il s'écoula une vingtaine de secondes durant lesquelles il parut hésiter, avant de finalement se lancer :

- Mais dis-moi, si tu m'incites à aller vers un garçon, c'est que ça ne te gênerait pas s'il y avait plus que de l'amitié entre un garçon et moi ?

Terry écarquilla les yeux.

- Bien sûr que non ! s'exclama-t-il. Si les relations de ce genre me dérangeaient, je ne serais pas ami avec Harry, Draco, Justin et Théo… Je ne ferais même pas partie de la bande, car je serais bien mal barré avec quatre garçons gay dans le lot…

- Ah oui, j'avais oublié ça… Mais ils sont tous uniquement gay ou… ?

- Harry, Justin et Théo, oui. Pour Draco, j'ai un doute. Je pense qu'il n'est pas totalement fermé aux filles, mais qu'il est plus difficile avec les filles qu'avec les garçons.

- En mode, il est hyper exigeant sur son type de filles ?

- C'est ça. Mais en tout cas, il serait bien plus attiré par les garçons que par les filles. Mais ce n'est que mon avis, je peux très bien être à côté de la plaque…

- Ce serait bien la première fois que ton analyse ne serait pas bonne… Mais pour l'instant, l'idéal de Draco, c'est Harry, et ils sont heureux ensemble, donc on s'en fiche de l'orientation de Draco.

- Exactement, approuva Terry. Mais tu croyais vraiment que ça me dégoûterait si tu m'avouais être avec un garçon ?

- Non, mais on a beau savoir que nos amis n'auraient rien contre ça, on ne peut pas s'empêcher de s'en assurer…

- Je vois, je serais certainement pareil à ta place… Tout comme bon nombre de personnes. Mais tu n'as pas intérêt à te poser la même question pour Michaël.

- Pourquoi ? s'intrigua Anthony.

- Parce qu'il n'y a pas plus ouvert d'esprit que lui ! Mais ça, depuis le temps, tu as dû le constater… Lui, il s'en moquerait totalement que tu sortes avec un garçon, une fille, quelqu'un de bien plus âgé que toi, une moldue, un milliardaire, la fille du ministre de la magie… Les seuls types de relations qui l'embêteraient, ce seraient celles qui tomberaient sous le coup de la loi. Genre, une relation avec un professeur, par exemple. Mais là encore, il ne te jugerait pas. Il s'inquiéterait juste pour toi. Tout comme moi, d'ailleurs. Et au passage, toutes les éventualités que je viens de citer, je les accepterais aussi. Michaël et moi n'aurions pas notre mot à dire, de toute façon. Mais là où j'aurais besoin d'un peu de temps pour me faire à une sorte de relation, Michaël, lui, s'y ferait aussitôt. Ce serait naturel, chez lui. On n'en a jamais parlé, mais ce sont des déductions que je fais en me basant sur ce que je sais de lui.

- Et ce que tu dis est entièrement juste. Et comme tu me l'as recommandé, je discuterai de tout avec Michaël.

- Il saura mieux te conseiller que moi, appuya Terry. Je ne t'ai rapporté que les quelques souvenirs que j'ai de la conversation que j'avais eue avec lui. Même s'il n'y a d'yeux que pour les filles, il est calé sur le sujet des orientations sexuelles et tout ce qui va avec.

- C'est une aubaine pour moi, plaisanta Anthony. Bon, ce n'est pas que je veuille que tu t'en ailles, mais si tu traînes, tu vas vraiment rater le service du petit-déjeuner…

- Oui, j'y vais. En plus, j'ai faim. Mais juste un truc… Tu m'as dit que tu irais à Pré-au-Lard, mais tu y vas avec qui ?

- Avec Michaël. Et toi, avec Hermione, si je me rappelle bien ?

- Oui, et vers quinze heures, on rejoindra les autres aux Trois Balais. J'aurais aimé être avec vous ne serait-ce qu'une heure, mais ça va être compliqué…

- Ne t'en fais pas, Michaël et moi n'avons pas prévu de rester longtemps à Pré-au-Lard, sauf si on se met à refaire le monde autour d'une bonne bièraubeurre aux Trois Balais… Oui, car on ira aussi là-bas une fois qu'on aura fait le tour du village.

- Je pense qu'on sera nombreux à y aller, vu que c'est la dernière sortie avant les vacances…

- Oui, et rien de tel qu'une boisson sucrée et une bonne ambiance pour se relaxer la veille de notre première épreuve des BUSE…

- Tout à fait, ça va nous faire du bien… Allez, à tout à l'heure.

Terry quitta le dortoir, puis sa salle commune et se rendit à la Grande Salle. Elle était presque vide, mais Terry fut soulagé de voir qu'il y avait encore plein de victuailles sur les tables. Il allait pouvoir remplir son ventre qui protestait contre l'heure beaucoup trop tardive pour un petit-déjeuner… Lui qui était habitué à recevoir de la nourriture à huit heures les jours où il n'y avait pas cours, avait dû attendre deux heures de plus ce matin-là pour être rempli !

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Après avoir mangé, Terry se promena dans le château. Les petits pains et le jus de citrouille l'avaient requinqué, mais pas suffisamment pour enrayer sa fatigue qui résultait de ses nuits agitées. Il espérait que se balader le réveillerait davantage. Il avait une demie-heure devant lui avant d'aller à la salle sur demande où il devait retrouver Hermione. La veille, ils avaient convenu de se voir une heure, étant donné que ce serait leur seule occasion de la journée d'être seuls en amoureux. Pré-au-Lard allait être bondé, et en rentrant au château, ils avaient comme programme d'aller dîner et de se poser aussitôt après dans leur dortoir afin d'être au calme.

Terry longeait un couloir du troisième étage lorsqu'il croisa son directeur de maison.

- Ah, Terry, je t'ai cherché dans la Grande Salle lors du petit-déjeuner, mais je ne t'ai pas vu…

- J'y suis allé assez tard, c'est peut-être pour ça, supposa Terry. Vous vouliez me parler ?

- Oui, c'est par rapport à ton souhait de devenir Auror. Je t'avais dit que j'écrirais à ma cousine pour qu'elle m'envoie des brochures fiables sur ce métier qui est le sien, mais je me suis dit que ce serait mieux que tu puisses avoir une expérience avec le monde des Aurors… Mais le souci, c'est qu'il est impossible pour un élève de Poudlard d'effectuer un stage chez les Aurors. D'une, parce qu'ils sont beaucoup trop occupés pour prendre en main un stagiaire, de deux parce que tu aurais accès à des informations sur des affaires en cours qui doivent rester strictement confidentielles, ce qui fait qu'il te serait interdit d'être dans les bureaux, et de trois parce que tu n'aurais pas non plus le droit d'aller sur le terrain car ce serait bien trop dangereux. En gros, un stage ne te servirait à rien puisque tu ne ne ferais absolument rien… Mais j'ai songé à un autre moyen d'en apprendre plus sur ce métier. Si tes parents sont d'accord pour t'y emmener, tu pourras assister à des conférences qui auront lieu cet été.

Le professeur Black extirpa de la poche de sa robe de sorcier un parchemin qu'il tendit à Terry.

- Je t'ai noté les dates, les lieux et le thème de toutes les conférences qui se tiendront un peu partout en Grande-Bretagne. Je sais que pour les jeunes, les conférences, ça sonne comme quelque chose de barbant, mais quand on est intéressé, c'est au contraire hyper passionnant. Comme toute conférence, celles que je t'ai marquées ont pour but de discuter d'un sujet précis, propre au métier d'Auror, tels que la lutte contre toutes sortes de délits, la sécurité, les priorités actuelles… Mais il y a toujours, au début, des personnes qui expliquent en quoi consiste leur métier, ce qui sera très utile pour toi. Elles répondent aussi aux questions du public, tant qu'elles ne sont pas invasives. Si tu suis deux ou trois conférences, ça reviendra quasiment au même qu'un stage de deux semaines chez les Aurors, et ce sera bien plus fiable que n'importe quelle brochure que j'aurais pu te donner. Mais ce n'est pas une obligation, tu es libre d'y aller ou non. Après, si c'est à tes parents que ça pose problème, fais-moi parvenir une lettre par le biais de Harry. Si tes parents ne veulent tout simplement pas t'y conduire, je tenterai de les raisonner. S'ils refusent parce qu'ils travaillent, je réfléchirai à une solution. J'en ai déjà peut-être une en tête. Vu qu'il y a d'autres élèves qui comptent intégrer la formation d'Auror, j'ai écrit la liste que je t'ai fournie en plusieurs exemplaires, ils l'auront donc également, et si, parmi eux, il y en a qui peuvent y aller, je verrai avec eux si leurs parents seraient d'accord pour que tu les accompagnes. Si oui, il faudra qu'ils contactent les tiens pour qu'ils s'arrangent entre eux.

- Professeur, c'est plus que généreux de votre part d'être prêt à m'aider comme ça, mais vous serez en vacances, vous aussi, je ne veux pas vous empêcher d'en profiter…

- Je n'aurai pas l'esprit tranquille en sachant qu'un de mes élèves ratera des opportunités d'en savoir plus sur son futur métier alors que je serais largement en mesure d'y remédier. Et ce n'est pas parce que ce seront les vacances que je ne serai plus directeur de la maison de Serdaigle. Ne crois pas que tu seras débarrassé de moi aussi facilement !

Terry se mit à rire.

- Je n'y avais pas songé ne serait-ce qu'une seconde… Merci pour tout, professeur. Mais je ne pense pas que vous aurez à intervenir. Si je préviens à temps mes parents, ce ne sera pas compliqué pour eux de s'organiser pour m'emmener à ces conférences. Mais si ça coince, j'en avertirai Harry. Avant d'y aller, je voudrais avoir un renseignement…

- Je t'écoute, dit le professeur Black en souriant.

- Je n'ai pas vu Lisa depuis dimanche matin, est-ce qu'elle va bien ?

- Tu fais référence au malaise qu'elle a fait durant le petit-déjeuner ?

- Oui, ça m'a inquiété…

- Rassure-toi, elle va très bien. Elle a dû prendre les potions que lui a prescrites le professeur Snape et suivre ses conseils car elle a repris des couleurs et elle semble aller beaucoup mieux. En tout cas, elle paraît plus reposée que toi. As-tu mangé, ce matin ?

- Oui, et je vais bien, professeur.

- Mmmh, tu as quand-même la mine fatiguée. Ne fais pas comme ta camarade de maison, n'attends pas de faire un malaise pour aller voir l'infirmière ou le professeur Snape… Si tu dors mal et que tu n'as pas d'appétit à cause de l'approche des BUSE, ou pour une autre raison, tu peux demander des potions de sommeil sans rêves…

- Justement, je préfère éviter. Je n'aime pas du tout l'état dans lequel ces potions me mettent.

- Il y a des potions qui ont été mises au point pour contrer les effets secondaires qu'elle génère, et le professeur Snape sera plus habilité à te les proposer que Mrs Pomfrey, vu que c'est son domaine. Tu es loin d'être le seul à subir les désagréments de la potion de sommeil sans rêves, et c'est bien pour ça que des potions ont été créées pour soulager ce genre d'effets indésirables. Promets-moi d'aller t'adresser au professeur Snape. Je vérifierai auprès de lui si tu l'auras fait.

- Bon bah je n'ai pas le choix, alors…

- Tu as tout compris. Allez, je te laisse, amuse-toi bien à Pré-au-Lard si tu y vas.

Terry acquiesça, souhaita une bonne journée à son professeur et reprit son chemin. Avec tout ça, il était presque onze heures, aussi décida-t-il de se rendre directement à la salle sur demande. Il fut en avance de quelques minutes lorsqu'il arriva, et il ne fut pas surpris de remarquer que Hermione était déjà là. Il l'embrassa tendrement et ce fut elle qui fit apparaître la salle secrète. Ils y pénétrèrent et s'assirent sur leurs couvertures favorites brodées aux couleurs de leurs maisons. Ils se délestèrent de leurs robes de sorcier qui, bien qu'étant des robes d'été, leur tenaient tout de même chaud. Terry dut résister à l'envie de s'allonger et de piquer un petit somme, ce qui n'échappa pas à Hermione.

- Tu as l'air épuisé, est-ce que ça va ?

- Oui, je dors juste un peu mal en ce moment, mais j'irai en parler au professeur Snape en revenant de Pré-au-Lard. Si je ne le fais pas, je vais avoir un ancien évadé d'Azkaban sur le dos…

Hermione éclata de rire.

- Je vois, tu as eu affaire avec le professeur Black ! Il peut être redoutable, quand il s'y met…

- Je ne te le fais pas dire…

- Mais c'est ce qui fait de lui un bon directeur de maison. Vous êtes un peu tous comme ses enfants.

- Ah ça, c'est sûr ! Il nous surveille encore plus que ne le font mes parents ! Mais il est top, on a de la chance de l'avoir. Il m'a dit de bien m'amuser à Pré-au-Lard, et c'est bien ce que j'ai l'intention de faire. J'ai besoin de me changer les idées et rien de mieux pour ça que d'aller à Pré-au-Lard avec sa merveilleuse petite-amie…

- Oh, c'est mignon…

Hermione offrit un baiser à Terry auquel il répondit. Il attira à lui sa bien-aimée qui vint s'installer sur ses genoux. Cela leur permit d'être plus proches l'un de l'autre, ce qui était bien plus pratique. Terry fit voyager ses mains dans le dos de Hermione qui enfouit les siennes dans ses cheveux. Leur baiser, qui fut d'abord doux et chaste, se transforma vite en un baiser plus langoureux et passionné. Leurs corps se rapprochèrent et se pressèrent avec plus d'insistance. Terry oublia absolument tout, sauf le baiser qu'il était en train de partager avec celle qui occupait la plupart de ses pensées. Ce fut comme si plus rien n'existait autour de lui. Il n'y avait que sa petite-amie qu'il avait partout sur lui. Il avait ses lèvres contre les siennes, son souffle sur son visage, son poids sur ses jambes, ses mains dans ses cheveux et son corps contre le sien. Ils étaient tellement collés l'un à l'autre qu'il était sûr qu'il n'y avait pas un seul centimètre d'espace entre eux. Et Terry adorait ça. Mais pour la première fois depuis le début de leur relation, il se sentit frustré. Il était littéralement scotché à Hermione, et pourtant, il en voulait plus. Mais il avait peur de la brusquer. Sa logique prit cependant le dessus et il se dit que s'il n'essayait pas, ils n'avanceraient jamais. Il glissa alors timidement ses mains sous le haut de Hermione et ne percevant aucune crispation, il y alla plus franchement, mais toujours en douceur, et fit remonter ses mains le long du dos offert à sa portée. La peau de sa chérie était douce sous ses doigts et il ferma les yeux afin de profiter pleinement de ce toucher. Mais il les rouvrit d'un coup lorsque les mains de Hermione s'infiltrèrent sous sa chemise. Ses gestes tout aussi incertains que l'avaient été les siens lui firent aisément deviner qu'elle avait les mêmes craintes que lui, mais tout comme lui, elle s'enhardit rapidement et caressa le dos de Terry de bas en haut. Ils demeurèrent ainsi un moment, et ce fut quand Terry dévia ses mains vers les hanches de Hermione que celle-ci se détacha de lui, mettant fin à leur baiser et à leur étreinte.

- Désolée, c'était agréable d'avoir tes mains ici, mais… je craignais justement de trop aimer et de te laisser aller plus loin et de ne pas me rendre compte que ça irait peut-être trop vite entre nous…

- Tu n'as pas à t'excuser, affirma doucement Terry. Tu as été prudente et tu as eu raison. On l'aurait regretté si on avait brûlé les étapes. On a tout notre temps, il n'y a pas le feu au lac… On aura plein d'occasions de se découvrir davantage si tu viens chez moi pendant l'été…

Hermione se mit à rougir. Craignant avoir provoqué un quiproquo, Terry se rattrapa :

- Pardon, ce n'est pas ce que je voulais dire… On ne sera pas obligés de faire quoi que ce soit si tu n'en as pas envie…

- Non, non, ce n'est pas ça, j'en aurai sûrement tout autant envie que toi, c'est juste que… j'ignore si tu sous-entendais par-là qu'on dormirait ensemble si je passais quelques jours chez toi, et si c'est le cas, je ne suis pas sûre d'être prête pour ça… Et si on va dans ta chambre en pleine journée, je ne serais pas très à l'aise à l'idée qu'on puisse se faire surprendre…

- Ne t'inquiète pas, j'aurai une discussion avec mes parents à ce sujet avant ton séjour, promit Terry. Et tu auras tout à fait le droit de dormir dans la chambre d'amis si tu le souhaites.

Hermione acquiesça, visiblement soulagée.

- Tu as l'air de parler de ce genre de choses assez naturellement avec tes parents…

- Oui, ils ont toujours été très ouverts là-dessus, surtout mon père. C'est loin d'être un tabou. Et ils ne verraient aucun inconvénient à ce que tu dormes avec moi, tu seras presque majeure et quand on est un garçon, on a plus facilement la permission… Si tu avais été plus jeune que moi, ça aurait été plus compliqué, mais là c'est l'inverse, donc tout roule. Mais ce sera comme tu voudras.

- J'ai le temps d'y réfléchir, et je pense que je me déciderai une fois sur place. Mais il faut déjà que je sache si mes parents seront d'accord pour que je vienne chez toi… Je te tiendrai au courant quand je le leur aurai demandé.

Terry hocha la tête.

- Bon, et sinon, en-dehors de ça, qu'as-tu prévu pour les vacances ?

- Ça, je n'en sais rien du tout, avoua Hermione. Il y a de fortes chances pour que j'aille chez Harry, mais à part ça, je n'ai pas de programme particulier. Et toi ?

- Jusqu'à ce matin, je n'avais rien de prévu, mais j'ai croisé le professeur Black avant de venir et il m'a fourni une liste de conférences d'Aurors auxquelles il m'a vivement conseillé d'assister, et j'ai bien l'intention d'y aller si mes parents seront disponibles pour m'y emmener. Comme il n'y a pas de stages possibles chez les Aurors, ces conférences seront le moyen le plus efficace d'en apprendre plus sur ce métier…

- C'est une super idée, approuva Hermione.

- Oui, et les thèmes qui vont être abordés sont hyper intéressants… Je suis maintenant sûr que c'est le métier que je veux faire, et je vais me donner à fond pour pouvoir intégrer la formation d'Auror. Mais il faut que j'évite d'y songer car je me mets un peu trop la pression…

- La sortie à Pré-au-Lard tombe à pic, alors, commenta Hermione. Ça va t'aérer l'esprit… Tu veux aller où, d'ailleurs ?

- À Scribenpenne en premier lieu, à Gaichiffon et je crois que c'est tout ce dont j'ai besoin.

- Je dois juste aller à Scribenpenne, pour ma part. En attendant quinze heures où on devra rejoindre la bande, on pourra se promener dans le village…

- Oui, on aura environ une heure devant nous après avoir fait nos achats, ce sera largement suffisant pour se relaxer en arpentant les rues de Pré-au-Lard… Et on se rafraîchira aux Trois Balais avec un bon verre de jus de citrouille… Cet après-midi va être génial !

- Oh oui, c'est vraiment chouette de nous avoir organisé cette sortie au village la veille du début des examens… On commence par la théorie de botanique, si je me souviens bien ?

- Oui, et à treize heures, on a la pratique, rappela Terry.

- Franchement, je ne stresse pas trop pour la botanique.

- Pareil, il suffit d'avoir bien révisé et d'être un minimum concentré. Quelles sont tes horaires pour la pratique de la métamorphose, de la Défense Contre les Forces du Mal et des sortilèges ?

- Alors, si j'ai bonne mémoire, je passe le mardi dix-huit à treize heures cinquante pour la Défense, le même jour à quinze heures dix pour la métamorphose, et le jeudi vingt à onze heures dix pour les sortilèges. Et toi ?

- Je passe le jeudi treize à treize heures trente pour la métamorphose, le même jour deux heures plus tard pour la Défense, et le mardi dix-huit à quinze heures trente pour les sortilèges.

- Ah ouais, on est complètement décalés, observa Hermione, hilare.

- Les professeurs en ont fait exprès, renchérit Terry sur le même ton. Bon, on ferait mieux d'y aller, il est près de midi, avec tout ça…

Terry et Hermione se levèrent et quittèrent leur salle secrète. Ils descendirent les sept étages et ce fut main dans la main qu'ils se dirigèrent vers la Grande Salle. Ils mangèrent chacun à la table de leur maison pour mieux se retrouver ensuite et aller ensemble à Pré-au-Lard…

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POV Harry

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Lorsque Harry arriva à Pré-au-Lard, il se rendit directement aux Trois Balais, ayant rendez-vous avec Olivier. Il était heureux à l'idée de revoir son ex capitaine. Leur dernière rencontre avait eu lieu deux ans plus tôt, pendant la Coupe du Monde de Quidditch. Olivier lui avait révélé à cette occasion qu'il avait été pris comme joueur de réserve dans le Club de Flaquemare. Mais d'après ce qu'avait pu entendre Harry par-ci par-là, Olivier avait joué tant de fois son rôle de remplaçant qu'il était presque devenu joueur titulaire. Et il avait largement contribué à la victoire de son équipe lors de tous les matchs qu'elle avait gagnés, ce qui n'étonnait guère Harry. Au cours de ses six années au sein de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, Olivier avait été considéré comme le meilleur gardien de Poudlard, et il semblait bien parti pour perpétuer cette réputation au niveau national. Il ne faisait aucun doute pour Harry qu'Olivier finirait par figurer parmi l'élite mondial des gardiens. Et il allait sûrement un jour ou l'autre obtenir le badge de capitaine. Il avait été excellent dans ce rôle pendant les trois ans durant lesquels il avait été à la tête de l'équipe de Gryffondor, et c'était bien pour cela que Harry comptait sur lui pour le conseiller sur son futur capitanat.

À peine fut-il entré dans le pub que Harry vit Olivier assis dans un coin en train de lire la Gazette du Sorcier. Harry le rejoignit et s'installa en face de lui. Olivier leva les yeux et lui offrit un chaleureux sourire. Le rouge monta aux joues de Harry lorsqu'il songea qu'Olivier était toujours aussi beau. Il avait beau être éperdument amoureux de Draco, cela ne l'empêchait pas d'apprécier le physique des autres garçons, tout comme Draco. Ils étaient très ouverts là-dessus, si bien qu'une fois, ils avaient eu un vif débat sur les garçons les plus séduisants de l'école. Ils n'avaient pas réussi à aboutir sur un accord et s'étaient gentiment chamaillés en s'accusant mutuellement de n'avoir aucun goût. C'était entre autres cela que Harry aimait tant dans sa relation avec Draco. Ils se faisaient confiance, ils se disputaient rarement et s'il y avait parfois un peu de jalousie, celle-ci était normale et très modérée. Aussi Draco n'avait-il pas été inquiet quand Harry lui avait dit qu'il devait retrouver Olivier lors de la sortie à Pré-au-Lard. Cela avait même arrangé Draco qui avait décidé d'en profiter pour faire un tour chez Derviche et Bang, un magasin qu'il affectionnait beaucoup et qui ennuyait Harry.

- Bonjour, Harry, comment vas-tu ? s'enquit Olivier.

- Bien, et toi ? Tu es en congés ?

- Oui, il y avait trop de joueurs blessés, on n'était plus que huit à pouvoir assurer les entraînements, du coup il aurait été imprudent de les maintenir, on aurait risqué de perdre encore plus de joueurs… Le capitaine a donc estimé préférable de donner une semaine de vacances à tout le monde. D'ici là, les trois quarts des inaptes auront repris leur poste. Notre prochain match est dans deux semaines et demi, ça nous laisse du temps pour se remettre dans le bain. C'est une situation assez pénible pour l'équipe, mais ça a ses avantages : je peux passer six jours avec George, chose qui n'est pas arrivée depuis que j'ai quitté Poudlard…

- Le bonheur que ça doit être, supposa rêveusement Harry. Ça a dû être une joie intense quand vous vous êtes revus…

- Oh oui, George était sur un petit nuage en apprenant que j'allais être quasiment une semaine avec lui… Je lui avais juste dit dans ma lettre que j'allais venir le voir, mais pas que j'avais des congés.

- Je ne sais pas comment vous faites pour tenir en vous voyant si peu…

- On s'aime, tout simplement. Et puis on ne reste pas éloignés si longtemps que ça. On se voit une fois par mois, ce dont on n'a vraiment pas à se plaindre, vu que nous sommes très occupés… Bien sûr, on se manque énormément, mais le fait qu'on soit très actifs nous évite de penser l'un à l'autre toute la journée. George a la boutique à monter avec Fred, ce qui leur prend tout leur temps, et moi, j'ai mes entraînements, mes déplacements en tout genre, mes matchs… S'il n'y avait pas tout ça, la distance serait bien plus difficile à supporter et on serait vite tombés dans la déprime. Mais je dois reconnaître que ce serait bien mieux si George et moi habitions ensemble… On se verrait ainsi tous les jours, matin et soir lorsque je serais en période d'entraînements entre deux matchs, mais pour le moment, ce n'est pas d'actualité.

- Pourquoi ? C'est trop tôt selon vous ? Ou bien ce serait difficile financièrement parlant ? Ou bien George ne voudrait pas abandonner Fred ? Ou bien est-ce tout cela à la fois ?

- Ben… je ne sais pas trop, en fait, avoua Olivier. On n'a pas encore abordé le sujet, mais ce serait surtout par rapport à Fred, en effet. Ça fait deux ans et demi que George et moi sommes en couple, et nous sommes tous deux majeurs, donc je ne pense pas que ce serait trop tôt, et pour ce qui est de l'argent, c'est un peu plus compliqué. Pour moi, ce ne serait pas un problème, j'ai largement de quoi payer le loyer d'un logement pour deux personnes et subvenir à nos besoins, mais George refusera que je paye tout jusqu'à ce qu'il puisse se verser un salaire avec la boutique…

- Même si ça signifie que vous pourriez vous voir plus souvent ? Cet argument suffira peut-être à le convaincre…

- Ça va être très dur, grimaça Olivier. Et il y aura toujours Fred. On ne sépare pas des jumeaux aussi facilement…

- Mais ils doivent bien se douter qu'un jour ou l'autre, ils devront prendre leur envol… Et à l'instar de George, Fred finira bien par se trouver une copine avec qui il souhaitera emménager… Et je suis sûr qu'il serait prêt à composer avec la solitude si ça permettrait à son frère d'être heureux… Il faut que vous en discutiez. Et puis bon, ils resteront quand-même ensemble toute la journée, ce n'est que la nuit où ils seront chacun de leur côté…

- C'est vrai, admit Olivier. J'essaierai de voir ça avec George. Bon, et si on en venait à ce pour quoi on est là ? Mais d'abord, on va choisir un truc à boire.

Olivier fit signe à un employé qui vint vers eux. Harry et Olivier commandèrent tous deux un jus de citrouille. Ils furent rapidement servis et Harry but quelques gorgées en savourant la fraîcheur de sa boisson.

- Bon, déjà, je voulais te féliciter pour ta nomination en tant que capitaine, déclara Olivier. J'ai été ravi de lire dans ta lettre que tu avais obtenu ce poste. Mais je n'ai pas été vraiment surpris, vu que l'année prochaine, tu seras l'un des plus anciens de l'équipe avec Katie que je n'imagine pas du tout dans ce rôle…

- C'est sûr que le choix était assez logique, mais ça me stresse, je crains de ne pas être à la hauteur et qu'on perde les matchs à cause de moi car je n'aurais pas été un bon capitaine…

- Il faut que tu évites de te dire ça, c'est le meilleur moyen pour que tes craintes deviennent réalité. L'excès de confiance en soi peut s'avérer préjudiciable, mais une mauvaise estime de soi peut l'être tout autant. Tu dois avoir certaines qualités indispensables pour un capitaine, sinon, tu n'aurais pas été nommé. Le professeur Lupin a dû te poser des questions pour juger si tu étais apte à superviser l'équipe ?

- Oui, et d'après lui, il y avait juste quelques trucs à travailler.

- Comme ?

- Comme l'autorité et la confiance en soi que tu viens d'évoquer.

- Ça, ce sont des choses que tu peux acquérir au fil du temps. Mais ce serait bien que tu aies un peu de tout ça pour commencer, sinon, ça va être problématique…

- Je pense être un tant soit peu capable de me faire entendre, et je suis quand-même plus sûr de moi que ne l'est Ron…

- Bon, c'est un bon début, il va juste falloir que tu te blindes et que tu fasses des efforts là-dessus. Y a-t-il d'autres aspects qui te font peur ? Ou des choses à éclaircir ?

- Oui, j'aimerais qu'on s'attarde sur l'autorité, car si toi, tu n'en avais ni trop peu, ni trop assez, ce n'était pas le cas d'Angelina qui en avait beaucoup trop… Comment fait-on pour être suffisamment ferme pour ne pas se faire marcher sur les pieds, mais sans pour autant être trop autoritaire au point de terrifier tout le monde ?

- Ah, très bonne question. Pour se faire respecter, la base, c'est respecter toi-même les joueurs, être juste, et ne pas être trop laxiste. Il y aura probablement des personnes que tu connais dans l'équipe, il y aura peut-être même certains de tes amis, comme Ron ou Ginny. Eh bien lorsque tu es avec ton équipe, tu dois te comporter de la même manière avec tous tes joueurs. Pas de traitement de faveur, sinon, les autres vont se sentir lésés et ta relation va se dégrader avec eux. Si, pendant un briefing, il y en a qui bavardent entre eux, dis-leur gentiment mais fermement de se taire. S'il y a une dispute, demande-leur ce qui se passe exactement et quel que soit l'objet de la dispute, dis-leur de régler ça plus tard. Si un joueur te manque de respect, garde ton calme, c'est très important. Dis-lui qu'il n'a pas à te parler comme ça, et s'il continue malgré tes avertissements, emmène-le chez votre directeur de maison. À un moment donné, lui seul pourra gérer la situation. Ça, c'était pour tous les mauvais côtés du rôle de capitaine. Sinon, de manière générale, fais en sorte d'avoir une bonne entente avec tous les joueurs. Intéresse-toi à eux, apprends à les connaître, félicite-les quand ils font un très bon entraînement ou quand ils font des progrès, donne-leur des conseils, encourage-les quand ils ont des difficultés… Sois proche d'eux tout en maintenant une certaine distance, car tu restes le capitaine…

- Ah oui, ça te va bien de dire ça…

Olivier eut la décence de paraître un peu gêné.

- Oui bah je ne vais pas te dire de faire comme moi, hein… Même si, en soi, je n'ai rien fait de mal. Il n'y a eu que des baisers entre nous. Mais ne suis pas mon exemple, évite de sortir avec un de tes joueurs, et plus particulièrement quand tu es majeur et que le joueur a quatre ans de moins que toi… Enfin, tu as le droit tant qu'il n'y a rien d'intime entre vous…

- Non mais ne t'inquiète pas, j'ai déjà quelqu'un et je l'aime trop pour le tromper.

- Bon, tant mieux.

- En tout cas, merci pour tous ces conseils, je vais tâcher de les appliquer du mieux que je peux.

- Tu vas sûrement galérer un peu au début, mais tu ne seras pas le premier, ni le dernier, on a tous eu nos premiers jours en tant que capitaine, et on a tous cafouillé… Mais il ne faut pas baisser les bras et se dévaloriser. Il faut persévérer et apprendre de ses erreurs. Et il ne faut pas hésiter à aller quérir de l'aide auprès de son directeur de maison. Il est là pour ça, mais ça, il a dû te le dire. Mais essaie de te débrouiller un maximum avant de te résigner à aller le voir. Mais n'attends pas trop non plus. Je crois que j'ai fait le tour en ce qui concerne l'attitude que tu dois avoir.

- Je crois aussi. Mais il y a d'autres points qui me chiffonnent…

- Je t'écoute.

- Je ne pense pas être nul en stratégie, mais comment on fait pour bien choisir les exercices et pour bien préparer les matchs ? Comment savoir sur quoi je dois faire travailler les joueurs ?

- Ah, c'est, à mon sens, l'aspect le plus dur du rôle de capitaine… Bon, comme tu le sais, il y a deux grands axes : l'attaque, et la défense. Mais il n'y a pas que ça. Là, je vais te parler de ce que tu dois faire avant le premier match. Et après, bien sûr, mais il y a des choses que tu ne seras en mesure de faire qu'après le premier match de chaque équipe. Pour former une bonne équipe, tu dois observer attentivement le jeu de chaque joueur. Pour les poursuiveurs, tu dois évaluer leur capacité à garder le souafle, à résister au pressing, à savoir en faire sur les poursuiveurs adverses, à bien transmettre le souafle, à réussir à l'intercepter, à bien tirer, à communiquer avec leurs collègues poursuiveurs, à esquiver les cognards… Pour les batteurs, tu dois voir s'ils visent correctement les joueurs, s'ils les visent à bon escient, c'est-à-dire quand le joueur représente une menace, tu dois veiller à ce qu'ils se coordonnent bien entre eux, à ce qu'ils se concentrent sur les joueurs les plus rapides, à ce qu'ils ne s'acharnent pas sur un adversaire bien précis sans raison… Pour les gardiens, tu dois évaluer leur aptitude à bloquer les tirs, à anticiper le choix du cercle que va faire le poursuiveur adverse, à avoir de bons réflexes, à rester sur le qui-vive même s'il ne se passe pas grand-chose dans leur surface… Pour ton attrapeur de réserve, tu dois veiller à ce qu'il soit lui aussi sur le qui-vive en attendant que le vif d'or apparaisse, à ce qu'il ne se disperse pas si le vif d'or tarde à pointer le bout de son nez, à ce qu'il ne fasse pas trop attention à ce qui se passe en bas, à ce qu'il sache éviter les cognards, à ce qu'il soit assez rapide, ce qui implique qu'il doive bien connaître son balai… Et plus globalement, pour tous les joueurs, quels que soient leur poste, tu dois t'assurer qu'ils se comportent bien, qu'ils ne fassent pas trop de fautes, qu'ils prennent bien au sérieux leur rôle… C'est à peu près tout ce que tu dois faire. La liste peut te sembler effrayante, mais ne t'en fais pas, la plupart de toutes ces choses se feront de façon naturelle, tu les feras sans réfléchir parce que ce sont des choses logiques que tu as déjà dans la tête. Tu as les bases en Quidditch, sur tous les postes, tu sais ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire, c'est suffisant pour former les joueurs. Est-ce que tout cela est clair ?

- Oui, et comme tu le dis, c'est somme toute assez logique. Tout ça, je le savais déjà, mais ce qui est nouveau, c'est que je vais devoir me servir de toutes ces connaissances pour évaluer les joueurs…

- Exactement. En réalité, le plus dur, c'est de surveiller tous les joueurs à la fois. Mais c'est le temps de t'y habituer. Est-ce qu'il y a autre chose que tu voulais aborder ?

- Oui, mais là, c'est plus personnel… En fait, je suis en train de te demander des conseils alors que si ça se trouve, je ne vais faire que quelques semaines de capitanat…

Olivier fronça les sourcils.

- Pourquoi ?

- Parce que… je ne suis pas sûr de continuer le Quidditch, avoua Harry. En fin d'année dernière, j'ai dû arrêter le Quidditch pendant deux mois suite à un choc émotionnel. Quand j'ai repris, je me suis aperçu que je n'avais plus la même passion qu'avant. Bon, il va peut-être falloir que je t'en dise un peu plus pour que tu comprennes… Mais ce n'est pas évident…

- Rien de ce que tu me diras ne sortira d'ici, promit Olivier. Mais effectivement, il faudrait que j'aie un minimum de contexte pour pouvoir éventuellement t'aider…

Harry acquiesça. Il se donna quelques secondes avant de se lancer :

- Durant ma quatrième année, je suis sorti avec Cédric Diggory. Notre histoire a été très compliquée car on était obligés de se cacher. Ni lui, ni moi, n'avions fait notre coming-out et le père de Cédric n'aurait pas approuvé cette relation et l'homosexualité de son fils. On n'était plus ensemble lors de la Troisième Tâche du Tournoi des Trois Sorciers mais on s'aimait toujours. Et lorsque nous avons rompu, on s'était juré de s'attendre et de reprendre notre relation quand j'aurai quitté Poudlard. Sauf que ce ne sera jamais possible. Pettigrew a tué Cédric sur ordre de Voldemort contre qui je me suis ensuite battu, je l'ai terrassé et je suis revenu à Poudlard en emportant avec moi le corps de Cédric. Après que la vérité a éclaté au sujet du faux professeur Maugrey, on m'a soigné à l'infirmerie et on m'a laissé partir sans se soucier de mon état mental. Sans savoir que j'étais amoureux de Cédric, le simple fait d'avoir vu un de mes camarades se faire tuer aurait dû pousser les adultes à m'inciter à consulter un psychomage… Mais non, personne n'y a pensé. Heureusement, pendant les vacances d'été, le professeur Lupin, lui, a eu la présence d'esprit de conseiller à mon parrain de m'emmener voir une psychomage. J'étais conscient que j'en avais besoin, alors j'ai vite accepté. En soi, c'était la meilleure idée qui soit, mais j'ai eu la malchance de tomber sur une psychomage qui m'a enfoncé au lieu de m'aider. J'ai été tellement choqué par ce qu'elle m'a dit que j'ai fait une sorte de déni de ce qui s'est passé lors de cette séance, et j'ai cru que tout ce qu'elle m'avait asséné était vrai. Et je n'en ai pas parlé à mon parrain. Je n'ai pas eu d'autres séances et contrairement à ce que je croyais, je n'allais pas mieux. Je vais aller vite sur certains détails mais mon mal-être m'a conduit à prendre des potions de sommeil sans rêves en cachette, que je fabriquais moi-même. Peu après la rentrée, je me suis mis en couple avec un élève de septième année à Serpentard. Au début, tout allait bien entre nous, mais cette relation a fini par devenir malsaine. Il était jaloux, possessif et agressif, même s'il ne m'a jamais frappé. Ce que j'ignorais, c'est qu'il se droguait. Début décembre, il a abusé de moi, j'ai pu me libérer avant qu'il n'aille jusqu'au bout, j'ai couru à mon dortoir, j'ai avalé cinq potions de sommeil sans rêves, je me suis rendu compte trop tard qu'elles étaient périmées parce que j'avais oublié de les mettre sous sort conservateur, j'ai fait une intoxication et j'ai été heureusement trouvé à temps par deux de mes camarades. Le professeur Snape, qui a fait des études de médicomagie et de psychomagie, s'est occupé de ma convalescence et m'a pris en thérapie. Je suis retourné en cours un mois et demi plus tard et il m'a fallu plus de temps pour reprendre le Quidditch. Comme je te l'ai dit, quand j'ai réintégré l'équipe, je n'ai pas retrouvé la même passion que j'avais avant. Et pendant ma convalescence, je n'ai pas le souvenir que ça m'ait réellement manqué. C'est comme s'il s'était cassé quelque chose en moi, comme si le traumatisme que j'ai eu avait provoqué un déclic en moi au sujet du Quidditch… Comme si j'avais eu besoin de ça pour réaliser que je n'aimais pas tant que ça le Quidditch…

- C'est fort possible, affirma Olivier. Peut-être pas dans des termes aussi forts que tu as utilisés, car tu devais quand-même avoir un certain attachement pour ce sport pour l'avoir pratiqué avec ferveur pendant quatre ans et t'être donné à fond, mais il se peut que tu aies surestimé ta passion, oui. Est-ce que tu as évoqué ça avec le professeur Snape ? Au passage, je n'ai pas été surpris quand tu m'as dit qu'il t'avait soigné car j'étais au courant de ses fonctions de psychomage, mais je ne savais pas que tu en avais bénéficié.

- Oui, lorsqu'il a commencé à avoir pas mal d'élèves en thérapie, ça s'est su en-dehors de Poudlard, donc ça ne m'étonne pas que tu en aies entendu parler. Et oui, j'ai un peu discuté de Quidditch avec lui, mais je ne lui ai pas tout dit, car je ne sais pas pourquoi, mais ce sujet me met mal à l'aise… Et je crois qu'il fallait d'abord que je vois ça avec toi avant de traiter plus en profondeur ce sujet avec le professeur Snape… Mais ça non plus, je ne sais pas pourquoi.

- Peut-être parce que j'ai été ton tout premier lien avec le monde du Quidditch ? Je me souviendrai toujours du jour où le professeur McGonagall est venue me chercher à mon cours de sortilèges pour me dire qu'elle m'avait trouvé un attrapeur… Je n'avais pas voulu t'embêter avec ça à l'époque, je ne t'avais donc pas fait part de ça, mais je n'avais pas trop aimé la façon dont elle t'avait présenté à moi… J'avais l'impression qu'elle te brandissait comme un trophée… Et quand je t'ai expliqué les règles du Quidditch, j'ai bien compris que tu n'y connaissais rien et qu'elle t'avait entraîné avec elle sans s'être assurée au préalable si ça t'intéressait de faire du Quidditch… Sinon, je pense que tu lui aurais demandé ce que c'était et elle t'aurait exposé les bases… C'est limite si elle ne t'a pas laissé le choix, quoi… Je ne trouve pas ça normal. C'est peut-être pour ça, entre autres, que tu n'as jamais été vraiment au clair sur ton réel ressenti par rapport au Quidditch… On t'a juste mis dans le crâne que tu avais un talent inné pour ce sport et que tu devais en faire profiter l'équipe de Gryffondor… Tu as alors cru que tu étais obligé d'intégrer l'équipe et tu étais tellement content d'avoir un talent que tu as confondu ça avec de la passion… Quand on a onze ans, on est très malléable et on ne fait pas trop la part des choses…

Harry étudia longuement ce que venait de déballer Olivier. Il n'avait jamais fait ce rapprochement, et ça lui paraissait pourtant évident, à présent…

- Tu as entièrement raison, murmura-t-il. Je ne me rappelle pas avoir décidé d'intégrer l'équipe, on m'a juste dit que j'étais fait pour le Quidditch, que j'avais un don pour le poste d'attrapeur, tout ça parce que j'avais rattrapé le rapeltout de Neville, et ça m'a alors paru logique de devenir attrapeur quand j'ai su en quoi consistait ce poste… Et puis maintenant que tu as mis le doigt sur ça, il y a un autre détail qui me vient à l'esprit… Dès lors que Hermione a appris que j'allais rejoindre l'équipe, elle m'a fait voir le trophée où le nom de mon père était inscrit… Je savais si peu de choses sur mes parents, je les ai tellement peu connus, et ça créait un si grand vide en moi que j'ai dû avoir le désir de me rapprocher de mon père en faisant comme lui, en occupant le même poste qu'il a eu lorsqu'il était élève à Poudlard… Je me demande si ce n'est pas pour lui que j'ai intégré l'équipe, à la base… On m'a dit tant de fois que je lui ressemblais… Ça a dû ajouter au fait que je me suis senti obligé de devenir attrapeur…

Harry soupira.

- Merci, Olivier, j'y vois plus clair, désormais.

- Que vas-tu faire, du coup ?

- Je n'ai pas envie de quitter l'équipe, je n'en suis pas au point d'être dégoûté du Quidditch, loin de là, je suis juste moins passionné qu'avant… Peut-être que le rôle de capitaine va me rebooster et me donner un regain d'intérêt… Ça vaut le coup d'essayer. Et je ne veux pas renoncer à mon poste sans avoir testé la place de capitaine. J'aurais la sensation d'avoir manqué quelque chose, de ne pas avoir fait le tour, j'aurais peur de regretter de ne pas avoir essayé ce poste…

- Je comprends, et je pense que tu ferais mieux de profiter de cette occasion, en effet, même si c'est pour démissionner quelques semaines après la rentrée. Tu seras parfaitement dans ton droit.

- Oui, et j'ai déjà une idée de qui pourrait me remplacer. Le truc, c'est que ça ne fera qu'un an que cette personne sera dans l'équipe, mais elle a tout ce qu'il faut pour être capitaine…

- Mmmh, laisse-moi deviner… Ginny ?

- Comment tu sais ?! s'exclama Harry.

- C'était facile, rit Olivier. Tu as une confiance absolue en elle, c'était la seule qui savait pour notre relation, ça fait effectivement un an qu'elle est dans l'équipe, et je la connais assez pour savoir que ce rôle lui irait à merveille, même si je ne l'ai jamais vue jouer. Mais George m'a dit plusieurs fois qu'il était persuadé qu'elle deviendrait capitaine au cours de sa scolarité à Poudlard.

- Bon bah je n'ai plus de doutes à avoir, alors, s'amusa Harry. Ne reste plus qu'à avoir l'accord de la principale concernée…

- Oh, tu sauras la convaincre, j'en suis sûr.

- Tu es plus optimiste que moi… Rah non, c'est vrai, il ne faut pas que je me sous-estime…

- C'est bien, tu as retenu mes conseils, se moqua gentiment Olivier.

Il sembla hésiter, puis il demanda :

- Dis, est-ce que je peux te poser une question ?

- Oui, bien sûr.

- Je n'ai pas rebondi sur ce que tu as dit tout à l'heure, à propos de ce que tu as subi, mais… est-ce que ça va mieux ?

- Tu parles de l'abus dont j'ai été victime ?

- Oui, et de ta déconvenue chez la psychomage… Et plus généralement, de ta souffrance mentale.

- Oui, ça va beaucoup mieux, répondit Harry en souriant. Je suis toujours un peu fragile, mais je me suis délesté de tous mes traumatismes. Le professeur Snape m'a énormément aidé et j'ai été soutenu par tous ceux que j'aime et qui m'aiment.

- Tant mieux, fit Olivier, soulagé. Tu es heureux avec celui qui a longtemps été ton pire ennemi ?

- Oui, c'est la relation la plus saine que j'ai eue jusque-là et je sais que c'est la bonne personne. J'ai cette certitude que je n'ai pas eue lors de mes relations précédentes. J'aurais pu l'avoir avec Cédric, mais notre histoire était tellement compliquée qu'au fond de moi, je m'étais fait à l'idée que nous ne pourrions pas avoir une relation stable et durable, même après Poudlard…

- Eh bien je ne te souhaite que du bonheur avec Malfoy et d'être épanoui dans ton couple, car tu le mérites amplement…

Harry fut touché par les mots d'Olivier.

- Merci, je te souhaite exactement la même chose avec George. Il y a tellement d'amour entre vous qu'on ne peut qu'espérer que vous serez toujours ensemble dans dix ans et que vous aurez plein de jolis enfants… Mais parle-lui de ton envie de t'installer avec lui.

- Promis, jura Olivier. Je verrai ça quand la boutique sera bien implantée et qu'il ne stressera plus à cause de ça.

Harry hocha la tête et dévia la conversation en interrogeant Olivier sur son équipe, sur ses rapports avec ses coéquipiers, sur l'expérience qu'il avait acquise, sur ses projets professionnels… Olivier se fit une joie de répondre à toutes ces questions et s'informa à son tour sur les études de Harry, sur les nouveaux professeurs, sur ce que ça faisait d'avoir son parrain comme professeur, sur le concept de travail en binôme… Ils discutèrent ainsi pendant plus d'une heure et demie, et ce ne fut que lorsque Harry aperçut toute la bande assise à quelques tables de lui qu'il se souvint qu'il devait rejoindre ses amis à quinze heures… Sauf qu'il n'était pas quinze heures, mais presque seize heures ! Il s'excusa auprès d'Olivier qui ne lui tint pas rigueur de son départ précipité et qui devait lui-même retrouver George, et ce fut avec embarras que Harry se dirigea vers la bande. Ses amis ne lui en voulurent pas pour son retard et Ginny fit remarquer avec justesse qu'ils avaient deux bonnes heures devant eux, ce qui était largement suffisant pour décompresser tous ensemble avant de rentrer au château. Harry se relaxa et fut surpris de constater à quel point il s'était tendu. Il se dit alors que cette réunion avec ses amis allait lui être bénéfique et décida de bien en profiter pour oublier la longue discussion qu'il avait eue avec Olivier…

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Trois heures plus tôt, POV Ginny

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Ginny était dans le hall, attendant ses amis, lorsqu'elle vit Luna venir vers elle, l'air ailleurs. C'était quelque chose de très courant chez elle, mais là, elle n'était pas seulement dans son monde : elle semblait soucieuse. Elle était tellement distraite que Ginny dut l'appeler pour qu'elle remarque sa présence. Luna sursauta et tourna la tête vers elle.

- Oups, désolée, j'étais plongée dans mes pensées…

- C'est ce que j'ai vu… Mais qu'est-ce qui t'accaparait tant l'esprit ?

- La nature humaine…

- Ouh là… Vaste programme. Tu peux m'expliquer ?

Luna regarda autour d'elle, gênée. Ginny devina qu'elle ne désirait pas être entendue et lança le sort d'insonorisation.

- Vas-y, personne ne peut nous écouter. Dis-moi tout.

- C'est Padma. On s'est croisées juste avant que je ne vienne et je n'ai absolument rien compris à ce qui s'est passé… Je descendais à la salle commune alors qu'elle montait à son dortoir, je lui ai fait un petit sourire, comme d'habitude, j'ai voulu continuer mon chemin mais elle m'a attrapé le bras… Elle souhaitait qu'on ait une conversation, j'ai accepté et nous sommes allées à mon dortoir qui était le plus proche. Elle a alors essayé de savoir s'il y avait un truc entre Hannah et moi, ce que j'ai nié. J'étais assez surprise, je ne voyais pas ce qui avait pu la faire douter sur une possible relation avec Hannah, je lui ai posé la question et elle m'a rappelé le baiser que j'avais échangé avec Hannah lors de l'action vérité et que j'avais totalement oublié… Elle m'a dit que ce n'était pas cool de ma part d'avoir approfondi le baiser devant elle et que ce n'était pas parce qu'elle me rejetait pour l'instant que je devais embrasser une autre fille sous son nez en faisant comme si elle n'était pas là… Je lui ai signalé que c'était un défi qu'avait dû honorer Hannah, que ce baiser ne signifiait rien du tout et qu'on s'était un peu trop laissé aller car on avait apprécié le baiser, mais sans que ça ne veuille dire quoi que ce soit… J'ai souligné qu'on pouvait prendre du plaisir dans un baiser sans qu'il n'y ait de sentiments entre les deux personnes, ce qui a été le cas entre Hannah et moi. J'ai bien précisé que je n'étais pas amoureuse de Hannah, que je la connaissais à peine, Padma a dit que c'était une bonne chose, je lui ai demandé pourquoi, elle m'a répondu qu'elle aurait été déçue d'avoir raté sa chance, et…

Luna marqua une pause.

- Et ? la pressa Ginny.

- Elle m'a embrassée. Mais genre… vraiment embrassée. Elle n'a pas hésité une seule seconde, elle y est allée franco, alors que d'ordinaire, elle est très timide… Et ce n'était pas qu'un petit bisou de rien du tout, c'était un baiser à l'image de celui que j'ai eu avec Hannah… Mais c'était très doux et j'aurais aimé qu'il dure des heures tellement c'était agréable… C'est elle qui l'a rompu au bout de plusieurs minutes, elle m'a dit qu'on se reverrait plus tard et elle est partie comme si de rien n'était. J'ai encore du mal à réaliser. Il y a quelques semaines, elle me mettait un stop en me disant qu'elle n'était pas prête à assumer son orientation sexuelle, et là, elle me fait limite un scandale car Hannah m'a embrassée et elle me donne le baiser du siècle… Je ne la suis plus du tout, là.

Ginny sourit, amusée.

- Son comportement n'a rien de bizarre, si ça peut te rassurer. Tu n'en as pas fait exprès, tu n'avais rien calculé, mais quand tu as eu ce baiser avec Hannah, elle était malade de jalousie car elle aurait adoré être à la place de Hannah. Ça a provoqué un déclic en elle et ça lui a fait prendre conscience qu'elle ne voulait pas risquer de se faire devancer par quelqu'un. Elle s'est sentie menacée et elle a décidé d'agir afin de ne pas laisser filer la fille qu'elle aime. C'est très typique et ça prouve qu'elle tient à toi.

Luna parut touchée.

- J'étais à mille lieues de tout ça… Comme tu l'as dit, ce baiser qu'il y a eu ce soir-là avec Hannah n'avait pas du tout vocation à susciter la jalousie de Padma… Pour moi, c'était juste un défi auquel j'ai participé… Mais alors, ça veut dire qu'une histoire serait désormais possible entre elle et moi ?

- Ça, il n'y a que Padma qui peut te le dire… Il faut que tu voies ça avec elle.

- Je le ferai. Mais pour l'heure, on doit aller à Pré-au-Lard.

- Oui, et ce serait bien que les autres se dépêchent, il est bientôt treize heures…

Comme s'ils avaient reçu le message, Simon, Colin et Fiona ne tardèrent pas à faire leur apparition.

- Ah, vous voilà, on s'impatientait, signala Ginny.

- Désolés, nous avons tous trois eu un imprévu, se justifia Simon. Fiona a dû retourner à son dortoir en quatrième vitesse, Colin a dû défendre son frère qui se faisait embêter par des septième année et j'ai été moi-même alpagué par une élève de troisième année qui était très intéressée par le poste de poursuiveur au sein de l'équipe de Quidditch de Serpentard… Mais j'ai été incapable de lui fournir les informations qu'elle cherchait à obtenir, comme par exemple s'il y avait une éventualité qu'une fille puisse entrer dans l'équipe, quel type de profil plairait à Draco pour le poste de poursuiveur… C'était une véritable enquête qu'elle menait ! Du coup, je lui ai conseillé d'aller directement voir ça avec Draco. Elle n'était pas très emballée car elle était certaine que si elle avouait à Draco son désir d'intégrer l'équipe, il allait tout faire pour l'empêcher de participer aux sélections…

- Ouh là, qui est donc cette fille que Draco refuserait d'avoir dans son équipe ? s'interrogea Ginny.

- Astoria Greengrass.

Ginny haussa les sourcils.

- Mais c'est la sœur de la fille à qui Draco était fiancé…

- Oui alors ce que tu ignores, Ginny, c'est qu'Astoria est loin d'être une enfant modèle, révéla Luna. C'est une fille qu'on pourrait clairement qualifier de «rebelle». Daphné m'en a souvent parlé, et elle désespère de pouvoir un jour la raisonner…

- Ah ouais… Tu m'étonnes qu'Astoria ait peur que Draco ne veuille pas d'elle dans l'équipe…

- Après, elle n'est pas méchante, elle est même très attachante, mais si un garçon l'ennuie, elle ne va pas essayer d'avoir une discussion calme et civilisée avec lui, elle va carrément se battre avec lui… Son statut de Sang-Pur, elle s'en fiche comme de sa première guenille… Mais en ce qui concerne le poste de poursuiveur, elle ne va pas lâcher l'affaire aussi facilement. Si elle doit déclarer la guerre à Draco, elle le fera. Elle le connaît bien et elle sait qu'elle gagnera car il ne peut pas lui résister bien longtemps. Daphné me disait que Draco adorait autant Astoria qu'il avait parfois envie de la jeter en pâture au Calmar Géant.

- Eh bien ça promet d'être mouvementé chez les Serpentard, à la rentrée ! commenta Ginny. Tu me raconteras tout, hein ? ajouta-t-elle à l'adresse de Simon.

- Évidemment ! Je te ferai le récit détaillé de cha…

- Salut la compagnie !

Basil, Dimitri et Lauren venaient de rejoindre le reste du groupe.

- Ah, vous étiez ensemble ? s'étonna Ginny.

- Basil et moi avions un livre à rendre à la bibliothèque et nous y sommes allés en même temps sans nous être concertés. En partant, on a croisé Lauren et on a fait le chemin jusqu'ici ensemble.

- Super, nous sommes au complet, on peut y aller !

Les huit amis quittèrent le château et se dirigèrent vers les grilles de Poudlard devant lesquelles bon nombre d'élèves patientaient. Rusard vint ouvrir les grilles peu avant treize heures, et ce fut dans un joyeux brouhaha que les quelque cent vingt adolescents sortirent. Une fois à Pré-au-Lard, le groupe d'amis se rendit à Honeydukes. Ils avaient décidé de faire les magasins dans l'ordre au lieu de faire de multiples allers-retours. Colin, Basil et Dimitri achetèrent toutes sortes de confiseries, Simon et Fiona firent le tour de la boutique, Luna et Lauren se lancèrent dans des paris tels que «Qui sera le plus gourmand ?» et Ginny profita que tous ses amis soient occupés pour aller voir Blaise qui venait d'entrer. Lorsqu'il la vit, il parut surpris mais l'accueillit avec un tendre sourire.

- À quoi ça sert de se donner rendez-vous à quinze heures aux Trois Balais si c'est pour tomber l'un sur l'autre à peine arrivés à Pré-au-Lard ? plaisanta-t-il.

- Que veux-tu, c'est le destin qui nous réunit, renchérit Ginny sur le même ton. À moins que tu me surveilles…

- Il doit bien y avoir des célibataires dans le lot, non ? supposa Blaise, l'air faussement méfiant.

- Oui, mais ils savent qu'ils n'ont pas intérêt à m'approcher, s'amusa Ginny. Et puis, il n'y a que de l'amitié entre nous. Simon, c'est mon binôme de travail et un très bon ami, Colin, c'est un très bon ami aussi, et Basil et Dimitri sont les binômes de travail de deux de mes amis.

- Et des adversaires de Quidditch, accessoirement.

- Oui mais ça, quand on est ensemble, on s'en fiche. Et puis ce ne sont pas mes adversaires directs. Je ne suis que remplaçante et je joue à un poste où je ne suis pas vraiment en concurrence avec eux, vu que Dimitri est un poursuiveur et Basil un gardien…

- C'est vrai. T'as le bon rôle, toi, en fait, constata Blaise avec légèreté.

- Oui, je ne me fais pas trop d'ennemis, rit Ginny. Surtout que jusque-là, je n'ai joué aucun match… Ce qui est une bonne chose, car ça signifie que Harry a été apte à tous les jouer…

- Au grand damne des autres équipes, se moqua Blaise. Mais pour moi, si tu avais joué les matchs, tu aurais eu le vif d'or face à l'attrapeur de Poufsouffle et de Serdaigle. Face à Draco, je ne sais pas, vous auriez sûrement été au coude-à-coude.

- Ce serait bien qu'on s'affronte, songea Ginny. Mais j'aurais trop peur de faire perdre l'équipe… Il vaut mieux que je reste dans les gradins lors du match qui opposera Gryffondor à Serpentard. Mais si Harry ne peut pas assumer son poste, je le remplacerai, évidemment. Mais ce qui serait également bien, c'est qu'on marque davantage l'année prochaine, car cette année, on ne peut pas dire qu'on ait mené au score grâce aux poursuiveurs…

- Ça, ce sera à Harry d'y veiller et de faire en sorte que les poursuiveurs fassent bien leur travail. Et ce sera ton devoir aussi, puisque tu le seconderas dans son rôle de capitaine. D'ailleurs, il s'abreuve de conseils auprès de son ancien capitaine, à l'heure qu'il est ?

- Oui, à moins qu'il nous ait menti et qu'en réalité, il aille tromper Draco sans vergogne…

- Ben voyons… C'est vachement son genre. Non, en vrai, il a eu une bonne idée de s'adresser à son ancien capitaine. Et ça permet à Draco d'aller là où il veut, comme à Derviche et Bang qui, d'après Draco, n'attire pas des masses Harry… Bon, je ne vais pas te retenir plus longtemps, à la base, nous avions rendez-vous à quinze heures aux Trois Balais, rappela Blaise.

- Oui mais ce n'est pas de notre faute, c'est le destin qui a décidé de nous réunir, plaida Ginny. Mais tu as raison, je vais y aller.

Ginny déposa un léger baiser sur les lèvres de Blaise et alla rejoindre ses sept amis près des caisses. Colin, Basil et Dimitri réglèrent leurs achats, puis le groupe sortit de la boutique. Les garçons ainsi que Lauren allèrent ensuite à Zonko tandis que Ginny, Luna et Fiona se rendirent à Gaichiffon pour y acheter les vêtements qui leur manquaient. Elles n'eurent aucun mal à dénicher ce qu'il leur fallait et en allant payer leurs articles, elles furent ravies de voir qu'il y avait peu de queue. En quittant la boutique, Ginny soupira :

- Bonjour le cliché… Les garçons qui vont se fournir en farces et attrapes pour faire les idiots et les filles qui vont remplir leur garde-robe… Si on excepte Lauren qui est avec les garçons, bien sûr.

- C'est juste que les garçons sont allés à Gaichiffon lors de la dernière visite, signala Fiona. Donc ne t'en fais pas, les garçons aussi vont à Gaichiffon quand ils n'ont plus de quoi s'habiller. Et ce n'est pas plus mal qu'on y aille entre filles. Quand j'y vais avec Simon, il n'arrête pas de me presser pour que je me dépêche ! Mais je n'y peux rien si ma taille est difficile à trouver…

- J'ai ce problème aussi, grimaça Ginny. Où que j'aille, les pantalons sont souvent trop courts, et si je me rabats sur la taille de dessus, je flotte dedans… Et à Poudlard, on n'apprend pas les sorts pour modifier la taille de nos vêtements… Ni les autres sorts de base qui nous seront utiles au quotidien quand on aura quitté Poudlard, tels que les sorts de ménage, de cuisine, d'entretien et d'ajustement des vêtements…

- C'est ce que déplore le professeur Black, souligna Luna. Il a dit qu'il essaierait de changer ça.

- Les cinquième année devaient voir quelques sorts domestiques s'ils terminaient le programme en avance, mais ce projet n'a pas dû aboutir, étant donné que le professeur Black faisait partie de ceux qui ont eu du mal à boucler le programme avec certaines classes… Mais il va y remédier, j'en suis sûre. Et ce seront peut-être nous qui en béné… non mais c'est pas vrai !

Ginny venait de voir quelque chose qui ne lui plaisait pas du tout. Les trois Serpentard qui avaient terrorisé une jeune Poufsouffle de première année près d'un mois plus tôt n'avaient visiblement pas pris au sérieux l'invitation de Ginny à se tenir tranquilles car ils étaient en train de récidiver, et avec nulle autre que cette même élève de Poufsouffle qui n'était même pas censée être à Pré-au-Lard, vu qu'elle n'était qu'en première année… La colère s'empara de Ginny. Elle franchit à grands pas les quelques mètres qui la séparaient des trois Serpentard et se planta devant eux.

- Vous n'avez donc rien compris, ma parole !

Le trio la dévisagea d'un air effaré.

- Mais c'est pas possible, tu nous suis à la trace ou quoi ?! Qu'est-ce qu'on t'a fait pour que tu nous colles comme ça ?!

- À moi, rien, vous préférez vous en prendre à des jeunes élèves qui sont incapables de se défendre, comme les lâches que vous êtes ! Pouvez-vous me dire ce que cette élève fait là alors qu'elle n'est qu'en première année et que les visites à Pré-au-Lard ne sont accessibles aux élèves qu'à partir de la troisième année ?!

- C'est une bonne question, ça…

Les yeux de Ginny se rétrécirent.

- Je vous conseille vivement de ne pas jouer à ce petit jeu avec moi, siffla-t-elle. Quel était votre but en emmenant cette élève avec vous ?

- Mais qui te dit que c'est nous qui l'avons conduite ici ?

- Parce qu'elle n'aurait pas pu venir toute seule et que je vous ai déjà vus l'embêter !

- Mais quand bien même ce seraient nous qui l'aurions introduite ici, ça ne veut pas forcément dire que nos intentions étaient mauvaises ! C'est même plutôt cool de notre part de lui faire découvrir ce village avec un an d'avance sur ses autres camarades…

- S'il y a une limite qui a été établie pour que les élèves soient autorisés à y aller, ce n'est pas pour rien ! Vous vouliez lui attirer des ennuis, c'est ça ?

- Mais n'importe quoi…

- Vous savez très bien qu'elle aurait été punie si elle avait été surprise par un professeur, alors même si vous vouliez simplement lui faire plaisir, ce dont je doute fortement, elle aurait tout de même été sanctionnée à cause de vous ! Et il aurait pu lui arriver n'importe quoi ! Personne n'aurait su qu'elle était là ! C'est juste complètement irresponsable, ce que vous avez fait ! Et vous n'allez pas vous en tirer aussi facilement ! Cette fois, vous êtes allés trop loin ! Je veux vos noms, et tout de suite !

- Tu n'as aucune légitimité à nous donner des ordres, tu n'es pas encore préfète, tu ne le seras qu'à la rentrée, répliqua l'un des Serpentard.

- Ne les écoute pas, ils essaient de t'entourlouper.

Ginny fit volte-face et vit Conley, le capitaine de l'équipe de Quidditch de Serdaigle, avancer vers elle.

- Tu as le droit d'intervenir et de les signaler auprès de leurs directeurs de maison, mais pas de leur retirer des points. Mais je crois qu'ils ne sont pas très disposés à t'obéir…

- Il va bien le falloir, pourtant, je ne peux pas les laisser s'en sortir comme ça…

- T'inquiète, je connais leurs noms, vu qu'ils sont dans ma classe. Le plus grand, c'est Willy Bogert, le brun, c'est Matthew McGill et le blond, c'est Ivan Cogan.

- Oh… merci, fit Ginny.

Elle reporta son attention sur les trois Serpentard :

- Pas de chance pour vous, les gars. Il y a, dans votre promotion, au moins un élève plus intelligent que vous…

- Espèce de balance, vociféra le blond à l'adresse de Conley.

- Il ne fait que son travail de futur préfet-en-chef, rétorqua Ginny. Allez, maintenant, déguerpissez, et attendez-vous à recevoir d'ici peu une convocation de la part de votre directeur de maison.

Les Serpentard jetèrent un regard haineux à Ginny et s'en allèrent. Ginny se tourna vers Conley :

- Merci de m'avoir donné leurs noms, ils ne l'auraient clairement pas fait eux-mêmes et j'aurais été dégoûtée de ne pas avoir pu les dénoncer au professeur Snape…

- Comme tu l'as dit, je n'ai fait que mon futur devoir. À ce propos, comment as-tu su que j'avais été nommé préfet-en-chef ?

- Sûrement de la même façon dont tu as su pour moi. Quand on oublie de s'entourer d'une bulle de silence lorsqu'on discute avec quelqu'un dans notre salle commune, les nouvelles vont ensuite très vite à Poudlard… Tu n'aurais pas des contacts à Gryffondor, par hasard ?

- Si, avoua Conley. Et toi à Serdaigle ?

Ginny hocha la tête.

- De toute manière, on l'aurait appris l'un pour l'autre lors d'une réunion qui aura certainement lieu avant les vacances et qui réunira tous les préfets, futurs comme actuels, ainsi que les futurs préfets-en-chef. En tout cas, le professeur Lupin a fait un très bon choix en te nommant préfète. Tu as super bien géré. Bon, je vais raccompagner la jeune Poufsouffle au château.

- Qu'est-ce que tu vas dire si Rusard ou un professeur vous aperçoit ?

- La vérité. Je préciserai que l'affaire est déjà entre tes mains et que le professeur Snape sera bientôt au courant. Mais on ne devrait pas se faire prendre, on va regagner le château via un passage secret partant de chez Honeydukes.

- Ah oui, je connais.

- Étonnant.

Ginny leva les yeux au ciel face au ton ironique du Serdaigle. Mais elle était plus amusée qu'autre chose.

- Allez, j'y vais. Amuse-toi bien.

Conley s'en alla en entraînant avec lui la jeune élève de Poufsouffle. Ginny les observa jusqu'à ce qu'ils disparaissent de sa vue, puis elle rejoignit ses camarades devant Gaichiffon. Ils étaient tous là, les garçons ayant fini entre-temps leurs achats chez Zonko.

- On a cru que tu allais avada kédavariser les trois Serpentard, lança Dimitri.

- Je ne serais pas allée jusque-là, mais ils auraient bien mérité un bon maléfice de Chauve-Furie… Mais bon, ils vont moins faire les malins quand ils seront dans le bureau du professeur Snape…

- Ça, c'est sûr. Mais ils sont sacrément bêtes pour se faire attraper la veille du début des examens… Ils risquent fort d'avoir des retenues, car examens ou pas, le professeur Snape ne va pas hésiter à les coller… Et ce n'est pas du tout le bon moment. Mais bon, on s'en fiche, c'est leur problème…

- Exactement. Et ils n'auront que la monnaie de leur pièce. C'est la deuxième fois que je les prends à embêter cette élève. La première fois, je n'étais pas encore candidate, je me suis portée volontaire le soir-même, je ne pouvais donc rien faire, mais là, je suis préfète, même si ce ne sera officiel qu'à la rentrée, alors je ne vais pas me priver pour faire mon travail… Mais je verrai ça quand je rentrerai au château. Pour l'instant, je veux me détendre. C'est pour ça que je suis venue ici. Est-ce que l'un d'entre vous doit aller à Scribenpenne ? Parce que moi, oui.

Tous les amis de Ginny acquiescèrent.

- Ok, donc on manque tous de quelque chose juste pour les examens, constata Ginny.

- En même temps, s'il y a un moment où il faut être certain de tout avoir sur soi, c'est bien lors des examens…

- Pas faux. Allons-y !

Le groupe se dirigea vers Scribenpenne qui était pris d'assaut par bon nombre d'élèves. Ginny y vit Terry, Hermione, Ron, Draco et Pansy et songea que c'était assez compliqué de ne pas croiser un de ses amis à Pré-au-Lard quand l'on faisait partie d'une bande de pas moins de dix personnes ! Terry et Hermione lui firent un petit coucou de la main tandis que Draco, Pansy et Ron semblaient être en grande discussion. C'était officiel : cela n'avait servi strictement à rien de prévoir de se retrouver à quinze heures aux Trois Balais !

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Après s'être acheté des plumes, un encrier ainsi que des rouleaux de parchemins, Ginny alla payer le tout à la caisse. Ses amis firent de même et ils sortirent vite du magasin.

- On va aux Trois Balais ? proposa Simon. Histoire de fêter nos nominations…

C'était effectivement ce que le groupe avait prévu lorsqu'ils avaient évoqué la visite à Pré-au-Lard une semaine plus tôt. Aussi acceptèrent-ils tous la suggestion de Simon. Ils revinrent sur leurs pas et se rendirent à leur pub préféré.

- Vous allez faire quoi, pendant les vacances ? interrogea Fiona.

- Répondre aux trente-six mille questions de mon frère sur Poudlard, grimaça Dimitri. Il va recevoir sa lettre cet été, il va être intenable…

- Bon courage, compatit Simon. Ma petite sœur va aussi intégrer Poudlard à la rentrée, mais je vais être plus tranquille que toi puisqu'elle a lu tous les livres qu'elle a pu dénicher sur Poudlard…

- Une future Serdaigle ? supposa Lauren.

- Si elle n'y est pas admise, c'est qu'il faudra changer le Choixpeau, rigola Simon.

- C'est cool qu'elle sache déjà où elle va aller, intervint Lauren. Mon petit frère, lui, sera limite un Chapeauflou.

- C'est quoi, ça ? s'intrigua Colin.

- C'est quelqu'un qui doit attendre plus de cinq minutes pour être envoyé dans une maison, informa Simon. C'est un phénomène relativement rare, mais les élèves ont tendance à se décrire comme tel quand le Choixpeau a hésité entre deux maisons pour eux… Mais dans l'immense majorité des cas, il s'est décidé en moins de quatre minutes. Un délai trop court pour que l'élève puisse être qualifié de Chapeauflou, contrairement au professeur McGonagall et au professeur Flitwick, qui, eux, sont de vrais Chapeauflous.

- D'accord, ce n'est pas la première fois que j'entends ce mot, mais je n'avais jamais su ce que cela signifiait… Le Choixpeau avait hésité avec Poufsouffle pour moi, et j'étais sûr d'aller là-bas, mais il a pensé que Gryffondor me conviendrait le mieux, révéla Colin. Et ça a été pareil avec mon petit frère.

- Mais vous êtes combien, au juste, à avoir des petits frères ou des petites sœurs ? J'ai l'impression d'être la seule à ne pas en avoir, pouffa Ginny.

- Je n'en ai pas non plus, révéla Basil. J'ai seulement un grand frère et une grande sœur.

Au vu de l'absence de réaction des autres, ils étaient bel et bien les seuls à être les derniers de leur fratrie.

- C'est bizarre qu'il n'y ait aucun enfant unique parmi nous, je croyais que c'était la norme chez les sorciers, songea Colin.

- C'est surtout le cas chez les Sang-Pur, ce qui est plutôt ironique car ce sont ceux qui aimeraient le plus avoir plusieurs enfants afin d'avoir plus de chances d'avoir des garçons et, ainsi, perpétuer leur lignée, expliqua Ginny. Mais à force de se marier entre eux avec parfois, une forte consanguinité, ça réduit drastiquement les probabilités d'avoir un enfant… Dans ma famille, les liens de parentés sont assez éloignés, mais nous sommes quand-même considérés comme une exception, avec une fratrie de sept enfants… Mais dans ma bande de cinquième année, il y a six de mes amis qui sont enfants uniques, dont trois sont des Sang-Purs. J'ignore si les futurs élèves de première et deuxième année apprendront ce genre de choses dans leurs cours d'initiation au monde des Sang-Pur, mais ce serait bien.

- Ça ferait trop polémique, estima Simon avec regret. Il y a trop de familles de Sang-Pur qui nient et qui s'obstinent à dire que la consanguinité n'a rien à voir avec leurs difficultés à procréer, mais on sait très bien que c'est faux… Et il y a d'autres familles de Sang-Purs qui sont bien conscientes de ce problème, mais qui n'assument pas, et qui proclament même leur droit à figurer dans le registre des Sang-Purs, alors qu'il y a eu recours à des fécondations in vitro sans que le donneur ne soit un Sang-Pur. C'est le cas des Jones et des Davies, par exemple. Personnellement, je suis un vrai Sang-Pur, mais le fait qu'un enfant Sang-Mêlé ait été adopté dans ma famille a empêché celle-ci de faire partie du registre. Moi, je m'en fiche royalement, mais la plupart des gens de ma famille l'ont assez mal pris, ce que je peux parfaitement comprendre. Euh… Ginny ?

- Oui ?

- Il n'y aurait pas une embrouille entre ton petit-ami et le type, là-bas ?

Ginny tourna la tête et laissa échapper une exclamation de stupeur, puis un juron en voyant Blaise et un autre élève dégainer leurs baguettes, à mi-chemin entre la Tête de Sanglier et le bureau de poste. Les sorts fusèrent aussitôt, ce qui obligea Ginny à foncer vers eux. Elle sortit sa propre baguette tout en courant et vit Blaise et son adversaire, qui s'avérait être un Serpentard, parer tous les sorts qu'ils se jetaient. Si Blaise s'évertuait à se défendre et à tenter de paralyser son rival en usant du maléfice du saucisson, l'autre Serpentard, lui, attaquait Blaise avec des sorts plus incisifs. Il fut le premier à entendre Ginny et dirigea aussitôt sa baguette vers elle.

- Impedimenta !

Ginny se protégea à temps avec le charme du bouclier.

- Stupefix ! cria le Serpentard.

- Expelliarmus ! riposta Ginny.

La baguette sauta des mains de l'élève et atterrit dans celle de Ginny qui n'était plus qu'à quelques mètres du lieu de duel. Elle visa ensuite Blaise et le désarma lui aussi, surprenant celui-ci. Elle put lire un «Mais, Ginny…» sur les lèvres de son petit-ami qu'elle dissuada d'un simple regard de dire quoi que ce soit. Elle s'adressa aussi bien à lui qu'au second élève :

- Puis-je savoir ce qui vous prend de vous affronter comme ça, en pleine rue de Pré-au-Lard ?!

- C'est lui, accusa Blaise en pointant du doigt son camarade de maison. Il t'a insultée, je n'allais pas tolérer un tel manque de respect !

- Il m'a insulté aussi, répliqua l'autre élève.

- Parce que tu avais insulté Ginny ! Et c'est toi qui as engagé le duel ! Moi, je n'ai fait qu'éviter ses sorts et l'empêcher de me projeter dix mètres en arrière, précisa Blaise à Ginny.

Celle-ci ne sut quoi faire. Elle devait admettre que Blaise avait raison : il n'avait pas cherché à faire du mal à son camarade, qui lui-même n'avait pas vraiment jeté de sorts dangereux à Blaise. De plus, elle n'avait pas assez d'éléments pour déterminer qui était en faute. Elle ne pouvait pas punir juste l'autre Serpentard et pas Blaise, surtout que Blaise était malgré tout en tort puisqu'il avait réagi aux provocations de son camarade au lieu de l'ignorer comme il aurait dû le faire… Mais ce n'était pas un motif pour le sanctionner. Il n'avait rien commis de répréhensible. Tout comme le camarade de Blaise qui avait seulement usé de sorts un peu plus offensifs que Blaise, sans pour autant le mettre en danger… Tout ce que Ginny était en mesure de leur reprocher, c'était le duel en lui-même auquel ils s'étaient livrés. Mais il n'y avait rien eu de bien méchant, et si Ginny savait que jusque-là, Blaise n'avait jamais eu de comportement inapproprié, il n'en était pas de même pour le second Serpentard que Ginny ne connaissait pas du tout… Elle était donc dans l'incapacité de baser sa décision sur la réputation de l'élève. Dans le doute, elle préféra fermer les yeux pour cette fois.

- Bon, comme je ne peux m'appuyer que sur vos dires et qu'il n'y a rien eu de très grave, je ne vais pas en référer à votre directeur de maison. Mais c'est exceptionnel. La prochaine fois, je n'aurai pas la même clémence. Allez, ouste.

Le Serpentard ne se fit pas prier et déguerpit sans demander son reste. Ginny se tourna vers Blaise.

- S'il te plaît, à l'avenir, ne me donne plus l'occasion de faire mon devoir de préfète envers toi…

- Mais il t'avait insultée, répéta Blaise.

- Oui, merci, j'ai compris, s'agaça Ginny. Mais tu aurais dû passer outre, ça aurait été beaucoup plus intelligent que de te battre en duel avec lui ! C'était ça, qu'il attendait : que tu répondes à sa stupide provocation. Mais c'était une erreur. Il ne fallait pas lui faire ce plaisir. Ça l'aurait frustré que tu ne fasses pas attention à lui, il aurait moins fait le malin, il se serait senti moins important. Il ne valait pas le coup que tu transgresses le règlement et que tu te fasses attraper… Tu as de la chance que les circonstances m'aient poussée à ne pas vous dénoncer, même si l'autre l'aurait bien mérité… Mais tu m'as forcée à faire ce que je redoutais le plus, c'est-à-dire réprimander soit mon frère, soit un de mes amis, soit mon petit-ami… S'il y a un truc qui me faisait peur dans mon rôle de préfète, c'était bien ça.

- Je suis désolé, s'excusa Blaise, penaud. Mais je ne t'en aurais pas voulu si tu m'avais dénoncé, je l'aurais cherché et j'aurais entièrement assumé.

- Oui, mais ça n'en reste pas moins compliqué pour moi, insista Ginny. Être préfète, c'est déjà assez difficile comme ça, alors inutile d'en rajouter…

- Pardon, je n'avais pas réfléchi à ça… Je n'avais même pas réfléchi tout court… Quand il s'est mis à dire des choses désobligeantes sur toi, j'ai vu rouge et j'ai réagi au quart de tour. Mais je tâcherai de ne pas recommencer, c'est promis.

- Je t'en serais reconnaissante, affirma Ginny. Après, je ne te demande pas d'avoir un comportement irréprochable tout le temps, même si, évidemment, j'aimerais que ce soit le cas, mais fais au moins en sorte de te tenir à carreau quand tu sais que je suis dans les parages… Histoire que ce ne soit pas moi qui te tombe dessus… Ce sera moins gênant, autant pour toi que pour moi, si tu te fais attraper par un ou une de mes collègues… Bon, ce serait bien que ce ne soit pas non plus un ou une préfète de la bande. Mais il va réellement falloir que tu apprennes à ne pas accorder d'importance aux gens qui t'abordent pour te dire n'importe quoi sur moi, car ce n'est pas la première fois que ça arrive, et ce sera loin d'être la dernière, car pour une raison qui me dépasse, notre couple en dérange certains et c'est pour ça qu'ils sont aussi méchants.

- Oh mais moi je sais pourquoi ça les dérange… Ils sont juste jaloux. Tu es belle, drôle, intelligente, populaire, généreuse, énergique, pétillante, franche, déterminée, douée en tout… Ils voudraient tout simplement être à ma place. Et ça se comprend parfaitement. Il y a des couples qui se disputent pour un oui ou pour ou non, qui rompent trente-six mille fois par an, tandis que nous, on a su surmonter les différentes tensions qu'il y a eu dans notre couple sans vraiment se séparer… On a failli, on s'est disputés une fois, il n'y a pas très longtemps, on a été en froid pendant quelques jours, mais on s'est vite réconciliés. Et ça, grâce à une très bonne amie qui nous a beaucoup aidés, mais aussi parce que j'ai su reconnaître mes torts, mettre de l'eau dans ma bièraubeurre, te faire confiance et nous donner une chance et ce, malgré l'année risquée qui se profile à l'horizon pour notre couple. Et toi, tu as su me pardonner en dépit du choix débile que je t'avais imposé de faire. Beaucoup de couples auraient explosé s'ils avaient été dans cette situation qui a mis notre couple en péril, mais le notre a tenu bon et nous sommes ressortis plus forts de tout ça. Il y a des gens qui nous envient, qui nous jalousent et qui auraient visiblement préféré qu'on casse… Les gens devraient être heureux pour nous, ou, tout du moins s'en moquer, mais au lieu de ça, ils veulent qu'on rompe… On ne leur a pourtant rien fait. Ce n'est pas comme si on balançait à tout-va notre bonheur aux visages des autres… Enfin bon, on ne va pas refaire le monde, il y aurait bien trop à faire et ce n'est pas de notre ressort. En tout cas, je tiens à m'excuser une nouvelle fois pour ce qui s'est passé…

- Je ne t'en veux pas. Tu m'as dit que tu essaieras de ne pas recommencer, et je te crois. Bon, je vais retourner voir mes amis. Et cette fois, on se revoit à quinze heures, pas avant, s'amusa Ginny.

- Il est déjà quatorze heures trente, ce serait abusé qu'on se croise une troisième fois dans la demie-heure qui suit, renchérit Blaise. Allez, j'y vais aussi, à tout à l'heure.

Blaise embrassa Ginny et s'en alla. Ginny en fit autant et rejoignit ses amis.

- Ça a été ? s'inquiéta Fiona.

- Oui, tout va pour le mieux, assura Ginny. J'ai juste fait mon devoir de préfète. Bon, on ferait bien de se dépêcher d'aller aux Trois Balais, je suis attendue à quinze heures et il faut qu'on ait le temps de fêter les nominations du groupe…

- Oui, allons-y !

Ce fut avec entrain que le groupe se rendit au pub. Ils s'installèrent à une table de huit personnes et commandèrent tous un jus de citrouille bien frais. Ils trinquèrent à la nomination de Ginny, Simon, Fiona, Dimitri et Lauren et se mirent à bavarder joyeusement. Tout en participant à la conversation, Ginny vit entrer ses amis de cinquième année les uns après les autres. À quinze heures pile, elle prit congé de ses camarades de classe et alla s'asseoir à la table qu'avaient choisie ses amis. Ils étaient tous là, sauf Harry qui était toujours avec Olivier, à l'autre bout du pub.

- Il ne manque plus que Harry et on sera au complet, indiqua Ginny.

- Oui, et ce serait bien qu'il lâche son ex capitaine, ou son ex tout court, et qu'il se souvienne qu'il a rendez-vous avec nous, grommela Ron.

- Roh mais laisse-le, vois comme il est calme et détendu, plaida Pansy.

- Oui, il paraît plus serein que d'habitude, constata Terry.

- Comme c'est innocent… Mais imaginez qu'en vrai, ils parlent de faire un plan à trois avec Draco, lança Blaise. Pas tout de suite, hein, mais genre, après Poudlard… Ils pourraient très bien parler de ça à notre insu… Qu'en dis-tu, Draco ?

- Ce serait drôle, commenta évasivement Draco.

Ginny, Blaise, Terry, Pansy, Ron, Hermione, Théo et Justin échangèrent un regard perplexe. À n'en pas douter, ils étaient tous surpris par la réponse de Draco. En temps normal, il aurait fait de l'ironie avec une phrase du genre «C'est beau de rêver», afin de bien signifier que jamais un plan pareil ne se produirait. Là, il avait juste estimé que c'était «drôle», comme s'il n'était pas totalement fermé à cette idée… Cela ne lui ressemblait pas, tout comme l'air lointain et rêveur qu'il arborait.

- Draco, est-ce que ça va ? s'enquit Pansy.

- Oui, oui, pourquoi ?

- Tu es un peu bizarre. On dirait que tu es sous une forme légère de potion droguée…

- Ah… Ça doit venir de mes potions contre le stress. Depuis deux semaines, elles me décontractent beaucoup plus qu'avant…

- Tu devrais faire un mix avec celles de Théo, et vice-versa, car lui est une vraie pile électrique, en ce moment, déclara Justin.

- N'exagère pas, protesta Théo.

- Quoi, ce n'est pas vrai, peut-être ?

- Si, mais de là à dire que je suis une pile électrique… Mais j'avoue que je suis plus énergique qu'à l'accoutumée, et ça perturbe mon sommeil, admit Théo. Je ne suis jamais fatigué, ce qui fait que j'ai du mal à m'endormir, et j'ai en permanence l'esprit en ébullition…

- Je serais vous, j'irais voir le professeur Snape, conseilla Pansy. C'est louche, tout ça.

- On ira une fois qu'on sera rentrés, décida Draco. Si ça te va, bien sûr, ajouta-t-il à Théo.

- Oui, je n'ai rien à faire, donc c'est parfait. Bon, qu'est-ce que vous avez fait de beau ? Vous avez fait toutes vos emplettes ?

Chacun se mit à raconter son début d'après-midi à Pré-au-Lard. Ginny dévoila son altercation avec les trois Serpentard qui avaient emmené illégalement l'élève de première année avec eux au village, mais garda pour elle le duel qu'elle avait interrompu entre Blaise et son camarade de maison. Cela n'avait pas vocation à être ébruité, même au sein de la bande. Ils discutèrent ainsi pendant environ trois quarts d'heure durant lesquels Harry fut toujours aux abonnés absents, ayant de toute évidence oublié l'heure. Ginny et les autres ne lui en tinrent pas rigueur : ils resteraient un peu plus tard que prévu à Pré-au-Lard, voilà tout. Ce fut peu avant seize heures que Harry se rappela enfin avoir une réunion avec la bande, quelques tables plus loin. Il quitta celle d'Olivier et vint s'asseoir à celle de la bande.

- Excusez-moi, j'ai carrément zappé l'heure…

- Ce n'est pas grave, on a deux bonnes heures devant nous, ça nous laisse largement le temps de se détendre et de papoter, relativisa Ginny. Et puis ça a l'air de t'avoir fait du bien, ces quelques heures passées avec Olivier.

- Oui, il m'a beaucoup rassuré. Et il m'a donné plein de tuyaux pour mon rôle de capitaine.

- Mais du coup, tu n'as rien fait d'autre à Pré-au-Lard ? questionna Terry.

- Non, je n'avais rien à acheter, je suis juste venu pour mon entrevue avec Olivier et pour la réunion avec vous. J'ai tout ce qu'il me faut en parchemins, encre et plumes, et ça ne me tentait pas d'aller me fournir en farces et confiseries.

- Bon, maintenant que Harry est là, on va pouvoir trinquer à cette dernière sortie à Pré-au-Lard !

- Et au début des examens… Non, je plaisante, précisa Blaise.

- Je l'espère, sinon tu trinqueras tout seul, s'amusa Ginny.

- Oh, Terry, Hermione et Théo seront sûrement là pour l'accompagner, railla gentiment Harry.

- Non mais c'est quoi ce cliché que tu as sur nous ? s'indigna faussement Hermione.

- Bah quoi ? Osez dire que ça vous saoule, de commencer les examens, défia Harry.

- Eh bien, perso, cette période m'a toujours stressé, avoua Terry. Enfin, ce ne sont pas les examens en eux-mêmes que je n'aime pas, c'est l'approche et le temps entre chaque examen. Quand je suis face à ma copie, ça va, je me sens aussi bien que quand je suis en cours, je me passionne vite par ce que j'écris, mais ce sont les quelques semaines avant les examens et le temps de latence entre deux examens qui me stressent. Ça peut paraître étonnant pour un Serdaigle, mais ce n'est pas parce que nous sommes de très bons élèves que nous ne sommes pas touchés par le stress que provoquent les examens…

- Vous aussi, vous avez peur de les rater ? interrogea Ron, surpris.

- C'est plus compliqué que ça. Il n'y a pas de fausse modestie chez les Serdaigle, nous sommes bien conscients que nous avons tous les cours en tête et que nous n'avons pas à être inquiets. Mais nous craignons surtout de perdre nos moyens, en grande partie à cause de la pression, et d'avoir un gros trou noir que nous n'aurions pas d'ordinaire. Mais ce sont des scénarios qui ne se réalisent pas dans quatre-vingt-dix-neuf pour cent des cas.

- Heureusement pour vous, lança Pansy.

- Bon, après, je dis ça comme si ça concernait tous les Serdaigle, mais ce n'est pas du tout le cas. La plupart des Serdaigle sont très confiants. Ce stress ne concerne que quelques Serdaigle dans chaque promotion. Mais tout ça pour dire que même les plus érudits peuvent ne pas aimer les examens.

- Ce qui est tout à fait logique, conclut Blaise. Bon, passons à un autre sujet, si ça ne vous dérange pas. Ce n'est pas pour moi, ça ne me gêne pas, personnellement, n'étant pas particulièrement stressé par les examens, mais je sais que ce n'est pas le cas de tous ici, en plus de Terry. Parlons plutôt des vacances ! Qu'est-ce que vous allez faire, cet été ?

- Revoir probablement le généticomage que j'ai consulté lors des vacances de Pâques, et aller chez Draco, dévoila Harry. Et d'autres choses, certainement, mais dont je ne suis pas au courant pour le moment. Ah si, il y a un autre truc… Est-ce que ça vous dirait de venir tous chez moi, au Square, le onze août pour fêter l'anniversaire de Ginny ?

Tandis que la surprise se lisait sur les visages de Ron, Hermione, Draco, Blaise, Pansy, Théo, Terry et Justin, Ginny se sentit coupable d'avoir oublié ce projet, alors que Harry ne lui en avait fait part qu'une semaine plus tôt. Mais il fallait dire que son esprit était quelque peu accaparé par les mille et une choses qu'elle avait en tête récemment… «Si tu commences déjà à te laisser déborder par tout ce que tu as à faire et à penser, alors que tu n'es même pas encore préfète et co-capitaine, qu'est-ce que ça va être à la rentrée ?» J'ai l'été pour m'y préparer, songea Ginny. Ainsi fut la façon dont elle envoya balader sa conscience. Elle n'allait pas elle non plus venir gâcher sa dernière sortie à Pré-au-Lard de l'année en s'ajoutant au rappel à l'ordre qu'elle avait dû effectuer auprès des harceleurs de la jeune Poufsouffle et à son petit accrochage avec Blaise ! Elle avait le droit d'être tranquille et de profiter de son après-midi, nom d'un Snargalouf !

- Évidemment que ça nous plairait ! s'exclama Pansy. N'est-ce pas, les autres ?

Le reste de la bande, à l'exception de Harry et de Ginny, approuva vigoureusement.

- Après, reste à vérifier si on sera tous libres, mais pour moi, ça ne devrait pas poser de problèmes, estima Terry. Mes parents sont très cool.

- Les miens aussi, signala Pansy.

- Les miens s'en fichent de ce que je fais, tant que je ne fais rien d'illégal qui nuirait potentiellement à leur image, et je doute que participer à la soirée d'anniversaire d'une amie puisse mettre en danger leur réputation, rigola Justin.

- Je ne dois aller nulle part avec mes parents cet été, sauf peut-être chez des amis, mais ils ne m'en voudront pas si je ne les accompagne pas, assura Hermione.

- Bon, pour moi, c'est sûr que Severus va accepter, renchérit inutilement Draco.

- Et moi, il faut juste espérer que je sois de repos ce jour-là, informa Théo.

- C'est un dimanche, donc il y a des chances, précisa Harry. Et pour vous, Ron et Ginny, vos parents vont être d'accord, Ginny me l'a dit. Donc c'est ok pour tout le monde, apparemment. C'est génial ! Ça va faire plaisir à Sirius. C'est lui qui a eu l'idée.

- Il est trop gentil, ce n'est même pas étonnant de lui, en fait…

Tous acquiescèrent, partageant vivement l'avis de Pansy.

- Bon, sinon, à part ça, qui doit aller chez qui ? interrogea Harry.

Ginny connaissait déjà la réponse : elle-même devait aller chez Blaise, si ses parents lui donnaient leur aval, Hermione lui avait dit que Terry l'avait invitée et qu'elle devait voir cela avec ses parents, et Harry lui avait également confié qu'il irait normalement chez Draco vers la fin des vacances, ce qu'il avait révélé à toute la bande quelques minutes plus tôt. Blaise s'adressa à Ron et Pansy :

- Vous restez chacun de votre côté, cet été ?

- Ben… On n'en a pas encore parlé, en fait, avoua Ron. J'adorerais que Pansy vienne, mais je n'ai même pas dit à mes parents que j'étais en couple… Mais j'imagine que mon père a dû l'apprendre au Ministère… Il y a beaucoup d'employés qui ont des enfants à Poudlard qui écrivent plus à leurs parents que je ne le fais aux miens… Et quand on a officialisé, Pansy et moi, c'était dans les mêmes environs que l'officialisation du couple de Hermione et de Terry, ça a probablement amusé les plus jeunes qui ont dû dire à leurs parents que les préfets ne trouvaient rien de mieux à faire que de sortir entre eux… Enfin, il n'y a même pas besoin de ça. Les parents doivent être tenus informés de tous les nouveaux couples de l'école… Radio Poudlard, vous connaissez…

- Donc, en gros, il y a de grandes chances que tes parents sachent depuis quatre mois que tu es avec quelqu'un, ce dont tu n'es pas totalement sûr mais que tu soupçonnes fortement, et ni toi, ni eux n'y avez fait allusion dans les quelques lettres que vous vous êtes envoyées ? récapitula Justin.

- C'est ça, confirma Ron. Oui, bon, dit comme ça, c'est le bordel, mais… ouais, non, c'est vraiment le bordel, pouffa Ron, abandonnant l'idée d'enjoliver la situation.

- Ça va être comique quand on sera à la maison, ironisa Ginny. Personne ne va oser aborder le sujet, il y aura quelques tentatives par-ci par-là, qui n'aboutiront à rien sauf à des réponses très évasives, suivies d'un silence bien gênant durant lequel chacun va chercher de quoi relancer la conversation sur tout autre chose, sans en avoir l'air pour autant… Après, ça va être pareil pour moi, hein, car je n'ai jamais mentionné Blaise dans mes lettres, mais ils ont dû aussi entendre dire que je sortais avec lui…

- Mais ce n'est pas si terrible, si ? Vous avez bien le droit d'avoir une vie amoureuse, vous êtes des adolescents comme les autres, fit remarquer Terry.

- Oui mais le truc, c'est que nous sommes les petits derniers, pour nos parents – enfin, surtout pour notre mère – nous sommes toujours des enfants… Même pour notre père, qui est hyper cool et assez permissif, ça va lui faire bizarre que j'aie un petit-ami… Mais il sera heureux pour moi et me posera plein de questions sur Blaise.

- Tout comme notre mère, sauf qu'avec elle, ce sera comme si on subissait un interrogatoire par des Aurors… Elle va nous demander si nos relations n'ont pas eu d'incidence sur nos résultats scolaires, si le fait que nos moitiés soient des Serpentard ne nous a pas poussés à nous voir dans des endroits interdits, comme des salles de classe vides, pour passer du temps ensemble, vu que nous ne sommes pas dans la même maison, et quand on lui dira qu'avec le concept de travail en binôme, nous allions dans la salle commune des uns et des autres, elle va avoir peur qu'on ait été plus souvent dans celle des Serpentard que dans la nôtre à faire nos devoirs… Je pourrais presque préparer mes réponses à l'avance tellement ses questions sont prévisibles…

- Mmmh, sympathique, comme programme, commenta Justin. Mais est-ce que ça sent la discussion très embarrassante que personne ne souhaite avoir ?

- Je le crains bien, grimaça Ginny. Mais bon, on ne peut pas y échapper, et au moins, ce sera fait.

- Exactement, et il faut que ce soit fait, c'est important, rappela Blaise.

Il se tourna vers Justin et Théo :

- Mais du coup, comment vous allez faire, vous ? Théo va travailler tout l'été, et comme vous vivez dans deux mondes différents, ça va être compliqué pour vous de vous rejoindre…

- Je prendrai le Magicobus pour aller au Chaudron Baveur, je n'aurai qu'à dire à mes parents que je vais voir mon binôme de travail, ce qui est entièrement vrai, et qu'on a un devoir en commun à faire pour la rentrée, ce qui est absolument faux, mais qui est très crédible. Et puis si ça se maintient, on se verra lors de l'anniversaire de Ginny.

- Pas sûr que vous ayez la même chambre, indiqua Harry, mi-sérieux, mi-taquin.

- Ce n'était pas notre intention, intervint Théo, les joues légèrement rouges. On n'en est pas du tout là…

- De toute façon, je pense qu'on aura chacun notre chambre, supposa Hermione. Il y en aura assez pour tout le monde, Harry ?

- Oh oui, largement… Et même si Sirius et Remus sont très cool, il vaut mieux qu'on soit sages à ce niveau-là. Ils ne voudraient pas commettre d'impair vis-à-vis des parents de certains d'entre vous en vous autorisant à dormir avec votre moitié alors que vos parents n'auraient pas voulu…

- Et ça se comprend, déclara Draco. À Poudlard, on fait un peu ce qu'on veut, mais chez nos amis, ce n'est pas forcément le cas… Bon, sinon, à part tout ça, qu'est-ce que vous avez prévu d'autre ?

- Eh bien, si mes parents peuvent m'emmener, j'aimerais assister à des conférences qui auront pour thème plusieurs aspects du métier d'Auror, annonça Terry. C'est ton parrain, Harry, qui m'a fourni ce matin une liste de toutes les conférences qui auront lieu en Grande-Bretagne cet été. Comme les stages sont interdits dans le service des Aurors à cause du danger sur le terrain, de la confidentialité des dossiers dans les bureaux, et du manque de disponibilité des Aurors qui sont trop occupés pour gérer un stagiaire, je n'ai que ces conférences pour en apprendre plus sur le métier que je veux faire plus tard.

- Mais c'est long et ennuyeux, une conférence, protesta Ron.

- Pas quand on est passionné par le sujet, souligna Pansy. J'en ai déjà vu, car le meilleur ami de mes parents, qui est aussi mon parrain, est potionniste et fait régulièrement des conférences tout au long de l'année. Et j'ai adoré toutes celles auxquelles je suis allée. Mais bon, mon avis est un peu biaisé, car j'ai beau m'intéresser énormément au monde des potions, le fait que ce soit mon parrain et que je sois très proche de lui y est pour beaucoup.

- Non, je confirme, ses conférences sont géniales, attesta Théo.

- Ah oui, c'est vrai, tu étais là, une fois, se souvint Pansy.

- Oui, c'était il y a six ans, je lisais déjà beaucoup de livres sur les potions, mais cette conférence a grandement contribué à en faire ma vocation.

- Mais attends, c'est ton père qui t'y a emmené ? Lui aussi était fan de potions ? Ne me dis pas que c'est pour te faire plaisir que vous y êtes allés ! s'exclama Terry.

- Non, non, pas du tout ! Il n'a jamais rien su de tout ça. Je vous ai déjà dit que depuis que ma mère n'était plus là, mon père ne partait plus en voyage d'affaires, mais il lui arrivait quand-même d'être obligé de s'absenter deux ou trois jours, pour des raisons que j'ignore, et il me confiait à chaque fois à l'ex-épouse d'un de ses collègues Mangemorts avec qui il était resté en contact. Avec la femme, je précise. Et aussi avec le Mangemort, mais on s'en fiche de lui dans l'histoire. Il n'est pas important. C'est l'ex-épouse qui compte. Bon, avec le recul, j'ai un gros doute sur la vraie nature de la relation qu'elle entretenait avec mon père. Je ne sais pas pour elle, mais lui ne s'est jamais remarié, mais ça ne veut pas dire qu'il avait renoncé aux femmes pour autant… Bref, c'est elle qui me gardait quand mon père s'en allait, ce qui demeurait relativement rare, et cette femme détestait être enfermée toute la journée, surtout l'été quand il faisait beau. Alors on sortait systématiquement et cette fois-là, nous sommes allés à une conférence de potionnistes, où j'ai eu la surprise de croiser Pansy. Mais ça a été encore plus inattendu pour elle de me voir, car elle savait que je ne quittais presque jamais le manoir pendant les vacances. Elle m'a expliqué que si elle était là, c'était parce que parmi les potionnistes, il y avait son parrain, et que cette conférence était annuelle et qu'elle changeait tous les ans de pays.

- Et ça fait six ans qu'elle n'a pas eu lieu en Angleterre, informa Pansy. Depuis cette année-là, quoi. Cet été, elle se tiendra en Irlande.

- J'aimerais tellement y aller, soupira Draco. En plus, la semaine où il y aura cette conférence, il n'y aura pas que celle-là, il y en aura d'autres, et il y aura aussi la visite de plusieurs potionneries, dont certaines sont très connues, dont les potionneries humanitaires. Ce sont des potionneries comme les autres, qui produisent des potions pour des enseignes, des apothicaires, des boutiques, des instituts de beauté, pour Sainte-Mangouste, pour le Ministère, mais qui envoient aussi des employés fournir des potions de première nécessité aux populations des pays pauvres. C'est ça, leur spécificité. Et je rêve de travailler dans ce genre de potionneries. Il paraît que quand tu fais ton premier voyage vers ces pays pauvres, tu te prends une grosse claque dans la figure. Tu découvres un environnement et des conditions de vie épouvantables, et tu réalises à quel point ces personnes ont cruellement besoin de ces approvisionnements. Mais ça m'étonnerait que Severus puisse s'octroyer une semaine entière de congés avec toutes les responsabilités qui le retiennent, entre ses patients et les potions qu'il doit préparer pour Sainte-Mangouste…

- Ça ne coûte rien de lui demander, estima Harry.

- Je ne veux pas qu'il se sente coupable de ne pas pouvoir accéder à mon désir… Et ça ne servirait à rien que je prenne ce risque puisque je serai en mesure d'aller de moi-même à cette conférence l'été prochain, étant donné que je serai majeur et que je saurai transplaner.

- Il faudra que tu passes ton permis au tout début des vacances, alors, signala Blaise. Tu n'auras pas encore dix-sept ans quand on aura la possibilité de passer l'examen à Poudlard.

- Ah oui, j'avais oublié ça… C'est nul, franchement, bougonna Draco.

- T'inquiète, tu ne seras pas le seul, Théo et moi serons dans le même bateau, affirma Harry.

- Et l'année d'après, je serai dans le même cas, renchérit Ginny.

- Force à nous, pauvres élèves qui sommes nés pendant l'été, plaisanta Harry. Mais j'y pense, ça va être galère pour toi, Théo… Tu ne seras majeur que deux jours avant la rentrée…

- Je sais, mais je verrai ça en temps voulu, déclara Théo. Pour l'instant, je veux juste profiter de cet après-midi de détente.

- Sage décision, approuva Hermione. Tu parlais des potionneries humanitaires, Draco, est-ce que tu pourrais nous en dire plus, s'il te plaît ? Ça m'est totalement inconnu, comme concept…

La requête de Hermione fut partagée par tout le reste de la bande, à l'exception de Blaise, Pansy et Théo pour qui ce sujet était familier. Draco se lança alors avec joie dans des explications détaillées qui ravirent Hermione, et qui intéressèrent également beaucoup Harry, Ron, Terry, Justin et Ginny. Tout en écoutant Draco, Ginny songea que cette réunion aux Trois Balais était vraiment une bonne idée. Elle adorait l'ambiance qui régnait dans le groupe. Ils étaient tous détendus, discutant de tout et de n'importe quoi, livrant des anecdotes, planifiant leurs vacances… C'était comme un moment hors du temps qui leur faisait énormément de bien. La réalité allait les rattraper le lendemain, avec les examens, mais cela n'angoissait pas trop Ginny. Elle n'avait pas autant la pression que ses amis. Et tant mieux, car elle était suffisamment stressée par ses futures responsabilités pour y ajouter une pression liée aux examens ! L'anxiété allait cependant être bien présente l'année suivante avec son rôle de préfète, son rôle de co-capitaine et les BUSE, mais elle s'estimait prête à y faire face. Et elle savait que la bande serait là pour la soutenir. Elle avait le meilleur groupe d'amis qui soit au monde et ils allaient avoir l'occasion de le lui prouver.

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POV Severus

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La journée avait été longue pour Severus, et elle était loin d'être terminée pour lui. N'ayant pas souhaité gâcher la sortie à Pré-au-Lard de M. Finch-Fletchley, il avait décidé de le convoquer le soir-même, à vingt heures, et de lui transmettre le message pendant le dîner. Il aurait pu s'entretenir avec M. Finch-Fletchley la veille au soir, mais même s'il était quasiment sûr que cela se serait bien passé, il ne pouvait pas écarter le risque que son patient aurait pu mal réagir et qu'il aurait continué à s'enfoncer dans le déni. Et si cela avait été le cas, cela aurait pu lui ôter l'envie de se rendre à Pré-au-Lard le lendemain, ce qui aurait été fort dommage selon Severus. Le principal, c'était qu'il voie son patient avant le début des examens. S'il n'y avait eu que ça, la soirée qui se profilait à l'horizon pour Severus aurait été bien calme. Mais il avait aussi, comme souvent, des potions à fabriquer pour Sainte-Mangouste. Il avait de plus en plus hâte d'être en vacances, lui qui avant, préférait largement la période scolaire… Au moins, il n'aurait plus de cours ou d'examens à préparer, plus de cours tout court, plus de copies à corriger, sauf la première semaine de juillet, évidemment, et plus de rôle de directeur de maison à assumer. Enfin, plus autant, car ce rôle n'était jamais bien loin, même durant l'été. La preuve au mois d'août précédent, où il avait dû s'occuper de Théo… Bon, il avait surtout fait son devoir de médicomage, mais même s'il n'avait pas pu soigner Théo, il aurait remué ciel et terre afin de trouver une solution pour lui, pour la simple et bonne raison que Théo était un élève de sa maison. S'il s'était agi d'un élève d'une autre maison, il aurait refourgué l'affaire au directeur ou à la directrice de la maison concernée. Mais personne n'aurait envoyé une lettre à Draco en plein été pour que Severus vienne en aide à un élève de Poufsouffle, de Gryffondor ou de Serdaigle… Si M. Zabini l'avait fait, c'était parce qu'il savait que le parrain de son meilleur ami était la seule personne qui était en mesure de sauver Théo… Mais aucun autre élève, à part les amis de Draco, n'aurait eu l'idée de faire appel à lui. Et pourtant, depuis plusieurs mois, il était venu en aide à des élèves issus de maisons différentes. Et il avait gagné la confiance de tous ces élèves, ce qu'il n'aurait jamais cru possible un an auparavant. Tant de choses avaient changé… Et en bien. Ce fut sur ce constat positif qu'il gela la potion qu'il était en train de brasser afin d'aller dîner. Mais à peine eut-il enfilé sa robe de sorcier que des coups furent frappés à sa porte. Il alla ouvrir et tomba sur Draco et Théo.

- Bonjour, Severus, excuse-nous de te déranger, mais nous avons un problème et c'est assez urgent, indiqua Draco. Mais si tu es occupé, on peut repasser plus tard…

- Non, si c'est urgent, je ne vais pas vous fermer la porte au nez… Entrez.

Severus précéda Draco et Théo jusqu'au salon où ils s'installèrent.

- Je vous écoute.

- Bon, eh bien voilà, depuis une dizaine de jours, Théo et moi soupçonnons nos potions d'avoir des effets secondaires sur nous. Théo est bien plus énergique qu'à l'accoutumée, il ne tient presque plus en place, lui qui était si calme et réservé, et moi c'est tout le contraire. Je suis beaucoup trop… zen. Je veux bien que mes potions soient destinées à diminuer le stress qui m'envahit à outrance chaque année à l'approche des examens, mais là c'est trop. C'est limite si je ne prends pas suffisamment les BUSE au sérieux… Alors que je suis parfaitement conscient de l'importance de ces examens. Mais je n'ai pas la même pression que d'habitude. Quand je révise, je suis autant détendu que si je lisais un livre…

Severus fronça les sourcils.

- J'admets que tout cela est très étrange. Est-ce que vous avez une de vos potions sur vous ?

- Oui, nous sommes allés en chercher une en rentrant de Pré-au-Lard avant de venir ici.

Draco et Théo sortirent une fiole d'une des poches de leur robe de sorcier et la tendirent à Severus qui s'en saisit. Il informa les deux adolescents qu'il allait procéder à des vérifications et se rendit à son laboratoire. Quelques jours plus tôt, il avait renouvelé le stock des potions de Draco et de Théo. Il avait juste à comparer les potions de ces deux stocks aux deux fioles qu'il avait dans les mains et à s'appuyer de la recette afin de repérer où était le problème. Il prit donc les parchemins sur lesquels étaient notées les étapes de la préparation de chacune des deux potions et il ne tarda pas à deviner ce qui n'allait pas dans les potions actuelles de Draco et de Théo. Il se sentit pâlir en réalisant l'erreur qu'il avait faite. La potion de Draco était de base assez fortement dosée pour réguler le stress dont il était sévèrement atteint durant les quelques semaines qui précédaient les examens. De ce fait, cette potion était tellement puissante qu'elle en avait un effet somnolant. Mais cet effet était contré par un ingrédient qui avait des propriétés revigorantes. La potion de Théo, elle, avait pour but d'apaiser sa magie qu'il peinait à contrôler à cause d'un trouble magique dont il était affecté. Cette potion devait uniquement calmer la magie de la personne concernée, et non la personne en elle-même. Pour cette raison, il n'y avait pas d'ingrédient pour redonner de la vitalité. La potion de Draco et celle de Théo étaient donc relativement différentes dans leur composition. Et comme les deux garçons venaient se réapprovisionner à un ou deux jours d'intervalle, Severus fabriquait leurs potions simultanément. Et c'était sûrement la première erreur qu'il avait commise. En temps normal, cela n'était pas gênant, il était tout à fait capable d'être sur deux chaudrons à la fois, voire plus. Il était même plus souvent sur deux chaudrons que sur un seul, surtout quand il avait une longue liste de potions à fournir à Sainte-Mangouste ou à l'infirmerie au plus vite. Mais depuis un bon moment, il était épuisé par toutes ses responsabilités, devant assumer dans une même journée son rôle de potionniste, de psychomage, de professeur, de directeur de maison… Et à tout cela s'ajoutaient de temps à autre son rôle de parrain, lorsque Draco avait besoin de lui, de collègue et ami, quand Sirius ou Remus avaient des soucis, ou encore de médicomage, quand sa présence était requise à l'infirmerie pour aider Poppy. Alors trois semaines plus tôt, quand il avait brassé les potions de Draco et de Théo, la fatigue avait dû altérer sa concentration et il avait confondu les deux potions en ajoutant dans celle de Théo l'ingrédient qu'il était censé mettre dans celle de Draco. Théo se retrouvait ainsi avec un ingrédient énergisant qui lui était complètement inutile, tandis que Draco se retrouvait privé de ce même ingrédient qui lui était essentiel pour ne pas subir l'effet soporifère de sa potion. Heureusement, l'erreur de Severus n'avait pas eu de conséquences désastreuses sur Draco et sur Théo, mais il refusait d'alléger son sentiment de culpabilité en se disant cela. Ce qu'il avait fait demeurait une faute qu'il n'aurait jamais dû faire et qu'il aurait largement pu éviter s'il s'était montré plus raisonnable… Tous ses proches lui avaient maintes et maintes fois répété qu'il travaillait beaucoup trop, que s'il continuait comme ça, il allait faire un burn-out, qu'il valait mieux qu'il se déleste d'au moins une de ses fonctions… Mais il avait ignoré toutes ces recommandations et n'avait pas levé le pied une seule fois, désireux de ne laisser tomber personne. Mais en voulant faire bien, il avait mis en danger deux élèves, dont son filleul. Ce constat eut l'effet d'un électrochoc sur lui. Une désagréable sensation de malaise le gagna lorsqu'il pensa à ce qui se serait passé si ça avait été un autre ingrédient qu'il aurait interverti. Il aurait porté atteinte à la vie de son filleul et d'un de ses patients… Tout cela parce qu'il aurait été incapable de renoncer à une de ses obligations… Il avait été trop têtu, trop obnubilé par tous ses engagements qui lui incombaient, sans même s'en apercevoir. Il ne fallait pas que cela se reproduise. La lucidité dont il avait cruellement manqué jusque-là lui fit alors soudain voir la réalité en face. Il devait se désister d'un de ses postes. Et ce, sans attendre. C'était une chose qu'il n'avait jamais envisagée depuis qu'il était à la fois professeur, potionniste, médicomage et psychomage, mais là, il n'avait plus le choix. Et ce choix, il aurait dû le faire bien avant. Il avait trop tardé, il ne pouvait pas revenir en arrière et changer le passé, mais il pouvait en revanche faire en sorte de ne plus commettre d'erreurs dues à la fatigue en quittant un de ses postes. Et il savait quel poste il allait abandonner. Enfin, en partie, mais cela allait déjà bien soulager son emploi du temps. Dès l'instant où il prit cette décision, il se sentit plus léger. Il regretta de ne pas l'avoir fait plus tôt. Mais ce n'était pas le moment de se lamenter. Il avait dit à Draco et à Théo qu'il en avait pour cinq minutes et cela devait faire un bon quart d'heure qu'il était dans son laboratoire. Il jeta les potions défectueuses à la poubelle, mit les deux nouveaux stocks dans deux sachets différents, sortit de la pièce et rejoignit les deux adolescents dans le salon.

- Désolé, j'ai été plus long que prévu, s'excusa-t-il. Mais je suis en mesure de vous dire à quoi sont dus les effets néfastes de vos potions. En fait, il s'agit d'une erreur que j'ai faite. Au lieu de mettre un ingrédient dans ta potion, Draco, je l'ai mise dans la vôtre, M. Nott. Je suis terriblement confus de m'être ainsi trompé, je fais tout le temps très attention, mais là…

- Tu étais trop fatigué pour être pleinement concentré, compléta Draco.

C'était ni une question, ni une suggestion. C'était une affirmation. Severus ne put qu'acquiescer en guise de réponse. À quoi bon nier ? Draco le connaissait trop bien et il avait remarqué, lui aussi, que Severus tirait trop sur la corde. Il faisait également partie des personnes qui lui avaient conseillé de se débarrasser d'une de ses fonctions. Il n'avait même pas l'air étonné que son atonie suspecte soit le résultat d'une étourderie de Severus… Comme si, pour lui, cela devait forcément arriver avec les journées beaucoup trop remplies que son parrain avait… Il n'avait pas l'air non plus d'en vouloir à Severus, mais ce dernier sut que Draco n'allait pas le lâcher aussi facilement en entendant le soupir qu'il poussa :

- J'espère que ça t'a servi de leçon d'avoir saboté inconsciemment nos potions…

- Draco, protesta Théo.

- Non, il a raison, admit Severus. Et oui, ça m'a servi de leçon, ajouta-t-il à l'adresse de Draco. J'ai compris que j'avais trop de rôles à assumer et qu'il fallait que je fasse un choix. Je l'ai fait et il sera concrétisé dès que vous serez partis.

- Ce sera suffisant, tu crois ?

- Oui. À la rentrée, j'aurai moins de patients, car certains que j'ai actuellement finiront leur thérapie cet été, et je ferai tout pour dégoter quelqu'un qui me secondera. Ça aussi, je vais m'en occuper dès ce soir.

- Vous allez écrire à Mrs Powell ? devina Théo.

- Exactement. Et si elle ne veut pas venir exercer à Poudlard, j'irai voir des collègues psychomages à Sainte-Mangouste et je leur demanderai s'ils ont des noms de psychomages potentiellement libres et intéressés à me donner.

- Mais vous avez déjà dû correspondre avec Mrs Powell, non ? Lorsque vous débutez une thérapie avec un élève, il faut bien que vous en informiez ses parents ?

- Oui, cela m'est imposé, sauf quand l'élève est majeur. Ce n'était pas du tout le cas de M. Powell et j'ai effectivement échangé quelques lettres avec sa mère au début de la thérapie.

- Et elle n'a fait aucune allusion quant au fait qu'elle était elle aussi psychomage ?

- Non, nous étions dans le cadre de discussions entre professeur et parent d'élève, pas dans le cadre de discussions professionnelles. Et rien n'indiquait dans ses missives qu'elle faisait le même métier.

- Ce n'est peut-être pas bon signe si elle ne l'a pas précisé alors qu'elle en a eu l'occasion…

- Bah vas-y, ne te gêne pas, démoralise-le bien, s'indigna Draco.

- Non, cette fois, c'est lui qui a raison, tempéra Severus. Le fait que Mrs Powell n'en ait pas profité pour me dire qu'elle était aussi psychomage, ce n'est guère encourageant. Cela peut signifier qu'elle préfère rester dans l'ombre… Mais je ne veux pas être défaitiste pour autant. On verra bien, de toute façon.

- Je suis sûr que vous réussirez à la convaincre, attesta Théo.

Severus eut un sourire désabusé.

- Je manque de vous empoisonner et vous, vous me soutenez…

- C'était involontaire, et ça n'a pas eu de graves répercussions sur Draco et moi, répliqua Théo. Cet ingrédient qui aurait dû être dans la potion de Draco et non dans la mienne, il est bien à ajouter à la fin de la préparation ?

- Oui…

- Ça minimise un peu votre faute, car n'importe qui peut se mélanger les pinceaux à ce moment-là de la fabrication… Et vous nous avez appris que les ingrédients qui sont ajoutés lors des dernières étapes d'une potion n'ont pas d'effets dévastateurs s'ils sont oubliés, s'ils sont mis trop tôt, ou s'ils sont incorporés dans une autre potion où ils n'ont pas leur place… Ce sont des ingrédients qui n'ont pas d'effets violents en cas d'erreur. Si vous vous êtes trompé, c'est parce que vous veniez à bout de la confection de nos potions et que vous étiez déjà épuisé. Vous n'auriez jamais fait d'erreur lors des premières étapes…

- Non, si je sais que je ne suis pas dans les bonnes dispositions et que je peux vite rater la potion, je ne prends même pas la peine d'essayer.

- Donc vous n'avez pas à être trop dur envers vous-même, insista Théo. Dans tous les cas, vous ne nous auriez pas réellement mis en danger, Draco et moi. C'est comme ça que je vois les choses.

- Moi aussi, renchérit Draco. Nous, tout ce qui nous importe, c'est que tu prennes la bonne décision pour toi et pour ton bien-être.

- Vous êtes adorables, dit Severus en souriant. Bon, tenez, j'ai profité d'être dans le laboratoire tout à l'heure pour vous préparer un sachet de potions. C'est le renouvellement de votre stock, en fait. Je les ai faites il y a quelques jours et je vous rassure, elles sont bonnes.

- Merci, Severus. On va jeter les fioles qui nous restent, du coup…

- Oui, faites-le dès que vous serez dans votre dortoir, ce serait bête que vous confondiez les bonnes avec les mauvaises potions…

- On va le faire tout de suite, déclara Draco. Passe une bonne soirée, et bon courage pour le début de tes examens.

- Oh, ce serait plutôt à moi de vous souhaiter bon courage… Comme je partage les examens avec le professeur Slughorn, je n'en ai que huit à surveiller. Je ne les commence qu'après-demain avec les deuxième année.

- Tu vas avoir quelles classes, en tout, outre les deuxième année ?

- Les première, cinquième et sixième année.

- Oh, c'est quand-même toi qui a le plus de boulot…

- Je dois bien ça à mon collègue… Cela fait deux mois qu'il s'occupe de presque toutes les classes, vu que je ne m'en sortais plus avec tout ce que j'avais à faire, entre les thérapies de mes différents patients, les potions que je devais fournir à l'infirmerie et à Sainte-Mangouste, les cours, les rondes, mon rôle de directeur de maison… On m'avait soumis l'idée d'arrêter complètement les cours, mais j'avais tenu à garder votre classe. Le professeur Slughorn, à la base, était revenu pour me remplacer lorsque Harry était en convalescence ici, on s'était ensuite réparti équitablement les classes, et là, il se retrouve de nouveau avec la quasi-totalité des cours à assurer…

- Ça ne doit pas le déranger, estima Draco.

- Non, mais il ne cache pas qu'il sera soulagé quand nous reprendrons notre ancienne organisation. Pour quelqu'un qui est retraité depuis une dizaine d'années, retourner dans la vie active et travailler une vingtaine d'heures par semaine, en plus des copies à corriger et des cours à préparer en amont, ce n'est pas évident. C'est bien pour ça qu'il ne restera pas durablement à Poudlard. Pour l'instant, il est là, mais même s'il ne l'a pas encore dit clairement, je sais que Dumbledore songe à recruter un nouveau professeur de potions. Je ne suis pas censé vous le dire, mais bon…

- On ne le répétera pas, affirma Théo. Est-ce qu'il y aurait beaucoup de candidats à ce poste ?

- Je pense, oui. Déjà, durant la seconde moitié de l'année prochaine, le professeur Slughorn et moi-même aurons sous notre aile un étudiant qui effectuera un stage ici afin de finaliser ses études. Nous saurons lequel peu avant les vacances de Noël, à mon avis, mais en tout cas, il est fort probable que ce stage aboutisse à un emploi. Oh, je parle, je parle, mais il est déjà dix-neuf heures et vous devez aller dîner…

- Oui, on va y aller, décréta Draco.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Draco et Théo se levèrent, Severus les imita et les raccompagna jusqu'à la porte. Une fois seul, il regagna le salon, prit une plume, du parchemin et de l'encre, se rassit à table et écrivit à Sainte-Mangouste en les informant qu'il ne pourrait plus les réapprovisionner en potions tant que son emploi du temps ne serait pas allégé. Il s'en tint au strict minimum, s'excusant et usant de quelques formules de politesse afin de boucler sa lettre. Pendant qu'il y était, il décida de régler tout ce qui l'incombait et qu'il ne cessait de reporter à plus tard. Il avait notamment promis à Draco qu'il contacterait Mrs Powell, et ce fut ce qu'il fit. Il lui adressa une lettre dans laquelle il demanda à avoir un rendez-vous avec elle dans un cadre professionnel. Il fut moins formel que dans la lettre précédente, ne souhaitant pas donner l'impression à Mrs Powell d'avoir à faire à un homme froid et austère. Lorsqu'il eut terminé sa missive, il la mit de côté avec la première et déchira une troisième feuille de parchemin. Il avait un autre courrier à expédier à Sainte-Mangouste, mais qui n'avait rien à voir avec celui qu'il avait rédigé une quinzaine de minutes plus tôt. Cette fois, il désirait savoir s'il était possible de rendre visite à M. Pucey. Cela faisait un bon moment qu'il prévoyait de le faire afin d'essayer de le convaincre de consulter un ou une autre psychomage. Et, avec un peu de chance, le pousser à avouer qu'il avait eu une séance avec Forester et que c'était à cause de cette séance qu'il refusait de voir une autre psychomage. Severus n'avait aucune preuve de cela, mais il était persuadé d'avoir raison. Tirer les vers du nez à M. Pucey et lui faire changer d'avis était tout ce qu'il était en mesure de faire pour son ancien élève et il était bien résolu à le faire. Il avait beau avoir fait du mal à Harry, il n'en restait pas moins quelqu'un en souffrance, et même si cela n'excusait rien, s'il avait agi ainsi, c'était parce qu'il était sous l'effet de la drogue. Et Severus n'était pas dupe : si M. Pucey s'était mis aux potions droguées, ce n'était pas pour le simple plaisir, ou par simple expérience qui avait viré à l'addiction, mais parce qu'il y avait à l'origine de tout cela un sérieux problème dont M. Pucey n'avait jamais parlé. Et ça, ça allait être à son futur psychomage de l'inciter à se confier à ce sujet. C'était la base de tout, sans quoi M. Pucey ne pourrait pas avancer dans sa thérapie. Ce fut sur cette pensée que Severus nota sa requête sur son second parchemin destiné à Sainte-Mangouste. Ils allaient le détester. Non seulement il les prévenait qu'il n'allait plus être en capacité de leur fournir des potions, mais en plus, il sollicitait leur accord pour aller voir un de leurs patients ! Severus était bien conscient qu'il ne manquait pas d'air, mais il était dans son droit. Une fois sa lettre finie, il prit ses trois parchemins et quitta ses appartements pour aller à la volière. Elle était assez loin, aussi n'y parvint-il qu'au bout de cinq bonnes minutes. Il choisit un hibou grand-duc pour les lettres à poster à Sainte-Mangouste, et une chouette hulotte pour la lettre à envoyer à Mrs Powell. Les deux rapaces s'envolèrent, l'air heureux d'avoir une mission à mener à bien. Severus les observa jusqu'à ce qu'ils disparaissent à l'horizon, puis il sortit de la volière. Avisant l'heure, il jugea qu'il était temps d'aller dîner. Il se souvint brusquement qu'il avait prévu d'arriver à la Grande Salle à dix-huit heures pour être sûr de ne pas rater M. Finch-Fletchley. Il espéra alors que son patient y était encore. Il accéléra le pas et quand il entra dans la Grande Salle, il fut soulagé de constater que M. Finch-Fletchley était toujours à la table des Poufsouffle. Avant de partir, Severus avait arraché un bout de parchemin qu'il avait mis dans une des poches de sa robe. Il l'en extirpa, y inscrivit un court message et le fit léviter jusqu'à M. Finch-Fletchley. Il vit celui-ci regarder le morceau de papier avec étonnement avant de le déplier. Il le lut et leva des yeux surpris vers Severus qui lui signifia d'un bref signe de tête qu'il n'avait pas à s'inquiéter. Cela parut rassurer son patient qui se replongea dans sa discussion avec ses camarades.

- Tu n'es pas un peu en retard, toi ?

La question de Sirius fit légèrement sursauter Severus. Il s'était assis à la table des professeurs sans même remarquer la présence de Sirius – et de Remus. Ces derniers étaient au courant qu'il planifiait de s'entretenir avec M. Finch-Fletchley après le dîner, et qu'il devait en avertir l'élève au cours du même dîner.

- Si, mais j'avais des choses urgentes à faire, répondit évasivement Severus.

- Eh bien heureusement que Justin est encore là…

- Si ça n'avait pas été le cas, j'aurais trouvé un autre moyen de lui transmettre la convocation.

- Oui, mais il se serait senti moins obligé de venir, vu que tu n'aurais pas été dans les environs pour t'assurer qu'il avait bien prêté attention à ton message…

- On parle de M. Finch-Fletchley, il ne fait jamais faux bond à un professeur.

Sirius fixa Severus en plissant les yeux.

- Est-ce que tu aurais pris quelque chose, par hasard ?

- Non, pourquoi ?

- Parce que tu es… bizarre, lâcha Sirius. Je veux bien que tu sois quelqu'un de très calme et de très posé en temps normal, mais là, on dirait carrément que tu es sous l'effet d'une drogue pas très nette ou d'une potion calmante ultra dosée…

- Non, je n'ai rien pris du tout, réfuta Severus. Enfin, si, mais pas ce que tu t'imagines. J'ai pris une décision que j'ai appliquée dans la foulée, et ça m'a fait énormément de bien.

- Oh… Et tu ne peux pas m'en dire un peu plus ?

Severus eut un sourire en coin.

- J'ai poliment dit à Sainte-Mangouste qu'ils pouvaient aller se faire cuire une bonne grosse bouse de dragon et que pour une durée indéterminée, ils allaient être obligés de compter sur un autre larbin pour leur acheminer leurs potions.

Sirius ouvrit de grands yeux ronds.

- T'as vraiment fait ça ?!

- Oui.

- Ouah, j'ai du mal à y croire… Façon de parler, hein, je sais que tu dis la vérité, mais quel a été le déclencheur de cette décision ? Tu semblais tellement attaché à tes engagements auprès de Sainte-Mangouste…

- Une erreur que j'ai faite, et qui aurait pu avoir de graves conséquences si je l'avais faite à un autre moment de la préparation, m'a mis face à la réalité, c'est-à-dire à mon état de fatigue avancé, dû à toutes les responsabilités que j'ai à assumer… Je n'avais pas d'autre choix que de renoncer à une de mes fonctions, et c'est ce que j'ai fait.

Sirius demeura silencieux quelques secondes, puis il posa une main sur l'épaule de Severus, avec un air sérieux que Severus lui voyait rarement sur le visage :

- Alors là, je te félicite. Je me doute que démissionner auprès de Sainte-Mangouste, c'était quelque chose de difficile pour toi, mais tu as bien fait. Ça a déjà un effet bénéfique sur toi. En fait, tu n'as pas l'air bizarre. Tu as juste l'air apaisé. Et ça n'a pas dû arriver depuis bien longtemps…

- Je me demande même si ça m'est arrivé un jour d'être aussi apaisé, avoua Severus. J'ai aussi écrit à Mrs Powell pour avoir un rendez-vous avec elle. Si je parviens à la convaincre de venir travailler à Poudlard, il faut qu'on s'organise le plus rapidement possible sur tout un tas de choses.

- D'où la nécessité de la voir au plus vite…

- Exactement.

L'admiration se dessina sur les traits de Sirius.

- C'est grandiose, ce que tu viens de faire. Tu t'es enfin bougé en faisant plusieurs choses qu'il y a encore quelques jours, tu aurais été incapable de faire…

- Parce que je n'avais pas eu le déclic.

- Il n'y a pas que ça. Se remettre en question, prendre les décisions qui s'imposent, et s'y tenir, c'est loin d'être donné à tout le monde…

Les mots de Sirius touchèrent Severus.

- Je ne cesse de dire à mes patients qu'ils doivent être raisonnables, alors à un moment, il faut bien que je le sois moi-même, plaisanta-t-il.

- Ça, c'est sûr ! Ce n'est pas Remus qui dirait le contraire…

Sirius jeta un bref coup d'oeil à son compagnon qui était de dos et en grande discussion avec Brian et Pomona.

- Ouais, bon, sauf que là, il s'en fiche complètement de nous… Il n'a même pas dû voir que tu étais là… C'est dommage, il a raté des infos très importantes.

- Oh, je suis sûr que tu te feras un plaisir de tout lui raconter… Et pas plus tard que ce soir.

Sirius leva les yeux au ciel.

- Tout de suite… Tu me prends vraiment pour une commère !

- Ce que tu n'es pas ?

- Pfff… Je ne parle plus avec toi, t'as toujours le dernier mot, c'est chiant.

- Comme tu voudras, dit Severus d'un ton détaché. Je vais donc garder pour moi le nom de la potion que les cinquième année devront préparer et que je voulais gentiment te dévoiler en exclusivité…

- Ordure, grommela Sirius.

- Tu as changé d'avis ?

- Évidemment ! Je veux savoir, maintenant… Bon, alors, c'est quoi, la potion ?

- La solution de force.

- Est-ce que Harry la maîtrise bien ?

- D'après mes souvenirs, oui. Même si, je crois, ce n'est pas celle qu'il a le mieux réussie. Je l'avais apprise aux cinquième année vers mi-février, soit peu après qu'il soit revenu en cours. Il sortait tout juste de convalescence, il n'était pas au top de sa forme, et donc pas au top de ses capacités. Mais là il est en pleine forme, il peut largement avoir Optimal à son examen. Mais pas un mot à Harry, il ne doit pas avoir l'info avant les autres.

- Même si c'est tentant, je ne le ferai pas. En plus, ça ne lui permettrait que de réviser la potion dans sa tête, car si je ne me trompe pas, il a son examen théorique et pratique de potions après-demain, et ce n'est pas en deux jours qu'il va pouvoir s'entraîner sur la potion en question… Surtout avec les examens qui commencent demain, avec pour lui la théorie et la pratique de botanique…

- Ce n'est pas faux. Et puis, déjà, il faudrait qu'il ait l'autorisation d'utiliser un cachot pour pouvoir s'entraîner. Et à deux jours de l'examen, je refuserais net de la lui donner, cette autorisation. Et j'ose espérer que Horace en ferait autant. Il est fortement déconseillé de s'entraîner juste avant l'examen, ce serait bien plus contre-productif qu'autre chose. De toute façon, Harry n'en a pas besoin. Même si la potion de l'examen avait été une potion qu'il avait ratée en cours, il serait tout à fait en mesure de la réussir à l'examen. Une fois qu'on a compris la méthodologie à suivre pour obtenir une potion correcte, il suffit de l'appliquer à toutes les autres potions. Bien sûr, certaines sont plus compliquées que d'autres et exigent plus de concentration, mais Harry a beaucoup travaillé là-dessus et c'est en grande partie grâce à ça qu'il serait apte à avoir un Optimal à sa BUSE de potions.

- Il serait tellement fier et heureux… Et moi aussi. Tu me diras sa note dès que tu l'auras, hein ?

- Je devrais te dire non, mais vu que tu auras sa note en sortilèges et en métamorphose, une de plus ou une de moins, ça ne changera pas grand-chose… Car ça m'étonnerait que Remus te cache la note de Harry dans sa matière…

- En effet. Bon bah c'est cool, je vais avoir connaissance d'au moins trois notes de Harry.

- Je suis sûr que tu pourras même avoir celles de botanique et de Défense Contre les Forces du Mal. Les autres matières sont moins importantes, tu seras moins impatient de les avoir.

- C'est vrai. L'astronomie, la divination, l'histoire de la magie et les soins aux créatures magiques, on s'en fiche un peu… À part l'histoire de la magie qui est obligatoire jusqu'aux ASPIC, Harry ne continuera pas les autres matières, donc bon… Et tant mieux, car ce ne sont pas celles où il brille le plus, même s'il a des résultats plus que corrects en astronomie et en soins aux créatures magiques. Mais pour ce qui est de la divination…

Sirius et Severus échangèrent un regard qui se passait de commentaire.

- En même temps, difficile d'aimer une matière où une folle te prédit inlassablement à chaque cours que tu vas te faire tuer à chaque pas que tu feras, ironisa Sirius.

- Très bien résumé, approuva Severus. En fait, avec une autre professeur, Harry aurait davantage pu apprécier cette matière… Mais ce n'est pas demain la veille que Sybille va prendre sa retraite… Oh, en parlant de ça, j'ai reçu Draco et Théo chez moi vers dix-huit heures, on discutait, et une chose en entraînant une autre, je leur ai laissé entendre que Horace et moi allions avoir un stagiaire pendant nos cours l'année prochaine, et qu'à terme, il remplacera probablement Horace.

- Ah oui, j'avais presque oublié ça… Ce serait franchement cool pour Horace et toi. Avec quelqu'un de jeune, frais et dispo, et prêt à enseigner, Horace sera libre de retourner à sa retraite bien méritée quand il le voudra, et tu ne te retrouveras pas de nouveau à devoir faire cours à toutes les classes… Ce qui aurait été juste impossible avec toutes les séances de thérapie que tu as avec tes patients…

- Oui, et même sans ça, il viendra bien un moment où je serai obligé de prendre des congés… Je ne compte pas rester sans descendance, si tu vois ce que je veux dire.

Sirius haussa les sourcils. Il mit quelques secondes avant de répondre :

- Je dois avouer que je suis un peu surpris. Je le savais déjà, mais… c'est la première fois que tu te projettes vraiment dans une vie de famille et que tu abordes sérieusement le sujet.

- Oui, parce que j'ai trente-six ans, mine de rien, et que je ne vais pas attendre d'avoir mes premiers cheveux blancs pour avoir mon premier enfant… Et puis j'ai envie de m'engager avec Tonks et de fonder une famille avec elle. On a déjà évoqué brièvement le sujet, et je sais qu'on est sur la même longueur d'ondes là-dessus. Bon, ce n'est pas pour tout de suite, car Tonks ne s'est pas battue trois ans pour avoir sa formation pour prendre un congé maternité seulement un ou deux ans après avoir été diplômée et avoir travaillé… Elle veut en profiter un peu, et elle a bien raison. Et moi-même, je ne veux pas m'éloigner de Poudlard tant que Draco y sera élève. Mais d'ici deux ou trois ans, tout sera différent, et ce sera le moment de s'y mettre.

- Eh bien j'ai hâte de vous voir avec un bébé dans les bras… Je serai là pour le garder si vous avez besoin de vous absenter ! Enfin, sauf si Remus et moi avons nous aussi un enfant à ce moment-là… Ce qui n'est pas à exclure puisque, comme vous, nous voulons commencer à essayer de concevoir un enfant dès que Harry ne sera plus à Poudlard…

- Si jamais cette idée vient à se concrétiser, ce serait bien que tu préviennes Dumbledore en amont, et suffisamment à l'avance, afin qu'il ait un professeur de sortilèges sous la main quand tu prendras ton congé, et également un professeur de métamorphose quand ce sera au tour de Remus de prendre le sien. En fait, l'idéal, ce serait que l'année prochaine, vous ayez vous aussi un stagiaire à former. C'est le moyen le plus simple d'avoir de nouveaux professeurs. Pour le poste de métamorphose, de sortilèges, d'histoire de la magie et de Défense Contre les Forces du Mal, Dumbledore avait voulu embaucher des personnes qui avaient un minimum d'expérience, même si ce n'était pas en tant que professeur, mais il a bien vu que ça devenait de plus en plus compliqué de se baser sur ce critère… C'est pour ça qu'il a accepté de recevoir un étudiant d'une école de formation de potions afin qu'il puisse effectuer son stage de fin d'études… Tous les ans, de prestigieuses écoles de toutes sortes de domaines écrivent au directeur pour savoir s'il serait d'accord pour accueillir en stage ne serait-ce qu'un de leurs élèves, mais jusque-là, Dumbledore n'était pas très emballé. Là, il a dû se résigner, et ça fera au moins le bonheur d'un jeune homme ou d'une jeune femme… Car même si les étudiants en potions sont à quatre-vingt-quinze pour cent des hommes, il y a tout de même cinq pour cent de gente féminine… Horace et moi pourrions donc très bien avoir une stagiaire.

- Ce serait cool. Ça enlèverait le cliché du professeur de potions qui est forcément un homme… Et il me semble bien que ce serait une première dans l'histoire de Poudlard d'avoir une enseignante de potions. Mais je ne sais pas si je serais prêt à former quelqu'un, ça ne fait qu'un an que j'enseigne…

- Oui, certes, mais tu es un très bon professeur. Aujourd'hui, personne ne croirait que cela fait juste dix mois que tu as débuté ta carrière de professeur… De toute façon, tu seras bien obligé de former ton futur remplaçant, peu importe quand tu devras t'en occuper. Mais ce n'est pas à l'ordre du jour, tu as le temps de voir venir, apaisa Severus.

Sirius acquiesça et ils se mirent à parler de tout autre chose tout en continuant de manger. Remus se mêla à la conversation alors qu'ils en étaient au dessert, et Severus soutint Sirius quand celui-ci fit mine d'être vexé que son compagnon les ait abandonnés durant les trois quarts du repas. Mais Sirius ne put jouer le jeu bien longtemps, surtout face à l'air contrit de Remus. Ils discutèrent de tout et de n'importe quoi, et ce fut à contrecoeur que Severus s'en alla vers dix-neuf heures trente, ayant son entrevue à vingt heures avec M. Finch-Fletchley. En se rendant à son bureau, il s'aperçut qu'il était vraiment plus apaisé qu'avant, et cela s'était ressenti tout au long du dîner. Grâce à la décision qu'il avait prise, il allait pouvoir se consacrer presque entièrement à ses patients, et c'était ce qu'il allait faire une demie-heure plus tard avec M. Finch-Fletchley. En repensant à l'échange qu'il avait eu la veille avec Théo, il fut encore plus touché par ce qu'il lui avait dit au sujet de son petit-ami. Car il avait un point commun avec M. Finch-Fletchley, même si leurs cas étaient un peu différents : celui de s'être beaucoup trop plongé dans le travail sans s'en apercevoir, jusqu'à se mettre en danger de par leur comportement envers eux-mêmes. Et Severus ne voulait pas que son patient en vienne aux mêmes extrémités que lui. Il avait su se raisonner ; à présent, c'était à M. Finch-Fletchley d'en faire autant, et Severus allait faire de son mieux pour l'y aider.

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Voilà pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu ! Pour ceux et celles qui se posent la question (ça se trouve, personne ne se la pose XD), il y aura encore au moins 6 chapitres avant la fin de ce premier tome :) En attendant, petite question bimensuelle : parmi les objets proposés par la gamme des farces et attrapes des Weasley, lequel ou lesquels seraient vos préférés ? Si vous voulez un site où ils sont répertoriés, tapez «Weasley, farces et attrapes pour sorciers facétieux» et cliquez sur le premier lien, c'est un site très complet et qui apporte beaucoup d'informations :) Sur ce, je vous donne rendez-vous le dimanche 13 novembre pour le prochain chapitre intitulé «BUSE, première partie». D'ici là, je vous souhaite de passer deux bonnes semaines, profitez des vacances si vous en avez, je vous embrasse fort, plein de bisous tout le monde !