Chapitre 58 : Un Coup de Fil

Il y eut un grognement qui s'entendit sur la terrasse du Manoir Malfoy, rapidement suivi d'un rire indulgent.

« Ne te moque pas de moi ! » grogna Drago en se redressant sur les coudes.

« Ce n'est pas ce que je suis en train de faire, » rétorqua calmement Harry en agitant ses deux bouts de bois comme s'il s'agissait de sabres jumeaux. « Tu es exactement comme moi à mes débuts, nulle à chier. Mais à la différence de moi à l'époque, c'est que toi, tu es bien nourri. Tu apprendras plus vite parce que ton corps n'a pas à s'adapter trop drastiquement. Tu dois juste t'entrainer et pas palier à plusieurs carences en plus. Allez, lève-toi. L'entrainement est loin d'être fini. »

« Je suis épuisé et j'ai mal partout ! »

« Tu es encore capable de te plaindre alors c'est que tu as encore de l'énergie à revendre. Lève-toi et en garde, Drago Malfoy ! Touche-moi ! »

« Mission impossible. »

« Vraiment ? » demanda Lucius Malfoy en arrivant par derrière pour une attaque surprise.

Harry ne put éviter le coup de pied et perdit l'équilibre mais il se rattrapa en une roulade en avant. Il se releva une seconde plus tard, prêt à combattre.

« Deux contre un ? » demanda-t-il avec un sourcil relevé et un rictus amusé. « N'est-ce pas déloyal ? »

« Je ne faisais que montrer l'exemple, » répondit Hadès en secouant négativement la tête. « Profite de n'importe quelle situation, Drago. Joue sur ton environnement, apprivoise-le, ne laisse jamais ton ennemi savoir que tu es à bout et repousse sans cesse tes limites. Si tu ne le fais pas, tu ne seras plus qu'un bout de viande froide baignant dans son sang dans une ruelle déserte. »

Drago déglutit difficilement en entendant les paroles de son père. Il en était presque effrayé.

« Et ne montre jamais ta peur, » continua l'assassin passionné. « Ne la laisse pas non plus te dominer. Utilise-la plutôt et transforme-la en force. Fais comme Zmeya. »

« C'est-à-dire ? » demanda ce dernier en fixant le Sang-Pur.

« Ta haine des violeurs d'enfants vient bien de quelque part, » répondit Lucius d'un geste de la main. « Mais tu as dominé cette peur il y a longtemps pour la transformer en rage de vaincre. Je me trompe. »

« Non, » répondit Zmeya un peu plus froidement, n'aimant pas que son passé soit évoqué ainsi, même à titre d'exemple.

« Tu as été violé ? » demanda Drago avec étonnement. « Mais … com… »

Il ne put terminer sa phrase qu'Harry le frappa avec son bout de bois en plein visage. Le jeune blond émit une plainte alors qu'il essuyait le sang qui coulait de la nouvelle estafilade qu'il avait sur la joue.

« C'est un sujet que je déteste aborder ! » siffla-t-il. « Si j'en ai parlé avec les Potter, c'était uniquement parce que le porc responsable était de leur famille et que j'étais leur foutue progéniture indigne de leur intérêt. Mais toi, Drago Malfoy, je ne suis pas obligé de t'en parler. Alors si tu ne veux pas finir tabassé à mort, je te suggère fortement de ne pas creuser plus loin, est-ce que c'est bien clair ? »

Drago ne répondit pas, les yeux écarquillés de peur en voyant l'aura sombre que dégageait le tueur en face de lui. Harry était effrayant alors qu'il débitait ses menaces avec une colère calme mais intense. Il jeta un œil à son père mais Hadès ne fit rien pour lui venir en aide. Il était seul face à la colère de Zmeya.

« J'ai dit : est-ce que c'est clair ? »

« Oui, Harry Black. C'est limpide. »

« Bien. Va courir un peu, ça va développer ton endurance. Cela pourrait s'avérer utile quand tu ne peux pas transplaner pour t'échapper… »

Harry l'observa partir quelques secondes – fuir serait un terme plus adéquat – avant de se tourner vers les adultes mangemorts qui les observaient depuis le début de l'entraînement, telles des bêtes curieuses.

« D'autres volontaires pour subir ma colère ? » demanda l'assassin d'un ton polaire.

Les regards se détournèrent et les sorciers partirent vaquer à leurs occupations. Harry partit s'asseoir à une table et soupira alors qu'il regardait le blond courir, trop heureux d'être loin de lui.

Il respira calmement pour se calmer. Il n'avait pas de raison particulière d'être réellement en colère. Le passé était le passé et ne pouvait plus lui faire de mal. Ou en tout cas, il pouvait tenter mais ce serait pour se prendre une méchante raclée.

Il était dans ses pensées quand un téléphone apparut dans son champ de vision. Il recula et vit son père lui tendre, tout vibrant. Un appel. Harry le prit et décrocha.

« Harry Black, » dit-il.

« Où sont mes parents, Remus et Sirius ? » fulmina une voix à l'autre bout du fil.

« Ah … Potter, » fit le jeune Assassin avec un sourire satisfait. « Si tu m'appelles, c'est que tu as reçu mon paquet et que tu l'as visionné. »

« Ordure ! Où sont-ils ? »

« Bien installés dans une cage, » répondit évasivement Harry. « Mais ils sont indemnes. Tous les trois ? »

« Qui est mort ? Qui est-ce que tu as assassiné ? Sirius ? »

« Non… Pourquoi est-ce que je tuerai mon oncle et parrain, hmmm ? Pourquoi lui ferais-je du mal alors que tes propres parents l'ont drogué pour l'empêcher d'aider mon père, son petit frère, alors que tes parents le torturaient pour qu'il lui dise où est-ce que je me trouvais ? Non, Sirius est bien vivant et est dorénavant neutre dans la guerre qui nous oppose. »

« Je croyais que tu étais neutre… »

Harry ricana.

« En effet. J'étais neutre. Mais cette neutralité a disparu quand j'ai vu de mes propres yeux ce que l'Ordre a fait à mon père et mon oncle ! Alors oui, maintenant, tu peux me considérer comme un ennemi, Ezequiel Potter. Un ennemi dangereux avec un sombre désir de vengeance. »

« Je veux voir mes parents ! Où sont-ils ? Libère-les ! »

« Hmmm… Laisse-moi réfléchir … Moui… cela peut s'arranger… »