Salut ! Voici une fanfic qui devait... être un one shot à la base pour une amie de Discord. Mais il semblerait que j'ai trop de choses à dire pour que ça reste un one shot et non un pavé.

Dans l'univers de Mo Dao Zu Shi, j'ai un gros faible pour les Juniors. Je les trouve très attachants et j'ai voulu exploiter leur amitié dans cette histoire et en particulier celle entre Jin Ling et Lan Jingyi qui sont plutôt connus pour... pas mal se disputer en fait. Même si ils s'apprécient en vrai.

Donc le couple principal sera Jin Ling x Lan Jingyi. Ce qui change pas mal du Lan Sizhui x Jin Ling ou du Lan Sizhui x Lan Jingyi que l'on peut voir.

Voilà ce que je peux dire pour l'instant pour cette histoire.


Avec un soupir las, Lan Sizhui claque une de ses mains sur ses yeux. Décidément, à chaque fois que Lan Jingyi et Jin Ling se voyaient, c'était presque un combat de coqs où celui qui criera le plus fort aura gagné. C'était d'abord déconcertant au départ. Puis risible. Mais à la fin, c'était la lassitude qui dominait. Non, il n'y avait plus rien d'impressionnant ou de comique dans ces joutes verbales. Juste un profond sentiment d'incompréhension et une envie prononcée de leur mettre une baffe.

– Mais arrêtez, soupira-t-il, vous êtes ridicules.

Sa remarque fut royalement ignorée par les deux autres adolescents qui en étaient venus à tirer leur épée de leur fourreau.

– Mais, se fit entendre la voix de Ouyang Zizhen derrière lui, je pars cinq minutes et ils se battent ! C'est pour quel motif, cette fois ?

– Jingyi a commencé à chanter pendant que tu étais partit et Jin Ling a dit qu'il chantait faux. Évidemment, tu connais Jingyi, il l'a mal pris et ils se sont disputés.

- Ah, laissa échapper Zizhen. Et maintenant ? On les laisse régler leurs comptes ?

– Et bien, je pensais les séparer mais vu qu'ils ont leur épée en main, je préfère m'abstenir.

– Ils ne vont pas se blesser ?

– Non. Enfin, je ne pense pas.

Même si ils avaient commencé à utiliser l'escrime, la joute verbale continuait malgré tout.

– Franchement, tu es un enfant de te fâcher pour si peu ! s'exclama Jin Ling en esquivant un coup d'épée.

– Et de toi, on en parle ? répliqua Jingyi en portant un coup. Tu te vexe pour encore moins que ça, princesse Jin !

À l'annonce de ce surnom moqueur, le chef de la secte Lanling Jin s'énerva encore plus.

– Arrête avec ça ! Je ne suis pas une fille qui pleurniche pour rien !

– Tu as raison: tu es pire qu'une jeune maîtresse !

– Mais calmez-vous un peu ! s'exclama Zizhen. Ça ne sert à rien de se fâcher !

Malheureusement, son commentaire n'eut aucun effet. Sizhui, lui, regardait la confrontation sans savoir s'il devait intervenir ou laisser continuer. Après tout, ce n'était qu'une énième dispute. Ils finiraient bien par s'épuiser. Comme toutes les autres fois.

– Sale gamin gâté ! s'écria Jingyi.

– Enfant sans éducation ! répliqua Jin Ling.

– Tu es sûr de ne pas être une jeune maîtresse au vu de ton caractère et de ta répartie ? se moqua le Lan.

– Tes parents auraient mieux fait de ne pas faire d'enfants vu ce que tu es, grimaça Jin Ling outré par le "jeune maîtresse".

À ces mots, le cœur de Jingyi loupa un battement et il se stoppa brusquement au milieu de son geste.

– Quoi ? Répète un peu ce que tu viens de dire !

Sentant que ça allait partir beaucoup trop loin, Sizhui décida de se placer entre les deux belligérants.

– Écoutez, arrêtons l'escalade d'insultes et excusez-vous. Ce n'est pas la peine de dire des choses pareilles.

Il sentit alors Jingyi le pousser sur le côté. Visiblement, il n'avait aucune envie de laisser passer ce que le neveu de Jiang Cheng venait de dire. Il se campa devant l'adolescent en jaune, le visage froid et visiblement furieux.

– Ah, tu veux parler de famille ? Et bien parlons un peu de la tienne !

Sizhui connaissait suffisamment Jingyi pour savoir que quand il était fâché, il était capable d'avoir des mots très durs et méchants sans le vouloir. Et connaissant Jin Ling, il allait le prendre très mal. Surtout si cela mentionnait ses parents. Il voulait dire quelque chose mais Zizhen le devança.

– Jingyi, commença l'adolescent en vert, ce n'est pas...

Il se tut au regard noir que lui lança le susnommé. Mais il essaya à nouveau.

– La famille est un sujet très sensible pour Jin Ling. Ce n'est pas la peine de...

– Toi, la ferme ! s'exclama Jin Ling. Allez, continua-t-il en se tournant vers Jingyi, qu'est-ce qu'il y a avec ma famille ?

Il était clairement sur la défensive et les mots de Zizhen auraient dû faire comprendre à Jingyi de ne pas continuer. Mais à ses yeux, ce n'était pas lui qui avait ouvert les hostilités.

– Franchement, soupira-t-il d'agacement, heureusement que tes parents sont morts qu'ils n'aient pas à souffrir de la honte d'avoir un fils comme toi.

Suite à sa phrase, le teint de Jin Ling perdit sa couleur pour devenir aussi blanc que de la poudre. La main qui tenait son épée trembla et il finit par lâcher l'arme qui tomba dans l'herbe. Zizhen porte une main à sa bouche, horrifié par ce qu'il venait d'entendre. Sizhui resta bouche-bée quelques secondes, sous le choc avant de crier.

– Jingyi ! Mais qu'est-ce que tu viens de dire ?!

Son ami se tourna vers lui d'un air énervé.

– Quoi ?! Je ne...

Il n'eut pas le loisir d'en dire plus qu'une douleur irradia sa mâchoire. Il porta sa main à sa bouche et sentit un liquide chaud contre sa paume. Il regarda Jin Ling d'un air furieux. Mais cela ne dura qu'un instant. Ses yeux s'écarquillèrent quand il vit ceux du neveu de Jiang Cheng remplis de larmes.

– Espèce de... fit l'adolescent en jaune dans un sanglot.

Il laissa sa phrase en suspens et fit brusquement volte-face avant de partir en courant. Poursuivi par Zizhen qui avait ramassé son épée.

– Jin Ling, attends ! s'exclama l'adolescent en vert.

Quelques secondes s'écoulèrent avant que l'un des deux Lan ne se mette à bouger. Finalement, Sizhui s'avança vers Jingyi qui se tourna vers lui, réalisant doucement ce qu'il venait de dire.

Et sans crier gare, Yuan le gifla pile là où Jin Ling lui avait mis un coup de poing.

– J'espère que tu es content de toi, dit Sizhui sévèrement. Tu sais pourtant à quel point le fait d'être orphelin est pénible pour lui.

Jingyi baissa les yeux, penaud. Il avait parlé sans réfléchir, une fois de plus. Et lentement il réalisait la portée de ses mots.

– Je ne voulais pas lui faire de peine ! se défendit-il. C'est lui qui a commencé avec ma famille ! Si il...

– Donc c'est ça ton excuse ? répliqua Sizhui. Dire que c'est de sa faute ? Alors, je concède qu'il n'a pas été très gentil avec toi en disant ça. Mais cela valait vraiment la peine de le faire pleurer ?

Jingyi baissa la tête. À vrai dire, il n'avait pas réellement d'excuses pour ce qu'il venait de faire. Il venait de commettre une énorme bêtise et il le savait. Même si, de son point de vue, c'était Jin Ling qui avait ouvert les hostilités le premier.

– Je devrais m'excuser, c'est ça ? devina-t-il.

– Et le plus tôt serait le mieux, confirma Sizhui.

Du côté de Jin Ling, Zizhen avait enfin réussi à le rattraper. L'adolescent en jaune sanglotait et même si il faisait des efforts pour le cacher, cela s'entendait. Son ami s'arrêta à quelques pas de lui.

– Jin Ling ? tenta-t-il doucement.

– Va t-en !

Visiblement, engager la discussion n'était pas possible pour le moment. Soupirant, l'adolescent en vert posa Suihua sur une pierre et alla s'asseoir un peu plus loin. Connaissant le chef de la secte Lanling Jin, il allait finir par se calmer et chercher du réconfort vers lui ou Sizhui. Comme souvent d'ailleurs.

Et effectivement au bout de quelques minutes de silence où seul les reniflements de Jin Ling le brisait, le neveu de Jiang Cheng finit par tourner la tête vers lui, heureux qu'il soit resté malgré le ton peu aimable qu'il avait employé.

– Ça va mieux ? lui demanda Zizhen.

Suivant la réponse, il allait pouvoir s'approcher ou rester là où il était. Pour toute réponse, Jin Ling hocha la tête. L'héritier de la secte Ouyang sourit. Quelques secondes plus tard, Jin Rulan s'était rapproché et se retrouvait à côté de lui.

– C'est un connard, lâcha le chef de la secte à la pivoine.

– Dis pas ça.

– Et pourquoi pas ? Tu as bien entendu ce qu'il a dit, non ?

– Oui et ce n'était pas correct.

Même s'il aimait beaucoup Lan Jingyi, Zizhen devait bien admettre que ce qu'il avait dit était inadmissible.

– Je ne veux plus jamais lui parler ! Il sait bien en plus que...

Sa voix s'éteignit dans un sanglot. Zizhen passa un bras autour de ses épaules et l'emmena contre son torse pour le consoler. Ce n'était pas la première fois qu'il devait faire ça. Jin Ling manquait cruellement de l'affection d'une famille aimante. Certes, il avait son oncle mais celui-ci n'était pas des plus démonstratifs.

Les seules marques un peu affectives, ils le recevaient soit de Sizhui soit de lui. Concernant Jingyi, ils s'appréciaient mais pas au point de finir dans les bras de l'autre. Sauf s'ils prenaient peur et allaient se serrer l'un contre l'autre de manière instinctive. Ce qui était plutôt drôle à observer. Même s'ils se séparaient en hâte en se regardant de travers.

– Tu sais, finit par dire Zizhen après quelques minutes de silence, je comprends que tu te sentes blessé par ce que Jingyi t'ai dit. C'était vraiment pas très gentil ni très intelligent de sa part.

– Mais ? fit Jin Ling qui se doutait que ce n'était pas fini.

– Et bien, c'est toi qui a commencé à parler famille en lui disant qu'il aurait mieux fait de ne pas naître. Ce n'était pas la meilleure chose à lui dire.

– C'était moins blessant que de dire que...

– Tu crois ça ?

Jin Ling, surpris, releva la tête avec Zizhen qui continua.

– Sizhui et Jingyi sont comme toi, ils n'ont plus de parents. Enfin, Sizhui a bien Hanguang-Jun et Senior Wei comme parents adoptifs mais Jingyi est seul. Et puis, tu ne sais pas ce qu'il ressent sur le fait d'être orphelin. De plus, c'était de la méchanceté gratuite. Je te rappelle que même si Jingyi est loin d'être tendre quand il se dispute avec toi, il a toujours fait en sorte de ne pas te faire de peine. Jusqu'à aujourd'hui du moins.

Ce qui n'était pas faux. En vérité, Jingyi ne l'insultait que très rarement. Il se moquait de lui et lui envoyait des piques mais ce n'était rien de bien méchant en général. Un sentiment de culpabilité naissait en lui. Mais il fut rapidement rejeté par son énervement.

– Qu'il s'excuse d'abord ! On verra si je lui pardonne.

Zizhen soupira. Décidément, Jin Ling pouvait être agaçant parfois.

Concernant Jingyi, il ne savait pas trop par où commencer. Ni où trouver Jin Ling. S'excuser n'était pas son fort. Loin de là. Certes, il pouvait le faire quand il savait qu'il était en tort mais là, il se sentait plus lésé que Jin Ling.

– Sale gosse, songea-t-il. Je suis censé lui dire quoi, moi ? Et puis, il a intérêt à s'excuser.

Après tout, c'était avant tout de sa faute s'il lui avait dit ça. Et à ce sujet, il n'en démordrait pas.

Le seul problème était que s'il ne présentait pas ses excuses à Jin Ling, Sizhui allait encore lui tomber dessus. Et même s'il était gentil, il pouvait être sévère quand l'envie lui prenait. Visage d'ange, certes, mais caractère un peu pourri quoiqu'il en dise.

Alors qu'il était plongé dans ses pensées, il croisa Zizhen. Visiblement, il était parvenu à rattraper Jin Rulan.

– Si tu le cherche, il est pas loin. Tu n'as qu'à marcher tout droit. Mais je te préviens, il veut que tu t'excuses.

– Que ?! Il ne manque pas de toupet franchement...

– Essaie d'être gentil, d'accord ? Vous vous êtes lancé tous les deux des horreurs à la figure mais maintenant, il faut s'excuser.

Ce à quoi Jingyi répondit par un "Tch" avant de s'éloigner rejoindre Jin Ling. Le trouver ne fut pas difficile, ses vêtements se détachant nettement du vert du paysage.

Il était assis sur un rocher, Suihua avait été rengainée. Ce qui rassura Jingyi. Il n'avait clairement pas envie de devoir faire face à un Jin Ling épée en main.

Sentant une présence dans son dos, le chef de Lanling Jin se tourna vers lui et ses sourcils se froncèrent.

– Qu'est-ce que tu viens faire ici ?

Son ton était brusque et agressif. Ce qui fit serrer les dents à Jingyi. Si ça commençait ainsi, il n'allait pas garder son calme bien longtemps.

– Quel accueil, soupira-t-il. Tu crois qu'avec une telle attitude, je vais parler tranquillement avec toi ?

– Parce qu'après ce que tu as osé dire, je vais faire comme si de rien n'était ?

– Ce que j'ai osé dire ?! Je te rappelle que c'est toi qui a ouvert le sujet ! Si tu ne voulais pas que je te réponde ça, tu n'avais qu'à te taire !

Finalement, la discussion n'allait sans doute mener à rien d'autre qu'une nouvelle dispute.

Jin Rulan se leva et se planta devant Jingyi. Plus haut de quelques centimètres, il le toisa.

– Arrête de me regarder de haut, jeune maîtresse Jin !

– Pas de ma faute si tu es petit !

Ce fut la provocation de trop. Jingyi poussa violemment Jin Ling qui se trouva les fesses au sol, surpris de se retrouver par terre.

– Je suis peut-être plus petit que toi mais ça ne va pas m'empêcher de te coller une raclée.

Ce à quoi, Jin Rulan répondit en se relevant et lui donnant un coup de pied dans le tibia.

– Ah ouais ?! Bah viens, je t'attends !

Il n'en fallut pas plus qu'ils en viennent aux mains. Jin Ling porta un coup de poing au visage de Jingyi qui répliqua par un coup de genou dans son estomac. Le choc plia le plus jeune en deux qui toussa. Il n'eut pas le loisir de s'en remettre qu'il sentit Jingyi l'attraper par ses robes et le soulever sans ménagement avant de l'expédier dans le cours d'eau pas loin. Trempé, il se releva en crachant ses poumons.

– Je... vais... te tuer ! articula-t-il difficilement en se relevant.

– Essaie.

Une bagarre pareille aurait éclaté tôt ou tard. Vu de leur caractère et de leur facilité de s'énerver à la moindre provocation. Ce n'était qu'une question de temps. Malheureusement, cette fois, il n'y avait personne pour les arrêter.

Sans se le faire dire deux fois, Jin Ling se jeta sur Jingyi et le plaqua au sol, mettant tout son poids sur lui.

– Tu es vraiment un enfoiré !

– Ah parce que tu crois être mieux ?!

Sans crier gare, Jingyi lui attrapa les poignets et le fit basculer de manière à se retrouver au-dessus de lui.

– Puisque tu es décidé à être désagréable, je ne vais pas me gêner pour l'être aussi. Tu crois sincèrement que parce que tu es à la tête d'une des sectes les plus puissantes du monde de la cultivation que tu peux dire tout ce qui te chante ? Ton oncle ne t'a jamais appris le respect ? Ou es-tu trop con pour l'apprendre ?!

Sur ces mots il serra les poignets de Jin Ling tellement forts que des craquements se firent entendre.

– Arrête ! commença à paniquer Jin Ling en sentant la douleur vive affluer dans ses bras. Tu vas finir par me casser les poignets !

– Qu'est-ce que ça peut faire, tu as des domestiques pour te nourrir et t'habiller !

– Espèce de...

Au prix d'un ultime effort pour se dégager, Jin Rulan parvint à donner un gros coup de pied dans l'entrejambe de son adversaire. Ce qui eut pour effet immédiat de lui faire lâcher prise pour se plier en deux. Jin Ling en profita pour s'échapper plus loin, non sans lui donner un coup de pied dans le visage au passage.

Sauf qu'il semblait avoir oublié que les membres de Gusu Lan étaient bien plus résistants que la moyenne. Il eut à peine le temps de pivoter que Jingyi l'attrapa par les cheveux et lui écrasa le visage au sol.

– Connard, gémit le Lan, une main sur son entrejambe. Putain, ça fait super mal !

Partiellement assommé à cause de la violence du choc, Jin Ling se releva prudemment. Un liquide chaud, du sang certainement, coulait de son nez et son visage entier lui faisait mal. Néanmoins, il se redressa lentement. Ce n'était pas la première fois qu'il se battait mais c'était la première fois qu'il avait autant mal et qu'il saignait. Jingyi n'était pas allé de main morte.

– Ah bah t'es magnifique comme ça, se moqua son adversaire.

Lui aussi saignait du nez et avait des plaies sur les mains. Sa lèvre inférieure saignait également. Ses robes étaient couvertes de tâches de sang, d'herbe et de terre. Les siennes ne devaient pas être en meilleur état. Ils faisaient sans doute peine à voir mais pour l'heure, le Jin s'en fichait pas mal. Il n'avait d'yeux que pour Jingyi et il comptait lui faire payer les dégâts. Et au centuple.

Il voulu lui sauter dessus une nouvelle fois mais Jingyi l'avait vu venir et d'un bon crochet du droit, le réexpédia au sol.

– Reste pas terre, cracha-t-il.

– Je vais te briser les jambes ! cria Jin Ling en se relevant une nouvelle fois.

– Tu n'as pas la force pour ça, répliqua le Lan.

Énervé et mal en point, Jin Ling n'était plus vraiment en mesure d'aligner une pensée correcte. Aussi, il tira Suihua de son fourreau. Il ne lui restait plus qu'à avancer et il...

– Bon sang mais c'est pas vrai !

Avant qu'il ne puisse réagir, une main avait attrapé son poignet et une autre le bloquait.

– Jin Ling ! s'exclama Sizhui en serrant son poignet meurtri.

Sous l'effet de la douleur, il lâcha sa lame qui tomba au sol.

– Vu que vous ne reveniez pas, dit Zizhen en s'approchant de Jingyi, on est donc allé voir ce qui se passait. Mais comment vous êtes-vous retrouvé dans cette situation ?

Aucun des deux adolescents blessés ne parlèrent. L'intervention de Sizhui et de Zizhen les avait calmés. Doucement, Yuan finit par lâcher le poignet de Jin Ling et fit volte-face, sans rien dire. Il s'approcha de Jingyi et passa un bras autour de ses épaules pour le soutenir.

– Tu peux t'occuper de Jin Ling ? demanda-t-il à Zizhen. Je me charge de Jingyi.

Aidant Jingyi, il commença à s'éloigner, sans porter un regard, à Jin Ling. Celui-ci resta figé pendant encore quelques secondes avant de se tourner vers Zizhen. L'adolescent en vert ne savait pas quoi dire. Il n'aurait jamais pensé se retrouver avec le spectacle de ses deux amis, en sang, avec l'un menaçant l'autre de son épée. Comment ça avait pu dégénérer ainsi ? Finalement, il finit par parler.

– Je croyais que vous deviez discuter. Pas vous étriper.

Un silence lui répondit. Zizhen soupira et planta son regard dans celui du chef de secte.

– Je sais très bien que toi et Jingyi vous n'êtes pas capable de vous parler sans vous crier dessus. Depuis le temps, Sizhui et moi avons compris. Ce n'est pas très agréable mais nous nous y sommes fait. Mais... le menacer de ton épée, c'est vraiment inacceptable ! Si Sizhui ne t'avait pas stoppé, tu aurais fait quoi ? Tu lui aurais planté la lame dans la poitrine ?!

Devant le silence de son ami, Zizhen lui attrapa les épaules.

– Si tu l'avais blessé gravement, il se serait passé quoi, selon toi ? Je vais te le dire ! Déjà, Sizhui ne t'aurais plus jamais adressé la parole et ensuite Gusu Lan aurait demandé des comptes à Lanling Jin. Et comme tu es le chef de cette secte, tu aurais mis tous ses membres dans une situation délicate. Et puis, ton oncle, il aurait dit quoi ? Tu l'aurais certainement déçu. Sans oublier Wei Wuxian et Hanguang-Jun. Ce serait compliqué pour eux de te défendre vu leur appartenance à Gusu Lan. Sans compter que Jingyi aurait été sacrément amoché s'il aurait survécu à ses blessures.

L'adolescent en vert relâcha le jeune homme en jaune.

– Tu n'y as pas songé, n'est-ce pas ? Il n'y a pas eu de conflit ouvert entre les sectes depuis très longtemps mais un incident pareil risquerait de mettre le feu aux poudres. Sans compter que tu perdrais tes amis.

Il prit une profonde inspiration pour se calmer avant de se remettre à parler.

– La secte Ouyang n'est pas très grande et les personnes de mon âge sont avec moi plus parce que je suis le fils du chef que pour ma personnalité. Je suis heureux d'avoir enfin trouvé des personnes qui m'apprécient pour ce que je suis. Et je pense qu'il en est de même pour toi. L'amitié est quelque chose de précieux. Je veux qu'on reste une bande soudée comme pour les chasses nocturnes ou encore lors de notre "voyage" à la ville Yi. Pas qu'on se tape sur la figure ou qu'on s'insulte. Je pense que nous avons tous notre dose d'horreur pour un moment et ce n'est pas la peine d'en rajouter.

Zizhen fit une pause. Jin Ling se baissa, lentement pour ramasser son épée. Il eut du mal à la faire car les douleurs après sa bagarre avec Lan Jingyi commençaient à apparaître. Après un silence lourd, la chef de secte finit, enfin, par parler.

– Je voulais discuter. Mais ma colère a pris le dessus. Et il ne m'a pas aidé à parler calmement.

Zizhen leva les yeux au ciel.

– Par les cieux, tu ne te rends pas compte de tes bêtises ? Tu es un enfant, Jin Ling. Un enfant à la tête d'une des sectes les plus puissantes du monde de la cultivation.

– Hé !

– Quoi ? C'est la vérité !

– Ah ouais ?! Tu crois que c'est facile, peut-être ?

Sentant la colère du neveu de Jiang Cheng revenir, le jeune homme en vert s'obligea à baisser le ton avant que ça ne parte en dispute.

– Je suis le fils d'un chef de secte. Certes, elle est moins grande et riche que la tienne mais la gestion doit être plus ou moins la même. Je connais le fonctionnement d'une secte. Mais la différence notable c'est que j'ai l'impression que tu agis comme un gamin pourri gâté qui parce qu'il est né dans une secte puissante et qui a le soutien d'une autre secte influente se conduit comme si il connait tout et se croit tout permit. Et ose me dire que ce n'est pas la vérité. Tu as ta fierté et c'est normal que tu ne laisse pas passer certaines choses. Et on sait que tu as eu du mal à t'imposer et que l'absence de tes parents a été difficile pour toi. Cependant, il y a pas mal de choses dans ton comportement qui sont bien moins excusables.

Ce disant, il tourna les talons pour rejoindre les deux Lan. Mais il lança une dernière pique à Jin Ling.

– Tu sais pourquoi tes disputes avec Jingyi sont aussi fréquentes ? C'est parce qu'il a moins de tolérance que nous par rapport à certaines de tes attitudes. Et il n'hésite pas à te le dire. Pas de manière très sympa je l'admets mais c'est sans doute la seule personne qui va clairement te dire les choses sans prendre de gants.

Sur ces mots, il disparu dans la végétation.

Resté seul, Jin Ling se laissa tomber au sol. En dehors de la douleur, la culpabilité lui serrait le cœur. Il pouvait nier autant qu'il voulait, Ouyang Zizhen avait raison. Terriblement raison. Toute sa vie, il avait grandi aux côtés de Jiang Cheng ou de Jin Guangyao et il était vrai qu'ils lui avaient souvent mâché le travail ou aidé. Peut-être un peu trop. Surtout le chef de Yumeng Jiang qui tenait au jeune homme comme à la prunelle de ses yeux. Voir même plus. Après tout, il lui avait tout appris, offert sur un plateau d'argent ses meilleures victoires contre des créatures ou des cadavres féroces. Et surtout, lui avait permit d'avoir un minimum d'autorité pour diriger Lanling Jin. Il lui devait presque tout en vérité.

– Merde, jura-t-il, les larmes aux yeux. Mais qu'est-ce que j'ai fait ?

Alors que Jin Ling se morfondait, Zizhen avait rejoint Lan Sizhui et Lan Jingyi. Le premier était en train de nettoyer le visage du second avec un tissu imbibé d'eau.

– Tu n'es pas resté avec lui ? s'étonna le fils adoptif de Lan Wangji.

Son ami secoua la tête.

– Il n'est pas trop blessé et puis il a besoin de réfléchir et d'être seul.

L'ancien Wen hocha la tête avant de rincer le tissu qui avait des traces de sang.

– Pour réfléchir à comment être moins idiot ? railla Jingyi. Aïe ! Sizhui !

– Oh, pardon.

– Tu as fait exprès d'appuyer sur ma joue aussi fort !

L'autre Lan haussa les épaules laissant le bénéfice du doute. Il n'appréciait pas trop d'entendre Jingyi dire du mal des autres. Même si dans le contexte actuel, il pouvait comprendre la colère de son frère de cœur.

– Si on était à Gusu, tu aurais été puni pour t'être battu et avoir insulté un chef de secte, reprit-il. Heureusement que nous sommes en mission à l'extérieur.

A la mention du châtiment qu'il aurait pu avoir, Jingyi frissonna intérieurement.

– Bah, fit-il pour garder contenance, ce ne sera pas la première fois que j'en prendrais pour mon grade.

Sizhui soupira avant de poser son linge humide sur la joue tuméfiée pour enlever le sang qui avait giclé.

– Pourquoi vous vous êtes battus ?

Jingyi ravala sa salive. Il savait que sa réponse n'allait pas être plaisante. Mais il allait devoir dire la vérité.

– Il m'a provoqué alors je l'ai poussé et on s'est battu. Il pensait sans doute me coller une raclée mais il a pris cher.

A l'entente de cette explication, Zizhen leva les yeux au ciel et Sizhui soupira. Bien sûr, ils se doutaient que Jingyi avait certainement dû avoir sa part de responsabilité dans la bagarre mais ils pensaient que c'était Jin Ling qui avait commencé le premier à frapper.

– Mais ce n'est pas possible, soupira Sizhui. Pourquoi as-tu fait ça ? Tu pouvais pas juste l'ignorer, pour une fois ?

– Je ne supporte pas ce paon, Sizhui ! Tu sais aussi bien que moi que c'est juste un sale gamin qui croit que tout lui aie du parce que monsieur est né à Lanling Jin ! Et ose dire que tu ne penses pas la même chose !

Le chef des disciples de Gusu Lan hésita un instant. Dire du mal des autres était contraire aux règles et encore plus si ladite personne n'était pas présente. Mais il n'allait pas non plus le dire devant Jin Ling. Après tout, c'était leur ami. Néanmoins, il fallait admettre que Jingyi n'avait pas tort.

– Et bien... tu as raison, admit-il. Jin Ling ne se comporte pas de manière très... correcte on va dire. Et il est vrai que pour un chef de secte c'est encore plus difficile à excuser. Mais il n'a pas que des mauvais côtés.

– Ouais. Mais on ne peut pas dire que sa personnalité soit très flatteuse. Il va finir tout seul et ce sera pas parce qu'il est orphelin mais parce qu'il est insupportable. Je ne sais pas comment vous faites tous les deux pour rester tranquille et ne rien lui dire. Vous êtes trop gentils. Il ne le mérite pas.

Sizhui et Zizhen se regardèrent ne sachant quoi répondre.

– En fait, hésita Zizhen, c'est juste que... c'est pas si simple de dire à une personne bornée qu'elle est en train de détruire les seules amitiés qu'il n'a jamais eu.

– Et puis, tu le fais déjà de façon suffisamment brusque sans qu'on en rajoute une couche. Ce serait le peiner.

– Il va juste aller chouiner auprès de son oncle comme il fait toujours. Il n'a aucun honneur.

– Jingyi ! s'offusqua Sizhui.

– Quoi encore ?! Arrête de toujours jouer la personne douce et sereine, Yuan, et dit vraiment ce que tu penses pour une fois ! Aller, dit que j'ai tort !

Sizhui se figea en entendant son nom de naissance. C'était rare que Jingyi l'utilise et c'était plus dans un cadre privé. Mais il était sans doute un peu trop énervé et n'avait pas fait attention. Il ne s'en offusqua pas, cependant.

– Ce n'est pas très gentil de m'encourager à briser les règles, Jingyi.

– On s'en fiche, on est pas à Gusu Lan ! Et puis, la jeune maîtresse n'est pas là.

Ce que les trois jeunes hommes ignoraient, c'était que Jin Ling était sorti de la clairière et était revenu vers eux. Il ne s'était pas encore fait montrer et se cachait derrière l'épais feuillage et le tronc d'un arbre. Il avait voulu en sortir mais en entendant Jingyi s'énerver, il avait préféré ne pas apparaître de suite.

– J'imagine que tu ne sauras satisfait que si je le dis, soupira Sizhui.

Jingyi hocha la tête.

– Et bien, j'admets que l'impression que laisse Jin Ling est plutôt mauvaise. Il agit de manière impulsive et ne semble pas vouloir reconnaître ses erreurs. Et tu n'as pas tort dans tes propos Jingyi. Il est vraiment agaçant et ce souvent. En plus de ne pas avoir conscience que ce qu'il dit ou fait peut paraître insultant ou gênant.

A l'entente de ses paroles, les yeux de Jin Ling se remplirent de larmes. Alors, c'était ce que pensaient vraiment ceux qui disaient être ses amis de lui. Pour eux, il n'était qu'un boulet et un gamin idiot au comportement discutable. Une vague de peine immense s'empara de lui mais aussi de colère. A ses yeux, de vrais amis ne disaient pas ce genre de choses. Et surtout pas dans le dos de la personne. A vrai dire, il appréciait plus quand Jingyi lui disait ce qui lui déplaisait en face que cette façon de faire. Il serra les poings.

– Quels enfoirés, pensa-t-il. Et ça se dit être mes amis ?!

Il serrait les poings si fort que ses phalanges blanchirent. Mais sa pire douleur était mentale. Finalement, il était entouré de menteurs. Il n'y avait que son oncle qui le soutenait et l'aimait vraiment. Tous les autres faisaient semblant. A part Wei Wuxian qui semblait réellement l'apprécier.

– Je suis vraiment condamné à rester seul ? songea-t-il amèrement.

Se retenant d'éclater en sanglots en se disant qu'il allait terminer sans doute avec que des personnes ne faisant semblant que parce qu'il était chef de secte, Jin Ling commença à s'éloigner. Puisqu'ils ne l'aimaient pas, il n'avait aucune raison de rester avec eux.