Bonjour à tous ! Dans le cadre de la réécriture complète de la saga Entre les Mondes, Zeidra Senester va supprimer ce drabble qui faisait office de bonus au tome 1 d'ELM. Nous le republions donc ici, sur le compte commun des auteurs du Multivers.
Ce drabble a été écrit par Sengetsu, une lectrice du Multivers qui a souhaité apporter sa pierre à l'édifice. Nous la remercions encore !
.
.
Octavius Ballessaim devait être l'enfant chéri attendu depuis des années par ses parents tout deux descendants d'une Très Noble et Très Ancienne Maison. En effet, comme beaucoup de famille de Sang-Pure, les Ballesaim avaient quelques petits problèmes de fertilité.
La grossesse de sa mère, Eloyce née Quidma, fut donc annoncée en grande pompe à toute leur famille, et par extension à toute la communauté Sang-Pure de France puisqu'il est bien connu qu'ils forment tous ensemble une grande et belle famille.
Il vit le jour le 7 juillet. Il avait une petite touffe de cheveux noir plaquée sur le crâne. Et des yeux vairons. Un phénomène extrêmement rare qui n'aurait que brièvement interpellé la plupart des parents. Mais pas Eloyce et Kæsius Ballesaim.
L'imperfection était interdite dans leur vie. Et deux yeux de couleurs différentes était bel et bien une imperfection des plus visibles. Difficile de manquer ce genre de détail quand on se trouvait face à quelqu'un.
La joie d'avoir enfin un enfant, un garçon de surcroît, et donc un héritier fut de très courte durée. Mari et femme discutèrent de longues heures après l'incident qui venait de bouleverser le bonheur dans lequel ils baignaient depuis 9 mois maintenant. Ils se demandèrent sérieusement si l'abandon n'était pas la meilleure solution. Et finirent par y renoncer. Ils avaient attendu dix ans pour avoir un enfant et rien ne leur garantissait qu'il y en aurait encore un autre après Octavius.
Ils se murmurèrent, pour se rassurer, que ça allait peut –être s'arranger. Peut –être qu'en grandissant son œil noir s'éclaircirait ou alors le bleu deviendrait –il plus foncé. Ils espérèrent sincèrement.
Et Octavius grandit. Il devînt un adorable petit garçon avec les cheveux noirs de son père accompagnés des boucles de sa mère. Mais ses yeux étaient toujours de deux couleurs et la différence de semblait que s'accentuer avec les années. Qu'il soit beau, doué, intelligent, obéissant et gentil ne pesait rien à côté du fait de sa… dissymétrie.
Octavius vécu au Manoir de ses parents sans jamais rencontrer personne jusqu'au jour de ses 6 ans où il fallut bien briser son isolement. Il fit alors connaissance de ses tantes et oncles ainsi que ses cousins. Il rencontra notamment Amara qui avait son âge et se trouvait être la fille d'une tante à sa mère. Quand elle le vit, elle demanda avec sa candeur d'enfant pourquoi il avait des yeux de deux couleurs différentes. Et on la réprimanda, lui demandant de se taire, comme s'il avait s'agit d'un handicap honteux que tout le monde se devait de faire semblant d'ignorer.
Le petit garçon n'avait jamais pris conscience avant cet évènement que ses yeux étaient une chose qui gênait les gens. Mais il fallait dire qu'il n'avait pas eu l'occasion de beaucoup en rencontrer jusque-là et que les premiers qu'il croisa étaient tous des membres de sa famille avec les idées aussi arrêtées que ses parents sur la perfection. Il eut l'impression qu'on venait de le gifler. Et ça faisait beaucoup plus mal que si on l'avait réellement frappé.
Un peu plus tard, quand personne ne regardait, Amara s'était à nouveau approchée de lui, le rejoignant sur le fauteuil solitaire repoussé dans un coin qu'il avait choisi. Elle vînt s'asseoir à côté de lui et ils étaient tous les deux si frêles et le fauteuil si grand qu'ils purent y tenir sans problème. Elle resta un instant silencieuse avant de dire que ça ne la gênait pas, elle, s'il avait des yeux différents. Qu'elle trouvait ça joli. Elle réussit à lui arracher le premier sourire de la soirée.
À partir de ce moment, à chaque fois qu'ils se croisaient, elle lui renvoyait un sourire sincère, même quand ils n'avaient pas le droit de se parler. Et il sentait la chaleur envahir sa poitrine en pensant qu'il y avait au moins quelqu'un qui semblait l'aimer.
Car, après qu'il eut remarqué le comportement des adultes en sa présence, il se mit à voir partout des marques de la répulsion qu'il inspirait à ses parents. Octavius était un garçon intelligent. Et, fatalement, se fut ce qui rendit la deuxième partie de son enfance malheureuse. Il se mit à détester ses yeux qui le rendaient indigne de sa famille. Sa tare. Ce fut encore pire quand il eut à porter des lunettes : ses yeux anormaux ne servaient décidément à rien !
Cela aurait sans doute mal tourné si l'un de ses précepteurs n'avait pas été particulièrement clairvoyant. Il donna un devoir bien précis et soigneusement pensé au petit Octavius. Il découvrit les célèbres personnages qui avaient marqué l'histoire sorcière de la France. Comme Ambelion Ballesaim, son illustre ancêtre qui n'avait été rien de moins que le premier directeur de Beauxbâtons. Mais aussi qu'ils n'étaient pas parfaits. L'un des Grand Prévôt les plus populaires avait un sérieux problème d'élocution, ce qui ne l'empêcha pas d'être écouté et admiré. Et ce n'était pas le seul exemple.
Octavius comprit très bien le message qu'on voulait lui faire passer. Il cessa de s'inquiéter pour ses yeux et travailla plutôt ses cours. Il rêva d'imiter ces grands hommes. Il éblouit ses précepteurs par ses talents et ces derniers ne manquèrent pas d'en parler à ses parents.
Eloyce et Kæsius Ballesaim n'étaient pas méchants. Les récits enthousiasmés de ces hommes de savoir réussirent à leur montrer leur fils au-delà de son asymétrie. Ils s'intéressèrent enfin à lui. S'étonnèrent à leur tour de son géni. Ils n'arriveraient peut –être jamais à admettre qu'ils avaient conçu un enfant qui n'était pas en tout point parfait, mais ils pouvaient apprécier le reste de ses qualités.
Quand la lettre de Beauxbâtons arriva, Octavius fut à la fois excité et apeuré. Que diraient les autres enfants de ses yeux ? Et les Professeurs ?
Il fut envoyé à Aloysia. Y rencontra les Augures. Éblouit tout le monde avec ses talents en Potion. Et personne ne le regarda jamais de travers à cause de ses yeux, une fois l'étonnement initial passé. Ce qui lui convenait tout à fait.
.
.
