Couvert d'une capuche noire une silhouette faisait des allés et retours sur le trottoir encore bondé de Tokyo en cette fin de soirée. A vrai dire ce n'était pas la première fois que la silhouette « zonait » dans le coin et elle semblait hésiter sur la direction à prendre, tournant en rond, revenant sur ses pas, s'arrêtant pour finalement remarcher à vive allure.

Mais aujourd'hui était un autre jour. Aujourd'hui cela faisait plus de six mois que Yuji Itadori n'avait pas de nouvelles de Sukuna... et juste à cette pensée son cœur le piqua dans sa poitrine.

Le yakuza avait effectivement tenu sa promesse.

Yuji avait retrouvé une vie « normale » mais seulement en apparence. Il y avait un peu plus de quatre mois qu'il avait perdu ce qui lui restait de sa famille ; son grand-père. Sa mort l'avait profondément affecté et à part Megumi, Nobara, et quelques voisins du quartier personne n'avait été à ses côtés.

Il avait espéré que de lui-même, Sukuna refasse surface, le prenne dans ses bras, mais rien. Aucune nouvelle et le vide qu'il ressentait à l'heure actuelle ne voulait pas s'effacer de sa poitrine.

Yuji le savait.

Jamais ce vide ne disparaîtra au fond de lui. Son grand-père s'occupait de lui depuis la mort de ses parents et personne ne pourra jamais remplacer une telle personne à ses yeux.

Il avait donc fermé le restaurant qu'ils tenaient tous les deux et avait réussi à le vendre pour un bon prix. Il avait mûrement réfléchi et il se savait incapable de reprendre la suite, seul aux commandes.

Aujourd'hui, il n'y avait plus rien qui le rattachait à cette terre. La seule équation possible pour qu'il reste et qu'il se batte encore était Ryomen. Yuji ne savait pas si c'était une bonne idée ou si le yakuza l'accepterait de nouveau à ses côtés alors qu'il l'avait envoyer paitre il y a quelques mois, mais il se devait au moins d'essayer.

N'est-ce pas dans le deuil que nous nous tournons vers les personnes qui peuvent nous raccrocher à la vie ?

C'est dans cet état d'esprit que Yuji eût enfin le courage de franchir les baies vitrées de son ancienne agence de mannequinat.

La réceptionniste l'accueillit avec un sourire reconnaissant immédiatement le jeune homme et le laissa emprunter un des ascenseurs qui menait directement au bureau du PDG.

Aussitôt arrivé à l'étage il tomba nez à nez avec Mahito qui sembla très surprise de le voir.

« Itadori-sama ! s'exclama-t-elle. Que faîtes-vous...ici ? »

« C'est...Yuji, fît le jeune homme gêné. Est-ce que Sukuna est là ? »

« Non, il est parti il y a deux heures et il devrait rentrer d'ici 30 minutes normalement. Vous pouvez l'attendre dans son bureau si vous le souhaitez. »

La politesse et la courtoisie dont faisait preuve la jeune femme à l'égard de Yuji le mettait toujours dans un certain embarras.

De ce fait, il hocha simplement la tête et elle le conduisit au bureau de Sukuna.

« Allez-y, entrez. Voulez-vous boire quelque chose en attendant ? »

« Non, merci c'est gentil. Je vais juste l'attendre... »

« N'hésitez pas si vous avez besoin de quoi que ce soit je suis juste à côté», dit-elle en s'inclinant respectueusement.

Serrant maladroitement ses mains, Yuji s'installa sur le canapé et attendit.

Son ventre gargouilla un peu. Son esprit divaguait tellement avec son chagrin qu'il ne pensait que très rarement à manger ou à boire. Heureusement que Nobara passait le voir dès qu'elle le pouvait et lui foutait un coup de pied en plus de le traîner au supermarché pour lui remplir le frigo qu'il touchait à peine. Et quand il n'était pas chez lui enfermé dans le noir toute la journée à ruminer ses pensées, il zonait autour de son ancienne agence espérant apercevoir le yakuza.

L'heure passa et la demi-heure se transforma en une heure puis deux...Le jeune homme fatigué se vît fermer les yeux au bout d'un certain temps et son corps affaibli tomba contre la matière douce du cuir.

« Yuji... », entendit-il alors qu'il faisait encore un énième cauchemar. «Yuji...réveille-toi. »

Lentement il ouvrit les yeux et reconnût sans peine la personne assise à côté de lui. Encore dans les vapes et cherchant du réconfort comme il le pouvait, il se réfugia naturellement contre le torse de Sukuna comme il avait l'habitude de le faire étant enfant quand il se réveillait de sa sieste. Il nicha sa tête dans son cou et huma son odeur qui l'apaisa instantanément.

« Ryomen... »

Aucun mouvement et aucune réponse ne vînt. Bizarre, pourtant il ne rêvait pas au vu de la chaleur qu'il ressentait contre lui. Doucement, il se détacha, recula un peu pour voir une chemise de couleur bordeaux et une veste de costar blanche. Il cligna des yeux, se les frotta un peu pour être sûr que l'image devant lui n'allait pas disparaître, mais c'était bien ce qui lui semblait, Ryomen n'avait pas répondu ni bougé.

« Tu n'as rien à faire là. »

Sa voix glaça le sang de Yuji en une demi-seconde et sans la moindre expression le yakuza se leva puis se posta devant la baie vitrée derrière son bureau.

Il n'avait pas besoin que Sukuna lui dise, il savait qu'il n'avait rien affaire ici, mais il avait eu le besoin vital de le revoir et de lui poser les questions qui avaient émergé dans son esprit.

« J'ai...quelque chose à te demander », formula-t-il maladroitement.

« Je t'écoutes. »

Yuji fût prit de court ne s'attendant pas à ce que cela soit si « simple » connaissant le caractère du Yakuza.

« Pourquoi tu...Pourquoi tu n'as pas donné signe de vie toutes ces années ? »

« Tu m'as cherché ? »

« Pardon... ? » demanda Yuji n'étant pas sûr de comprendre là où il voulait en venir.

« Est-ce que tu as cherché à savoir ce que j'étais devenu, Yuji ? »

« Non je pensais que tu étais... »

« ...mort », compléta l'homme.

Sukuna n'avait toujours pas bougé d'un millimètre, mais quand le jeune homme regarda dans sa direction il vit le reflet de ses yeux dans la vitre qui le regardaient et il ne pouvait détacher son regard du sien, trop faible pour lutter contre ce regard de sang.

« Officiellement, je suis un homme mort, reprit-il, et tu ne peux pas fréquenter un mort, n'est-ce pas ? »

« Mais qu'est-ce que tu racontes... ? »

« Il y a 15 ans alors que je venais de sortir de mon après-midi avec un couple d'amis et leur adorable fils - Sukuna scruta encore plus la vitre pour être certain de capter le regard de Yuji - et que j'étais sûr le point de rentrer chez moi, je me suis fait poursuivre par un clan de Yakuza qui à l'époque régnait sur tout Tokyo. »

Le yakuza détourna le regard pour de nouveau regarder les bâtiments qui s'étendaient à ses pieds et Yuji observa ses épaules tendues remontant sur son cou tout aussi raide. Sukuna semblait être pris de court pour se confier d'une telle manière et cela le déstabilisa un peu.

« Une histoire d'argent et de drogue m'ont mêlé à ce clan. Je n'avais évidemment pas les moyens pour leur rendre ce que je leur devais alors deux choix se sont offerts à moi ; la mort...ou la mort, sourit-il. Je ne pouvais donc pas te donner signe de vie et je pensais que je ne te reverrai jamais, gamin. »

« Et maintenant... ? »

« Maintenant quoi ? »

« Ce clan...qu'est-ce qu'il est devenu ? »

Le regard carmin se refixa au jeune homme à travers le reflet.

« Il existe toujours et il règne sur la moitié du Japon. »

« Comment tu... ? »

Yuji laissa sa question en suspens comprenant soudainement à qui il avait affaire. Cela avait été pourtant évident et sous ses yeux, mais il avait été encore une fois de plus naïf pour ne pas voir tous les signes.

« Tu as l'air d'avoir compris. »

« Je n'ai pas peur. »

« Yuji. »

« Oui... ? »

« Qu'est-ce que tu veux exactement ? »

La gorge du susnommé s'assécha et il cala sa langue entre ses dents pour en mordre le bout, et essaya de rassembler ses idées. Il était venu ici par égoïsme et il avait conscience qu'il n'en avait sûrement pas le droit.

« Tu n'es qu'un gamin. »

« C'est toi le gamin putain », pesta Yuji.

« Je sais ce que je veux au moins. »

« Ouais, tu veux ma liberté pour ton propre égoïsme, on sait. »

« Si tu sais, qu'est-ce que tu fais là aujourd'hui ? »

Le jeune homme se leva d'un bond piqué à vif. Il avait les nerfs à fleur de peau et sa condition actuelle n'arrangeait pas les choses. Il n'arrivait pas à comprendre le calme qui régnait chez le yakuza et cela l'énervait. Aucune émotion ne transparaissait dans sa voix à croire qu'il n'était plus que l'ombre de lui-même.

« Ecoute-moi bien. Je n'ai aucune idée de ce je fous là, ok ? Cela fait des mois et des mois que je veux te revoir et je sais pas pourquoi ! Tu étais ma famille Ryomen ! Et te revoir... - la voix de Yuji se brisa - après tout ce temps m'a... »

Le jeune homme ravala ses larmes de colère et se rassit en prenant sa tête entre ses mains qui commençait à tourner.

« Je ne peux pas être un substitut de ton père Yuji et être à mes côtés a des conséquences que tu n'es pas prêt à assumer », annonça toujours aussi froidement Sukuna.

« Pourquoi je ne peux pas être à tes côtés comme avant ?! » s'exclama le jeune homme visiblement de plus en plus énervé.

« Je ne suis pas ami avec les personnes que j'ai envie de sauter. »

« T'as un sacré problème ! » lui balança Yuji.

« Sans doute. »

Le jeune homme balança un coup de pied dans la table basse en verre et l'envoya valser jusqu'aux sièges présents en face. Elle ne se brisa pas et la colère de Yuji monta encore d'un cran. Qu'est-ce qui tournait pas rond chez Ryomen ?!

« Va défouler ta colère à la salle, gamin. Je n'ai pas envie de refaire mon bureau. »

Cela ne fît qu'amplifier la colère de Yuji qui s'approcha à grande enjambées de Sukuna, se plantant derrière son dos, bras croisés sur sa poitrine.

« Regarde-moi », ordonna-t-il.

« A qui crois-tu donner des ordres ? »

« A l'homme qui passe son temps à m'abandonner. »

Provoquer Sukuna était une chose mais le provoquer dans ses retranchements en était une autre. Ni une ni deux il se retourna, attrapa le bras de Yuji et le plaqua contre la vitre. La tête du plus jeune rebondit contre le verre ce qui lui arracha une grimace et il sentit les ongles noirs de Sukuna se plantaient dans la chair de son poignet.

« Tu crois vraiment que j'ai le choix ? Tu crois qu'il ne t'arrive rien depuis tout ce temps parce que je me suis contenté sagement d'attendre que le destin s'occupe de ton cas ? Si ce pervers de Gojo ne t'a pas retouché c'est grâce à moi ! Et il m'a bien enculé ce chien d'ailleurs ! »

Acculé Yuji ne savait plus quoi dire. La colère froide qui se dégageait du visage du tatoué était impressionnante et son regard était traversé par une tempête sanguinaire. La chair de poule traversa Yuji et de l'eau monta dans le bas de ses yeux commençant à flouter sa vision.

« Je ne t'ai jamais abandonné gamin..., se calma-t-il remarquant qu'il était allé trop loin, pas une seule fois pendant toutes ces années. Mais je ne pouvais pas t'approcher et savoir que tu avais une vie normale était largement suffisant à mes yeux. Alors...rentre sagement chez toi et ne reviens pas. »

« Je ne peux pas... Je n'ai plus personne... »

Ryomen sécha les larmes sur le visage du plus jeune avec douceur.

« Ma promesse était de te rendre une vie normale et je suis un homme de paroles. Et la mort...en fait malheureusement partie. Tu es quelqu'un de bien gamin, de droit comme tes parents, murmura-t-il. Ne te salis pas avec quelqu'un de mon genre, tu mérites mieux. »

« Qu'est-ce que t'en sais ?! le défia Yuji. Tu n'es pas mon père ! »

Surpris face à tant de résistance, Sukuna posa ses lèvres sur le front du jeune homme pour tenter de le calmer.

« Je vais te le demander une dernière fois alors. Qu'est-ce que tu veux, Yuji ? »

Le concerné serra ses poings et plongea son regard dans celui carmin qui était redevenu plus doux. Une fois que ses mots allaient franchir ses lèvres cela allait être impossible pour lui de revenir en arrière, mais si c'était le seul moyen pour rester aux côtés de l'oyabun alors il était prêt à tout.

« Je veux bosser pour toi, Ryomen », déclara-t-il, déterminé.


Coucou vous ;)

Comment vous allez avec cette chaleur ? Bon je conçois que le chapitre a fait redescendre le mercure de quelque degrés mais finalement on a un Yuji qui va rentrer dans la mafia (YOUPI) ! Y'a que moi qui suis heureux de ça ? x') Je veux dire ils vont être dans le même monde si on peut appeler ça comme ça...

Bon un Sukuku qui fait preuve de colère froide, c'est encore plus flippant je trouve. Il est maître de ses émotions certes, mais j'aurai flippé à la place de notre Yuyu.

Mais bon à priori c'est pas ça qui va intimider notre cher Yuyu Ier du nom !

Pour le prochain chapitre, un saut dans le temps s'impose ! Une ellipse temporel comme on dit !

Mirza Luna Dark : Pour le coup j'ai prévu pas mal de chapitres bonus donc y'aura de quoi lire ! OUF si le ship est passé crème tu m'en vois rassuré ! Rien que d'imaginer leur nuit je m'arrache les cheveux mdrrr ! Et que penses-tu de notre Yuyu qui rentre dans pègre ? Bisous !

Des bisous et à demain ou samedi.

TheFara.