Un petit OS sur un couple original en attendant la prochaine grosse fic... Sur des couples assez originaux aussi.

J'espère que ça va vous plaire :) N'hésitez pas à me laisser une review pour me donner votre avis !

Bonne lecture,

Yume u_u


Le beau-gosse et le boutonneux

Le soleil se couchait progressivement à l'horizon, allongeant les ombres des arbres de la Forêt Interdite. Sur le lac, les reliefs de l'eau prenaient des couleurs rouge et or, ce qui était dommage, parce que Stan avait toujours préféré le bleu et le vert. Mais il était vrai qu'à regarder, ces couleurs n'étaient pas si mal non plus…

Le garçon était de toute façon habillé entièrement de noir. Il avait enlevé la robe de son uniforme et ne portait plus sa cravate. À le voir ainsi, personne n'aurait pu dire à quelle Maison il appartenait.

— Stan, est-ce qu'on peut parler ?

Il rejeta la tête en arrière et sourit en voyant avancer le préfet en chef. De trois ans son aîné, au moins mille fois plus beau et apprécié que lui, Bill Weasley avait en plus l'impudeur d'être un mec sympa et attentionné.

— Voici le tombeur de ces dames ! Je t'en prie, Bill, viens t'asseoir.

Le jeune homme ne fit même pas une remarque sur le surnom avant de s'exécuter. Quelques mèches rousses s'échappaient de sa queue de cheval et fouettaient son visage couvert de taches de rousseur. Il était sans doute à l'origine de la mode des cheveux longs, quand il avait commencé à se les laisser pousser l'année dernière. Ce n'était pas surprenant : ça lui allait particulièrement bien. Comme tout ce qu'il portait, de toute manière.

— J'ai appris que tu allais quitter Poudlard. Est-ce que c'est vrai ?

— C'est vrai, répondit tranquillement Stan en s'allongeant sur les coudes, les jambes étendues devant lui.

— Tu n'as même pas seize ans… Ne devrais-tu pas attendre d'avoir au moins tes BUSES avant de prendre une décision pareille ?

Stan pouffa, parce que cette idée était plutôt ridicule.

— C'est les profs qui t'ont demandé de me dire ça, Bill ? Soyons sérieux deux minutes, je n'aurais jamais mes BUSES !

— Stan…

Le soupire de Bill était plein de pitié. Ça lui fit lever les yeux au ciel.

— Je ne dis pas ça pour me plaindre. Écoute, je ne suis pas crackmol, mais je n'ai jamais excellé en magie, en potion, en astronomie ou même en histoire. Je suis nul à l'école et c'est comme ça depuis cinq ans. Tu crois que ça va brusquement s'améliorer l'année prochaine ? Par quel miracle ?

Bill ne trouva rien à répondre. Il semblait perturbé par la tranquillité du plus jeune en énonçant tout ça. Comme si le fait de ne pas pouvoir être diplômé ou être considéré comme un sorcier à part entière n'était pas grave. Et ça ne l'était pas, pour Stan ! Il avait beau descendre d'une famille sorcière aussi ancienne que celle des Weasley, il n'avait pas d'obsession particulière pour la réussite ou la puissance magique et n'avait pas non plus de grandes ambitions. Si cela avait été le cas, il serait allé à Serpentard.

— Mais… Tu feras quoi, alors, si tu arrêtes l'école maintenant ?

Stan haussa les épaules.

— Je me trouverais un petit travail pépère, comme serveur à la Tête du Sanglier, ou contrôleur dans le magicobus. Il paraît que monsieur Ernie, le chauffeur, cherche à former quelqu'un pour le remplacer quand il partira à la retraite.

— Tu gagneras difficilement ta vie en te contentant de petits boulots comme ça. Sur le long terme…

Bill se tut alors que Stan venait appuyer sa tête contre l'épaule du plus âgé. Peut-être à cause de la lumière du soir, son teint semblait plus rouge que d'ordinaire.

— Tu ne devrais pas te préoccuper de moi comme ça, murmura Stan.

Il avait parlé tout bas. Le son de sa voix fut presque englouti par le vent qui se levait. Les branches s'agitaient non loin, bousculées par la brise. L'eau clapotait également, le calamar avait monté quelques tentacules vers la surface pour profiter des derniers rayons de soleil. Malgré ce bruit, Stan entendit parfaitement son voisin déglutir.

— Bien sûr que je me préoccupe de toi. Tu es mon… ami, après tout.

Cette déclaration fut si incongrue que Stan pouffa et se redressa. Il jeta un regard moqueur au préfet qui cette fois rougissait très clairement.

— Ami ? C'est vraiment comme ça que tu désignerais notre relation ?

— Et bien, marmonna Bill, disons que je ne sais pas trop comment l'appeler autrement.

— Laisse-moi résumer, s'exclama Stan avec un sourire aux lèvres. Nous avons trois ans d'écart, nous ne sommes pas dans la même Maison, tu es aussi beau que je suis boutonneux et nous n'avons pas la moindre passion commune. J'ai juste, non ?

— Non, grogna Bill en se tournant franchement vers lui cette fois. Tu oublies que l'on se connaît depuis l'enfance, toi et moi.

Stan acquiesça de bon cœur tandis que Bill se penchait un peu plus vers lui.

— Sans compter que je t'apprécie énormément, et je pense que c'est réciproque ?

— Tu as raison.

Les cheveux libres de Bill frôlaient les joues de Stan. Cette fois, c'est lui qui ne pouvait s'empêcher de s'empourprer. Il fallait dire que les yeux bleus de Bill étaient assez… intenses.

— Et puis, la dernière chose, mais pas des moindres…

Il laissa sa voix s'éteindre et Stan sentit une excitation grandir en lui. Son souffle s'accéléra et il lui semblait percevoir avec une étrange acuité toutes les senteurs des environs, dont l'odeur charmante de la peau de William Weasley. Sa main se crispa dans l'herbe, son cœur s'emballa et tout devint flou et sans importance autour de lui. Tout, sauf le jeune homme qui lui souriait. Suspendu à ses lèvres, il attendait avec une impatience déraisonnable la fin de cette phrase, ces mots qui tardaient tant à sortir de la gorge du plus vieux.

Et enfin, après une éternité où le temps resta suspendu, sa bouche s'ouvrit de nouveau et sa voix s'éleva, basse et grave comme il l'aimait :

— … nous aimons tous deux nous embr…

Il ne réussit pas à aller jusqu'au bout : Stan s'était jeté sur lui et l'embrassait passionnément. Bill étouffa un rire contre ses lèvres et passa ses bras autour des hanches de Stan pour le tirer sur ses cuisses, le gardant au plus près de lui pour approfondir leur baiser.

— Voyons, monsieur Rocade, vous manquez de pudeur ! se moqua-t-il alors que Stan se reculait juste assez pour reprendre son souffle.

— Tu n'es qu'un tentateur, monsieur Weasley. Mais si tu me demandes d'arrêter, je le ferai immédiatement.

— Hors de question ! Tu restes là.

Stan passa les bras autour du cou de Bill et l'embrassa de nouveau, savourant le goût de ses lèvres et la chaleur de ses bras.

Ils restèrent ainsi un moment, à s'échanger caresses chastes et baisers approfondis, avant de lentement se calmer. Ils restèrent dans les bras l'un de l'autre, le visage de Stan dans le creux du cou tacheté et son regard se perdant dans la verdure environnante.

Voilà quelques mois déjà qu'ils s'étaient rapprochés, sans que personne n'ait pu le prédire. Comme Stan l'avait fait remarquer plus tôt, ils n'avaient pas le même âge, ni les mêmes intérêts ou la même Maison. Ils s'étaient simplement retrouvés, un peu par hasard, à discuter, à se regarder et à se plaire. Même si Stan ne comprenait toujours pas comment si beau garçon comme Bill pouvait s'intéresser à un gamin dans son genre.

Pour se consoler, il se disait que les goûts pourris de son copain le rendaient moins parfait et donc plus accessible.

Mais pouvait-il seulement dire que Bill était son « copain » ?

Oui, il l'embrassait et le serrait contre lui, mais est-ce que cela suffisait ? Stan aimait lorsque le plus âgé lui prenait la main, l'enlaçait fermement, embrassait ses joues et ses lèvres. Il aimait aussi quand ils discutaient, évoquant leurs familles, leurs amis, leurs lectures… Mais cela n'allait pas plus loin.

Bill ne comprenait pas que Stan se désintéresse à ce point des études, Stan ne comprenait pas que Bill cherche à ce point l'approbation de tous. Il n'éprouvait aucune jalousie quand les milliards d'admirateurs et d'admiratrices du rouquin venaient se pendre à son bras.

Il n'y avait pas d'amour dans leur affection.

Est-ce que cela peinait Stan ? Pas vraiment. S'il avait été si romantique, il aurait fini à Poufsouffle. Leur relation le contentait, mais elle ne l'influencerait pas sur ses choix de vie.

Comme s'il avait suivi le même fil de pensée, Bill lui demanda :

— Tu es vraiment sûr de toi, pour Poudlard ? Il n'y a rien que je puisse dire susceptible de te faire changer d'avis ?

— Non, rien. Mais tu n'as pas besoin d'avoir l'air si malheureux, tu sais. Ce n'est pas si grave.

Bill soupira profondément et posa sa joue contre la tempe du plus jeune.

— Mon seul réconfort, c'est que je suis en dernière année et que je n'aurais pas à rester à Poudlard alors que tu n'y es plus.

Ça le fit rire.

— Ne te prend pas trop la tête, Bill. Et puis, tu as raison : quand on sera tous les deux dans la vie professionnelle, on aura certainement plein d'occasions de se voir !

Le plus âgé acquiesça et l'embrassa de nouveau, avec délicatesse, cette fois. Ils se sourirent.

— Je suis vraiment impatient de voir quel genre d'adulte tu deviendras, Stan…

.

Comme il l'avait prévu, Stan travailla deux ans comme serveur dans un petit bar miteux d'un quartier sorcier, avant d'être finalement engagé comme contrôleur dans le magicobus à sa majorité.

Même si certains mois étaient durs à boucler, Stan restait globalement satisfait de sa vie et ne regrettait pas le choix qu'il avait fait. Ses journées étaient intéressantes, amusantes même (il y avait quelque chose d'assez hilarant à voir de glorieux sorciers fortunés ou bien nés se retenir difficilement de vomir parce que le bus allait juste un peu vite et prenait des virages serrés). Il s'entendait très bien avec Ernie, son collègue, et avait de bonnes relations avec leur patron.

À aucun moment il ne regretta de ne pas avoir perdu trois ans de sa vie à traîner à Poudlard pour apprendre des sortilèges qu'il ne pourrait de toute façon pas jeter.

Il voyait encore Bill de temps en temps, mais c'était devenu très rare. Bill travaillait à Gringotts, et la banque l'envoyait sans cesse à l'étranger, notamment dans le nord de l'Afrique. C'est à dire beaucoup trop loin pour que Stan puisse lui rendre visite avec son maigre salaire. Il devait donc attendre les rares fois où Bill revenait en Angleterre, l'accueillant dans son petit appartement entre deux repas de famille.

C'était peu, mais cela aussi lui convenait. Puisqu'ils étaient désormais tous les deux adultes, ils avaient pu aller plus loin que les simples baisers et les caresses par-dessus les vêtements. C'était leur première fois avec un homme tous les deux, même si Bill avait eu quelques expériences avec des filles avant lui. Ça avait été maladroit mais intense, chaud et tendre à la fois, délicieux mais frustrant.

Frustrant parce que ce n'était toujours qu'une parenthèse avant qu'il ne reparte briser des malédictions bien loin de lui. Et parce que, malgré leur lien qui ne semblait s'effriter ni par le temps ni par la distance, ils ne devinrent jamais un couple.

À l'époque de Poudlard, cet état de fait lui convenait parfaitement, mais quelque chose commençait à changer, sans que Stan ne comprenne encore tout à fait quoi…

Et puis la guerre se déclara, reléguant loin de leurs pensées toutes ces histoires sentimentales. L'heure n'était pas aux relations amoureuses, se disait Stan pour se consoler de ne plus voir Bill autant qu'avant.

Du moins, c'est ce qu'il pensait jusqu'à ce qu'un jour, il reçoive un hibou de Bill.

La lettre qu'il lui portait annonçait ses fiançailles avec une certaine Fleur Delacour, qu'il aimait et qui l'aimait, et avec qui il comptait faire sa vie. « Je crois que notre histoire s'arrête là », avait-il écrit avec une certaine maladresse, si l'on en croyait le tracé tremblant de ses lettres.

Stan déposa la lettre sur la table et s'en éloigna, presque comme s'il avait peur d'être brûlé à rester à côté d'elle.

Leur histoire s'arrêtait là ? Comme ça, après tout ce qu'ils avaient vécu ! Mais qui était cette Fleur qui s'interposait entre lui et son amant ? Qu'avait leur relation de si exceptionnel pour que Stan ne puisse plus faire partie de la vie de Bill ?

Toutes ces questions, il les garda pour lui. Le hibou de son (ancien ?) ami était reparti sans attendre de réponse de sa part.

Après avoir longtemps tourné dans l'unique pièce de son appartement, Stan revint à son bureau et remit la lettre dans l'enveloppe pour la cacher de sa vue. Il la rangea dans un tiroir, déterminé à ne plus la relire tant qu'elle lui ferait aussi mal, tant qu'il se sentirait aussi seul.

Ce soir-là, Stan était si déprimé qu'il eut l'idée stupide d'essayer d'impressionner quelques demoiselles dans un bar. Comme il n'avait rien d'exceptionnel, ni dans son physique ni dans sa vie, il choisi de mentir. Quelle vérité à propos de lui aurait pu séduire qui que ce soit ?

Alors, face à un groupe de sorcières qui ne lui avaient rien demandé, il prétendit avoir entendu parler de plans secrets de mangemorts :

— Je n'en ai peut-être pas l'air, affirma-t-il d'une voix rendue pâteuse par l'abus d'alcool, mais je suis quelqu'un d'important ! Je connais des secrets sur les deux camps vous savez, mesdemoiselles… Beaucoup de secrets, même !

Mais sans surprise, ses mensonges n'apaisèrent ni sa frustration ni sa peine, et ne séduisirent personne. Il ne récolta que des regards de pitié et une injonction du patron à quitter son établissement.

Il rentra chez lui en titubant, vomit dans ses toilettes et s'endormit comme une pierre, encore habillé.

Le lendemain, les aurors débarquaient chez lui pour le condamner à Azkaban.

Stan n'avait rien eu le temps de dire pour sa défense. Il n'avait pas eu le droit de s'expliquer ou de s'excuser d'avoir voulu draguer de la pire manière possible. La parodie de procès qui lui avait été accordée ne lui avait même pas alloué un avocat à sa défense.

C'est avec l'impression d'être en plein cauchemar qu'il se retrouva à la prison sorcière la plus terrible du pays.

Il ne garda quasiment pas de souvenirs de son enfermement. Les détraqueurs lui avaient foutu le cerveau en l'air. Une chance, d'après lui. Il se rappelait avoir beaucoup hurlé. Beaucoup pleuré aussi. D'avoir serré les dents quand son voisin de cellule avait décidé de faire de lui son petit jouet personnel.

Les mois après son évasion aussi furent flous. Coincé sous imperium et enrôlé par les mangemorts contre son gré, Stan avait sans doute fait un tas d'horreurs, mais il ne souvenait d'aucun nom ni d'aucun visage.

C'est ce qu'il assura aux aurors qui s'occupèrent de lui après la mort de Voldemort, quand il retrouva ses esprits.

On le crut et on le gracia pour l'erreur judiciaire dont il avait été victime.

Mais Stan avait menti.

.

Le cimetière de la petite ville moldue était très joli. Il y avait beaucoup de fleurs, d'arbres, et des oiseaux chantaient tout autour. C'était un endroit très paisible pour se recueillir auprès des proches disparus. Il ignorait, en revanche, s'il y avait des endroits paisibles pour se reposer après la mort.

Stan était assis par terre, devant une jolie pierre tombale blanche. Un nom y était gravé sur fond noir, accompagné des dates 1982-1998. Il était mort avant même d'avoir dix-sept ans.

Le garçon s'appelait « Colin Crivey ». Il l'avait su le jour de la bataille de Poudlard. Olivier Dubois, qui avait combattu du côté des gentils, lui, avait dit son nom en ramassant son corps. Il avait sûrement cru que Stan faisait partie de son camp durant la bataille, sans remarquer le masque qui gisait à ses pieds. Il n'avait certainement pas deviné que c'était Stan lui-même qui avait levé sa baguette sur le petit garçon.

Peut-être parce que ça avait été sa dernière victime, Stan se souvenait parfaitement de lui et de l'affrontement.

Et parce que c'était le seul dont il avait le nom, c'était auprès de lui qu'il venait déposer des fleurs chaque année, en pensant à tous les autres qu'il avait oubliés.

Afin de ne pas risquer de croiser sa famille ou ses amis, Stan n'avait pas choisi la fête des Morts ou l'anniversaire de la fin de la guerre pour son rendez-vous annuel. Ses tendances mélodramatiques lui avaient fait préférer ce jour fatidique où il avait reçu la lettre de Bill. Cette lettre qui, finalement, avait indirectement provoqué toute la merde qui lui était arrivé par la suite.

Non pas qu'il en voulait à son ancien amant. Après tout, tant que lui était heureux avec sa femme, alors…

Alors…

Il enfouit la tête entre ses bras, son souffle saccadé. Sa honte, sa culpabilité et son dégoût se mélangeaient joyeusement à la jalousie. Un cocktail écœurant qui lui donnant envie de vomir ou de mourir.

Il était épuisé d'être toujours malheureux, de n'avoir plus rien pour lui remonter le moral. Il y avait bien longtemps qu'il ne s'amusait plus de voir les gens vomir dans le bus dont il était désormais le chauffeur. Que les petits bonheurs de la vie lui paraissaient trop futiles pour qu'il y prête attention.

Comme toujours, il se sentait sale et inutile.

Il attendait vainement que l'écoulement du temps pour passer à autre chose, pour oublier ou se pardonner. Ce n'était pas lui qui avait voulu faire ce qu'il avait fait durant la guerre, ça n'était pas volontaire de sa part ! Mais dire « désolé, c'est l'imperium qui m'a obligé » ne ramenait pas les morts à la vie. Même les jeunes garçons de moins de dix-sept ans…

Que lui restait-il alors ?

Un ami d'enfance qui s'était marié à une autre parce qu'ils ne s'étaient rien promis ; un travail qu'il rêvait de faire, mais qui ne l'intéressait plus ; et une famille qui ne lui parlait plus depuis son emprisonnement à Azkaban. Rien de tout ça n'était très glorieux.

Mais s'il avait voulu la gloire, il serait allé à Gryffondor.

Prenant une profonde inspiration, il se frotta les joues et s'essuya les yeux, avant de se remettre debout.

Aujourd'hui, il avait rendez-vous.

Il n'y avait pas cru quand il avait reçu la chouette de Bill, une semaine plus tôt. Ils ne s'étaient pas croisés depuis des années. Stan avait juste échangé une ou deux lettres avec Arthur, pour la nouvelle année par exemple, mais ne s'était plus approché des Weasley. Eux comme beaucoup d'autres avaient perdu des membres pendant la guerre, cette même guerre où Stan avait participé du mauvais côté. Peut-être que les rouquins étaient au courant de cela. Cela expliquerait pourquoi Arthur semblait si froid dans ses réponses et que Bill ne lui avait plus parlé depuis.

Mais alors, pourquoi lui donner rendez-vous comme avant ? Après tant de temps…

Stan l'ignorait, pourtant il transplana devant la taverne de la Tête du sanglier à l'heure dite.

L'endroit était quasiment désert, comme d'habitude. Deux sorcières conversaient à voix basse au fond de la salle et un gobelin buvait au comptoir. C'étaient les seuls clients pour l'instant.

Stan s'installa sur une table au milieu de la salle et demanda une bière-au-beurre au patron. Auparavant, il aurait sans doute demandé un Whisky-pur-feu, mais Stan ne buvait plus d'alcool depuis Azkaban.

Il remuait distraitement son verre, les yeux dans le vague, quand il entendit la porte s'ouvrir derrière lui. Il se crispa, mais ne se retourna pas.

Des bottes claquaient sur le sol, avec la fermeté de ceux qui n'ont rien à se reprocher. Les pas s'approchèrent jusqu'à s'arrêter juste derrière lui. Une main se posa sur son épaule et il retint son souffle.

— Salut Stan.

Il relâcha sa respiration. La voix, douce et sans rancœur, lui enleva un poids de la conscience.

— Salut Bill…

Le briseur de sorts contourna la table pour venir s'asseoir en face de lui. Stan écarquilla les yeux en le voyant. De larges et longues cicatrices s'étalaient sur le visage de Bill, comme s'il avait été violemment griffé. Si les plaies n'avaient pas disparu, elles devaient venir d'une blessure magique.

« Loup-garou », pensa-t-il aussitôt en se remémorant ses cours de soin aux créatures magiques, le seul dans lequel il avait été bon du temps de Poudlard.

Comme s'il avait suivi le cours de ses pensées, Bill eut un sourire amer et se passa une main sur ses joues.

— Sexy, pas vrai ? C'est un cadeau de Greyback.

Ce nom éveilla vaguement quelque chose en lui : une odeur de musc et de sueur, de vieille crasse jamais lavée. Il lui semblait avoir fréquenté ce loup-garou pendant un temps.

— Il ne t'a pas raté.

— Je ne l'ai pas raté non plus, répondit évasivement Bill. Un vin d'elfe s'il vous plaît, commanda-t-il à Abelfort qui s'approchait de leur table.

Stan leva les sourcils de surprise tandis que le patron les fronçait.

Il espérait vraiment avoir une boisson aussi sophistiquée dans ce type de taverne ?

— On n'a pas, grogna Abelfort.

Bill eut tout de suite l'air gêné et regarda autour de lui, comme s'il se rendait seulement compte qu'il n'était pas aux Trois Balais.

— Heu, et bien, un Whisky-pur-feu dans ce cas.

Le patron ne prit même pas la peine de répondre et retourna derrière son comptoir préparer la commande.

— La honte, marmonna Bill en se passant une main sur la nuque.

Stan sourit, sentant un tel soulagement qu'il aurait pu tout bonnement éclater de rire à ce moment-là. Le magnifique et assuré Bill Weasley se trouvait tout embarrassé devant un vieillard mal luné, c'était un spectacle délicieux !

— Tu ne fréquentes que les restaurants d'hôtels chic ou quoi ? s'amusa Stan.

— C'est beaucoup plus commun en France, ce type de boissons…

Stan en perdit son sourire. La France, c'était le pays de sa femme, cette Fleur qu'il ne connaissait pas et ne désirait pas connaître. Il ne sut pas exactement où il trouva la force de relancer la conversation sur le sujet :

— Comment va ta famille, sinon ? J'ai appris par ton père que tu t'étais marié ?

— Oui. Nous attendons un enfant, probablement pour fin avril ou début mai. Ce sera une fille.

Stan déglutit et un pic s'enfonça dans son cœur. Savoir que Bill avait des admirateurs ne lui avait jamais rien fait, mais là… C'était différent. Et douloureux.

Pourtant, la crispation du visage de son ami attira toute son attention et l'empêcha de se faire submerger par la jalousie.

— Bill ? Est-ce que ça va ?

Ils furent interrompus par le retour du patron qui posa le verre de Whisky avec brutalité sur la table avant de repartir sans un mot. Bill jeta un regard au vieil homme avant de reporter son attention sur Stan. Il déglutit et baissa les yeux sur sa boisson.

— En réalité… Je t'ai menti.

Stan fronça les sourcils.

— Quoi ?

— Je ne sais pas si tu te rappelles, mais je t'ai envoyé une lettre pour annoncer mes fiançailles avec Fleur…

Stan se retint de lâcher un rire amer. Bill ne se rendait visiblement pas compte des conséquences qu'avait eues cette lettre pour dire cela de façon si légère. « Je ne sais pas si tu te rappelles »… Bien sûr que Stan s'en souvenait. Bill également, pour avoir spécialement choisi cette date pour leurs retrouvailles.

— Dedans, j'ai écrit que c'était un mariage d'amour, mais… C'était un mensonge.

— De quoi est-ce que tu parles ?

Bill se mit à jouer avec le crochet de serpent qui lui servait de boucle d'oreille tout en cherchant maladroitement ses mots.

— Nous n'en avons parlé à personne, mais en réalité, il s'agissait d'un mariage de raison. En fait, ma femme est en partie veela, ce qui rend particulièrement compliquées ses relations amoureuses, tu t'en doutes. Même si elle est majoritairement sorcière, le charme reste actif et c'est assez handicapant pour elle. Mais il se trouve que j'y suis résistant à un plus grand degré que la moyenne. Sans doute parce que les femmes, en général, me laissent globalement indifférent.

Il haussa les épaules alors que Stan se demandait s'il n'était pas tombé dans une autre dimension. Pourquoi Bill lui parlait-il de ça ?

— Elle voulait quelqu'un qui ne se jette pas à ses pieds et je voulais me marier pour faire plaisir à ma mère. Voilà comment ça s'est passé à l'origine. Bon, je n'avais pas prévu qu'elles s'entendraient si mal toutes les deux, mais… Enfin, ça a pris du temps, mais je crois qu'elles s'apprécient maintenant.

Il passa de nouveau une main dans ses cheveux longs pour les ébouriffer. Il rougissait, comme à l'époque de Poudlard. Stan adorait ça, quand ses taches de rousseur se noyaient dans le rose des joues bronzées. Il fut un temps où il pouvait provoquer lui-même cet état, dans les draps de son lit, quand Bill se tordait de plaisir pour lui.

— Ce que je veux dire… Oh, je sais bien ce que tu vas me répondre. Que je suis le pire des salauds, je le sais bien. Je suis d'accord d'ailleurs ! C'est pour ça que j'ai tellement repoussé ce jour ! J'ai vraiment essayé d'être raisonnable, tu sais ?

— Bill, le coupa Stan face à la panique grandissante de son ami. Je ne comprends pas ce que tu racontes. Tu peux en venir aux faits ?

Le rouquin prit une profonde inspiration, les paupières closes, puis plongea son regard dans celui de Stan qui sentit malgré lui son cœur s'emballer. Cela faisait si longtemps qu'ils ne s'étaient plus regardés droit dans les yeux ainsi… Il aurait voulu que ce rendez-vous dure toujours.

— Ce que j'essaie de dire c'est… Serais-tu d'accord pour que les choses redeviennent un peu… comme avant ?

Stan s'apprêtait à lui demander ce qu'il entendait par là lorsque Bill tendit le bras au-dessus la table pour saisir sa main.

— Je ne te l'ai jamais dit, ni à Poudlard ni après, mais… J'aimais plus que juste t'embrasser. C'était toi que j'aimais, à l'époque, pendant la guerre, et même aujourd'hui.

Il y avait une fêlure dans sa voix. La honte du secret, que Stan connaissait bien.

— J'ai été un abruti profond de ne pas te l'avoir dit. On ne se ressemblait pas et puis je savais que ce n'était pas réciproque, mais malgré tout… Je ne sais pas. Je crois que j'espère quand même que mon merveilleux visage déchiqueté éveille assez de pitié en toi pour que tu ne sois pas trop méchant quand tu m'enverras dans les mandragores.

Il referma la bouche alors que Stan le contemplait, stupéfait. Quand il voulut retirer sa main, cependant, Stan se jeta dessus comme un désespéré.

— Tu veux qu'on redevienne amants, c'est ça ?

La lumière perçait l'ombre autour de sa vie. Le peu de rancœur qui lui restait et la lassitude qui l'accablaient tremblèrent, attaqués par cet espoir inattendu qu'on lui offrait après tout ce temps.

— Si… Si tu n'es pas contre.

Stan eut envie de rire. De rire face à l'absurdité de la situation. Parce que Bill voulait d'un homme qui s'était soumis à l'imperium et avait fait des horreurs durant la guerre, des horreurs contre son clan. Il voulait un homme qui avait toujours des boutons malgré ses presque trente ans, qu'Azkaban avait rendu maigre, pâle et malade. Il voulait un homme qui n'avait jamais été diplômé, qui vivait dans un studio moldu et gagnait bien moins sa vie que lui.

Et il rit, parce que tout ça était absurde, mais que ça ne changeait finalement pas beaucoup de l'époque de Poudlard. Parce que c'était comme ça que Bill lui plaisait et lui avait toujours plu.

— Tu as vraiment toujours eu des goûts pourris ! s'exclama-t-il en le tirant vers lui.

Comment aurait-il pu refuser ? Il en voulait toujours à Bill de l'avoir fait souffrir toutes ces années, et il lui dirait. Il exigerait des excuses parce qu'il en avait besoin, maintenant qu'il savait la vérité… Mais plus tard. Beaucoup plus tard. Pour l'instant, tout ce qui comptait pour lui était de célébrer ce moment qu'il attendait depuis bien trop longtemps.

— Allez, viens par là qu'on s'embrasse de nouveau.

Quand il était heureux, on ne voyait presque plus les cicatrices sur le visage de Bill. Juste ses yeux incroyablement bleus, ses dents incroyablement blanches et ses cheveux roux si longs. Ses lèvres charnues mais sèches vinrent se poser sur les siennes, et plus rien n'eut d'importance.

— Ça fera six mornilles !

Ils sursautèrent et s'écartèrent vivement l'un de l'autre, comme des adolescents pris sur le fait.

Alors Stan rit de nouveau, et il se sentit heureux comme il ne l'avait plus été depuis des années. Ils payèrent rapidement leurs boissons et déguerpirent de la taverne, se précipitant dans la rue pour transplaner, main dans la main.

En quelques minutes à peine, ils furent dans l'appartement de Stan, et enfin leurs corps se retrouvèrent.

Ils tombèrent dans les draps et s'y roulèrent, s'embrassant à en perdre haleine et se pressant l'un contre l'autre. La ferveur revint en eux comme si elle n'était jamais partie, plus intense encore et plus sublime.

Parce que sans se le dire, ils s'étaient manqués l'un à l'autre. Après tant d'années dans le déni pour l'un et dans l'obscurité pour l'autre, la sincérité et la lumière revenaient dans leurs vies. Il n'y avait plus de faux semblants dans leurs baisers, plus de retenue dans leurs caresses. Ils se retrouvaient après une longue séparation, et ne se lâcheraient plus.

.

— Oncle Stanley !

Stan, qui somnolait en écoutant vaguement un match de Quidditch à la radio, se réveilla en sursaut. Il se redressa et se frotta le visage tandis qu'une personne en furie débarquait dans son salon.

— Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça, grogna-t-il. Que fais-tu là, Dominique ?

Dominique était le deuxième enfant de Bill, avec sans doute le pire caractère qu'il était possible d'avoir pour un adolescent ou une adolescente de 16 ans. Le type de caractère qui lui permettait de débarquer dans l'appartement de l'amant de son père sans annoncer sa venue.

— J'ai besoin de tes conseils ! Où me conseillerais-tu de me cacher si je faisais une fugue ?

— Chez tes parents.

Dominique leva les yeux au ciel avant de venir s'asseoir à côté de lui sur le canapé.

— Tu n'es pas drôle, oncle Stanley.

— Avec qui as-tu eu une dispute, cette fois ?

— Avec maman. Elle dit qu'il faut que je retourne à Beauxbâtons où le niveau scolaire est meilleur. Sauf que je n'ai pas envie de quitter mes cousins à Poudlard, moi ! En plus, ils ne font même pas de Quidditch à l'école, en France.

Stan n'avait jamais été particulièrement fan de Quidditch, même s'il aimait écouter ou regarder les matchs de temps en temps. Mais avec un père comme le sien et une famille comme les Weasley, ce n'était pas étonnant que Dominique, comme son frère et sa sœur, aime autant y jouer.

— Et bien, dis-lui que tu ne veux pas y aller et voilà.

— Mais je lui AI dit ! Et elle m'a répondu que j'étais trop jeune pour prendre moi-même les décisions pour mon avenir. Tu ne trouves pas ça stupide ? Je n'ai plus onze ans !

— Et ton père, qu'est-ce qu'il en pense ?

C'était souvent la réponse de Stan à chaque dilemme des enfants de Bill : revenir sur leur père pour les distraire de son avis à lui (qu'il n'avait après tout pas à donner, n'étant pas un de leur tuteurs).

— Il a dit à maman qu'il préférerait que je choisisse, vu que ça me concerne. Mais je pense que lui aussi préférerait rester en Angleterre. Même s'il fait froid, moche et qu'il pleut.

Stan jeta un coup d'œil par la fenêtre où tombait justement un vrai déluge depuis deux jours. Difficile de contre-argumenter cela, même s'il aimait la pluie, lui.

— Tes parents à toi, ils te laissaient faire ce que tu voulais ?

L'adulte reporta son attention sur Dominique, surpris par la question. Il ne parlait jamais de sa famille, à part avec son amant. Sans aller jusqu'à dire qu'il s'agissait d'un tabou, Stan n'aimait pas particulièrement évoquer ce sujet.

— À peu près oui.

— La chance…

— Vraiment ? Tu n'es pas heureux quand Bill te demande comment s'est passée ta journée ou que Fleur t'offre des cadeaux ? Parce que ça va de pair, tu sais. Mes parents m'ont eu par obligation, un peu comme les tiens, mais eux ne se sont pas particulièrement intéressés à moi par la suite.

Dominique avait l'air embarrassé à présent. Stan leva les yeux au ciel.

— Je n'ai pas dit ça pour que tu deviennes aussi muet qu'un silencio. Reprends-toi.

— Désolé…

— Il n'y a pas de quoi, fit Stan en haussant les épaules. Je n'ai pas eu une enfance malheureuse, j'ai eu des amis à Poudlard et j'ai fait ma vie.

Jusqu'à son emprisonnement à Azkaban où tout avait dérapé, mais ça, Dominique n'était pas obligé de le savoir. Peut-être qu'il lui en parlerait dans quelques années, quand Dominique sera plus mature…

Mais même avec ces événements, même avec la guerre et les traumatismes, Stan n'était pas malheureux de la vie qu'il avait eue !

— À quoi est-ce que tu penses ? demanda Dominique en l'observant avec curiosité. Tu souris…

— À rien. Maintenant, retourne chez tes parents t'expliquer et faire valoir ton avis avec diplomatie et fermeté. Tu m'as déjà fait rater la moitié de mon match.

— Pff, t'es vraiment nul, oncle Stanley. Je ne comprends pas ce que papa te trouve.

Stan lui fit un clin d'œil.

— Tu ne le savais pas ? Ton père a des goûts pourris !

Ils furent interrompus par une voix provenant de la cheminée de la cuisine :

— Stan ?

— Dans le salon ! répondit-il avec fatalité en comprenant qu'il n'entendrait jamais la fin de son match.

Les pas déterminés se rapprochèrent et Bill apparut. Ses cheveux étaient désormais tellement longs qu'ils lui arrivaient jusqu'aux hanches, l'obligeant à les attacher en un chignon qui rendait Molly folle de ne pas pouvoir les couper. Stan, lui, adorait leur longueur avec laquelle il jouait durant leurs parties de jambes en l'air.

— Dominique, tu étais là ! Je t'ai cherché partout !

— Je viendrais ici à chaque fois que je fuguerais, et tu n'auras pas intérêt à venir me chercher tant que je serais en colère ! le prévint son enfant d'un ton menaçant. Oncle Stanley est d'accord.

— Je ne suis pas d'accord et ne m'appelle pas comme ça.

— Ce n'est pas ton oncle, Dominique, lui dit prudemment Bill pour ne pas l'énerver davantage. J'ai assez de frères et beaux-frères pour que tu ne t'en inventes pas en plus.

— Il fait presque partie de la famille… Comment voudrais-tu que je l'appelle ? Beau-papa ?

Stan écarquilla les yeux alors que Bill ouvrait la bouche de stupéfaction. Face à leur réaction, Dominique leva les yeux au ciel.

— Quoi, vous pensez que je n'étais pas au courant ? Louis vous a grillé il y a des années maintenant !

Bill soupira en se frottant le front.

— Et évidemment, ton frère s'est empressé de tout vous raconter plutôt que venir en discuter avec moi. Je vous ai vraiment mal élevés, tous les trois…

Dominique lui tira la langue avec puérilité avant de croiser les bras sur son torse d'un air boudeur.

— Nous sommes des enfants merveilleux et ouverts d'esprit qui ne s'offusquent même pas que nos parents soient dans une relation libre. Tu devrais être fier de nous.

— Hélas, je le suis. Allez, viens là…

Il attrapa Dominique pour le serrer contre lui. Par-dessus son épaule, il regarda Stan et articula silencieusement « qu'est-ce qu'on fait ? », ce qui fit ricaner Stan. Il haussa les épaules d'un air fataliste. Si ça ne gênait pas ses enfants plus que ça, il n'y avait pas de raisons de faire quoi que ce soit.

— Bien, fit soudain la plus jeune personne parmi eux en s'écartant de son père. Puisqu'on est dans un moment émouvant, pouvons-nous conclure que je reste à Poudlard plutôt que d'aller en France ?

Bill leva aussitôt les yeux au ciel.

— Et je devrais être fier d'avoir des enfants se comportant comme des Serpentard ?

— Je suis à Serpentard je te rappelle.

— C'est bien tout mon malheur. Bon, j'en parlerai à ta mère ce soir, mais seulement si tu rentres à la maison sans plus traîner chez Stan. Ou bien en nous prévenant d'abord. C'est d'accord ?

Dominique n'insista pas davantage et, après avoir salué Stan d'un rapide baiser sur la joue, repartit vers la cheminée.

— Mes enfants me rendent fou, soupira Bill en levant les bras au ciel.

— Besoin de réconfort ? taquina Stan en s'étalant sur le canapé, les jambes ouvertes pour lui laisser la place de se glisser entre elles.

— Avec plaisir, ronronna Bill en venant se coller à lui. Monsieur Rocade, le jeune et fatigué Bill Weasley a besoin d'un câlin.

Stan gloussa en embrassant son nez.

— À cinquante ans, je ne sais pas si on peut toujours dire que tu es jeune, mon cher.

Il embrassa sa mâchoire tandis que son amant grognait.

— Je n'ai que quarante-huit, et je suis jeune dans ma tête, c'est ce qui compte.

— Jeune dans le pantalon aussi j'espère, murmura Stan en glissant sa main sous ledit pantalon.

— Beurk, vous faites vraiment ce genre de trucs en fait.

Bill grogna et se tourna vers la porte où Dominique les observait d'un air narquois.

— Tu as un complexe d'Œdipe non résolu pour venir ainsi mater ton père ? Fiche le camp, sale môme.

Dominique gloussa, mais obéit. Ils attendirent d'entendre prononcer le nom de la maison des Weasley et le bruit des flammes avant de reprendre leur activité.

Des gamins bien élevés, tu parles…

Ils firent l'amour sur le canapé, sans même prendre la peine de rejoindre la chambre, Stan oubliant sans scrupule son match de Quidditch pour profiter de son amant.

Voilà dix-huit ans qu'ils étaient de nouveau ensemble. Ou plutôt, qu'ils étaient ensemble tout court, puisque leur précédente relation n'avait pas vraiment été celle d'un couple, même clandestin.

Pendant cette période, Stan s'était rapproché de nouveau d'Arthur et Molly et avait fait la connaissance du reste de la grande famille de Bill. Il jouait les « oncles » avec les trois enfants de son amant et avait même rencontré Fleur à plusieurs reprises. La jeune femme était sublime et ne comprenait visiblement pas ce que Bill lui trouvait, mais elle était toujours restée polie avec lui, ce qui lui suffisait bien. Après tout, Stan non plus ne comprenait pas ce que Bill lui trouvait.

Une fois leur appétit satisfait, ils partirent prendre leur douche ensemble. Bill caressa sa peau lisse, un air nostalgique sur son visage.

— À quoi est-ce que tu penses ? l'interrogea Stan.

— À tes boutons… Tu n'en as plus du tout, à présent.

Stan leva un sourcil surpris à cette annonce avant de tirer son compagnon plus près de lui pour l'embrasser.

— Tu me préférais boutonneux ?

Bill marmonna quelque chose d'intelligible, mais il rougissait légèrement.

Stan éclata de rire et l'embrassa de nouveau, plus profondément cette fois. Il se pendit à son cou.

Contre ses lèvres, il murmura :

— Tu as vraiment toujours les mêmes goûts pourris, chéri.

Et comme il commençait à le caresser de nouveau, Bill n'eut pas la moindre volonté de répliquer à cela.

.

FIN.