Bonjour, bonjour ! Je reviens avec une série inspirée par un thème de la TobiIzu Week 2022, que j'ai ratée, donc, mais qui m'inspire quand même !

Le jour 2 avait pour thème "Markings/gnc" et j'ai choisi d'explorer le thème "gnc" (gender non-conforming).

Donc voici une histoire qui parle de transidentité. J'écris rarement des romances hétéros, parce que je trouve ça compliqué de ne pas tomber dans des stéréotypes que je combats par ailleurs. Cependant, j'étais inspirée.

Cette série s'appelle "En trois actes" et est par conséquent composée de trois parties. La première et la deuxième se répondent, racontant la même histoire d'un point de vue puis de l'autre. La troisième s'intéressera à Madara et je recommande chaudement aux concerné·es de ne pas la lire quand elle viendra.

Pour les personnes qui seraient concernées par les problématiques liées à la transidentité, si quelque chose vous chiffonne, n'hésitez pas à me le mentionner en review ou en MP si vous êtes plus timides. Je ne suis pas moi-même concernée et même si j'ai fait relire à des personnes concernées que j'embrasse très fort, il est possible que certaines choses nous aient échappées.

En outre, je me dois de produire des TW : Transphobie, transphobie intériorisée, homophobie, dysphorie de genre, mention d'organes génitaux et mégenrage.

Sinon, l'utilisation des pronoms est cassée dans cette histoire, et c'est tout à fait volontaire.

Aussi : Yuna = lune, d'après mes recherches internet.

Bonne lecture !


Partie 1 – Sens Dessus Dessous

Quand il se regarde dans la glace, elle ne se reconnaît pas. Elle n'aurait jamais imaginé qu'elle pourrait être aussi belle et un instant, son souffle se coupe, alors qu'elle se tourne au quart pour admirer sa silhouette.

Le col roulé de la robe efface sa pomme d'Adam, ses cheveux tressés retombent sur son épaule droite avec élégance, le soutien-gorge rembourré simule suffisamment bien de petits seins rebondis pour tromper l'œil le plus averti et Izuna sourit à son reflet, étirant ses lèvres peintes d'une nuance de rouge qui les fait paraître plus charnues qu'elles le sont en réalité.

Elle se tourne encore pour faire face au miroir, détailler la forme de son corps et tout lui semble parfait. Juste. À sa place.

Alors elle n'hésite qu'un instant avant de saisir la minaudière préférée de sa sœur, la glissant à son épaule pour vérifier comment elle s'assortissait à la robe, à sa tenue, à elle tout entière.

Quand la porte d'entrée claque derrière elle et qu'elle s'élance dans un cliquetis de talons rythmé, elle sait déjà où elle se rend, un sourire imprimé sur ses lèvres ravies.

Dans la rue, tout le monde la regarde, examine sa tenue, sa silhouette et, à la faveur de la nuit naissante, personne ne note les défauts. Izuna avance avec confiance sur le trottoir, redressant le menton avec fierté quand les hommes se taisent sur son passage, quand ils avouent qu'elle est belle dans une phrase qui n'a pas de fin.

Pas longtemps, se promet-elle. Je ne reste pas longtemps.

Elle veut sentir les regards glisser sur elle et la reconnaître, l'identifier. Elle veut que son souvenir soit sur toutes les rétines et qu'ils se demandent tous « Mais bon sang, qui est cette femme ? » et c'est peut-être arrogant, c'est peut-être déplacé, mais elle ne s'en soucie pas.

Contre son épaule, ses cheveux tressés rebondissent au rythme dansant de sa démarche qui s'éloigne vers le bourdonnement de la soirée étudiante. À chacun de ses pas, elle savoure le glissement de la dentelle sur ses hanches, douce comme une caresse et son sourire ne fane pas.

Elle ne s'est jamais sentie aussi heureuse de toute sa vie quand elle franchit les portes de la soirée et que quelques conversations s'arrêtent pour laisser un silence étourdi l'accompagner jusqu'au milieu de la salle.


Elle s'apprête à partir quand il vient vers elle. Il s'avance d'un air nonchalant, mais elle voit que les mains glissées dans les poches du pantalon de smoking dissimulent une anxiété, qu'il y a une raideur dans la démarche, de l'angoisse dans les déglutitions rapides et lorsqu'elle tombe dans ses yeux, elle sait qu'elle ne partira pas.

Happée par ce regard qui la contemple comme une merveille de ce monde, elle le laisse s'approcher plus près, il la frôle presque quand il se penche vers elle pour murmurer à son oreille.

— Je peux t'offrir un verre ?

Elle sait que son assurance est factice, mais la sienne à elle résiste à toute épreuve quand elle le considère du regard. Il est beau, ses cheveux blonds retombent sur son front en mèches folles, son smoking met en valeur son teint pâle et ses lèvres fines qu'il mordille en attendant le refus qui ne viendra pas. Elle acquiesce, hésite et parvient à prononcer de la voix la plus douce qu'elle puisse :

— Un seul et sans alcool, je ne bois pas.

— Moi non plus, dit-il en lui tendant son bras, l'autre frottant sa nuque avec gêne.

Elle attrape le bras tendu, ignorant la voix dans son esprit qui lui dit qu'il ne devrait pas accepter, puis elle avance au rythme de l'inconnu qui l'observe du coin de l'œil. Elle détourne la tête pour échapper à l'examen inquisiteur et il s'excuse de la mettre mal à l'aise alors qu'ils vont vers le bar.

— Que veux-tu boire ? demande-t-il.

— Un jus de pamplemousse, elle répond de cette même voix douce qu'elle n'a pas l'habitude d'employer.

Il s'étonne un instant, précise que cette boisson est sa préférée, qu'il ne pensait pas rencontrer quelqu'un ce soir qui aimerait aussi. Il se corrige en disant qu'il ne pensait pas rencontrer quiconque ce soir, et qu'il est heureux d'avoir eu tort, pour une fois.

Elle sourit un peu moins fort, le cœur battant, la voix au fond de lui revenant pour la hanter, mais elle la chasse quand il lui donne son verre et entame la conversation.

Pendant des heures entières, il lui pose des questions et elle répond avec sincérité. Il l'écoute avec attention, elle voit ses yeux qui dansent sur son visage et s'illuminent parfois et elle sait qu'elle fait de même. Il est comme un rêve sorti d'un conte de fées.

La terrasse est le meilleur endroit pour discuter loin du bourdonnement de la stéréo qui agite le sol de ses basses agressives. Il fait frais et il lui donne sa veste, la dépose sur ses épaules et tend les doigts, s'arrête au bord du visage d'Izuna pour lui sourire.

— Je peux ?

Elle se rend compte qu'une mèche a glissé hors de sa tresse et pend le long de sa joue. Elle hoche la tête alors que les doigts froids l'effleurent, saisissant les cheveux pour les ranger derrière l'oreille, puis il la regarde encore et encore, dans le silence.

— Comment tu t'appelles ? murmure-t-il et sa voix dérape, s'agrippe aux émotions qu'il ressent, fait danser son cœur dans sa poitrine, derrière le soutien-gorge rembourré.

— I… Yuna, dit-elle parce que c'est ainsi qu'elle s'appelle ce soir, baignée dans la lueur de la lune.

— Tobirama, il répond en lui tendant sa main.

Elle s'empresse de la serrer et il la retient une seconde de trop, le temps de souffler « je suis charmé ». Elle détourne les yeux, sent le rouge monter à ses joues, et elle retire sa main, s'assure que la mèche est toujours derrière son oreille, puis il pivote et contemple la lune.

La conversation repart et ils parlent longuement – de leur fratrie, de leur cours (ils vont dans la même université), de leurs envies pour l'avenir, de leurs rêves un peu. Ils effleurent la surface de ses peurs et elle se rétracte, il n'insiste pas, revient sur un sujet plus confortable avec un sourire doux et compréhensif, et malgré le vent qui siffle et soulève suffisamment la robe pour dévoiler ses chevilles, elle a chaud.

Le temps s'étire de nouveau et bientôt la soirée finit, alors qu'elle relève la tête et constate qu'ils sont parmi les derniers présents.

Il lui demande comment vont ses pieds, s'ils sont douloureux, si elle peut marcher, puis il propose une promenade au clair de lune quand elle répond que tout va bien. Il affirme être nouveau dans le coin, ils viennent d'arriver, lui et ses frères, ils sont à l'université depuis la rentrée et il ne connaît pas la ville aussi bien qu'il le voudrait et il lui offre de la découvrir ensemble – elle a prétendu ne pas être d'ici non plus.


Elle rit. Elle ne peut pas s'en empêcher, elle rit. Il est amusant et ses traits d'humour, les histoires de ses aventures avec ses frères la font s'esclaffer. Elle entend son rire qui se répercute contre les murs des rues vides de toute vie. Ils ne voient pas les étoiles, mais aucun d'eux ne regarde vraiment vers le ciel.

Il retient un sourire et admet qu'il n'est pas comme ça, d'habitude, qu'il est plus calme, plus solitaire, plus désagréable, et elle déglutit doucement quand elle dit qu'elle comprend, que ce n'est pas grave, qu'elle n'est pas vraiment elle-même à cet instant et elle sait qu'elle ment en affirmant ça. Son cœur bat sourdement, mais elle ignore si c'est sa voix intérieure qui le presse ou la réalisation soudaine que ses doigts sont entrelacés à ceux de Tobirama et que son pouce caresse sa paume avec tendresse.

La lune est derrière eux, maintenant, et elle se fait une raison. Baisse la tête pour cacher son sourire triste.

— Je dois rentrer, souffle-t-elle le plus bas possible parce qu'elle ne veut pas mettre fin à ce rêve.

Il pince les lèvres et il y a une détermination nouvelle qui flamboie dans ses yeux alors qu'ils se font face. Il relâche sa main, pose les siennes contre ses joues et l'incite à lever la tête vers lui.

— Puis-je t'embrasser ? il demande presque comme une prière.

Elle humecte ses lèvres qui ont perdu leur jolie couleur à force de se poser contre l'unique verre qu'elle a bu plusieurs fois, pendant que son cœur s'arrête, puis repart, martèle un rythme fou qui fait danser un drôle de chatouillis au creux de son estomac. Alors elle hoche la tête et tend son visage, les paupières à demi closes, pour savourer la caresse qui s'y dépose doucement.

Elle n'avait jamais ressenti ça, avant. Ce simple baiser illumine en elle un brasier incandescent nommé désir, et elle veut se presser contre le corps chaud qui ne demande qu'à l'accueillir entre ses bras, mais la peur la retient, alors elle se retient, et il ne la force pas à venir plus près quand il sent sa réticence. Il la laisse mener le baiser, diriger ses mains contre son corps et elle veut bien qu'il effleure son dos nu sous la veste prêtée, donc il le fait, sans la plaquer contre lui. Il se courbe, pour que ce baiser soit inoubliable pour les deux et elle se sent prête à céder, mais elle ne le fait pas.

Quand le baiser s'arrête, ils sont tous les deux à bout de souffle et finalement, elle remarque qu'il restait de la couleur sur ses lèvres, qu'elle se trouve maintenant sur la bouche de Tobirama qui tend ses doigts pour caresser sa joue, qui la regarde comme si elle était le monde.


— Je n'avais jamais rencontré quelqu'un comme toi, murmure-t-il, émerveillé.

Cette affirmation prodigieuse secoue le monde de Yuna. Ils sont sur les quais, le tramway va bientôt partir. Il a un pied dedans, un pied dehors, il serre sa main avec tendresse, s'accroche à elle pour ne pas laisser le rêve s'en aller.

La cloche du tramway sonne le glas de cette soirée, puis le départ et Tobirama lâche la main d'Izuna, la regarde encore une fois et demande, alors que la porte se ferme :

— Quand te reverrai-je ?

— Jamais, elle répond d'une voix brisée.

Le tramway prend de la vitesse et emporte avec lui le choc sur le visage de son conte de fées.

Quand elle rentre chez sa sœur, elle glisse contre la porte, serre sur elle les pans de la veste, inhale leurs parfums entrelacés, et finalement fond en sanglots.

Et quand elle se regarde dans la glace, il ne se reconnaît pas.


La rumeur se répand pendant des semaines et elle ressemble à un conte pour enfants. Quand elle heurte Izuna, elle lui coupe le souffle, et il bégaie un instant, avant de se détourner, ignorant son cœur qui frémit d'émerveillement et de douleur mélangés.

Les bruits de couloir racontent que le frère cadet du golden-boy qu'est Hashirama a rencontré une femme, à la seule soirée étudiante qu'il a fréquentée. Qu'elle a mis son monde sens dessus dessous.

Qu'il est à sa recherche.

« Il veut récupérer sa veste », Izuna pense, mais elle sait que c'est faux et son cœur se chiffonne comme du papier de riz.

Elle cache ses ongles vernis sous des gants que le froid justifie et il rabat sa capuche sur son visage quand le frère aîné de Tobirama franchit la porte de sa salle de cours. Il paraît qu'ils veulent éplucher les noms des trente mille étudiants du campus à la recherche de Yuna.

Izuna se tasse un peu plus dans sa coquille, évitant de repenser à la robe en velours qu'elle a volée à sa sœur.


Puis un jour, alors que l'hiver fond sur la chaussée, il croise le regard de Tobirama qui se fige.

Dans le couloir, ou peut-être dans l'esprit d'Izuna, tout devient étrangement silencieux. Ils sont face à face, le monde s'atténue tout autour pour ne laisser que ces deux respirations qui s'enrayent en contemplant le visage de l'autre.

— C'est elle, je l'ai trouvée, murmure Tobirama et ses frères se tournent pour la regarder mais ils jettent sur la silhouette d'Izuna une œillade surprise et interrogatrice.

Izuna réagit trop tard, il détourne les yeux, puis les talons, il presse l'allure, il fuit, guidée par la peur d'avoir été reconnue, par la honte qui court dans ses veines, brûlant tout sur son passage.


Izuna ne retourne pas sur le campus.

Il se réfugie chez sa sœur, portant son secret, la robe en velours – et la culpabilité qui la dévaste de l'intérieur – et il jette tout sur la table, la honte chevillée au corps et il espère que sa sœur la juge, la contemple avec le dégoût qu'il éprouve quand elle se regarde dans un miroir.

Mais sa sœur n'en fait rien. Elle la laisse se liquéfier en larmes sur la table et tend seulement la main pour caresser ses cheveux, les lisser avec tendresse.

Jusqu'à tard dans la nuit, ce soir-là, Izuna voit de la lumière sous la porte de la chambre de sa sœur. Il est installé dans le canapé, mais ne dort pas, sans savoir si c'est son couchage ou son corps qui lui paraît le plus inconfortable.


Le lendemain, quand Izuna se réveille, sa sœur a lavé la robe en velours. Elle est posée sur ses affaires et son aînée la lui donne, simplement, un doux sourire sur les lèvres. L'espace d'un instant, Izuna se demande si l'avoir porté a souillé le vêtement, mais sa sœur coupe court à ses pensées « elle doit t'aller mieux qu'à moi, je suis trop petite, je marche dessus. » et c'est vrai qu'Izuna est belle dedans, il s'en souvient encore, de son allure exquise et des regards qui se pressent contre sa silhouette et de ces yeux emplis de désir, d'impatience, de ce baiser tendre qu'elle a reçu une nuit où tout était permis.

Un gémissement à mi-chemin entre le contentement et la souffrance lui échappe. Sa sœur grimace et se désole. Puis elle s'approche, s'assoit sur le canapé, juste à côté.

— La prochaine fois, demande-moi, par contre, d'accord ?

Izuna hoche la tête, mais il n'en fait rien.

Il n'y aura pas de prochaine fois.


Le mois suivant, les réseaux étudiants de son université s'enflamment.

Izuna n'a pas remis les pieds sur le campus depuis que Tobirama sait qui elle est, depuis que le rêve d'une soirée a basculé dans la réalité, menaçant à tout moment de tourner au cauchemar. L'annonce fait grand bruit, elle résonne jusque dans le cœur d'Izuna qui finit par aller voir le message original.

« Yuna, je veux te parler. Rencontre-moi à l'endroit où je t'ai embrassée dans trois jours à vingt heures. »

Le débat fait rage sur les réseaux : cet acharnement est-il romantique ou déplacé ? Chacun crache son avis, oubliant que le seul qui compte ne sera pas délivré, parce que Yuna ne répondra jamais, parce que Yuna n'existe pas.

Et son cœur s'affole alors qu'il secoue la tête, en proie à quelque chose qui grince à l'intérieur de son estomac.

Il n'ira pas. Peu importe combien elle le désire de toute son âme, il n'ira pas.


Il y va.

C'est sa sœur qui l'incite à se déplacer au point de rendez-vous. Elle lui explique qu'elle a passé des nuits entières à faire des recherches, pour pouvoir la soutenir, pour pouvoir l'aimer comme il faut, mais Izuna n'est pas sûre.

Quand il sort de chez sa sœur, il a le cœur lourd. Sa sœur s'adresse à lui au féminin, elle applique un protocole qu'elle a appris sur internet et Izuna n'aime pas ça. Il n'aime pas comment elle se sent quand sa sœur lui offre une affection rythmée par un protocole. Mais elle aime savoir qu'il y a un protocole, qu'elle n'est pas seule, qu'elles sont plusieurs dans sa situation. Ça ne l'aide pas à traverser la honte et la culpabilité, la sensation d'avoir piégé Tobirama pour son propre plaisir.

Mais elle y va.

C'est sa sœur qui a peigné ses cheveux, qui a alourdi ses cils de rimmel, peinturluré ses lèvres d'un rouge presque rose qui transforme son visage.

Quand il arrive, Tobirama est déjà là, et elle sent son cœur qui s'anime à la fois de joie, d'anticipation et d'une angoisse sourde qui ronge petit à petit le bien-être léger qu'elle portait en elle depuis que sa sœur lui avait dit « tu es la plus jolie de toutes les petites sœurs ».

Quand Tobirama l'aperçoit, il se redresse, il y a un sourire sur ses lèvres et Izuna se recroqueville un peu sur elle-même : il se sent déguisé, finit par détourner les yeux, incapable de faire un pas de plus. L'envie de rentrer le saisit, mais elle reste là et Tobirama avance vers elle d'un pas décidé, le regard vibrant d'émotion.

Izuna tend la veste comme un rempart entre eux et Tobirama comprend le message : il s'arrête net, se tient à distance.


— Tu ne saisis pas, elle s'écrie et sa voix est soudainement plus grave.

L'émotion lui fait perdre le contrôle, n'adoucit plus sa tessiture et il sonne masculin, et elle déteste ça, plus encore que l'incompréhension sur le visage de celui qui lui fait face.

Tobirama recule et la contemple.

— Yuna, il tente en tendant la main mais elle la repousse d'un revers de la sienne.

— Je m'appelle Izuna.

Et les mots sont durs à relâcher, ils sonnent étrangement à son oreille mais il repousse la sensation, il laisse le malaise s'emparer de lui quand il continue.

— Je suis un homme, prononce-t-il difficilement.

Ses lèvres forment un pli amer et sa voix sonne comme s'il n'y croyait pas. L'affirmation sonne faux, se craquelle entre ses dents, bute contre sa luette et elle s'étouffe avec.

Tobirama papillonne des cils et recule d'un pas.

— Tu ne l'es pas, il contredit avec perplexité.

— J'ai une bite et des couilles.

Izuna se déteste quand il crache cette phrase. Il se déteste de devoir prononcer des mots si crus, pourtant si vrais, et en elle quelque chose meurt un peu.

— Ça ne fait pas de toi un homme, souffle Tobirama en faisant un pas de plus. Yuna— Izuna, il se corrige en voyant le regard sur lui, pardonne-moi, je ne comprends pas quel est le problème.

Elle sent quelque chose se fendre à l'intérieur d'elle-même. Ses yeux se détrempent de larmes.

— Je suis un homme et je ne suis pas pédé.

— Moi non plus, Tobirama répond en s'approchant un peu plus.

Elle le laisse l'effleurer et bientôt elle se retrouve à sangloter dans son épaule, alors qu'il caresse ses cheveux pour la rassurer, la berçant contre lui jusqu'à ce qu'elle se noie dans son odeur.

— Je t'ai cherchée partout, avoue Tobirama. J'ai cherché partout la femme qui a mis mon monde sens dessus dessous.

— Tu dois être déçu, elle devine, toujours enfouie dans le creux de son épaule.

— Tu es parfaite, il contredit, ses mains continuant à caresser longuement sa chevelure. Izuna-

— Yuna, elle corrige, sa voix étouffée.

Il sourit et serre davantage ses bras sur elle.


Voilà, voilà, j'espère que ça vous a plu !