TW : Transphobie, transphobie intériorisée, homophobie, dysphorie de genre, mention d'organes génitaux, mégenrage, utilisation de deadname.
Pour celles et ceux qui ne savent pas : un deadname est le nom de naissance d'une personne transgenre dont elle ne se sert plus après en avoir changé.
Cette partie raconte donc la même chose que la première, mais d'un autre point de vue.
Bonne lecture !
Partie 2 – Les Douze Coups de Minuit
Tobirama n'est jamais tombé amoureux. Il n'est pas comme son frère aîné, disposé à donner son cœur plein et entier toutes les huit semaines, il n'est pas comme son frère cadet qui confond amour et désir.
Il ne sait pas si, un jour, il éprouvera un sentiment aussi fort que celui décrit par Hashirama. Il ne rejette pas la possibilité, bien sûr. Le constat demeure, cependant : il n'est jamais tombé amoureux.
Bien sûr, il a eu des relations, dans son adolescence et dans son jeune âge adulte. Sa mère aime à les appeler « ses amoureuses », son père est plus prompt à parler de conquêtes, mais aucun des deux termes ne rejoint celui qui résonne dans l'esprit de Tobirama. Lui les qualifie de partenaires.
Parce qu'il n'est plus un enfant, il ne peut pas parler d'amoureuse, la puérilité de ce vocabulaire lui hérisse l'échine et le force à rouler des yeux agacés. Et il n'est pas un guerrier, les femmes qu'il a fréquentées ne sont pas des terres à revendiquer, il n'aime donc pas le terme de conquête.
Il est resté en bons termes avec la plupart de ses anciennes partenaires. Elles le sollicitent encore quelquefois pour de menus services, ou pour du sexe et il est prêt à les obliger, la plupart du temps. Elles ne sont pas des amies, pas vraiment, mais il n'a jamais considéré comme nécessaire de faire un étalage de drame et de larmes au moment de la rupture. Ce n'était qu'un partenariat qui s'achève, la fin d'une collaboration fructueuse et Tobirama ne promet jamais l'éternité, la mort qui sépare. Parce qu'il n'est jamais tombé amoureux.
La première fois qu'il rencontre Yuna, c'est à une soirée étudiante un peu guindée, avec une tenue de gala exigée. Ses frères ont insisté pour qu'il les accompagne, parce que sans lui le quatuor de tombeurs en smoking n'est pas complet, parce qu'il doit sortir le nez de ses cahiers, parce qu'il doit apprendre à connaître des gens et qu'ils viennent d'arriver en ville.
Il n'en a pas envie, mais il cède devant le trio de regards suppliants qui le poursuit et il se retrouve dans cette salle bondée, étouffant à cause du bruit et de la chaleur.
Quand ses yeux tombent sur Yuna, elle est de dos, loin du bar qui est pourtant le point de mire de ses frères qui recherchent leur prochaine conquête, leur prochaine amoureuse, en fonction de qui contemple les femmes qui circulent.
Ce qui attire l'attention de Tobirama, en premier lieu, c'est l'assurance qui se dégage de la silhouette. Elle a le dos bien droit, il voit le creux formé par la colonne vertébrale alors que les épaules sont maintenues avec un port gracieux, il savoure la peau blanche qui s'ombre sous les lumières, il admire la légère cambrure. Et il ne lui en faut pas plus pour se sentir captif.
Sous la surprise de cette sensation, il se lève à demi, attirant l'attention de ses frères qui regardent aussi, puis Hashirama le pousse vers l'avant, probablement sans se rendre compte qu'il le pousse vers sa chute.
Il ne fait jamais ça, lui. Approcher une femme pour essayer de l'impressionner, pour essayer d'être choisi. Elle n'a pas l'air d'avoir choisi quiconque dans cette soirée, mais peut-être n'est-elle pas là pour ça, peut-être que sa demande sera mal perçue, déplacée, bégayée d'une voix hésitante. Les pensées tournent dans son esprit, s'accrochent, il glisse les mains dans ses poches pour se donner une contenance, faire semblant d'être plus assuré qu'il l'est : personne ne voudrait d'un partenaire tiède.
Finalement, elle se retourne et son visage est un trésor. Elle est ce mélange intense entre perfection et imperfection, il y a des détails qui la rendent incroyable à ses yeux : la mèche folle qui a échappé au tressage, les sourcils qui n'ont pas été redessinés, l'ombre d'un bouton d'acné sur le bord de sa mâchoire, le vernis à ongles légèrement écaillé sur la main droite qui tient la sangle de son sac à main.
Elle est parfaite pour lui et il sent son cœur qui trépigne d'impatience, qui veut savoir, qui veut tout savoir : son odeur, son goût, le poids qu'elle aurait dans ses bras, la douceur de sa peau, le son de sa voix, si elle adhère à la théorie des cordes, ce qu'elle pense de la situation géopolitique actuelle, si elle croit à l'égalité des chances, en Dieu, en l'homéopathie, si elle aime manger son petit-déjeuner au lit, si elle préfère le salé ou le sucré, de quelle couleur sont ses sous-vêtements, si elle a conscience d'être la plus jolie femme qu'il ait jamais vue.
Il déglutit, la gorge sèche, puis se penche vers elle, la frôlant presque, pour lui demander s'il peut lui offrir un verre.
Quand elle accepte, il se sent tomber.
Le reste de la soirée devient à la fois son pire cauchemar et son plus beau souvenir.
Quand il raconte à ses frères ce qu'il s'est passé, Hashirama s'emporte devant une telle injustice. Ce n'est pas le départ précipité de Yuna, le vol de sa veste, qui mettent son aîné dans cet état.
— Celui d'entre nous qui croit le moins à l'amour se retrouve à en vivre un digne d'un conte de fées, ce n'est pas juste !
L'emportement ne dure qu'un instant, cependant, parce qu'il remarque finalement que son cadet souffre comme il n'a jamais souffert. Qu'il a le cœur froissé parce que cette partenaire-là, il aurait voulu la garder, il aurait voulu marcher sur le chemin de la vie à ses côtés.
Quand Tobirama se rétracte sur lui-même jusqu'à ne former plus qu'une boule de chagrin, ses frères l'enveloppent tendrement et lui jurent de la retrouver.
La logistique induite par cette promesse est démentielle et bientôt, la chambre de Tobirama dans l'appartement qu'ils partagent se transforme en quartier général. Quand il pensait qu'Hashirama était une fleur bleue romantique, il découvre un chef de guerre dévoué prêt à tout pour remplir la mission.
Tobirama reste là, alors qu'Hashirama apporte un tableau blanc, qu'Itama ramène son ordinateur portable et que Kawarama se charge de les nourrir de malbouffe achetée au restaurant qui fait l'angle.
Ce que Tobirama répète de ce qu'il sait de sa Yuna se traduit en crissements désordonnés sur le tableau : de l'information la plus insignifiante (« elle ne boit pas d'alcool et aime le jus de pamplemousse ») à la plus importante (« c'est la plus jeune d'une fratrie de cinq »).
Ça ressemble un peu à un jeu d'enquête, mais très vite, ils se heurtent aux murs froids de la réalité.
— On va devoir éplucher l'annuaire des élèves. Il y a trente mille entrées, environ.
Entretemps, la rumeur s'est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, sur le campus, un peu arrangée par ses frères pour faire de son histoire d'amour éphémère un scénario digne des plus grands films d'amour, et Tobirama a l'impression d'être le prince ridicule dans Cendrillon.
Ils ont passé en revue quatorze mille six cent quarante-trois noms quand Tobirama se sent baisser les bras.
La rumeur disant qu'il est à sa recherche circule tant et tant sur le campus qu'elle s'est transformée en fait : Tobirama n'est plus Le-Petit-Frère-d'Hashirama, il est Celui-Qui-Cherche-Yuna.
Son cœur se tord violemment quand il réalise que si Yuna voulait être retrouvée, elle serait venue le voir. Et il ne comprend pas comment cette Rencontre, avec une majuscule et de l'italique et des enluminures parce qu'il s'est laissé contaminer par le sens du spectacle de son aîné, a pu tourner au cauchemar si rapidement.
Il ne sait pas ce qu'il a fait de mal et plus il se plonge dans ses souvenirs pour trouver, plus il est confus, plus il se sent coupable.
À présent, s'il la cherche, c'est pour comprendre, il a renoncé à l'idée d'un jour parcourir avec elle le chemin de l'amour.
La deuxième fois qu'il voit Yuna, c'est de nouveau par hasard. Plus tard, Hashirama parlera probablement du Destin avec emphase, mais pour le moment, il n'a pas réalisé que Tobirama a le souffle coupé.
Ils sont dans un bâtiment excentré du vaste campus, Hashirama dresse un rapide bilan de ce que leurs recherches ont donné jusqu'à présent – rien, le résumé est succinct mais Hashirama aime à s'écouter discourir.
Mais Tobirama n'écoute plus, parce que la voix de son frère est couverte par les battements de son cœur qui a compris avant son cerveau l'apparition qui a jailli devant lui.
Yuna ne se ressemble pas : elle marche le dos voûté, les mains gantées et la tête basse, ses cheveux sont négligés, rapidement attachés et elle porte des vêtements à la coupe masculine. Mais Tobirama en est sûr et certain, quand leurs regards se croisent.
— C'est elle, je l'ai trouvée.
D'un bloc inquiétant, ses trois frères se retournent et elle se fige dans le couloir, puis elle pâlit et s'enfuit.
Tobirama n'a pas le temps de faire le moindre geste pour la rattraper que les commentaires de sa fratrie se jettent à sa poursuite :
— Tu dois être fatigué, Tobi, lance Hashirama d'une voix inquiète en portant une main à son front, il n'y a personne dans le couloir.
— À part ce mec, précise Itama.
— Très mignon, s'il en est, mais très un mec, termine Kawarama. Et clairement pas du genre à porter des jolies robes en velours.
Tobirama les repousse tous les trois, eux et leurs commentaires. Parce qu'il est secoué, parce qu'il ne s'attendait pas à voir Yuna apparaître dans ce bâtiment très peu utilisé, il prend des secondes éternelles à se mettre en mouvement pour la pourchasser.
Et quand il sort de là, se dégluant de la toile poisseuse des avis de ses frères, Yuna a disparu.
Comme Tobirama est sûr de ne pas s'être trompé, ses frères finissent par le croire. Cela prend au moins une semaine pour qu'ils réussissent à intégrer que la femme qui a subtilisé le cœur de Tobirama est l'homme qu'il a identifié sur le campus.
C'est Itama qui vient avec une théorie, pénétrant dans la chambre-quartier-général d'un pas triomphant.
— C'est une femme, mais avec des attributs masculins.
Puis il se tourne vers Tobirama.
— Ça te pose un problème ?
— Non ! se récrie l'amoureux transi. C'est Yuna, c'est elle, pourquoi ça me poserait un problème ?
Et il se rend compte en prononçant les mots qu'il y a des tas de complications qui pourraient découler de cette découverte, comme avoir des enfants, mais rien de pressant cependant.
Et même si la théorie explique pourquoi Yuna n'a pas souhaité prolonger la soirée, pourquoi elle a pris peur, elle rend aussi caduques toutes les recherches effectuées jusqu'à présent. Parce que Yuna n'est pas un prénom de garçon.
Le constat les fait tous les quatre piauler d'indignation.
Mais quand Tobirama se remet à chercher, il le fait avec rage, un instinct protecteur se réveillant en lui, parce qu'il veut se dresser entre Yuna et tout ce qui la terrifie autant.
Avec un peu plus de temps, il finit par recouper les informations. Il sait que le bâtiment dans lequel il a croisé Yuna est peu utilisé par l'université, qu'il sert d'endroit de secours en cas de changement de salle. Lui-même s'y trouvait par un heureux hasard, puisque Hashirama, en tant que nouveau président des étudiants, s'y rendait pour une réunion sur la réhabilitation des lieux.
Avec cette information, Tobirama a récupéré la liste des classes qui avaient un cours de remplacement dans ce bâtiment. Il pirate les serveurs de l'université avec un acharnement qui lui ressemble bien plus que simplement baisser les bras comme il l'a fait jusqu'à présent.
Il classe les noms par famille, utilise des critères subjectifs, pour cela : des personnes ayant le même nom et vivant à la même adresse. Il sait que la fratrie de Yuna est composée de cinq enfants. Il écarte la fratrie Hyuuga, qui correspond presque, sauf qu'il n'y a que des sœurs, et retrouve enfin la fratrie Uchiha.
Toga, l'aîné, a quitté l'université depuis plus de cinq ans, Kuro, le deuxième, n'y est resté qu'une année. Viennent ensuite Myoko, Madara et Izuna. Myoko n'est plus scolarisée.
Le cœur de Tobirama frétille d'excitation quand ses yeux frôlent le morinom de Yuna. Son souffle se débat contre ses dents pour s'enfuir et se répandre en une exclamation satisfaite.
Il ne lui manque plus qu'une bonne raison pour approcher Madara et lui demander où se trouve sa sœur.
Madara est décevant dans toute l'entièreté de son être. Tobirama s'attendait à ce que ce frère que Yuna admire tant soit mieux que ça, mais Madara est seulement décevant.
Lorsque Tobirama l'approche, il prend garde à le faire quand il est seul.
À la question « excuse-moi, où est-ce que je pourrais trouver ta sœur ? », Madara se tend, relève la tête et foudroie Tobirama du regard.
— Et tu lui veux quoi, à Myoko ?
Tobirama fronce les sourcils, recule un peu sous l'agressivité du ton, puis il secoue la tête.
— Non, pas elle, ton autre sœur.
— J'ai pas d'autres sœurs, aboie Madara. Dégage.
— Y-Izuna n'est pas ta sœur ?
L'espace d'un instant, Tobirama craint d'avoir commis une erreur et il bute quand il doit prononcer le morinom de Yuna.
— C'est un prénom de gars, ricane Madara. Izuna, c'est mon frère. Tu lui veux quoi ? C'est encore ton histoire de Yuna ? Laisse-le en dehors de ça. On est pas pédés dans la famille. Y a pas de ça chez nous. Zuna, il est pas pédé.
Et la vive compréhension dans laquelle tombe Tobirama rend son histoire encore plus triste.
— Moi non plus, écarte Tobirama en demandant à son frère de lui pardonner de ne pas corriger ce grossier personnage.
Parce que Kawarama l'est, lui, pédé. Et il déteste ce mot qui le chagrine, qui l'insulte. Mais Tobirama prend le parti de ne pas corriger l'ignoble personnage qui retrousse une lèvre écœurée, parce qu'il n'a pas le temps de faire de la pédagogie avec cet imbécile et qu'il y aurait beaucoup à lui faire assimiler, s'il est resté bloqué si loin dans le passé.
Parce qu'il veut les protéger. Il veut protéger son frère, il veut protéger Yuna. Il bute encore sur le pronom, dans l'explication improvisée.
— Il a emprunté un livre à la bibliothèque et c'est le seul exemplaire. J'en ai besoin, donc je voulais lui demander s'il avait bientôt fini.
C'est bancal, mal pensé, et cette justification, esquivée d'un mouvement d'épaules impatient, ruine la seule chance qu'il avait de pouvoir parler à Yuna, de pouvoir la revoir.
Mais il a compris dans les mots de Madara que chercher Yuna, c'est la mettre en danger.
Et la dernière chose que Tobirama souhaite, c'est la mettre en danger. Il préfère renoncer.
La mort dans l'âme, en rentrant chez lui, il efface le tableau.
Il ne revoit pas Yuna sur le campus pendant des semaines entières. La culpabilité le laisse penser que c'est sa faute, il se demande où elle s'est réfugiée, si elle va bien et souvent, il se prend à chercher Madara des yeux pour essayer de deviner ce qui est arrivé à sa belle.
Il dit à ses frères qu'il la met en danger en la poursuivant et le conte de fées dont rêve tant Hashirama pour son cadet se brise dans ses rétines.
Il dépérit. Personne ne peut le voir, de l'extérieur, mais il dépérit. Il a tellement repassé ses souvenirs dans son esprit qu'il les a usés. Le visage souriant et détendu de Yuna s'efface pour ne laisser que celui d'Izuna, terrifié, honteux, et Tobirama s'en veut de séparer les deux alors qu'ils ne sont qu'une seule et même personne, et Tobirama ressent une douleur physique à cette image imprimée sur sa rétine et il s'étrangle quand il doit redire à Hashirama d'oublier cette histoire. Que ce n'est pas grave.
Que ça n'a pas d'importance.
— Tu devrais essayer là où tout a commencé, lui conseille Hashirama.
Mais Tobirama ne peut pas remonter le temps.
Inexorables, les douze coups de minuit l'assomment avec plus d'intensité à chaque fois.
Quand, au bout d'un mois, il ne parvient toujours pas à émerger de ce flou qui taille son âme en saillies, il tente le tout pour le tout et applique les conseils de son frère.
Pour la première fois depuis longtemps, il poste un message sur les réseaux sociaux.
Il hésite sur la façon dont il doit le dire, il ne veut pas que cette rencontre devienne un spectacle dont tout le monde se régalerait. Alors il choisit une tournure évasive. Une tournure qu'elle seule comprendra.
Il appuie sur le bouton pour valider et reste bloqué pendant des heures entières à contempler le compteur de partages qui enfle, et enfle encore. Bientôt, c'est tout le réseau de ses frères qui se mobilise pour étendre le message à destination de Yuna.
Et le flou se dissipe, alors que ses espoirs enflent au rythme du compteur.
L'endroit est désert quand il y parvient. Il est en avance. Il est nerveux. Yuna n'a jamais répondu à la demande et il ne sait pas si elle viendra.
Il se noie dans son téléphone jusqu'à l'heure, puis, quand il relève la tête, elle est là. Malgré lui, il se redresse, ne peut s'empêcher de penser qu'il ressemble à un paon qui fait la roue et il ne peut retenir le sourire qui naît sur ses lèvres.
Parce que « jamais » était un mensonge. Parce qu'elle est là, parce que ce n'est pas un hasard. Il se met en marche alors qu'elle ne bouge pas, et sa paralysie se lit sur son visage, dans la peur qu'il y a dans ses yeux sublimes.
Elle redresse sa veste entre eux, comme un rempart et il cesse d'avancer, mais ne fait pas le moindre geste pour l'attraper, il craint que ça mette fin à l'échange et il ne le veut pas.
— Tu as eu mon message, dit-il.
Et ce n'est pas sa meilleure entrée en matière, mais elle a le mérite de faire réagir Yuna qui n'est plus une statue de cire. Elle ramène son bras vers elle, crispe ses doigts sur la veste et Tobirama se demande à quel point elle la considère comme une ancre qui l'empêche de dériver.
— Je suis venue te dire que tu ne dois plus me chercher comme ça. Je ne suis pas celle que tu penses et tu as bien dû t'en rendre compte.
Elle fronce les sourcils, il fait un micropas en avant, déglutissant pour avaler la boule qui s'est formée dans sa gorge à l'entente de ses mots.
— Tu es exactement celle–
— Tu ne saisis pas !
L'exclamation qui l'interrompt est prononcée d'un ton grave, bien moins doux que la voix avec laquelle elle lui avait parlé lors de leur soirée de rêve et Tobirama voit que Yuna perd le contrôle, un peu, que ses émotions, que son éducation la barricadent, mais il ne comprend pas.
Il recule, l'observe avec impuissance puis il tend la main pour essayer de l'attraper, de l'empêcher de se noyer dans ce marasme de sentiments négatifs.
— Yuna–
— Je m'appelle Izuna, coupe-t-elle une fois de plus. Je suis un homme.
La grimace sur son visage montre toute la douleur qu'elle éprouve à énoncer un tel mensonge. Il recule encore, laisse retomber sa main et cherche ses mots.
— Tu ne l'es pas.
Mais il sonne hésitant et il déteste ça. Parce qu'il en est convaincu, il en est sûr. Yuna est une femme. C'est la femme qu'il aime, la femme qui a ravi son cœur en une soirée à peine, lui qui ne croyait pas vraiment à l'amour ni aux coups de foudre. Elle est cette partenaire avec laquelle il veut franchir tous les chemins et tous les obstacles. Et son hésitation lui fait honte.
Elle insiste, elle pense peut-être qu'il ne comprend pas ce qu'elle essaie de dire, elle lui assène une phrase terrible, terriblement réductrice, qui leur fait mal à tous les deux, parce qu'il ressent l'écho de la souffrance de Yuna.
— J'ai une bite et des couilles.
— Ça ne fait pas de toi un homme, il souffle et cette fois-ci il est convaincu.
Il est convaincant. Il voit la tension dans les épaules de Yuna se relâcher un peu, rien qu'à peine, mais il ne sait pas si c'est parce qu'elle le croit ou parce qu'elle s'effondre. Il veut l'aider, mais il ne sait pas comment, alors il le dit.
— Yuna – Izuna, pardonne-moi, je ne comprends pas quel est le problème.
Elle se fendille, il la voit trembler et quand elle relève les yeux, ils sont embués de larmes.
— Je suis un homme et je ne suis pas pédé.
Tobirama reconnaît les mots de Madara sur la bouche de sa bien-aimée et il les déteste. Il déteste la voir si fragile, il déteste la haine d'elle-même qu'il entend derrière ces mots, il déteste cette éducation ridicule qu'elle a reçue et qui la force à penser qu'elle est une anomalie.
Alors il tente le tout pour le tout, une fois de plus.
— Moi non plus, il dit puis il s'approche.
Il tend les bras lentement, et elle le laisse la prendre dans ses bras, la bercer tendrement alors qu'elle fond en sanglots contre lui.
Dans le creux de son oreille, il chuchote mille et une phrases sans queue ni tête, empreintes de tous les sentiments qu'il éprouve à l'idée de se serrer contre elle, enfin.
Et lorsque le douzième coup de minuit se fait entendre, cette fois, ils se sourient avec tendresse.
Voilà, voilà, j'espère que ça vous a plu !
