Un blaireau s'avance dans les herbes fraiches d'une grande prairie. Il marchait de plus en plus vite pour rattraper quelque chose. Le vent se leva et se mit à repousser le blaireau. Devant lui, un serpent et un petit lion avançait sans se soucier de leur monde. Ils ne voyaient pas le blaireau batailler pour les rattraper. Puis il trébucha soudainement et quand il releva la tête, le petit lion et le serpent avait disparu. Il tourna sur lui-même, mais il ne vit personne. Il était tout seul. Seul au milieu de cette immense prairie, avec le vent qui sifflait dans ses oreilles. Le blaireau se mit à pleurer, ses sanglots se mêlant dans le sifflement strident du vent, qui lui murmura à l'oreille.
« Réveille-toi »
Prologue : Naissance d'un avenir.
La pénombre était douce, berçante, d'une sérénité surprenante. Rien ne semblait plus calme que le moment actuel. Elle n'avait jamais aussi bien dormi un sommeil véritablement réparateur, sans penser à rien, sans se soucier de quoi que ce soit. Mais… depuis combien de temps dormait-elle ? Prenant conscience de son état, ses sourcils se mirent à bouger, alors qu'elle essayait tant bien que mal de se réveiller. Ouvrant ses paupières, si lourdes, la lumière lui arracha un léger gémissement irrité. Le réveil fut difficile, si pesant, si flou. Mais ce repos lui avait fait un si grand bien ! Était-ce possible, un tel bien-être ? Quand avait-elle pu…
Oui tiens, quand ? Que faisait-elle avant ? Où était-elle ?
Soudainement, elle ouvrit les yeux, regardant autour d'elle avec précipitation. Mais dans ce mouvement, une gêne la frappa son corps semblait empoté, lourd, comme-ci elle était bloquée. Levant la main, elle se stoppa en voyant sa forme. C'était une main de bébé.
De bébé ?
Wah ?!
Elle sursauta, mettant sa main potelée sur sa bouche. Elle ne pouvait plus parler ! Essayant d'aligner des mots, elle ne put qu'émettre des sons, adorables certes, mais incompréhensibles. Elle leva ses jambes, comprenant qu'elle ne devait pas faire plus de soixante-dix centimètres. Un corps de bébé de moins d'un an. Mais pourquoi était-elle un bébé ? D'ailleurs, qui était-elle ? Comme pouvait-elle comprendre autant son environnement, mais ne rien se rappeler d'autre ? Elle soupira, laissant ses membres tomber le long de son corps. Elle s'épuisait si vite !
Maintenant qu'elle avait pris conscience de son état, elle leva les yeux pour détailler sa chambre. Quelle belle pièce ! Dans les tons vert émeraude, le papier peint avait de jolies fleurs blanches dessinées dessus. Quelques meubles l'entouraient : une armoire, de jolies commodes où étaient disposés des objets divers des fleurs décoraient l'endroit un peu partout. Elle ne pouvait voir le tapis sous son beau berceau en bois, un tapis persan, qui semblait bien trop cher pour être taché par les crachats d'un bébé.
La lumière provenait d'une veilleuse en forme d'oiseau, posée à côté de la porte. Tout baignait dans une atmosphère douce et légère, sans le moindre bruit. Elle supposa qu'elle vivait loin de la ville, peut-être même à la campagne. Il était évident que sa famille avait des moyens sa couverture, son berceau, la multitude de peluches autour d'elle montraient une grande affection de la part de ses géniteurs. Une inquiétude en moins en revanche … est-ce que les fleurs dessinées sur les murs étaient censées bouger comme si une brise légère soufflait dans la chambre ? Elle ne sentait aucun vent, mais le papier peint ondulait vraiment. Totalement subjuguée par cet étrange spectacle, elle n'entendit pas le léger « crac » à côté de son berceau. C'est seulement quand il se mit à tanguer doucement qu'elle tourna la tête.
Elle lâcha un hoquet de surprise en voyant l'étrange créature. Un être minuscule, si maigre et si frêle qu'elle l'avait pris pour un enfant, avant de voir ses immenses oreilles et son nez très laid. Sans parler du… torchon qui lui servait de vêtement. Il faisait si tâche dans le décor ! Pourquoi cette chose s'occupait d'elle ainsi ?
De doux yeux emplis d'affection se posèrent sur elle.
— Bonjour mademoiselle votre sommeil fut doux, j'espère. Souhaitez-vous manger ? Vous devez vraiment avoir faim, après un si long repos.
Il avait raison, son sommeil semblait avoir duré des heures… voire des années. Elle lui répondit par un couinement adorable. Effectivement, elle avait faim. La créature eut un petit rire avant de lever la main. Le berceau se baissa à sa hauteur, comme s'il flottait dans les airs, avant qu'il ne la prenne dans ses bras. Elle craint soudain que ses bras si maigres ne cassent sous son poids. Il ne devait pas être si fragile, car il transporta l'enfant sans difficulté hors de la pièce. Elle put enfin découvrir le reste de la maison où elle s'était réveillée.
Une douce lueur se reflétait dans des lustres d'une grande richesse les couloirs lui semblaient tout bonnement gigantesques, même si sa vue de bébé devait renforcer cette impression. Les tapis avaient l'air si doux, et les meubles si propres, mais combien y avait-il de pièces ? Elle oublia de les compter avant que la créature ne descende les escaliers. Au rez-de-chaussée, les fenêtres étaient immenses et laissaient passer la lumière extérieure, rendant le tout très chaleureux. Les tapisseries et les murs arboraient des tons beige, vert et argent. Curieuse, elle gigotait dans tous les sens pour découvrir au maximum son environnement. En bonne nourrice, la créature la maintenait cependant pour qu'elle ne se fasse pas mal, ni qu'elle tombe. C'est quand elle fut posée dans une sorte de siège qui lui permettait de de tout voir devant elle qu'elle comprit qu'elle était dans le salon principale. La cheminée était éteinte le temps dehors devait être clément, ou ce devait être l'été.
— Oh, ma douce !
Elle tourna aussitôt la tête vers la voix. Une dame d'une beauté éblouissante s'approcha d'elle pour la prendre dans ses bras. Ses cheveux, blonds comme le blé, étaient joliment attachés en chignon, au-dessus d'un visage de porcelaine aux yeux bleu. Quand la femme lui embrassa les joues en souriant, son cœur tambourina de joie dans sa poitrine. Elle sentit l'amour la submerger un bonheur incommensurable la prit à la gorge et elle ne put s'empêcher de pousser un cri joyeux. La femme rit et sourit tendrement.
— Ma Rose d'amour… tu as bien dormi, hein ? Oh, oui, mon bébé, mon ange.
Chaque compliment était agrémenté d'un bisou sur la joue. Elle gloussa, d'un rire de bébé sincère. Alors, comme ça, elle s'appelait Rose ? Joli prénom. Elle l'aimait bien ! De toute évidence, cette femme était sa mère. Elle avait une classe folle ! La robe d'un bleu roi qui lui ceignait la taille mettait sa grâce en valeur ses talons, bien que simples, semblaient coûteux. Á nouveau, tout indiquait que Rose était née dans un milieu aisé.
Alors que sa mère jouait avec ses petites mains, la créature —que Rose n'avait pas vu s'éclipser— revint avec un biberon.
— Maîtresse, le lait de mademoiselle est prêt.
— Merci, Seth. Tu peux aller préparer le dîner.
— Bien, maîtresse.
Rose dévisagea soudain Seth, et tendit la main vers lui alors que sa mère saisissait le biberon. La créature et la femme se figèrent, surprises. Rose se pencha de plus belle, son bras si petit tendu à l'extrême, essayant à tout prix de toucher l'étrange serviteur. Seth, dont les yeux brillaient de joie, se mit sur la pointe des pieds, alors que sa mère s'accroupissait. Caressant la tête chauve de Seth, Rose le gratifia d'un sourire. Le serviteur en eut les larmes aux yeux.
— Me… merci, mademoiselle. Merci.
La mère de Rose se redressa doucement et partit s'asseoir pour nourrir sa fille. Seth sortit en pleurant de joie sous les yeux médusés du bébé. Elle n'aurait pas cru qu'une simple caresse puisse mettre la créature dans cet état. Mais aussitôt, son esprit fut accaparé par le biberon que sa mère lui mit dans la bouche.
C'était si bon !
Elle but sans s'arrêter, savourant le doux breuvage qui remplissait son estomac. Il ne fallut que dix petites minutes pour que le biberon soit vide, puis sa mère la posa contre elle, la tête sur son épaule en tapotant son dos. Elle lâcha un rot de satisfaction et rougit, un peu honteuse de se laisser aller ainsi.
Reprenant ses esprits, maintenant que son estomac était plein, elle fixa sa mère. Oui, elle était belle, vraiment belle c'était peut-être l'amour qu'elle lui portait qui parlait, mais si elle pouvait avoir hérité de ses gènes, oh qu'elle était chanceuse !
Une sonnerie à la porte la tira de sa contemplation. Alors que sa mère se levait, Seth — quand était-il revenu ? — ouvrit la double porte de l'entrée principale. Très impressionnante, soit dit en passant. Deux hommes entrèrent de longs cheveux d'un blond si pur qu'il en semblait presque blanc encadraient leurs visages nobles et fiers, sans impureté. Lequel d'entre eux était son père ? Ils étaient si semblables ! Heureusement que l'un d'eux avait une canne dont le pommeau était orné d'une tête de serpent, sinon elle aurait vraiment eu du mal à les différencier. À croire que porter les mêmes couleurs et le même costume les amusaient.
Une femme leur avait emboîté le pas. Elle aussi était très belle ses cheveux étaient blonds également, mais d'une teinte plus foncée. Elle portait un autre bébé enroulé dans des couvertures. L'enfant semblait profondément endormi.
— Narcissa ! Lucius ! salua la mère de Rose, le visage rayonnant.
— Oh Sarah, tu es toujours aussi belle, répondit l'homme à la canne avant de lui baiser la main.
— Comment vas-tu, chère amie ? s'enquit la dénommée Narcissa.
Les deux femmes se firent la bise, prenant garde aux deux bébés qui les séparaient.
— Je croyais que vous ne deviez venir que demain ! s'étonna Sarah, coulant un regard en direction du dernier homme.
— J'ai croisé mon frère sur le chemin. J'ai été aussi surpris que toi, chérie.
Visiblement amusé, il embrassa sa femme sur la tempe. Rosa fixait les deux couples, les yeux brillants. Ils étaient tous si beaux ! Mon dieu, ses gènes étaient un cadeau du ciel si elle s'avérait être moche, c'est que le destin voulait vraiment se foutre de sa gueule.
— Je suis navré de ma tenue, s'excusa sa mère. J'aurais préféré vous accueillir dans de meilleures conditions.
— Nous voulions vous faire une surprise, que Draco et Rose puisse passer plus de temps ensemble, lui sourit Lucius, caressant le visage endormi de son fils.
Rose baissa les yeux et dévisagea son cousin. Il était mignon, aussi clair de peau que ses parents, sans parler de ses cheveux quasiment blancs. Il était aussi grand qu'elle elle supposa qu'ils avaient le même âge.
— Seth, montre la chambre aux invités, ordonna doucement son père à la créature qui avait sagement attendu à leurs côtés.
Alors que le serviteur s'exécutait, Rose vit une autre créature similaire, à la peau plus pâle, monter les valises de son oncle… sans rien. Elle hoqueta de surprise. Les bagages volaient littéralement, guidés par l'index de la créature.
Sa mère lui tapota le dos, pensant qu'elle n'avait mal digéré son biberon. Lucius lui sourit, attendri dans les bras de Narcissa, le bébé geignit alors que Draco se réveillait.
Leurs regards se croisèrent. Elle se plongea dans ses iris gris quelque seconde, avant qu'un violent mal de tête violent ne lui arrache un cri.
Sa tête fut emplie d'étranges visions. Des hurlements, des éclairs verts, et des pleurs. Beaucoup, beaucoup de pleurs. C'était horrible, douloureux.
— Rose ?!
Paniquée, sa mère la serra contre elle alors qu'elle se mettait à pleurer. Son père s'approcha également pour la dévisager, avant de fixer le décor autour d'eux comme si celui-ci avait changé. Alerté par les cris de sa cousine, Draco se mit lui aussi à pleurer, et leurs cris résonnèrent dans le hall.
Rose n'arrivait pas à stopper son mal de tête. Les visions s'estompaient aussi vite qu'elles étaient apparues plus elle tentait de s'en souvenir, et plus la douleur était forte. Inquiètes, les mères essayaient tant bien que mal de consoler leurs enfants, alors que les pères surveillaient les alentours.
Rose cessa de lutter. La migraine était trop violente. Faisant le vide dans son esprit, elle sentit le mal disparaître doucement alors qu'elle s'endormait dans les bras de sa mère, épuisée.
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