Bonjour bonjour !
Voici ma petite fanfiction sur Harry Potter. J'espère qu'elle vous plaira et que vous prendrez plaisir à lire mes petites aventures.
Les personnages d'Harry Potter ne m'appartienne pas, seulement Rose est issu de mon imagination. Ce n'est pas une œuvre violente et choquante mais qui parlera de chose adulte dans les futurs tomes. Enjoy ^^
Chapitre 1 : Ames Sœurs.
Si on avait dit à Rose qu'un jour, marcher serait l'une des épreuves les plus compliquées de sa vie, elle ne l'aurait pas cru. Elle était persuadée d'avoir déjà marché. Quand ? Elle supposait avant son réveil dans le berceau. Elle était sûre de plein de choses qu'elle était bien plus âgée que son corps, qu'elle comprenait déjà l'anglais, en écriture comme à l'oral. Elle savait aussi calculer et avait, surtout, une connaissance bien plus étendue que son âge ne l'aurait permis.
Ses parents s'aperçurent très vite qu'elle n'aimait pas être considérée comme une idiote, et avaient rapidement arrêté de lui parler en langage gâteux. Adieu les « Bibou ma fifille », « Que tu es mignonne, oh oui tu es mignonne » suivis de petits bruits ridicules qui leur valaient des grimaces. Désormais, les adultes s'adressaient à elle comme si elle était déjà une jeune femme. Son oncle Lucius et sa tante Narcissa furent surpris au début, mais cela semblait convenir au couple et rapidement le réflexe fut adopté.
Cependant, elle ne pouvait ôter de leur visage ce regard plein d'amour et compatissant devant ses nombreux efforts pour mettre un pied devant l'autre. Pourquoi donc ses jambes étaient-elles si lourdes ?! Sa mère lui donnait pourtant des repas équilibrés et Seth, qui s'avérait être un « elfe de maison », ne lui donnait jamais de friandises entre les repas. Même si elle n'avait pas l'âge de se préoccuper de sa ligne, Rose refusait de devenir un bébé joufflu, rond et gras. Elle grimaçait d'horreur rien que de se l'imaginer. Non, Rose était un beau bébé. Sa peau était comme de la porcelaine ses cheveux blonds, encore courts aux oreilles, bouclaient gracieusement autour de son adorable visage. Personne ne pouvait ignorer ses superbes yeux, d'un bleu étincelant, hérités directement de sa mère. Non, aux yeux de tous, Rose était magnifique. Et elle le savait. C'est pourquoi marcher dignement était devenu vital. Hors de question de se ridiculiser devant ses géniteurs en trébuchant !
Très concentrée, elle leva sa jambe pour poser avec conviction son pied droit au sol. Chaque pas mettait son équilibre à rude épreuve. Inspirant, elle répéta l'exercice avec le pied gauche. Elle avait l'impression de déplacer une charge lourde, encombrante, et stupidement lente ! C'était si épuisant !
Sa mère finit par se lever pour la prendre dans ses bras elle protesta aussitôt en la fixant d'un regard courroucé.
— Nan !
— Rose, tu essayes depuis vingt minutes. Tu es essoufflée, ma chérie.
Comment ça, elle avait mis vingt minutes à faire deux pas ? Juste ciel, elle était si faible et si lente !
— Veux marcher…
— Tu dois comprendre que tu as encore le temps pour apprendre. Tu sais déjà parler, chaque chose en son temps.
Elle soupira en s'agrippant au gilet de sa mère. « Parler » était un bien grand mot tout au plus pouvait-elle mettre bout à bout des morceaux de phrases à peu près compréhensibles. C'était frustrant. Elle était impatiente, oui, c'était évident. Chaque jour elle voulait grandir plus vite, toujours plus pour se débarrasser de ce corps encombrant et enfin…
Faire de la magie.
Cela avait été un choc, le jour où elle avait vu son père agiter une baguette pour réparer un vase qui était tombé. Depuis, elle voyait la magie partout. Le balai qui passait tout seul, les repas qui apparaissaient soudainement sur la table, Seth qui pouvait apparaître n'importe où et n'importe quand. Les fleurs de sa chambre dansaient sur le mur en fonction de son humeur et elle pouvait, si elle touchait le papier peint, les figer définitivement quand elle le voulait. Sa veilleuse en forme d'oiseau, qu'elle chérissait beaucoup, pouvait se déplacer où elle le souhaitait et même la suivre dans les couloirs ou dans son lit. L'oiseau avait fini par rester sur son épaule elle le considérait presque comme son animal de compagnie. Plus les journées passaient, plus elle découvrait de nouvelles choses.
Et c'était une aventure qu'elle voulait vivre avec un corps adapté, une élocution parfaite et surtout un équilibre correct !
— Ne t'en fais pas, Rose, la rassura son père en lui caressant les cheveux. Tu ne te rends pas compte à quel point tu es spéciale. Ton apprentissage arrivera bientôt, et je suis certain que tu t'en sortiras très bien.
Elle finit par sourire à ses parents, qui le lui rendirent. Oui, elle était loin d'être stupide encore un peu de patience et elle serait récompensée. Et en parlant de récompense… si elle avait aussi hâte de marcher, c'était pour montrer ses progrès à son oncle et sa tante. Car oui, aujourd'hui était un jour spécial.
La sonnerie de la porte d'entrée la fit sursauter. Seth l'ouvrit aussitôt sur le couple accompagné d'un jeune garçon.
— Draco ! s'exclama-t-elle joyeusement.
C'était le deuxième mot qu'elle avait prononcé, après « maman » et juste avant « papa ». Ce dernier ne s'en était pas remis il avait feint la tristesse en affirmant que « ce vilain garçon allait lui voler sa fille ». Ce sous-entendu avait déplu à Rose ils étaient cousins, tout de même ! Ce n'était pas comme si elle allait se marier avec lui, quelle idée… dérangeante. Non plus que son cousin, elle considérait Draco comme un grand frère. Comment pouvait-elle éprouver, pour son double, autre chose qu'un amour fraternel ? Car oui, Draco aurait pu être son reflet dans un miroir : la même taille, les mêmes cheveux clairs —bien que les siens soient lisses— et des yeux perçants. Sans compter qu'ils n'étaient nés qu'à un jour d'intervalle, le 5 juin pour Draco et le 6 pour Rose.
Le garçon lui adressa un grand sourire et tendit ses bras vers elle, perché dans les bras de sa mère.
— Roze !
Elle se rapprocha vivement de lui, et les deux enfants purent se prendre les mains, riant de la joie de leurs retrouvailles. Leurs mères durent retenir leurs larmes, attendries par une scène aussi adorable.
Lucius en profita pour saluer son frère, avant de se tourner vers sa nièce.
— Bonjour Rose. Comment vas-tu ?
— Bien ! Et… zvous ? zozota-t-elle.
— Très bien. Alors, es-tu heureuse de passer ton anniversaire avec Draco ?
— Oui ! Oui !
Il contint à grand-peine un sourire devant la joie qui émanait des yeux bleus de la petite. Décidemment, il aimait pouvoir lui parler normalement en fait, il aimait être compris par quelqu'un.
— Nous allons préparer votre fête. Ça ne te dérange pas que j'accapare tes parents un instant ?
— Nan, ça va.
— Jouer ! cria Draco.
Le garçon, qui refusait de lâcher la main de Rose, avait du mal à tenir en place, aussi les deux mamans déposèrent les bambins dans leur parc pour qu'ils puissent jouer en paix. Les adultes partirent alors dans la salle à manger, laissant Seth et son confrère — un autre elfe de maison du nom de Dobby— surveiller le duo. Le repas était déjà prêt depuis longtemps, tout comme le gâteau, mais ils avaient le cœur à s'occuper des cadeaux.
Lucius sortit sa baguette et, d'un geste vif, fit apparaitre une petite montagne sur la table.
— Les bleus sont pour Rose, les gris pour Draco.
— Lucius, il en a tellement ! s'écria le père de Rose. Je t'avais dit de te contenir. Elle grandit si vite…
— Justement, expliqua Narcissa. Certains lui seront très utiles, même plus tard. Je sais à quel point la petite déteste les jouets pour enfants, aussi surprenant que cela puisse paraitre. Aussi j'ai pensé que des livres ou encore…
Elle montra un grand paquet, avec une fierté digne.
— … un kit de potion junior l'aiderait.
— Narcissa, tu es géniale ! s'émerveilla Sarah. Elle passe son temps à mélanger de la terre avec de l'eau et des fleurs qu'elle trouve dans le jardin. Je suis sûre qu'elle sera ravie de pouvoir enfin faire des vraies potions.
— Évidemment, ce sont des potions inoffensives, les rassura Lucius. Draco aura le même. Je sens qu'ils seront des petits génies dans ce domaine, et mon instinct ne me trompe jamais.
Le père de Rose saisit un paquet étrange, rectangulaire et plat. Il le retourna plusieurs fois.
— Mon frère, qu'est-ce donc ?
— Oh, cela ? Des parchemins de communication. Ils pourront s'écrire plus facilement ainsi quand ils seront grands. Ce qu'ils s'écriront sur l'un, apparaitra sur le second.
Sarah marqua un mouvement d'arrêt, fronçant les sourcils.
— Mais… pourquoi auraient-ils besoin de cela ?
— Parce que Draco ira à Dumstrang.
Un silence s'installa après cette annonce. Narcissa regarda son marie, choqué, de même que le couple.
— Attends… Lucius, on avait convenu nos enfants feraient leur scolarité ensemble, s'écria son frère. À Poudlard !
— Dumstrang sera une bien meilleure école pour Draco.
— Je t'ai déjà dit que j'étais contre ! hurla Narcissa.
— Narcissa… commença son mari.
— Non ! Draco étudiera à Poudlard, ce n'est pas négociable. Nous y avons été, nous y avons grandi. Dumstrang est trop loin ! Et tu sais très bien que Lizerge déteste cette école !
Le père de Rose acquiesca, la mâchoire serrée.
— Lucius… tu ne peux pas séparer nos enfants. N'envoie pas Draco là-bas. Pitié.
Sarah était restée silencieuse, mais son regard dur valait mille mots.
Lucius se retrouvait pris au piège. Il avait été séparé de son frère dès ses onze ans, lorsque ce dernier était parti à Dumstrang. S'il l'avait jalousé au départ, il avait vite changé d'avis à chaque fois qu'ils se revoyaient pendant les vacances. Plus les années passaient, et plus le regard de Lizerge devenait dur et sans vie. Sa magie noire était supérieure à celle de Lucius, mais au contraire de son frère, il la détestait.
« Lucius… n'oublie jamais que tout a un prix. »
Encore aujourd'hui, les paroles de son frère résonnaient dans sa mémoire comme une mise en garde constante. Il avait fallu que Lizerge rencontre Sarah, qui venait de Beauxbâtons, pour que son regard s'adoucisse. Retrouvant enfin son frère, Lucius avait accueilli sa belle-sœur à bras ouverts leur union fut acceptée et l'âme de son petit frère enfin apaisée.
Il se mordit la joue. Envoyer son fils à Dumstrang équivalait à lancer des couteaux dans un cœur à peine cicatrisé. Il inspira longuement, se retenant le plus possible de se gratter le bras droit.
— Je suis désolé. Vous avez raison, je ne peux pas faire ça.
Lizerge se détendit.
— Merci Lucius…
Narcissa soupira, et lui donna une tape légère sur l'épaule.
— Séparer Rose et Draco… tu as d'autres idées stupides comme ça ?
Il lâcha un rire gêné, mais l'atmosphère était maintenant plus détendue. Sarah sortit elle aussi les cadeaux des enfants sur la table, avant de les disposer proprement un peu partout.
Rose, qui ne lâchait pas des yeux son cousin, avait évidemment entendu la conversation non loin. Son cœur avait manqué de s'arrêter en comprenant que son oncle avait osé vouloir les séparer. Était-il fou ? Comment avait-il pu ne serait-ce qu'y penser ?! C'était son frère ! Évidemment il n'y avait pas que ça. Dumstrang ? Sérieusement ? Rose avait bien vu le regard de son père devenir noir et vide, au détour d'une conversation ou quand il posait les yeux sur un objet appartenant à sa scolarité. Elle avait fini par voler un livre parlant de son histoire et avait failli en déchirer les pages de rage. Une école qui étudiait la magie noire, interdite aux femmes, avec comme réputation d'avoir un règlement plus que douteux. Jamais, non jamais son cousin n'irait dans cet endroit glauque et froid !
Elle lui prit la main, alors que Draco mâchouillait son jouet. Il la regarda, surpris, puis quand il vit ses yeux tremblants, il posa son autre main sur sa joue.
— Roze ?
— Vais bien…
Elle secoua la tête et inspira.
— Ensemble, toujours hein ?
— Oui, toujours ! Toujours !
Draco lui fit un grand sourire, rigolant comme un vrai enfant. Seth et Dobby échangèrent un regard complice, heureux de voir une telle entente entre les deux.
Rose et Draco avaient été plus que gâtés pour leur premier anniversaire. Bien sûr, la jeune fille ne manquait jamais de rien, mais là, ils s'étaient surpassés. Elle avait une trentaine de livres, de magnifiques robes de sorcière pour ses futurs dix ans, des chaussures et des chapeaux. Le kit de potion avait été le clou du spectacle et Rose avait réussi à sauter deux fois sur ses pieds avant de tomber sur ses fesses. Draco aussi avait crié de joie, mais rapidement, leurs petites mains n'arrivèrent plus à tenir ne serait-ce que la baguette pour faire tourner la potion. Sarah promit à sa fille que dès que ses mains seraient plus grandes, elle pourrait en faire autant qu'elle le voulait.
Cependant, elle fit une crise de jalousie quand Draco reçut un chiot. Elle se mit à pleurer — involontairement, hein c'était bien trop honteux — en voulant elle aussi un animal de compagnie. Lizerge se pencha et la regarda dans les yeux elle comprit que son père attendait qu'elle se calme d'elle-même. Elle renifla et contint de toutes ses forces ces larmes stupides.
— Rose, tu ne nous as jamais dit que tu voulais un animal.
— Je… sais… mais…
— Tu en veux un ? Je croyais que Iron te suffisait.
Le petit oiseau-veilleuse n'avait pas bougé de son épaule. C'est vrai que Rose l'aimait beaucoup, mais à part faire de la lumière et la suivre, il ne faisait rien d'autre. Elle essuya ses larmes de manière très maladroite avant de se reprendre.
— Je…v…
Elle fit tourner sa langue pour bien faire sortir les mots.
— … voudrais… un… animal…
Enfin elle avait réussi une phrase complète avec difficulté, oui, mais seul le résultat comptait. Son père sourit et caressa ses cheveux.
— On ira à l'animalerie alors.
Elle eut un grand sourire et lui sauta au cou pour le remercier.
La suite de l'anniversaire se passa sans problème. Draco jouait avec son nouvel ami, alors que Rose avait plongé le nez dans un des gros volumes que Narcissa lui avait achetés, « Créatures fantastiques du monde sorcier ». Sarah avait du mal à croire que sa fille, qui venait à peine de souffler sa première bougie, lisait sans le moindre problème cette encyclopédie.
— Je ne suis pas sûre de m'habituer à voir ta fille si… éveillée, lui confia Narcissa, qui observait aussi la petite.
— Je t'avoue que je…que je me pose pas mal de questions.
— Lesquelles ?
— Écoute… Rose est un amour, je ne m'en plaindrai jamais, mais… parfois, quand elle nous regarde, j'ai l'impression qu'elle est là… sans être là.
Narcissa, voyant la discussion prendre un tournant très sérieux, lui donna une tasse de thé. À quelques mètres d'elles, les deux hommes discutaient passionnément des dernières lois mises en place au ministère.
— Tu sais… elle aime beaucoup Seth. Elle a vite compris que notre elfe était là pour nous servir, mais soudainement elle s'est mise à poser des questions. Si on le payait, où il dormait, s'il mangeait ou avait des jours de congés.
— Elle sait ce que tout cela veut dire ?
— Oui ! J'ai fini par lui expliquer comment fonctionnaient les elfes qu'ils doivent se lier à des sorciers pour vivre et que nous servir était leur but. Qu'ils nous étaient inférieurs et qu'elle ne devait jamais donner le moindre vêtement à Seth.
Narcissa ouvrit les yeux, se redressant.
— Elle n'a quand même pas…
— Si… oh Narcissa, j'ai cru faire une attaque. Elle avait donné son gilet à Seth. Quand je lui ai demandé pourquoi elle avait fait une chose pareille, tu sais ce qu'elle m'a répondu ? Que Seth avait trop froid, qu'il était de notre devoir de prendre soin de nos employés, même si c'étaient des créatures.
Narcissa, sa tasse figée entre sa bouche et sa coupelle, était tout aussi surprise que choquée.
— Que… que s'est-il passé avec l'elfe ?
— Seth est devenu son elfe. Le contrat magique s'est fait sans le moindre problème. Heureusement que nous avons un elfe loyal qui continue malgré tout à s'occuper de la maison. Mais le pire dans tout ça, c'est le regard qu'elle m'a lancé quand je l'ai puni d'avoir fait ça. Elle… elle n'a pas pleuré, et m'a juste dit que… « c'était mon point de vue de trouver ça grave ».
Narcissa reposa sa tasse, aussi surprise que perdue. Regardant la petite, qui n'avait pas levé les yeux du livre, elle se mit à la voir sous un nouveau jour. Elle se retourna vers son amie.
— Ta fille est spéciale.
— Oui…
— Encore plus que ce qu'on avait pensé. Elle sait déjà lire, elle réagit comme une adulte. Sarah, ta fille est précoce je n'ose imaginer son niveau intellectuel. Est-ce que les cours de Poudlard vont suffire ? Elle risque de sauter des classes.
— On s'y prépare avec Lizerge. On s'y prépare…
Tous les évènements qui touchaient sa fille étaient aussi étranges que rarissimes. Elle était si calme, si sereine bien sûr, elle avait encore du mal à parler ou à se déplacer. Mais c'est comme si son corps était trop « petit » pour son âme. C'est pour ça que Sarah comptait beaucoup, peut-être même un peu trop sur Draco. Il serait la stabilité dont sa fille aurait besoin pour grandir. Une mère était toujours inquiète pour son enfant, c'était normal après tout, mais les problèmes avaient tous un niveau de danger différent en fonction des familles. Et leur problème était si grand, d'un danger si conséquent, que si Rose grandissait seule, elle finirait par mourir. Elle en était certaine.
— Draco ! Draco, arrête, c'est pas drôle !
Rose soupira en tournant sur elle-même. Cela faisait bien vingt minutes qu'elle cherchait son cousin dans le jardin des Malefoy. Il avait trouvé drôle de cacher la cage de son serpent quelque part, refusant même de se montrer, de peur qu'elle trouve un moyen de lui soutirer des informations de force.
Elle serra les poings, refusant de faire un caprice. Elle avait huit ans un peu de dignité tout de même. Alors, au lieu de ça, elle marcha avec conviction vers la mare qui se trouvait au bord de l'immense jardin. Arrivée devant, elle fit un petit sifflement entre ses deux doigts et attendit. Au bout de quelques secondes, un autre sifflement plus strident s'éleva à quelques mètres d'elle. Courant en direction du bruit, elle trouva avec soulagement la cage de Pythie cachée derrière de grosses touffes d'herbe. Son serpent, aussi blanc que la neige et aux yeux rouges, siffla de joie en voyant sa maitresse le sortir de sa cage. Remontant le long de son bras, il s'enroula de plaisir autour de son cou. Rassurée, elle prit la cage et en se tournant, se retrouva nez à nez avec son cousin et Blaise.
— Vous êtes des idiots.
— Comment tu as fait ? s'étonna Blaise.
— Tu n'es pas drôle Rose, tu aurais pu faire semblant de chercher.
Draco regarda sa cousine en croisant les bras. La jeune fille s'avança à sa hauteur.
La ressemblance entre les deux augmentait d'année en année. Les cheveux de Rose lui arrivaient maintenant en bas des reins. Bouclés comme ceux d'une poupée, ils avaient blondi au point d'atteindre la pâleur de ceux de Draco. Contrairement à elle, il les avait aussi raides que des bâtons, mais ils restaient magnifiquement entretenus. Les deux enfants faisaient encore exactement la même taille la seule différence notable était leurs yeux, bleu océan pour Rose, gris métal pour Draco. Au début de leur amitié, Blaise Zabini était persuadé qu'ils étaient jumeaux cela n'a pas été évident de comprendre leur lien de parenté. Il ignorait qui était les parents de qui surtout, Rose appelait Draco « grand frère » comme le garçon appelait la jeune fille « petite sœur ». Un vrai casse-tête pour un enfant de cinq ans. Si maintenant il savait à quoi s'en tenir, il était toujours aussi surpris de leur ressemblance trois ans plus tard.
— Pythie n'est pas un jouet Draco ! Même si tu l'as mis à l'ombre, il n'aime pas être perturbé.
— Tu n'avais qu'à pas prendre mon livre.
— Pour la troisième fois, c'est notre livre !
— Mon père me l'a ramené pour moi !
— Il a dit que j'avais le droit de le lire ! De toute manière, je le comprends mieux que toi !
— C'est… c'est faux ! J'ai très bien compris ! rougit Draco.
Une dispute tout ce qu'il y avait de plus banale, mais Blaise savait bien que Rose avait parfaitement raison. Si elle n'avait pas été plus petite que lui, on aurait pu croire que c'était elle l'aînée du groupe. Mais non, elle était juste incroyablement et effroyablement intelligente.
Draco et Rose croisèrent tous les deux leurs bras une bouderie de dix minutes suivit leur dispute. Remontant à la maison, leur ami essaya tant bien que mal de les réconcilier, sans trop de succès mais quand ils attinrent le salon et qu'ils virent plusieurs hommes inconnus, en cape noire, sortir du bureau de Lucius, Rose se stoppa net et prit la main de chaque garçon avant de les emmener rapidement derrière le grand canapé, abandonnant la cage de Pythie au sol. Elle leur fit signe de ne pas faire de bruit, l'index posé sur sa bouche.
— Quand aura lieu la prochaine réunion, Malefoy ? demanda une voix sombre.
— Je vous enverrai à tous un hibou. Rogue est encore là ?
— Oui, il vient à peine de sortir. Rogue ?
Quand les pas s'éloignèrent, Rose sortit avec les garçons de leur cachette.
— Pourquoi tu nous as cachés ? demanda Draco, très sérieux.
Il savait que sa cousine n'agissait jamais sans raison.
— Je préfère éviter qu'on se retrouve bloqués devant une discussion d'adultes. Je n'ai pas envie de savoir ce qu'ils se disent.
— Ah bon ? Moi j'aimerais, ça a l'air intéressant, fit Blaise.
— C'est dangereux, Blaise, pas intéressant.
Ramassant la cage, elle partit d'un pas rapide vers l'escalier pour monter dans la chambre de son cousin. Ils avaient à peine monté quelques marches que Lucius les appela.
— Draco, Rose ? Venez voir s'il vous plaît, les enfants.
Confiant la cage de son animal à Blaise, Rose descendit avec Draco rejoindre son père. Il était accompagné d'un homme à l'allure sombre. Tout était noir chez lui : sa robe, ses cheveux gras et ses yeux vides. Instinctivement, sans comprendre pourquoi, Rose évita son regard. Elle avait comme l'impression qu'il aurait pu lire dans son esprit et cela la dérangeait. Le visage sévère et taciturne qu'il arborait n'aidait pas.
— Les enfants, je vous présente Severus Rogue. C'est ton parrain, Draco.
Le jeune garçon eut un sourire et, d'un air fier, le salua comme lui avait appris sa mère. Quand Rogue posa les yeux sur Rose, celle-ci fit un vague signe de tête, ne se sentant pas concernée.
— On dirait que tu as mieux élevé ton enfant que Lizerge, laissa tomber l'homme avec froideur.
Rose fronça les sourcils et le défia du regard.
— Je ne vous connais pas, vous ne m'inspirez aucune confiance et ce n'est pas parce que vous êtes le parrain de Draco que cela changera quoi que ce soit.
La repartie de la jeune fille prit Rogue de court. Il releva les sourcils en fixant les yeux bleus posés sur lui.
— Pourquoi donc me considères-tu ainsi ?
— Rose… murmura Draco, un peu inquiet.
— Votre regard... il sonde l'âme. C'est dérangeant.
Cette fois, l'homme parut vraiment surpris. Il regarda aussitôt Lucius qui, au lieu de s'offusquer de l'impolitesse de sa nièce, sourit de fierté.
— Je comprends ton étonnement Rogue, mais Rose est très différente des autres enfants. Tu n'arriveras jamais à la surprendre ou avoir le dernier mot avec elle. Crois-moi.
Rogue reprit son air grave, tournant de nouveau son regard sur l'enfant. Sûre d'elle, elle refusa cette fois de détourner le regard, avant que Draco ne se racle la gorge.
— Ne monte pas sur tes grands chevaux devant lui, petite sœur, c'est mon parrain.
— Je m'en fiche. Ton père est non seulement mon oncle mais aussi mon parrain. Je n'ai pas la moindre raison d'être jalouse.
— Moi aussi j'ai un oncle ! Ça fait deux personnes, et toi tu n'en as qu'une la preuve que je suis le véritable héritier des Malefoy.
— Pardon ?! Monsieur ne peut pas aller aux toilettes tout seul la nuit et ce serait toi l'héritier ? N'importe quoi !
— Que… je t'interdis de dire une telle chose ! Et toi alors, avec tes cauchemars, tu te crois plus maligne ?!
Rose eut un hoquet. Draco se mit la main sur la bouche, regrettant aussitôt ses mots. Lucius prit un air grave et se pencha vers elle.
— Rose, tu fais encore des cauchemars ?
Elle détourna le regard, refusant d'affronter l'inquiétude de son oncle. Rogue, les bras dans le dos, s'amusait presque de cette scène si… normale.
— Tu dois le dire à tes parents, Rose. Tu ne peux pas garder ça pour toi.
— Je vais bien. Draco a juste mal entendu.
Lucius se tourna vers son fils, mais celui-ci évita aussi son regard. Soupirant, il se redressa avant de se tourner vers Rogue.
— Pardon pour cette scène Rogue.
— Ce n'est rien. Il n'est pas courant de voir le grand Malefoy si… inquiet.
Lucius haussa le sourcil droit, rendu nerveux par le timbre amusé de la voix de son invité. Il le raccompagna à la porte, mettant rapidement terme à la discussion.
Il ne vit pas Rose s'enfuir rapidement dans la chambre de son cousin. Blaise la suivit instinctivement, suivit de près par Draco. Assise sur le lit, elle regarda le sol, tripotant nerveusement le ruban de sa robe.
— Rose, je ne voulais pas… commença Draco.
— C'est bon, répondit-elle sèchement. Je savais que tu ne pouvais pas garder un secret.
— Euh… on peut m'expliquer ?
Blaise avait suivi les conversations, sans trop comprendre le problème. Après un bref silence, Rose inspira.
— J'ai fait… de violents cauchemars quand j'avais quatre ans.
— Pas que « violents », précisa Draco. Elle hurlait dans son sommeil, frappait tous ceux qui se trouvaient à portée d'elle. Tu ne m'as jamais autant fait peur que ces soirs-là. Tu pleurais à t'en déchirer la gorge. Tu appelais tout le monde à l'aide, même Blaise alors qu'on ne le connaissait même pas !
— Hein ? Même moi ?
— Oui, elle suppliait je ne sais qui. C'était horrible à voir.
Blaise regarda son amie, sous le choc de cette révélation. Il l'avait toujours vue comme une enfant forte, intelligente, curieuse et surtout d'une grande douceur. Savoir qu'elle souffrait autant lui tordait le cœur.
— Ils ne sont pas aussi forts cette fois-ci, finit-elle par dire.
— C'est grâce à tes médicaments. Tu m'as fait promettre de ne rien dire, mais si cela augmente tu—
— Ça n'augmentera pas.
— Comment peux-tu en être si sûre ?
— Je le vois !
Draco inspira en regardant sa cousine. Elle n'avait jamais voulu dire ce qu'elle voyait dans ses cauchemars. Seules sa volonté d'être soignée et l'amélioration de son état faisaient que ses parents n'avaient jamais insisté.
— Ça va aller Draco.
— Arrête de dire ça.
— Non, si je te dis que ça ira, ça ira.
Comment pouvait-elle lui avouer ? Ce qu'elle voyait était… incompréhensible. Oui, elle avait même vu Blaise, alors qu'ils ne se connaissaient pas. Le voir en vrai avait été un sacré choc d'ailleurs. Ce qu'elle voyait dans ses rêves, ou ce qu'elle en comprenait, était l'incarnation de ses peurs les plus profondes.
La mort.
La mort était partout. Elle lui prenait sa famille, ses « amis » dont faisait partie Blaise, Draco, puis des dizaines, des centaines d'inconnus devant ses yeux, pour finalement venir la chercher elle, alors que le désespoir la dévorait. C'était difficile à expliquer, et encore plus de s'en rappeler en détail il ne restait que le goût amer de la perte, de la défaite et de la peur.
Pourquoi rêvait-elle de ce genre de chose ? Cela avait-il un lien avec ses capacités intellectuelles qui semblaient de plus en plus anormales alors qu'elle grandissait ? Ou était-ce lié à cette petite voix qui s'élevait dans son esprit, discrète, légère comme une brume ? Cette voix qui lui susurrait des phrases pleines de sous-entendus, et qui comportait très souvent une part importante de mystère. Adopter Pythie fut l'objet de l'éveil de la voix. Pour la première elle l'avait entendue, claire et nette.
« Prend un serpent, il te sauvera. »
Une phrase si simple, qui avait pourtant soulevé tant de questions dans l'esprit de la petite fille. Pourquoi un serpent ? Sauver, mais de quoi ? De la mort ? De la ruine ? Elle avait passé des heures à y réfléchir. L'animal et elle étaient devenus très proches, et Rose serait incapable de s'en séparer. Depuis, elle n'avait plus jamais entendu de voix dans sa tête, jusqu'à ce que Rogue la regarde dans les yeux.
« Il lit en toi. »
C'est là qu'elle avait compris que l'homme avait des facultés cachées, et lui avait fait bien comprendre qu'elle était au courant. Quelles étaient ces facultés ? Elle n'allait pas tarder à courir à sa bibliothèque pour le découvrir, et elle le saurait avant ce soir, foi de Malefoy.
Malheureusement pour elle, Lucius ne tint pas sa langue et raconta son échange avec Draco à Lizergue quand il vint la chercher. Honteuse, elle n'osa pas regarder son père jusqu'à la maison. Silencieux, il la porta jusqu'au salon avant de regarder sa femme. Sarah comprit aussitôt et s'agenouilla devant sa fille.
— Rose…
— Ça va, maman. Ne t'inquiète pas, ça va.
La gorge nouée, Sarah retint une larme. Elle caressa les cheveux de son enfant en hochant la tête. Elle savait que Rose était assez forte et intelligente pour comprendre ses cauchemars et les gérer. Mais en tant que mère… c'était dur.
— Maman, ce ne sont que des cauchemars.
Elle releva les yeux pour croiser ceux de sa fille.
— Il m'arrivera pire que des terreurs nocturnes en grandissant, tu le sais.
Sa phrase sonna comme une révélation pour ses parents. Sarah la regarda comme si elle venait de comprendre quelque chose.
— Comment… ?
— J'ai vu le bras d'oncle Lucius. Je sais ce que c'est.
Lizerge se détourna, une main sur son visage, s'efforçant de garder son calme. Sa mère, elle, serra les dents et prit un air sérieux.
— Tu l'a dit à Draco ?
— Non, ni à Blaise. Ils sont trop jeunes.
Sarah faillit lui crier qu'elle aussi n'avait que 8 ans, mais se retint en fermant les yeux.
— N'en parle jamais à ton oncle. Fais comme si tu ne savais rien, d'accord ?
— Oui maman.
— Rose…
Son père avait fini par s'asseoir à côté d'elle.
— … est-ce que tu as déjà lu des livres sur la magie noire ?
— Lizerge !
— Non Sarah, notre fille n'est pas stupide. Il faut que l'on discute de ça avant sa rentrée à Poudlard, c'est important.
Sa femme serra les lèvres, caressant un peu plus les cheveux de leur fille. Rose voyait que sa mère avait le cœur meurtri, mais à part sourire de façon rassurante, elle ne voyait pas quoi faire d'autre. Elle finit par lever les yeux vers son père.
— Oui, j'ai déjà lu deux livres dessus.
— Lesquels ?
— Sur les Sortilèges Impardonnables… et sur les potions qui utilisent de l'âme pour être créées.
Un tremblement prit sa mère et elle lâcha quelques larmes. Lizerge, qui se devait d'être le parent gardant son sang-froid, continua de regarder son enfant.
— Qu'en as-tu pensé ?
— Je comprends qu'ils soient interdits c'est équivalent aux armes à feu Moldu ou aux anciennes pratiques de torture de leur civilisation. En moins fatiguant. C'est mal, bien sûr. Mais surtout le prix à payer pour chaque sort est très élevé la magie se charge d'elle-même de punir le lanceur. Je me demande juste qui a bien pu créer de tels sortilèges et s'ils ont toujours été si mauvais. Je ne vais pas te mentir, maman, les potions de magie noire sont très intéressantes. Je n'ai pas l'impression que tout est à jeter.
Sarah, qui essayait tant bien que mal de ne pas s'énerver, supplia son mari du regard.
— Je comprends ce que tu veux dire, Rose, répondit Lizergue. Mais peux-tu me faire une promesse ?
— Bien sûr.
— Tant que ta mère et moi ne t'aurons pas autorisée à pratiquer cette magie — hormis les Sortilèges Impardonnables, car ils sont totalement interdits — tu ne tenteras jamais de le faire seule. Tu peux me le promettre ?
— Oui papa. Je vous le promets, je n'y toucherai pas sans votre accord.
— Peux-tu… protéger Draco aussi, mon ange ? demanda sa mère, d'une voix un peu blanche.
— Oui, je vais essayer. Vous le connaissez, il est très têtu.
Sarah lui embrassa le crâne en la prenant dans ses bras. Un silence s'imposa entre eux un silence pendant lequel, au fond de son esprit, la petite voix s'éleva encore une fois.
« Deviens plus forte. »
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