Chapitre 2 : Rien n'est écrit.

Le train la fit sursauter. Pestant entre ses dents, Rose reprit sa marche aux côtés de son cousin. Sa longue robe volait derrière elle alors que ses pas se faisaient plus rapides. Sans quitter des yeux le dos de son père, elle tenait la main de Draco, de peur de le perdre dans l'immense foule. Ils avaient maintenant onze ans tous les deux. Leur famille s'était présentée en gare sans fausse modestie, forçant un peu les autres voyageurs à se pousser pour les laisser passer. Les deux enfants, tête haute, marchaient rapidement pour rejoindre le wagon qui semblait, aux yeux de leur parents, suffisamment propre et convenable pour leur progéniture. Les parents de Rose lui parlèrent avec douceur et amour, agenouillés à sa hauteur ceux de Draco demeurèrent droits et stricts. Les deux enfants s'étaient cependant habitués depuis longtemps à cette différence. Ils se contentèrent de hocher la tête en silence, enregistrant avec sérieux chaque recommandation. Puis les embrassades arrivèrent : un câlin très affectueux pour la jeune fille, une main sur l'épaule et un baiser sur le front pour son cousin. Une lueur de tristesse habitait le regard des adules. Pour la première fois en onze ans, ils se séparaient de leur enfant qu'ils avaient côtoyé et chéri quotidiennement. Après un moment où le temps sembla suspendu, les enfants montèrent dans le train, alors qu'un nuage de vapeur annonçait son départ imminent. Sarah eut du mal à contenir ses larmes et serra la main de Narcissa qui resta fière, regardant les portes se fermaient. Quand le dernier enfant referma la porte de son wagon, la locomotive rouge siffla et se mit en branle sous le regard ému, fier ou inquiet des parents sur le quai.

Marchant dans le couloir qui menait au compartiment, Rose ne lâchait pas la main de son cousin, sans pouvoir empêcher la sienne de trembler. Sa gorge était nouée et son estomac la faisait souffrir. Draco, sentant qu'elle n'allait pas bien, prit le premier compartiment vide et l'y installa avant de fermer la porte. Il s'assit à côté d'elle.

— Pourquoi trembles-tu ? Nous allons enfin à Poudlard. C'est tout bonnement merveilleux !

— Si je ne suis pas à Serpentard, que dois-je faire ?

Ses yeux emplis de doute rencontrèrent les iris gris de son cousin. Depuis maintenant une semaine, elle rêvait qu'elle avait fini à Poufsouffle ou Serdaigle, loin de son cousin et de ses amis. Elle ne parvenait plus à les voir, s'éloignait d'eux au point qu'ils ne lui adressaient même plus la parole. Sans parler de la honte dans le regard de son oncle et sa tante. Draco tapota sa main, essayant de la rassurer.

— Ne t'inquiète pas. Tu iras à Serpentard. Il ne peut en être autrement.

— Il existe quand même un risque. Envisage-la, et dis-moi sincèrement que tu ne me tourneras pas le dos.

— Je ne ferai jamais ça ! Tu es ma sœur, Rose.

Le cœur de la jeune fille se gonfla de bonheur, et elle ne put s'empêcher de sourire. Elle avait beau être trop mûre pour son âge, ses peurs primaires restaient celles d'une enfant de onze ans. Draco était toute sa famille le perdre serait bien trop douloureux. Le bruit de la porte qui s'ouvrait la fit sursauter. Le visage de Blaise émergea de l'ouverture, un sourire jusqu'aux oreilles.

— Eh bien, tu en fais une tête !

— Elle a peur de ne pas aller à Serpentard, lui annonça Draco.

— N'importe quoi ! On est comme les cinq doigts de la main, c'est évident que tu viendras avec nous, rigola leur ami en s'asseyant lourdement en face d'eux.

— Je ne suis pas très « Serpentard », tu le sais bien, argumenta quand même Rose.

— À qui tu feras croire ça, hein ? Même ton animal de compagnie est un serpent, et tu es aussi vicieuse et manipulatrice que lui. Tu es une pure Serpentard.

Rose eut du mal à contenir un rire. Draco leva les yeux au ciel, mais sourit quand même, ravi de voir sa cousine regagner sa bonne humeur. Pythie en profita pour venir sur les genoux de la jeune fille, alors que les garçons commençaient à débattre de leur futur projet au sein de l'école. Le sujet de Quidditch interpela aussi Rose elle avait adoré voler sur son premier balai. Elle voulait, avec Draco, faire partie de l'équipe de leur maison, même s'ils devaient pour cela attendre leur deuxième année. Alors que Draco déclamait fièrement une longue tirade, il s'interrompit brutalement et s'empressa d'ouvrir la porte du compartiment, révélant la silhouette d'un garçon de leur âge. De grosses lunettes rondes rafistolées à la va-vite trônaient au milieu d'un visage trop fin, dont le front était couvert par une tignasse noire.

— Bonjour, Potter, le salua Draco, la tête haute.

Rose bondit sur ses pieds, faisant tomber Pythie, qui mit quelques secondes à comprendre pourquoi il avait aussi violemment chuté. Il rampa derechef vers sa maitresse, qui le ramassa en tremblant. Le nom du nouveau venu l'avait faite frémir. Le dénommé Potter sursauta en voyant une seconde tête blonde apparaître derrière Draco. Ses yeux verts semblaient quelque peu perdus.

— Oh… bonjour, Malefoy.

— Tu le connais ? s'empressa de demander Rose.

— Oui. Harry et moi, on s'est rencontrés sur le chemin de Traverse. C'était le jour où tu étais occupée à la banque avec tes parents.

— Mince ! Je déteste louper ce genre de choses !

Le garçon maigrelet amorça un mouvement de recul. De toute évidence, il souhaitait plus fuir Draco que rester discuter avec lui. Rose supposa, avec une pointe d'agacement, que son cousin avait encore dû tenir un discours sur les nés-moldus ou les sangs-mêlés. Bien sûr, en tant que Malefoy, elle était pleinement consciente de sa supériorité sur le commun des sorciers. Ce n'était pas une mauvaise chose, c'était même… naturel : il fallait qu'il existe des forts pour protéger les faibles, comme il fallait des gens cultivés pour instruire les idiots. Cependant, elle restait hermétique au racisme et à la condescendance de son cousin. Elle ne lui en voulait pas : il n'y pouvait rien. Oncle Lucius était ce qu'il était, et son éducation avait fait le reste. Si ses propres parents n'avaient pas manifesté une plus grande ouverture d'esprit, peut-être aurait-elle également encensé les Sang-Pur. Reste que le dénommé Harry n'avait pas à en faire les frais.

Soudain, à nouveau, un léger voile s'ouvrit dans son esprit. Quelque chose murmura à son oreille.

« Deviens son ami. »

Elle écarta Draco et s'avança dans le couloir, avant de tendre la main vers le garçon.

— Enchantée. Je m'appelle Rose Malefoy tu connais déjà mon cousin Draco. Excuse-le si jamais il t'a dit des choses stupides, c'est tout à fait son genre.

— Hey ! protesta l'intéressé. Rose, ne me ridiculise pas ainsi !

— Vous êtes cousins ? s'étonna Harry. Vous vous ressemblez tant !

— Oui, je sais, sourit fièrement la jeune fille.

Harry sourit, plus à l'aise, et finit par serrer sa main. Avec une légère réticence, il fit de même avec Draco. Au même instant, un garçon roux apparut derrière lui, faisant sursauter la jeune fille. Draco pesta entre ses dents.

— Weasley.

— Malefoy…

— Oh, tu es un Weasley ! s'exclama Rose. J'ai vu le nom de ta famille dans l'arbre des Sang-Pur. Enchantée ! Je suis Rose, et voici Draco. Ravie de rencontrer un confrère d'une famille aussi vieille que la nôtre. Quel est ton nom ?

— Euh… Ron.

Le rouquin, l'air tout aussi perdu que Harry, la regardait comme si elle venait d'incanter une formule aussi alambiquée qu'incompréhensible. Draco inspira entre ses dents, les yeux fixés sur sa cousine.

— Tu peux arrêter de faire « ami-ami » avec les traîtres à leur sang, s'il te plaît ?

Le regard que lui lança Rose le réduisit au silence.

— Draco, on en a déjà parlé.

— Oui, mais…

— Je ne veux pas le savoir. J'ai beau adorer ton père, ce qu'il pense des familles qui se mélangent au Moldus ou des nés-Moldus est complètement stupide et n'a pas lieu d'être à notre époque. Seuls comptent l'intellect et le respect accordé à nos ancêtres. Et tu fais honte aux nôtres à réagir aussi vulgairement. Harry et Ron échangèrent un regard, surpris par la véhémence de la jeune fille. Draco serra les dents et se grandit comme il le pouvait.

— J'ai compris. Je ne dirai rien, mais ne m'oblige pas à devenir ami avec… lui.

Il désigna Ron. Sa cousine leva les mains en signe de paix.

— Je ne t'oblige à rien, mais sois un minimum poli, d'accord ?

— D'accord… Potter, en ce qui te concerne, être ton ami ne me dérange absolument pas.

Sur cette dernière phrase, il referma la porte du compartiment, sous les yeux éberlués de Blaise. Rose sourit aux deux garçons.

— Tu es plus sympa que lui, lâcha Ron.

— Il n'est pas méchant, juste têtu. Si vous arrivez à comprendre ce qu'il dit sous ses magnifiques phrases pompeuses, vous verrez qu'il est sympa.

— Je t'entends, Rose ! hurla Draco depuis son siège.

— Tu as l'air de beaucoup l'aimer, remarqua Harry avec un petit sourire.

— Oui, on est quasiment nés le même jour et on ne s'est pas séparés depuis. C'est ma seule famille.

Le commentaire sembla toucher Harry. Il se hâta de changer de sujet.

— Tu veux aller dans quelle maison ?

— J'irai à Serpentard, affirma-t-elle. C'est là qu'iront Draco et mes amis.

— Serpentard est la pire des maisons, répliqua Ron. Il n'y a que des mages noirs là-bas.

Le sourire de Rose s'effaça net. Elle dévisagea le rouquin, hautaine.

— C'est très… étroit d'esprit de penser de cette manière, Weasley.

— Pardon ?

— On ne naît pas mage noir, on le devient. Si certains d'entre eux étaient d'anciens Serpentard, c'est parce qu'ils manifestent des traits et un caractère que la maison reconnaît plus que les autres. Comme l'ambition, et un certain attrait pour la puissance.

Elle croisa les bras.

— Mais au départ, c'étaient des gens doués, déterminés à repousser toujours plus loin les limites de la magie. Beaucoup étaient dingues, et rien ne pouvait leur éviter Azkaban. Mais d'autres… si on les avait guidés, au lieu de les stigmatiser à cause de la réputation de leur maison… peut-être qu'ils auraient emprunté une autre voie que celle qu'on estimait toute tracée pour eux.

Ses yeux demeuraient fixés sur le garçon.

— C'est stupide de penser que tout le monde dans les autres maisons est gentil et chaleureux. Il y a du bon et du moins bon partout. Alors évite d'insulter l'endroit qui sera mon deuxième chez-moi, s'il te plaît.

La mâchoire du rouquin se décrocha.

— Elle n'a pas tort, Ron… lui souffla Harry, tout aussi impressionné.

— Mais… t'as quel âge ? s'exclama l'intéressé, plus surpris que vexé à l'idée d'avoir été sermonné par une fille de son âge.

— Onze ans, comme vous, rit-elle.

Elle les regarda avec affection. Bizarrement, elle se sentait nostalgique, comme si elle venait de retrouver des amis qu'elle connaissait depuis toujours. Elle leur désigna le compartiment derrière elle.

— Et si on s'asseyait pour discuter ?

Les deux garçons échangèrent un regard incertain.

— Comment il s'appelle ? demanda Harry.

— Pythie, répondit fièrement Rose. C'est une couleuvre albinos.

Elle lui sourit.

— Tu n'avais jamais vu de serpent avant ?

— Une seule fois, marmonna-t-il. Au zoo.

Il s'était légèrement assombri. Elle se hâta de changer de sujet.

— Ton Hedwige est magnifique aussi.

— J'aurais bien aimé avoir une chouette ou un hibou, lâcha Ron, envieux. Mais mes parents ne pouvaient… enfin, mon frère Percy m'a donné Croûtard.

De sa poche, il sortit un gros rat gris. Le vieux rongeur dormait à poings fermés. À sa vue, Blaise se mordit la lèvre. Draco, lui, explosa de rire.

— C'est ça ton familier, Weasley ? Donne-le à manger à Pythie, va ça vaudra toujours mieux que…

— Ça suffit ! tonna Ron en bondissant.

Ils sursautèrent tous. Les yeux du rouquin tremblaient comme s'il allait pleurer, et ses oreilles étaient écarlates.

— Tu crois quoi, Malefoy ? Que je n'aimerais pas avoir une belle robe et ma propre baguette ?! Que ça me plait de tout partager avec mes frères et de n'avoir rien à moi ?

Un silence s'installa. Rose tendit Pythie à Harry et saisit doucement le bras de leur ami, avant de s'assoir à ses côtés.

— Ta famille est... pauvre ?

— J'ai cinq grands frères et une petite sœur. On est juste trop nombreux, lâcha Ron, honteux.

Sept enfants ! Elle n'aurait pu imaginer vivre dans un tel milieu. Pas étonnant que ses parents n'aient pas les moyens. Elle se demanda si elle l'avait croisé au Chemin de Traverse sans le voir. Qu'avait-il pu éprouver là-bas, face aux robes splendides et aux objets neufs dans les vitrines ? Aux côtés d'autres enfants à qui l'on offrait ce qu'on estimait de mieux pour eux ? Sachant qu'il n'aurait jamais cette chance et qu'il devrait se contenter des miettes que ses aînés lui laissaient ?

— Ce n'est pas ta faute, reprit-elle à voix haute. On t'aidera. Je te donnerai des fournitures scolaires, et Draco pourra te donner ses anciennes robes.

Elle le rassura immédiatement.

— Même si elles sont vieilles, elles sont comme neuves. Elles n'ont même pas une tache. C'est à croire qu'il ne les a jamais portées ! Et Blaise pourra aussi t'aider, n'est-ce pas Blaise ?

Choqué, Blaise mit quelques secondes à réagir, puis acquiesça. Pas Draco.

— Je ne vois pas pourquoi je devrais l'aider !

— Tu l'as presque insulté sans raison ! fulmina sa cousine. On ne choisit pas la famille dans laquelle on nait, et toi et moi avons beaucoup de chance d'être nés Malefoy, Draco !

Elle lui adressa un regard féroce.

— Si un jour nos parents ont des problèmes, on pourrait se retrouver dans la même situation. Ça te plairait peut-être qu'on te parle ainsi ?

Son cousin pâlit et fixa Ron, qui détourna les yeux sans pouvoir retenir ses larmes. Les poings serrés, Draco inspira longuement, puis ouvrit son sac posé à côté de lui avant de tendre à l'autre garçon un kit comportant des parchemins, des plumes et de l'encre.

— Tiens. Prends-en soin, je ne donne pas ça à n'importe qui.

Ron écarquilla les yeux, indécis. D'un geste tremblant et maladroit, il examina le cadeau. Jamais il n'avait vu une si belle plume, ni un parchemin aussi doux.

— T'as intérêt à les utiliser, lâcha Draco, de nouveau hautain. T'es déjà pauvre, alors ne deviens pas stupide.

— Merci.

La gratitude de Ron était sincère. Il essuya maladroitement ses larmes. Il se promit de travailler dur pour pouvoir, un jour, s'offrir de telles merveilles, rembourser Draco, et ne plus jamais avoir honte. Harry sourit.

— Au fond, tu peux être sympa, Malefoy.

Rose et Draco se retournèrent en même temps. Blaise éclata de rire.

— Appelle-les par leur prénom, sinon tu ne t'en sortiras jamais. Crois-moi.

— Je peux ? demanda joyeusement le garçon.

— Bien sûr ! répondit Rose.

— Tu resteras Potter pour moi, lâcha son cousin d'une voix traînante… mais oui, tu peux m'appeler Draco.

— Moi aussi ? s'enquit timidement Ron.

Ils acquiescèrent en cœur, et un sourire éclatant apparut sur le visage du rouquin. Quand le chariot passa à midi, Draco paya pour tout le monde et Rose offrit deux Chocogrenouilles de plus à Ron. Leurs rires et leurs discussions se firent entendre jusque dans le couloir, si bien qu'un préfet dut intervenir. Quand il se révéla que le préfet en question était le frère de Ron, et que l'ambiance restait bon enfant, il repartit en leur demandant simplement de baisser le ton. Rose ne pouvait s'empêcher de jouer le rôle de l'aînée. Elle prodiguait de nombreux conseils à ses nouveaux amis, parlait de livres, d'animaux fantastiques et de potions. Harry et Ron l'écoutaient avec beaucoup d'intérêt, ce qui rendait Draco fier comme un coq.

— Hé, c'est ta cousine, pas ta fille, plaisanta Blaise.

En guise de réponse, il reçut un sucre d'ogre en plein front. Il faisait déjà nuit quand le train s'arrêta enfin. Ils s'extirpèrent du wagon en portant leurs valises à grand-peine à peine eurent-ils posé le pied sur le quai qu'une gigantesque silhouette les apostropha.

— Les première année, par ici, suivez-moi !

Rose avança timidement, impressionnée par le colosse à la barbe hirsute qui adressa un clin d'œil à Harry.

— Ça va ? Tu as fait un bon voyage ?

— Bonsoir Hagrid, le salua le garçon. Ça allait.

— Tu le connais ? s'étonna Blaise.

— C'est lui qui est venu me chercher.

— Chez toi ? demanda Draco.

— J'aurais préféré, grommela Hagrid. Mes affaires ont mis une éternité à sécher à cause de la tempête.

— C'est lui qui m'a dit que les sorciers existaient. Je ne savais même pas que j'en étais un !

— Mais ta famille est de sang pur non ?

— Euh… j'ai été élevé par mon oncle et ma tante qui sont des Moldus…

À la surprise générale, sa voix avait tremblé. Il détourna rapidement le regard. Rose en profita pour mieux l'observer et fut choqué par son physique. Elle l'avait cru mince elle s'apercevait maintenant qu'il était bien plus maigre qu'elle l'avait supposé. Il semblait fragile, et son teint bien trop pâle lui donnait l'air malade, comme s'il n'avait pas l'habitude de voir le soleil. Ses habits moldus étaient usés et bien trop grands pour lui. Pourtant, il ne manquait pas d'argent elle s'en était rendue compte quand il avait sorti sa bourse dans le train, avant que Draco n'offre les friandises de chacun. Le garçon se reprit alors qu'ils s'engageaient à la suite du géant en compagnie des autres enfants.

— Je n'ai jamais connu mes parents. On m'avait dit qu'ils étaient morts dans un accident de voiture quand j'étais petit. C'est Hagrid qui m'a dit qu'en fait, ils avaient été tués par Vol-

— Vous allez bientôt apercevoir Poudlard ! tonna Hagrid à la tête de la procession.

Les enfants poussèrent un cri émerveillé. Accroché au sommet d'une montagne, un immense château surplombait le grand lac noir qui s'étendait désormais devant eux. Le cœur de Rose se mit à battre à tout rompre.

Enfin.

— SERPENTARD !

Rose applaudit à tout rompre. Le Choixpeau avait à peine eu besoin de frôler les cheveux de son cousin pour prendre sa décision. L'air satisfait, il se dirigea vers sa nouvelle maison en lui adressant un signe de la main.

« À tout de suite », lut-elle sur ses lèvres.

Elle se sentait en confiance. Même quand les bougies flottantes avaient fait briller ses yeux, quand la foule s'était retournée sur leur passage, elle était restée droite et fière, sans une once de peur dans le regard. Même la vision du grand Dumbledore, le directeur de l'école, n'avait pu l'intimider. L'ambiance qui se dégageait de la Grande Salle emplissait son âme de joie. À côté du Choixpeau, la grande sorcière à la longue robe émeraude déchiffra le prochain nom de sa liste.

— Malefoy, Rose ! l'appela la professeure McGonagall.

Le cœur battant, elle s'avança et s'assit sur le tabouret, bien droite. Elle sentit l'étrange couvre-chef se poser sur ses magnifiques cheveux.

— Oh ! Eh bien, quelle étrange… âme…

Rose sursauta et leva les yeux.

— Explique-toi.

— Tu es bien spéciale petite. Une grande intelligence, un cœur pur, et quelle… maturité.

Rose sentit son cœur se figer.

— Avant que tu ne dises quoi que ce soit, j'irais à Serpentard.

— Ola, tu n'es clairement pas une Serpentard !

— Je m'en contrefiche, envoie-moi a Serpentard.

Malgré le ton sûr qu'elle voulait aborder, elle ne put empêcher sa voix de trembler. Sa petite voix avait surgi, violemment cette fois-ci, comme si la situation devenait dangereuse, pressante.

« Va à Serpentard. Va à Serpentard. VA À SERPENTARD ! »

Le message était clair. Elle ne devait en aucun cas se séparer de son cousin. Le Choixpeau bougea sur son crâne. Elle aurait pu deviner qu'il aurait froncé les sourcils s'il en avait eu.

— Ton entêtement est étrange. Tu es douce, attentionnée, chaleureuse et loyale —oh oui, d'une loyauté sans pareille. Sans doute trop fière… il ne faudra pas laisser ton ego dicter tes actes. Poufsouffle ou Serdaigle te conviendraient bien mieux.

— Je ne veux rien savoir, Choixpeau. Je dois aller à Serpentard. C'est une décision prise depuis longtemps, et c'est trop important pour qu'un objet comme toi puisse le comprendre.

— Tu es très autoritaire… Je conçois que c'est une caractéristique très Serpentard, mais…

— J'ai dit. Ne discute pas !

Il y eut un murmure dans les tables proches. Elle avait élevé la voix heureusement, personne ne semblait avoir entendu son cri du cœur. Elle croisa le regard de Harry, inquiet, qui semblait vouloir comprendre pourquoi son visage semblait si… contrarié. Le Choixpeau soupira.

— Tu vas à l'encontre de ce que tu es. Ton cœur va souffrir. Tu vas passer sept ans, seule, entourée de personnes qui ne te correspondent pas.

— Qu'en sais-tu ? Une personne comme moi ne peut aller qu'à Serpentard. C'est l'évidence même.

Il y eut un blanc. Les mains de Rose étaient crispées sur le tabouret. Elle avait préparé ce moment, élaboré des discours qu'elle aurait assené au Choixpeau. Elle ne s'en souvenait même plus. Sa confiance s'était envolée ne demeurait que cette peur monstrueuse. La voix en elle lui hurlait presque qu'elle devait aller à Serpentard, comme si c'était une question de vie ou de mort. Elle sentait au plus profond de son esprit que sa répartition jouait un rôle clef. Dans quoi ? Elle l'ignorait, mais c'était important. Vraiment important. McGonagall finit par se pencher vers eux, le visage inquiet. Puis le Choixpeau se redressa et cria.

— SERPENTARD !

Rose reprit son souffle, qu'elle avait bloqué inconsciemment. A peine la professeure lui ôta-t-elle le couvre-chef qu'elle se précipita vers Draco. Elle lui attrapa le bras, tremblante. La voix s'était tue, et une vague de soulagement la parcourut. Quand enfin l'écusson de Serpent se matérialisa sur sa robe et que ses vêtements se parèrent de la couleur verte caractéristique, elle se calma et savoura la salve d'applaudissements saluant son arrivée. Draco lui sourit.

— Je t'avais bien dit que tu serais avec nous.

— Oui, tu avais raison.

Elle avait poussé l'objet à faire ce qu'elle souhaitait. Il y aurait bien sûr des conséquences. Mais, pour le moment, rien ne comptait plus que d'être assise à la même table que son frère. Il se hâta de lui présenter ses nouveaux camarades : Vincent Crabbes et Gregory Goyles, dont les parents connaissaient Lucius. Les deux garçons semblaient vouloir à tout prix être leurs amis. Ils furent bientôt rejoints par Theodore Nott, que Draco salua comme son égal avec une grande politesse Rose l'imita, surpris. Vint ensuite une jeune fille du nom de Pansy Parkinson, qui adressa à Draco un sourire enjôleur —ce qui fit beaucoup rire sa cousine. Les présentations allaient si bon train qu'ils ne notèrent pas le silence qui se faisait autour d'eux. Le hurlement du Choixpeau les fit sursauter.

— SERPENTARD !

Une ovation monstrueuse s'éleva de la table alors que Harry Potter s'approchait d'eux sans hésitation. Rose sentit des sueurs froides courir dans son dos. Elle avait l'étrange impression que le garçon n'était pas à sa place, qu'il n'aurait pas dû se trouver parmi eux en cet instant. Elle secoua la tête pour chasser ce sentiment, et lui adressa un grand sourire en lui laissant une place à côté d'elle. En levant les yeux, elle croisa ceux de Ron parmi les enfants qui attendaient leur répartition. Paniqué, son regard allait de leur table à celle de Gryffondor.

— Weasley va aller à Gryffondor, annonça Draco.

— Il pourrait très bien venir ici, répliqua précipitamment Harry.

— Non, Potter. Toute sa famille est à l'autre table, il n'aura pas le choix.

— Ne t'en fais pas, le rassura Rose. Il restera quand même notre ami.

Draco avait hélas raison. Il ne fallut qu'un instant au Choixpeau pour envoyer le rouquin rejoindre sa fratrie étrangement, la nouvelle ne sembla pas réjouir le jeune Weasley, qui partit s'assoir aux côtés de ses frères. Draco dévisagea ses camarades.

— C'est…

Il se racla la gorge avec une grimace, comme s'il avait avalé de travers.

— … une connaissance à nous, et un ami de ma cousine. Interdiction de s'en prendre à lui.

Les autres hochèrent la tête. Rose ne put cacher un sourire. Il n'avait pas fallu longtemps à Draco pour s'imposer en tant que meneur de leur petit groupe.

Blaise fut l'un des derniers de la file à passer c'est avec un sourire réjoui qu'il rejoignit ses amis en arborant les couleurs de leur maison. Enfin, la Répartition s'acheva. Quand un superbe banquet se matérialisa sur leur grande table, les Malefoy mirent brièvement de côté leur éducation et se laissèrent aller, euphoriques, parlant et riant toute la soirée durant avec leurs nouveaux amis comme si aucune barrière n'existait entre eux. Lorsqu'il fallut envisager de rejoindre les dortoirs, Ron ne put s'empêcher de venir les voir, provoquant quelques regards surpris de la part des années supérieures.

— Dites, Harry, Rose, Blaise, Draco...

Il marqua une pause.

— On… on est toujours amis, hein ? Je voulais venir avec vous, mais tous mes frères sont Gryffondor, et aussi…

— Doucement, Ron, le rassura Rose, non sans un sourire amusé. On le sait. On ne peut pas décider de tout.

— Ne t'en fais pas. J'ai entendu dire qu'on aurait des cours en commun et des heures de libres, fit Harry. On pourra se voir !

Ron sembla assez soulagé, mais Rose, elle, ne pouvait s'empêcher de regarder d'un œil critique les personnes autour d'eux. Ce n'était pas seulement Serpentard qui les observait ainsi, mais les Gryffondor aussi. Elle n'avait jamais senti autant d'animosité, de rancœur et de haine au même endroit. Oh, bien sûr, les hommes qui venaient souvent chez son oncle n'étaient pas en reste, mais ce ressentiment n'était pas dirigé contre elle. C'est en voyant des aînés de Gryffondor venir rapidement vers Ron qu'elle eut soudain un peu peur.

— Tu fais quoi Weasley ? fit sèchement l'un des garçons. Ne traine pas avec eux.

— Mais… ce sont mes amis ! s'indigna le rouquin.

— Plus maintenant. Ce sont des Serpentard, les pires qui soient. Viens, maintenant.

— De quel droit osez-vous nous parler de la sorte ?!

Rose s'était interposée, soudainement très en colère. Le préfet de Serpentard, alarmé, s'approcha rapidement.

— Que se passe-t-il ? Ne trainez pas, les premières années.

— Ron est notre ami, poursuivit la jeune blonde. Vous n'êtes personne pour juger notre relation. Restez à votre place.

Son ton cinglant fit sursauter les deux lions. Adressant un regard complice à Ron, elle finit par suivre le groupe avec ses amis, laissant en plans les sixièmes années. Harry ne put s'empêcher de jeter un dernier regard vers son ami, avant de le perdre de vue quand il rejoignit ses frères.

— Je m'inquiète pour lui…

— Ça ira, ses frères sont avec lui. Il n'aura rien à craindre, lui sourit Rose.

Les cachots étaient l'endroit le plus étrange que Rose ait vu. Sous le lac, tout était en pierre. Évidemment, les couleurs et le mobilier rendaient la pièce très noble et confortable, mais elle ne pouvait s'empêcher de craindre une inondation ou un froid mordant l'hiver. Cependant elle haussa les épaules, se disant que la magie règlerait le problème. Dans le dortoir, elle vit ses valises et Pythie sur son lit, juste à côté de celui de Pansy. Ravie d'être avec une amie, elles papotèrent gaiement en rangeant leurs affaires. Un peu plus tard, elle apprit que Blaise, Harry et Draco partageait eux aussi le même dortoir, chose dont son cousin ne put s'empêcher de se vanter.

Le lendemain, les premiers cours débutèrent enfin. Elle fut ravie de constater que sa maison partageait le cours de potion avec les Gryffondor Blaise avait d'ailleurs gardé une place pour Ron à côté de lui. Évidemment, les chuchotements et autres regards mauvais s'étaient élevés, mais ils s'étaient vite tus suite à l'arrivée fracassante de Rogue en classe. Très vite, il se tourna vers Harry et l'assaillit de questions. Mal à l'aise face à une telle animosité, le jeune garçon bafouillait sans comprendre la raison de cette colère. Draco, au pupitre d'à côté, fronça les yeux en fixant son parrain quand ce dernier posa une troisième question bien trop difficile pour un néophyte, il leva la main et répondit à la place de Harry. Son intervention sembla vexer profondément Rogue, mais il accepta sa réponse sans pour autant accorder le moindre point à leur maison.

— Mais… qu'est-ce que j'ai fait ? chuchota Harry en sortant du cours.

— Va savoir… répliqua Draco sur le même ton. C'est pas son genre d'agir aussi bizarrement.

— Tu le connais ?

— C'est mon parrain.

— Les questions qu'il t'a posées sont au moins d'un niveau de troisième année ! s'indigna Ron.

— Comment vous avez fait pour y répondre d'ailleurs ? s'enquit Blaise en se tournant vers les cousins.

— Rogue nous a donné des cours avant la rentrée, expliqua Rose. Ça ne nous a pas dérangés : Draco et moi, on adore les potions depuis tout petit. Mais oui, il a été trop dur. Son comportement n'était pas digne d'un professeur.

— Dès que j'en aurais l'occasion, j'irai le voir, annonça Draco. Sans toi, Rose, évidemment.

— Quoi ? Mais pourquoi ?

— Parce qu'à chaque fois que vous êtes l'un en face de l'autre, vous passez votre temps à vous disputer. On dirait un combat de chien.

— À ce point-là ? S'étonna Harry.

— Rose se méfie de Rogue comme de la peste.

— Evidemment que je me méfie de lui ! Il est un prodige de l'Occlumancie !

Des regards interrogateurs la scrutèrent.

— L'Occlumancie et la Legilimancie sont la capacité de lire dans l'esprit des autres quand on les regarde dans les yeux, et aussi de fermer son esprit à toute attaque extérieure, expliqua-t-elle. Je l'ai lu dans un bouquin. Je déteste son regard, il est capable de tout savoir en fouillant dans notre tête sans notre permission !

Ron avala sa salive.

— Plus jamais je ne le regarderai dans les yeux.

— Flippant, l'appuya Blaise.

— Je t'ai déjà dit qu'il ne lira pas dans ton esprit sans ton autorisation Rose, tenta Draco.

— Je ne le crois pas, point final. Il est trop… étrange.

Tous hochèrent la tête, sauf Draco qui soupira. Obligés de se séparer de Ron pour la fin de matinée, ils purent cependant le retrouver à leur premier cours de Quidditch. Pour les Malefoy, la partie était gagnée d'avance Blaise eut un peu plus de mal, tout comme Ron. Harry, lui, se débrouillait plutôt bien. Un accident les priva vite de leur professeur, madame Bibine, qui dut accompagner un certain Londubat à l'infirmerie. Le jeune Gryffondor n'avait pas réussi à contenir son balai, qui s'était emballé quand il l'avait jeté sans politesse. Draco se tourna vers Harry en souriant.

— Faisons une course, Potter !

— Draco, on n'a pas le droit de voler sans…

— Oh, on a peur Potter ? On ne peut pas tenir sur un balai tout seul ?

Pour toute réponse, Harry monta sur le balai en même temps que lui. Rose soupira en les voyant prendre position.

— Ils me fatiguent…

Ils décolèrent à toute allure, passant dans les anneaux qui avaient été disposés avant de faire du rase-mottes. Au sol, tout le monde s'ébahissait devant leurs prouesses Rose n'était pas la moins surprise. Elle savait que Draco était doué — cela faisait un an qu'ils volaient tous les deux — mais Harry avait été élevés par des moldus. Ce devait être la première fois qu'il montait sur un balai ! Une autre jeune fille se posta non loin de Rose et soupira en regardant les garçons.

— On va se faire disputer avec leur bêtise.

Rose baissa les yeux vers elle. C'était une jeune Gryffondor, aux cheveux aussi épais que la crinière de l'animal de sa maison. Elle fouilla dans sa mémoire elle avait entendu son nom lors de la Répartition… enfin, son visage s'éclaira.

— Oh, tu es Granger, c'est ça ?

— Exact ! Hermione Granger.

Rose jeta un regard sur le balai qu'elle tenait dans sa main. Il ne lui avait fallu que quelques essais.

— Tu es douée ! Tu as déjà volé avec un balai ?

— Pas du tout. Mes parents sont des moldus.

Rose tressaillit et regarda autour d'elle heureusement, personne ne l'avait entendue. Elle s'approcha de l'autre jeune fille et murmura.

— Fais attention, certaines personnes risquent d'être vulgaires avec toi... À cause de…

— Ah oui, je sais. J'ai déjà eu droit à quelques remarques… Ne t'en fais pas, je m'en fiche.

Bien qu'elle cherchât à le cacher, Rose vit bien le regard de la jeune lionne trembler. Elle posa sa main sur son épaule.

— Si tu veux être protégée, demande à Ron Weasley, il est sympa. C'est un ami à nous.

— Vous êtes amis avec des Gryffondors ? fit-elle, très surprise.

— Oui en fait, à part Ron, on est tous Serpentard. Il était un peu triste de ne pas nous rejoindre… mais ça n'a pas d'importance, l'amitié est plus forte que ça.

Une lumière s'alluma dans les yeux de Hermione. Elle marqua une brève hésitation, puis inspira.

— On peut être amies aussi ? On pourrait réviser ensemble à la bibliothèque ?

— Bien sûr ! J'adorerais !

Folles de joies, elles continuèrent de parler de cours et de livres — Hermione semblait déjà avoir dévoré une bibliothèque — tandis que les autres restaient concentrés sur la danse aérienne de Draco et Harry. Aucun des groupes ne vit McGonagall arriver.

— Mais que faites-vous ? tonna la professeure.

Arrêtant immédiatement leur course, les fautifs atterrirent devant elle sans oser lever les yeux.

— Votre professeure s'absente et vous ne trouvez rien de mieux à faire que de voler sans surveillance ! tonna-t-elle. Vous méritez une punition exemplaire !

— Mais madame, je sais voler ! s'offusqua Draco.

— J'ai vu, monsieur Malefoy, j'ai vu ! Tout comme votre camarade Potter. Cela ne change rien au fait que vous avez désobéi.

Un silence gêné s'installa.

— Cependant… reprit McGonagall, songeuse. Vos aptitudes sont pour le moins… remarquable, jeunes hommes.

Cette fois-ci, ils relevèrent la tête, assez fiers.

— Venez avec moi, leur intima-t-elle en tournant les talons. Je vais vous présenter au capitaine de votre équipe de Quidditch.

Ils lui emboitèrent le pas, incrédules. Ron et Rose ramassèrent leurs balais.

— Vous croyez qu'elle va… ? s'interrogea le rouquin, des étoiles dans les yeux.

— Ils ne vont quand même pas faire partie de l'équipe de Quidditch, dès leur première année ?! s'étonna Blaise.

— Ce serait une première depuis au moins un siècle ! s'exclama Hermione.

— On dirait bien que si… et c'est génial ! sourit Rose, regardant le dos des deux garçons s'éloigner.