Salut salut ! Je me lance dans une nouvelle histoire et je lâche un peu One piece pour le moment ! Ça fait un petit moment que cela me trotte en tête, du coup, je me lance. J' écris avant tout pour mon propre plaisir ! Mais si d'aventure, vous avez un avis, n'hésitez pas à me le faire connaître via une review ou un message.
Voilà Voilà, à plus ! 0/
Chapitre 1 - Colère
Ses doigts pâles effleurèrent la surface lisse. Les rayons du soleil traversaient le cristal démultipliant sur sol les reflets bleutés. Il parcourut un instant les pétales de lumière qui s'épanouissait sur le marbre du sol puis se recula. Il admira le grand cristal dont la transparence laissait deviner les deux silhouettes humaines qui reposaient en son sein, prisonnières depuis plus d'un an désormais.
Une expiration resta coincée en travers de sa gorge. Le silence qui régnait dans la salle du cristal devint écrasant. Il ne pouvait plus respirer. L'impression d'étouffer revenait, encore. Il balaya la salle d'un regard. Il ne supportait pas ces gens qui traversaient les contrés dans un pèlerinage pieu. Il ne supportait plus de tous les voir s'agenouiller devant eux et prier pour leur repos.
Il ne supportait plus de la voir enfermée aux côtés de ce traître qui avait essayé de la lui ravir. Finalement, il devait admettre que d'une certaine façon, il y avait réussi. Il était enfermé dans ce fichu cristal avec elle quand lui ne pouvait que subir cette vision. Il serra ses poings avant de se détourner et de rejoindre les larges marches flambant neuves qui menait au sanctuaire où ils reposaient tous les deux. Un coup d'œil par-dessus son épaule, il détailla une dernière fois le visage endormi et les cheveux éparpillés, prisonniers de la pierre.
Dans le corridor, les bavardages résonnaient. Un groupe de gardiens discutait joyeusement sur le pas de la porte d'un elfe aux cheveux argentés. Toutes ces nouvelles recrues le rendaient maussade. Eux aussi, il ne les supportait pas. Ils étaient frais, heureux, ils n'avaient pas connu la guerre, la mort, les lourdes pertes. La liste était longue et dure à dresser. Et, même s'ils n'y étaient pour rien, il leur en voulait, car lui a à peine vingt-cinq ans était rompu par les combats et chef de garde. Cela faisait longtemps qu'il avait perdu leur fougue, leur naïveté et leur idéalisme. Il soupira, il avait besoin d'air. D'un pas pressé, il traversa le hall encore en pleine rénovation et sortit.
Sur le marché, l'agitation était à son comble, de nombreuses races étaient présentent, devisant, échangeant. Ce mode de vie était devenu son quotidien, mais jamais il n'aurait pensé s'y accoutumer aussi bien quand il est arrivé à la garde d'Eel. Il s'arrêta un instant, puis dans la foule compacte, il repéra une chevelure bleue. Il s'avança jusqu'à l'échoppe de Purral où Ezarel était en grande négociation avec le purreko. Il patienta en silence jusqu'à ce qu'Ezarel soit satisfait du prix que lui proposa Purral pour l'incroyable collier de pierres dont il se séparait. D'un signe de tête, la vente s'acheva et les pièces d'or changèrent de bourse. Ezarel rangea l'argent et se retourna vers son ami.
« Merci d'avoir attendu Nevra. Punaise, il est toujours aussi dur en affaires, fit l'elfe avec une grimace.
- Ils sont tous comme ça.
- Tu as raison.
- Besoin d'argent ?
- Oui, je commence à penser à un départ. »
Nevra s'arrêta net, ses traits blanchirent sur le coup de la nouvelle. « Oh non, pas lui », songea-t-il. Ezarel continua quelques pas avant de ralentir et de se tourner vers lui.
« Non. Toi aussi ? »
Le regard de l'elfe lui fit comprendre que c'était bien le cas. Nevra le dévisagea puis croisa ses bras sur sa poitrine. « Tu ne fais pas que commencer n'est-ce pas ? »
Ezarel tressaillit puis baissa le menton légèrement. Le vampire sut qu'il avait vu juste. Son ami avait mûrement réfléchi.
« Depuis quand ?
- Depuis celui de Miiko. Je ne me sens plus à ma place ici, tous ceux avec qui j'ai combattu s'en vont. Keroshane aussi a quitté le QG aussi.
- Moi je reste.
- Oui, mais cela ne tient pas qu'à cela…
- Tu veux parler d'Erika, de son sacrifice ? »
L'elfe resta interdit. La conversation devenait dangereuse, Ezarel préféra se taire que d'aborder la question d'Erika avec Nevra. Il savait que l'existence du vampire s'apparentait davantage à de la survie qu'à autre chose, et cela, depuis la dernière bataille. Ezarel respira à fond.
« Entre autres, mais je ne me vois pas assumer des responsabilités. Plus maintenant.
- Pourtant je…
- Oui Nevra, toi, tu y arrives. Tu mènes la garde de l'ombre, égale à toi-même. Moi, je ne peux plus. Pas en sachant que sous ma responsabilité l'ensemble de ma garde peut frôler le pire. »
Nevra serra les poings. Ezarel prenait la fuite et lui se retrouverait bientôt seul, coincé par cette offre qu'il avait déjà acceptée. Ezarel continua.
« Enfin, je ne pense pas supporter voir ce salaud de Lance libre. Et je sais que ce n'est plus qu'une question de jours avant que Huang Hua permette sa libération. »
Les bras de Nevra retombèrent le long de ses flancs et ses yeux s'écarquillèrent. Les sourcils de l'elfe se soulevèrent.
« Tu n'étais pas au courant ? Demanda-t-il.
- Non, rétorqua Nevra sèchement. Comment l'as-tu su ?
-Huang Hua me l'a dit elle-même.
- Et son procès ?
- Il aura bien lieu, mais elle a déjà décidé de son issue.
- Que signifie cette mascarade ?
- Si les juges ne se rangent pas à ses côtés, j'espère qu'elle suivra leur décision… Mais j'ai peur qu'elle décide bel et bien de le libérer. »
Nevra planta son ami sur place qui ne chercha même pas à le retenir. Il tourna les talons et prit la direction du bâtiment central. L'annonce d'Ezarel lui avait fait l'effet d'un fer chauffé à blanc. Après tout ce qui c'était passé, tous les sacrifices, elle allait permettre à ce traître, ce meurtrier, de réintégrer la garde…
Il traversa les jardins sans un regard pour les habitants et les voyageurs qui s'arrêtait à son passage et monta quatre à quatre les grandes marches de l'entrée du hall. Les appartements du phénix avaient été installés plus à l'écart. L'aile dominait les falaises et surplombait l'océan. C'était l'un des seuls secteurs du quartier général qui n'avait pas subi de dommages lors de la bataille. Nevra ignora royalement les gardiens qui surveillaient le corridor et s'arrêta devant une porte de bois sombre décorée d'arabesques dorées. Il sentit les deux gardiens se tourner vers lui et s'approcher à pas lents. Leurs lances s'abaissèrent devant la porte pour en barrer l'accès.
Sans se laisser envahir par le renoncement, il posa sa main sur la poignée circulaire et sans un regard pour eux leur lança :
« Je vous conseille de me laisser entrer, je veux seulement avoir une discussion. »
Les deux gardes Fenghuang se pétrifièrent et le regardèrent entrer sans laisser échapper un bruit. L'odeur d'encens le prit à la gorge, accentuant sa nervosité. De lourdes tentures coupaient la pièce en deux plongeant l'entrée dans une semi-obscurité. Il écarta le tissu et pénétra dans les appartements de la nouvelle cheffe de la garde étincelante. Il ne fit aucunement attention à la décoration élégante et traversa simplement le salon en jetant un coup d'œil par l'arche qui séparait la chambre de cette pièce. Les deux étaient vides. Ne lui restait qu'une option, la large terrasse qui surplombait l'océan. Il passa la baie vitrée et tomba nez à nez avec Huang Hua. Ses yeux écarquillés témoignaient de sa surprise, mais elle se reprit très vite en passant derrière son oreille une mèche de cheveux qui s'était échappée de sa savante coiffure.
« Nevra ? Je peux…
- Tu libères ce traître ? Rugit Nevra, avant de la laisser finir. »
La bouche de Huang s'ouvrit, mais aucun son n'en sortit. Nevra ne pouvait pas croire qu'elle n'avait pas prévu ce type de réaction. Il profita de son inaction pour continuer un peu plus et s'ouvrir davantage à la colère.
« Il nous a tous mis face à une situation sans précédent, à cause de lui notre monde aurait pu être détruit. Valkyon, Ykhar ne sont plus, Erika endormie pour… Les dieux seuls savent combien de temps… Combien de mes amis ont failli perdre la vie à cause de lui ? Combien vont partir parce que la vie leur est devenue insupportable ici ? »
Au fur et à mesure de sa tirade, sa voix s'était réduite à un chuchotement douloureux. Il serra les poings et fixa le sol, détournant le regard.
« Ta colère est justifiée. Je la comprends. La disparition d'êtres chers nous a tous frappés comme jamais auparavant, et elle continue encore aujourd'hui avec tous ces départs. Je sais pourquoi tu es là et je ne reviendrai pas sur ma décision. Il y a eu beaucoup de morts dans toutes les gardes, mais surtout dans l'obsidienne, et le nombre de défection ne fait que nous mettre davantage en danger.
- Elles ne feront qu'augmenter avec son retour ! »
Nevra ne pouvait se résoudre à prononcer son nom à haute voix. Il allait continuer sa tirade quand la main de Huang Hua se leva entre eux, lui intimant silencieusement l'ordre de se taire. Elle se recula et passa la large porte pour revenir à ses appartements.
« Je ne pense pas avoir de compte à te rendre, bien que j'ai anticipé une telle réaction de ta part, dit-elle en disparaissant.
- Que veux-tu dire ?
- Tu pars en mission, tu en recevras l'ordre demain. »
La réponse de Huang Hua était tellement évidente. Il resta un instant sous l'arche qui séparait la terrasse de la chambre, poing serré, cherchant à contrôler sa colère. Il avait envie de détruire ces murs, détruire tout ce pourquoi il s'était tant battu. Il voulait effacer l'air serein de ce visage tourné vers lui. La voix de la femme continua malgré tout.« Quand tu reviendras, tu deviendras officiellement mon bras droit.
- Et Lance ?
- Je n'ai rien à ajouter.
- Et son procès ?
- Je n'ai rien à ajouter Nevra. Maintenant, je te prie de sortir. »
Sa voix avait baissé de quelques octaves. Il ne pouvait rien répondre face à cela. Les pouvoirs de Huang Hua reposaient sur ce charisme impressionnant, il était obligé de jeter l'éponge. Ses pieds le portèrent malgré lui jusqu'à l'entrée et il récupéra son plein contrôle qu'une fois la porte refermée derrière lui.
Il passa une main dans ses cheveux pour les ramener en arrière et se redonner une contenance. Les gardes le regardèrent passer, un léger sourire narquois sur leurs lèvres. Il les ignora. Sa fierté survivrait au pouvoir de contrôle et d'obéissance qu'imposait Huang Hua simplement à l'aide de sa voix.
Il rejoignit le hall. Les effluves épicés flottaient dans l'air en provenance de la cantine, il hésita un instant à y aller, puis finalement pris les escaliers en direction du corridor des gardes. Il remonta le long couloir désert en ce début de soirée. Il déverrouilla sa porte, et entra dans sa chambre. Il ne fit pas attendre le lit défait qui lui tendait les bras, et se laissa tomber dessus. Sa colère était vivace. Fatigué de vivre, effrayé de mourir. Il n'avait plus envie d'être là. D'un côté, il était soulagé que Hua l'envoie en mission. Il avait mis le doigt sur un des sentiments qui le traversait. Le soulagement.
Il ne resterait pas seul ici. Il n'errait pas un jour de plus attendant que s'écoule un peu plus le temps sans qu'il n'ait de prise dessus. Il se rappela le visage inexpressif dans le cristal. Il n'avait aucune raison de rester ici. Sa seule raison de rester était à demi-morte. Tous faisait le choix d'avancer. Lui aussi le devait. Pourquoi lui était-ce si difficile ?
Il ouvrit les yeux, surpris de n'avoir aucun souvenir d'avoir sombré. Il se redressa lentement. Les bruits l'assaillir. Il dut se concentrer, très calmement, mettre sur silence ses sens développés, ignorer toutes les discussions qu'il pouvait écouter malgré lui. Il ne put cependant ignorer des bruits de pas rapides, plus proches, plus pressés, signe d'une destination importante, presque atteinte. Les pas s'arrêtèrent et on frappa à sa porte.
Il s'extirpa avec souplesse de son lit, et d'un pas silencieux qu'il s'appliquait avec intransigeance, il s'approcha de la porte. Il huma l'air qui filtrait entre l'interstice de la porte et le sol. Il ne le reconnut pas, mais sentit avec précision qu'il s'agissait d'un elfe mâle. Il se dégagea du battant et ouvrit.
L'elfe était grand et appartenait à la garde personnelle de Hua. C'était pour cette raison qu'il ne connaissait pas l'odeur. Ses cheveux bruns étaient coupés en brosse, chose rare pour les hommes de cette race. Il nota ce détail dans un coin de sa mémoire. L'elfe ne cilla pas quand Nevra ouvrit la porte. Il dégagea de sous son veston de cuir un petit rouleau qu'il tendit au vampire et d'un mouvement de menton le salua avec respect. Le rouleau changea de main et l'elfe recula de deux pas, se pencha lentement vers l'avant et tourna les talons disparaissant dans les escaliers les plus proches.
Nevra déroula le parchemin où les délicates lettres étaient couchées. L'ordre de mission était immédiat bien que le départ pouvait être retardé de quelques jours. Il le lut à plusieurs reprises, s'attachant à bien comprendre ce qui était décrit dans les longues phrases qui rapportaient des faits bien étrange. Ses yeux se rétrécirent un instant et un fin sourire ironique assombrit son visage. Cette mission semblait faite sur-mesure pour lui.
