TU PEUX TOI AUSSI COMMANDER TA FICTION

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Hé ! Bien le bonjour (ou le bonsoir) à toi qui arrive sur cette histoire ! Miss Mpreg nous a demandé un what if: Et si Oscar avait épousé le petit dauphin Louis-Joseph un mois avant sa mort et qu'il y aurait eu une cérémonie? Marina Ka-Fai, une des auteurs de notre collectif, a décidé répondre à cette commande.


Disclaimer : Lady Oscar est l'oeuvre de Riyoko Ikeda.

Résumé : Née femme, élevée en homme, capitaine puis colonel de la Garde Royale, commandant de la compagnie B des Gardes Françaises et dauphine de France pour finir révolutionnaire… Dieu a eu pour elle un drôle de destin.

La nouvelle dauphine

Face à la demande du roi, Oscar tombe des nues. C'est une plaisanterie, une farce, cela ne peut pas être quelque chose de sérieux ou d'officiel ! Et pourtant, face à elle, Louis XVI et Marie-Antoinette l'observent avec la solennité des souverains mais aussi la douleur parentale.

Leur fils aîné, le dauphin Louis-Joseph, souffre d'une tuberculose osseuse.

La médecine moderne a bien du mal à le soulager.

L'enfant, hélas lucide sur son état, sait qu'il se meurt à petit feu.

Ses parents, eux, se voilent volontairement la face pour ne pas penser à cette horreur sans nom : ils vont perdre leur bébé. Ils essayent de lui rendre l'existence plus douce, de réaliser quelques-uns de ses rêves et le prince a une demande particulière :

Du haut de ses sept ans, il veut se marier.

Il veut l'épouser elle, Oscar François de Jarjayes, Commandant des Gardes Françaises, trente-deux ans.

Ce ne serait pas un mariage officiel même si, durant le temps qu'il reste à vivre au petit garçon, Oscar serait traitée avec les égards dus à la Dauphine de France. On n'attendrait pas d'elle qu'elle tienne le décorum qui entoure la position. Juste qu'elle réalise le souhait du pauvre garçonnet et, si possible, qu'elle lui tienne compagnie jusqu'à la fin, sauf si ses devoirs auprès de la Compagnie B l'en empêche, bien évidemment. Louis-Joseph lui-même a indiqué qu'il ne veut pas la priver de quoi que ce soit ou qu'elle ne soit dans l'embarras auprès de ses hommes.

Un cardinal a accepté de bénir l'union et de la célébrer. Il n'y voit que la charité faite à un agonisant pour qu'il parte le plus apaisé possible. On accède au désir d'un enfant trop tôt rappelé à Dieu.

-Oscar… Le roi et moi-même avons conscience que nous vous demandons énormément… Concède la reine. Je ne vous ferai pas l'affront de vous supplier. Une telle requête est énorme… Je ne vous l'ordonne pas en tant que reine… Je vous en demande la faveur en tant qu'amie…

-Prenez le temps de réfléchir, Commandant. Ajoute son époux. Parlez-en à la caserne, voyez si vous pouvez vous arranger. Mais sachez que nous accepterons de bonne grâce un refus. Sincèrement.

Que faire ? Louis-Joseph est un enfant malade, un enfant mourant, au dernier vœu innocent et surtout, il est évident qu'il n'atteindra jamais la période où il pourrait épouser une princesse et devenir père à son tour.

Mais cela reste épouser un enfant.

Elle a besoin d'autres avis. Comme Louis le suggère, elle doit en parler à ses hommes avant tout.


-Faites-le, Commandant.

Le ton sans appel, sérieux mais compatissant d'Alain la saisit. Tous les yeux sont tournés vers elle. Le chef non-officiel de la Compagnie B des Gardes Françaises a comme une tristesse dans le regard, sans doute pense-t-il à sa regrettée Diane, à ce qu'il aurait fait pour elle s'il avait été dans cette situation.

-On vous connait, Commandant. Poursuit-il. Si vous ne le faites pas, quand le petit partira, vous vous en voudrez. Oui, c'est spécial comme demande. Mais c'est la demande innocente d'un enfant qui s'en va un peu plus chaque jour qui passe. Noble ou non, chaque enfant mérite de voir ses rêves se réaliser avant de quitter cette Terre.

-Mais quid de mes devoirs envers vous, Messieurs ?

-Ne vous en faites pas ! Renchérit Lassalle. Le lieutenant Daguerre est là. On vous attendra !

-Lassalle a raison. Reprend Alain. Si vous ne pouvez pas venir ici, Daguerre est là. Et si vous le pouvez mais pour peu de temps, nous le comprenons. On saura que vous êtes ailleurs pour une bonne cause. N'est-ce pas, les gars ?

Les soldats reprennent un « oui » général.

-Messieurs, je ne mérite pas des hommes aussi chrétiens que vous. Je me trouve bien humble face à vos grands cœurs.

Lorsqu'elle quitte la caserne, André la suivant, il ne peut s'empêcher de lui glisser :

-Dois-je t'appeler Madame la Dauphine ?

-André, ce n'est pas drôle…

-Non. C'est tragique. Et face à la tragédie, parfois, le seul remède, c'est le rire…


La cérémonie a lieu dans la chapelle royale de Versailles mais en petit comité. Le cardinal est là pour les unir. Derrière eux, il y a le roi, la reine, leurs deux autres enfants, la fidèle Madame de Lamballe qui ne peut s'empêcher de pleurer, Madame de Polignac qui fait étonnamment montre d'une sobriété qui lui fait honneur.

Le dauphin est allongé sur une causeuse, ses jambes ne lui permettant plus d'être levé pendant longtemps. Oscar est vêtue de son uniforme blanc, celui qu'elle portait quand elle avait valsé avec Marie-Antoinette il y a longtemps de cela. Le petit prince lui a signifié qu'elle n'avait pas à porter de robe si elle n'en éprouvait pas le désir, si ce n'était pas elle.

Une fois le service achevé, elle se penche pour lui embrasser la joue.

Ca y est, elle est Dauphine de France.


Oscar passe voir ses hommes tous les jours. Son petit mari, comme ils appellent Louis-Joseph, insiste pour qu'elle ne remise pas ses autres responsabilités.

-Vous êtes déjà bonne, Oscar, d'avoir cédé à mon caprice. Ils ont besoin de vous à la caserne. Allez les voir, faites ce que vous devez faire et ne vous souciez pas de moi. Venez simplement me voir une heure ou deux après votre visite, ou bien dînez avec moi. Vous me raconterez vos journées, vos aventures ! Oh oui, comme ce serait bien de manger à vos côtés tout en écoutant vos péripéties !

Sans s'en rendre compte, la jeune femme a développé une routine. A Jarjayes, pendant un moment, on s'est demandé comment l'appeler. Toujours « Monsieur » ? « Mademoiselle Oscar » ? Ou devait-on désormais l'appeler « Votre Altesse Royale » ? Elle avait insisté pour que rien ne change. Elle continue à quitter sa maison aux mêmes heures, réalise le trajet jusqu'à Paris, exerce ses hommes, remplit l'administratif… Mais vers quatre heures, Daguerre la relève, ce qui lui permet d'aller à Versailles. Ses soldats, malgré un dédain tout à fait compréhensible envers la noblesse, se montrent plein de petites attentions pour ce garçon qu'ils ne connaissent que par son titre. Ils ne voient désormais plus qu'un pauvre gosse qui attend la mort et face à la fatalité de l'existence, ils sont tous égaux. Lassalle a écrit pour le prince un petit recueil sur des feuillets relatant les aventures de la Compagnie B. François Armand lui prête son épée afin qu'il puisse voir les armes qu'ils utilisent. Alain a retrouvé un écusson de leur garnison qu'il décide de lui offrir, faisant de lui un membre non-officiel de leur troupe. Elle arrive au château en fin d'après-midi. Là, elle rejoint le garçonnet et elle prend une collation avec lui. Si le temps le permet et qu'il se sent suffisamment bien, ils se promènent tous les deux dans les jardins. Louis-Joseph ne cesse de l'impressionner par sa mémoire et son érudition. Si ses forces le permettent, elle le prend à cheval et ils trottent dans la forêt qui jouxte le palais. S'il fait mauvais temps ou qu'il n'est pas en bonne forme, ils restent tous les deux, sont souvent rejoints par la reine. Oscar reste ensuite pour dîner et là, la famille se réunit : Louis XVI, Marie-Antoinette, Madame Royale, Chou d'Amour mais aussi la tendre Madame Elisabeth. C'est là que la militaire fait rire à gorge déployée le malade avec les anecdotes de Lassalle, un son dont les parents tentent d'enregistrer chaque note dans leurs esprits tant qu'ils le peuvent.

-Cet écusson est pour moi ? Et Monsieur Armand me prête son épée ? Oh, comme vos hommes sont gentils, Oscar ! Pourraient-ils venir à Versailles un jour ? Je serai honoré de faire leur connaissance !

La tête d'Alain quand il apprendra qu'il est l'invité du prince héritier sera impayable, Oscar le sait déjà.

Quelques jours plus tard, un petit banquet est tenu à Trianon, la reine a tenu à proposer sa chère demeure : les soldats de son amie de toujours font le bonheur de son infortuné fils.

Elle leur doit bien ça.


L'air de Meudon n'aura rien changé. Dehors, la pluie fait rage comme si le ciel pleurait déjà la perte proche d'un tel petit ange. Dans son lit, Louis-Joseph halète, soupire, gémit de douleur et se tord parfois. Le roi et la reine se sont précipités à son chevet. Marie-Antoinette comme son époux refusent l'idée que leur bébé vit ses derniers instants et Oscar ne peut pas les blâmer. Elle aussi voudrait croire à un miracle de Dieu. Après des dernières paroles à ses parents, le garçonnet se tourne vers elle, lui souriant malgré la pâleur déjà mortelle de sa peau, ses yeux perdant peu à peu leur éclat.

-Merci, Oscar. Merci de m'avoir rendu si heureux ! Ces derniers mois ont été les plus beaux de toute ma vie ! Remerciez bien vos hommes, mes bons amis… Oui… Merci, Oscar… Merci…

C'est elle qui recueille son dernier souffle, ne réalisant pas la larme qui roule le long de sa joue.

Elle est veuve.

Pour elle, ce titre ne veut pas dire grand-chose.

Elle pleure la perte de ce petit être innocent, qui aurait pu être un grand roi si la Providence n'en avait pas décidé autrement. Elle pleure un ami.


Sa décision surprend ses parents comme ses hommes. Après tout, elle a été dauphine de France. Elle est l'une des meilleures amies de la reine. Elle aurait pu être reine elle aussi. Mais Oscar, elle, se libère de ça. Elle est l'enfant de Mars, le Dieu de la guerre. Et surtout, elle veut plus de Justice.

Le peuple souffre.

Le peuple va encore souffrir.

Et comme son époux avant elle, elle veut le bonheur de la France, en anonyme héroïque et non en prénom rentrant dans l'Histoire de sa glorieuse nation.

Elle ignore encore qu'elle retrouvera son petit prince quelques jours plus tard, après avoir succombé sous les balles de la Bastille.

Née femme, élevée en homme, capitaine puis colonel de la Garde Royale, commandant de la compagnie B des Gardes Françaises et dauphine de France pour finir révolutionnaire…

Dieu a eu pour elle un drôle de destin.

Oscar ne regrette rien.

Si c'était à refaire, elle referait exactement les mêmes choix.

FIN