Je regardais ce type avec étonnement s'enfiler plusieurs tasses de kopi consécutives, et en redemander ! Il n'avait pas l'air d'être très affecté par le breuvage, pourtant je voyais qu'il se régalait.

— Humm… C'est exquis ! Ah, les produits artisanaux m'avaient manqué. Vous en avez d'autre ?

— Je… (Aurea, troublée, lui resservit une tasse, avant de prendre la kopière) Je vais en refaire.

Elle partit en trombe, sûrement pour fuir la folie que cet homme représentait. Cet homme… Moi, je ne voyais pas un homme. Impossible ; il était trop extravagant pour en être un. Et ma timidité n'aidant pas, j'hésitais à lui poser des questions.

— Détends-toi ! Je ne vais pas de te manger, rigola-t-il en posant sa tasse. Vas-y, pose tes questions

— Vous lisez dans mon esprit ? m'étonnai-je.

— La télépathie est une forme de science que je ne pratique, et d'ailleurs je ne l'aime pas… Non, tu trépignes juste sur ta chaise, on dirait un enfant qui attend un dessert.

Je rougis, et il se mit à rire. Je pris mon courage à deux mains :

— D'où venez-vous ?

— De l'univers 7655. C'est loin. Trèèèès loin d'ici, je pense. Il faut que je traverse le Voile à l'aide d'un Translatérateur.

Je ne compris pas de quoi il parlait, mais il était bien clair qu'il venait d'un autre monde… Entre-temps, Aurea était revenue avec du kopi bien chaud, et s'en servit même une tasse après celle de…

— Ludwig, c'est bien ça ?

— Le seul et l'unique. J'aime à penser cela, mais depuis peu, ça n'est plus le cas… Ha ha, j'ignore même si je suis l'original !

Je me tournais vers Aurea, qui secoua sa tête ; elle non plus n'avait rien compris.

— Et comment êtes-vous arrivé… ici ?

Prendre en compte que les Milles Mondes n'étaient pas une théorie épineuse et qu'il existait des moyens pour y circuler me donnait mal à la tête.

— J'étais dans une grotte, en train de chercher des reliques mésopotamiennes. Et puis, j'ai senti une sorte de traction, et ensuite je me suis retrouvé dans votre atelier. Très beaux tableaux, d'ailleurs ; c'est vous qui les avaient peint ?

Le compliment était tellement sincère qu'il me prit de court, et je ne fis qu'acquiescer. Ludwig claqua des doigts en lâchant un « Je le savais ! », avant de continuer de faire un sort au kopi. Aurea intervint :

— Je vous conseille de vous arrêter, ou ma mère va vous assassiner pour avoir plongé dans sa réserve… Oh ! (elle prit sa tête entre ses mains, chose que j'aurais aimé faire si les miennes n'étaient pas clouées à mes genoux) Ma mère ! Et mon père ! Toute la famille ! La Chromerie !

— Vous êtes vraiment stressée, il me semble. Ma venue risque d'aggraver les choses ?

— Pour peu que oui ! Vous… Vous venez d'un autre monde. C'est limite si je ne vous considère pas comme un elohim !

—« elohim »… Ça veut dire « dieu » en hébreu. C'est une divinité ?

— Plutôt un agent divin, intervins-je, heureux de faire valoir mes connaissances théologiques. Ils sont deux-cents, enfin cent-quatre-vingt-douze si on compte ceux que le père d'Aurea, l'ancien Prisme et le Blanc ont banni hors de ce monde.

— Vous n'aimez pas les dieux ?

— Nous vénérons Orholam, expliquai-je. C'est le Père des Deux-Cents, mais la plupart d'entre eux ne suivent pas sa grâce et préfèrent conquérir les plans mortels par l'intermédiaire d'humains qui deviennent leurs avatars.

— Donc une sorte de Lucifer et sa bande vous menacent ? Les dieux sont vraiment de mauvais farceurs, maugréa Ludwig.

— Ne blasphémez pas ! sifflai-je, toujours traumatisé par mon expérience métaphysique chromaturgique.

— Je suis Ludwig Lénot, le Porteur du Tranchecoeur. Les dieux et les rois me craignent, et les peuples m'admirent.

Je frémis et déglutis. Le blond colossal n'avait pas prit le même ton guilleret ; sa voix avait descendu d'une octave, et son regard bleu froid le toisait du haut d'une montagne invisible, mais écrasante. Sans prévenir, il redevint le buveur de kopi aux expressions étranges.

— Je plaisante. Je n'ai pas le droit d'utiliser le Tranchecoeur ici de toute façon, alors…

On frappa à la porte.

Je sursautai, tandis qu'Aurea lançait un « Entrez ! » en se massant le front. Mais pas de son de grincements, de pas. Je me retournai, et personne. Ludwig posa sa tasse de kopi. Aurea se leva et s'avança jusqu'à ouvrir… pour voir le Porteur de Lumière en personne, le teint livide et plaquant sa main contre son flanc, le vêtement blanc teinté de rouge.

— Aurea…

— Par Orholam !

Je me précipitais à son côté, pour l'aider à soutenir le vieil homme (qui était encore très grand et bien bâti !), et l'installa sur un fauteuil. Il inspirait par sifflements, expiraient par râles. J'observai sa blessure : elle était profonde, d'après ce que mon père m'avait appris. Je doutais qu'un bandage fonctionne, pas plus qu'un garrot qui aurait aggravé les choses.

Je me tournai vers Aurea ; visiblement, elle se retenait de pleurer. Elle demanda :

— Qui vous a fait cela ?

—…

— Angarien, fit Ludwig en s'avançant alors que nous deux n'avions rien entendu. Je ne sais pas ce que signifie, mais je sais ce qu'il a dit. Ça vous dit quelque chose ?

— Les Angariens sont des conquérants au-delà des Portes de Sombre-Éternité, lui expliquai-je. Mais ça n'a pas de sens…

— Horeb ! Appelle la Garde ! Il faut le sauver !

Je me levai et m'apprêtai à partir quand on m'attrapa le poignet ; Andross Guile, malgré son état, avait le regard aussi brillant que son propre tableau.

— Reste. Je n'en ai plus pour longtemps de toute manière.

— Pappoù…

— Aurea, écoute… (il siffla quelques gémissements de douleur, avant de reprendre) Ne sois pas triste que je m'en ailles. Tu as bien plus à offrir au monde que tu ne le penses, et je sais maintenant qu'il y a des gens qui peuvent apprécier ton talent à sa juste valeur.

J'aurais juré qu'il avait brièvement tourné son regard vers moi… Mais peut-être la douleur l'empêchait de s'accommoder.

— J'ai eu une vie bien remplie, mais je n'ai pas été tout blanc. J'ai mes péchés, mes déboires. Mes erreurs… Mais tu n'es pas l'une d'elles ; non, sans moi, tu aurais été formidable, j'en suis certain (Aurea renifla, et émotif comme j'étais, je fis de même) Je suis fière de toi. Je sais que le nom des Guile est entre de bonnes mains.

Elle acquiesça.

— Ton père a été mon plus grand adversaire… Kof kof !… mais je dois avouer qu'il t'a bien élevé. Ne le repousse pas. Ne repousse pas non plus, sa femme, mon fils, ton grand-père, et ma belle-fille ; ils seront ta seule famille d'ici peu.

Aurea se brisa. Elle fondit en larmes, et son arrière-grand-père caressa ses cheveux en la consolant, une berceuse aux lèvres. Je voulus la consoler, mais je n'en avais pas la force. Ludwig, lui, restait en retrait, pourtant sa présence avait quelque chose d'apaisant.

— Approche.

Le Porteur de Lumière s'était adressé à moi. J'obéis. Je m'agenouillais comme il convenait de faire, et même assis, le Guile mourant me dépassait d'une bonne tête. Il m'observa un instant, avant de lâcher un petit rire. Du sarcasme ou de l'ironie ? Je n'aurais su dire.

— C'est toi, son étincelle ?

Je compris.

— Oui, réponds-je sans hésiter, et il acquiesça avant de reprendre :

— Je le vois dans ton regard. Tu as… non, ce n'est pas important (il toussa ; quelques traces rouges sur son poing) Je me meurs. Quel dommage, je n'ai pas pu me moquer du reste de ma progéniture une dernière fois…

— Seigneur ?

— Tu es le fils de l'Ingénieur. Tu possèdes son génie mais sans le talent. Tu as développé tout seul ta propre arme, c'est admirable…

Il prit ma main et la serra jusqu'à la douleur. Mais je sentis autre chose.

— Prends soin de mon petit rayon de soleil. Chasse les nuages qui la guettent. Laisse-la éclairer le monde, et…

Il mourut.

Aurea se pétrifia, mais ne versa pas une larme. Ludwig s'approcha du corps du Porteur de Lumière et ferma ses yeux de ses deux doigts, avant de murmurer quelque prière connue de lui seul. Moi, je sentais le poids immense que le titan avait posé sur mes frêles épaules. J'ouvris ma main.

C'était une carte, au fond noir. Un dessin stylisé y représentait un homme brun, au visage fin et au sourire en coin. Ses yeux profonds semblaient regarder au-delà de moi, quelque part dans mon âme pour y trouver un recoin sombre, terni et perturbateur. Il me faisait peur, avec son grain de beauté sur la joue gauche juste au dessus du coin des lèvres.

Sur la carte, on y lisait « le Mage ».


*Le Mage.

Il regardait les armées immenses défiler, dans un ordre parfait. Cela ne lui plaisait guère ; l'ordre était l'antithèse de la magie. Malheureusement, il était nécessaire d'écraser toute la résistance de ce monde, afin d'en utiliser le pouvoir dans la grande guerre qui se préparait. Celle de tous les mondes. La magie contre la science. L'ordre contre le chaos. La nouveauté contre le changement.

— Magnifiques, n'est-ce pas ?

Le Mage se retourna ; l'Hakessar, le dirigeant de l'empire angarien, toisait les armées avec un air bienveillant. L'homme, la peau vanille, était plus grand que lui, qui mesurait déjà six pieds et demi. Bâti comme une armoire à glace, sa barbe était tressée d'une manière aussi complexe qu'un sortilège néo-mournien. Dans son armure d'orichalque rutilante, à sa ceinture pendait une épée en ébonite, un alliage d'acier et d'obsidienne grâce à des techniques chromaturgiques oubliées. Les yeux de l'Hakessar étaient de même couleur que sa lame, mais plus tranchants.

Le Mage se tourna de nouveau vers les armées, abattu par leur inébranlable organisation. L'Hakessar remarqua son air, et il se mit à rire.

— N'aie crainte, sorcier ! Je ne vais pas te réprimander si tu nies la splendeur de ma nation.

— Je m'excuse d'avance pour l'offense que je vais commettre, mais je ne la trouve ni laide, ni magnifique : elle est juste là, à attendre.

— Attendre que tu détruises les Portes.

Le Mage haussa des sourcils.

— Personne ici bas n'y est jamais parvenu.

— Une bonne chose que tu ne viennes pas « d'ici bas », sorcier. Je compte sur toi.

Le Mage s'inclina, et l'Hakessar le congédia. Tandis qu'il descendait les marches de l'estrade roulante, portant le trône de marbre immense de l'empereur, le magicien regarda au loin.

Entre deux montagnes, une gigantesque structure semblait absorber la lumière. Le Mage fit un pas, et se retrouva au pied des Portes de Sombre-Éternité. Il flottait au dessus de l'eau, tendit sa main vers l'obsidienne et invoqua la Vérité du Pouvoir.

Un bâton noueux et torsadé apparut dans sa main. Simple d'apparence, il renfermait le pouvoir d'un monde entier. Le sien. L'univers 7655 laissait passer toute sa magie au travers de cet artéfact datant de la nuit des temps.

Yannis Le Mage activa le Sceptre de Vérité, Sharbiyt Al'Yatstsiyb'Kol1. Le pouvoir de l'Entre-Monde s'ouvrit à lui, coula dans son bras et remonta jusque dans son crâne. Une puissance phénoménale balaya la mer autour de lui, révélant les fonds marins. Mais ce n'était que l'ouverture de la symphonie : la magie se concentra dans son autre bras, tendu sous le poids massif de l'énergie… et libéra un ultime rayon, qui fendit les entrailles de l'enfer


*Le soir précédent le jour du Soleil…

Les larmes ne coulaient plus. Pas sur ses joues. Aurea regardait le corps de son arrière-grand-père être apporté sur le piédestal, là où les Mille Étoiles pouvaient concentrer leurs rayons. Malheureusement, la nuit était tombée, et on ne pouvait pas les utiliser. Les luxiats avaient donc embaumé le Porteur de Lumière dans des bandes aux sept couleurs, blanches au niveau de la tête.

Aux côtés de la jeune fille, son père lui tenait l'épaule. Elle se tourna vers lui, mais il ne le fit pas ; il regardait l'embaumé avec un air étrange qu'elle n'aurait su décrire. Son père avait toujours caché sa relation avec son grand-père, mais sachant qu'ils ne se voyaient pas souvent, Aurea doutait qu'elle soit positive.

Le Haut-Luxiat, Quentin Naheed, vêtu de sa bure sombre mais couverte de fioritures dorées pour rappeler son péché passé, s'avança, l'air solennel :

— Nous sommes en ce jour ici pour rendre hommage au plus grand après Orholam. Andross Guile, Rouge, Promachos… Porteur de Lumière. Chacun d'entre nous l'a connu sous des visages différents, ont vécu avec… ou contre lui. Mais tous autant que nous sommes, que nous l'aimions ou non, avons reconnu sa valeur. Il a aidé les sept satrapies comme aucun Prisme avant lui, et je ne blasphémerais pas si je disais que même Lucidionus n'a pas réussi à faire mieux – personne ne protesta face à cette énormité, alors Quentin continua – Malheureusement, le Porteur de Lumière est mort dans les ténèbres. Oui, il est mort avant que le nouveau Prisme vienne au monde. Mais n'était-ce pas là sa mission ? Andross Guile apportait sa lumière. Pour tous ceux qui vivaient dans l'ombre. Notre véritable nature a été révélée sous son regard. Mais tout comme les créateurs s'épuisent à créer, il s'est épuisé à nous éclairer. Rappelons nous de lui non pas pour sa mort, mais pour tout ce qu'il a offert durant sa vie.

Naheed commença à chanter. Une chanson écrite à l'honneur du Porteur de Lumière, auparavant un chant religieux dédié à Lucidionus que les luxiats avaient modifié. C'était beau. Aurea chantait, contrairement à sa famille qui laissait leur voix porter la mélodie. Elle connaissait ces paroles, car elle avait contribué à les écrire.

Une voix se souleva parmi les autres. Surprise, elle balaya l'assemblée de son regard et le vit : Ludwig, attirant les regards surpris de ses voisins de foule, chantait d'une voix si profonde et si belle que beaucoup se mirent à pleurer. Et, comme par miracle, ils chantèrent à l'unisson. Les paroles semblaient couler de lui et les gens s'en abreuvaient, leurs voix s'éclairant d'autant plus. S'élevant jusqu'aux cieux. « Entends-tu notre peine ? Entends-tu notre pardon ? Entends-tu ce qui est au plus profond de nous ? » était ce qu'Aurea aurait pu entendre. Une supplique, une prière.

Mais également une promesse : celle de ne jamais fermer les yeux à la lumière.

Le chant s'apaisa lentement, jusqu'à atteindre un silence de recueillement. Tout le monde observait le ciel, en quête de signes, d'appel à la foi. Ils ne s'en rendaient pas compte, mais chaque cœur battait à l'unisson. Non… C'est plus que ça ! se dit Aurea.

Je ne veux pas abandonner ! espoir … Qu'est-ce que je vais manger ce soir ? lassitude

Les étoiles sont si belles… rêverie Y en a combien ? curiosité

Je dois faire mes preuves… appréhension Mon frère compte sur moi ! fierté

Et si je prenais des bonnes résolutions, cette fois ? doute Je vais prouver à son père que je suis digne d'elle ! courage

JE SUIS LE VENT QUI BRISE LE ROSEAU

Elle sursauta ; elle avait été emportée dans un flot de pensées et d'émotions éparses… De la chromaturgie ? Un orange avait dû…

— Tu l'as senti ?

Derrière elle, Horeb avait chuchoté ces mots avec révérence ; il était assis à côté de son père, qui semblait être en pleine communion. En fait, tout le monde sauf Aurea et Horeb regardait le ciel avec un air extatique, presque illuminé.

— Oui, répondit-elle sur le même ton.

— Ce n'est pas de la chromaturgie. J'en suis sûr. Et la dernière pensée, on aurait dit qu'elle était…

—…envahissante et écrasante. Que se passe…

Un grondement sourd ébranla la terre elle-même.

Les gens furent projetés au sol, de la poussière tomba des toits. Les mouettes s'envolèrent en catastrophe. Aurea s'était soutenue à une rambarde pour ne pas tomber, mais eut l'impression que le sol se dérobait sous ses pieds. Horeb avait l'air d'avoir avalé une pierre, aidant Ben-hadad à ne pas dégringoler. Kip et Tisis étaient bras dessus, jambes dessous. Dazen et Karris étaient déjà en train d'aider les citoyens à se relever.

Seule une personne n'était pas tombée. Ludwig vrillait du regard le centre de l'assemblée, là où on avait allongé le Porteur de Lumière. Et Aurea vit un trou sombre, nuit dévorante perçant le tissu de l'air, absorbant toute clarté ; en sortit un homme, très grand, portant une robe à capuche. De là où elle était, elle ne pouvait pas distinguer les traits de son visage. Dans sa main, un bâton.

Le tremblement s'arrêta, et tous les visages confus se tournèrent vers le nouveau venu, qui proclama :

— Angar déclare la guerre ! (il frappa le sol de son bâton, provoquant un nouveau déferlement qui fit crier de panique les gens aux alentours) Choisissez votre camp : le nôtre…

Il sortit une dague pulsant de ténèbres de sa manche, et la pointa vers le corps embaumé :

—…ou le sien ?!

La dague fila de sa main pour se planter dans le corps avec un bruit mat. Sous le regard horrifié d'Aurea, une noirceur s'y propagea pour envahir toute la surface, chasser les couleurs… jusqu'à qu'il ne reste plus qu'une chrysalide onyx. L'homme se retourna vers la béante dont il était sorti, et déclara :

— Sachez que le sort que je lui ai lancé est réservé à tous ceux qui s'opposeront à la volonté de l'Hakessar.

— Tu m'oublies, Yannis.

L'homme se retourna vers Ludwig, et resta silencieux quelques secondes avant d'éclater de rire. Il ignora le blond et entra ensuite dans la cavité qui ondula telle la surface d'un lac, et la déchirure disparut avec lui.

Aurea, trop perturbée par ce qu'elle venait de voir, ne se rendit pas compte qu'Horeb lui tirait la manche :

— Aurea ! La chrysalide, elle… elle bouge !

Elle tourna la tête vers ce qu'Horeb lui montrait, et au même moment, la gangue onyx éclata dans un fracas assourdissant. Un rugissement bestial et une créature monstrueuse en jaillit, mélange de lézard et de cheval, de la taille d'un gros chien. La chose dégoulinait d'un liquide fuligineux, qui, lorsqu'elle tomba au sol, s'évapora en un sifflement inquiétant. La chose ouvrit ses yeux : blancs comme les os d'un cadavre. Elle se tourna vers un enfant qui était là, et l'avala tout crû. Et, l'instant d'après, grossit.

Ce fut à cet instant qu'Aurea comprit que peindre l'absolu avait été son ultime erreur.


[1]En hébreu signifie littéralement : Sceptre Au Dessus de la Vérité du Tout