Contribution : Isa'ralia Faradien
#5 - Chapitre n°4 : Société ennemie
Hela, dont les journées furent désormais rythmées par une alternance entre entraînement au combat, apprentissage politique et perfectionnement autonome de sa magie, reprit ses activités quotidiennes comme si de rien n'était. Comme si elle n'avait jamais assassiné de sang froid une vieille sorcière recluse.
Elle n'en éprouvait d'ailleurs aucun remords. Cette vieille folle avait déjà fait plus que son temps.
Et, surtout, elle n'avait aucun droit d'insulter les capacités d'une adolescente qui se savait promise à un destin exceptionnel. Odin aurait pu avoir vent de ses délires, et décider de ne plus faire confiance à son héritière.
Le mal avait été coupé à la racine avant même d'avoir eu le temps de se propager, et Hela se félicitait de son impeccable temps de réaction.
La Princesse Héritière était même parvenue à déjouer toute tentative d'investigation.
- N'aurais-tu pas une session d'entraînement auprès de dame Liliah, cet après-midi ? lui avait un jour demandé Odin à la sortie d'un conseil des ministres.
- Plus maintenant, père, avait répliqué l'adolescente aux cheveux noirs avec nonchalance. Cela fait désormais quelques semaines déjà que l'honorable Liliah m'a annoncé que je n'avais plus rien à apprendre d'elle. Je m'entraîne donc seule, au Palais, et bien évidemment, loin des yeux des domestiques.
- Je suis fier du travail que tu as déjà accompli, ma fille. Tu avances dignement sur le long et tortueux chemin qui forge de grands guerriers.
- Mais je suis encore bien loin de la fin de ma formation, avait humblement admis Hela. Vous avez encore tant à m'apprendre, notamment dans la sphère politique.
- En effet... mais tu apprends vite. Tu seras bientôt prête, ma fille.
- Prête pour... ?
- Prête pour te joindre à nous sur les champs de bataille, prête pour accompagner Asgard dans sa glorieuse conquête des Neuf Royaumes.
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La vieille sorcière était cependant loin d'être la seule ennemie aux rêves de toute une vie que portait Hela. Et ces adversaires politiques ne pourraient pas disparaître aussi aisément de sa route.
Plus la jeune héritière prenait des galons au sein de l'armée asgardienne, plus nombreuses étaient les voix – masculines – à s'élever contre elle par tous les moyens.
Les généraux siégeant au conseil des ministres avaient rapidement vu leurs contestations tues par l'autorité du Roi, mais le ministre Niorún était des plus véhéments.
- Comment pourrions-nous risquer la vie de l'unique héritière au trône en tolérant sa participation aux combats ? argumentait-il sans fin.
Ou bien :
- Ne craignez-vous donc pas, Majesté, que votre fille, représentant la seule présence féminine dans un campement militaire, ne devienne par ce fait la cible des comportements les plus monstrueux qui puissent émerger parmi nos soldats ?
Ou bien encore :
- Je n'ose imaginer la Princesse victime d'une blessure plus que mortelle, une blessure qui la priverait des joies de la maternité, tant cette pensée effraie l'altruiste en moi.
Par un complexe jeu politique, Odin parvint, non sans mal, à éloigner le ministre Niorún du conseil en guise de punition, mais après bien des tirades à la misogynie camouflée.
De cette séquence, Hela ressortie grandie. Au lieu d'avoir laissé l'écœurant argumentaire de Niorún l'atteindre, son ambition n'en fut que renforcée.
Elle était prête à affronter tous les hommes qui tenteraient de lui barrer la route – qu'ils soient Asgardiens ou ennemis mortels.
