Contribution : Isa'ralia Faradien


#8 - Chapitre n°7 : Nidavellir

- C'était une magnifique conquête que celle que tu as menée sur Vanaheim, la félicita Odin.

Hela était de retour au Royaume Éternel pour présenter son rapport dans la salle du trône, face à son père et à différents ministres.

- Merci, père, répliqua-t-elle en recouvrant sa fierté de modestie feinte. Nos guerriers ont été remarquablement bien entraînés, et leur moral est galvanisé par cette victoire.

- Pour tous vous récompenser de cette première conquête rondement menée, je vous accompagnerai au combat pour la phase suivante, qui devrait en réjouir plus d'un.

- Vous nous accompagnez sur Alfheim ? l'interrogea l'Exécutrice, perplexe.

Le monde des elfes lumineux ne constituait pas réellement, à ses yeux, une conquête passionnante.

- Non, pas sur Alfheim, répondit le Roi avec un sourire amusé.

Là, il allait sans dire que la curiosité de Hela était piquée au vif.

- Où allons-nous donc ?

- Laisse donc une faction de soldats stationnée sur Vanaheim. Nous partons pour Nidavellir.

Un murmure de surprise se propagea parmi les ministres postés de part et d'autre du gigantesque trône en or. Hela sentit un agréable bouffée d'adrénaline parcourir son organisme, et faire s'étirer la commissure de ses lèvres.

- Le monde de la forge stellaire, s'exclama l'Exécutrice. Là où les Nains créent les armes les plus destructrices de l'univers.

Odin hocha lentement la tête en guise de confirmation, sans se départir de son sourire satisfait.

- Il est plus que temps qu'Asgard y réclame la souveraineté, expliqua-t-il. Le potentiel de ce monde est infini. Il s'agirait d'un allié de premier choix pour un jour étendre notre conquête au-delà des Neuf Royaumes, vers des peuplades disposant peut-être de technologies plus évoluées.

- Quand partirons-nous pour Nidavellir ?

- Immédiatement. Rassemble tes valeureux guerriers près du Bifröst.

.

À peine leurs troupes apparues sur le plancher métallique de Nidavellir, qu'Odin et Hela menèrent l'assaut. Leurs guerriers les suivirent avec le même enthousiasme, et se jetèrent sur les Nains pris au dépourvu.

Nidavellir n'était pas réellement un monde, ou en tous cas, pas selon les mêmes critères qui désignaient Asgard ou Vanaheim ainsi. Il s'agissait d'une base spatiale artificielle, édifiée autour du cœur d'une étoile mourante, dont les Nains utilisaient l'énergie pour forger leurs merveilleuses armes.

Ce point stratégique inestimable tomba rapidement entre les mains asgardiennes. Les Nains, malgré les quelques armes intéressantes utilisées contre cet ennemi soudain, n'étaient tout simplement pas assez nombreux pour défaire l'armée face à eux, et ses deux incroyables meneurs : Odin se servant des pouvoirs de sa lance royale – Gungnir, forgée dans le lieu même qu'il attaquait désormais –, et Hela utilisant ses pouvoirs de mort et de destruction.

Brokk, le chef des Nains, fut acculé près de sa forge.

- Je me rends, Asgardiens ! s'écria-t-il. Cessez de massacrer les miens !

Odin relaya cet ordre, au plus grand dépit de sa fille, qui avait coincé un adversaire dans une cage de pieux et qui le fixait tel un prédateur, se repaissant de sa peur avant de se décider à porter le coup final.

- Vénérable maître forgeron, fit Odin à l'attention de Brokk, acceptez-vous une reddition en faveur d'Asgard ?

- Oui, grogna le Nain. Que nous voulez-vous ? À part tenter de nous exterminer...

- Nous souhaitons que Nidavellir se soumette, dans son entièreté, à Asgard. Ce qui signifie, entre autres, de ne plus produire d'armes que pour nous. En échange, nous vous offrons notre protection.

- Une protection contre qui, exactement ? Ce monde relève du mythe pour une bonne partie de l'univers, nous ne voyons que peu de clients venir nous trouver pour qu'on leur forge des armes !

- Une protection contre ces rares clients, qui se retourneront sans doute contre vous si vous refusez d'accéder à leurs demandes pour honorer ce nouveau contrat exclusif avec nous. Une protection contre ceux qui peuvent être tentés de vous faire coopérer par la force.

- Ce qui signifierait nous protéger de vous-mêmes, railla Brokk.

Hela se rapprocha de lui d'un pas furieux.

- Comment oses-tu, Nain ?! s'exclama-t-elle avec rage.

Odin leva un bras pour signifier à sa fille de ne pas s'en mêler. Hela resta tout de même plantée à quelques pas de Brokk, le surplombant avec un regard meurtrier.

- C'est une offre qui est à prendre ou à laisser, menaça le Roi d'Asgard. Sachez cependant qu'opter pour la seconde option vous conduira à l'anéantissement.

- Si vous voulez réellement tirer profit de cette forge, Asgardien, alors vous aurez besoin de notre savoir-faire.

- Nous épargnerons quelques uns d'entre vous, et ils n'auront d'autre choix que de travailler pour nous.

Brokk garda le silence quelques instants. Bien des regards étaient rivés sur lui, en cet instant fatidique : ceux des Asgardiens, mais aussi ceux des autres Nains, tenus en joue par les guerriers.

- Nidavellir accepte votre... généreuse... offre, Votre Majesté, déclara-t-il finalement en baissant misérablement la tête.

- Parfait, commenta Odin. Débarrassons-nous donc tous des armes que nous tenons en main.

Alors que tous les Asgardiens glissaient épées et dagues dans leurs fourreaux, et que les Nains déposaient leur armement à terre, Odin garda tout de même sa lance royale en main.

- Nous n'allons cependant pas quitter tout de suite Nidavellir, reprit-il. Je souhaiterais offrir l'une de vos armes formidables à ma fille, Hela, en récompense pour sa loyauté et son travail acharné. Qu'avez-vous à me proposer, maître forgeron ?

- Nous avons forgé une arme remarquable, il y a quelques temps, répondit Brokk. Il s'agit d'un marteau au pouvoir sans égal, qui permet à son utilisateur de mobiliser un puissant orage électrique, mais aussi de s'envoler ou de rappeler le marteau en question jusqu'à lui s'il venait à être lancé sur un ennemi ou placé à un autre endroit. Nous l'avons baptisé Mjölnir, le destructeur.

- Qu'en penses-tu, Hela ? demanda Odin en se tournant vers sa fille.

- J'en pense que c'est une arme fabuleuse, père.

Les yeux bleus de l'Exécutrice brillaient d'envie, même si son visage restait méticuleusement inexpressif.

- Alors, ce marteau t'appartient, mon enfant. Maître forgeron, si vous pourriez nous le présenter...

Brokk, sans jamais relever la tête vers les vainqueurs, leur rapporta un encombrant coffre, qu'il ouvrit délicatement.

Reposant sur un coussin, Mjölnir.

Hela en attrapa précautionneusement le manche, et le souleva avec déférence. Elle ressentait une violente énergie magique circulant dans le marteau.

- Je vous remercie humblement pour ce présent, père, déclara-t-elle en baissant les yeux. Je tâcherai de m'en montrer digne.

- Sers-t'en pour subjuguer les autres Royaumes, ma fille.