Note : Dernier pas sur le thème "un personnage chante" (bon c'est moins visible que les autres thèmes ...). Encore Tony et Pepper mais dans un registre un peu plus sombre. La chanson à laquelle Tony fait référence est "I can't smile without you" de Barry Manilow.


Dernier pas


Pepper avait commencé à ranger les affaires dans la petite maison forestière, consciente que laisser les lieux en l'état ne l'aiderait pas à faire son deuil. Quatre mois s'étaient écoulés depuis le sacrifice de Tony afin de protéger tout le monde, quatre longs mois qu'elle avait vécus dans un brouillard bien trop dense, partagée entre l'envie de sombrer pour ne plus remonter la pente et le besoin d'être présente pour Morgan. Elle n'avait pas le droit d'abandonner sa fille, elle serait une mère bien pitoyable si elle se détournait d'elle pour la simple raison qu'elle venait de perdre l'homme qu'elle avait toujours aimé. Morgan était encore trop jeune, elle avait besoin de sa mère maintenant que son père n'était plus là pour la bercer ou lui dire qu'il l'aimait plus que trois fois mille. Pepper pleurait pendant de longues heures, lorsque son enfant dormait, et le reste du temps, elle affichait une détermination légèrement vacillante mais bien ancrée en elle. Puisque Tony avait tout donné pour leur planète, elle pouvait relever la tête et aller de l'avant.

Cela avait commencé par un nouvel achat dans le but de s'offrir une maison en ville, là où elle vivait autrefois, reprenant contact avec une société dont elle s'était peu à peu séparée. Elle avait redécouvert les rues bondées, les bruits urbains, la pression de tous ces regards, les murmures sur son passage lorsque les gens la reconnaissaient et se rendaient compte qu'ils avaient auprès d'eux Pepper Potts-Stark, la femme du défunt Tony Stark. Cela la poussait à retourner régulièrement dans la petite maison en forêt, aussi bien pour déménager les lieux que pour s'isoler de cette foule qui lui paraissait hostile alors qu'elle savait bien qu'il ne s'agissait que d'une impression.

Ce n'était toutefois pas évident de rassembler les inventions de son compagnon sans avoir cette boule dans la gorge. Il avait laissé derrière lui de nombreux projets, en cours ou terminés, en accumulant les armures, les robots et d'autres objets techniques qui jonchaient le sous-sol de leur maison. Elle avait profité d'un moment pendant lequel Morgan était occupée avec Peter à jouer dans toute l'insouciance de son enfance afin de faire son grand ménage. Pepper était émue de voir à quel point le jeune homme se démenait pour garder sans cesse un sourire sur les lèvres de sa fille, comme s'il se sentait redevable envers les Stark pour le reste de sa vie. Il l'emmenait au cinéma pour regarder des dessin-animés, aux parcs pour profiter de journées ensoleillées dans des coins de verdure, et parfois, il l'entraînait au-dessus des toits – toujours en la surveillant – afin de lui montrer une autre vision de la ville. Il était ce frère que Morgan n'avait pas, une famille supplémentaire, pour l'un comme pour l'autre. Pepper savait qu'elle avait de la chance, dans son malheur. Sa fille était là, elle avait des personnes qui la soutenaient, comme Happy, Rhodey, Peter et d'autres Avengers – même Hill était venue la voir pour prendre de ses nouvelles – et elle avait encore la possibilité de s'écrire un avenir. Seulement, il était difficile d'imaginer son futur sans Tony, comme si la partie la plus importante de son âme lui avait été arrachée brusquement, la privant d'oxygène.

Au bord des larmes, elle dut s'asseoir, tenant dans l'une de ses mains un prototype d'un nouveau téléphone que Tony avait tenté de construire quelques jours avant son voyage dans le temps. Pepper ignorait ce que son mari avait voulu en faire, et elle n'en avait cure désormais, serrant entre ses doigts l'appareil aussi fin qu'une feuille de cigarette. Une intense lumière bleue s'en dégagea subitement, éclairant les alentours d'une lueur électrique qui attira l'attention de la femme sur l'objet. Une projection holographique apparut à l'extrémité du téléphone, se dessinant en trois dimensions, rappelant à Pepper ce discours que Tony avait fait par le biais du casque de son armure lorsqu'il avait laissé un dernier message.

« Tu sais que je ne peux pas sourire sans toi. »

Un hoquet lui échappa en entendant le son de la voix de l'Iron Man, faisant trembler l'hologramme tant ses mains étaient parcourues de soubresauts. La silhouette fantomatique de Tony était sérieuse, avec toutefois un brin d'amusement dans ses pupilles tandis qu'il fixait un point invisible devant lui.

« Cette chanson a le don de me foutre le moral à zéro, poursuivit l'apparition, mais elle résume un peu mes pensées quand … quand on a dû se séparer. Je suis content que tu sois revenue, Pepper. Tu as peut-être déjà vu mon autre message, mais il en fallait un, rien que pour toi. J'ai tellement à te dire mais si peu de temps. »

Un sourire triste vint se peindre sur les lèvres de Pepper, en miroir avec ce rictus lointain qui se dessinait sur celles du souvenir de Tony. Il fit remarquer qu'un bon monologue se devait de débuter par une danse et il tendit une main vers elle avant de faire semblant de la ramener vers lui, entamant une étrange valse en solo en sifflant un air imaginaire. Il passa ainsi de longues minutes à enchaîner les pas sur des rythmes différents avant d'annoncer qu'il devait redevenir sérieux, arborant cet air qu'il prenait lorsqu'il était sur le point de révéler ses décisions les plus difficiles.

« Mon plus cadeau, Pepper, c'est de t'avoir rencontrée. Je n'ai pas toujours été très tendre avec toi, et je m'en excuse encore, mais je suis heureux d'avoir été ton mari. »

Il sembla se perdre dans ses pensées puis reprit le fil de leurs années en commun. Il eut un rire amusé lorsqu'il se rappela tous ces instants pendant lesquels ils avaient flirté, entre amitié et amour, entre travail et vie privée. Pepper n'avait rien oublié de toutes leurs interactions, les bonnes comme les mauvaises. Elle avait souffert de voir toutes ces femmes qui allaient et venaient dans les résidences de Tony et qu'elle raccompagnait jusqu'à la sortie. À cette époque, une partie d'elle avait une terrible envie de partir pour ne jamais revenir à Stark Industries mais l'autre part de son esprit lui soufflait alors qu'elle avait au moins l'avantage d'être la seule à rester chaque jour auprès de lui, même s'ils n'étaient qu'un patron et son employée. Elle avait été jalouse, elle le reconnaissait avec honnêteté, toutefois elle avait dissimulé de son mieux les émotions néfastes qui l'assaillaient, tout cela pour ne se concentrer que sur le bonheur de croiser le regard brun de son employeur, de son ami, de son amant.

Toute à ses réflexions, Pepper revint au monologue de son compagnon. Elle l'avait sauvé des griffes de Stane avec un sang-froid dont elle ne se sentait pas capable, elle avait failli subir les retombées des drones de Vanko. Puis Tony était devenu un membre des Avengers et elle n'avait eu de cesse de s'inquiéter pour lui, plus encore que le jour où elle avait appris qu'il était Iron Man. Les semaines et les mois qui avaient suivi la bataille de New York avaient été compliqués pour eux, pour leur couple, pour la sécurité de Pepper. L'attaque de Killian l'avait profondément blessée, elle avait cru mourir en tombant dans les flammes mais elle avait aussi découvert une détermination nouvelle et assez puissante pour combler cet abime qui risquait de se creuser entre elle et Tony. L'attaque d'Ultron avait affaibli sa résistance, ouvert une autre faille, les obligeant à s'éloigner pour mieux se retrouver plus tard. Elle aimait profondément Tony pour ce qu'il était, ses qualités et ses défauts, et elle savait qu'elle n'avait aucun droit à lui demander de changer juste pour elle. Il n'était pas que le dirigeant de Stark Industries – il lui en avait cédé la présidence par ailleurs – il était Iron Man, le consultant du Shield, le fournisseur d'armes de Fury et des Avengers, et elle avait aimé chacun de ces aspects.

Autant dire qu'elle avait été surprise par sa demande en mariage là où elle attendait une interview spéciale de Spider-Man. Elle supposait que Tony se contenterait de sa présence sans vouloir officialiser mais il lui avait démontré le contraire. Elle avait accepté par amour, avait apprécié chaque instant de l'organisation, jusqu'à l'arrivée impromptue de Banner et de Strange pour sauver le monde, encore une fois. Tony lui avait promis de revenir et il avait tenu parole, ils avaient vécu ensemble pendant cinq années de paix – plus ou moins – en élevant leur fille avec une affection grandissante.

« Tu sais Pepper, veiller sur Morgan et toi, c'était proche de mes plus grands rêves, de ce que j'ai toujours souhaité avoir. J'avais peur d'être comme mon père mais tu as été là pour me prouver que je valais bien plus que ce que je croyais. Je ne suis pas Howard, je ne le serai jamais, je suis … je suis Iron Man, finalement. »

Il s'arrêta pendant plusieurs minutes, se remettant à arpenter les lieux avant de revenir s'installer devant sa caméra. Pepper aurait pu mettre fin à l'enregistrement afin de ne pas être oppressée par cette tristesse qui pesait sur ses épaules, qui opprimait sa cage thoracique et qui dévorait toute joie de vivre mais elle redoutait de retomber dans le silence d'un monde où la voix de Tony ne résonnait plus. À la place, elle effaça ses larmes du plat de la main, écoutant le sifflement discret de l'Iron Man alors qu'il s'égarait encore dans ses songes.

« Je suis désolé de te laisser seule avec Morgan, j'aurais aimé être là pour la voir grandir, devenir une élève aussi futée que son père, infiltrer le MIT et le Shield pour faire tourner les agents en bourrique. Elle ferait une bonne espionne, elle est douée avec ses peluches en armure. »

Un sourire mélancolique refleurit sur sa bouche tandis qu'il serrait ses mains l'une contre l'autre pour les empêcher de trembler. Pepper renifla, sentant revenir des sanglots qu'elle étouffa dans sa main libre.

« Je ne voulais pas être égoïste, quand Rogers, Romanoff et Lang sont venus. Mais savoir qu'on pouvait retourner dans le passé, ramener tout le monde … J'ai eu peur. Peur de perdre Morgan, peur de te perdre toi, peur de perdre tout ce qui faisait ma vie. »

Une ombre passa sur le visage holographique, marquant ses traits tirés en accentuant les cernes sous ses yeux. Pendant son voyage dans l'espace, après le claquement de doigts de Thanos, il avait pris des années de vie, revenant plus vieux et plus usé, comme si découvrir l'univers et Titan avait suffi à le rendre différent de celui qu'il était à son départ.

« Peter n'a pas besoin de le savoir mais … c'est sa photo qui m'a permis de prendre ma décision. Je pouvais garder Morgan si je n'agissais pas, cependant qui suis-je pour décider de la survie de tous les autres ? J'ai emmené Peter dans l'espace, je l'ai entraîné dans nos combats et je lui devais bien son retour parmi nous. »

Pepper acquiesça dans le vide, ayant compris depuis longtemps que la relation entre Tony et Peter était celle d'un père et d'un fils. Le jeune homme avait perdu une grande partie de sa famille, aussi bien ses parents que son oncle Ben, et il ne vivait qu'avec sa tante May. Tony l'avait tiré de son travail de petite araignée sympa du quartier afin de le changer en l'un des Avengers, le mettant au-devant des dangers. Elle avait essayé de faire comprendre à son mari qu'il n'y était pour rien si Peter avait disparu à la suite du claquement de doigts de Thanos, puisque la moitié de leur planète avait subi le même traitement, puisque les victimes avaient été désignées par la main du hasard mais Tony n'avait rien voulu entendre. Il avait longtemps porté sa culpabilité puis s'était apaisé avec la naissance de Morgan. Entre un enfant de cœur et un enfant lié par le sang, le choix avait dû être difficile pour l'Iron Man.

« Je doute de revenir de cette mission, j'ai un mauvais pressentiment. J'ai échappé à la mort trop de fois, Pepper. Pourquoi une fois de plus ? J'ai ma famille, mon bonheur, la vie que je souhaitais avoir. Et je crois que dans les films, c'est celui qui a le plus à perdre qui s'en va, n'est-ce pas ? J'aurais dû en parler avec Peter pendant … pendant qu'il était encore là. Il a vu plus de films que moi, il a de bonnes références. »

Un rire le secoua, troublant tout doucement l'hologramme qui se stabilisa une fois qu'il retrouva son calme, ses mains dans les poches.

« Je ne peux pas sourire sans toi, chantonna-t-il en arborant un chagrin qu'elle ne lui connaissait pas. Je t'offre un nouveau monde de paix, j'espère que tu en profiteras comme il le faut. Je t'aime, Pepper. Je t'aime plus que tout, plus que ma vie. »

Il esquissa d'autres pas de danse, puis lui souffla un baiser avant de disparaître. L'appareil entre les mains de Pepper clignota un instant et s'éteignit, ne laissant dans son silence qu'un calme des plus bruyants pour son cœur qui battait la chamade. Ses joues étaient noyées de larmes, sa respiration hachée peinait à s'apaiser tant elle pleurait. Elle avait vu ses adieux à travers l'hologramme qu'elle avait visionné avec sa fille, mais ceux-ci étaient encore plus intimes, bien plus douloureux pour elle. Elle ne perçut pas les pas dans l'escalier, n'entendit pas la porte s'ouvrir derrière elle, et elle ne vit Morgan qu'à l'instant où la fillette apparut dans son champ de vision. Peter arriva à son tour mais s'arrêta dans l'encadrement en apercevant le téléphone que Pepper tenait encore, comme s'il comprenait ce qu'il venait de se passer. Il recula pour permettre à la mère et à la fille d'être seules, remontant à l'étage avec la même discrétion qu'un fantôme.

Assaillie par toutes les émotions qui revenaient en elle, Pepper étreignit Morgan, lui murmurant à quel point elle était fière de l'avoir pour fille. Elle n'avait pas les moyens d'offrir à son enfant la famille complète qu'elles auraient pu avoir dans d'autres circonstances mais elle avait l'intention de l'aider à grandir en toute quiétude. Sans doute qu'un jour, elle lui raconterait toute l'histoire, du début à la fin, pour montrer à la fillette que son père avait été un héros sous de nombreux aspects, qu'il n'était pas juste Iron Man, qu'il n'était pas qu'un membre des Avengers. En attendant, elle ferait en sorte que le sacrifice de Tony ne fût pas en vain. Pas à pas, elle rebâtirait ce monde, et regarderait Morgan devenir aussi forte que son père.

Je t'aime aussi, Tony, plus que trois fois mille, plus que toutes les étoiles de l'univers.


Note : J'avais envie de glisser un aurevoir vraiment personnel, différent de celui de Endgame. Et j'aime écrire sur ce duo, sur Morgan, sur Peter, sur le groupe d'amis.