*sifflote*
J'espère que vous êtes prêts ?
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CHAPITRE 3
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Ladybug et Adrien remontèrent rapidement à la surface, au grand soulagement de ce dernier qui n'était pas fâché de se retrouver de nouveau à l'air libre. Mais à peine avaient-ils fait un pas dans le bureau du créateur que Mayura et le Papillon firent irruption dans la pièce.
Le regard d'Adrien se durcit, et il sentit Ladybug se figer à ses côtés.
Le Papillon.
Gabriel Agreste.
Leur ennemi juré. Cet homme qui leur avait causé tant de problèmes. Cet homme qui avait mis la ville à feu et à sang pendant presque quatre ans. Qui avait puisé dans les faiblesses des gens, dans leurs peurs, leur colère, et leur douleur pour les manipuler.
Le Papillon s'approcha d'eux d'un pas assuré, un sourire carnassier suspendu à ses lèvres.
- Ma chère Ladybug, quel plaisir de te recevoir, lança-t-il, ignorant complètement son fils.
- Le plaisir n'est certainement pas partagé, répliqua-t-elle.
Malgré le regard menaçant et déterminé de Ladybug, le Papillon s'avançait d'un air confiant. Il semblait intimement persuadé d'avoir l'avantage.
- Depuis le temps que j'attends ce moment... tu vas gentiment me donner ton Miraculous, chantonna-t-il.
- C'est beau de rêver Monsieur Agreste, lança Ladybug avec aplomb.
Le Papillon haussa un sourcil ; Adrien l'avait visiblement mise au courant de son identité. Cela n'avait plus d'importance à présent. Il n'avait jamais été aussi proche du but. Il allait récupérer le Miraculous de Ladybug, et enfin, il pourrait formuler le vœu ultime. Emilie, l'amour de sa vie, allait enfin se réveiller ! Il en exultait presque.
Ladybug s'avança de quelques pas, et, sous le regard interrogateur d'Adrien, elle tendit ses deux mains ouvertes en direction de son ennemi juré et de sa complice, paumes vers le haut.
- Cette bataille a assez duré, dit-elle avec un calme olympien qui contrastait avec la tension présente dans la pièce. Vous avez mis en danger de nombreuses personnes, y compris votre propre fils. Vous ne pouvez plus continuer ainsi. Je vais vous laisser une dernière chance de me donner vos Miraculous avant que toute cette histoire n'aille beaucoup trop loin.
Pour toute réponse, le Papillon lâcha un rire incrédule. Cette gamine avait un sacré culot !
- Il en est hors de question, répondit-il d'un air dédaigneux. J'ai besoin des Miraculous.
- Dans ce cas, vous ne nous laissez pas le choix, répondit Ladybug avec un soupir.
Elle aurait aimé éviter d'en arriver là. La découverte de l'identité du Papillon ajoutait une douloureuse dimension à cette bataille, et elle avait follement espéré que tout cela aurait pu se régler dans le calme. Mais Gabriel Agreste n'avait visiblement pas l'air de vouloir renoncer.
Elle attrapa son yo-yo enroulé autour de sa taille et le fit tournoyer dans sa main.
- Et dire que tu crois avoir une chance contre moi Ladybug, ricana le Papillon. C'est d'un pathétique. Tu n'as aucune idée de ce dont je suis capable.
- Au contraire, je crois que nous en avons déjà eu un bon aperçu, lui rétorqua Ladybug avec un sourire narquois. Je vais prendre un exemple au hasard... 72 akumatisations de Monsieur Ramier ? Du grand art, assurément. Je tremble de peur.
Adrien ne put s'empêcher d'afficher un sourire à la fois amusé et empli de fierté face à l'air furieux de son père. Il y avait quelque chose de jouissif de voir Gabriel Agreste être ainsi remis à sa place par Ladybug.
Une lueur d'admiration brillait dans son regard d'émeraude : Adrien avait beau être déjà complètement épris de sa coéquipière, à cet instant, ses sentiments pour Ladybug dépassaient l'entendement. Les battements de son cœur résonnaient si fort dans ses tempes qu'il avait l'impression d'avoir du coton dans les oreilles, et il sentit ses joues chauffer légèrement.
« Concentre-toi Adrien ! » se raisonna-t-il mentalement.
- Tu oublies que nous sommes deux contre toi, menaça le Papillon en désignant Mayura. Tu es seule, tu n'as aucune chance.
- Hey ! Ladybug n'est pas seule ! s'exclama Adrien en s'avançant vers lui d'un air menaçant.
Mais Ladybug l'arrêta d'un mouvement de main.
- Adrien, dit-elle d'un air inquiet. Tu n'as plus tes pouvoirs, il vaut mieux que tu ailles te mettre à l'abri, c'est plus prudent.
Le cœur d'Adrien descendit d'un étage.
- Non Ladybug ! Il en est hors de question, je reste avec toi !
- Adrien, s'il te plaît, je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose.
Le regard implorant de Ladybug ne le dissuada pourtant pas de s'avancer encore.
- Adrien, répéta-t-elle plus fermement.
Adrien allait répliquer, mais il vit du coin de l'œil le Papillon se jeter sur eux.
- LADYBUG, ATTENTION ! cria-t-il en se plaçant d'un bond devant elle.
Mais il était trop tard. Le Papillon avait brandi sa canne, et Adrien prit le coup qui était destiné à Ladybug en plein dans les côtes. Le choc fut si violent que le jeune homme se retrouva projeté quelques mètres plus loin, terminant brutalement sa course contre le tableau de sa mère.
Chat Noir avait l'habitude de prendre des coups et de faire des vols planés, son costume de super-héros absorbait tous les chocs. Mais ainsi privé de ses pouvoirs, Adrien eut l'impression d'avoir été percuté de plein fouet par un bus. Son corps encaissa la violence du choc et il s'effondra sur le sol de tout son long en laissant échapper un gémissement de douleur. Son dos et ses côtes le lançaient si violemment qu'il se demandait s'il ne s'était pas cassé plusieurs vertèbres dans sa collision avec le mur. Un poids invisible semblait oppresser sa poitrine et l'empêchait de respirer convenablement. Il pouvait à peine bouger. A moitié sonné, sa tête flottait dans un brouillard opaque et il avait bien du mal à reprendre ses esprits.
Il entendit Ladybug crier son nom.
Des étoiles dansaient devant ses yeux.
Ladybug se précipita vers lui mais Mayura s'interposa, tandis que le Papillon avançait vers son fils d'un air satisfait. Adrien se redressa péniblement, chaque centimètre de son corps pulsant de douleur, et lança un regard assassin à son père.
- Adrien ! Ça va ? lui demanda Ladybug tout en esquivant un coup de pied de Mayura, qui faisait tout pour l'empêcher de rejoindre le jeune homme. Papillon, si tu poses ne serait-ce encore qu'un seul doigt sur lui, je te jure que tu vas me le payer !
- Ah oui ? C'est ce que l'on va voir, répondit le Papillon avec un rire détestable.
Le corps et le cœur meurtris, Adrien tentait tant bien que mal de se mettre debout et de s'éloigner de son père, lorsque son regard fut attiré par un objet sur le sol, non loin de lui. Son cœur fit un bond lorsqu'il réalisa que c'était le porte-bonheur que lui avait offert Marinette il y avait quelques années de cela et qui ne le quittait que rarement. Il avait certainement dû tomber de sa poche dans sa chute. La gorge nouée à l'idée de le perdre, il étendit son bras pour essayer de l'atteindre, mais ce mouvement avait l'air douloureux pour lui.
Incrédule, Ladybug le vit ramper vers l'objet, semblant puiser dans ses dernières forces pour le récupérer. Sous son costume, le cœur de Marinette fit un bond violent : Adrien avait conservé son bracelet ? Depuis toutes ces années ?
Elle n'eut pas le temps de s'interroger plus longtemps : le Papillon venait de mettre un genou à terre devant son fils, un sourire malfaisant suspendu à ses lèvres. Son expression n'augurait rien de bon. Adrien referma son poing sur le bracelet et se redressa tant bien que mal en se tenant les côtes, le dos collé au tableau représentant sa mère.
Encore quelques heures auparavant, Adrien aurait pu jurer que, malgré sa froideur et sa dureté à son égard, son père n'aurait jamais été capable de lui faire du mal physiquement. Mais à présent, il réalisait que Gabriel Agreste s'était complètement laissé détruire par son chagrin et son obsession de faire revenir sa femme. Mais surtout, qu'il était prêt à tout pour atteindre son but. Quitte à s'en prendre à tous ceux qui oseraient se mettre en travers de sa route, et ce, même si cette personne était de son propre sang.
Adrien inspira douloureusement, ne pouvant s'empêcher de s'inquiéter pour son père malgré tout : il ne semblait plus y avoir aucune once d'humanité chez lui. Où était l'homme certes un peu froid, mais souriant et dévoué à sa famille qu'Adrien avait connu ? Ces dernières années avaient déjà creusé un fossé entre eux, mais à présent, il ne reconnaissait plus du tout son père. Comment avait-il pu se laisser consumer ainsi par le pouvoir de son Miraculous ?
Le jeune homme sentit une vague d'émotion le submerger lorsqu'il eut une pensée pour sa mère, inconsciente dans son cercueil de verre, ignorant tout de ce qu'il s'était tramé autour d'elle ces dernières années. Une vive colère monta en lui, et il se redressa sur ses genoux en serrant de toutes ses forces le porte-bonheur de Marinette dans sa main.
- Ça suffit, lâcha-t-il, la mâchoire crispée. Vous avez fait assez de dégâts comme ça.
- Cesse de lutter Adrien, c'est trop tard, lui répliqua son père d'un ton sec.
Pour toute réponse, Adrien secoua vivement la tête de droite à gauche.
- Jamais ! Même si je dois y laisser ma peau, je me battrai jusqu'au bout ! Je ne vous laisserai plus faire du mal aux gens que j'aime ! lui asséna-t-il avec un regard noir.
Contre toute attente, un rictus horrible déforma le visage du Papillon, et il brandit sa canne avec un air de triomphe.
- Voilà le moment que j'attendais ! s'exclama-t-il, en ouvrant le bout de sa canne.
Ladybug sentit son cœur s'arrêter en comprenant ce que le Papillon était en train de faire. Mais il était trop tard.
Un coléoptère mauve sortit de la demi-sphère qui surmontait sa canne et voleta jusqu'au bracelet d'Adrien.
- Je te réservais ce papillon depuis longtemps, ajouta son père avec un sourire abominable. Ton heure est enfin venue. Va ! Empare-toi de lui mon petit akuma !
Impuissante, Ladybug vit le papillon mauve entrer dans son bracelet porte-bonheur et prendre possession d'Adrien.
Gabriel Agreste semblait euphorique de voir son plan se dérouler à merveille.
- Rejoins-nous Adrien. Pense à ta mère et à la joie que tu auras de la revoir ! Nous allons enfin être réunis à nouveau !
Il se redressa et désigna Ladybug d'un doigt accusateur.
- Cette fille t'empêche de retrouver ta famille depuis le début ! Prends-lui son Miraculous et tu pourras retrouver ta mère !
Agenouillé sur le sol de marbre, Adrien tremblait de la tête aux pieds.
Non. Il ne devait pas se laisser akumatiser, il en était hors de question.
Son esprit tentait de repousser les paroles de son père de toutes ses forces, mais le pouvoir du Papillon s'insinuait en lui, parcourant chacun de ses muscles, chacune de ses veines, chacune de ses pensées, pour le faire plier à ses désirs. L'envie de revoir sa mère était soudain devenue plus forte que tout. Plus rien d'autre n'avait d'importance.
La détermination d'Adrien vacillait.
Son cœur et son esprit s'étaient remplis de douloureux mais si heureux souvenirs. Des souvenirs qu'Adrien croyait avoir oubliés et qui étaient tout à coup revenus très nettement à la surface de sa mémoire. La clarté et la précision de ces réminiscences étaient certainement dues aux pouvoirs du Miraculous du Papillon, mais les sentiments décuplés qu'il ressentait à présent n'avaient rien à voir avec de la magie. Le cœur brisé, Adrien retrouvait enfin la sensation de bonheur et de joie qu'il éprouvait lorsque sa mère était encore là et qu'elle l'inondait d'attention et d'amour. Il s'était tellement raccroché à cette sensation ces quatre dernières années. Il avait tenté tant bien que mal de reproduire ce bonheur, de le refabriquer dans son cœur après en avoir été brutalement privé, pour pallier son absence. Mais ce vague souvenir rafistolé de l'amour que lui portait sa mère n'était rien en comparaison avec la véritable émotion qu'il ressentait à présent et qui lui éclaboussait le cœur comme un raz-de-marée après tant d'années à souffrir en silence.
Une vague de nostalgie le toucha de plein fouet. Dans un brouillard un peu flou, sa mère apparut devant lui. Comme si les dernières années passées n'avaient été qu'un long cauchemar. Comment était-ce possible ?
Sans se poser plus de questions, Adrien se jeta dans ses bras et se blottit tout contre elle, complètement bouleversé de la retrouver. Il ressentait l'étreinte de ses bras, la douceur de ses gestes. Un sentiment de bien-être qu'il n'avait pas ressenti depuis longtemps envahit son cœur. Apaisé, il voulait s'abandonner dans ces bras aimants et oublier le monde alentour.
Il fallait qu'elle revienne. Et il était prêt à tout endurer pour ça.
Adrien ferma les yeux et prit une grande inspiration.
Son père voulait les Miraculous pour faire revenir sa mère. Le jeune homme savait que c'était le seul moyen qu'il avait de la revoir, la seule solution pour que cette illusion redevienne réalité.
Mais un détail le faisait hésiter, et pas des moindres : il refusait catégoriquement de devoir se battre contre Ladybug. A part sa mère, sa coéquipière était la seule personne à qui il tenait plus que tout. Il était hors de question de tenter de lui prendre son Miraculous par la force.
Perdu dans un état de transe, il tentait de trouver une solution, un compromis.
Sa Lady avait un grand cœur après tout. Peut-être consentirait-elle à lui donner ses boucles d'oreilles pour sauver sa mère s'il les lui demandait gentiment ?
Une larme coula sur sa joue.
L'akumatisation rendait ses pensées troubles.
Il n'était plus si sûr de lui.
Il n'avait plus réellement envie de lutter pour repousser les paroles de son père, il voulait juste retrouver sa mère.
Ladybug poussa un cri d'horreur en voyant le contour du masque du Papillon apparaître sur le visage troublé d'Adrien. Mayura tenta une nouvelle offensive pour l'éloigner mais la justicière masquée fut plus vive : elle lui faussa compagnie en deux bonds et se précipita vers son coéquipier, le souffle court.
- Adrien ! s'écria-t-elle en tombant à genoux devant lui.
Elle posa ses deux mains sur ses joues, l'obligeant à la regarder.
- Résiste, je t'en prie ! le supplia-t-elle. Chat Noir, j'ai besoin de toi ! Ne l'écoute pas !
- C'est trop tard Ladybug, répondit le Papillon, un rictus suspendu à ses lèvres. Prépare-toi à te battre contre lui.
- Non ! Adrien !
Adrien luttait, les deux poings serrés sur ses tempes, la tête sur le point d'exploser. Il devait résister. Il s'était promis de ne plus jamais écouter son père. Pourquoi était-ce si difficile de le repousser ?
- Maman... murmura-t-il les dents serrées, les yeux brillants comme des prismes.
La scène était insoutenable.
Ladybug voyait bien qu'Adrien luttait de tout son être contre le pouvoir du Papillon car il n'était toujours pas complètement akumatisé. Mais rares étaient ceux qui avaient réussi à résister, et elle savait à quel point sa mère lui manquait. Tremblante, elle serra très fort sa main, comme si elle cherchait à lui insuffler silencieusement de la force pour combattre et repousser le pouvoir du Papillon. Adrien leva les yeux vers elle, et Ladybug y lut une telle douleur qu'elle en fut complètement retournée. Elle plongea son regard dans le sien sans lâcher sa main, pour le soutenir. Elle savait que son partenaire était toujours là, lucide malgré l'akumatisation, et luttait de toutes ses forces.
- Résiste Adrien, je t'en prie... murmura-t-elle, les yeux emplis de larmes qui ne demandaient qu'à couler le long de ses joues.
Adrien la fixa un long moment d'un air vide. Son regard vitreux ne laissait rien présager de bon.
La boule au ventre, Ladybug commençait à perdre espoir. Elle ne voulait pas se résigner à attendre le moment où l'akumatisation allait s'emparer entièrement de lui, elle voulait sauver son partenaire coûte que coûte. Mais Adrien semblait prêt à succomber au pouvoir maléfique du Papillon, et cette idée la terrifiait.
Un frisson d'horreur parcourut son corps.
Elle ne voulait pas se battre contre lui. Elle savait qu'elle n'en aurait pas la force.
Les larmes aux yeux, elle serra Adrien tout contre elle, ses lèvres posées sur son front en attendant l'inéluctable.
Mais alors qu'elle s'attendait à voir la silhouette d'Adrien se dissoudre dans une fumée violette, elle sentit le jeune homme se redresser dans son étreinte. Dans un sursaut de lucidité, il lui confia subitement le bracelet, en s'agrippant à elle de toutes ses forces. Un papillon violet en sortit, et Ladybug s'empressa de le capturer en laissant échapper un soupir de soulagement.
Adrien avait réussi.
Il avait été plus fort que son père.
Un sentiment de fierté envers son coéquipier lui emplit le cœur, et elle posa sa tête contre la sienne, rassurée.
Adrien s'effondra dans les bras de Ladybug, vidé de toute énergie ; il tremblait comme une feuille d'avoir ainsi résisté à l'akumatisation.
Il n'en revenait pas lui-même. Il avait repoussé son père. Tout lui semblait beaucoup plus clair à présent, comment avait-il été à deux doigts de trahir sa coéquipière et de succomber au pouvoir du Papillon ? Jamais il ne se serait pardonné.
Le Papillon laissa échapper un grognement de frustration en voyant sa tentative d'akumatisation échouer. Adrien essuya rageusement les quelques larmes qui avaient coulé le long de ses joues et fusilla son père du regard.
- Vous êtes ignoble, asséna Ladybug, traduisant ses pensées.
Elle regardait le Papillon droit dans les yeux, faisant écran avec son corps pour protéger Adrien tout en le soutenant du mieux qu'elle le pouvait. Elle prit l'un de ses bras le passa délicatement autour de ses épaules pour l'aider à se relever, tout en le maintenant par la taille ; entre le vol plané qu'il avait fait quelques instants plus tôt et sa lutte pour repousser la tentative d'akumatisation, il était visiblement à bout de forces.
- Ça va aller ? demanda-t-elle, le regard brillant d'inquiétude.
Adrien hocha faiblement la tête, mais son regard était déterminé.
Ladybug voulut le mettre à l'abri mais Adrien refusa, se redressant vaillamment.
- Reste en retrait, d'accord ? S'il te plaît, lui demanda-t-elle d'une voix douce mais ferme en posant la paume de sa main gantée sur sa joue.
Adrien finit par acquiescer à contrecœur et s'écarta. Il ne voulait pas laisser Ladybug seule contre son père et Mayura, mais il devait bien se rendre à l'évidence que sans ses pouvoirs, il ne lui était pas vraiment d'une grande aide. Il s'empressa de ranger le bracelet de Marinette tout au fond de sa poche et la tâta plusieurs fois afin d'être certain qu'il n'en ressortirait pas cette fois-ci.
Ladybug se planta à nouveau devant le Papillon et Mayura, son yo-yo dans la main. Elle n'avait plus le droit à l'erreur. Il fallait à tout prix qu'elle récupère le Miraculous de Chat Noir le plus rapidement possible.
Elle réfléchissait à toute vitesse, tout en essayant de tenir ses ennemis à bonne distance à l'aide de son yo-yo. Mais alors qu'elle tentait d'élaborer mentalement un plan, elle remarqua que Mayura semblait épuisée ; elle peinait à respirer, et serrait de temps en temps le poing sur son cœur. Peut-être tenait-elle sa chance.
Momentanément déconcentrée, Ladybug ne sentit pas le Papillon se rapprocher d'elle dans son dos. Adrien cria son nom mais il était déjà trop tard : le Papillon se servit de sa canne pour la piéger, l'immobilisant entre son propre torse et le bâton. Les bras de Ladybug se retrouvèrent plaqués le long de son corps, et, ainsi maîtrisée, elle n'avait aucune prise pour se libérer. Elle était à sa merci.
Avec un hoquet de surprise, elle se débattit, agitant ses pieds, mais en vain.
- Mayura ! s'écria le Papillon avec un air de triomphe. Prenez-lui son Miraculous !
Mayura s'approcha de Ladybug et la super héroïne s'agita de plus belle. Vite, il fallait qu'elle se libère avant que Mayura n'ait le temps d'agir !
De son côté, Adrien contemplait la scène d'un air anxieux ; il voulait intervenir, mais il n'avait aucune idée de comment prêter main forte à sa coéquipière sans ses pouvoirs. Le cœur battant, il réfléchissait à toute vitesse. Une attaque frontale ? Adrien secoua négativement la tête, ses côtes douloureuses le rappelant à l'ordre. A moins qu'il n'ait envie de faire un autre vol plané et de se blesser encore plus sérieusement cette fois-ci, c'était une très mauvaise idée. S'il voulait récupérer son Miraculous et prêter main forte à Ladybug, il ne devait pas agir impulsivement pour une fois.
Adrien scanna la pièce des yeux, à la recherche d'un indice qui pourrait les sortir de là. Lorsque son regard se posa sur les mannequins de couture massifs qui trônaient dans un coin, il tourna vivement la tête vers la scène qui se déroulait sous ses yeux : Ladybug était toujours aux prises avec son père, et Mayura s'approchait dangereusement d'elle. Il lança un regard à Ladybug qui comprit instantanément ce qu'il avait derrière la tête : après des années à combattre main dans la main, leur connexion était quasi-télépathique. Avec ou sans masque, ils se comprenaient d'un simple regard.
Ladybug vit Mayura tendre une main vers son oreille, mais à sa grande surprise, elle stoppa son geste et replia son bras devant son visage pour tenter de contenir une quinte de toux. Ladybug y vit sa chance ; elle ramena vivement ses jambes contre sa poitrine et, en une détente, percuta les épaules de Mayura avec ses talons. Au même moment, Adrien fit rouler un des mannequins de couture à terre et le positionna juste derrière les jambes de Mayura au moment où Ladybug la repoussa. Leurs deux actions combinées créèrent l'exact chaos qu'ils espéraient : Mayura fut projetée en arrière sous l'impulsion du choc infligé par Ladybug et elle se prit les talons dans le mannequin posé au sol derrière elle. Déséquilibrée, elle s'effondra de tout son long sur le sol de marbre. Adrien en profita pour lui arracher son Miraculous d'un geste vif avant qu'elle n'ait eu le temps de réagir. Nathalie réapparut dans un éclair de lumière.
Retenant sa respiration tout en serrant sa main sur ses côtes douloureuses, Adrien s'éloigna légèrement d'elle, prêt à riposter au cas où elle déciderait de contre-attaquer. Mais Nathalie ne se releva pas. Recroquevillée sur elle-même, elle resta allongée sur le sol, visiblement au plus mal.
- Nathalie ? appela Adrien les sourcils froncés.
Il s'agenouilla à ses côtés, l'inquiétude se lisant sur son visage.
- Nathalie, non ! s'écria le Papillon d'un air affolé.
Ladybug se mit à gesticuler à nouveau, espérant ainsi se libérer, mais contre toute attente, le Papillon la lâcha pour se précipiter vers son assistante. Celle-ci gisait sur le sol, le corps secoué par une magistrale quinte de toux. Il passa délicatement son bras autour de ses épaules et releva doucement sa tête de sa main. Nathalie peinait à garder les yeux ouverts.
Adrien s'écarta d'eux, sans se départir de son air inquiet : sa mère était également sujette à ce genre de crises avant de disparaître, se pourrait-il que Nathalie soit touchée par le même mal ? Mais comment ? Pourquoi ? Et quel était ce mal qui les liait ?
Assailli par des milliers de questions auxquelles il n'avait pas de réponse, il ne réalisa pas que son propre Miraculous gisait à présent sur le sol de marbre non loin de Nathalie. La bague était visiblement réapparue suite à la détransformation de Mayura.
Ladybug, elle, s'en était rendue compte : elle se jeta sur le bijou en un éclair et l'attrapa rapidement avant de rejoindre Adrien, dans un rétablissement digne des plus grandes championnes olympiques de gymnastique. Avec une révérence, elle lui présenta la chevalière dans la paume de sa main d'un air satisfait, sous les yeux incrédules d'Adrien. Il s'en saisit d'un geste vif en laissant échapper un soupir soulagé. Enfin il retrouvait son Miraculous. Même s'il n'avait pas été séparé de Plagg très longtemps, son annulaire lui avait semblé bien vide sans sa bague.
Il ne savait comment exprimer toute la gratitude qu'il ressentait pour sa coéquipière en cet instant, aussi opta-t-il pour de simples remerciements à défaut de trouver mieux.
- Merci ma Lady, dit-il, visiblement plus léger.
L'air rayonnant qu'arborait à présent Adrien réchauffa le cœur de Ladybug. Le contraste était saisissant.
Adrien s'empressa d'enfiler la bague, et il ne put s'empêcher de bondir de joie lorsque Plagg apparut.
- Plagg ! s'écria-t-il en attrapant son kwami à pleines mains.
- Adrien ! s'écria Plagg, visiblement soulagé de découvrir que son porteur était toujours son Chat Noir et non pas le Papillon.
- J'ai bien cru que je n'allais jamais te revoir ! ajouta Adrien en l'attirant tout contre lui.
Plagg se débattit un peu en grommelant, mais Adrien voyait bien que, sous ses airs grognon, il était heureux de le retrouver.
- Tu n'aurais pas un petit bout de camembert à tout hasard ? demanda innocemment Plagg. J'aurais bien besoin d'être requinqué après tant d'émotions. Je me sens si faible... ajouta-t-il, une patte dramatiquement posée sur son front comme s'il s'apprêtait à défaillir.
- Tu es incorrigible Plagg, répliqua stoïquement Adrien en levant les yeux au ciel, tout en sortant un morceau de fromage de sa poche. Comme si tu avais besoin d'une excuse pour t'empiffrer.
Ladybug ne put s'empêcher de laisser échapper un petit rire incrédule devant cet échange entre Adrien et son kwami. Quel phénomène ! C'était la première fois qu'elle les voyait interagir, et la relation que partageaient Plagg et Adrien n'avait visiblement rien à voir avec ce qui les liaient avec Tikki.
- Tiens ma Lady, il vaut mieux que ce soit toi qui le garde, dit Adrien en lui tendant le Miraculous du Paon, tandis que Plagg engloutissait son morceau de camembert d'une seule bouchée. Ladybug acquiesça avec un sourire de remerciement et s'empressa de ranger le Miraculous dans son yo-yo.
Il ne restait à présent plus qu'un bijou à récupérer, et pas des moindres.
Son attention toujours focalisée sur Nathalie, le Papillon ne s'était pas rendu compte que son fils avait récupéré son Miraculous. Ce n'est que lorsqu'il l'entendit prononcer le nom de son kwami que Gabriel Agreste se redressa d'un mouvement sec et se tourna vivement vers lui. Il étouffa un juron en découvrant que le Miraculous du Chat Noir venait de retrouver son propriétaire.
- Adrien, rends-moi les Miraculous, dit-il d'un air menaçant, sans pour autant lâcher Nathalie.
Adrien secoua négativement la tête, un sourire joueur suspendu à ses lèvres ; le fait d'avoir retrouvé Plagg semblait lui avoir redonné un coup de fouet. Le regard provocateur, il serra son poing et cria :
- PLAGG ! TRANSFORME-MOI !
Ladybug fut un instant hypnotisée par la transformation d'Adrien. Elle avait beau faire de son mieux pour intégrer l'idée que le jeune homme et son coéquipier n'étaient qu'une seule et même personne depuis qu'elle l'avait retrouvé prisonnier dans le sous-sol, en avoir ainsi visuellement la preuve était une toute autre expérience qu'une simple confirmation orale. Si jamais un doute persistait dans son esprit, il venait d'être balayé par la scène à laquelle elle venait d'assister. Adrien, son Adrien, était bel et bien Chat Noir.
Chat Noir se redressa les poings serrés et le regard vif ; son corps meurtri le faisait toujours souffrir, mais la douleur semblait quelques peu atténuée par ses pouvoirs. Ladybug posa sa main sur son épaule et ce contact lui donna tout l'espoir et la force dont il avait besoin.
Ils étaient à nouveau réunis, et plus rien ne pourrait les arrêter.
Les deux super-héros se concertèrent d'un regard complice et s'avancèrent d'un seul mouvement vers le Papillon. Celui-ci était toujours penché au-dessus de Nathalie, un air plus qu'inquiet peint sur son visage. Le créateur s'apprêtait à se redresser et faire à nouveau face à ses deux ennemis, mais Ladybug prit soudain la parole.
- Et s'il y avait une autre solution pour faire revenir votre épouse, accepteriez-vous de l'envisager ?
Le Papillon haussa un sourcil, à la fois agacé et dubitatif.
- Il n'y a pas d'autre solution, asséna-t-il durement. J'ai fait de nombreuses recherches.
- Je suis certaine que si, insista Ladybug avec une certaine douceur, comme si elle cherchait à ne pas le brusquer avec ses propos. Il y a forcément un autre moyen, nous pouvons peut-être même vous aider, nous...
- Je sais que c'est la seule solution, coupa sèchement le Papillon. La seule façon dont vous pouvez m'aider, c'est de me donner vos Miraculous, et je pourrai enfin faire revenir Emilie ! Je veux retrouver ma famille, je fais ça pour toi Adrien !
- Non, vous ne faites pas ça pour moi, vos motivations sont purement égoïstes ! répliqua Chat Noir. Vouloir retrouver Maman ne justifie en rien toutes ces années à terroriser la ville entière. Elle ne mérite pas tout ça, dit-il, la voix rauque.
Il serra les poings.
- Vous avez gardé son corps pendant toutes ces années, comme... une expérience scientifique, comme si elle vous appartenait, l'accusa-t-il, la voix emplie de douleur. Et si elle ne se réveillait pas malgré le vœu ? Et même si elle se réveillait, dans quel monde va-t-elle revenir après tout ce qu'il s'est passé ? Pourquoi ne pouvez-vous pas accepter l'idée de la laisser partir ?
Les mots de Chat Noir semblèrent décupler la fureur du Papillon.
- Comment est-ce que tu peux dire des choses pareilles ? s'écria-t-il les traits de son visage déformés par la colère, scandalisé par les paroles de son fils. Je n'en reviens pas que tu puisses renoncer à ta mère ainsi sans même te battre pour elle.
- Mais ça n'a rien à voir ! répondit Chat Noir, le désespoir perçant dans sa voix. Maman mérite de reposer enfin en paix, pour que vous puissiez faire votre deuil, et elle...
- Ne parle pas de ce que tu ne peux pas comprendre, gronda le Papillon. Ta mère n'est pas morte. Et jamais je ne renoncerai. je la ramènerai, quel qu'en soit le prix à payer !
Le regard glacial qu'il adressa à son fils lui provoqua un frisson.
- Je ne m'attends pas à ce que tu comprennes ce qui nous lie avec ta mère, Adrien, asséna-t-il durement, d'une voix à peine perceptible mais paradoxalement parfaitement audible. Emilie est tout pour moi. Ma vie, mon sang, mon âme. Jamais tu ne pourras mesurer la force de mon amour pour elle. Rien ni personne ne pourra nous séparer. Alors ne parle pas de ce dont tu n'as pas idée.
Adrien savait qu'il devait passer outre les reproches de son père, mais ses mots le blessèrent malgré tout bien plus qu'ils n'auraient dû. Il fulminait à l'idée que son père puisse insinuer qu'il n'aimait pas sa mère aussi profondément que lui. Bien sûr qu'il l'aimait, il l'aimait plus que tout ! Mais il refusait de voir son père s'enfoncer plus profondément dans cette folie, il devait accepter de la laisser partir.
- Moi qui croyais que ta mère te manquait, reprit le Papillon. Mais je constate amèrement que tu n'en as rien à faire de ta famille.
Chat Noir serra les dents, outré que son père continue à jouer la carte de l'attachement et du chantage affectif pour justifier ses actions.
- Au contraire ! s'écria Chat Noir en serrant les poings. Maman me manque plus que tout, vous le savez bien ! Mais... mon père aussi me manque.
Ses derniers mots tombèrent comme un lourd voile de plomb entre eux. Le cœur de Ladybug se serra face au regard si triste de Chat Noir.
- Vous ne pouvez pas savoir à quel point ça fait mal de perdre sa mère et de ne même pas pouvoir se reposer sur son propre père, continua-t-il d'une voix éteinte, ses oreilles de chat plaquées sur son crâne. J'aurais tellement eu besoin de vous, mais vous... vous m'avez abandonné.
- Je ne t'ai jamais abandonné Adrien ! s'écria son père d'un air indigné. J'ai fait tout ça pour te protéger !
Chat Noir ne put s'empêcher de laisser échapper un rire acide.
- Me protéger ? En m'empêchant d'avoir une scolarité normale jusqu'à mes 13 ans et de me faire des amis ? En contrôlant tous mes faits et gestes ?
Il s'avança vers lui, un air de dégoût déformant son visage.
- En me laissant seul la majeure partie du temps avec un garde du corps planté devant la porte de ma chambre pour vous assurer que je n'en bouge pas ? En me séquestrant au sous-sol ? En essayant de m'akumatiser ? continua-t-il d'énumérer avec amertume. Vous avez une bien drôle de définition de ce mot !
- Ça suffit Adrien ! Tu ne comprends vraiment rien !
Mais Chat Noir en avait assez entendu ; d'un seul geste, il attrapa son bâton dans son dos et se mit en position d'attaque. Ses grands yeux verts lançaient des éclairs.
- Nous sommes au moins d'accord sur un point, asséna-t-il sèchement. Ça suffit.
A ces mots, le Papillon se redressa soudain, l'air grave.
Une sueur froide parcourut l'échine de Chat Noir, mais il ne baissa pas les yeux.
Adrien n'avait jamais ainsi ouvertement défié son père de toute sa vie, mais à présent, il ne souhaitait qu'une seule chose : enfin sortir de ce cauchemar.
Le Papillon déposa Nathalie sur un canapé qui se trouvait dans un coin de la pièce et s'avança vers les deux adolescents, plus menaçant que jamais. Sans un mot, il saisit sa canne d'un geste vif et en sortit une fine épée, les défiant de toute sa hauteur.
Gabriel Agreste avait toujours été un homme de grande taille, obligeant ses interlocuteurs à lever la tête pour tenter de combler la différence. Mais en cet instant, il semblait remplir littéralement tout l'espace de la pièce.
Son attitude dominante n'intimida pourtant pas Chat Noir et Ladybug qui firent un pas un avant, bien décidés à en découdre.
Chat Noir affichait un calme apparent, mais Ladybug voyait bien qu'il était extrêmement anxieux : sa mâchoire était contractée, et il serrait son bâton si fort dans sa main que la jeune fille se demandait par quel miracle il ne l'avait pas déjà brisé en deux avec une telle poigne. La respiration de Ladybug se fit plus laborieuse. Elle ne pouvait certes pas mesurer l'étendue de la détresse qu'il devait ressentir, mais elle savait qu'elle ferait tout pour le soutenir dans cette terrible épreuve. Elle espérait seulement qu'il ne se jette pas à corps perdu dans cette bataille décisive avec toute l'impulsivité qui le caractérisait souvent.
Tout en toisant leur ennemi, Ladybug réfléchissait à toute vitesse : le Miraculous du Papillon n'était pas un Miraculous d'attaque. Il avait besoin d'alliés pour concrétiser ses plans, quels qu'ils soient. Ainsi privé de la possibilité d'akumatiser quelqu'un, et sans l'aide de Mayura, Gabriel Agreste savait qu'il ne pouvait à présent compter que sur lui-même. Et c'était là leur avantage.
Les deux super-héros échangèrent un regard de connivence, et Ladybug fut rassurée de voir la flamme qui brûlait dans le regard de son coéquipier. Il semblait prêt à mettre un point final à cette bataille qui n'avait que trop duré.
Avant même que leur ennemi n'ait pu prendre une inspiration, ils se jetèrent sur lui, armes au poing. Son bâton brandi droit devant lui comme un sabre, Chat Noir lança l'offensive, talonné de près par Ladybug, son yo-yo tournoyant dans sa main à toute vitesse. Comme toujours, les deux alliés fonctionnaient à l'instinct et en parfaite synchronicité, unis par toutes ces années à combattre main dans la main. Leur connexion avait toujours été quasi télépathique, et cette confiance aveugle qu'ils avaient l'un pour l'autre cimentait leurs combats.
Malgré tout, Ladybug restait inhabituellement sur la défensive ; inconsciemment, elle portait une attention toute particulière à Chat Noir et analysait ses attaques afin d'être prête à contrer le Papillon et défendre son partenaire en cas de besoin. Son père avait déjà fait beaucoup trop de dégâts comme ça, et Ladybug refusait qu'il lui fasse plus de mal encore. Son affection pour Adrien n'avait à présent plus rien à voir avec le sentiment farouche de protection qu'elle ressentait vis-à-vis de lui. Son coéquipier avait déjà été beaucoup trop éprouvé dans toute cette histoire, et elle se faisait un devoir de le protéger coûte que coûte.
Légèrement déstabilisé par l'assaut simultané des deux super-héros, le Papillon se ressaisit rapidement et leva son sabre pour parer les coups que Chat Noir lui assénait avec son bâton.
Adrien savait que son père maniait plutôt bien l'épée, ayant pris des cours dans sa jeunesse et les mettant visiblement à profit. Mais le jeune homme avait bien trop de rancœur et de colère en lui pour se laisser piétiner.
La rage au ventre, Chat Noir l'attaquait et contre-attaquait sans faiblir malgré son corps meurtri. Ladybug lui prêtait main forte, et même si le Papillon se défendait plutôt bien, il semblait avoir du mal à gérer leurs attaques simultanées. Mais pour réellement prendre le dessus, ils allaient avoir besoin d'un petit coup de pouce.
Ladybug fit un signe discret à son coéquipier pour le prévenir qu'elle s'écartait légèrement, et celui-ci comprit qu'elle voulait faire appel à son Lucky Charm. Chat Noir acquiesça et lança une offensive frontale pour détourner l'attention du Papillon et tenter de le désarmer.
Quel étrange sentiment que de se battre contre l'homme qui n'avait fait que leur créer des ennuis et qui terrorisait Paris et ses habitants, tout en sachant que c'était son père qui se cachait derrière ce masque argenté.
Chat Noir secoua vivement la tête de droite à gauche pour reprendre ses esprits : il se devait de rester concentré. Son père ne lui ferait certainement pas de cadeaux s'il venait à faiblir.
Le jeune homme redoubla d'efforts ; il para avec virtuosité plusieurs attaques et riposta avec fougue, retrouvant peu à peu sa verve habituelle. Manier son bâton était devenu une seconde nature pour lui.
Un sourire provocateur ourla ses lèvres.
- Je suis sûr que vous êtes en train de regretter de m'avoir fait faire de l'escrime, railla-t-il avec insolence. Si vous vous étiez donné la peine de venir à mes tournois, vous sauriez que je suis le meilleur.
- Je n'en attendais pas moins de toi, répliqua son père les dents serrées, concentré sur ses gestes pour déjouer les attaques de son fils.
Cette remarque ne fit que décupler la hargne de Chat Noir envers son père, et il l'attaqua de plus belle, sans relâche, une colère sourde le prenant aux tripes.
De son côté, Ladybug s'empressa de lancer son yo-yo dans les airs.
- Lucky Charm ! cria-t-elle d'une voix claire.
Un petit objet plat et long, rouge à pois noirs, venait de tomber dans les mains ouvertes de Ladybug. Elle fronça les sourcils : une clé USB ? Sans se poser plus de questions, son regard se posa sur l'imposant ordinateur de Gabriel Agreste qui trônait au milieu de la pièce. L'objet clignota dans une teinte rouge à pois noirs, mais Ladybug n'eut pas besoin de ce signal pour passer à l'action. Tout en vérifiant du coin de l'oeil que Chat Noir n'était pas en difficulté, elle se planta devant l'écran et connecta rapidement la clé à l'ordinateur. Un dossier apparut. Lorsque Ladybug découvrit ce qu'il contenait, un sourire à la fois triste et triomphant illumina son visage. Elle savait exactement quoi faire de son Lucky Charm.
Sans plus attendre, elle fit apparaître le système de projection du bureau et lança une vidéo.
- Gabriel, arrête s'il te plaît !
Lorsque la voix et le rire cristallin d'Emilie Agreste résonnèrent dans toute la pièce, le Papillon se figea d'un coup. Il se retourna lentement, et lorsqu'il fit face à l'écran sur lequel le film était projeté, son visage se décomposa.
- Tu vois bien que je ne suis pas présentable enfin ! continua la voix douce et claire d'Emilie Agreste. Arrête de me filmer, filme plutôt notre petit rayon de soleil ! Adrien, mon amour, viens par ici !
Chat Noir s'était également immobilisé en entendant la voix de sa mère, et Ladybug espérait de tout cœur que ces images n'allaient pas rouvrir les plaies déjà béantes de son coeur malmené. Mais l'air complètement déstabilisé du Papillon face à ces souvenirs lui donnait la conviction qu'elle avait fait le bon choix malgré tout. Elle s'approcha de Chat Noir et posa délicatement sa main dans son dos entre ses omoplates pour lui signifier sa présence et son soutien. Ce geste sembla le faire sortir de la semi-torpeur dans laquelle le film l'avait plongé et il répondit à sa coéquipière par un signe de tête.
Le Papillon semblait hypnotisé par la scène qui se déroulait sous ses yeux. Il s'était tellement habitué ces dernières années à rendre visite à sa femme endormie dans sa froide capsule de verre qu'il en avait oublié le son de sa voix, sa bonne humeur et son énergie. Il était presque choqué de la voir ainsi, pleine de vie, heureuse d'être en famille auprès de lui et d'Adrien. Une douleur aiguë lui transperça la poitrine et sa gorge se noua de chagrin et de douleur.
- Emilie... murmura-t-il d'une voix cassée.
Profitant de ce moment figé, Ladybug et Chat Noir se lancèrent un regard de connivence et passèrent à l'action. Ladybug lança son yo-yo d'un geste précis, et celui-ci s'enroula autour du corps et des chevilles du créateur. Au même moment, Chat Noir invoqua son Cataclysme et appliqua la paume de sa main sur le sol. Une faille béante s'ouvrit et traversa toute la pièce, faisant éclater les dalles de marbre sur son passage. Le sol s'effondra sous les pieds du Papillon qui poussa une exclamation de surprise. Avant qu'il ne se ressaisisse, Ladybug tira d'un coup sec sur le fil de son yo-yo, et Chat Noir en profita pour plaquer leur ennemi au sol. Ligoté par le fil du yo-yo et incapable de se défendre, le Papillon émit un grognement sourd, mais Chat Noir s'était déjà penché vers lui. D'une main légèrement tremblante, il lui arracha le Miraculous du col.
En un éclair, la transformation du Papillon s'évanouit et Gabriel Agreste apparut dans un flash de lumière violette.
C'était fini.
Le Papillon était enfin hors d'état de nuire.
Chat Noir et Ladybug échangèrent un regard à la fois soulagé et incrédule ; toutes ces années passées sous le signe de la terreur du Papillon venaient de prendre fin. Définitivement.
Chat Noir fixait son père du regard, et il ne put s'empêcher d'agripper la main de Ladybug et de la serrer de toutes ses forces, le souffle court. Il s'était pourtant retrouvé maintes fois face au Papillon sans être impressionné le moins du monde. Mais de se tenir à présent devant son père qui leur lançait des regards assassins, il se sentit soudain fébrile.
Ladybug ressentit sa détresse, et elle entrelaça leurs doigts en plongeant son regard immensément bleu dans ses yeux verts. A travers ce regard, elle lui transmettait tout son soutien, toute sa tendresse et sa force pour l'épreuve qu'ils venaient de traverser, et Chat Noir lui en fut plus que reconnaissant. Complètement sonné à l'idée de détenir enfin ce Miraculous, il contempla d'un air vide la broche en forme de Papillon qu'il tenait encore à la main. Ce satané bijou qui leur avait causé tant de soucis.
Il s'attendait potentiellement à ce que le kwami apparaisse, mais rien ne se produisit. Ce pauvre kwami qui avait dû être forcé par son père à faire des choses atroces qui étaient contraires à sa nature...
Chat Noir tendit subitement la broche à Ladybug, comme si le bijou lui avait brûlé les doigts. Le souffle court, Ladybug le rangea soigneusement dans son yo-yo avec le Miraculous du Paon.
Tous les Miraculous étaient enfin rassemblés.
Il ne restait plus qu'à les restituer à Maître Fu, et la Miracle Box serait à nouveau complète.
Ce moment leur paraissait complètement irréel et ils avaient encore beaucoup de mal à réaliser ce que tout cela signifiait.
Allongé sur le sol en marbre du bureau, Gabriel Agreste s'agitait en poussant des grognements de mécontentement. Il essayait de se libérer du fil du yo-yo de Ladybug, mais c'était peine perdue.
- Détachez-moi, commanda-t-il d'un air autoritaire.
« Décidément, même lorsqu'il n'est pas en position de force, il ne peut pas s'empêcher de se comporter comme si la Terre entière devait se plier à ses ordres » pensa Ladybug avec agacement.
- Il en est hors de question, répondit-elle fermement en resserrant sa poigne autour de l'extrémité de son yo-yo.
- Ladybug, intervint Chat Noir. Je vais appeler la police. Et une ambulance, ajouta-t-il en jetant un coup d'œil préoccupé en direction de Nathalie, qui gisait toujours inconsciente sur le canapé.
Au lieu de répondre immédiatement, Ladybug s'avança vers son coéquipier, une lueur d'inquiétude brillant dans son regard.
- Chat Noir, tu es sûr de vouloir le livrer à la justice ? dit-elle en posant sa main sur son bras. Toi et ton père êtes des personnalités publiques, la presse va s'emparer de l'histoire. Les médias vont te harceler, tu ne seras jamais tranquille.
Ladybug s'interrompit pour tenter de lire dans le regard de son coéquipier ce qu'il ressentait mais son visage restait impassible ; il semblait être en proie à une intense réflexion.
- Si tu veux, j'ai peut-être une autre solution à te proposer, continua-t-elle d'une voix un peu plus timide. Ton père n'est plus en possession des Miraculous, il ne peut plus rien contre nous à présent. Et les habitants de Paris n'auront plus rien à craindre. Comme nous sommes les seuls à savoir ce qu'il s'est réellement passé ici, nous ne sommes pas forcément obligés de dévoiler son identité publiquement.
Le regard interrogateur de Chat Noir l'obligea à détailler sa pensée.
- On pourrait faire passer ton père pour une victime du Papillon, expliqua-t-elle. Il éviterait la prison, et toi...
Ladybug ne sut pas comment terminer sa phrase, mais elle lut dans son regard d'émeraude que Chat Noir avait compris où elle voulait en venir. La gorge nouée, le jeune homme serra les poings. La suggestion de Ladybug le toucha au plus profond de lui-même ; sa coéquipière était vraiment prête à aller à l'encontre de ses propres convictions et se montrer clémente envers leur pire ennemi, tout cela uniquement pour éviter un scandale médiatique et pour qu'il puisse conserver un semblant de famille et de vie privée. Mais quelle famille lui restait-il face à un père qui avait commis des actes aussi atroces ?
- Je te remercie de vouloir faire ça Ladybug, mais... il doit payer pour ce qu'il a fait. Et puis qu'est-ce qui nous dit qu'il va se tenir à carreau, même sans Miraculous ? ajouta-t-il avec un regard froid en direction de son père qui continuait à s'agiter dans ses liens.
Chat Noir leva les yeux vers Ladybug.
- Il doit être jugé, dit-il d'un ton qui se voulait neutre.
Ladybug acquiesça silencieusement, le cœur lourd. Elle qui avait naïvement cru que tout serait réglé une fois le Miraculous du Papillon récupéré, elle réalisait à présent que le plus compliqué restait en réalité à venir. Une fois Gabriel Agreste livré à la police, ce ne serait que le début d'une longue descente aux enfers pour Adrien. Comment le protéger de cette tempête monstrueuse qui se profilait à l'horizon ?
Sans un mot, elle observait Chat Noir du coin de l'oeil alors qu'il dépliait son bâton pour composer le numéro de la police. Elle se retenait de se précipiter sur lui et de le serrer dans ses bras comme si sa vie en dépendait. Aucun être humain ne devrait avoir à livrer son propre père à la justice, et encore moins de devoir agir comme si cela ne l'atteignait pas car il avait sa double identité à protéger. De savoir qui se cachait à présent derrière le masque de Chat Noir rendait ce moment intensément plus difficile, et même si elle le savait solide, elle espérait de tout coeur qu'il n'allait pas s'effondrer sous le poids qui pesait sur ses épaules.
oOo
Lorsque les sirènes des voitures rugirent au loin, Ladybug libéra les jambes de Gabriel Agreste pour qu'il puisse se tenir debout et avancer vers la sortie, tout en le maintenant fermement ligoté avec son yo-yo. Celui-ci se débattait, semblant soudain très agité.
- Détachez-moi, Emilie ne peut pas rester là toute seule, je dois rester auprès d'elle !
Chat Noir ne répondit rien ; son visage restait impassible. Malgré tout, Ladybug ressentit un pincement au coeur de voir à quel point Gabriel Agreste semblait soudain perdu à l'idée d'être séparé de sa femme.
- Nous ne mentionnerons pas son existence. Nous allons trouver une solution, je vous promets que nous allons nous occuper d'elle, répondit-elle d'une voix douce.
A ces mots, Gabriel Agreste laissa échapper un rire sinistre.
- Vous ? Deux gamins ? Vous venez de sceller son sort en me prenant mon Miraculous et vous osez me dire que vous allez vous occuper d'elle ? Je suis la seule personne dont elle a besoin, et je ne renoncerai jamais. Vous allez me le payer, ça je vous le garantis.
Chat Noir lança un regard noir à son père mais préféra ne pas répondre à ses provocations.
Alors qu'ils se tenaient dans le hall du manoir en attendant que la police arrive, Gabriel Agreste se tourna vers son fils, le visage sévère et le regard empli de colère.
- Quand je pense à tout ce que nous avons fait pour toi avec ta mère. Quelle ingratitude. Nous t'avons donné une vie de rêve, tu n'as jamais manqué de rien, et c'est comme ça que tu me remercies ? En me livrant aux autorités et en abandonnant ta mère ? Tu disais l'aimer, mais en réalité, tu n'es qu'un égoïste. Tu viens de briser ta propre famille, comment peux-tu encore te regarder dans une glace après la façon dont tu t'es comporté ?
Gabriel Agreste prit une légère inspiration, sachant pertinemment qu'il allait lui porter le coup de grâce :
- Ta mère aurait été terriblement déçue de voir ce que tu es devenu.
La phrase résonna dans le silence du hall, tranchante comme une lame de rasoir.
A ces mots assassins, la respiration de Chat Noir s'accéléra. Comment osait-il ? Comment pouvait-il mentionner sa mère ainsi et lui faire des reproches après ce que lui avait fait ? Les paroles fielleuses de son père le touchèrent en plein cœur et son estomac se noua douloureusement. Les poings serrés, il tentait en vain de maîtriser la vague de chagrin qui était en train de monter jusqu'à la lisière de ses cils. La colère sourde et la haine qu'il ressentait à présent pour son géniteur dépassaient tout ce qu'il avait connu jusque-là.
Il était à deux doigts de lui sauter à la gorge, mais, à sa grande surprise, Ladybug le devança : son poing fermé partit à la vitesse de l'éclair et atterrit au beau milieu du visage de Gabriel Agreste avec un bruit sec. Ses lunettes furent délogées par l'impact et allèrent s'écraser sur le sol de marbre quelques mètres plus loin avec un crissement désagréable. Choqué et surpris, le créateur recula de quelques pas, et il ne put empêcher un gémissement de douleur de passer ses lèvres.
- Comment osez-vous lui parler ainsi après tout ce que vous lui avez fait subir ? explosa Ladybug en tirant plus fort sur la corde de son yo-yo.
Elle l'étranglait presque mais elle n'en avait que faire.
- Vous ne connaissez même pas votre propre fils ! Adrien n'a absolument rien à voir avec le garçon que vous décrivez ! C'est la personne la plus généreuse, compréhensive et bienveillante que je connaisse. Et ce n'est clairement pas de vous dont il a hérité toutes ces qualités, lui asséna-t-elle durement.
Sous son costume, le cœur d'Adrien fit un bond, à la fois surpris et ébranlé par les mots de Ladybug. Avait-elle une si haute opinion de lui ? Comment pouvait-elle affirmer tout cela avec une telle certitude dans sa voix ?
Ladybug fit une pause dans sa tirade et planta son regard dans les yeux froids du créateur.
- Dire que je vous admirais. Mais vous n'êtes qu'un être abject. Vous me dégoûtez. Adrien ne mérite pas d'avoir un père comme vous. Vous n'avez fait que lui mentir depuis le début. Vous l'avez manipulé. Adrien mérite d'être aimé, pas d'être utilisé comme vous l'avez fait.
Contre toute attente, Gabriel Agreste esquissa soudain un demi-sourire qui déstabilisa Ladybug. Il arborait l'air de celui qui venait de comprendre quelque chose qui lui échappait. Mais la jeune fille n'eut pas l'occasion de s'attarder plus longtemps sur ce que son regard pouvait bien signifier : trois fourgons de police ainsi qu'une ambulance venaient de se garer devant le manoir, toutes sirènes hurlantes.
- Les journalistes sont là aussi, ils n'ont pas traîné, murmura Chat Noir en reconnaissant le van de Nadja Chamack estampillé du logo TVi garé non loin.
Ladybug fit signe à Gabriel Agreste d'avancer vers l'extérieur et prit la main de Chat Noir pour lui transmettre un peu de soutien et de force. L'esprit du jeune homme semblait s'être vidé. Un tourbillon flou d'images se superposaient de façon oppressante dans son esprit.
Nathalie, inerte, allongée sur un brancard qui venait d'être installé dans l'ambulance.
Son père, menottes aux poings, encadré par deux policiers qui le forçaient à monter dans une voiture aux gyrophares hurlants.
Sa mère, toujours inconsciente dans son cercueil de verre dans le sous-sol de la maison et qui se retrouvait à présent complètement seule.
Il resta immobile, planté au milieu de la cour tandis que le monde entier s'agitait autour de lui. Seule la main de Ladybug serrée autour de la sienne lui permettait de ne pas perdre totalement pied.
Cette journée était de loin la plus incompréhensible, violente, et douloureuse qu'il n'ait jamais eu à vivre. La défaite du Papillon était censée être son heure de gloire en tant que Chat Noir, le point d'orgue de toutes ces années de lutte acharnée contre les forces du mal. Mais cette victoire était paradoxalement devenue le pire moment de sa vie en tant qu'Adrien Agreste. Et ces deux sentiments totalement contradictoires se bousculaient violemment dans son esprit déjà bien éprouvé. La gorge sèche, Chat Noir se sentit soudain submergé, et il avait toutes les peines du monde à garder un visage impassible face à l'effervescence qui se déroulait en ce moment-même devant chez lui alors qu'il était littéralement en train de s'effondrer de l'intérieur. Toute la tension accumulée depuis qu'il avait découvert le secret de son père tomba d'un coup sur ses épaules. Un mélange détonnant de culpabilité, de colère, de soulagement, de tristesse et de désespoir bouillonnait dans son esprit et dans son cœur, et il ne savait plus comment gérer ces vagues de douleur.
Nadja Chamack apparut soudain devant lui, caméraman sur ses talons. Ladybug s'avança légèrement, comme pour s'interposer entre Chat Noir et la journaliste, mais lorsque que Nadja brandit son micro dans leur direction pour tenter de leur soutirer le scoop en direct, Chat Noir détourna le regard. Il avait atteint les limites de ce qu'il pouvait supporter. La panique le gagna et il chercha à établir un contact visuel avec Ladybug pour se rassurer, mais Nadja Chamack avait accaparé sa partenaire pour lui poser quelques questions. Dans un mouvement désordonné, il recula d'un pas et prit subitement une décision. Dans un vif demi-tour, il déplia son bâton et s'éloigna d'un bond, disparaissant au-dessus des toits.
Ladybug se retourna vivement lorsqu'elle le vit s'échapper et cria son nom, mais Chat Noir était déjà loin.
- Désolée Nadja, je vais devoir y aller, annonça-t-elle à la journaliste.
Sans attendre sa réponse, elle s'élança à la poursuite de son partenaire, l'inquiétude se lisant clairement sur ses traits. Elle lança son yo-yo dans la direction que Chat Noir avait prise quelques instants plus tôt, mais, une fois perchée sur les toits alentours, elle dût vite se rendre à l'évidence : Chat Noir avait été plus rapide, et elle n'avait aucun moyen de savoir dans quelle direction il était parti. Elle fit une pause sur une terrasse pour tenter de le joindre via son communicateur, mais la tonalité sonnait dans le vide. Le cœur lourd, elle considéra un instant la clé USB rouge à pois noirs qu'elle tenait toujours dans sa main, et elle eut soudain une idée. Elle la lança en l'air en criant :
- MIRACULOUS LADYBUG !
Lorsque la nuée de coccinelles s'abattit sur la ville, elle s'empressa de les suivre, espérant que son pouvoir la mènerait jusqu'à son coéquipier et puisse panser ses blessures physiques par la même occasion.
Les talons claquant sur les ardoises qui recouvraient les toits de Paris, elle vit la nuée de coccinelles descendre subitement dans une impasse et s'y attarder un instant avant de disparaître dans le ciel.
- Gagné ! lâcha-t-elle à voix haute en amorçant sa descente.
Lorsqu'elle atterrit sans un bruit dans la ruelle sombre, la scène à laquelle elle assista lui serra le cœur : Chat Noir était là, assis par terre, semblant porter toute la misère du monde sur ses épaules. Il s'était recroquevillé derrière un petit muret, à l'abri des regards, et fixait obstinément le sol. Malgré son ouïe surdéveloppée, il ne prit pas la peine de lever la tête lorsqu'il entendit Ladybug arriver.
Un long soupir dégonfla sa poitrine, et il ramena ses genoux tout contre lui, comme pour se protéger du monde qui l'entourait. Chat Noir avait beau avoir connu des heures plutôt tristes dans sa vie, jamais il ne s'était senti aussi seul et perdu, et il ne savait plus du tout comment gérer toutes les vives émotions qui l'assaillaient sans relâche. Il était pris dans une monstrueuse tempête de sentiments contradictoires et il avait toutes les peines du monde à garder la tête hors de l'eau.
Sans hésiter un seul instant, Ladybug se précipita vers lui et jeta ses bras autour de ses épaules pour le serrer contre elle, rassurée de l'avoir retrouvé.
- Tu m'as fait peur à disparaître comme ça, dit-elle dans le creux de son cou.
Surpris, Chat Noir resta un instant immobile dans les bras de Ladybug, avant de timidement passer ses mains dans son dos et poser sa tête contre elle, troublé.
- Peut-être que je ferais mieux de disparaître... lâcha-t-il dans un murmure à peine perceptible, les épaules complètement voûtées.
Ladybug se redressa vivement, choquée par les paroles de son partenaire.
- Chat Noir ! Ne dis pas des choses pareilles, s'il te plaît !
Chat Noir se redressa à son tour et s'éloigna d'elle, n'osant plus la regarder.
- Mais comment est-ce que tu peux encore t'inquiéter pour moi comme ça après ce que mon père a fait ? Il a mis en danger la vie de milliers de gens ! Il a même failli te tuer des dizaines et des dizaines de fois ! Je n'arrive même pas à te regarder en face, j'ai honte, je suis tellement désolé...
- Chat Noir, je te l'ai déjà dit, tu n'es pas responsable des agissements de ton père, s'exclama-t-elle en voyant son partenaire enfouir son visage dans ses mains gantées. Tu n'as pas à culpabiliser pour ce qu'il a fait !
Mais son coéquipier ne semblait visiblement pas convaincu. Avec un soupir, il s'assit sur le muret, le regard fixé sur le sol entre ses pieds. Sa ceinture gisait lamentablement derrière lui sur le sol et ses oreilles de chat étaient plaquées contre son crâne, signe qu'il était encore plus abattu qu'il ne voulait bien le montrer.
- On a enfin vaincu le Papillon, dit-il d'une voix éteinte. C'est tout de même énorme ! Depuis le temps qu'on attendait ça ! Ça aurait dû être un moment... merveilleux ! On aurait dû s'en réjouir. Ou mieux : on aurait dû fêter ça ! J'avais même préparé tout un tas de blagues et de jeux de mots pour ce grand jour, si tu savais, lâcha-t-il avec un rire amer. Et au lieu de ça...
Il leva timidement les yeux vers Ladybug qui s'assit tout près de lui.
- Je pensais que mon père s'était renfermé sur lui-même à cause de la disparition de maman. Je croyais qu'il était triste, qu'il avait besoin de temps... mais en réalité, pendant qu'il me gardait enfermé dans ma chambre, lui allait terroriser les habitants de la ville.
Il soupira longuement.
- Ma mère est dans le coma et mon père est en prison, énuméra-t-il. Sans compter son assistante qui s'est occupée de moi pendant des années qui se retrouve à l'hôpital. J'avais déjà une famille bancale, ajouta-t-il avec amertume. Mais là...
Chat Noir fit une pause dans sa tirade, serrant les dents malgré lui.
- Je ne pensais pas me retrouver un jour plus seul que je ne l'étais déjà.
Il détourna le regard, les yeux brillants.
- Je n'ai vraiment plus personne maintenant, murmura-t-il du bout des lèvres.
La façon dont Chat Noir se replia sur lui-même brisa le cœur de Ladybug. Même si elle savait qu'elle n'avait fait que son devoir en mettant le Papillon hors d'état de nuire, elle se sentait terriblement coupable d'avoir arraché à Adrien la seule famille qui lui restait. Elle aurait donné n'importe quoi pour que tout cela n'ait jamais eu lieu, pour qu'Adrien ait toujours sa mère et son père auprès de lui, avant que les Miraculous ne viennent bouleverser sa vie dans tous les sens. Elle voulait apaiser sa peine, pour le voir sourire à nouveau, l'esprit léger. Mais elle savait pertinemment que ce n'était pas possible, tout du moins dans l'immédiat.
Se sentant un peu démunie face à la situation, elle posa doucement ses mains sur celles de Chat Noir et lui adressa un sourire rassurant.
- Tu m'as moi, dit-elle doucement.
Chat Noir releva la tête et lui lança un regard incertain.
- Tu m'as moi, répéta-t-elle, les yeux étincelant de bienveillance à l'égard de son partenaire. Chat Noir, quoi qu'il arrive tu n'es pas seul, je serai toujours là. Ce n'est pas parce qu'on a vaincu le Papillon qu'on va cesser d'être une équipe, loin de là. Tu pourras toujours compter sur moi, jamais je ne te laisserai tomber.
Chat Noir se redressa, un mélange indéfinissable d'émotions se lisant sur son visage. Les paroles de Ladybug l'avaient touché en plein cœur. La personne qu'il aimait le plus au monde et qu'il tenait en si haute estime, lui promettait d'être à ses côtés quoi qu'il arrive.
Lui qui n'avait décidément pas l'habitude de pouvoir compter sur quelqu'un d'autre que lui-même devait bien avouer que ce sentiment était loin d'être désagréable après toutes ces années d'isolement et de délaissement.
La gorge nouée par l'émotion, Chat Noir se pencha vers elle et passa ses bras autour de ses épaules, le cœur un peu plus léger. Ladybug se redressa et l'attira tout contre elle dans un câlin chargé de tendresse, comme si elle cherchait à rassurer un chaton apeuré qu'elle venait de trouver dans un carton sous la pluie. L'étreinte tout d'abord timide de Chat Noir se fit plus ferme lorsqu'il sentit Ladybug passer ses mains le long de son dos et dans ses cheveux pour le réconforter. Le cœur gros, il se blottit tout contre elle, s'accrochant à sa partenaire comme à une bouée de sauvetage malmenée par la houle.
Ils restèrent ainsi dans les bras l'un de l'autre, laissant la tension des récents évènements quitter tout doucement leurs corps.
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Au bout d'un long moment, Chat Noir finit par se redresser complètement et relâcha son étreinte autour des épaules de Ladybug. Il aurait voulu ne jamais devoir quitter le cocon de ses bras si accueillants, mais il devait faire face à la réalité, aussi cruelle soit-elle.
Ladybug s'écarta de lui à son tour mais ne rompit pas complètement leur contact physique ; ses deux mains restées posées sur ses bras lui donnèrent encore plus de force, et Chat Noir comprit à travers ce contact que quoi qu'il allait se passer, il devait avoir confiance en l'avenir, car Ladybug était à ses côtés. Le sourire apaisant que lui adressa sa coéquipière était capable de panser toutes ses blessures. Le visage de Chat Noir s'éclaira faiblement et il serra ses mains, reconnaissant d'avoir eu une personne aussi formidable à ses côtés pendant toutes ces années.
Son Miraculous émit un bip sonore qui le sortit de ses pensées : il lui restait encore quelques minutes avant de se détransformer, mais il préféra relâcher Plagg pour ne pas l'épuiser. Il ne risquait plus de compromettre son identité après tout, Ladybug savait qui il était derrière le masque à présent. Quel sentiment étrange après toutes ces années à protéger farouchement ce secret !
Plagg réapparut, et, sans un mot, il frotta brièvement sa minuscule tête contre la joue d'Adrien en guise de réconfort avant de plonger dans la poche intérieure de sa chemise pour y trouver un morceau de camembert.
Ladybug observait Adrien et se sentit soudain timide ; la justesse du réconfort lui échappait. Mais une chose était sûre : elle voulait être là pour lui.
- Je n'imagine même pas ce que tu dois être en train de vivre, Adrien, dit-elle, les joues légèrement roses. Si jamais tu as besoin de parler, ou même de ne pas parler, je suis là. Je ne t'abandonnerai pas, je te le promets.
Ladybug ne put retenir un léger soupir. Elle se sentait vraiment impuissante face à la situation. Quoi qu'elle fasse, quoi qu'elle dise pour le réconforter, elle ne pourrait jamais faire en sorte qu'Adrien puisse effacer de sa mémoire tout ce qu'il venait de lui arriver, ni de lui rendre une famille aimante et unie. Tous les Lucky Charms du monde ne pourraient combler le trou béant dans le cœur de son partenaire.
Adrien pouvait lire une foule de sentiments qui se bousculaient dans le regard immensément bleu de Ladybug. Mais ce qui le touchait le plus, c'était de constater qu'il n'y avait aucune pitié dans les yeux de sa partenaire. Il n'y voyait qu'une immense bienveillance, de la tendresse, ainsi que beaucoup d'inquiétude à son égard. Ému, il serra brièvement ses mains, ce qui eut pour effet d'accentuer le rouge qui colorait les joues de Ladybug.
Les vibrations du téléphone d'Adrien les ramenèrent sur Terre. Il le sortit de sa poche à contrecœur et poussa un léger soupir en constatant l'accumulation de notifications qu'il avait reçues.
- Nadja Chamack a bien fait son boulot, dit-il en faisant défiler rapidement son écran. Tout Paris doit être au courant à l'heure qu'il est, l'arrestation de mon père a déjà dû faire le tour du monde avec sa notoriété. J'ai 10 appels manqués de mon meilleur ami et environ autant de SMS... Sans parler des journalistes qui essaient de m'appeler...
Il leva les yeux d'un air dépassé.
- J'avais beau m'y attendre, c'est encore pire que ce que j'imaginais.
- Ecoute, ce que je te conseille, c'est de rassurer Nino avant qu'il ne devienne complètement fou d'inquiétude, et ensuite, déconnecte ton téléphone. Sinon tu vas continuer d'être harcelé, et tu risquerais d'être traqué à cause du GPS. On s'occupera de la police et des médias plus tard. Ce qui compte pour le moment, c'est que tu te protèges.
Adrien acquiesça tristement, heureux que Ladybug ait conservé un semblant d'esprit pratique là où lui n'était devenu qu'une boule de nerfs désorientée. Il tapa rapidement un message à l'intention de Nino, lui disant de ne pas s'inquiéter pour lui, qu'il était un peu sonné par tout ça mais qu'il allait bien. Il lui précisa qu'il allait devoir couper son téléphone quelques temps et qu'il n'allait donc plus pouvoir lui répondre pour le moment.
- Je te promets que je vais trouver une solution pour pouvoir communiquer à nouveau avec toi, et j'espère qu'on va réussir à se voir très vite malgré tout ça, écrit-il rapidement.
- Ok mec, répondit Nino. Mais prends soin de toi et surtout, n'hésite pas si tu as besoin de quoi que ce soit, tu sais où me trouver. Ne me laisse pas sans nouvelles, mec, c'est tout ce que je te demande.
- Merci Nino. Vraiment merci. Merci de ne pas me croire coupable dans toute cette histoire. Ça fait du bien de ne pas se sentir complètement seul. Ne t'inquiète pas, ça va aller. Je te contacte dès que je peux. Je te le promets.
Adrien envoya le message et éteignit son téléphone avec un soupir. Ladybug lui lança un sourire encourageant.
- Tu vois que tu es loin d'être seul. Nino ne te laissera jamais tomber, tu sais bien que tu comptes énormément pour lui. Et Alya aussi te soutiendra, elle t'apprécie énormément tu sais. Tu as des amis sur qui compter au lycée. Même cette peste de Chloé. Je suis sûre qu'elle ne laisserait jamais tomber son ami d'enfance, elle tient à toi.
Adrien se redressa brutalement et planta son regard dans celui de Ladybug, réalisant soudain quelque chose : la façon dont sa coéquipière mentionnait ses amis lui semblait beaucoup trop familière. Bien sûr, elle avait déjà été amenée à croiser Nino au cours de leurs aventures, et Alya tenait le Ladyblog, donc Ladybug la connaissait plutôt bien. Même Chloé, son amie d'enfance, ne s'était jamais cachée qu'ils se connaissaient depuis de nombreuses années. La relation amicale entre Adrien Agreste et la fille du maire de Paris était de notoriété publique depuis longtemps, donc Ladybug aurait très bien pu le savoir par la presse. Mais la façon dont elle parlait d'eux était différente. Comme si elle les connaissait personnellement. Comme si elle connaissait Adrien personnellement. Est-ce que cela voudrait dire que... ?
- Mais... Attends, lâcha-t-il, le cœur battant. Tu sais que mon meilleur ami s'appelle Nino ? Et qu'il est avec Alya ? Tu sais qu'on est au lycée ensemble ? Et même Chloé... Tu connais mes amis ?
Adrien s'interrompit, hésitant à poser la question qui lui brûlait les lèvres, mais le hochement de tête affirmatif de Ladybug lui coupa la respiration.
- Ladybug, demanda-t-il d'une voix tremblante. Est-ce que... est-ce qu'on se connaît dans la vie de tous les jours ?
Il regretta instantanément sa question. Ladybug avait toujours mis un point d'honneur à garder leurs identités secrètes. Il avait souvent cherché à savoir qui elle était, mais il respectait son désir de séparer leurs vies civiles de leurs vies de super-héros.
Malgré tout, une pensée l'avait souvent obsédé : que se passerait-il une fois le Papillon vaincu ? Allaient-ils se perdre de vue ? Allaient-ils redevenir deux anonymes dans cette capitale qu'était Paris, destinés à ne plus jamais se revoir une fois leur mission accomplie ? Redeviendraient-ils deux étrangers l'un pour l'autre après avoir partagé tant d'aventures ?
Adrien n'avait jamais voulu se l'avouer, mais il avait toujours eu la crainte que Ladybug ne disparaisse de sa vie sans laisser de traces une fois le Papillon mis hors d'état de nuire. Et étant donné qu'il ne savait pas qui se cachait derrière son masque rouge et noir, l'idée de ne jamais pouvoir la retrouver lui nouait régulièrement l'estomac. Cette crainte n'avait plus vraiment de sens à présent que Ladybug connaissait son identité civile, mais avait-elle vraiment envie de garder contact ?
Adrien chassa cette pensée d'un mouvement de tête : Ladybug venait de lui dire qu'elle serait toujours là pour lui. Certes, les choses allaient être bien différentes à présent, mais il se rassura en pensant que sa Lady ferait toujours partie de sa vie quoi qu'il allait se passer, elle le lui avait assuré.
Il baissa les yeux et se reprit, passant nerveusement sa main sur sa nuque.
- Je suis désolé ma Lady, je sais que tu veux garder ton identité secrète, je n'aurais pas dû poser cette question. Je te demande pardon.
Adrien s'interrompit lorsqu'il sentit la pression de la main de Ladybug dans la sienne.
- Justement Adrien, dit-elle, les joues toujours aussi rouges. Cet anonymat n'a plus lieu d'être. Nous ne risquons plus de nous mettre en danger ainsi que nos proches, le Papillon est vaincu, nous ne craignons plus rien.
Elle inspira profondément.
- Après ce qui vient de se passer, jamais je ne pourrai garder cette barrière entre nous sous prétexte que tu ne dois pas savoir qui je suis sous le masque. Je veux que tu puisses compter sur moi n'importe quand, n'importe où. Maintenant que le Papillon est hors d'état de nuire, il n'y a pas de raison que l'on ne puisse pas veiller l'un sur l'autre en civil aussi. Surtout que cette situation n'a plus aucun sens maintenant que je sais qui tu es. Tu as le droit de savoir qui je suis.
Adrien sentit la pression sur ses mains s'accentuer.
- Tu sais que je tiens à toi Chaton, continua-t-elle les yeux brillants.
« Chaton ».
Qu'il était étrange d'attribuer ce surnom à Adrien à présent ! Mais il était beaucoup plus simple pour elle de s'imaginer face à son coéquipier plutôt qu'à Adrien pour le moment, car elle n'était pas certaine de réussir à lui dire ce qu'elle avait sur le cœur.
- Je ne veux pas te perdre, continua-t-elle. Je veux pouvoir être à tes côtés à 100% si tu as besoin. Avec ou sans mon masque. Je... Je n'en reviens toujours pas que mon coéquipier depuis toutes ces années soit le garçon qui...
Elle s'interrompit brutalement, sentant ses joues chauffer à nouveau. Elle refusait de terminer cette phrase. Sentant le regard interrogateur d'Adrien posé sur elle, elle leva timidement les yeux vers lui et sentit sa poitrine se dégonfler.
- Tu vas vite comprendre, répondit-elle simplement.
Ladybug s'écarta légèrement de lui sans lâcher ses mains et Adrien retint sa respiration, comprenant ce qu'elle s'apprêtait à faire.
Les mains légèrement tremblantes, elle murmura :
- Détransformation.
Une lumière rose enveloppa Ladybug de la tête aux pieds, et Adrien fut tenté de fermer les yeux, par réflexe, avant de se persuader que cela ne servait plus à rien à présent. Plus de secrets entre eux. Il allait enfin découvrir l'identité de la personne la plus chère à son cœur.
Lorsque la lumière rose disparut, Adrien resta médusé, son cœur tambourinant furieusement sous sa poitrine. A l'endroit où se tenait Ladybug quelques secondes plus tôt se trouvait à présent...
- ... Marinette ?
Adrien n'en croyait pas ses yeux.
Marinette était Ladybug.
N'importe qui aurait pu se trouver sous ce masque, ils auraient pu être deux étrangers l'un pour l'autre sous leur forme civile, et pourtant, il retrouvait une de ses plus chères amies.
Marinette avait pris tellement d'importance dans sa vie ces dernières années. Depuis le malentendu de leur rencontre jusqu'à cette dernière année de lycée, la jeune fille avait toujours été une constante fiable dans sa vie. Sa présence à ses côtés illuminait littéralement le quotidien d'Adrien, et malgré son apparente timidité à son égard, ils avaient réussi à développer une solide amitié. L'idée qu'il avait passé toutes ces années à combattre le mal aux côtés de Marinette sans le savoir lui remplit le cœur de joie. Et puis qui d'autre qu'elle aurait pu incarner la justicière masquée ? Cela lui paraissait terriblement évident à présent. Tout son être rayonnait de bonheur, heureux de ce dénouement inattendu : sa Lady avait toujours été près de lui en réalité !
Il resta un long moment étourdi, ne sachant que dire ou faire, essayant tant bien que mal d'intégrer cette information inattendue. Seules les mains de Marinette dans les siennes lui prouvaient qu'il n'était pas en train de rêver.
En plantant ses yeux dans les siens, il se rendit compte que le regard de la jeune fille était teinté d'anxiété. Un mélange d'émotions contradictoires se lisait sur son visage : elle semblait à la fois timide, déterminée, et complètement terrifiée. Très raide, elle scrutait le visage d'Adrien les sourcils froncés par l'inquiétude, comme si elle tentait de décrypter son expression, de trouver un indice qui lui indiquerait à quoi s'attendre. L'absence de réaction de son ami ne présageait rien de bon.
Elle se sentit soudain intimidée face à l'apparente hésitation d'Adrien. Lui qui idéalisait tellement Ladybug, peut-être ne s'attendait-il pas à trouver sa camarade de classe derrière le masque rouge et noir de sa coéquipière. Elle-même n'avait toujours pas totalement assimilé le fait que Chat Noir et Adrien n'étaient qu'une seule et même personne, et son coeur cognait si fort contre sa poitrine qu'elle l'entendait battre jusque dans ses tempes.
Elle se mit à rougir malgré elle et s'écarta légèrement de lui, les yeux fixés sur le sol. Elle était soudain redevenue la Marinette nerveuse et fébrile qu'elle était toujours en sa présence. Mais contre toute attente, elle se rendit compte qu'Adrien semblait soudain très ému face à cette découverte. Son visage s'éclaira d'un immense sourire ébahi et il l'attira contre lui pour la serrer de toutes ses forces sur son cœur. Cette étreinte coupa court aux pensées négatives qui tourmentaient Marinette, et elle se laissa aller dans ses bras, se sentant un peu plus légère. Ils s'étreignirent à s'en briser les os, heureux et soulagés.
Alors qu'elle le tenait tout contre elle, le cœur de Marinette se serra en sentant Adrien s'agripper à elle de toutes ses forces, comme si sa vie en dépendait. Comment ne pas être ébranlé de découvrir qu'il avait combattu son propre père pendant tout ce temps, et que celui-ci gardait le corps de sa mère dans le sous-sol de son manoir en espérant la ramener à la vie ? Comment reprendre une vie normale après tout cela ? Marinette se sentait terriblement mal pour lui après ce qu'il venait de vivre. Son Adrien. Son Chaton. Les deux garçons qu'elle aimait le plus au monde n'étaient qu'une seule et même personne.
Le jeune homme qui lui paraissait auparavant si inatteignable était soudainement devenu familier. Accessible. Elle qui, encore 24 heures plus tôt, était incapable d'adresser la parole à Adrien sans bégayer, cette révélation lui provoqua comme un électrochoc, et son coeur se gonfla d'une détermination sans faille. Plus jamais rien ni personne ne lui ferait du mal, elle s'en faisait la promesse.
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Lorsque Adrien se redressa, Marinette décela une lueur de désespoir dans ses grands yeux verts, et elle lui adressa un sourire réconfortant. Les épaules d'Adrien s'affaissèrent, comme s'il venait de prendre subitement conscience de la situation dans laquelle il se trouvait.
- Je ne sais pas comment je vais faire pour rentrer chez moi, mais je ne peux pas rester ici. Il va faire nuit dans quelques heures, il va falloir que je fasse quelque chose...
Marinette l'arrêta dans sa tirade.
- Adrien, tu ne penses pas sérieusement à retourner chez toi, tout de même ? Tu ne peux pas rester tout seul dans cette immense maison après tout ce qui vient de se passer ! Qui va s'occuper de toi ? Et puis l'endroit doit grouiller de journalistes et de paparazzis qui n'attendent que de te sauter dessus. Sans parler de la police. Tu ne seras jamais tranquille. Tout le monde va vouloir te poser des questions, ça va être un enfer !
- Mais je n'ai nulle part où aller ! s'exclama Adrien, d'une voix emplie de désespoir. Je n'ai pas d'autre famille, je n'ai jamais connu mes grands-parents, et...
- Viens chez moi, proposa-t-elle sans hésitation.
Surpris par cette proposition, Adrien resta un instant sans voix. La solution que lui offrait Marinette lui alla droit au cœur, mais il était terriblement gêné.
- C'est vraiment adorable de ta part Marinette, mais je ne peux décemment pas imposer ma présence à tes parents. Je ne sais pas combien de temps je vais devoir rester, je n'ai aucune idée de ce qui va se passer maintenant, sans compter le fait que je vais peut-être vous attirer des ennuis. Non, il vaut mieux que...
Marinette l'interrompit en secouant négativement la tête.
- Si je te le propose c'est qu'il n'y a aucun souci. Vraiment. Mes parents ne diront rien, personne ne saura que tu es chez nous, tu seras tranquille. Tu n'es pas obligé d'accepter, mais ça me rassurerait tellement de savoir que tu n'es pas tout seul dans cette immense maison.
Marinette cherchait à accrocher le regard fuyant d'Adrien, comme si elle essayait de lire dans ses pensées troublées. Elle ne savait pas comment interpréter son silence.
- Ecoute, tenta-t-elle. Si tu veux vraiment rester seul et retourner chez toi, je n'insiste pas, promis. Mais si tu refuses ma proposition uniquement parce que tu as peur de déranger, enlève-toi cette idée de la tête. Je t'assure que tu es le bienvenu, je ne te l'aurais pas proposé sinon. Tu seras bien mieux avec nous, tu ne crois pas ? Je te promets qu'on va bien s'occuper de toi. Et puis je suis sûre que mes parents seront ravis que tu habites avec nous, tu sais bien qu'ils t'adorent.
Elle sonda son regard incertain, le sentant en proie à un immense dilemme. Adrien lui adressa un regard teinté d'angoisse et attrapa sa main, comme s'il craignait qu'elle ne s'évapore subitement. Marinette le rassura d'une pression.
- Adrien, dis-moi juste de quoi tu as besoin, là, maintenant ? demanda-t-elle avec le plus de douceur possible pour ne pas le brusquer.
Adrien marqua un temps avant de répondre, pour finalement baisser les yeux.
- Je n'ai pas envie d'être seul, dit-il du bout des lèvres.
Marinette lui adressa un sourire d'une infinie tendresse et lui tendit son autre main.
- Alors viens avec moi.
- Tu... Tu tiens vraiment à ce que je vienne chez toi ? demanda-t-il timidement.
Lorsque Marinette acquiesça vivement, les joues légèrement roses, Adrien eut toutes les peines du monde à ne pas se jeter sur elle et la serrer fort contre lui dans une énième étreinte. La perspective de se retrouver chez Marinette avec ses parents plutôt que de devoir retourner chez lui tout seul dans cette immense maison qui lui paraissait encore plus glaciale qu'avant lui donnait envie de bondir de joie. Il lui en serait éternellement reconnaissant, c'en était certain.
Adrien était malgré tout toujours embarrassé d'imposer sa présence ainsi, mais le regard encourageant de Marinette fit tomber ses dernières réticences. Hésitant, il finit par prendre sa main, un sourire soulagé éclairant son visage.
Lorsque j'ai imaginé cette fic, Monsieur Ramier en était "seulement" à sa 24ème akumatisation. Mais je n'ai pas pu résister à mettre à jour ce chiffre après l'épisode "M. Pigeon 72" de la saison 4. Ce sera ma seule incartade. Tout le reste de la fic reste toujours "canon" jusqu'au milieu de la saison 3, pour ensuite complètement diverger de ce qu'a imaginé Thomas Astruc pour les saisons suivantes.
Merci encore de suivre cette histoire et pour vos reviews géniales ^_^
