Vous pensiez que l'angoisse était terminée ?

... Vous pensiez mal.


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CHAPITRE 9

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Le lendemain matin, Adrien ouvrit les yeux, le cœur léger. Le ciel au-dessus d'eux était dégagé, et les teintes rosées qui zébraient les nuages lui indiquaient qu'il devait être encore tôt.

Il se tourna vers Marinette et son visage s'éclaira instantanément d'un doux sourire en constatant qu'elle dormait encore profondément, complètement enfouie sous les draps. Il s'en voulait un peu de l'avoir tenue éveillée une bonne partie de la nuit, mais pour rien au monde il ne regrettait cette parenthèse nocturne. S'il y avait bien une chose qui le réjouissait plus que tout, c'était de pouvoir passer du temps avec sa coéquipière et d'apprendre à la découvrir sous un autre jour, et la Marinette qui s'était timidement dévoilée à lui hier soir le touchait énormément. A cause de leurs identités secrètes, Ladybug l'avait toujours tenu à distance, conservant un certain professionnalisme entre eux là où Chat Noir aurait voulu établir un lien bien plus profond. Et de l'autre côté, Marinette et Adrien avaient beau être amis depuis quatre ans, il y avait comme une sorte de barrière entre eux qui les empêchaient de tisser des liens plus forts. A cause de son éducation solitaire, Adrien sentait qu'il avait souvent du mal à décrypter les réactions de son amie, ne sachant comment interpréter les signaux parfois contradictoires qu'elle lui envoyait. Le jeune homme réalisait aujourd'hui à quel point leur amitié n'en était finalement qu'à ses prémices et qu'ils avaient énormément de choses à découvrir l'un de l'autre. Leur discussion nocturne lui avait fait beaucoup de bien, et Adrien espérait de tout coeur que ce genre de moments suspendus serait amené à se reproduire.

Il resta un instant allongé les yeux dans le vague, profitant de cette matinée paisible ; il ne savait même plus à quand remontait la dernière fois où il avait pu traîner un peu au lit sans avoir d'impératif à honorer. D'ordinaire, il aurait certainement été attendu sur un shooting photo aux aurores, puis il aurait embrayé sur un cours de chinois ou d'escrime. Toute sa vie jusqu'à présent avait été planifiée à la minute près, et de se retrouver soudain sans emploi du temps défini lui donna le tournis. Il s'attendait presque à voir Nathalie apparaître au pied du lit et lui tendre sa tablette contenant son planning pour la journée.

Il eut une pensée pour l'assistante de son père. S'était-elle réveillée depuis leur combat ? Est-ce qu'elle allait bien ? Est-ce que son père l'avait entraînée de force dans toute cette histoire, ou bien cachait-elle bien son jeu ?

Las de ressasser ces questions sans réponse qui lui faisaient plus de mal que de bien, Adrien préféra arrêter de se torturer et se redressa dans le lit, cherchant à focaliser son esprit sur des pensées plus joyeuses. Il hésitait à se lever ; la fatigue accumulée ces derniers jours commençait à se faire sentir et à lui tomber sur les épaules comme une chape de plomb. Quelques heures de sommeil en plus ne lui feraient pas de mal. Malgré tout, il savait pertinemment qu'il n'arriverait jamais à se rendormir, et il voulait laisser Marinette se reposer un peu sans qu'elle ne subisse quelqu'un qui ne faisait que tourner et virer dans le lit.

Des bruits étouffés provenant de la trappe fermée le décidèrent à descendre : il n'était visiblement pas le seul lève-tôt de la maison.

Il souleva délicatement les draps pour ne pas réveiller Marinette, mais le mouvement la sortit de sa léthargie.

- Mmmh... Adrien ? marmonna-t-elle en se frottant les yeux. Quelle heure il est ?

- 7h30, répondit-il en souriant.

- Mais c'est... dimanche... tu es fou, il est beaucoup... trop tôt... grommela-t-elle d'une voix traînante.

Ni une ni deux, elle se retourna dans le lit pour s'enrouler à nouveau dans la couette avec un soupir.

Adrien laissa échapper un petit rire attendri et se pencha vers elle pour lui demander si elle voulait prendre son petit-déjeuner avec lui. La réponse qui lui parvint de sous les draps se rapprochant plus d'un grognement que d'une phrase en français, Adrien décida de la laisser dormir et descendit retrouver les parents de Marinette dans le salon.

- Bonjour mon grand ! l'accueillit Sabine. Tu es bien matinal !

- Oui, je... j'ai l'habitude de me lever tôt.

- Ça tombe bien, tu vas nous tenir compagnie alors, répondit Tom, qui se réjouissait visiblement à cette idée. Parce que notre petite marmotte, le dimanche, il ne faut pas compter la voir émerger avant midi !

La bonne humeur de Tom accrocha un grand sourire sur le visage d'Adrien qui s'installa à côté de Sabine pour prendre son petit-déjeuner. Derrière eux, la télévision était allumée et diffusait un fond sonore inaudible auquel personne ne prêtait attention. Le ciel commençait à se couvrir dehors, et Adrien imaginait déjà une journée au calme avec Marinette et ses parents, à discuter autour d'une tasse de thé ou de chocolat chaud, à jouer à des jeux, ou encore à regarder un film. Une journée dans une famille normale, en somme.

Il fut tiré de sa rêverie lorsque Tom posa devant lui un sachet de chouquettes dont l'odeur fit saliver le jeune homme.

- Oh super ! s'exclama-t-il. J'adore les chouquettes !

- C'est bon à savoir, répondit Tom avec un clin d'œil. Je t'en remonterai d'autres tout à l'heure à la fermeture, je pense qu'il va nous en rester.

- Merci ! fit Adrien en plongeant sa main dans le sachet.

Sabine et Tom prirent le temps de l'accompagner pour prendre son petit-déjeuner avant de descendre rouvrir la boulangerie. Malgré les horaires étendues et la charge de travail conséquente que représentait leur boutique, Adrien remarquait que les parents de Marinette s'organisaient toujours de façon à être présents à la maison lors des moments importants de la journée pour passer du temps avec eux, et le jeune homme leur en était éternellement reconnaissant pour toute cette attention et cet amour dont ils l'inondaient sans réserve depuis son arrivée. Il éprouva un léger pincement au cœur en pensant à son père qui n'avait jamais daigné faire l'effort de passer un peu de temps avec lui, alors que Marinette avait pu grandir tout en profitant au maximum de ses deux parents malgré leur emploi du temps surchargé.

Un mouvement dans l'escalier le sortit de ses pensées : les chaussons de Marinette apparurent, rapidement suivis de leur propriétaire qui bâillait à s'en décrocher la mâchoire, emmitouflée dans un plaid moelleux. Le cœur de la jeune fille manqua un battement lorsque son regard se posa sur Adrien, dont le visage s'était éclairé d'un grand sourire en la voyant arriver. Par contagion, Marinette se mit à sourire à son tour. Elle eut une légère hésitation lorsqu'Adrien tendit ses deux mains vers elle pour lui intimer d'approcher, mais elle baissa rapidement sa garde pour plonger la tête la première contre lui, tandis que son coéquipier refermait ses bras autour d'elle avec un ronronnement bienheureux.

- Tu viens de faire mentir tes parents, ma Lady, annonça-t-il.

Marinette se redressa en haussant un sourcil. Le sourire d'Adrien s'étendit.

- Ils m'ont prévenu qu'on ne risquait pas de te voir apparaître avant midi. Pourtant, c'est plutôt les chats qui aiment dormir d'habitude. A moins que ce ne soit la période d'hibernation pour les coccinelles.

- Quelle image ils te font de moi ! répliqua-t-elle d'un air bougon. Ça m'arrive aussi de me lever tôt ! ... Parfois... ajouta-t-elle en se renfrognant.

Adrien laissa échapper un petit rire et, pour toute réponse, lui déposa un baiser sonore sur la tempe qui colora les joues de sa partenaire.

- Tiens, fit-il en la détaillant de haut en bas, enroulée dans son immense couverture. Tu me donnes une idée, j'ai quelque chose pour toi. Ne bouge pas, je reviens tout de suite.

Sans une explication, Adrien se leva d'un bond et s'engouffra dans sa chambre. Marinette l'entendit ouvrir le placard et farfouiller dans ses affaires, pour réapparaître quelques secondes plus tard, l'air visiblement satisfait. Il tenait dans ses mains un immense plaid duveteux qu'il déplia avec un grand sourire et le déposa délicatement sur les épaules de Marinette qui le regardait faire avec un étonnement grandissant, les joues légèrement rouges.

- Tu n'as pas l'air d'avoir bien chaud, expliqua-t-il. Et je viens de me souvenir que j'avais ramené ce plaid magique. Tu vas voir.

Joignant le geste à la parole, il passa ses mains sur la couture du plaid, et un léger bip sonore se fit entendre. Marinette se sentit aussitôt enveloppée dans un cocon chaud et douillet.

- C'est un plaid chauffant ! s'exclama-t-il, visiblement ravi de sa trouvaille. Qu'est-ce que tu en penses ?

- Wow, fit-elle en se blottissant un peu plus sous la couverture. C'est génial ! On est tellement bien dedans !

Le sourire d'Adrien s'agrandit.

- J'en ai plusieurs, comme ça tu pourras en garder un pour la maison, et peut-être en laisser d'autres en permanence sur ta terrasse pour l'hiver par exemple ?

- Mais, et toi ? bredouilla Marinette, comprenant soudain qu'Adrien lui cédait ses couvertures chauffantes.

- Je n'en ai pas besoin, ne t'inquiète pas. Je ne m'en sers pas vraiment, alors autant qu'elles te soient utiles, se justifia-t-il. Elles sont quasiment neuves. Du coup, je te les donne, si ça te fait plaisir.

- Mais Adrien, j-je ne peux pas accepter ! Je ne vais quand même pas te prendre tes couvertures !

- Et pourquoi pas ? Je t'assure que je suis ravi si elles peuvent te servir.

Adrien avait l'air si heureux de lui faire ce cadeau que Marinette n'osa pas protester plus longtemps. Affreusement gênée, elle tortilla ses deux mains jointes devant elle avant de se pencher vers lui et de lui déposer un baiser sur la joue.

- Merci Chaton, tu es adorable, murmura-t-elle, les joues aussi rouges que son costume de super-héroïne.

- Avec plaisir, répondit-il, un sourire jusqu'aux oreilles.

Marinette se drapa un peu plus douillettement dans le plaid et enfouit son nez dedans, pour constater avec satisfaction qu'il portait encore l'odeur d'Adrien. Elle lui jeta un regard de côté pour vérifier qu'il ne l'avait pas vue faire, mais son coéquipier la fixait du regard avec un sourire rayonnant, visiblement ravi de lui avoir fait don de ses couvertures, et Marinette piqua un fard.

- Bon, ma Lady, maintenant que tu es réveillée et réchauffée, qu'est-ce que je peux te préparer pour le petit déjeuner ? lui demanda-t-il en lui passant affectueusement une main dans le dos.

- Mmmh, fit-elle en évaluant du coin de l'œil les options qui se présentaient à elle sur la table. Est-ce qu'il reste du pain ? Je me ferais bien des tartines.

Adrien secoua négativement la tête.

- Désolé, on a fini la baguette avec tes parents.

- Pas grave, je vais aller en chercher une autre. Je reviens ! fit-elle en se redressant, et Adrien fut un peu déçu de la sentir s'éloigner de lui.

Marinette disparut rapidement par la porte d'entrée. Dans le silence qui venait de tomber dans l'appartement, Adrien réalisa que la télévision était toujours allumée derrière lui. Il cherchait des yeux la télécommande pour l'éteindre, lorsque son regard soudain fut happé par les images que l'écran diffusait : il reconnut la place du Châtelet ainsi que son manoir, et il comprit avec horreur que la chaîne était en train de diffuser l'arrestation de son père qui avait eu lieu deux jours plus tôt. Des sirènes de police hurlaient en fond sonore ; l'agent Roger était en train de passer les menottes à son père tandis que Nadja Chamack brandissait son micro sous le nez d'un Chat Noir tétanisé. Des hordes de paparazzis et de journalistes déchaînés rôdaient autour du manoir en quête d'un scoop. Un brouhaha désagréable et oppressant emplissait l'espace.

La respiration d'Adrien s'emballa.

La scène était encore plus glaçante et perturbante vue de l'extérieur.

La voix off du reportage martelait les images de phrases choc :

« ... l'affaire qui a ébranlé le milieu de la mode... »

« ... le monde entier ne parle plus que de ça : le Papillon qui a terrorisé la ville de Paris et ses habitants pendant des années a enfin été arrêté grâce à nos héros Ladybug et Chat Noir... »

« ... il n'est autre que Gabriel Agreste, l'un des stylistes les plus réputés au monde. Quelles étaient ses motivations ? Nous n'en savons pas plus pour le moment... »

« ... son assistante a été conduite à l'hôpital dans un état préoccupant... »

« ... une question est sur toutes les lèvres : qu'est devenu son fils, Adrien Agreste, jeune mannequin de 17 ans au succès interplanétaire et lycéen de l'établissement Françoise Dupont à Paris ? ... »

« ... le fils du célèbre styliste s'est tout bonnement volatilisé depuis l'arrestation de son père. A-t-il disparu tout comme la femme de Gabriel Agreste quatre ans plus tôt ? Est-il mêlé à toute cette histoire ou bien était-il manipulé par son père ? Nombreux disent qu'il était son complice dans cette sombre affaire, et sa disparition sonne comme un aveu... »

« ... coqueluche des adolescentes du monde entier, son joli minois et son physique de jeune premier cacheraient en réalité un garçon bien plus sombre et calculateur, prêt à tout pour aider son père à faire régner la terreur dans Paris... »

« ... Adrien Agreste est dans le collimateur des autorités à présent que le Papillon est derrière les barreaux. Si vous l'apercevez, faites attention à vous et prévenez Ladybug et Chat Noir ou bien la police ... »

« ... les actions du groupe Gabriel se sont effondrées en deux jours, l'avenir de ses employés est plus qu'incertain... »

« ... est-ce que Paris est toujours en danger ? Le Papillon a-t-il réellement été mis hors d'état de nuire ?... »

« ... les habitants de Paris réclament un jugement exemplaire envers le créateur de mode... »

« ... aucune déclaration de Ladybug et Chat Noir pour le moment, les deux super-héros restent inhabituellement silencieux sur cette affaire... »

Les images défilaient à un rythme saccadé, montrant tour à tour des vidéos de l'arrestation de son père, la tentative d'interview de Ladybug et Chat Noir, mais aussi des micro-trottoirs de parisiens, tour à tour en colère ou bien soulagés. Des photos des derniers shootings d'Adrien entourées de points d'interrogation ainsi que des vidéos amateur volées le montrant dans la vie de tous les jours étaient diffusées dans une boucle infinie.

Adrien était pétrifié face à ce déferlement de haine et de presse à scandale ; le jeune mannequin avait toujours fait l'unanimité dans le milieu de la mode de part sa gentillesse, son professionnalisme et sa disponibilité, et la presse n'avait jamais tari d'éloges sur lui. De se voir ainsi traîné dans la boue par les médias qui l'ensensaient encore à peine 24h plus tôt lui donnait envie de vomir. Mais le plus perturbant était que la moitié de Paris était visiblement persuadée qu'il était de mèche avec son père. Adrien savait qu'il ne devait pas prêter attention à ce qui se disait, mais il ne put empêcher une boule d'angoisse de se former au fond de sa gorge.

Sa respiration se fit soudain plus laborieuse. La vision trouble, il serrait les poings tellement fort que ses phalanges en étaient devenues blanches.

- Adrien ?

Adrien sursauta violemment en entendant une voix prononcer son nom tout près de lui. Il sentit une main se poser délicatement sur son épaule : Marinette se tenait debout derrière lui, une vive inquiétude se lisant dans ses grands yeux bleus. Très lentement, elle leva la télécommande et appuya sur le bouton pour éteindre la télévision sans quitter Adrien des yeux un seul instant, comme pour guetter la moindre de ses réactions. Lorsque l'écran s'éteignit en émettant un léger bip, Adrien relâcha un soupir tremblant qu'il n'avait pas conscience d'avoir retenu. Les deux adolescents se dévisagèrent un instant, mais lorsque Marinette s'approcha de lui, Adrien eut un mouvement de recul involontaire. Honteux, il détourna le regard et il s'écarta d'elle avant de monter en courant jusqu'à sa chambre. Il grimpa quatre à quatre les marches qui menaient à son lit et ouvrit la lucarne avec des gestes précipités avant de se hisser sur la terrasse et de se laisser tomber dans une des chaises longues, le souffle court.

Un poids invisible écrasait sa poitrine ; saisi par le froid de l'hiver, il se recroquevilla dans la chaise et se mit à sangloter silencieusement, sans pouvoir se retenir. Tikki et Plagg vinrent le rejoindre timidement, l'air infiniment triste. A défaut de trouver les mots, il lui apportèrent une couverture bien chaude pour qu'il puisse s'emmitoufler dedans. Adrien leur adressa un faible sourire à travers ses larmes et se roula en boule dans la chaise, se demandant s'il s'était déjà senti un jour aussi déprimé.

Ce bout de reportage lui avait fait énormément de mal, et il n'avait aucune idée de comment gérer toutes ces émotions qui l'envahissaient et lui tordaient les boyaux.

- Adrien ? fit Tikki d'une voix hésitante. Est-ce que tu veux que j'appelle Marinette ?

Adrien hésita, puis secoua négativement la tête.

- Je... J'ai besoin d'être seul...

Tikki acquiesça d'un air désolé et redescendit en tirant Plagg dans son sillage. Tous deux avaient énormément de peine pour Adrien. Les deux kwamis se faisaient énormément de souci pour lui, mais Tikki était malgré tout confiante que les choses allaient s'arranger. Même Plagg ne pouvait nier que la présence de Tom, Sabine et Marinette faisait énormément de bien à Adrien, même s'il n'en avait pas encore vraiment conscience. Le jeune homme avait besoin d'affection, de soutien, et surtout, de temps pour soigner tout ça.

Tikki et Plagg rejoignirent Marinette dans le salon, et la trouvèrent assise dans le canapé, les genoux ramenés tout contre son torse. Son regard immensément bleu était lourdement voilé, et l'expression de son visage trahissait toute l'inquiétude qu'elle éprouvait pour son coéquipier.

Lorsqu'elle vit les deux kwamis approcher, elle leur tendit ses mains ouvertes pour leur faire signe de la rejoindre.

- Il est sur la terrasse, il a besoin d'être un peu seul, annonça tristement Tikki.

Marinette acquiesça d'un air abattu et se mordit les lèvres.

- J'aimerais tellement savoir comment l'aider... murmura-t-elle. Je déteste le savoir aussi mal. Je me sens complètement inutile.

- Tu l'es, répondit stoïquement Plagg, avant de pousser un cri de douleur lorsque Tikki le frappa derrière la tête. Ce que je voulais dire, ajouta-t-il en s'éloignant légèrement d'elle tout en se frottant l'arrière du crâne. C'est que tu es inutile dans le sens où tu ne pourras jamais effacer tout ça de sa vie. Toute cette histoire ne va malheureusement pas se tasser en deux jours. Mais je sais que tu lui fais énormément de bien et qu'il a besoin de toi.

Marinette acquiesça faiblement, se sentant terriblement impuissante.

- Et ces journalistes... fulmina-t-elle en serrant les poings. Vraiment ils ne sont bons qu'à créer du scandale ! Le pauvre Adrien, la presse est complètement injuste de le jeter en pâture comme ça et de l'afficher comme ennemi public numéro un uniquement parce qu'il a le malheur d'être le fils de son père. Quelle bande de...

Marinette se tut, la mâchoire contractée. Elle ne décolérait pas de voir à quel point Adrien était maltraité de toutes parts alors qu'il n'était ni plus ni moins qu'une victime dans cette histoire. Il devenait urgent que Ladybug et Chat Noir interviennent et donnent leur version des faits.

Un long soupir passa ses lèvres alors qu'elle se levait mollement du canapé. Elle essaya de prendre son petit-déjeuner, mais sa gorge nouée refusait d'avaler quoi que ce soit. Elle finit par déclarer forfait et se décida à prendre sa douche et se préparer, tout en notant mentalement de monter voir Adrien s'il n'était pas redescendu d'ici une heure.

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Sur la terrasse, Adrien grelottait de froid malgré la couverture épaisse que Tikki et Plagg lui avait amenée, mais il refusait de bouger. Ses idées noires carburaient à toute vitesse, et il avait bien du mal à voir les choses de façon positive. La seule chose qui l'empêchait de sombrer était de savoir qu'il était à l'abri chez Marinette.

Il avait eu beaucoup de mal à accepter la proposition que lui avait faite sa coéquipière de venir vivre chez elle avec ses parents, mais avec le peu de recul qu'il avait, il leur était éternellement reconnaissant de l'avoir recueilli. Il n'osait pas imaginer son quotidien s'il s'était retrouvé tout seul dans son immense manoir, à devoir gérer à la fois le contrecoup de l'arrestation de son père, l'enquête de la police et le harcèlement des médias. Le fait d'être quelqu'un de célèbre était déjà parfois pesant au quotidien pour Adrien qui ne rêvait que d'une vie simple et paisible, mais à présent, sa notoriété n'avait vraiment plus aucun aspect positif. Il espérait vraiment que l'affaire allait se tasser et que les médias allaient vite l'oublier et le laisser tranquille.

Avec un soupir, il essuya ses joues humides et finit par se lever ; il n'avait pas besoin de rajouter une bronchite carabinée à tous ses ennuis.

- Cette terrasse a définitivement besoin d'un plaid chauffant, se dit-il, à moitié amusé par sa remarque, tout en déglutissant péniblement, une boule d'angoisse et de chagrin coincée en travers de la gorge.

Il se glissa à nouveau par la lucarne, et atterrit gracieusement sur la mezzanine. Marinette n'était visiblement pas remontée, et il la remercia intérieurement d'avoir respecté son besoin d'espace. Il n'en pouvait plus de se décomposer devant elle.

A l'étage inférieur, Marinette était assise en tailleur sur le canapé, le regard dans le vague ; elle essayait de focaliser son attention sur une émission sans intérêt, mais toutes ses pensées étaient tournées vers son coéquipier. Elle était en train de peser le pour et le contre pour savoir si elle devait monter le voir, mais un grincement dans l'escalier trancha son indécision. Une silhouette passa furtivement dans sa vision périphérique, et elle en déduit qu'Adrien venait d'aller s'enfermer dans la salle de bain. Un peu rassurée, elle attendit patiemment qu'il en ressorte en se mordillant les lèvres d'inquiétude.

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Un quart d'heure plus tard, Adrien apparut timidement dans le salon, ses cheveux encore légèrement humides de la douche qu'il venait de prendre. Marinette remarqua qu'il avait enfilé le sweatshirt qu'elle lui avait confectionné, et un doux sourire apparut sur les lèvres de la jeune fille. Adrien eut une hésitation, mais lorsque Marinette lui fit signe d'approcher, il vint s'asseoir sur le canapé à côté d'elle avec un léger soupir.

- On se regarde une série ? proposa Marinette, dans une tentative de lui changer les idées.

Adrien acquiesça avec un sourire qui ne se refléta pas dans ses yeux.

- Tant que ce n'est pas « Les Aventures de Ladybug et Chat Noir », tout me va, dit-il d'un ton qui se voulait léger.

- On la connaît déjà par coeur cette série, non ? répondit joyeusement Marinette avec un clin d'œil.

La jeune fille redevint soudain sérieuse et se tourna vers son partenaire pour poser ses deux mains sur son avant-bras.

- N'écoute pas ce que disent les journalistes, ok ? lui conseilla-t-elle en plongeant son regard dans ses grands yeux verts.

Pris de court, Adrien baissa la tête et se contenta d'acquiescer timidement.

Marinette soupira.

- Par contre, ils ont tout de même raison sur un point : Ladybug et Chat Noir ne se sont jamais exprimés officiellement sur cette affaire. Il serait peut-être temps de mettre les choses au clair avant que la situation ne s'envenime, tu ne crois pas ?

Adrien eut une hésitation, mais il savait tout au fond de lui que Marinette avait raison : il était important pour les deux super-héros de donner aux habitants de Paris une version officielle de ce qu'il s'était passé et de les rassurer. D'autant plus après l'aperçu qu'il venait d'avoir de la presse à scandale déchaînée. Qu'ils le veuillent ou non, leurs voix avaient du poids dans l'opinion publique. Donc plus tôt Ladybug et Chat Noir rétabliraient la vérité, mieux ce serait.

Le jeune homme acquiesça fermement.

- Est-ce que tu te sens de parler de tout ça cet après-midi si André Bourgeois organise une mini conférence de presse ? lui demanda Marinette.

Adrien esquissa un sourire désabusé.

- On n'a pas vraiment le choix de toute façon.

Marinette haussa les épaules.

- On a toujours le choix. Si tu veux, on peut faire appel à Rena Rouge, tu n'aurais pas besoin d'être présent si c'est trop...

- Non, je préfère être physiquement sur place, on ne sait jamais ce qu'il peut se passer. Je survivrai, ne t'inquiète pas.

Marinette acquiesça en serrant sa main en guise de soutien. Elle grimpa rapidement jusqu'à sa chambre pour pouvoir se transformer et informer André Bourgeois de leurs intentions.

Lorsqu'elle redescendit avec la réponse positive du Maire, Adrien et elle établirent rapidement un plan pour ne rien laisser au hasard lors de la conférence. Cette étape ne les enchantait guère, mais tous deux savaient que c'était un passage inévitable. Avec l'expérience d'Adrien en relations publiques, doublée de l'habitude et de l'aplomb qu'avait Marinette en tant que Ladybug pour s'adresser à la population parisienne, ils ne mirent pas longtemps à ficeler leur bref discours. Une fois leur plan prêt, ils se lancèrent un regard soulagé et mirent de côté leurs préoccupations de super-héros. Ils avaient amplement mérité une pause en attendant le repas de midi.

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Les deux adolescents s'étaient confortablement installés dans le canapé à grand renfort de plaids douillets. Marinette ne quittait plus son plaid chauffant.

Adrien s'enroula dans une couverture moelleuse et posa un coussin tout contre Marinette avant de s'allonger, veillant à ne pas trop envahir l'espace vital de sa coéquipière tout en se rapprochant d'elle le plus possible. Il avait parfois peur d'être un peu collant avec elle, mais la tendresse que la jeune fille lui témoignait lui faisait énormément de bien. En deux jours, il avait reçu plus d'affection de la part de son amie et de ses parents que durant les quatre dernières années de sa vie, et il réalisait à quel point tous ces petits gestes, ces petites attentions manquaient à son quotidien depuis que sa mère avait disparu.

Lui qui avait tenu ses émotions à distance pendant de nombreuses années de façon à ne pas se laisser affecter par tout ce qui aurait pu le faire souffrir, de se retrouver tout d'un coup catapulté dans un environnement aussi chaleureux et aimant lui donnait envie de laisser tomber ses barrières peu à peu ; il sentait qu'il ne craignait plus autant de s'ouvrir à eux, de s'autoriser à être heureux. Et même si son cœur était encore sombre et qu'il peinait à digérer tout ce qu'il s'était passé, il se sentait tellement bien chez les Dupain-Cheng qu'il avait envie de baisser sa garde et de se laisser porter par ce bien-être qu'il ressentait. Chez eux, il se sentait revivre petit à petit, et il savait que, pour la première fois de sa vie, il pouvait confier son cœur meurtri à quelqu'un d'autre sans crainte de le retrouver en miettes.

Marinette eut un sourire attendri en le voyant se recroqueviller tout contre elle et passa affectueusement ses doigts dans ses cheveux blonds tout en focalisant son attention sur la télévision.

Au bout d'un long moment, elle sentit la respiration d'Adrien se faire un peu plus régulière, et elle espérait de tout cœur qu'il allait réussir à se reposer un peu et rattraper les heures de sommeil perdues dans ses nuits hachées. Il avait l'air si paisible et innocent à l'instant présent qu'elle ne put s'empêcher de le regarder avec un sourire attendri.

De plus en plus détendu à mesure qu'il s'endormait, Adrien s'apprêtait à plonger dans un sommeil plus profond, lorsque son corps le trahit soudain. Il se sentit basculer, et il sursauta violemment en ayant l'impression de tomber dans le vide. La secousse l'obligea à ouvrir les yeux d'un coup ; haletant, il réalisa qu'il était en train de s'enfoncer dans un nouveau cauchemar et il était presque soulagé de s'être réveillé d'un bond, même si ce n'était pas le plus agréable des réveils. Son regard croisa les grands yeux bleus inquiets de Marinette qui passa tendrement sa main dans ses cheveux avec un sourire qui se voulait rassurant.

- Ça va, Chaton ?

Elle regretta presque immédiatement sa question ; bien sûr qu'il n'allait pas bien.

Ne sachant quoi répondre, Adrien acquiesça simplement timidement et se rapprocha un peu plus d'elle, cherchant du réconfort.

- Est-ce que je te gêne si je me mets comme ça ? demanda-t-il en la désignant timidement.

Son regard était si triste que le cœur de Marinette plongea dans son estomac. Elle tendit instantanément ses bras vers lui pour lui faire signe qu'il n'y avait aucun souci.

- Bien sûr que non, dit-elle d'une voix emplie d'affection. Viens.

Sans se faire prier, Adrien posa sa tête sur ses genoux et se roula en boule tout contre elle en relâchant un léger soupir. Marinette resserra son étreinte autour de ses épaules et Adrien posa sa main par-dessus la sienne, se sentant immédiatement mieux dans ces bras accueillants. Pour la première fois de sa vie, il n'en avait que faire de se sentir aussi faible et vulnérable. Il voulait juste ne plus penser à rien et s'abandonner dans cette étreinte rassurante. Marinette lui faisait tellement de bien, et dans ses bras, il avait la sensation que rien ne pourrait lui arriver.

Depuis sa plus tendre enfance, son père lui avait appris à toujours sauver les apparences en toutes circonstances, à ne jamais rien montrer pour ne dévoiler aucune faiblesse. Selon lui, la force de ceux qui gouvernaient n'était réellement que la faiblesse de ceux qui se laissaient gouverner*. Adrien n'avait jamais bien compris pourquoi son père avait toujours eu une vision du monde aussi négative et considérait les gens qui gravitaient autour de lui comme des ennemis ; certes, le jeune homme connaissait le milieu de la mode pour y baigner depuis sa naissance, et il savait que de vrais requins y naviguaient, prêts à tout pour se hisser au sommet sans aucun scrupule. Mais en dehors de ce genre de personnes, le reste du monde n'était pas aussi manipulateur et néfaste que Gabriel Agreste le pensait. Contrairement à son père, Adrien avait toujours voulu croire au meilleur de chacun. Il n'avait peut-être pas eu de réelle expérience avec le monde extérieur avant ses 14 ans, mais il sentait tout au fond de lui qu'il existait des gens en qui il pouvait avoir une confiance absolue. Peut-être était-il trop naïf, mais d'avoir rencontré des personnes comme Nino, Marinette ou Alya le confortait dans sa vision bienveillante du monde.

Paradoxalement, Adrien avait toujours tout fait pour être à la hauteur des attentes de son père et être cette personne forte et inébranlable en toutes circonstances, mais ce genre de comportement n'était clairement pas dans sa nature. Il avait échoué de nombreuses fois, se croyant tout simplement trop faible pour avoir les épaules aussi solides que celles de son géniteur. Mais même s'il était compliqué pour lui de se défaire de ces idées bien ancrées, et qu'il avait, de ce fait, énormément de mal à être indulgent envers ses propres faiblesses, Adrien savait à présent que ce n'était pas une question de volonté. Il savait que faire tomber quelques barrières et admettre qu'il n'avait pour une fois pas le contrôle de la situation n'était pas si grave. Parce que pour une fois dans sa vie, il était bien entouré.

Bercé par ces pensées rassurantes, la main que Marinette passait dans ses cheveux acheva de le détendre, et il sombra rapidement dans une léthargie réparatrice.

Lorsque Marinette se rendit compte qu'Adrien s'était enfin endormi, elle échangea un grand sourire avec Tikki et Plagg qui posèrent un regard attendri sur leurs porteurs.

Marinette contemplait Adrien, envoûtée par son apparence si paisible. Elle sentait qu'il avait vraiment besoin d'attention et de réconfort, et elle s'était fait un point d'honneur à tout faire pour lui rendre la vie plus douce malgré le cauchemar qu'il était en train de traverser.

Son sourire s'étira en un rictus caustique en se disant que si Adrien s'était retrouvé à s'endormir ainsi sur ses genoux la semaine précédente, elle en aurait fait une syncope. Qu'est-ce qu'elle pouvait bien se sentir stupide après toutes ces années passées à bégayer devant lui.

A présent qu'elle savait qu'Adrien et Chat Noir n'étaient qu'une seule et même personne, elle voyait des similitudes dans leur comportement. Mais jamais elle n'aurait pu s'imaginer que derrière le masque de son coéquipier exubérant, blagueur, et charmeur se cachait en réalité un garçon bien plus réservé et terriblement seul. L'image entière qu'elle s'était créée de son partenaire durant toutes ces années d'anonymat avait volé en éclats, et elle avait encore parfois du mal à superposer les deux garçons. Mais pour rien au monde elle ne reviendrait en arrière. Elle adorait apprendre à connaître Adrien, redécouvrant à la fois son camarade de classe et son partenaire de combat durant toutes ces années.

Marinette ne pouvait pas se voiler la face : elle savait pertinemment que si elle avait su depuis le début que c'était Adrien qui se cachait sous ce masque, elle aurait eu un comportement totalement différent avec lui, et jamais elle n'aurait pu le découvrir ainsi. Peut-être était-ce une bonne chose finalement, d'avoir pu vivre toutes ces aventures à ses côtés sans savoir qui ils étaient l'un pour l'autre. Elle n'aurait certainement pas pu aussi pleinement apprécier sa relation avec Chat Noir et Adrien si leurs identités avaient été dévoilées depuis le départ.

Voyant qu'Adrien avait changé de position, Marinette en profita pour se lever du canapé et se diriger vers la cuisine pour lui préparer un gâteau. Prévoyante, elle lui laissa un petit mot à portée de main au cas où il se réveillerait avant qu'elle ne revienne, et elle descendit un instant à la boulangerie pour chercher de la farine et de la levure, bien décidée à lui préparer quelque chose pour le réconforter.

oOo

Adrien émergea de sa sieste une demie-heure plus tard. Tout d'abord légèrement désorienté, il se redressa et aperçut Marinette dans la cuisine qui s'activait aux fourneaux, une casserole à la main et de la farine jusque dans les cheveux. Son visage s'illumina et il s'étira de tout son long avant de se lever pour la rejoindre. Il se pencha par-dessus son épaule, son menton affectueusement posé dans le creux de son cou.

- Bien dormi, Chaton ? lui demanda-t-elle, visiblement ravie qu'il ait pu se reposer un peu.

Adrien hocha la tête de haut en bas, les yeux encore remplis de sommeil, et passa ses bras autour des épaules de sa coéquipière pour lui faire un câlin.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il d'un air curieux.

- Un gâteau au chocolat pour le goûter, ça te dit ?

Adrien acquiesça vivement à l'idée. Les quelques pâtisseries qu'il avait pu goûter en provenance de la boulangerie des parents de Marinette étaient toujours à tomber. Même si Marinette ne lui avait jamais vraiment préparé elle-même à manger en dehors de quelques macarons occasionnels, Adrien n'avait aucun doute sur le fait qu'elle avait très certainement hérité du talent culinaire de ses parents.

- Je peux t'aider si tu veux, proposa-t-il avec enthousiasme.

Marinette étouffa un petit rire.

- Toi ? Pardon de te poser la question mais... tu as déjà cuisiné quelque chose dans ta vie ?

Adrien croisa ses bras contre sa poitrine, prenant un air vexé.

- Ah, parce que, étant donné que j'ai toujours eu une vie de luxe et un chef étoilé à disposition, je n'ai forcément jamais rien préparé moi-même, c'est ça que tu insinues ? lança-t-il le menton levé.

Prise de court, Marinette se mit à bégayer en rougissant.

- Mais non, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, mais...

Adrien ne put s'empêcher d'éclater de rire face à la mine déconfite de son amie.

- Je te taquine, tu as complètement raison, je n'ai jamais mis les pieds dans une cuisine de ma vie. Je ne sais même pas faire cuire un œuf ! s'esclaffa-t-il avec bonne humeur. Mais je veux bien que tu m'apprennes à faire un gâteau.

L'air gourmand d'Adrien détendit Marinette qui se mit à rire et elle lui tendit une tablette de chocolat.

- Ok, on va faire le gâteau ensemble. Tu peux couper cette tablette de chocolat en morceaux et les mettre dans la casserole s'il te plaît ? Il faut les faire fondre tout doucement.

La confection du gâteau se révéla être un véritable challenge avec Adrien en cuisine : le jeune homme se montra très dissipé et prenait un malin plaisir à chahuter Marinette, mangeant plus de morceaux de chocolat qu'il n'en mettait dans la casserole, ou bien traçant des dessins dans la farine du bout des doigts. Il profita d'un moment d'inattention de sa coéquipière pour s'approcher d'elle avec une poche à douille remplie de glaçage, bien décidé à lui maculer la joues de sucre pour s'amuser. Marinette protesta avec de grands gestes lorsqu'elle s'en rendit compte, et Adrien laissa malencontreusement échapper la poche à douille qui éclata sur le sol avec fracas. Penaud, il lui fit signe de ne pas bouger le temps qu'il réussisse à nettoyer ses bêtises mais Marinette avait déjà fait un pas en avant ; son chausson dérapa sur le glaçage, et elle ne dut son salut qu'aux réflexes d'Adrien qui la rattrapa in extremis avant qu'elle ne s'étale de tout son long sur le sol.

- Adrien ! Tu en as mis partout ! se plaignit-elle en se redressant tant bien que mal dans ses bras, tandis que le jeune homme affichait un sourire à la fois contrit et moqueur. Il eut la décence d'avoir l'air désolé, mais il semblait malgré tout s'amuser comme un fou.

- Ça va, tu n'as rien ? lui demanda-t-il en la tournant vers lui.

Son inquiétude ne semblait pas feinte, mais Marinette décela une lueur espiègle qui s'était allumée dans son regard d'émeraude.

- Oh, si, fit-il d'un air faussement étonné. Tu as quelque chose là.

Marinette fronça les sourcils mais ne comprit que trop tard ce qu'Adrien était en train de faire.

- Si, là, insista-t-il, en désignant son visage, avant d'écraser son doigt plein de chocolat fondu sur le nez de la jeune fille qui poussa un glapissement.

- Si tu cherches la bagarre, tu vas me trouver, je te préviens ! s'écria-t-elle en le défiant du regard.

Adrien lécha ce qu'il restait du chocolat sur son doigt d'un air satisfait avant de croiser ses bras sur sa poitrine en se penchant vers elle avec provocation.

- Encore faudrait-il que tu arrives à m'attraper Bugin...

Sa phrase fut interrompue par la main de Marinette remplie de chantilly qui s'abattit sur son visage.

- Tu disais, Chaton ? lança-t-elle.

Adrien ne se laissa pas démonter et s'approcha d'elle, le visage encore maculé de crème chantilly. Sans crier gare, il s'avança et frotta copieusement sa joue contre celle de Marinette, lui déposant une bonne couche de chantilly au passage.

Furieuse de s'être laissée prendre à son propre piège, elle s'écarta de lui et le menaça avec la bombe de chantilly comme si elle tenait un pistolet entre les mains.

- Ouh, je tremble de peur, fit Adrien d'une voix moqueuse en levant les mains en l'air, tout en essuyant le reste de chantilly qui dégoulinait de son menton.

Marinette s'avança au moment où la porte s'ouvrit sur Sabine et Tom qui remontaient de la boulangerie. Ils mirent un pied dans la cuisine et ouvrirent des yeux ronds en dévisageant les deux adolescents recouverts d'un mélange hasardeux de farine, de chocolat et de chantilly.

Le sourire d'Adrien dégringola lorsqu'il croisa leur regard et il baissa rapidement les yeux, s'attendant visiblement à se faire sévèrement réprimander. Sabine et Tom l'hébergeaient si gentiment, et lui leur avait mis la cuisine sans dessus dessous en guise de remerciement. Il ne savait plus où se mettre et regrettait sérieusement de s'être laissé emporter.

Le regard terrifié et empli de remords qu'il leur lança serra le cœur de Sabine. Adrien s'apprêtait à se confondre en excuses, mais Marinette le devança.

- Désolée, on était en train de faire un gâteau. On va tout nettoyer dès qu'on aura fini, promis ! annonça-t-elle avec une telle légèreté qu'Adrien en resta bouche bée.

- O-ui oui, renchérit-il en se reprenant. Vraiment désolé d'avoir mis une telle pagaille, on va tout ranger, je vous le promets !

- Il y a intérêt ! lança Tom, mais Adrien pouvait voir qu'il n'y avait aucune colère dans ses traits. Ma chérie, je sais que je t'ai toujours appris qu'il ne fallait jamais faire confiance à un pâtissier si sa cuisine était trop bien rangée, mais là je crois que vous avez pris mes paroles un peu trop littéralement.

Marinette éclata de rire et embrassa son père sur la joue avant de reporter son attention sur le saladier devant elle. Le père de Marinette avait l'air plutôt amusé par la scène, et il semblait leur faire confiance pour remettre la cuisine en l'état. Adrien était sidéré de s'en être sorti sans punition ni même une réprimande.

Un peu honteux, il attrapa une éponge et commença à nettoyer le sol mais Marinette l'arrêta aussitôt.

- Laisse Adrien, il vaut mieux finir le gâteau d'abord. On nettoiera tout ça après.

Adrien se redressa et acquiesça d'un air désolé. Le clin d'œil que lui adressa Marinette le détendit ; il saisit le fouet qu'elle lui présenta et elle s'appliqua à lui montrer comment battre les blancs en neige. Adrien se révéla plutôt doué, et Marinette le laissa terminer la recette tout en le guidant si besoin. En peu de temps, le dessert fut prêt et Adrien semblait ravi. Et même si le gâteau n'était pas parfait, le sourire empli de fierté suspendu à ses lèvres lorsqu'il le sortit du four fit fondre le cœur de Marinette.


* (citation de Paul Raynal. Je trouvais qu'elle collait parfaitement à la situation).

...Bon, il y avait un peu d'angoisse, mais surtout encore beaucoup de "fluff" comme j'aime l'écrire :) J'ai vraiment un faible pour ces deux-là.

Certaines scènes de ce chapitre font partie des tous premiers passages que j'ai rédigé pour cette fanfic, j'avais hâte d'y arriver ! (je n'écris pas du tout chronologiquement mes histoires, ce qui peut être très compliqué lorsqu'il faut raccorder certains passages entre eux de façon fluide et logique...).

En tout cas, encore une fois mille mercis encore pour vos commentaires, et merci aussi à ceux qui lisent silencieusement, qui me suivent, qui mettent cette histoire dans leurs favoris, je vous coeur.

Comme d'habitude, n'hésitez pas à me laisser vos impressions dans la petite boîte ci-dessous.

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