Bonjour bonjour !
Le temps passe beaucoup trop vite ! J'imagine que vous n'attendiez plus la suite... Je n'ai pas du tout pu écrire ces dernières semaines, "life happened" comme on dit, mais j'espère me rattraper rapidement !
En tout cas, j'ai beaucoup aimé vos suggestions quant aux capacités de "persuasion" de Chat Noir dans le précédent chapitre :))
Après le premier jour de cours chaotique, nous voici le lendemain. Est-ce que tout va bien se passer cette fois-ci ?
Bonne lecture !
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CHAPITRE 12
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Lorsque le réveil de Marinette sonna, la jeune fille se redressa d'un bond et l'éteignit rapidement en constatant qu'Adrien dormait encore. Le pauvre était visiblement épuisé, mais Marinette était heureuse de constater que son coéquipier avait enfin pu passer une nuit un peu plus calme, sans cauchemar ni crise d'angoisse. Une infime partie d'elle-même détestait l'idée de s'éclipser sans le réveiller, mais il avait bien besoin de se reposer. Elle appréhendait un peu de le laisser seul et ne pouvait s'empêcher d'avoir constamment envie de le surprotéger, mais elle se raisonna rapidement : Adrien était un grand garçon de presque 18 ans, et il était plus que capable de se débrouiller sans elle et de survivre à cette journée. Ou, du moins, c'était ce dont elle essayait de se persuader.
Marinette avait beau se convaincre qu'un peu de temps séparés tous les deux leur feraient le plus grand bien après avoir passé plusieurs jours littéralement collés l'un à l'autre, elle n'aurait su dire si elle était réellement en train de faire passer le bien-être d'Adrien avant tout, ou bien si elle essayait de colmater tant bien que mal le trou béant qui était en train de se former à la place de son coeur à l'idée de ne pas l'avoir auprès d'elle de toute la journée.
Avec un léger soupir, elle se leva discrètement, non sans lui avoir laissé un petit mot sur son oreiller, et descendit se préparer et prendre son petit-déjeuner avec ses parents.
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Marinette était déjà arrivée au lycée lorsqu'Adrien ouvrit les yeux ; il s'étira de tout son long en cherchant sa coéquipière du regard, mais fut déçu de constater que la place dans le lit à côté de lui était vide. Il se redressa mollement, une évidente mauvaise humeur se lisant sur ses traits à l'idée de ne pas pouvoir quémander un peu d'affection auprès de sa partenaire, mais lorsque son regard se posa sur une feuille de papier recouvrant l'oreiller voisin, un léger sourire apparut sur ses lèvres. Il s'empressa de la déplier, et son visage s'éclaira instantanément en reconnaissant l'écriture ordonnée et toute en rondeur de Marinette : le « Bonne journée Chaton » qui y était inscrit au stylo rose lui réchauffa instantanément le cœur, et il se rallongea en relisant plusieurs fois ces quelques mots, son expression rêveuse.
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De son côté, Marinette avait donné rendez-vous à Alya et Nino avant le début des cours pour éviter de reproduire le fiasco de la veille ; elle voulait être certaine de pouvoir discuter avec eux tranquillement sans risquer d'être interrompus. La seule chose qu'elle craignait était qu'après le tissu de mensonges que Lila leur avait servi, Alya et Nino risquaient d'être difficiles à convaincre, mais elle comptait sur leur bon sens et leur amitié pour leur faire comprendre la situation.
Elle vérifia plusieurs fois que le courrier d'Adrien était bien dans sa poche et elle se dirigea vers le point de rendez-vous, non sans une certaine appréhension.
Alya et Nino arrivèrent main dans la main, et Marinette ne perdit pas un instant avant de les entraîner dans une salle qu'elle savait déserte à cette heure-ci de la journée.
Une fois certaine qu'ils n'allaient pas être dérangés, la jeune fille se tourna vers eux et prit un air solennel, comme si elle s'apprêtait à leur révéler le plus grand secret que pouvait contenir l'univers.
- Avant toute chose, il faut absolument que vous me promettiez que ce que je vais vous dire ne sortira pas d'ici, leur demanda-t-elle. Il faut que ça reste entre nous trois. Est-ce que je peux vous faire confiance ? C'est vraiment important.
Alya et Nino se lancèrent un regard interloqué avant de dévisager Marinette, mais leur amie affichait une expression si sérieuse qu'ils acquiescèrent instantanément.
Une fois certaine qu'elle avait capté toute leur attention, Marinette s'éclaircit légèrement la voix et tendit l'enveloppe qu'Adrien lui avait confiée la veille pour Nino. Elle espérait de tout cœur que cette entrée en matière se révèlerait bien plus efficace qu'un long discours.
- C'est de la part d'Adrien, expliqua-t-elle simplement.
La réaction du jeune DJ ne se fit pas attendre : il ouvrit des yeux ronds et dévisagea Marinette avant de se tourner vivement vers sa petite-amie qui fronçait les sourcils.
- Comment ça « C'est de la part d'Adrien » ? répéta Alya sans comprendre, tandis que Nino ouvrait l'enveloppe aussi fébrilement que s'il avait pêché une truite à mains nues.
- Adrien m'a demandé de donner cette lettre à Nino.
- Attends, fit Alya. Tu as vu Adrien ?
Pour toute réponse, Marinette acquiesça. Sentant qu'elle ne pouvait plus reculer, elle prit une grande inspiration.
- Il est chez moi depuis vendredi, leur avoua-t-elle.
La bombe était lâchée.
Marinette affichait une expression plus qu'inquiète à présent : elle appréhendait réellement la réaction de ses meilleurs amis. Tous deux semblaient légèrement sous le choc de cette nouvelle, aussi se sentit-elle obligée d'ajouter :
- Après tout ce qu'il s'est passé, il était hors de question qu'il reste tout seul chez lui. Alors mes parents et moi... on lui a proposé d'habiter chez nous, et il a accepté.
Alya dévisageait sa meilleure amie comme si Marinette venait de recevoir un coup sur la tête et qu'elle s'était mise à tenir des propos totalement incohérents. Plus elle tentait d'absorber l'information que Marinette venait de lui donner, moins cette histoire semblait faire sens. Alya finit par lâcher un petit rire perplexe et fronça les sourcils, jaugeant du regard si sa meilleure amie plaisantait ou bien si elle était complètement sérieuse.
- Marinette, commença-t-elle prudemment. Si c'est à cause de ce que Lila a dit hier ou bien si c'est encore un de tes plans pour essayer de te déclarer à Adrien, c'est vraiment...
- Non, ça n'a absolument rien à voir, Alya, répondit aussitôt Marinette d'un air grave. Adrien habite vraiment chez moi.
- Adrien ne peut pas habiter chez toi, répliqua Alya d'un air incrédule. Ladybug et Chat Noir ont dit qu'il n'était même plus sur Paris.
- Si, c'est vrai, Adrien habite bien chez Marinette, intervint Nino en levant le nez de la feuille de papier qu'il tenait dans ses mains. Ladybug et Chat Noir ont dit ça pour détourner les soupçons pour que personne ne vienne le chercher chez Tom et Sabine. C'est ce qu'il dit dans sa lettre. C'est son écriture, le courrier vient bien de lui. Je n'en reviens pas !
La différence d'attitude était saisissante : Nino semblait réellement rassuré d'avoir enfin de véritables nouvelles de son meilleur ami, et son sourire s'agrandissait au fur et à mesure qu'il parcourait la lettre des yeux.
Alya, quant à elle, avait l'air bien plus hésitante quant à la véracité de cette histoire ; elle ne pouvait s'empêcher de lancer à sa meilleure amie des regards suspicieux, cherchant la faille dans son discours.
- Mais... Je ne comprends plus rien. Lila est au courant qu'il est chez toi ?
- Il n'a jamais eu de contacts avec Lila, répondit Marinette, les lèvres pincées. Il pourra vous le dire lui-même si tu ne me crois toujours pas. C'est de ça dont je voulais vous parler hier avant que Lila ne se mette à raconter n'importe quoi.
- Mais pourquoi Lila aurait menti sur un sujet aussi grave ? objecta Alya en croisant ses bras sur sa poitrine d'un air sceptique.
Marinette laissa échapper un soupir ; elle mourrait d'envie de dire du mal de Lila et de vider son sac auprès de sa meilleure amie, mais elle savait que cela n'avancerait à rien. Elle préféra clore le sujet et se focaliser sur la situation d'Adrien.
- Je n'en sais rien, finit-elle par dire. Tout ce que je sais, c'est qu'il faut protéger Adrien. Personne d'autre que nous ne doit être au courant de sa situation. Pas vos parents, ni vos frères et sœurs, ni personne d'autre de la classe. Et surtout pas Lila. Juste nous trois. Ce sera notre secret, pour sa sécurité. C'est Adrien, et lui seul qui décidera du moment où il sera prêt à réapparaître. Et en attendant, tout le monde doit continuer à croire qu'il n'est plus à Paris.
Marinette leur lança un regard à la fois intense et implorant ; elle espérait de tout cœur que son discours avait été pris au sérieux.
- Promettez-le moi, c'est vraiment important pour lui.
Toujours dubitative, Alya eut une hésitation avant d'acquiescer ; elle avait beau ne pas comprendre les différends qui opposaient Lila et Marinette, elle savait malgré tout faire la part des choses, et la situation était bien plus grave qu'une simple dispute entre lycéennes. Il en allait de la sécurité d'Adrien. Si le jeune homme s'était retrouvé par elle ne savait quel miracle chez Marinette, alors elle se devait de faire entièrement confiance à sa meilleure amie.
Les deux filles se dévisagèrent un long moment.
- Je n'en reviens pas... finit par lâcher Alya du bout des lèvres. Adrien est à Paris et il habite chez toi...
De son côté, Nino restait silencieux ; il parcourait du regard la lettre d'Adrien, ses grands yeux noisette un peu plus brillants que d'habitude. Alya s'approcha de lui et tenta de lire par-dessus son épaule mais Nino s'en aperçut et cacha brusquement la feuille d'un air outré.
- Hey ! C'est privé ! s'offusqua-t-il en tenant la feuille tout contre lui, comme s'il craignait que Alya essaie de la lui arracher des mains.
- Vous avez besoin d'un peu d'intimité ? lui lança-t-elle d'un air goguenard.
Elle se tourna rapidement vers sa meilleure amie.
- Marinette, toi tu sais ce qu'il lui a écrit de toute façon, non ?
Marinette haussa les épaules d'un air désinvolte.
- Non, Adrien m'a confié cette lettre pour Nino, je ne l'ai pas lue. Je ne fais que passer le message.
- Ah, merci Marinette ! lança Nino. Ça, c'est une vraie amie.
- Ça tombe bien parce que je ne suis pas ton amie, répliqua Alya du tac au tac.
- Si, tu es mon amie, répondit Nino avec un sourire espiègle.
Alya fit mine d'être vexée mais avant qu'elle n'ait réellement pu se mettre à bouder, Nino reprit d'un air tendre :
- Tu es ma meilleure amie, ma copine, ma chérie d'amour, ma confidente, ma partner in crime, la femme de ma vie, et la fille la plus têtue que j'ai jamais rencontré. Et je t'aime.
Avant que Alya n'ait pu répliquer quoi que ce soit, Nino l'attira contre lui et écrasa ses lèvres sur les siennes avec un soupir bienheureux, baiser auquel Alya répondit instantanément. Lorsqu'ils se séparèrent, la jeune fille lui lança un regard étincelant de malice.
- Je crois que je vais demander à Adrien de t'écrire des petits mots doux plus souvent, le taquina-t-elle.
- Tu ne peux pas savoir à quel point je suis heureux d'avoir de ses nouvelles, répondit Nino, visiblement soulagé.
- Moi aussi je suis contente de savoir qu'il va bien, admit Alya du bout des lèvres. Par contre, toi et Adrien qui cohabitent, je n'ai toujours pas compris comment c'était possible. Je demande à le voir pour le croire ! ajouta-t-elle en se tournant vers sa meilleure amie qui piqua un fard malgré elle.
- On pourra passer le voir d'ailleurs ? demanda Nino d'un regard implorant.
- Bien sûr ! répondit Marinette en acquiesçant vivement, un sourire surnaturel suspendu à ses lèvres pour masquer le fait que ses joues étaient toujours un peu rouges. C'est ce que j'allais vous proposer. On peut rapidement repasser chez moi après déjeuner avant que les cours ne reprennent, il sera content de vous voir, il n'attend que ça !
Ce fut le moment que choisit la sonnerie annonçant le début des cours pour retentir, interrompant leur échange. Les trois amis s'empressèrent de rassembler leurs affaires et de se diriger joyeusement vers leur salle de classe, le cœur soudain plus léger.
Un peu en retrait, Nino pianotait furieusement sur son téléphone : dans sa lettre, Adrien lui avait laissé son nouveau numéro pour le joindre, et Nino s'était empressé de l'enregistrer dans son répertoire avant de lui envoyer un message.
Juste avant de rentrer en classe, le téléphone de Marinette se mit à vibrer dans sa poche ; elle le sortit rapidement de son pantalon et son visage s'éclaira instantanément lorsqu'elle découvrit que c'était un message d'Adrien.
« Merci pour ton chat-leureux petit mot ! Bonne journée à toi aussi ma Lady, j'ai hâte de te voir ce soir. Miaou :3 » avait-il écrit, et Marinette ne put s'empêcher de laisser échapper un petit rire affectueux avant de ranger son portable dans son petit sac à main.
Tous les trois se glissèrent dans la salle de classe juste avant que Mademoiselle Bustier n'arrive. Le brouhaha ambiant s'atténua, et tous se tournèrent vers leur professeur qui déposa son sac sur le bureau et ouvrit son registre pour faire l'appel. Lila s'était encore une fois opportunément volatilisée, ayant sûrement prétexté un déplacement diplomatique de dernière minute ou bien une énième mission humanitaire dans un pays imaginaire, car Mademoiselle Bustier ne sembla pas le moins du monde surprise de son absence. Le professeur balaya la classe du regard, et Marinette aurait pu jurer qu'une lueur de tristesse passa sur son visage lorsque ses yeux turquoises se posèrent brièvement sur la place vide d'Adrien. Elle nota quelque chose dans son registre et le referma, presque à contrecœur.
- Tout le monde est là, on va pouvoir commencer, annonça-t-elle.
« Non, tout le monde n'est pas là », pensa amèrement Marinette.
Elle sentit sa gorge se nouer lorsqu'elle baissa les yeux devant elle, ne rencontrant qu'une place vide là où elle aurait aimé trouver son coéquipier.
Secouant sa tête de droite à gauche pour éviter de se laisser miner le moral, elle se redressa sur son siège et se concentra sur le cours qui débutait. Malgré tout, elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter, et toutes ses pensées étaient dirigées vers Adrien. La seule chose qui l'obligea à se raisonner et à focaliser son attention sur le cours était le fait qu'elle avait promis à Adrien de prendre des notes et de les lui transmettre au fur et à mesure de la journée.
Tous les deux s'étaient créés un espace partagé où Marinette déposait ses fichiers à la fin de chaque cours ; de cette façon, Adrien n'aurait aucun mal à suivre à distance sans prendre de retard et pourrait échanger avec elle dans la journée sur les devoirs à faire ou bien sur les exposés à venir si besoin. Marinette s'était promis d'être extrêmement assidue, aussi s'appliqua-t-elle particulièrement dans la rédaction et l'organisation de ses notes. Heureusement, aucune attaque d'akuma ne risquait d'interrompre leur scolarité à présent, se fit-elle la réflexion non sans une certaine amertume.
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Une fois son petit-déjeuner pris avec Sabine et Tom, Adrien se retrouva un peu désoeuvré ; il savait qu'il devait se remettre sérieusement à travailler pour rattraper les quelques cours manqués et réviser pour le baccalauréat à la fin de l'année, mais il préféra attendre l'après-midi pour s'y mettre. Il n'avait vraiment pas le cœur à étudier ce matin. Il s'ajustait encore à ce trop plein de liberté qui lui était enfin accordé après tant d'années menées à la baguette, et même s'il était confiant d'être suffisamment autonome et organisé pour ne prendre aucun retard dans son travail, cette absence d'emploi du temps lui semblait toujours un peu étrange.
En bon kwami du désordre et du chaos, Plagg n'avait pu s'empêcher de se moquer affectueusement de lui sur le sujet.
- Adrien, je suis fier de toi. Non vraiment, ajouta-t-il en voyant son porteur hausser un sourcil d'incompréhension. Tout ce temps libre devant toi, tant de possibilités d'activités diverses et variées à explorer, et qu'est-ce que tu fais ? dit-il en laissant volontairement planer la fin de sa phrase comme s'il attendait une réponse.
Constatant qu'Adrien ne réagissait pas et gardait ses sourcils froncés en se demandant où son kwami voulait en venir, Plagg fit un bond en tournoyant sur lui-même et écarta ses pattes d'un geste théâtral avant de lâcher :
- ABSOLUMENT RIEN !
Les traits d'Adrien muèrent en un sourire désabusé avant que Plagg ne continue sur sa lancée.
- Je sais bien que c'est quelque chose dont tu n'as pas vraiment l'habitude, alors pour ne pas gâcher tout ce temps libre dont tu disposes pour ne rien faire, je peux te donner quelques petites astuces et t'apprendre à glander, si jamais tu souhaites optimiser tout ça. Après tout, tu es en présence du maître en la matière, fit-il d'un air pompeux, une patte posée sur son minuscule torse.
Face à son cinéma, Adrien laissa échapper un petit rire.
- Venant de toi Plagg, ça sonne presque comme un compliment, dit-il.
Adrien sentit sa poitrine se dégonfler légèrement et il baissa les yeux.
- C'est vrai que ça me paraît tellement bizarre, cette absence de planning. J'ai l'impression qu'il faudrait que je sois en train de faire quelque chose, mais...
- Tss tss tss, le coupa Plagg avant que son porteur ne s'enfonce dans une spirale de culpabilité. Tu vas devoir t'y faire, jeune homme. Mais je ne me fais pas de souci pour toi, tu vas vite prendre le pli. Et si jamais tu as besoin de quelqu'un pour te remettre dans le droit chemin de la fainéantise, je me porte volontaire.
- Il va quand même falloir que je me remette à travailler, le bac ne va pas se réviser tout seul, lui fit remarquer Adrien.
- Chaque chose en son temps. Pour l'instant, c'est l'heure de la deuxième sieste de la matinée, répondit Plagg en plongeant dans la poche de son sweatshirt pour s'y rouler en boule.
Adrien passa sa main dans sa poche avant pour gratouiller le petit crâne de son kwami, et un sourire attendri apparut sur son visage en le sentant ronronner tout contre lui.
- Merci Plagg, murmura-t-il du bout des lèvres.
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Sabine voyait Adrien tourner et virer dans la maison sans but, avec l'attitude de quelqu'un qui avait paradoxalement à la fois besoin de dépenser un trop plein d'énergie et d'une longue sieste réparatrice.
Le jeune homme opta finalement pour un entre-deux, et s'installa confortablement dans le canapé avec un des livres à étudier pour le prochain cours de littérature. Ce n'était pas sa matière préférée, mais il s'en tirait honorablement pour quelqu'un qui n'avait pas d'affinités particulières avec les matières littéraires en dehors des langues vivantes. Son père ne lui avait jamais vraiment laissé le choix d'apprécier ou non les matières qu'il étudiait : la menace constante de se voir retiré du lycée si ses résultats n'atteignaient pas l'excellence l'avait toujours contraint à être le meilleur de sa classe. Adrien aimait énormément étudier, mais sans cette pression inhumaine sur ses épaules, il espérait enfin pouvoir apprécier ses cours autrement.
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Au bout d'une heure, ses yeux dérivaient dans le vide malgré lui, et il réalisa qu'il n'avait rien retenu de tout ce qu'il avait lu. Il laissa échapper un long soupir et referma le livre, s'avouant vaincu. Son esprit était obstinément ailleurs. Quelque part dans une crypte emplie de papillons immaculés. Adrien secoua vivement la tête de droite à gauche pour chasser ces images, tout son corps frissonnant légèrement à ces pensées.
Sabine, qui l'observait discrètement tout en s'affairant dans la cuisine, s'approcha de lui.
- Ça va mon grand ? Tu as une petite mine, fit-elle en passant tendrement une main dans les cheveux.
- Ça va, répondit machinalement Adrien en esquissant un sourire qui ne se refléta qu'à moitié dans son regard d'émeraude.
- Je vais préparer le repas de midi pour nous trois, est-ce que tu veux monter te reposer en attendant ? lui suggéra-t-elle.
Adrien considéra un instant la proposition avant de répondre.
- Je préférerais rester ici avec vous. Enfin, si ça ne vous dérange pas bien sûr, s'empressa-t-il d'ajouter timidement.
Sabine ne put s'empêcher d'avoir le cœur gros pour lui ; elle sentait bien qu'il sautait sur la moindre occasion de pouvoir passer du temps avec eux, et elle qui avait craint qu'il ne se renferme sur lui-même pendant la journée lorsque Marinette était en cours était ravie de voir qu'il appréciait leur compagnie.
- Bien sûr que non, mon grand, au contraire. Tu veux m'aider à faire la cuisine ?
Adrien acquiesça vivement en voyant Sabine sortir un grand panier vapeur en bambou.
- Tu aimes les raviolis vapeur ?
- Oh oui ! s'exclama-t-il, les yeux pétillants. Il y avait une recette dans mon livre de cours de chinois, j'ai toujours rêvé d'apprendre à en faire, ça a l'air tellement bon !
- Mais c'est vrai, j'avais complètement oublié que tu parles mandarin ! s'exclama Sabine avec ravissement.
- Oui, répondit Adrien en hochant vivement la tête de haut en bas tout en l'observant sortir les ingrédients pour préparer la pâte. Je le parle quasiment couramment, ça fait 8 ans que je prends des cours de chinois. Mon père avait choisi le chinois car il estimait que c'était une langue importante pour le business, mais au-delà de ça, j'aime beaucoup cette langue, et j'aimerais continuer à l'apprendre et à la pratiquer pour le plaisir.
- On peut discuter ensemble si tu veux, lui proposa Sabine dans sa langue natale, et le visage d'Adrien s'illumina instantanément. Tu sais, j'ai toujours regretté de ne pas avoir transmis cette langue à Marinette quand elle était petite. Ça fait partie de ses racines. Bien sûr, il n'est jamais trop tard pour apprendre, mais ce n'est pas pareil.
- Oui, je comprends, répondit Adrien dans la même langue. Mais peut-être que je pourrais proposer à Marinette qu'on travaille ensemble, si jamais elle souhaite apprendre le chinois ?
- Si ça vient de toi, il y a vraiment peu de chances qu'elle refuse, répondit malicieusement Sabine.
- Vous croyez ?
- Oh, j'en suis certaine, fit-elle avec un clin d'œil qui arracha un sourire à Adrien.
L'idée d'aider Marinette à apprendre le chinois le réjouissait énormément, et il se nota mentalement de lui poser la question si l'occasion se présentait.
Sabine lui tendit un livre de recettes en chinois aux bords cornés et usés, et Adrien s'en saisit délicatement.
- Tiens, tu trouveras la recette des raviolis dedans, l'informa Sabine en remontant ses manches. On s'y met ?
- Avec plaisir !
Sabine lui sourit affectueusement, heureuse de pouvoir lui changer les idées. Elle connaissait cette recette par cœur depuis des années et était capable de la reproduire les yeux fermés, mais elle se réjouissait de la faire découvrir à Adrien. Tous deux se lancèrent avec entrain dans la confection des raviolis tout en discutant de tout et de rien en mandarin, le cœur léger. Adrien observait Sabine garnir et replier les raviolis d'une main experte avec un émerveillement non dissimulé.
- Ma mère ne cuisinait pas vraiment, raconta-t-il à Sabine, la voix emplie de nostalgie. On a toujours eu un chef qui nous préparait tous les repas à la maison. Mais on faisait parfois des cookies ensemble, quand mon père n'était pas là. Il n'aimait pas ça de toute façon. Les cookies étaient souvent brûlés, mais on s'amusait beaucoup à les préparer.
Sabine voyait son regard d'émeraude s'illuminer à l'évocation de ces souvenirs, mais la lueur s'éteignit rapidement, remplacée par un voile de tristesse. Ne sachant quoi dire, elle passa tendrement sa main dans son dos dans un mouvement réconfortant.
- Il a fait tout ça pour ma mère, lâcha soudain Adrien d'une voix à peine audible en baissant les yeux.
Sabine s'interrompit pour se tourner vers lui et le questionner du regard.
- Mon père, expliqua-t-il. Il voulait les Miraculous de Ladybug et Chat Noir pour réveiller ma mère qui est plongée dans le coma.
Les vannes s'étaient subitement ouvertes, et Adrien savait qu'il ne pouvait plus revenir en arrière. Lui qui avait verrouillé toute cette histoire tout au fond de lui avait à présent un besoin viscéral de se confier à Sabine. Les parents de Marinette avaient cette aura d'indulgence et de tolérance qui émanait d'eux, et Adrien sentait tout au fond de lui qu'il aurait pu leur confier les choses les plus inavouables de la Terre sans craindre d'être jugé ou incompris.
Avant d'avoir pu s'en empêcher, il entrouvrit son cœur meurtri à Sabine dans un flot de paroles incontrôlées. La seule chose qu'il conservait fermement sous clé était leurs identités de super-héros.
- Il la gardait dans... dans le sous-sol de la maison. Mon père m'avait dit qu'elle avait disparue, alors que pendant toutes ces années, elle était tout près de moi et je n'en savais rien, dit-il la gorge nouée. Elle y est toujours pour le moment, elle est inconsciente. Ca me rend malade de la savoir toute seule là-bas, mais c'est plus prudent pour le moment, je... je ne veux pas la perdre pour de bon si jamais il reste un moyen de la sauver. Ladybug et C-Chat Noir cherchent à comprendre ce qui lui est arrivé, ils espèrent trouver comment la réveiller.
Sabine ne put masquer son expression horrifiée ; jamais elle n'aurait pu imaginer que derrière les motivations du Papillon se cachait un but aussi déchirant. L'idée que Gabriel Agreste ait conservé le corps sa femme inconsciente dans le sous-sol de sa maison la perturbait fortement.
Sans un mot, elle prit Adrien dans ses bras et l'attira tout contre elle, le cœur brisé par sa confession. Tout d'abord surpris, le jeune homme s'agrippa à ses épaules et enfouit son visage tout contre elle, le cœur gonflé de tristesse. Adrien dépassait Sabine d'une bonne tête pourtant, mais ainsi blotti dans son étreinte, il semblait soudain minuscule. Une larme coula sur la joue de Sabine, larme qu'elle s'empressa d'essuyer pour ne pas montrer son affliction au jeune homme et le soutenir.
- Je suis vraiment désolée pour tout ce qui t'arrive, mon pauvre chéri, lui dit-elle en l'embrassant sur la joue. J'espère de tout coeur que Ladybug et Chat Noir vont pouvoir te ramener ta maman.
Adrien détourna le regard.
- Je l'espère aussi, murmura-t-il du bout des lèvres. Mais je préfère ne pas me faire d'illusions pour le moment.
Adrien poussa un long soupir et baissa la tête. Il ne voulait plus quitter les bras de Sabine ; son étreinte lui donnait réellement l'impression d'être dans les bras de sa propre mère, et c'était une sensation qu'il désespérait de pouvoir à nouveau ressentir un jour. Sa gorge était nouée et ses yeux rougis, mais curieusement, il se sentait infiniment mieux après cette discussion. Il finit par se redresser à contrecœur, mais le sourire que lui adressa Sabine lui donna une force nouvelle qui lui réchauffa le cœur.
Sans un mot de plus, ils se remirent au travail, échangeant parfois un regard qui contenait énormément d'émotions. Adrien se sentait apaisé.
En peu de temps, le repas fut prêt et Adrien s'empressa d'aller chercher Tom pour qu'ils déjeunent tous les trois.
Encore merci de toujours suivre cette histoire malgré mon rythme de publication aléatoire, j'espère avoir plus de temps pour continuer à écrire et poster plus.
J'ai séparé ce chapitre en deux pour qu'il soit plus digeste, la suite arrivera bientôt !
A très vite !
Bug out!
