Bonjour mes petits chats,

Je vous propose aujourd'hui la première partie de mon histoire de Saint-Valentin, Une fête pour être avec celui qu'on aime.

J'ai conscience que c'est parfaitement anachronique (les lapins de Pâques en chocolat envahissent les rayons des magasins chez moi depuis au moins quinze jours) mais je ne voulais pas différer la publication d'ici un an. Mea culpa et j'espère pouvoir vous faire retrouver un peu l'atmosphère des Valentins et des Valentines.

Cette histoire est la suite de l'OS Une fête pour les gens qu'on aime, publié dans ma bibliothèque d'OS Marvel disponible sur mon profil. En écrivant cette dernière, j'ignorais que j'inaugurais une série car les idées se bousculent depuis :) Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de la (re)lire avant de s'attaquer à celle-ci mais elle constitue une bonne introduction et plante bien l'atmosphère qui guide cette série intitulée Une fête pour…

Si le cœur vous en dit, je vous invite donc à plonger dans l'histoire d'amour de Steve et Tony qui fêtent devant vos yeux discrets leur un an de relation. Je vous préviens, c'est une overdose de tendresse et d'amour :)

J'espère que cette nouvelle histoire vous plaira. Comme d'habitude, il peut (doit ?) rester des coquilles et j'en suis navrée aussi n'hésitez pas à me les signaler.

Rendez-vous en bas de page pour quelques notes.

Très bonne lecture :)

ChatonLakmé


Une fête pour être avec celui qu'on aime

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Première partie

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Le cœur serré, Tony se rappelle qu'une question, une simple question, est à l'origine du drame qui est en train de se dérouler à cet instant sous ses yeux.

Il l'avait posé un soir du bout des lèvres, assis sur un bout de canapé et ses pieds appuyés contre une cuisse chaude et musclée.

Juste quelques mots terminés par un point d'interrogation.

Malgré sa grande simplicité, le jeune homme avait pourtant eu du mal à la formuler. Il avait longuement hésité avant de se féliciter pour son courage tandis que les mains de Steve s'égaraient délicieusement sur ses hanches en guise de réponse.

C'est une excellente idée Tony. Moi aussi ça me plairait beaucoup.

Le brun exhale un petit souffle tremblant.

Ce n'était qu'une simple question dont la réponse l'avait pourtant envahi de bonheur. Mais cette sensation de chaleur qui avait inondé sa poitrine au même rythme que les caresses tendres du jeune homme lui paraît incroyablement lointaine à cet instant.

Il était follement heureux alors pourquoi – comment – les choses ont-elles pu prendre un tour aussi dramatique alors que son cœur et son estomac se tordent douloureusement ?

Depuis le vestibule, Tony reconnaît le pas lourd et tranquille qui fait légèrement craquer les lattes du parquet de l'étage et tandis qu'il lève la tête, il voit au détour du couloir, sur le palier, la silhouette tant aimée apparaître au sommet des escaliers.

Steve descend lentement, une main refermée sur la poignée d'une valise au format cabine et l'autre sur le cintre d'une housse à vêtements reposant partiellement sur son épaule. Le brun sourit d'une manière un peu tordue en le voyant marcher avec précaution afin de ne pas piétiner la housse ou de risquer de tomber. Son compagnon dépose lentement la valise sur le parquet une fois en bas des escaliers avant de lui sourire doucement.

– « C'est bien le costume que tu voulais emmener ? La housse était accrochée devant ton dressing », lui demande le blond tout en agitant légèrement la housse d'un mouvement de poignet.

– « Oui », croasse légèrement Tony tout en hochant la tête.

En bas, dans l'angle de la rampe d'escalier, un léger mouvement attire son attention et le brun sent le nœud qui étreint sa gorge se resserrer un peu plus.

Collé contre une des balustrades en bois et ses petits bras refermés autour d'elle, Loki darde sur Steve ses prunelles émeraude et luisantes, guettant le moindre de ses gestes d'un air sombre.

Tony a l'impression d'étouffer.

– « Je vais la mettre dans la voiture », lui indique le blond tout en glissant doucement sa main sur sa hanche pour la presser tendrement. « Je vais en avoir pour un moment… »

– « Merci. »

Le jeune homme appuie inconsciemment son front contre le large torse de Steve et il frissonne imperceptiblement en sentant le blond effleurer sa tempe de ses lèvres.

Steve a compris et il lui laisse à la fois de l'espace et du temps pour tenter d'apaiser la crise qui se profile.

De calmer la tempête humide qui souffle dans les yeux verts de Loki.

Tony se mordille les lèvres.

Le jeune homme écoute distraitement le frôlement des pieds de Steve sur le parquet tandis qu'il traverse le vestibule et descend les quelques marches du perron. Malgré le brouhaha doux de la rue qui lui parvient à travers la porte ouverte, le brun entend le petit tintement du déverrouillage automatique maintenant si familier de la voiture de Steve puis le bruit étouffé de ses gestes tandis qu'il range leurs bagages dans le coffre.

Le son est agréable et dans d'autres circonstances, il ferait agréablement picoter ses reins mais à cet instant, tandis que Tony regarde Loki, il ne sent qu'une chose. Une vague de culpabilité qui vient noyer sa poitrine, épaisse et collante comme de la boue.

Depuis le bow-window du salon ouvert sur sa gauche, il voit les rayons du clair soleil de février entrer à flot dans la pièce, chaleureux et déjà agréablement printanier mais qui doit faire luire comme de la nacre la neige qui couvre encore le jardin. La même lumière doit nimber les cheveux de Steve de délicats reflets gourmands couleur miel et faire ressortir le bleu si beau et limpide de ses yeux.

À ses yeux, le jeune homme est entièrement symbolisé par ces deux couleurs.

Du bleu et de l'or.

Chaleureux et doux.

Fascinant et attirant.

Charmant et beau.

Mais son compagnon est dans son dos et devant lui, Tony ne voit que la précieuse couleur émeraude des yeux de Loki, brouillée par des larmes que le petit garçon a de plus en plus de difficulté à contenir.

Le brun se mordille douloureusement les joues et s'agenouille lentement en face de son fils.

Il prend bien soin de garder son regard plongé dans celui de son petit garçon tout en lui souriant mais cela est insuffisant car il l'entend hoqueter lourdement. Tony tend la main pour aller caresser avec tendresse les beaux cheveux noirs dont les pointes commencent à caresser son cou, mais Loki ne tend pas la tête vers lui.

Il ne la roule pas naturellement sous sa paume comme il a l'habitude de le faire, semblable à un chat timide mais gourmand de caresses.

Son fils reste raide et crispé contre la rambarde de l'escalier, ses petites mains refermées si fort autour de la première balustrade que ses jointures fines et gracieuses blanchissent légèrement.

Tony sent un tremblement monter lentement dans le petit corps de Loki, lui faisant crisper un peu plus ses bras sur l'escalier et il frissonne en sentant quelque chose de lourd tomber douloureusement dans son estomac.

Le brun effleure tendrement les longues mèches sombres, le cœur serré en remarquant que malgré ses caresses, le petit garçon ne s'apaise pas et que ses fines épaules restent durement contractées.

– « Loki, mon cœur, nous en avons déjà parlé », souffle doucement Tony. « Ce n'est que pour le week-end. Nous partons ce soir et nous serons rentrés dimanche dans la journée. Cela sera tellement rapide que tu auras à peine le temps de te rendre compte de notre absence. »

– « C'est faux. »

La voix du petit garçon semble avoir du mal à passer la barrière de ses lèvres serrées. Elle ressemble à un petit filet un peu tremblant et le jeune homme a l'impression dévastatrice d'être un père horrible.

– « C'est pas vrai parce que tu me manques déjà », reprend Loki dans un petit reniflement humide. « Pourquoi est-ce que Thor et moi on ne pourrait pas venir ? On ne fera pas de bruits, on se fera tout petit, je te le promets. Si petit que tu ne sauras même pas que nous sommes avec vous. »

Tony tourne légèrement la tête sur sa gauche.

Thor se trouve dans l'embrasure du salon, appuyé d'une épaule contre le mur et le petit garçon se redresse vivement quand il croise son regard.

– « Tout petit, tout petit », répète le petit blond tout en hochant vigoureusement la tête.

Avec la rapidité d'une anguille, le jeune homme le voit se glisser devant lui pour s'asseoir sur les marches de l'escalier, son épaule collée contre la même balustrade que celle de Loki comme pour lui communiquer sa chaleur et le soutenir. Ses petites mains viennent naturellement trouver celles du brun pour s'y cramponner doucement et Tony sourit un peu tristement. Il sait que la présence de son frère de cœur apaise toujours les troubles qui peuvent peupler le petit cœur de son fils mais à cet instant, les prunelles sinoples sont toujours voilées de larmes.

Brûlantes, cristallines, délicates.

Horribles.

Le brun voit Thor passer un bras à travers la rambarde pour l'enrouler autour des épaules de son presque-frère comme il aime l'appeler et sur son petit visage défait, Tony lit sans peine son désarroi en voyant Loki aussi bouleversé.

Mais si son petit garçon s'incline un peu plus contre l'escalier, comme attiré par la chaleur réconfortante de Thor, il ne cille pas ni ne sourit. Pour une fois, Tony préférerait un peu égoïstement que le blond soit aussi bruyant et enthousiaste que d'habitude, que ses facéties distraient Loki et détournent son attention de son départ plutôt que de faire front contre lui sans réellement s'en rendre compte.

Sa culpabilité en fait qu'enfler un peu plus dans sa poitrine à cette idée et Tony déglutit désagréablement.

– « Vous êtes d'adorables petits garçons », reprend-il doucement et il inspire brusquement en voyant une étincelle d'espoir briller soudain dans les prunelles de son fils. « Vous allez aussi beaucoup nous manquer mais ce week-end, c'est un moment pour Steve et moi, tu comprends ? »

La lueur s'éteint aussi vite qu'elle brûlait dans les yeux de Loki, remplacée par une ombre qui tord son estomac.

Dans son dos, Tony entend Steve revenir lentement vers la maison, errant de toute évidence dans le jardin afin de lui laisser encore un petit peu de temps et, la mort dans l'âme, il s'affermit.

– « Certaines fois, tu as besoin de rester seul dans ta chambre, n'est-ce pas ? », poursuit-il avec précaution. « Je le comprends et je ne viens pas te voir parce que je sais que tu as besoin de ce moment pour toi. Eh bien c'est un peu pareil pour Steve et moi. Nous- »

Tony voit son petit garçon secouer vivement la tête tout en essuyant ses yeux humides du dos de sa main dans un geste rageur et fébrile.

– « Mais vous partez pendant deux nuits, ça n'a rien à voir ! », s'exclame Loki d'un ton désespéré en lui coupant brusquement la parole. « Deux nuits et trois jours ! On – On l'a fêté ensemble l'année dernière et c'était bien, non ? Pourquoi on ne peut pas faire la même chose cette fois ? Thor et moi on ira se coucher tôt et vous pourrez rester tous les deux ensembles après. Comme d'habitude. »

– « Oui, on ira se coucher juste après manger et vous serez ensemble. Comme d'habitude », répète Thor dans un écho.

Tony entend distraitement la voix du petit garçon commencer également à vaciller et ses yeux bleus s'emplir d'eau, gagné par la détresse de son presque-frère dont les larmes commencent à perler à ses longs cils noirs.

Le jeune homme ferme brièvement les yeux.

Comme d'habitude.

C'est bien le nœud gordien de toute cette histoire, provoquée par une simple question posée à Steve et dont la réponse provoque une si vive émotion chez Loki depuis des jours.

Tony en a pourtant longuement parlé avec lui et Thor afin de leur expliquer leur absence pendant ce week-end si spécial. Avec Steve, il pensait réellement les avoir rassurés et avoir un peu apaisé les angoisses de son petit garçon tout en éludant soigneusement tout ce qui faisait que ce moment était si particulier pour lui et le blond.

Comment aurait-il pu expliquer à son fils qu'il veut passer du temps avec son compagnon en amoureux ?

Qu'il en a tellement envie que cela est presque douloureux ?

Qu'il veut pouvoir lui donner un baiser indécent et humide sans avoir besoin de jeter de petits regards autour de lui pour savoir si Thor ou lui ne sont pas présent ?

Que pour une fois, il ne veut pas retenir ses gémissements, ses halètements et ses hoquets de plaisir quand, enlacés dans son lit, Steve incendie son corps de ses baisers et de ses coups de reins ?

Tony souhaite juste pouvoir aimer le blond avec ardeur et passion, sans devoir veiller à préserver l'innocence de son petit garçon et de Thor quand son envie constante pour Steve le fait vibrer de désirs insatiables et de l'envie de se noyer dans le corps musclé de son compagnon.

Il en a tellement envie que c'est presque douloureux mais pas autant que l'amertume qui tord son estomac devant les yeux emplis de larmes de Loki.

– « Je sais que vous seriez obéissants et gentils pour nous faire plaisir mais ce n'est pas possible mon cœur. Pas cette fois », souffle douloureusement Tony en voyant le petit corps se raidir un peu plus en face de lui. « C'est très attentionné de ta part d'y penser et je t'assure que je suis touché mais Steve et moi avons besoin de quelque chose d'un peu différent. »

– « Je – Je peux faire encore plus si ce n'est pas assez ! », reprend vivement Loki avec douleur. « Je suis sûr que Thor et moi pouvons encore trouver des choses pour vous donner envie de rester. S'il y a quelque chose dont tu as besoin tu peux me le dire papa, je ferai ce qu'il faut. N'importe quoi ! »

Tony ferme douloureusement les yeux.

Il a juste besoin de Steve.

Pendant tout un week-end.

Pendant toute une nuit.

Juste ça et Loki ne peut pas l'aider.

La seule manière dont il pourrait lui être agréable serait de ne pas être avec eux et de leur permettre d'être seuls, juste l'un avec l'autre. Pendant toute une nuit.

Le brun sent son aine le chatouiller légèrement, chaudement et il a honte. Tellement honte.

– « Papa… Papa, s'il te plaît… », murmure son petit garçon dans un souffle tremblant.

Le jeune homme relève brusquement la tête.

Il voit Loki dénouer une de ses mains de la rambarde de l'escalier pour la poser sur son avant-bras, ses doigts se crispant sur la manche de son pull.

C'est un appel, une supplique. Déchirante et horrible.

Elle est d'autant plus douloureuse que Loki est un enfant qui ne pleure jamais et qui toute sa vie a semblé ignorer le sens même du mot caprice. Pourtant, le petit garçon pleure réellement à présent, de grosses larmes brûlantes coulant de ses yeux d'escarboucle en salissant son petit visage pâle et fin.

Maladroitement pressé contre lui à cause de la rambarde, Thor l'attire dans une étreinte serrée et semble à son tour sur le point de fondre en larmes.

Et c'est à cause de lui.

De son amour et de ses désirs pour Steve, de ce qui le rend si heureux au quotidien en temps normal et lui donne juste l'impression à cet instant d'être la pire personne au monde.

Le pire père du monde.

Tony ne sait plus quoi dire, profondément désemparé par les pleurs de Loki et sa détresse qui froissent son petit visage pâle et il se mord douloureusement les joues.

– « Oh mon chéri… », murmure-t-il d'une voix étranglée tout en posant doucement ses doigts sur ceux de son fils pour les presser tendrement.

Le jeune homme frissonne soudain en sentant une main chaude et douce se poser dans sa nuque, caressant brièvement la peau fine et la racine de ses cheveux, juste dans ce petit creux où le brun est si sensible.

Le grand corps de Steve vient se coller doucement contre le sien et Tony sait que le blond est revenu pour le soutenir, probablement conscient de son demi-échec pour tenter d'apaiser la situation. Son compagnon amène avec lui dans les plis de ses vêtements la froideur de l'hiver que l'humidité imprègne légèrement mais le brun sait que sous les couches de tissus, la peau de Steve est brûlante, si douce sous ses lèvres et ses doigts. Malgré sa tristesse, il sent son aine avoir un léger sursaut.

C'est bien pour cela que les deux hommes partent en week-end et ils n'ont jamais été aussi proches du départ que maintenant.

Une main appuyée sur son genou, Tony se redresse lentement contre le blond, la main de Loki tentant désespérément de le retenir à sa hauteur avant qu'il ne doive relâcher sa prise dans un petit gémissement de douleur.

– « Tony, nous devons y aller si nous souhaitons arriver avant la nuit », dit doucement Steve à son oreille. « Il faut dire au revoir à présent. »

Son souffle vient effleurer la peau fine et sensible juste derrière son oreille et le brun inspire brièvement.

Le jeune homme a juste envie de se retourner pour agripper le blond au col et le coller au mur pour lui offrir le baiser le plus brûlant de leur histoire. De glisser ses mains sous ses vêtements frais pour le toucher, pour se noyer dans sa chaleur avant de leur offrir une étreinte épique et parfaitement dévergondée dans le vestibule de sa maison, juste contre un mur comme deux étudiants.

Mais Loki et Thor les regardent de leurs grands yeux mouillés de larmes, enlacés l'un à l'autre dans l'escalier comme pour tenter d'absorber leurs peines respectives et mieux la partager.

Alors Tony ne fait rien et il cadenasse soigneusement son désir dans son cœur et son corps. Une nouvelle fois.

Malgré la honte qui vient lacérer de ses griffes tranchantes sa poitrine et son ventre, c'est exactement la raison pour laquelle les deux hommes partent ensemble en week-end, à trois cent soixante-dix kilomètres de Philadelphie. À trois cent soixante-dix kilomètres de leurs enfants.

Comme si Steve avait lu dans son esprit, le blond fait glisser sa main de sa nuque jusqu'à ses reins, effleurant sa colonne vertébrale en une caresse douce avant de se poser dans le bas de son dos. Tony se mord les joues de plaisir avant qu'un nouveau hoquet douloureux de Loki ne vienne presque lui couper la respiration.

– « Mon ange », dit-il d'une voix désagréablement étranglée. « Mon ange, s'il te plaît. Peter va rester avec vous pour le week-end et je sais que vous allez beaucoup vous amuser. Vous allez faire des tas d'expériences dégoûtantes dans la cuisine, regarder des films, jouer à des jeux vidéo et grignoter des cochonneries que je ferai semblant de ne pas avoir vu. »

Un léger bruit lui parvient depuis la cuisine sur sa droite et dans un bruit de casseroles un peu malmenées, Tony voit soudain apparaître la silhouette dégingandée de leur baby-sitter.

Engoncé dans son sweat un peu trop grand de l'université de Pennsylvanie qui lui donne l'allure d'un enfant trop vite grandi, Peter lui adresse un petit sourire un peu contrit avant de désigner la pièce derrière lui dans un petit geste de la main.

– « Je n'ai pas amené tant de saletés que ça M'sieur Stark », lui répond-il dans une petite moue. « Un petit peu, juste pour le dessert et les goûters. Je me suis abonné à un compte Instagram de passionnés de nourriture saine pour pouvoir leur préparer des trucs sympas. J'vous assure ! »

Tony lui répond d'une petite grimace tandis que Steve pouffe doucement dans son dos.

– « Mais tu as quand même trouvé des Oreo au beurre de cacahuète ? », lui demande discrètement Thor tout en sortant son visage du cou de Loki. « Lo' adore ça, il sera content. »

– « J'en ai acheté trois paquets », lui répond Peter dans un chuchotement identique tout en haussant un sourcil, faisant glousser le petit garçon.

Jetant un regard noir à Thor, Loki se dégage brusquement de l'étreinte affectueuse de ses bras avant d'essuyer ses joues humides.

– « Je ne serai pas heureux avec des stupides gâteaux Thor ! », lui répond-il d'un ton cinglant et lourd de sanglots. « Je – Je veux que papa reste ici ! Avec moi ! »

La réponse du petit brun jette un froid dans la pièce et Tony enfonce légèrement sa tête entre ses épaules, en proie à la plus terrible des tortures.

Que dire ou faire pour réconforter son précieux petit garçon quand la seule chose qui souhaite entendre est impossible ?

Le brun passe une main tremblante dans sa nuque tout en s'appuyant un peu plus contre la main de Steve qui n'a pas quitté ses reins.

Solide et chaude. Parfaite pour le soutenir et le rassurer.

Peter reste un peu timidement dans l'embrasure de la cuisine, légèrement en retrait comme pour ne pas s'imposer dans cette situation familiale à laquelle il n'appartient pas mais suffisamment proche pour tenter de rassurer Thor et Loki d'un sourire malicieux, promesse de folles parties de rires et de jeux pendant le week-end. L'étudiant est devenu leur grand ami depuis qu'il s'occupe d'eux chaque vendredi en fin d'après-midi, joyeusement accepté par le petit garçon qui avait pourtant assuré à son père d'un air un peu orgueilleux qu'il pouvait parfaitement veiller sur eux.

Tony remarque que l'étudiant est en train de loucher d'un air un peu ridicule qui, s'il laisse Loki de marbre, fait doucement glousser Thor qui chuchote quelques mots à l'oreille de son presque-frère. Son petit garçon reste raide mais le brun ne manque pas la manière dont il s'est replacé contre le blond, acceptant sa nouvelle étreinte après l'avoir rejeté si vivement un peu plus tôt.

Le jeune homme voit Peter lui adresser un petit sourire depuis la cuisine, confiant et tranquille, et il se sent un peu honteux de chercher ainsi du réconfort dans le regard vif et intelligent de l'étudiant. Il a besoin que celui-ci lui dise que tout ira bien et qu'il peut partir sans avoir l'impression de porter le poids du monde sur ses épaules parce qu'il pense être le pire père de l'univers.

– « Ça ira M'sieur Stark », lui dit Peter tout en faisant un petit pas dans leur direction pour rejoindre leur tableau familial un peu douloureux. « J'ai amené l'intégrale des Souvenirs de Gravity Falls et j'ai même trouvé ce film français un peu étrange que Loki voulait à tout prix voir. Ça va être génial ! »

Tony lui adresse un petit sourire un peu tordu en voyant le jeune homme gagner le groupe étroit formé par les deux petits garçons pour poser une main sur l'épaule de Loki et la presser brièvement. Le brun se raidit mais alors que Thor roule sa tête dans son cou d'un air câlin, il se détend lentement et jette un regard en coin à l'étudiant qui lui sourit.

– « Tu as vraiment trouvé une copie du Roi et l'Oiseau ? », lui demande-t-il d'un air suspicieux. « Stev – On a essayé pendant des semaines… »

Le brun sent sa gorge se nouer douloureusement.

Loki a menti.

Délibérément et peut-être pour la première fois.

Presque un peu cruellement, il s'est retenu de prononcer le nom de Steve pour utiliser un pronom plus vague.

La seule personne à avoir cherché ce vieux film d'animation français est son compagnon après l'avoir fait découvrir au petit garçon en partageant avec lui des souvenirs d'enfance. Pour lui faire plaisir, le blond avait arpenté les sites de téléchargement et de ventes d'occasion pendant des jours et Tony l'avait arrêté de justesse un soir alors qu'il s'apprêtait à dépenser une fortune pour un Dvd proposé à un prix exorbitant par un particulier installé en Belgique.

Assis l'un contre l'autre dans le canapé du salon, Steve avait répondu aux questions de Loki avec patience et tendresse, Thor les écoutant d'un air un peu envieux tandis qu'il peinait sur son cahier d'exercices. Tandis que Tony l'aidait gentiment, il avait fini par se laisser distraire à son tour par la belle voix grave et légèrement rauque du blond qui racontait à son petit garçon l'histoire d'amour d'un roi tyrannique pour une petite bergère peinte qui finissait par s'animer et par sortir de son cadre.

L'esprit incroyablement vif et romanesque de Loki avait été particulièrement stimulé par le récit du jeune homme, lui faisant demander immanquablement à chaque nouvelle rencontre si Steve avait réussi à trouver le film d'animation pour qu'ils puissent le regarder ensemble.

Tous ensemble.

Loki sait combien le blond a fourni d'efforts pour lui faire plaisir et le nier de la sorte en refusant de prononcer son prénom lui fait froncer les sourcils de peine tandis que son petit garçon enfonce légèrement la tête entre ses épaules, les larmes coulant à nouveau sur ses joues en voyant sa déception.

– « J'ai cherché et j'ai trouvé mais j'avoue que ça a été difficile », lui répond Peter avec un sourire satisfait. « Quelle idée de vouloir regarder un film aussi vieux… Il est en français sous-titré en anglais. »

– « Quoi ? Il va falloir lire pendant qu'on regarde la télé ? », couine légèrement Thor tout en pâlissant légèrement avant de chercher le regard de son presque-frère. « Lo', tu pourras me raconter l'histoire ? »

Tony rit doucement devant l'air horrifié du petit garçon et il sent le nœud dans sa poitrine se desserrer imperceptiblement quand il voit Loki opiner doucement. Le brun s'appuie un peu plus contre Steve qui enroule son bras autour de sa taille pour l'inviter à s'installer plus confortablement contre lui, effleurant sa tempe de son nez. Il soupire doucement de contentement, attirant l'attention de son fils sur eux et il voit immédiatement le petit visage de Loki se crisper à nouveau et ses yeux se brouiller un peu plus d'humidité.

– « Je suis sûr que ce sera vraiment une très bonne soirée », reprend Peter avec enthousiasme tout en secouant légèrement l'épaule du petit garçon dans un geste amical. « Vous pouvez partir tranquille, nous avons largement de quoi nous amuser et faire passer le temps si vite que nous serons les premiers surpris de vous revoir dimanche. »

– « C'est pas vrai… », grogne Loki d'un air sombre. « Ça va être interminable. »

Le petit garçon semble fusiller la main de Steve posée sur sa hanche, les sourcils froncés et ses yeux verts réduits à deux fentes dangereuses et brûlantes.

Le regard ombrageux que pose Loki sur le jeune homme est vraiment douloureux, il sonne comme une fêlure, comme une rupture dans son bonheur. Les prunelles de son fils brillent de rancœur et de quelque chose de sombre que Tony n'a jamais vu dans les yeux de son petit garçon, un maelstrom de sentiments laids qui tord son estomac d'appréhension.

Glacé, le jeune homme s'avance vers lui, regrettant immédiatement la perte du contact rassurant et chaud de la paume de Steve sur sa hanche.

– « Je t'en prie Loki, essaie de comprendre », souffle-t-il d'une voix rauque et défaite tout en tendant une main devant lui pour caresser ses cheveux. « Tu sais que je t'aime et que – »

Le petit garçon bondit soudain en arrière pour échapper à la caresse, figeant son geste dans le vide d'un air interdit. Sans un regard, Loki passe devant lui pour s'élancer dans l'escalier et il grimpe les premières marches, toute sa petite personne douloureusement crispée.

– « Loki, s'il te plaît… », murmure Tony avec douleur.

Les poings serrés, son fils se retourne vers lui, ses prunelles brillantes de larmes et les traits de son visage complètement bouleversés.

– « Moi, je n'aime que toi ! Tu m'aimes oui, mais moins que Steve ! », s'exclame-t-il brusquement.

Sa voix résonne dans l'entrée silencieuse et, la gorge serrée jusqu'à la nausée, Tony voit son petit garçon écarquiller soudain les yeux, comme stupéfait par ses propres paroles avant qu'il n'éclate en sanglots bruyants tout en s'enfuyant dans l'escalier.

Poursuivi par le bruit de ses pleurs et de ses hoquets qui enfoncent des épines empoisonnées dans le ventre du brun, la porte de la chambre de Loki claque brusquement avant qu'un silence terrible n'envahisse la maison.

D'un air presque absent, le jeune homme baisse les yeux sur Thor qui a observé toute la scène avec stupéfaction, emmêlant ses doigts sur ses genoux tandis qu'il regarde tour à tour les deux hommes et le haut de l'escalier. Le petit garçon semble être en proie à un terrible dilemme, hésitant à rejoindre son presque-frère dont les sanglots semblent peupler encore l'escalier ou à rester avec eux pour leur dire au revoir.

Son hésitation semble être une torture et Tony lui adresse un petit sourire un peu tordu.

– « Je – Je peux te confier Loki ? », lui demande-t-il, la gorge serrée. « Tu prendras bien soin de lui comme tu sais si bien le faire, n'est-ce pas ? »

Le petit garçon le regarde avec attention avant de hocher vivement la tête et de bondir sur ses pieds, sautant déjà deux marches en direction de la chambre de Loki avant de se figer.

Les mains tremblantes, Tony le voit soudain se retourner dans leur direction et les rejoindre en bas des escaliers dans un bond un peu hasardeux pour se jeter dans ses jambes. Thor frotte son petit visage dans le tissu de son pantalon tout en hochant vivement la tête, ébouriffant adorablement ses cheveux sous l'effet de l'électricité statique. Steve tente de discipliner tendrement les épis un peu fous sur son crâne et Thor sort brusquement de son giron pour grimper habilement dans les bras musclés de son père, roulant son visage dans son cou tandis que le blond lui pince taquinement les côtes et le fait se tortiller contre lui.

La scène est banale.

Tony l'a vu tant de fois ces derniers mois qu'il peut décrire les yeux fermés le sourire de son compagnon, la manière dont les muscles de ses bras se contractent et le rire joyeux du petit garçon.

C'est normal et familier.

Comme si Loki ne venait pas de leur lancer le pire des regards accusateurs et de les fuir, son petit visage barbouillé de larmes tout en refusant de les embrasser pour leur souhaiter un bon week-end.

Tony a froid et il soupire doucement de contentement en sentant Steve l'attirer à nouveau à lui d'une main posée sur sa hanche. Le brun se laisse docilement faire, rejoignant l'étreinte serrée de leur petit groupe en posant sa tête contre l'épaule du jeune homme.

– « On vous aime tous les deux tu sais », dit doucement Steve tout en cherchant le regard de Thor. « Merci pour tout mon grand. »

Le blond opine rapidement avant de gigoter dans ses bras, lui indiquant l'ordre silencieux de le reposer. Le petit garçon tire sur le bas de son pull avant de leur sourire un peu timidement.

– « Je sais oui. Et Lo' aussi le sait », lui répond Thor tout en les regardant. « C'est juste que – Rentrez vite d'accord ? Amusez-vous mais rentrez vite. »

Le petit garçon leur adresse un petit salut un peu maladroit avant de se précipiter dans l'escalier. La cavalcade de ses pas résonne bruyamment dans la maison et Tony sourit doucement en l'entendant gratter à la porte de Loki. Après un court silence, le déclic discret lui indique que son fils vient d'ouvrir à son frère de cœur avant de refermer derrière eux.

Le brun se sent vaguement rassurer. Son petit garçon n'est plus seul et il sait que le blond saura trouver les mots pour apaiser ses pleurs et sa douleur.

– « Seigneur… », murmure-t-il tout en passant une main tremblante dans sa nuque.

Il s'appuie lourdement sur Steve en sentant le blond enrouler plus étroitement son bras autour de lui, sa main à demi passée sous l'ourlet de son pull pour se poser sur sa peau nue.

– « Est-ce que nous y allons Tony ? », lui demande doucement le jeune homme.

Le brun opine lentement. Il est reconnaissant à son compagnon de lui poser cette question et d'impulser leur départ car Tony n'est pas certain de pouvoir y parvenir, pétrifié en bas des marches qui mène au premier étage.

Le jeune homme opine lentement et il soupire doucement en sentant Steve embrasser tendrement sa tempe en réponse.

– « Bien… », murmure-t-il contre lui avant de relever les yeux. « Peter ? Je suis sûr que tu l'as déjà remarqué mais les numéros d'urgence sont sur la porte du frigo. Il y a la ligne directe de notre chambre à l'hôtel. N'hésite pas à nous appeler s'il y a quoi que ce soit d'accord ? J'insiste. Ithaca n'est pas très loin et nous pourrions être de retour en trois heures », précise le blond avec insistance.

Tony vient se lover un peu plus contre lui.

Steve a bien entendu parfaitement lu entre les lignes.

S'ils partent en amoureux pour le week-end, leurs petits garçons restent leur priorité et ils n'hésiteront pas à plier immédiatement bagage pour revenir pour eux. Les deux hommes veulent juste se donner une chance.

En face d'eux, Peter fronce légèrement les sourcils tout en tirant machinalement sur une des manches trop longues de son sweat.

– « D'accord M'sieur Rogers mais je ne pense pas que ce soit possible. Ithaca est presque à quatre cents kilomètres de Philadelphie et en prenant en compte le fait qu'il n'y a pas d'autoroute à proximité et que la vitesse est limitée à cent cinq kilomètres heure sur la majeure partie de la route, vous mettriez au moins quatre heures pour rentrer », fait-il remarquer tout en se grattant la nuque d'un ongle.

– « Ne me mets pas au défi Peter », lui répond Steve tout en haussant un sourcil vaguement arrogant. « Passez un bon week-end et donne-nous des nouvelles si tu y penses. »

– « Bien sûr M'sieur Rogers ! Bon week-end aussi et soyez prudent sur la route. »

Tony glousse d'un ton un peu étranglé et suit docilement l'impulsion que donne Steve en appuyant sa main sur sa hanche pour les entraîner vers la porte, Peter sur leurs talons.

En bas des marches du perron, le brun jette un regard derrière lui, espérant voir la silhouette fine de Loki derrière le corps dégingandé de l'étudiant mais seul celui-ci lui sourit d'un air avenant depuis le vestibule, désespérément désert.

– « Tout ira bien M'sieur Stark », le rassure une nouvelle fois Peter tout en s'appuyant contre le chambranle de la porte. « Loki est un petit garçon très sensible mais rien dont Thor ne parvienne à venir à bout. J'ai aussi une expérience scientifique très intéressante à lui proposer avec du bicarbonate de sodium et du vinaigre. »

– « Pas dans la cuisine Peter », s'empresse de lui indiquer Steve tout en se tournant vers lui. « La dernière fois, Tony a mis plusieurs jours à rattraper le carrelage et les joints de la crédence quand vous vous êtes amusés à fabriquer du slime. »

– « … Dans la salle de bain alors ? », tente le châtain dans une petite moue. « Ça va aussi être un peu salissant vous savez… »

Tony pouffe doucement avant d'acquiescer. Peu importe s'il doit s'atteler au nettoyage de la pièce entièrement carrelée à son retour si cela a fait plaisir à son petit garçon et le rend heureux.

– « Super ! », rit doucement l'étudiant. « Quand vous rentrerez, Loki viendra se jeter dans vos jambes en regrettant de ne pas vous avoir dit au revoir correctement. Profitez-en bien, je suis sûr qu'Ithaca doit être très beau à cette période de l'année. »

Peter leur adresse un petit salut de la main depuis le perron et Tony s'installe dans la voiture de Steve après avoir déposé son manteau sur la banquette arrière. Tandis qu'il lisse son pantalon sur ses cuisses dans un geste un peu nerveux, Steve s'assoit à son tour sur le siège conducteur avant de lui adresser un sourire doux et tendre.

– « Tu es prêt ? », lui demande-t-il tout en mettant le contact.

– « Allons-y. »

Le brun attache sa ceinture tandis que son compagnon éloigne souplement sa berline du trottoir.

Les mains nouées sur ses genoux, Tony ne cesse de jeter de petits regards dans son rétroviseur vers sa maison avant de se tourner plus franchement pour l'observer à travers la plage arrière.

Les sourcils légèrement froncés, il espère.

Il espère jusqu'au dernier moment, jusqu'à ce que les contours de sa demeure deviennent un peu flous et se confondent avec les silhouettes des habitations alentours.

Il espère voir Loki à la fenêtre sa chambre, guettant leur départ et la progression de leur voiture sur Knorr Street, peut-être un peu taraudé à l'idée de ne pas leur avoir dit au revoir et espérant déjà assister à leur retour dans deux nuits.

Mais le bow-window du premier étage donnant sur la rue reste vide, peuplée d'ombres et de tout sauf de la silhouette fine de son petit garçon.

La gorge serrée, il voit finalement la maison disparaître tandis que Steve tourne sur Roosevelt Boulevard, la voiture s'arrêtant un peu plus loin à un feu rouge. Ils sont à trois cent soixante-dix kilomètres de leur week-end enchanteur, de leur suite avec salle de bain donnant sur les Finger Lakes. De leur grand lit king size. Mais son cœur reste derrière eux, dans l'entrée de sa maison et le visage levé vers le palier.

Steve est juste à côté de lui mais le brun cherche un fantôme.

Il perçoit à peine l'arrêt lent de la berline tandis que le blond s'arrête à nouveau un feu rouge, son regard se perdant par la fenêtre et ses doigts un peu plus noués sur ses genoux.

– « Nous pouvons encore faire demi-tour tu sais. »

Tony tourne si brusquement la tête vers Steve qu'il sent sa nuque craquer, le faisant grimacer d'inconfort.

Le blond regarde droit devant lui, une main sur le volant tandis qu'il appuie son coude contre le montant de la portière dans un geste nonchalant. Son profil pur se détache sur la fenêtre tandis qu'un pâle rayon de soleil vient en souligner la ligne parfaite et l'ourlet de ses lèvres pleines.

Il y a une quantité infinie de choses que Tony aime chez son compagnon et le voir au volant est sans conteste une de celles qui le rendent toujours étrangement chaud et malléable.

– « Quoi ? », croasse-t-il d'une voix étranglée.

Steve pouffe doucement avant de le regarder, un petit sourire aux lèvres.

– « Je te disais que nous pouvions faire demi-tour et rentrer chez toi », répète-t-il gentiment. « Rien ne nous oblige à partir tu sais. Pas si tu te rends malade à l'idée de laisser Loki en dehors de votre tradition familiale de Saint-Valentin. Je n'aime pas te voir aussi malheureux.

– « Je – Je ne suis pas malheureux… »

Tony se mordille les joues tout en baissant les yeux sur ses genoux.

Bien sûr qu'il l'est, et même plus encore que cela.

Le terme est un euphémisme un peu désagréable tandis qu'il a l'impression d'avoir le cœur à moitié brisé par la réaction de Loki.

– « Non, tu as raison. Tu es très malheureux », reprend doucement Steve. « Nous pouvons rentrer et passer ce week-end tous ensemble. Tu sais que j'ai au moins autant envie que lui de voir Le Roi et l'Oiseau même si je suis un peu vexé que Peter ait réussi à le trouver avant moi. Dieu seul sait sur quel site illégal de téléchargement il a bien pu aller… »

Le brun pouffe d'une manière un peu étranglée avant de se tourner complètement vers lui. Il tend rapidement la main pour presser tendrement celle de Steve, nonchalamment posée sur sa cuisse.

– « J'aurais préféré que Loki réagisse autrement mais je ne veux pas revenir sur ce que nous avons prévu », lui dit-il vivement. « Seigneur Steve, je veux ce week-end avec toi. J'en rêve depuis des semaines, j'en ai vraiment envie. »

Tony sent ses joues chauffer doucement tandis que le blond retourne sa main pour lui offrir sa paume et enlacer ses doigts tout en lui jetant un regard brûlant qui aiguillonne quelque chose dans ses reins. Sa gorge se serre en voyant Steve porter doucement leurs mains nouées à ses lèvres afin d'embrasser tendrement ses jointures, son souffle chaud effleurant sa peau sensible qui vibre presque sous la caresse de sa bouche.

– « Je suis heureux que tu ne changes pas d'avis », avoue doucement le jeune homme tout en lui jetant un regard sous ses longs cils clairs. « J'attends aussi ce week-end avec une impatience que tu ne peux pas imaginer. »

Le brun déglutit légèrement.

Ses prunelles céruléennes plantées dans les siennes, Steve fait glisser sa bouche chaude et douce de ses doigts jusqu'à la peau fine et sensible de son poignet, laissant une trace légèrement humide. Tony a l'impression de sentir un uppercut le frapper en plein estomac alors que le blond relâche enfin sa main pour relancer la berline dans la circulation, le feu venant de passer au vert.

Il referme ses cuisses l'une contre l'autre tout en gigotant légèrement sur place.

Le jeune homme a une vague idée de la chose qui agite le grand corps musclé de Steve ces derniers jours car elle est identique à la sienne.

C'est la morsure du désir qui fait picoter ses reins et bourdonner son aine, une envie d'abandon complet dans la sensualité qui le rend chaud et un peu honteux des réactions de son propre corps. Lui aussi a l'impression que leurs baisers, leurs caresses, leurs regards des semaines passées résonnent comme les promesses d'une jouissance à venir, sans barrière ni retenue contre la peau moite de l'autre.

Juste du plaisir, absolu et délicieux qui les ferait se perdre entièrement l'un dans l'autre.

Tony referme un peu plus ses cuisses l'une contre l'autre. Il le désire tellement.

– « … J'en ai une vague idée », murmure-t-il avant de déglutir légèrement.

– « Bien. Cela m'évitera de te murmurer encore trop de choses à l'oreille comme nous le faisons d'habitude dans ce cas », lui répond Steve avec une nonchalance étudiée qui le fait légèrement hoqueter. « Est-ce que je peux considérer que tu es tout à moi pour les trois jours à venir Tony ? »

La question de Steve résonne presque lourdement dans l'atmosphère douce de l'habitacle, agréablement tiédie par le chauffage et bercée par un air de jazz jouant doucement à la radio.

Tony crispe ses doigts sur le tissu de son pantalon.

– « B – Bien sûr… », répond-il dans un souffle avant de rire doucement. « C'est un peu de temps que nous nous octroyons alors autant le rendre inoubliable, pas vrai ? »

– « Tu lis dans mes pensées Tony. Je sais que ça va être… vraiment bien. »

C'est plus un ronronnement que des paroles et le brun soutient bravement son regard avant que les deux hommes ne rient en cœur.

Le brun se cale plus confortablement contre le dossier de son siège, un petit soupir de contentement aux lèvres. Pour la première fois, il sent l'étreinte de l'étau qui serre sa poitrine se relâcher grâce à Steve qui le rend tellement heureux depuis un an.

Tony remarque qu'ils sont lancés sur la route 13 et quittent la banlieue de Philadelphie en direction du nord-est.

Tandis qu'ils longent les bois du Wissahickon Valley Park, le brun, un coude appuyé sur la portière, sourit d'un air un peu languide. Il se demande vaguement s'il serait réellement déplacé de commencer leur week-end en s'étreignant sur la banquette arrière de la voiture, cette dernière abandonnée sur le bas-côté d'une route forestière tandis que l'habitacle serait envahi d'un grand désordre de vêtements et de halètements délicieux.

Tony gigote légèrement sur son siège et rougit doucement en croisant le regard brillant et malicieux de Steve qui vient de quitter brièvement la route des yeux.

– « Si tu commences à partir loin de moi, essaye au moins de partager tes pensées », lui souffle le blond d'un ton taquin avant de regarder à nouveau la route. « Et ne me dis pas que tu n'as rien en tête, je lis en toi comme dans un livre ouvert. »

– « Je ne pense à rien de spécial », lui répond le brun tout en haussant les épaules. « Juste que je suis incroyablement heureux à cet instant précis. »

Steve lui sourit tendrement avant d'opiner.

– « … Je suis vraiment content que tu m'aies posé cette question tu sais », reprend le jeune homme après un court silence tout en reprenant sa main dans la sienne.

Le blond est contraint de ralentir légèrement l'allure tandis qu'un embouteillage se profile devant eux et Steve arrête souplement la berline dans un imperceptible mouvement. Tony en profite pour se décaler légèrement sur son siège pour se rapprocher de lui, respirant son parfum dans son cou tout en frottant son nez contre sa peau.

– « Moi aussi Steve. »

Guettant la circulation d'un regard, le jeune homme lui sourit et se penche sur lui pour déposer tendrement ses lèvres sur les siennes. Tony accueille le contact avec bonheur, expirant un petit souffle et Steve en profite pour caresser la commissure de sa bouche de sa langue avant de rejoindre la sienne.

Le brun frissonne de plaisir.

Il se presse un peu plus contre Steve, son aine ronronnant doucement dans son pantalon. Derrière ses paupières closes, l'émeraude troublée des yeux de Loki s'efface lentement, la pourpre de ses joues barbouillées de larmes s'atténue et le jeune homme se sent un peu moins coupable.

– « Tony… », soupire Steve contre lui avant de crisper presque douloureusement ses doigts sur les siens.

Le jeune homme sourit doucement en réalisant que le blond a distraitement remonté leurs mains un peu plus haut sur sa cuisse, plus près de son entrejambe et Tony les serre presque douloureusement entre eux. Le brun incline légèrement la tête pour offrir sa bouche à Steve avec volupté, bercé par la chaleur de son corps qu'il sent irradier contre sa poitrine.

Il a le droit.

Il est autant un père qu'il est un homme et grâce au blond, Tony s'est réconcilié avec cette partie de lui.

Il a le droit d'être un peu égoïste, de partir seul avec son petit-ami après avoir confié son petit garçon à une personne de confiance, responsable et mâture.

Il a le droit de renouer pleinement avec son corps, avec ses besoins et ses désirs en compagnie d'un homme qui le rend heureux.

Il a le droit de prendre du temps pour lui. Pour eux.

Le brun a jalousement veillé sur le bonheur de Loki après sa séparation, il a jalousement préservé leur bulle et organisé sa vie autour de celle de son petit garçon qui le lui rend avec bonheur.

Pendant les deux dernières années, il n'a été égoïste que deux autres fois.

La première est celle qui l'a fait guetter Steve devant la Laura Carnell H. School en espérant pouvoir adresser la parole à cet homme si beau et ils sont devenus amis.

La seconde fois a probablement été la plus déterminante de toutes pour eux.

Ils sont devenus amants après que Tony lui ait fait comprendre avec maladresse qu'il voulait pouvoir le saluer d'un baiser brûlant et humide quand leurs deux familles se retrouvaient plutôt que d'une poignée de mains.

La troisième fois qu'il a été égoïste, c'était il y a six semaines dans son salon et c'est ce qui a déclenché le drame domestique qui venait de se jouer dans sa maison.

Mais Tony est en train de l'oublier lentement tandis que Steve conduit vers Ithaca, leurs mains toujours nouées sur la cuisse du blond dont le jeune homme sent la fermeté et la puissance sous la toile de son jean.

o0O0o

Six semaines plus tôt, Knorr Street, 22h45

Dans un petit soupir de bien-être, Tony s'étire langoureusement sur le canapé tout en jetant un vague regard autour de lui.

Le salon est agréablement baigné par le délicat clignotement des guirlandes qui s'enroulent autour du grand sapin installé dans un angle de la pièce, juste à côté du bow-window et de ses confortables coussins. Le brun observe distraitement sa décoration un peu baroque à laquelle Thor et Loki ont participé avec enthousiasme parfaitement visible dans la moindre de ses branches à présent un peu sèches. L'assemblage des formes et des couleurs est légèrement disparate dans la partie droite dont s'est occupé avec un soin tout particulier le petit garçon de Steve tandis que son fils décorait le côté opposé avec soin et méthode, jugeant de son effet général à intervalle régulier. Loki continue de hausser un sourcil narquois et de faire une petite moue désapprobatrice quand il prend exceptionnellement son petit déjeuner dans le canapé depuis le début des vacances de fin d'année. Le petit brun n'en touche pourtant pas une branche ou une boule afin d'en modifier l'ordonnancement. Tony apprécie quant à lui l'impression un peu étrange qu'offre le sapin dès qu'il pose les yeux dessus, semblable à celui d'une explosion de couleurs et de textures.

Il aime l'arbre qui trône dans le grand salon de leur maison sur Knorr Street parce que dans son joyeux désordre, il ressemble à sa vie depuis que Steve et Thor y sont entrés, nouant entre leurs deux familles des liens de plus en plus étroits et doux.

Tony fronce légèrement les sourcils, sa poitrine se serrant d'une pointe de nostalgie à l'idée qu'ils devront le défaire le lendemain dans la journée. L'arbre perd tellement ses épines que Loki grogne d'en trouver jusqu'au fond de ses draps, ces dernières ramenées par les pieds nus de Thor qui vient se glisser à ses côtés depuis qu'il dort presque quotidiennement chez eux pour les vacances scolaires.

La musique qui s'échappe des enceintes de la télévision attire son attention et le brun tourne la tête tout en ramenant ses genoux contre lui avec satisfaction.

À l'écran, il voit Tom Hanks s'acharner à pêcher la crevette sur son bateau dans Forrest Gump et, un petit sourire aux lèvres, il murmure inconsciemment les paroles du dialogue échangé entre le héros et le lieutenant Dan.

Il est au moment crucial de la première prise importante du navire-crevettier après l'ouragan Carmen quand un petit rire sur sa gauche le tire de sa contemplation attentive du film au six Oscars. Tout en se mordillant les lèvres, le jeune homme tourne lentement la tête et croise le regard malicieux de Steve qui vient de lever les yeux de son magasine.

– « Quoi ? », lui demande-t-il d'un ton gêné tout en haussant un sourcil.

– « Rien. » Le blond lui sourit tendrement avant de reporter son attention sur sa page de mots croisés. « Je trouve toujours assez adorable de te voir faire ça. »

– « Faire quoi ? », reprend Tony d'un air un peu incertain tout en gigotant légèrement sur le canapé. « Regarder la télévision ? »

Steve hausse les épaules tout en mordillant distraitement le bout de son crayon.

– « Entre autres oui », lui répond le jeune homme tout en griffonnant quelques lettres. « Te voir réciter les dialogues des films que tu préfères est sans conteste une des choses que je trouve la plus craquante chez toi. Tu as remarqué que Loki fait la même chose quand il regarde Les Souvenirs de Gravity Falls et qu'il marmonne ses théories ? Thor commence à faire la même chose quand il regarde la télévision. »

– « C'est vrai ? », lui demande Tony, un petit sourire amusé aux lèvres. « Je n'avais pas remarqué. »

– « Et il ne s'agit seulement de chanter les chansons de Phinéas et Ferb ou le générique de Transformers », renchérit Steve tout en inscrivant une nouvelle lettre dans sa grille. « Je pense qu'il admire énormément la mémoire de Loki et qu'il aimerait bien pouvoir faire la même chose que lui. Il le trouve teeelllement intelligent. »

Tony fronce légèrement les sourcils à son ton taquin et il tend brusquement une jambe afin de heurter sa cuisse dans un geste vengeur tout en coulant un regard noir dans sa direction. Le corps solide de Steve vacille à peine sous son coup et le brun se détourne ostensiblement en direction de la télé d'un air boudeur tandis que son compagnon ricane à ses côtés.

– « Tu as raison, retourne à ton visionnage. Je ne voudrais pas que tu sois perdu dans l'histoire parce que tu faisais attention à moi », le taquine le jeune homme.

Le brun appuie du bout de ses orteils sur sa cuisse dans un geste un peu plus fort avant d'étendre ses deux jambes sur Steve et de se caler plus confortablement dans le canapé, son dos appuyé contre l'accoudoir.

– « Tu sais que c'est impossible, je connais ce film par cœur », lui rétorque distraitement Tony tout en recommençant à murmurer les paroles prononcées par Forrest Grump à la mère de son malheureux camarade Bubba.

Le jeune homme glousse doucement contre lui et, les sourcils froncés sur ses mots croisés, pose distraitement une main sur les pieds de Tony afin de les caler d'une manière plus agréable sur ses cuisses.

– « Tu enfonces tes talons dans mes cuisses », lui fait-il remarquer tout en faisant une petite grimace d'inconfort. « Et je ne peux pas l'ignorer. Depuis que nous sommes ensemble, tu dois le regarder une fois par mois. Je trouve tes fixations assez adorables tu sais. »

Le brun rougit doucement au ton empli de tendresse et il gigote légèrement sur le canapé avant de se figer en sentant le blond poser brièvement une main sur ses pieds pour le faire cesser.

Il frissonne légèrement quand Steve caresse inconsciemment ses épaisses chaussettes du bout des doigts en un geste apaisant et tendre.

Pour la première fois, Tony oublie complètement les débuts d'homme d'affaires de Forrest Gump dans la pêche à la crevette à Bayou La Batre en Alabama. Il s'avachit un peu plus contre l'accoudoir du canapé, inclinant la tête en arrière de plaisir tout en observant vaguement l'écran entre ses paupières mi-closes.

Le jeune homme soupire doucement de plaisir en sentant Steve poursuivre distraitement ses caresses sur sa peau, juste sous la lisière de ses chaussettes.

Tony le sait.

Il sait que le blond ne fait que sourire avec tendresse à ses étranges manies, sans jamais en ricaner ou se moquer. Il sait aussi que son visionnage mensuel des aventures de Forrest Gump dans l'Amérique des années 1970 rythme quelque chose dans sa vie, quelque chose de délicieux.

Ce n'est pas réellement comme si le brun comptait le moindre jour qui s'écoule dans son parfait bonheur mais il sait que Steve et lui sont en couple et entendre le jeune homme le dire emplit toujours autant sa poitrine de chaleur, même un an après leur premier baiser.

Leur premier vrai baiser, humide, sensuel et délicieux qui avait fait manquer un battement à son cœur tandis que le sang pulsait à ses tempes.

Ce n'est pas comme s'il comptait méthodiquement les jours, les semaines et les mois écoulés depuis ce moment passé dans sa cuisine, cet instant volé entre le plan de travail et un cake à l'orange.

Le brun s'y abandonne juste un peu parfois quand il contemple le profil de Steve tandis que le jeune homme dort dans son lit pour y être resté pour la nuit, juste avant que le trottinement des petits pieds de Loki et de Thor ne l'invite à se lever.

Il y songe un peu distraitement quand il observe le blond aider pour les devoirs avant qu'ils ne dînent tous ensemble dans la grande salle à manger au mobilier en bois.

Deux semaines. Un mois. Quatre mois et une semaine. Six mois. Un an.

Toujours le temps s'est écoulé, lent et tranquille, ponctuant leurs vies respectives avant qu'elles ne se confondent de plus en plus fréquemment.

Alors si, Tony y réfléchit parce que cela rend les choses plus réelles, plus vraies. Même s'il se réveille le matin aux côtés de Steve après avoir fait l'amour en étouffant leurs gémissements et leurs jouissances bouche contre bouche pour ne pas réveiller leurs petits garçons.

Le brun se nourrit les confessions tendres du jeune homme, de ses baisers qui murmurent qu'il l'aime et de ses mains qui le caressent et disent qu'il le désire.

Ses mains qui sont en train d'effleurer la peau fine de ses chevilles à cet instant tandis que Steve est à nouveau concentré sur ses mots croisés et mordille le bout de son crayon de papier.

Tony s'enfonce un peu plus contre le canapé, les mains croisées sur son ventre pour mieux contempler le blond.

Le clignotement doux des guirlandes du sapin adoucit les traits de son visage que le jeune homme aime tant retracer du bout des lèvres et il sourit un peu stupidement en voyant Steve froncer adorablement les sourcils sous l'effet de la concentration. Sa bouche pleine est légèrement humide à cause de ses mordillements répétés sur le bois de son crayon et ses mains semblent particulièrement douces, les phalanges délicatement soulignées d'ombres. Le blond est occupé à remplir une grille de mots croisés avec application et Tony songe distraitement qu'il rend cette tâche un peu désuète incroyablement sexy.

Il frissonne légèrement en sentant le jeune homme effleurer le petit creux situé sous la malléole avant de perdre ses doigts vers son talon, repoussant un peu plus le tissu de sa chaussette. Le brun amorce un petit mouvement de recul tandis que Steve insiste sur l'articulation de sa cheville, attirant son regard sur lui.

– « Chatouilleux ? », le taquine-t-il tout en appuyant à dessein sur le petit creux sensible.

Tony lui jette un regard noir et lui donne un petit coup de talon dans la cuisse avant de se réinstaller confortablement contre lui.

– « Continue », lui demande-t-il d'un ton un peu boudeur tout en s'avachissant à nouveau contre l'accoudoir.

Steve obtempère dans un petit rire et reprend ses caresses lentes et douces.

Tony exhale un petit souffle un peu tremblant de plaisir.

Son compagnon est chaud contre la plante de ses pieds et il sent le contour ferme des muscles de ses cuisses qui savent lui procurer tant de plaisir quand elles ondulent langoureusement entre les siennes pour les bercer.

Ce moment pourrait aussi être sensuel mais les caresses du blond sont délicates, faites du bout des doigts comme il pourrait effleurer ses cheveux si Tony s'était installé dans l'autre sens pour déposer sa tête sur ses genoux. C'est juste simple et domestique et il ferme lentement les yeux.

Avec la fin des fêtes de fin d'année et le retour très prochain à l'école de leurs petits garçons, ce sont leurs vies qui vont reprendre, vécues dans leur domicile respectif pour mieux se retrouver le week-end, passés les petits tracas quotidiens du travail et de gestion de leur intérieur.

Tony se mordille légèrement les joues.

Steve est pourtant si parfaitement à sa place à cet instant, assis contre lui dans son canapé.

Thor et Loki sont montés se coucher après le dîner, les yeux un peu gros de larmes à l'idée de se séparer après deux semaines passées ensemble dans la plus stricte intimité d'une famille comme officiellement recomposée. Les deux petits garçons se reverront dès lundi matin, se sautant dans les bras devant le portail de la Laura Carnell H. School avant de rejoindre leur classe main dans la main mais Steve et lui ont dû le leur répéter plusieurs fois pour apaiser leur angoisse de la séparation.

Un peu stupidement, Tony se dit qu'il aurait bien aimé entendre une petite voix le rassurer également.

Steve est parfait dans sa vie et sa maison et il ne veut pas que cela s'arrête. Il aimerait pouvoir voir tous les matins du reste de sa vie le blond descendre de la chambre, les traits encore brouillés par le sommeil et les membres engourdis tandis qu'il les rejoint dans la cuisine pour le petit déjeuner. Depuis une semaine et la première nuit passée ensemble des vacances, fêtée par une étreinte langoureuse octroyée dans la douche de la salle de bain attenante à sa suite parentale, Tony se dit que rien ne devrait changer. Mais le blond et lui vont également retrouver le chemin du travail et attendre avec une impatience d'adolescent le week-end et les longues heures à venir à passer ensemble pendant deux jours complets.

C'est pour cette raison, pour le feu qui brûle doucement dans ses reins et le bonheur qui gonfle sa poitrine, que le jeune homme mûrit un projet depuis plusieurs semaines.

Il médite quelque chose qui se précise au fur et à mesure que les chansons de Noël laissent lentement la place aux décorations roses et douces de la fête des amoureux.

La Saint-Valentin est dans six semaines et ses chocolats commencent déjà à envahir les rayons des supermarchés.

Tony fuit cette fête, il l'évitait avec son ancienne compagne, mais cette année, le brun aimerait bien avoir son moment parfait. Son moment passé en tête-à-tête, sans enfant ni devoirs à faire ou de repas à préparer.

Plus le jeune homme y pense et plus il se persuade que ce serait une agréable idée à partager avec Steve s'il trouvait seulement le courage de la lui soumettre.

S'ils s'aiment sincèrement, les deux hommes ne sont pas d'un romantisme débridé et leur couple est encore récent à l'échelle de leur vie d'homme. Ils ne se sont après tout trouvés qu'il y a un an après une longue amitié.

Les choses se sont passées d'une manière familiale et agréable l'année passée mais ils venaient à peine d'échanger leur premier baiser dans la cuisine de Tony et apprivoisaient encore les frontières devenues floues de leur amitié. Steve et lui en étaient encore aux débuts un peu timides de leur histoire, très prudents dans leurs désirs et leurs gestes à cause de leurs deux petits garçons. Leurs mains se cherchaient sous la table, ils s'embrassaient derrière les portes closes et n'avaient pas encore fait l'amour.

Mais dans six semaines, la valse des chocolats, des bouquets de fleurs et des restaurants au menu spécial va commencer et Tony aimerait bien, un peu timidement, faire un pas de deux avec Steve. Il l'aime et veut le lui montrer de toute son âme lors de ce jour consacré en leur accordant un moment particulier. Une véritable danse de couple et pas une partie de Just Dance dans le salon, entre les gestes désordonnés de Thor et les pas très concentrés de Loki.

Cela pourrait être l'envie louable de s'accorder un tête-à-tête tendre dans un excellent restaurant et une sortie en se tenant la main. Mais Tony ne peut nier que, depuis que Steve et lui ont franchi un pas dans leur intimité et partagent parfois le même lit, il veut le respirer et se nourrir de lui jusqu'à en perdre l'esprit.

Tony gigote soudain en sentant les doigts du blond se faire taquin sous la plante de ses pieds et il rouvre brusquement les yeux.

– « Si tu me disais ce que tu as à l'esprit maintenant », lui demande doucement Steve tout en lui jetant un petit regard. « Je t'entends presque réfléchir depuis ma moitié du canapé. »

Le brun se tortille un peu plus sur l'assise, un peu gêné tandis qu'il se redresse contre l'accoudoir du canapé.

– « Parce que tu lis en moi comme dans un livre ouvert ? », lui répond-il d'un air narquois.

– « Parce que tu as cette petite fossette qui se creuse dans sa joue droite quand tu réfléchis à quelque chose qui te tracasse », le corrige Steve tout en désignant l'emplacement sur son propre visage du bout de son index.

Le jeune homme se mordille les joues un peu nerveusement et du coin de l'œil, il voit le blond poser lentement son magasine sur ses genoux pour lui accorder toute son attention.

– « Tony… Si tu as quelque chose à me dire, tu peux le faire tu sais », reprend doucement le jeune homme en lui souriant. « Surtout quand cela semble te poser autant question. Est-ce que quelque chose ne va pas ? »

Le brun tire lentement un coussin du canapé à lui afin de le serrer distraitement contre son torse. Il sent le regard attentif de Steve lui brûler le front et il enfonce un peu plus sa tête entre ses épaules.

– « Ce n'est pas vraiment – » Tony soupire doucement avant de se gratter la nuque d'un doigt. « Je n'ai juste pas envie que les vacances se terminent. Thor et toi avez presque emménagés ici pendant plus d'une semaine et c'était… vraiment bien. »

Il adresse un petit sourire un peu tordu au blond dont la main quitte ses pieds pour remonter le long de son tibia et aller serrer doucement un de ses genoux dans un petit geste de réconfort.

– « J'ai trouvé aussi. Et un peu comme Thor, je n'ai pas vraiment envie de faire ma rentrée », lui répond Steve tout en riant doucement. « Profitons du temps qu'il nous reste et nous nous reverrons dès lundi matin quand nous déposerons les enfants à l'école. Le week-end sera là avant même que nous nous en rendions compte Tony. »

Le brun frémit légèrement en voyant Steve glisser lentement sur le canapé dans sa direction afin de se rapprocher de lui, ses doigts courant à présent le long de sa cuisse avec tendresse et malice. D'un sourire et d'un toucher, le jeune homme peut le rendre tremblant et désireux et c'est délicieux de se sentir déjà s'abandonner à la sensualité.

Les yeux du blond sont brillants et dans ses prunelles commencent à danser une flamme encore seulement crépitante mais que Tony, avec une pointe d'agréable orgueil, sait mieux que personne la faire s'embraser.

– « Je suis touché que tu trouves ma présence aussi agréable dans ta maison », reprend Steve avec tendresse. « Partir sera difficile tu sais. C'est même de plus en plus difficile d'être loin de toi de week-end en week-end. »

– « Pour moi aussi », avoue Tony dans un souffle.

À cet instant, il pourrait se lancer, lui parler de son projet mais Tony hésite. Il tergiverse et procrastine depuis des jours sur la question tout en appréhendant le moment où Steve et Thor regagneront leur appartement sur Magee Avenue, emmenant avec eux leurs affaires, le joyeux désordre du petit garçon et le sourire du blond.

Il craint le froid qui régnera entre ses draps sans le grand corps musclé de Steve pour le réchauffer et il sait que Loki partage ses craintes car le jour précédent, son petit garçon est venu gratter à la porte de son bureau pour venir se blottir contre lui, ses yeux sinoples déjà troublés des lueurs de la mélancolie.

La main de Steve caresse toujours son genou et le blond le regarde avec attention, ses yeux revenant à la petite fossette d'inquiétude qui se creuse légèrement dans sa joue et Tony la frotte rapidement du bout des doigts pour la faire disparaître.

Il inspire profondément avant de se jeter à l'eau. Il a été suffisamment courageux pour être le premier à proposer à Steve de passer Noël ensemble, sans doute peut-il recommencer sa prouesse pour la Saint-Valentin.

Le jeune homme avance lentement la main pour presser celle du blond, ce dernier lui jetant un petit regard interdit.

– « Steve, tu – Est-ce que tu voudrais fêter la Saint-Valentin cette année ? », lui demande-t-il dans un souffle.

Tony se passionne soudain pour les pompons qui décorent son coussin et il les arrange avec attention du bout des doigts.

– « Cette année ? » Le blond pouffe doucement avant de pencher fortement en avant pour porter sa main à sa bouche et la baiser tendrement. « Nous l'avons fêté l'année dernière avec les enfants Tony, ça n'aurait rien de particulièrement inédit. »

Steve se redresse lentement contre le dossier du canapé afin de se réinstaller plus confortablement, sa main effleurant le tibia de Tony avant de retourner se poser sur sa cheville partiellement dénudée. Le brun hoche machinalement la tête.

– « Nous avons fait de la pâtisserie, manger des chocolats et regarder des films d'animation tous ensemble », lui répond-il tout en fronçant légèrement les sourcils. « Ce n'est pas très différent de ce que nous avons fait à Noël… »

– « Est-ce que c'est une mauvaise chose ? » Le blond lui jette un petit regard en coin. « Thor et moi sommes très heureux d'avoir été intégré à votre tradition familiale, je trouve ça mignon. »

Si Tony en avait eu un peu d'appréhension, Loki avait été très enthousiaste d'accueillir la famille Rogers pour cette soirée. Thor lui avait offert une carte joyeusement barbouillée de couleurs et de paillettes que le brun sait que son petit garçon conserve précieusement dans sa chambre dans un classeur tandis que Steve apportait le dîner.

Le blond avait été si charmant à son encontre, si agréable avec les enfants que le béguin de Tony avait définitivement fini de s'enflammer d'un amour ardent pour cet homme si beau.

Il avait espéré que le jeune homme comprendrait, qu'il lise entre les lignes de son invitation un peu surprenante lors de ce jour consacré aux amoureux. Que Tony lui demandait timidement s'il acceptait que les choses changent entre eux et qu'ils laissent enfin s'exprimer ce qu'il pensait parfois saisir dans une bise un peu plus longue que nécessaire déposée sur sa joue ou un sourire incroyablement tendre.

Enfin seul à seul pendant un instant tandis qu'ils découpaient un cake aux oranges dans la cuisine, les enfants passionnés par les aventures d'un chat agent secret qui passaient à la télévision, Steve lui avait répondu bien au-delà de ses espérances.

Simplement. Naturellement. Amoureusement.

Il avait posé une main sur sa nuque pour l'attirer à lui et ravir ses lèvres tandis que Tony servait le dessert dans de petites assiettes en porcelaine. Avec du recul, le brun est sûr d'en avoir tremblé de bonheur.

– « Ça avait été un jour très particulier », reprit doucement Steve en le tirant de ses souvenirs. « Celui où je t'ai embrassé et où tu m'as rendu mon baiser avec tant d'ardeur que quand tu t'es éloigné de moi, j'étais déjà à moitié dur. »

– « … Steve », lui reproche mollement le brun tout en rougissant légèrement.

Le jeune homme glousse doucement avant d'appuyer son coude sur le dossier du canapé, sa grille de mots croisés à présent complètement oubliée sur la table basse tandis que Tony passe une main fébrile dans ses cheveux.

Les réactions de son propre corps avaient été très embarrassantes pour un simple baiser échangé, aussi brûlant et agréable soit-il.

Peut-être la confession de Steve à son oreille tandis qu'il l'embrassait une nouvelle fois en avait été la cause ou l'explosion de sensations dans sa poitrine et son cœur, comme si les vannes du barrage qui retenaient ses sentiments et ses désirs avaient soudain cédé.

Steve et lui semblaient s'être tournés autour pendant si longtemps, préoccupés du bonheur de leurs petits garçons et du souci de les épargner, qu'il avait un peu désespéré qu'ils parviennent un jour à se trouver.

– « Il était vraiment bon, ce premier baiser… Le goût de quelque chose qu'on a longtemps attendu et espéré », reprend le blond en passant une main dans sa nuque tandis que Tony sent ses oreilles chauffer. « Bon sang, je n'arrive pas à croire que cela fait déjà un an que nous sommes ensemble. »

Le brun hoche lentement la tête tout en resserrant ses bras autour de son coussin. Lui aussi chérit ce souvenir, ce baiser au goût de sucre roux et d'orange parce qu'il picorait du bout des doigts les miettes de cake tombant dans le plat. Les paroles de Steve lui semblent évoquer un anniversaire, un jour à marquer, et Tony ne désire pas autre chose.

– « Ça fera un an et c'est pour ça que – » Le brun se mordille les joues. « Je sais qu'on a fêté la Saint-Valentin l'année dernière et qu'on a commencé à sortir ensemble à ce moment-là mais j'aimerais bien que ce soit un peu différent cette année. Un truc juste tous les deux… »

Tony pose doucement le coussin contre ses genoux avant de s'attaquer du bout des doigts au démêlage des passementeries pour occuper ses mains un peu nerveuses.

– « J'adore les enfants et c'était un excellent moment. Pour plein de raisons différentes », reprend-il doucement tout en coulant un petit regard à Steve qui l'observe avec tendresse. « Mais nous partageons tout et cette fois, pour ce jour-là, j'aimerai autre chose. Je me dis que ce serait bien si nous étions ensemble, pour avoir un moment à nous. »

– « Juste tous les deux », répète doucement le blond tout en caressant ses chevilles.

– « Juste tous les deux. »

La répétition sonne maladroitement aux oreilles de Tony et il se mordille légèrement les joues, regrettant de ne pas être plus éloquent et convainquant.

Le brun pense qu'il devait être aussi maladroit quand il a invité sa première petite-amie au cinéma, ses efforts couronnés par un baiser maladroit offert dans la salle obscure. Il n'est plus un adolescent, il est en couple avec un homme merveilleux avec lequel il a partagé bien plus qu'un baiser mais il n'est pas très à l'aise avec le romantisme d'une Saint-Valentin.

Tony a pourtant tellement envie de ce moment passé avec Steve. Il veut tout autant fêter leur mise en couple dans l'intimité que se nourrir de lui jusqu'à la lie.

N'était-il pas celui qui l'avait invité il y avait un an lors de ce jour si particulier avec l'espoir que Steve réponde à ses sentiments qu'il peinait de plus en plus à contenir ?

C'était une tentative, un signe alors qu'il prêtait à cette fête un pouvoir peut-être mystérieux qui leur permettrait enfin de se trouver pour en plus se quitter.

Alors le brun veut tout ça.

Il veut le dîner aux chandelles, les moments partagés et la nuit.

La nuit entière, dévouée à aimer Steve avec passion sans retenir ni gémissements ni bruyante jouissance.

Tony rougit légèrement tout en frottant son nez contre la housse du coussin.

Il veut faire l'amour avec son compagnon sans la moindre retenue et s'accorder ce bonheur pendant une nuit ou deux ne lui paraît pas une chose déraisonnable.

Partager son intimité avec Steve est si bon, si intense et si brûlant qu'il sent ses reins le chatouiller légèrement à l'idée que cela pourrait être encore meilleur le temps d'un moment absolu, du crépuscule à l'aube. Le blond pourrait gronder à son oreille comme il le sent parfois quand sa gorge humide vibre contre la sienne. Il pourrait gémir bruyamment quand Tony vient caresser ses flancs et ses reins sensibles et jouir dans un cri de plaisir entier et brutal.

Le brun veut revenir le corps fourbu, la voix éraillée et l'esprit brouillé par les endorphines parce qu'ils se seraient appartenu sans concession dans un lit aux draps ravagés et au matelas dérangé par de puissants coups de reins.

Tony frémit légèrement en sentant la main de Steve revenir caresser le petit creux de sa cheville avec insistance, ses doigts y dessinant de petits cercles et il a l'impression de sentir le toucher remonter le long de sa jambe pour aller se loger dans son aine.

– « Tu le voudrais Tony ? », lui demande Steve.

Le brun rouvre brusquement les yeux en entendant la voix de son compagnon qu'il a l'impression d'entendre sonner plus lourde et chaude. Prometteuse.

– « Tu le voudrais ? », répète le jeune homme tout en insistant sur sa malléole, le faisant légèrement gigoter sur le canapé.

Tony regarde Steve en silence.

Le blond s'est entièrement tourné vers lui, passant une jambe sous ses fesses pour se soutenir tandis qu'il appuie un de ses coudes sur le dossier du canapé. Voir son compagnon dans une attitude aussi nonchalante, le tissu de son polo tendu sur la ligne puissante de ses épaules tandis qu'il lui sourit tendrement et continue de caresser sa cheville enflamme un peu absurdement le sang du brun.

– « Oui », souffle-t-il lourdement tout en hochant la tête. « Oui, je veux vraiment faire ça avec toi. Passer du temps seul avec toi. »

Tony s'avachit un peu plus contre l'accoudoir en voyant Steve s'appuyer sur le dossier pour se redresser avant de faire glisser ses pieds sur l'assise et de se rapprocher de lui.

Un gloussement joyeux aux lèvres, le brun lâche mollement le coussin qui s'échoue sur le tapis du salon dans un petit bruit étouffé et il tend une main vers Steve afin de l'attirer plus prêt tandis que son compagnon s'allonge à moitié sur lui. Le blond embrasse doucement sa paume tandis que Tony caresse tendrement sa mâchoire avant de glisser sa main dans sa nuque et les deux hommes se regardent en silence, un sourire aux lèvres tandis qu'ils respirent du même souffle tranquille et lent.

– « J'ai l'impression que tu ne me dis pas tout », murmure Steve contre ses lèvres. « Il ne s'agit pas que d'une soirée de Saint-Valentin, n'est-ce pas ? »

Tony fait une petite moue avant d'emmêler ses doigts dans les petites mèches du blond qui dansent sur sa nuque.

– « J'ai quelques idées mais tu permets que je les garde pour moi pour l'instant ? J'aimerais te faire une surprise », lui répond-il à voix basse tout en haussant légèrement les épaules. « Après tout, la chose la plus folle que nous avons faite en un an a été de passer la frontière de la Pennsylvanie au New Jersey pour aller marcher dans la Brendan T. Byrne State Forest… »

– « C'est vrai mais c'était une très belle randonnée. » Steve glousse joyeusement et le brun serre les dents en sentant son large torse tressauter contre le sien. « Je te confie notre bonheur à venir alors. »

Tony frémit en sentant le corps puissant du jeune homme s'abaisser sur le sien, le recouvrant agréablement sur le canapé et il appuie doucement sur la nuque de Steve afin de faire se rencontrer enfin leurs lèvres.

Le brun s'enfonce paresseusement dans le canapé tout en attirant son compagnon plus prêt et il frissonne légèrement de plaisir en le sentant glisser une de ses jambes entre les siennes. Leurs bouches se caressent tendrement et se cajolent avec une sensualité qui fait picoter ses reins.

Quand la langue de Steve vient enfin danser contre la sienne, Tony remonte sa main dans les cheveux du jeune homme tout en gémissant discrètement de plaisir. Il se cambre inconsciemment contre le blond pour chercher sa chaleur et accentuer la friction de leurs corps. L'esprit déjà cotonneux, il exhale un petit souffle tremblant en sentant le jeune homme poser une main sur sa hanche pour la serrer d'une manière possessive tandis que ses doigts effleurent sa peau nue sous la lisière de son pull.

– « C'est une excellente idée Tony… », souffle chaudement Steve tout en butinant ses lèvres et Tony se sent irradier de joie. « J'ai vraiment envie de partager ça avec toi, peu importe ce que tu vas nous trouver. »

Le brun opine lentement, trop occupé à suçoter la peau tendre et chaude du cou du jeune homme et à savourer les pulsations légèrement agitées de sa jugulaire sous sa langue.

– « Je te promets un week-end de détente et de plaisir absolus », chuchote-t-il tout en remontant son nez jusqu'à l'oreille de Steve pour y frotter son nez d'un air câlin. « Sans petit déjeuner, ni devoirs ni bain à donner. Juste toi et moi. »

– « Cela me paraît parfait », ronronne le blond contre lui. « Quand tu auras un peu mûri ton projet, j'aurai peut-être une ou deux idées à te suggérer une fois seuls si tu me le permets… »

Tony hoquette légèrement en sentant Steve baisser doucement ses hanches pour faire s'effleurer leurs bassins.

– « Je suis ouvert à toute proposition », halète-t-il discrètement tandis que le blond commence à les bercer dans un rythme languide et doux.

Le jeune homme agrippe fortement ses mains aux épaules de Steve, un peu mortifié de sentir le plaisir monter si vite dans ses reins tandis qu'il dodeline de la tête contre l'accoudoir.

Tony gémit doucement en sentant le blond venir mordiller chaudement sa gorge avant de laisser errer ses lèvres le long de sa clavicule, tirant sur le col de son pull pour tenter de dénuder son épaule. C'est un peu comme un prélude à leur programme qu'il ne visualise encore que vaguement mais l'enthousiasme de Steve fait chauffer un peu plus son aine et il s'empresse d'ouvrir la bouche pour lui offrir sa langue tandis que son compagnon l'écrase un peu plus sur l'assise du canapé.

L'esprit déjà brouillé par le désir, Tony sent pourtant avec une sensibilité accrue la main chaude et douce que le blond vient poser directement sur son ventre après avoir dérangé son pull pour accéder à sa peau. Il se cambre voluptueusement, les doigts du jeune homme courant déjà sur son bas-ventre, juste à la lisière de son pantalon.

– « St – Steve, chambre… S'il te plaît, la chambre… », chuchote-t-il dans un hoquet un peu étranglé tandis qu'il enfouit son nez dans le cou du blond, terrassé par une vague de plaisir alors que son compagnon vient d'effleurer à dessein son entrejambe sensible.

Steve étouffe un grondement dans son cou tout en commençant à les bercer langoureusement de ses hanches, si souples et habiles et Tony gémit lourdement.

Alors que le brun est sur le point de céder et de s'abandonner aux mains de son compagnon comme deux adolescents se pelotant sur un bout de canapé, son oreille exercée entend le déclic discret d'une porte qui s'ouvre au premier étage. Tony se fige et il plaque brusquement ses mains sur le torse de Steve pour le faire cesser.

Le blond lui adresse un petit regard surpris avant que le craquement familier du parquet ne les fasse pouffer de concert et le jeune homme vient appuyer son front contre le torse de Tony, son bassin cessant ses mouvements agréables.

Ce dernier accueille avec plaisir le poids lourd de son corps musclé contre lui et reprend les caresses délicates sur sa nuque, Steve ronronnant presque de contentement contre lui.

– « Thor, je t'ai entendu », dit-il soudain d'une voix forte. « Si Loki dort, tu dois faire de même alors fais-moi le plaisir de gagner ton lit dans la minute. »

Seul un petit gloussement amusé lui répond depuis l'étage avant qu'un nouveau trottinement ne fasse craquer le parquet et qu'une porte ne se referme avec discrétion. Steve rit tendrement avant de frotter câlinement son nez contre sa gorge.

– « Tout un week-end ensemble, c'est ça ? », lui demande-t-il doucement et Tony opine vigoureusement tout en massant son crâne du bout des doigts.

Le blond étouffe son gloussement dans son cou, faisant légèrement vibrer sa gorge contre celle du jeune homme. Avec une pointe de regret, Tony sent finalement Steve se redresser lentement contre lui pour se rasseoir, une de ses mains caressant tendrement sa cuisse par-dessus son pantalon.

– « Certaines fois, je me demande si tu n'as pas de supers pouvoirs », dit-il tout en jetant un regard en direction du palier. « Comment fais-tu pour différencier les pas de Thor de ceux de Loki ? Mon fils peut être vraiment discret quand il le veut. Je serai bien incapable de le savoir. »

Le brun rit légèrement et accepte la main tendue par son compagnon afin de s'asseoir à son tour sur le canapé, se penchant vers lui pour bécoter ses lèvres tandis qu'il garde leurs mains emmêlées sur l'assise.

– « Je n'ai pas réellement d'explications et même dans le cas contraire, je ne suis pas sûr que je t'avouerai mon secret », lui répond-il avec malice. « Je dois garder une part de mystère pour continuer à éveiller ton intérêt Steve. »

Tony frissonne légèrement en sentant son compagnon glisser une main dans sa nuque pour l'attirer plus prêt de sa bouche.

– « Tu viens de me proposer un week-end en amoureux pour la Saint-Valentin Tony, tu es une source perpétuelle d'émerveillement… », lui souffle Steve avant de lui offrir un baiser langoureux.

Le brun crispe ses doigts sur son poignet tout en exhalant un petit souffle tremblant. Il suit les lèvres du jeune homme quand ce dernier s'éloigne de lui avant de hausser un sourcil déçu en ne rencontrant que le vide.

Steve lui sourit tendrement et le relève d'une main puissante du canapé, lui volant un petit baiser avant d'aller débrancher les guirlandes du sapin et éteindre la télévision. Le blond vient prendre sa main dans la sienne pour les guider en dehors du salon, veillant à éteindre les lumières sur leur passage tandis que Tony le suit sans mot dire, ses yeux s'égarant sur la chute de reins de Steve.

Tandis qu'ils arrivent sur le palier de l'étage, le brun jette un petit regard en direction de la porte de Loki et il fronce les sourcils en remarquant un rai de lumière filtrer sous le seuil. Tony retient légèrement Steve par la main avant de faire bruyamment craquer une latte du parquet à dessein et il ricane en voyant la chambre replonger immédiatement dans l'obscurité.

– « Je n'ai pas un super pouvoir aussi fameux que cela », dit-il doucement au blond. « J'étais persuadé que Thor était allé se coucher dans sa propre chambre mais il est retourné dans celle de Loki. Je pense qu'ils sont tous les deux encore réveillés… »

Le blond tend légèrement le cou afin d'observer le couloir noyé d'ombres avant de rire et d'attirer Tony à lui d'un air câlin.

– « Il va donc falloir que nous soyons encore plus discrets que d'habitude », lui chuchote-t-il dans un souffle chaud tandis que sa main vient caresser les reins du jeune homme. « Tu réussiras à contenir tes gémissements ? »

– « Et toi ? », le défie Tony en haussant un sourcil taquin.

Le brun glisse habilement ses doigts sous le haut de son compagnon pour effleurer son ventre avant d'aller enserrer possessivement sa hanche.

Les deux hommes étouffent leurs rires bouche contre bouche et se glissent dans la chambre du brun, la porte se refermant derrière eux dans un petit claquement discret.


Merci d'avoir lu jusqu'au bout cette première partie et de prendre le temps de terminer par ces quelques notes complémentaires.

Souvenirs de Gravity Falls (tout comme Phinéas et Ferb) est une série animée américaine diffusée notamment sur Disney Channel d'une quarantaine d'é raconte l'histoire des enfants jumeaux Dipper et Mabel, envoyés par leurs parents chez leur oncle Stan dans la petite ville de Gravity Falls. Ce dernier, menteur et arnaqueur, tient une boutique de curiosités et un musée des bizarreries locales. La ville est toutefois l'objet d'étranges phénomènes et décèle de nombreux secrets que les deux enfants vont tenter de percer. Je la regardais parfois quand mon opérateur diffusait encore Disney Channel sur ma box. Bien que le dessin ne soit pas extraordinaire, c'est une série que je trouve intelligente car sous-tendue par une sorte d'enquête policière surnaturelle. Elle est aussi joyeusement et complètement barrée…

Le roi et l'oiseau est un merveilleux film d'animation français sorti en 1980, créé par Paul Grimault sur des textes de Jacques Prévert (oui oui, le fameux poète de nos cours d'école primaire). Il s'inspire librement du conte La Bergère et le ramoneur de Andersen, transposé dans une ville contemporaine dirigée par un tyran stupide et méchant. Bien qu'un peu daté, ce film est un véritable bijou philosophique et constitue une sorte de fable politique et sociale. Il a durablement marqué mon enfance (je continue de le regarder dès qu'il passe à la télévision) et a notamment éveillé mon sens du beau et mon goût pour l'art. À présent que je suis plus âgée, ce film m'inspire également de nombreux scénarios d'histoire que j'espère pouvoir un jour vous proposer. Si vous avez un jour l'occasion de le visionner, je vous invite vivement à le faire.

Forrest Gumpest une comédie dramatique sortie en 1994 avec Tom Hanks (absolument remarquable), adapté du roman éponyme écrit par Winston Groom (1986). Il raconte l'histoire d'un homme un peu simplet dans l'Amérique entre les années 1950 et 1980 qui se retrouve souvent par hasard impliqué dans les plus grands événements de ces décennies. Il a été distingué par cinq Oscars en 1995 et est inscrit depuis 2011 sur la National Film Registry de la bibliothèque du Congrès afin d'y être conservé en raison de son intérêt « culturellement, historiquement ou esthétique important ».

Magee Avenue et Knorr Street sont deux rues résidentielles appartenant au quartier d'Oxford Circle dans le nord-est de Philadelphie, un des quartiers historiques de la ville. Au début zone d'agriculture, il est aujourd'hui caractérisé par des maisons individuelles de style victorien en briques et/ou moellons de pierre dans les années 1940-1950 lors de l'achat des terrains par des promoteurs immobiliers. La Laura Carnell H. School est une école élémentaire contemporaine de l'urbanisation du quartier. Elle a été construite en brique entre 1930 et 1931 dans un style vaguement gothique.

L'expérience à base de bicarbonate de sodium et de vinaigre que propose Peter à Lokiest bien entendue celle du volcan (ou du principe d'une pastille mentholée dans une bouteille de Coca). Un peu salissant donc…

La Brendan T. Byrnes State Forest est une gigantesque forêt nationale du New Jersey, hors de l'État de Pennsylvanie dans lequel se trouve Philadelphie. La frontière entre les deux États est représentée par la rivière Delawere à laquelle la ville est complètement collée. Tony est donc particulièrement moqueur quand il dit que la chose la plus folle faite avec Steve et les enfants a été de traverser la frontière. La Brendan T. Byrnes State Forest se trouve en effet à environ quarante-cinq minutes en voiture de Philadelphie.

J'espère que vous avez apprécié ce début. Bon week-end et à la semaine prochaine :)

Bien à vous,

ChatonLakmé