The originals est à Julie Plec.


Le démon et l'ange ont le même nom

"Emmenez-le"

Lorsque Lucien avait entendu Tristan prononcer cet ordre à ses gardes, il n'avait pas eu besoin de demander où ils allaient le conduire parce qu'il le savait déjà. Le jeune comte allait le torturer pour le punir de ne pas être un serviteur à la hauteur de la maison de Martel.

Il avait été battu encore et encore pendant ce qui lui avait parut être une éternité avant que le futur maître du domaine ne se lasse et ne l'abandonne. Il avait été fouetté et ligoté. Ses cris et ses pleurs n'avaient fait qu'énerver davantage Tristan et redoubler la violence de ses coups. Il ne supportait pas le garçon de rang inférieur et aimait à lui le rappeler dès qu'il en avait l'occasion par des mots ou par des gestes, plus Lucien avait mal et plus Tristan aimait cela.

"Bonne nuit Lucien", lui avait-il lancé d'une voix cruelle avant de le laisser ici, toujours attaché aux poignets.

Le démon avait eu son moment d'amusement et maintenant il était parti.

Il avait froid, il avait mal et il pleurait épuisé et terrorisé. Comme il gémissait et cherchait une meilleure position, il n'entendit pas la porte s'ouvrir une nouvelle fois. Ce n'est que lorsqu'il sentit des petits doigts tracés les marques dans son dos qu'il réalisa qu'il n'était pas seul.

"Chut Lucien, n'ai pas peur c'est moi Aurora!, le rassura une voix féminine dans un chuchotement.

-Lady Aurora, mais que faîtes-vous ici, vous allez avoir des ennuis si on vous découvre dans ma cellule..

Aussi incroyable que cela puisse paraître le démon avait une sœur, mais si son frère s'était hissé jusqu'à la surface pour répandre le mal il n'en était rien d'Aurora qui elle avait dû tomber du ciel pour soigner les âmes en peines.

Il n'était pas tranquille, la fille du comte et petite sœur de Tristan était dans un cachot, en plein milieu de la nuit en compagnie d'un serviteur fort peu vêtu, il savait parfaitement ce que tout le monde s'imaginerait s'ils étaient découverts.

-Ne crains rien, mon père et mon frère dorment à poings fermés, personne ne m'a vu quitter ma chambre, affirma-t-elle.

Elle vint se placer devant lui afin de vérifier s'il était aussi blessé sur le torse ou au visage. Elle fut un peu soulagée que son frère ne l'ai pas blessé ici. Elle s'agenouilla et caressa tendrement ses joues, des larmes perlèrent au coin de ses yeux. Elle était en colère contre Tristan de traiter Lucien comme son souffre-douleurs. Il était torturé pour un oui ou pour un non simplement parce qu'il ne l'aimait pas et parce qu'il était jaloux de l'affection qu'elle portait au fils Castle.

-Je suis tellement désolée Lucien, tu ne mérites pas la manière dont il te traite, s'excusa-elle la voix tremblante.

-Lady Aurora, ne pleurez pas pour moi je vous en pris, vous n'y êtes pour rien, ce n'est pas de votre faute si je me retrouve dans cette situation, dit-il pour la réconforter.

Il avait mal, il avait froid et il avait peur mais elle n'y était pour rien et l'idée qu'elle soit triste à cause de lui, lui était encore plus douloureux que ses blessures. Elle releva le visage vers le sien, touchée par ses mots malgré la position dans laquelle il était. Elle essuya rageusement ses larmes, elle n'avait pas le droit de pleurer, pas alors qu'il était si courageux. Elle se redressa et observa minutieusement les cordes qui l'enchaînaient.

-Je vais pouvoir te détacher le temps que je serais ici, mais avant de partir je devrais te remettre comme je t'ai trouvé ou quelqu'un pourrait se douter de quelque chose.

Elle défit les deux cordes qui entouraient chacun des poignets du garçon qui retombèrent comme deux poids morts et s'il n'avait pas déjà été en contact avec le sol, il se serait effondré.

-Lucien, Lucien est-ce que ça va?, lui demanda-t-elle inquiète.

Elle s'était remise à son niveau et le fixai effrayée à l'idée qu'il meurt. Il releva sa tête et lui fit le sourire le plus rassurant qu'il pu.

-Je vais bien ma lady, je suis un peu fatigué mais ça va, merci de soulager ma douleur pour quelques instants.

-Tu me le jures?

-Oui ma lady, soyez sans crainte, je vais bien.

-Tant mieux, je vais m'occuper de nettoyer les plaies que tu as dans le dos, d'accord?

-Ce n'est pas à vous de faire cela, elles vont guérir avec le temps...

-Lucien, laisse-moi faire cela pour toi, pas parce que tu es mon serviteur mais parce qu'avant tout tu es mon ami et que je veux m'excuser pour la violence non justifiée de mon frère.

-Comme vous voudrez ma lady...

Il savait que c'était inutile de s'opposer plus longtemps à la plus jeune des de Martel. Elle vint derrière lui, prit une serviette propre et une bassine d'eau qu'elle avait volé dans les cuisines. Elle trempa le tissu dans le liquide et l'appliqua doucement sur les plaies pour les nettoyer et retirer le sang autour. Les gestes doux de la jeune fille n'avaient rien à voir avec ceux brutaux de son frère. Elle était si délicate, si appliquée à ne pas réveiller sa douleur. Il ne sentait presque rien et priait pour que ce moment dure le plus longtemps possible. Cela faisait tellement d'années qu'il n'avait pu être aussi près d'elle, il profitait de leur proximité pour inhaler son parfum. Cette délicieuse odeur de lavande lui avait manqué, tout comme le contact de ses doigts sur sa peau. Il n'aurait jamais dû s'approcher d'une telle beauté, pas alors qu'ils n'appartenaient pas au même rang social et pourtant à une époque ils avaient été amis.

Lucien chérissait ses souvenirs qui semblaient provenir d'une autre vie. Perdu dans ses pensées il n'avait pas remarqué qu'elle avait terminé et qu'elle était revenue devant lui. Il sentit qu'on replaçait une de ses mèches et qu'on caressait sa joue droite.

-Cela n'effacera jamais la souffrance que ma famille s'amuse à t'infliger mais j'espère que cela t'aidera à les supporter et à diminuer la peine que tu ressens."

Il la vit rapprocher son visage du sien et bientôt il sentit ses douces lèvres se poser sur les siennes. Il aurait voulut que cet instant dure toujours, que le contact entre eux ne prenne jamais fin. Il était prêt à être torturé tous les jours, a endurer les pires souffrances si en guise de soins il recevait les baisers de lady Aurora. La mort ne gagnerait pas, pas tant que cet ange aux cheveux rouges veillait aussi farouchement sur sa vie. Lucien aimait Aurora, et il l'aimerait jusqu'à son dernier jour sur Terre et bien après. Son démon de frère pouvait lui trancher la peau, le brûler, lui couper les membres, rien ne la détournerait d'elle.

Elle retira ses lèvres à contrecœur, elle ne pouvait pas lui révéler les sentiments qu'elle éprouvait pour lui. Cela l'aurait mis en danger et il aurait pu être tué pour cela. En plus, à quoi cela aurait-il servi puisque une histoire entre eux était impossible, elle une fille de comte et lui un simple serviteur. Elle déposa un dernier baiser sur son front avant de le rattacher. Si elle avait pu elle l'aurait aidé à s'enfuir, rien ne le retenait ici, mais elle ne pu s'y résoudre, égoïstement elle aimait qu'il soit près d'elle, ici et que tous deux partagent le même enfer.

Il ne la quitta pas des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse derrière la porte du cachot. Il eut l'impression que toute la chaleur de son corps l'avait quitté depuis qu'elle n'était plus là. Pourtant, pourtant quelque chose se remit à brûler dans son âme lorsqu'il se souvint du regard qu'elle avait posé sur lui. Lucien était presque sûr qu'Aurora partageai ses sentiments, il avait vu dans ses yeux les mots que les lèvres de sa comtesse s'étaient refusées à prononcer. Il ne pouvait renoncer au doux rêve d'être avec elle et de s'enfuir loin de ce château des enfers. Il faudrait qu'il se fasse discret, qu'il évite de se faire punir et un jour, oui un jour une opportunité se présenterait à eux et ils la saisirait.