DRAGO POV
Il est réveillé par un oiseau qui vient chanter près de la fenêtre. Il a dormi toute la fin de journée de la veille et la nuit. Après s'être embrassés et confessés, ils se sont serrés l'un contre l'autre, jusqu'à s'endormir.
Drago sourit, heureux malgré son corps engourdi et douloureux. Ron l'aime. Il ne pensait pas pouvoir un jour ressentir du bonheur à ce sujet. Mais pourtant son cœur bat vite et ses joues s'emprouprent. Il caresse le bout de son nez contre le t-shirt de son compagnon qui semble encore endormi.
Grâce à cette île et aux événements qui s'y sont déroulés, il a découvert un nouveau Ron Weasley. Ou plutôt, il l'a tout simplement découvert, lui. Il avait toujours cru que c'était un crétin qui suivait simplement Potter et qui ne réfléchissait pas. Mais il a eu tort. Ron est quelqu'un d'intelligent, qui sait réagir rapidement et logiquement, sur qui on peut compter et dont le charisme est aussi grand que le courage.
Il regarde par la fenêtre comme l'oiseau chante encore. Il se redresse alors sur un coude et il observe le visage endormi du gryffondor. Il semble apaisé. ses yeux se posent sur les tâches de rousseur, sur le nez long, les lèvres dessinées et le visage carré. Il caresse du bout des doigts ses cheveux roux, flamboyant. Il le trouve beau. Ça lui semble étrange de faire une telle constatation mais il ne peut pas se voiler la face. Il aime son visage. Son cœur accélère quand il se penche sur lui pour poser un baiser sur sa joue. Il ne se sent pas encore capable de l'embrasser sur les lèvres de lui-même. Il aime sentir celles de Ron venir contre lui, mais il ne peut pas faire le premier pas. Il s'assit en pensant à ce qu'à dit Selwyn. Ce que lui a fait subir Greyback le hante toujours. Son corps a été marqué. Mais contrairement à ce qu'il pensait, il peut apprécier le toucher de quelqu'un d'autre. Son corps est capable d'aimer. Il pose ses doigts maigres sur ses lèvres. C'est impossible à nier, il adore les baisers de Ron. Et ses mains sur lui ne le dégoûtent pas. C'est tellement opposé à ce qu'il a vécu. Ça lui rappelle encore plus que ce que lui a fait Greyback n'était pas normal. Ça n'était même pas du sex violent. C'était des viols sauvages, bestiaux. Il a un frisson et il se lève. Il ne veut plus penser à ça.
Il prend la baguette de Ron et il ouvre doucement la porte de la cuisine. Le lever du soleil a envahi le séjour par les planches cassées. La pièce est vide. Ses yeux se posent plus longtemps qu'ils n'auraient dû, sur les marques faites au crayon. Ça le déprime. Est ce qu'eux aussi vont rester sur cette île jusqu'à attendre leur mort ? Il fronce les sourcils et détourne le regard.
Il sort de la cuisine et ferme derrière lui. Ron mérite de dormir encore un peu. Le soleil se lève à peine, ils n'ont pas besoin de partir immédiatement.
Il va ensuite dehors pour profiter de l'air matinal. Il fait frais mais ça ne le dérange pas. Ça réveille son corps engourdi. Il s'étire en observant la forêt autour d'eux. Les gens qui s'étaient installés ici devaient penser être bien positionnés. Du haut de la colline on peut voir venir de loin les ennemis. Il regarde les oiseaux se poser sur la barrière de bambous. On ne croirait pas que cette île est si meurtrière en voyant les fleurs dans le jardin et en entendant les chants joyeux des moineaux. Le spectacle est magnifique. Il a appris à profiter de la beauté qui l'entour après sa sixième année. Il s'est rendu compte à ce moment-là qu'il aurait dû profiter de la lumière. Il a cru devoir vivre à jamais dans l'obscurité.
Il s'assit sur les marches du perron et il commence à se lancer des sorts pour se soigner. Il fait tourner la baguette de Ron entre ses doigts tout en prononçant diverses incantations de guérison. Les bleus se soignent assez rapidement mais pas les plaies. Il leur faudrait des pansements. Il lui semble que Ron en a récupéré sur le campement à côté des grottes. Il faudra qu'il fouille dans son sac.
Absorbé par son travail, il sursaute en entendant derrière lui les planches craquer. Mais il se détend rapidement en voyant Ron s'asseoir à côté de lui.
"Salut, prononce le gryffondor d'une voix rauque. J'ai la tête qui va exploser…. Et toi ? Ça va ? Bien dormi ?
- Très bien, lui répond Drago en n'osant pas le regarder. Et toi ? je t'ai réveillé ?"
Son cœur bat vite. Après leurs confessions la veille, il se sent gêné. C'est la première fois qu'il a des sentiments pour quelqu'un et qu'ils sont réciproques.
Ron remue la tête en fermant les yeux et en se grattant les cheveux.
"Non. C'est un oiseau. Derrière la fenêtre.
-Moi aussi, rit un peu le serpentard. Quel emmerdeur celui-là.
-Mouais. Je vais faire du poulet pour le petit déj je pense.
-Excellente initiative, rit Drago."
Ils se regardent et Ron se penche vers lui. Il va l'embrasser alors Drago lève un peu la tête. Mais l'auror se stoppe pour demander:
"Je peux ?
-Tu… tu ne m'as pas demandé mon autorisation les autres fois."
Ron pose une main sur son dos et il lui caresse doucement, provoquant des frissons agréables.
"C'est vrai. Mais j'aurais dû, annonce le rouquin."
Drago le regarde étonné. Mais il s'empresse de venir poser sa main libre sur la joue de Ron et de faire un chantage :
"Tu peux, sans avoir besoin de me demander, si tu acceptes de sortir avec moi."
Pour toute réponse, son ancien ennemi vient poser ses lèvres sur les siennes dans un baiser plus fougueux que ce qu'il semblait vouloir au début. Drago ne pensait pas qu'il accepterait si vite. Il pensait que le gryffondor ne voudrait pas abandonner Granger, qu'il essaierait de lui rester "fidèle" et de la reconquérir en revenant. Mais ça lui convient ainsi, avec grand plaisir. Il répond au baiser de son premier petit ami. Il entend Ron soupirer de soulagement et il sent sa main venir tenir sa taille.
"C'est pas parce qu'on sort ensemble que t'es obligé d'accepter à chaque fois, lui recommande Ron en coupant le baiser. Si des fois tu veux pas, dis le moi.
-D'accord, dit Drago en hochant la tête. Mais si c'est pour me dire bonjour, tu as tout le temps mon autorisation."
Il ferme les yeux quand le gryffondor pose ses lèvres sur son front.
Drago tapote alors son torse doucement. Il se sent heureux mais gêné. Il n'a jamais vécu ça et ce ne sont pas ses parents qui lui ont donné le bon exemple. Il ignore complètement comment se comporter. Il se dit qu'il doit essayer d'être le plus "lui" possible, le plus naturel. Il doit faire ce qu'il a envie, même s'il ignore encore tout ce dont il pourrait avoir envie.
"Allez, laisse moi te soigner, Ron. On prendra plus de temps pour nous quand on sera de retour en sécurité.
-T'as raison."
Et tout en disant ça, l'auror s'écarte un peu et se tourne vers lui pour se laisser soigner. Drago voit clairement ses joues rouges. Au moins, ils sont tous les deux à peu près dans le même état vis -à -vis de leur relation. C'est la première fois qu'ils sortent avec un homme.
Il prend une longue inspiration et il se calme. Il lance des sorts de soin à Ron. Il se focalise surtout sur sa tête comme il a une entaille assez vilaine au-dessus de l'oreille.
Une fois ça fait, ils retournent dans la maison pour manger et ranger leurs affaires. Ils ne peuvent pas rester trop longtemps ici. Après avoir récupéré des outils, des livres, des ustensiles de cuisine et des récipients, ils quittent la maison. Ils traversent le jardin grouillant de vie et retournent vers la forêt.
"On est dans la bonne direction, explique Ron. j'ai vu la forêt d'arbres géants depuis la colline. Il faut juste avancer dans cette direction. Je comprends pas comment on a pu autant s'en éloigner.
-Tu penses qu'on y sera dans combien de temps ? "
Ron hausse les épaules et répond:
"Ce soir peut-être. Ou demain matin grand maximum. Même si on a fait un détour, on est pas si éloigné que ça. Faut juste espérer qu'on sera pas ralenti par une rivière ou un mur à escalader.
-Ou un monstre, ajoute Drago.
- Ou un monstre, répète Ron. Mais promis, si on voit une rivière, je te la fais pas traverser à la nage. on cherchera un pont.
-Merci, s'exclame Drago avec soulagement, surtout que tu n'as plus t'as super hache.
-Ouais. Je l'ai perdu en tombant dans la grotte."
Ils ont tous les deux un frisson en repensant à la femme qu'ils ont vu mourir là bas.
La pente est douce pour le moment alors la marche n'est pas trop difficile. Ils parviennent à avancer plutôt rapidement entre les arbres. Le sol n'est plus de la roche calcaire ici, il est argileux. Ça veut dire qu'il n'y a pas de cavernes sous leurs pieds. C'est rassurant. Surtout que de toute la matinée, ils ne croisent personne. Pas de cannibales, pas de cerf et pas d'animaux géants. Pourtant Drago voit bien que Ron ne baisse pas une seule fois sa garde. Il reste attentif au moindre bruit. Et chaque fois qu'il se méfie de quelque chose, il se met devant Drago en le dissimulant derrière un arbre ou un bosquet. c'est plus que rassurant. Il ne pensait pas que l'attitude héroïque des gryffondors lui plairait un jour autant.
Ils se stoppent vers seize heures pour grignoter quelque chose. Ils n'ont pas eu besoin de traverser de rivière ce qui lui semble étrange. Mais il a pour le coup modifié la carte. Ils sont dans la moyenne montagne, assis sur un rocher surplombant la forêt en contrebas. Ils discutent en chuchotant.
"On y sera ce soir c'est sûr, lance Drago entre deux bouchés de bœuf aux légumes.
-Ouais. On est vraiment pas loin. On y sera peut-être même avant la nuit."
Cette annonce lui donne du baume au cœur et il se sent léger. Pourtant, quelque chose ne va pas. Dans le silence de la forêt tranquille, un frisson remonte le long de sa colonne vertébrale. Mais qu'est ce qui le gène ? Ils n'y a pourtant aucun bruit suspect. Ils sont seuls.
Il baisse sa fourchette qu'il comptait amener à sa bouche et il se tourne vers Ron. Le gryffondor a le visage également vers lui. Ils se regardent, comprenant en même temps leur gêne à tous les deux.
La forêt est silencieuse. Au contraire, ils ne sont pas seuls.
Et soudain un pas derrière eux les fait sursauter. Ron qui tient la baguette se retourne vivement. Mais Drago sait. Il n'a pas besoin de se retourner pour savoir. Il entend les craquements des arbres. Il entend les doigts rachitiques et noirs gratter l'écorce du bois.
Il regarde devant lui, la forêt qui s'étend en contrebas. Ils ne peuvent pas s'enfuir par là, ils vont être rattrapé.
Personne ne bouge. Ron à ses côtés est figé.
Le cerf approche et il n'y a aucun endroit où se cacher.
"Drago, on ne peut pas l'affronter, chuchote Ron.
-Mais on ne peut pas fuir."
Les pas se rapprochent.
