Le plus petit des Fashi
Chapitre 1/6 :QingMing était contrarié. Vraiment. Il aurait dû recevoir le courrier qu'il avait entre les mains près de trois mois auparavant mais le Bureau du Yin Yang avait fait sa mauvaise tête. ENCORE.
Depuis la mort de Zhong Xing, toute apparence de grâce et de cordialité entre le Bureau et lui étaient des rêves enterrés. Ils l'avaient envoyés à la capitale contre le serpent autant pour répondre aux dernières demandes de leur chef de secte mourant que pour se débarrasser de lui. Le taux de mortalité des maitres envoyés à la capitale pour lutter contre le Serpent était élevé. Les anciens du Bureau avaient tous espéré que QingMing ferait la chose sensible et défunterait dans le combat épique du bien contre le mal tout en laissant une bonne impression au trône envers le Bureau. Manque de bol, s'il avait laissé une excellente impression, il était revenu non seulement entier mais plus puissant que jamais.
Les anciens avaient été horrifiés non seulement de le revoir, mais qu'il exige que les dernières volonté de Zhong Xing soient lues devant toute la secte comme il était de tradition pour que chacun puisse obtenir ce qui lui revenait. Il était hors de questions que QingMing les laisse se sucrer sur le dos des autres disciples.
Ni QingMing, ni les anciens ne s'étaient pas attendu à ce que l'ancien chef de secte désigne le demi-démon comme son successeur, à la grande horreur générale.
La seule chose qui les avait sauvé d'une guerre civile était la fin de la phrase dans le testament: "Si QingMing le voulait".
QingMing n'avait pas voulu. Il avait au contraire demandé son détachement de la secte comme il pouvait le demander maintenant qu'il était un maitre reconnu pour avoir maitrisé toutes les arcanes du Bureau. Les anciens n'avaient été que trop heureux de le laisser prendre son indépendance totale ! Tant et si bien qu'ils n'avaient même pas moufté devant le reste du testament de Zhong Xing et l'avaient laissé prendre tout ce qui lui revenait. Toutes les possessions de Zhong Xing étaient siennes à présent ainsi que tous ses shishen, les quelques propriétés qu'il avait récupéré avec les années à force de sauver des gens ainsi que sa correspondance, ses livres et son réseau d'information.
Le Bureau avait hurlé lorsqu'ils avaient réalisé ce que signifiait vraiment la perte sèche de l'héritage de l'ancien chef de secte mais c'était trop tard. QingMing avait tout prit et avait quitté le Bureau pour l'un des domaines qui était à présent sien et qu'il avait toujours aimé. Il avait en partie grandit dans ses murs après tout. Et qu'il ne soit accessible que via portail ajoutait encore à la valeur du bien.
QingMing avait chargé quelques intermédiaires de vendre la plus part des domaines pour n'en garder qu'un à la capitale et un petit domaine agricole loin au sud-ouest pour avoir une certaine autonomie financière et alimentaire. Pour le reste, QingMing avait passé les mois après son retour à asseoir sa domination sur son petit domaine, à lier ou relâcher les shishen de son maitre en fonction de ce qu'ils voulaient, puis...il s'était reposé.
C'était pendant une de ses siestes sur la terrasse de la maison qui l'avait vu en partie grandir que le courrier en provenance du Bureau lui était parvenu. Le shishen qui le lui avait apporté était ronchon. Venir jusque-là avait été difficile et long. Surtout avec la mauvaise foi du Bureau. Si QingMing avait eu la lettre, c'était uniquement parce que le shishen avait envie d'ennuyer son maitre parce qu'il avait sous-entendu que son shishen était trop incompétent pour y parvenir.
QingMing avait accepté le courrier, avait remercié le shishen, et lui avait proposé de le rejoindre s'il en avait un jour assez d'être traité comme un moins que rien par son maître. L'esprit n'avait rien dit mais ce n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd.
Mais QingMing était contrarié.
Il avait ouvert le portail devant la statue de Zhuque. Elle avait été reconstruite et vibrait d'énergie. Le dieu-gardien était encore réveillé et exsudait une satisfaction étonnante. Comme s'il était extrêmement fier de lui-même.
QingMing se permit de poser une main sur la pierre pour saluer le dieu-gardien. Il versa un peu de vin devant lui, fit bruler deux bâtonnets d'encens pour lui, le remercia encore pour son aide et ses grâces avant de prendre congé. La satisfaction du dieu gardien était perceptible.
Une fois le dieu-gardien honoré, QingMing se rendit à l'observatoire céleste où le nouveau prêtre impérial en provenance de JingYun l'attendait.
"- HA ! Tout de même !"
"- J'ai reçu le courrier de votre chef de secte il y a moins de deux heures." Soupira Qing Ming
Le maitre de l'est grogna.
"- Vous auriez mieux fait de demander à Boya de me contacter, j'ai encore son lin'ger."
"- Ha ? Ca nous aurait économisé du temps effectivement. Enfin, c'est fait. Venez."
Le prêtre alla chercher deux chevaux pour l'accompagner jusqu'au temple. QingMing monta sans protester les milliers de marches
"- Au moins, je sais comment Boya garde la forme maintenant" Il avait beau être en bonne santé, il haletait un peu.
Le maitre de l'Est serra les mâchoires.
"- J'imagine qu'on a l'habitude. Vous n'avez pas quelque chose comme ça au Bureau ?"
"- J'ai quitté le Bureau. Enfin, j'appartiens toujours à la secte, mais je suis indépendant de l'Intérieur."
"- Ha. J'imagine que c'est pour ça que la lettre à mis autant de temps à vous parvenir."
QingMing hocha la tête.
Les maitres qu'ils croisèrent dans les couloirs de la secte saluèrent leur frère et dévisagèrent Qing Ming qui se contenta de sourire. Il avait l'habitude des regards en coin et du mépris. Là, il y avait juste de la curiosité. C'était... un soulagement.
"- QingMing Daren."
"- JingYun Zongzhu. Mes excuses pour mon arrivée tardive, je n'ai eu votre lettre qu'il n'y a quelques heures. Le Bureau ne s'est pas empressé de me la faire parvenir."
Le chef de secte était ce que QingMing attendait avec un premier disciple comme Boya. L'homme avait la soixante d'apparence mais la soixantaine solide. Tout en muscles, les tempes grisonnantes, il exsudait la force et l'énergie contrairement à Zhong Xing qui avait toujours paru fragile à QingMing, même lorsqu'il était petit. Avec les années, il était devenu de plus en plus frêle. Comme si quelque chose était manquant chez lui. Si QingMing avait su...
"- Je comprends. Venez, nous avons beaucoup à parler."
Les même manières franches et efficaces que Boya. QingMing appréciait même s'il regrettait l'absence de son ami. Sans doute était-il sur le terrain ou occupé à enseigner aux shidi.
Le demi-renard s'assit sur le coussin que lui présenta le chef de secte. Il accepta le thé puis attendit.
"- QingMing Daren, j'imagine que ma lettre à du vous interpeler."
"- Son manque de détail surtout, je vous avoue. Pourquoi me demander de venir séance tenante sans plus me donner de détail ? N'eusse été ma curiosité naturelle et l'espoir de pouvoir saluer Boya, je ne sais pas si je serais venu." Mine de rien, il était occupé en ce moment. Sans doute. Il devait bien faire un truc.
Le chef de secte se renfrogna.
"- C'est justement Boya le sujet de mon appel."
QingMing se raidit immédiatement.
"- Boya ? il va bien ?" L'inquiétude instantanée du prêtre en blanc fit sourire le maitre de secte.
"- Il n'est pas en danger, rassurez-vous. Mais... Ha le plus simple est sans doute de vous montrer. Venez, voulez-vous ?"
QingMing avala le fond de sa tasse de thé pour suive le vieux prêtre. Le demi-démon fut forcé de trotter derrière lui tellement les pas du chef de secte étaient long et rapides. Voir QingMing le suivre sans protester de son rythme sembla amuser le chef de secte et le satisfaire en même temps. De quoi, le demi-démon n'en savait rien, mais il lui fit pas grâce de lui demander de ralentir. Si c'était une petite humiliation mesquine comme le Bureau s'en était fait la spécialité, la remarquer ne ferait qu'en rajouter.
"- Nous y sommes."
"- Où sommes-nous ?"
"- Dans les dortoirs des shidi."
"...Les dortoirs des shidi ?"
"- Ca nous a semblé le meilleur endroit où l'installer."
"- ..Quoi ?" QingMing était perdu.
"- Vous allez comprendre."
Le chef de secte ouvrit la porte. Dans le dortoir, une vingtaine d'enfants entre six et douze ans étaient très occupés à encourager deux des leurs en train de se battre en roulant dans la poussière.
Le chef de secte se figea.
"- QU'EST-CE QUI SE PASSE ICI ?" Les gosses se figèrent à par les deux qui s'écharpaient sur le sol. "IL SUFFIT !" Rugit encore le chef de secte.
Les deux gamins finirent par se séparer lorsque leur Zongzhu les attrapa par le col pour les secouer un peu rudement. Le plus petit des deux jeta un regard meurtrier à l'autre. Un regard que QingMing reconnu immédiatement.
"- ...Boya ?"
Le gosse sursauta. Cette voix...
"- QINGMING !"
Boya marcha presque sur l'autre gosse et son chef de secte pour venir se jeter dans les bras de QingMing qui l'attrapa au vol.
"- Boya, qu'est-ce que...JingYun Zongzhu, qu'est-ce que ça veut dire ? Pourquoi Boya a sept ans ?"
"- J'ai dix ans !" Protesta le petit qui avait passé ses bras autour du cou de l'adulte et le serrait de toutes ses forces comme si sa vie en dépendait.
QingMing le serrait aussi contre lui. Il avait passé un bras sous ses fesses et avait posé son autre main sur l'arrière de son crane pour l'empêcher de tomber et se faire mal. Les autres gosses leur jetèrent un regard jaloux. Leur camarade avait un traitement de faveur de la part des adultes depuis son arrivée. En plus, il était bizarre. Les maîtres n'arrêtaient pas de le changer de chambre et de classe. Quand il était arrivé près de trois mois plus tôt, le gosse avait deux ou trois ans. Maintenant, il disait en avoir dix. Et tout le monde le dorlotait et le couvait au point d'en être ridicule. C'était la cause de l'altercation avec l'autre gosse. Boya était le chouchou de tous les professeurs. Alors d'accord, pour en rajouter une couche il était plus doué que tous les autres shidi réunis. Mais ce n'était pas une raison !
"- C'EST LUI QUI A COMMENCE!" Hurla le gosse encore par terre et qui saignait du nez.
Le chef de secte fronça les sourcils.
"- Nous verrons ça. QingMing Daren, nous avions installé Boya ici parce qu'il refuse catégoriquement de s'approcher des adultes s'il n'est pas protégé par la masse des autres gamins. Mais il semblerait qu'il n'ait pas peur de vous." Ca faisait meme des jours qu'il réclamait le prêtre en blanc.
"- Qu'est ce qui lui ai arrivé ?"
"- Si vous voulez bien que nous retournions à mon bureau..." Boya s'accrocha de toutes ses forces au demi-démon.
"- Me laisse pas encore une fois." Murmura-t-il, les larmes aux yeux.
QingMing sentit son cœur se contracter.
"- Tu viens avec moi. Promis."
Le mini fashi posa sa joue contre la sienne et se détendit un petit peu. Ils repartirent en sens inverse vers le bureau du chef de secte qui arrêta un maitre au passage pour lui rapporter ce qui s'était passé entre Boya et les autres gamins et lui demander de démêler le vrai du faux.
"- Boya était un enfant très... colérique quand il était petit. Ce n'est pas la première fois qu'il se bat contre d'autres enfants. Même... avant. Mais là, il semble avoir conservé toutes ses connaissances même si c'est de manière instinctive. Il pourrait très facilement gravement blesser quelqu'un."
QingMing se contentait de trotter à nouveau derrière le chef de secte, Boya dans ses bras. Il se rassit sur son coussin une fois de retour devant les tasses de thé mais refusa de lâcher Boya qui semblait tout à fait satisfait de l'endroit où il était. Le qi de QingMing était apaisant pour lui. Il le connaissait et lui faisait une confiance aveugle. QingMing se mit à lui frotter le dos machinalement maintenant qu'un de ses bras n'était plus réquisitionné pour s'asseoir dessus par le petit enfant.
"- Boya ? Ca va aller ? Tu n'es pas blessé ?"
"- Non. Je suis fatigué."
"- Alors dors, tu veux ?"
Le mini fashi s'accrocha aux robes de son grand ami, comme s'il craignait qu'il ne le laisse s'il s'endormait.
"- Reste !"
"- Tu vas dormir dans mes bras. Je ne te lâche pas."
Le chef de secte restait silencieux et regardait le nordiste négocier avec leur premier disciple miniature. Il était doux et attentionné, affectueux et tendre. Il berça le petit contre lui jusqu'à ce qu'il dorme et comme promis, ne le lâcha même pas pour prendre sa tasse de thé.
"- Que lui est-il arrivé ?"
"- Nous n'en savons rien, du tout."
"- Ca fait peu." Répondit drôlement le demi-renard qui se mit soudain à sourire avec affection. Boya dormait en suçant son pouce.
"- Il va s'abimer les dents."
"- J'espère qu'il n'en aura pas le temps. Depuis quand est-il comme ça ?"
"- Je vous ai envoyé une lettre le jour même."
"- Pourquoi ?" QingMing était surpris.
"- Il hurlait qu'il voulait son grand copain QingMing. Personne n'a pu l'approcher pendant quatre jours. Il a fini par s'endormir d'épuisement à force de cris et de larmes après ce temps mais il était dévasté que vous ne soyez pas là à son réveil. Je crois qu'il était à peu près sûr que vous ne vouliez pas le voir. Il a été encore plus inconsolable dans les jours qui ont suivis. Je ne crois pas qu'il ait un jour pleuré autant de sa vie que lorsqu'il s'est réveillé et que vous n'étiez toujours pas là. Mais surtout, quand nous l'avons trouvé, il avait physiquement deux ans environ. Maintenant…" Boya grandissait à une allure météoritique.
S'il n'y avait eu que ça, les maîtres de JingYun auraient simplement attendu bien sagement qu'il retrouve son âge normal mais les terreurs de l'enfant, sa violence, sa propension à mordre et à griffer au sang n'importe qui les inquiétait. Il y avait quelque chose n'allait pas, en plus de son âge.
QingMing était désolé pour son ami rendu miniature.
"- Mon pauvre Boya." Il lui caressa la joue avec douceur.
Le mini fashi soupira de plaisir dans son sommeil avant de frissonner doucement. QingMing libéra ses manches pour l'en protéger et le réchauffer.
"- Vous êtes protecteur avec lui."
"- C'est mon ami."
"- Juste votre ami ?"
"- Qu'est-ce que vous entendez par là ?"
"- Certains aurait vu Zhuque sous forme humaine. Qu'avez-vous fait, QingMing Daren ?"
Le demi-renard serra davantage Boya contre lui.
"- Rien qu'il ne m'ait demandé."
"- Expliquez ?"
QingMing soupira doucement. Il fit le résumé de leur combat contre le serpent et He Shouyue sans cacher que Zhuque sous l'apparence de Boya avait accepté d'être son shishen pour la durée du combat.
"- Je vois..." Mais Boya avait proposé. Il s'était offert à QingMing. Certes en période de crise mais de sa propre volonté. Le chef de secte ne pouvait le reprocher à qui que ce soit. "Est-il toujours votre shishen?"
"- Je vous avoue que je n'ai pas vérifié et qu'il ne m'a pas demandé. Je crois... Je crois que ni lui ni moi ne voulions le savoir. Nous avions survécut, c'était tout ce qui comptait."
"- Pouvez-vous vérifier maintenant ?"
QingMing libéra doucement sa main droite. Il porta ses doigts à sa bouche pour murmurer un sort puis effleurer le front de l'enfant des doigts. Un seiman doré apparut sur son front avant de disparaitre lentement.
"- Alors ?"
"- Alors il est à moi."
"- Je vois. Qu'allez-vous faire ?"
"- Le libérer dès que possible."
"- Est-ce une bonne idée ?"
"- Plait-il ?"
"- QingMing Daren... Après ce que vous m'avez raconté... Etes-vous sur que Boya ai survécut ? Je veux dire... Sa cognition spirituelle s'est liée à Zhuque et a abandonné son corps pour cela. Est-ce... est-ce que Boya n'habiterai pas simplement son corps mort ?"
"- Je ne vois pas comme..." Les yeux de QingMing s'agrandirent soudain démesurément avant qu'il ne les baissent sur l'enfant. " Ce...Où l'avez-vous trouvé ainsi ?"
"- Au retour d'une chasse. Il ne revenait pas. Nous avons envoyé de l'aide et ses collègues l'ont trouvé ainsi. Enfin… Agé d'environ de deux ans."
"- Combien de temps avait-il de retard sur son retour programmé ?"
"- Deux grosses semaines. Presque trois."
QingMing fit un rapide calcul. Deux ans après près de vingt jours….Dix après une grosse centaine de jours…C'était raccord.
"- ...Renvoyez des chasseurs s'il vous plait."
"- Que voulez-vous qu'ils cherchent ?"
"-...Son cadavre."
Le chef de secte avait pâlit.
"- Vous pensez..."
"- Si ce que vous proposez est possible, alors... Ce petit bouchon est mon shishen. Juste mon shishen. Un shishen qui est né de la vraie mort de Boya et qui grandit depuis à raison d'environ un an tous les dix jours.
Le chef de secte se leva rudement pour réclamer à grand cris des hommes pour aller à la recherche du corps de Boya. Tant et si bien que l'enfant se réveilla dans les bras de QingMing, un peu inquiet. Il se détendit néanmoins dès qu'il réalisa qu'il était confortablement installé dans les bras de son ami du nord.
