Ndla : Bonjour, bonsoir ! Veuillez m'excuser pour le retard, j'avais complètement oublié ! C'est le risque lorsqu'on a plus l'habitude de publier, on oublie très vite. Je ne vous retiendrais pas plus longtemps du coup, je vous laisse avec le chapitre.
Avant cela, je tiens à remercier Umichan17, Yz3ut3 et Stella pour leur review ! Ce fut un grand plaisir de lire vos retours, j'espère que ce chapitre vous plaira.
Bonne lecture à vous !
Association insolite
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Chapitre 2
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Il ne revint dans les parages que le lendemain, sans trop savoir comment, persuadé qu'il avait été d'être perdu. Il avait vu le camion-restaurant au loin, incapable de comprendre comment il avait pu y revenir en marchant droit devant lui. Sa conscience lui souffla impitoyablement qu'il n'avait fait que tourner en rond.
En réalité, il aurait été difficile de rater le camion. Il flamboyait dans ce paysage grisâtre. Écarlate, à l'exception de ce lion doré, dressé sur ses pattes arrières, la gueule grande ouverte. Le créateur de ce design avait cru bon de jeter au clou la subtilité et de nommer le camion-restaurant « Le Lion d'Or ». Nom qu'on pouvait lire sous cet espèce de blason.
En approchant, le voyageur crut entendre des éclats de voix. Le ton montait dangereusement d'un côté quand on restait serein de l'autre. Le sabreur n'aimait pas l'idée d'être entre deux feux, surtout s'il n'avait pas allumé ceux-là. Il aimait encore moins l'idée de laisser une altercation mal tourner alors qu'il aurait pu intervenir.
Le temps de contourner le camion-restaurant, un homme mal attifé s'en éloignait déjà à grands pas. Le cuistot était adossé à son véhicule, clope au bec. Une main sur un de ses sabres, le voyageur attendit que le rouquin s'éloigne.
― Qu'est-ce qu'il voulait lui ?
Le sabreur avait cru que ce mec allait retapisser le camion-restaurant du sang de son propriétaire.
― M'emmerder, répondit ce dernier. Certains feraient n'importe quoi pour manger à l'œil ou pour se faire du fric sur le dos des autres.
Le voyageur se désintéressa du sujet de façon immédiate. Sa curiosité venait d'être rassasiée.
― Je te dois combien pour hier ?
Le regard du blondin se fixa sur son interlocuteur, l'espace de quelques secondes, avant d'embrasser l'horizon.
― Rien. Je sais reconnaître un type qui crève de faim. Je ne pense pas que ce soit par plaisir ou pour sauver tes petites économies que tu t'es affamé.
Pas vraiment non. Le sabreur aurait été bien embêté si on lui demandait de l'admettre.
― Distribuer de la bouffe gratuite, c'est pas un plan financier très sûr, si ?
Le blondinet roula des yeux. Il ne s'intéressait pas vraiment à ses hypothétiques problèmes d'argent. Vu la dégaine du camion et de son propriétaire, il était pas difficile de deviner qu'il avait affaire à un gosse de riche. Il ne devait pas trop se soucier d'avoir assez de fric pour tenir jusqu'au lendemain.
― T'auras toujours de quoi manger ici. Je dis ça, parce que t'as l'air d'être un de ces abrutis trop fiers pour demander. Je suis sympa, je t'épargne cet effort.
― Trop généreux, monseigneur.
― La ferme.
Le cuistot écrasa le mégot dans un cendrier disposé sur le siège passager avant de le jeter dans la poubelle la plus proche.
Trop généreux et surtout tellement modeste, se dit le sabreur. La condescendance de ce gars semblait sans limite et c'était seulement leur deuxième conversation, si on considérait les quelques mots échangés la veille comme tels.
― C'est pas le tout mais j'ai un restaurant à faire tourner, reprit le cuistot en tirant la portière de son camion vers lui. C'est bientôt l'heure du déjeuner. Je t'apporte ta part, je suppose que t'es venu pour ça… ?
Ne pas dire qu'il s'était perdu et retrouvé là par hasard. Surtout ne pas lui tendre cette perche.
― Ben…
L'œil visible du blondinet s'écarquilla.
― Tu venais juste pour régler ton ardoise ?
― Heu…
Trouver un dérivatif, biaiser ou tourner autour du pot n'avait jamais été son point fort. Peu disert de nature, et parce que l'honnêteté paraissait moins pénible que devoir entretenir le mensonge, jusqu'à ce jour, il ne lui avait jamais effleuré l'esprit d'affabuler.
L'œil du cuistot se plissa soudain, comme si une idée venait de finir de faire son petit bout de chemin en collectant toutes les preuves au passage.
― Tu t'es perdu ? T'es passé dans le coin par hasard ?
― Oui.
Voilà. Bon. Le voyageur était à la fois embarrassé et soulagé que la vérité sorte mais ne vienne pas de lui. Il se tendit en voyant l'autre hésiter entre une franche tranche de rigolade et de la pure consternation.
― C'est à se demander si la nature fait son boulot correctement. Au niveau de la sélection naturelle, je veux dire.
― J'ai pas besoin de tes réflexions. Pour un voyageur itinérant, je trouve que tu juges beaucoup.
― Loin de moi cette idée, tête de mousse. Au contraire, tu as toutes mes félicitations pour avoir survécu jusqu'ici.
― Comment elle m'a appelé, la spirale anti-moustique ?
Le sourcil incriminé se haussa sous le coup encaissé.
― Je vais mettre ces derniers mots sur le compte de la faim et de l'humiliation que tu viens de subir. Je ne veux pas me battre à côté de mon restaurant et tu n'as pas envie de goûter à mon pied dans ta tête.
Il était sérieux. Quelque chose dans ce regard l'incitait à le croire.
― Si je me suis déjà pas occupé de ta jolie petite gueule.
Sa main se resserra sur un de ses sabres, par réflexe plus que par réelle menace. Le cuistot ne daigna pas y poser ne serait-ce qu'un regard, soutenant le sien sans faillir.
― J'ai vraiment pas le temps de t'apprendre les bonnes manières.
Là-dessus, le blondin monta dans son véhicule et referma la portière. Une fin de non-recevoir. A bien y réfléchir, le sabreur ne s'était pas entendu à autre chose. Il ne voulait pas se battre avec lui. Ç'aurait été bien ingrat de sa part. Et en même temps… on ne pouvait pas dire que son bienfaiteur malgré lui avait un caractère des plus faciles.
Quand même, cette fin laissait un goût amer dans la bouche. Il aurait voulu ne pas réagir aussi violemment. Sa fierté faisait qu'il s'éloignait déjà.
― T'oublie pas un truc ?
L'interpellé se retourna, passant instantanément de la colère à la stupéfaction. Le cuistot avait déposé une assiette sur le comptoir, maintenant bras croisés avec une certaine impatience.
― J'ai promis un repas alors mange tant que c'est chaud, ajouta-t-il. Qui sait si tu réussiras à trouver ton chemin ce soir !
Son esprit de contradiction lui intimait de poursuivre son chemin, d'aller envoyer paître ce blondinet et sa morgue. Sa raison lui fit faire demi-tour pour s'emparer du mets.
― Qu'est-ce que tu veux boire avec ça ?
― Une bouteille de saké, c'est parfait avec une pièce de viande.
― Un jus d'orange, ça ira.
Pas si charitable finalement.
― Je n'encourage pas à la consommation abusive d'alcool.
― Alors à quoi ça sert de me poser la question ?
― Tu demandes carrément une bouteille, c'est louche. Je veux pas que tu la siphonnes et ailles semer la zizanie en étant soûl. Je tiens pas à faire de vague.
La logique se tenait, si on écartait soigneusement l'hypothèse plus que probable qu'il avait affaire à un fils à papa. Dans un coin de sa tête, son bon sens lui souffla qu'il avait assez usé de la patience de ce cuistot mal luné pour se permettre une autre pique.
Le sabreur but le jus d'un trait, le repas vite engloutit. A la première bouchée, le cuistot lui avait tourné le dos pour être à ses fourneaux, comme il l'avait fait la veille.
― Déjà ? s'étonna-t-il en entendant l'assiette être reposée sur le comptoir. C'était pas bon ?
On haussa les épaules à l'extérieur.
― De la bouffe quoi.
Un soupir lui vint spontanément face à cette navrante réponse.
― Je te dois toujours rien, t'es sûr ?
― Certain.
Le sabreur ne savait plus quoi faire de sa peau maintenant. Le voyant embourbé dans son dilemme, le cuisinier ajouta :
― Il n'y a pas de piège. Tu peux repartir.
Ce que le sabreur fit, déconfit.
Lorsqu'il revint, la nuit était déjà tombée. Il décida de la passer sous l'arbre du parterre face au camion-restaurant. Gain de temps et d'énergie. Pas besoin de se voiler la face, le blondin ne serait pas dupe non plus. Ici, au moins, il serait tranquille.
Jusqu'au lendemain.
― Hé, le cactus !
L'œil ombrageux se braqua sur l'importun.
― J'ai besoin d'aller faire des courses, garde mon camion s'il te plaît.
Rien dans cette phrase ne ressemblait de près ou loin à une question.
― Et si je veux pas ?
― Je te laisse pas le choix. Y a qu'ici que tu te restaures. C'est dans ton intérêt.
Pour quelqu'un qui ne tenait pas d'agenda sur les autres, il avait l'air assez informé.
― T'as pas peur que je te pique ton joujou ?
Au bout des doigts fins dansèrent des clés.
― Et si je parviens à faire sans ? A… bidouiller…
― "Bidouiller", ouais, parce que t'as l'air d'être le genre de gars à savoir "bidouiller"...
― D'accord alors si je vidais ton frigo ?
― Tu m'as pas entendu ? Pourquoi je vais faire des courses à ton avis ? De toute façon, si tu vidais le peu qui reste, tu me rendrais un fier service.
Le sabreur fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'il y gagnait du coup ? A l'exception des maigres provisions restantes ? Lui qui comptait avoir un repas copieux au lever se voyait bien attrapé.
― Une bouteille de saké pour toi si je la retrouve comme je l'ai laissée. Provisions non comprises.
Vendu.
Première fois qu'on lui tournait le dos avec autant d'insouciance. Le blondinet était pas très finaud pouvait-on se dire. Pourtant, il percevait de la tension dans ce corps chétif. Qu'il ose y diriger sa lame, rien qu'une fois. Il serait bien reçu. Cette certitude venait de s'ancrer dans son esprit.
Au fil des jours, d'une façon ou d'une autre, il se retrouvait toujours devant cet arrogant blondin et son camion-restaurant. Du matin au soir, le cuistot avait une assiette pour lui, chaude comme s'il venait de la lui préparer. Il avait la vilaine impression que c'était devenu son repère. Son inconscient devait le considérer comme tel, vu à quel point le tout détonnait dans le paysage citadin.
― Qu'est-ce que tu fous là, toi, au final ?
La question avait été lancée, bougonne, de la part du sabreur. De l'autre côté, on passa sur l'agressivité passive. Une habitude vite acquise. L'expérience, sans doute.
― Je propose des cours de danse, ça se voit pas ? À la place de ton cerveau, c'est aussi de la pelouse ?
Il tendit une généreuse assiette pour l'empêcher de répondre à cette pique. L'affamé se satisfit d'un grognement qui aurait tout aussi bien être vu comme de la colère ou de la satisfaction.
Le voyageur à la crinière plus verte que n'importe quel parterre des environs était étonné que le cuistot n'ait pas été dépouillé et son camion désossé. Ou, dans le meilleur des scénarios, soit parti au bout de quelques heures.
― Pas grand-monde s'éternise dans le coin, j'veux dire.
Il avait assez roulé sa bosse pour reconnaître les endroits où le séjour n'était pas conseillé pour une catégorie assez précise de personnes. Le rouquin de l'autre jour en était la preuve.
― Il y a des beautés insoupçonnées qui m'incitent à rester.
Un sourire enjôleur apparut à ses lèvres tandis que le regard du cuisinier sauta par-dessus l'épaule de son interlocuteur. Celui du sabreur le suivit et vit le petit groupe de jeunes femmes qui saluaient le chef avec enthousiasme.
― Mais au lieu d'avoir des belles plantes à mon établissement, je me retrouve avec…
― Une plante verte, oui, j'ai compris.
Le cuistot l'observa dévorer, avec une satisfaction péniblement dissimulée, le plat offert.
― Je pourrais te retourner la question. Question tache dans le paysage, on fait pas mieux.
― Qu'est-ce que t'en sais ? Tu mènes ta petite enquête ?
― Ma vie ne tourne pas autour de ta personne, je te ferais dire. Et je suis pas flic.
Le cuistot parut pensif avant d'ajouter :
― Plus sérieusement, je pense partir demain.
Contre toute attente, l'épéiste fut surpris par l'annonce. Réaction tellement honnête de la part de ce type impassible que le cuisinier se sentit obligé de développer.
― Le prends pas comme ça. J'ai pas ce camion pour rien. Je cherche un lieu bien précis…
Il restait vague à escient.
― Je pourrais t'accompagner ?
Ce fut au tour du cuistot d'être étonné. L'épéiste se fit maladroit, ses mots sortaient de sa bouche sans filtre, ce qui était habituel, mais sans qu'il n'ait plus d'emprise sur eux.
― Tu cherches quelqu'un, je cherche un endroit… On peut dire que nos intérêts coïncident non ?
― Ouh, réfléchis pas trop, les algues qui te servent de chevelure vont s'assécher sinon.
― T'as peut-être besoin d'un garde du corps ? Pour éviter les emmerdes ?
Dans l'unique œil visible du chef avait brillé une indignation de mauvaise augure.
― J'ai pas besoin d'une algue défraîchie pour assurer ma sécurité.
Le sabreur prit appui sur le comptoir, son regard cherchant une arme, quelque chose d'approchant pour permettre au coq de se défendre.
― Mes couteaux coupent fruits et légumes ou de la viande déjà morte à la rigueur, reprit le cuisinier. Pas des gens.
― Alors je vois pas comment tu fais long feu dans les quartiers chauds.
― Essaye un peu, pour voir.
Le sourire était plein de défi. Il aurait confirmé tous les doutes qui aurait pu subsister sur ce blondinet provocateur.
― Vu ton caractère, j'imagine bien que t'es pas du genre à te faire que des amis, grommela le voyageur.
― Je te retourne le compliment. Je me trimbale pas avec des algues que je ne peux pas cuisiner.
Le cuistot récupéra assiette et couverts pour les plonger dans l'eau fumante de l'évier derrière lui.
― Ben…
Le sabreur passa une main dans ses courts cheveux verts, bien embarrassé. Il voyait bien qu'il ne survivrait pas deux jours sans son point de repère, non ? De repère à repaire il n'y avait plus qu'un pas, au point où il en était, il avait décidé de le franchir. Maintenant qu'il avait trouvé une solution à ce problème récurrent qu'était celui de se sustenter… Éviter de peu de mourir de faim n'était pas un exercice particulièrement plaisant.
― Faudra te rendre utile alors. Pis niveau literie, le choix est vite vu. Un hamac ou rien.
― Je suis pas regardant. Un bout de tissu accroché aux murs, ça ira très bien.
― C'est le principe même d'un hamac, mauvaise herbe !
Le cuistot se tut quelques secondes, comme s'il imaginait déjà les conséquences de sa décision.
― Ton nom ? T'appeler "hé" ou "oh", ça va finir par me fatiguer.
― … Roronoa Zoro.
― Sanji.
― Juste Sanji ?
Pas son genre d'être curieux à propos de quoique ce soit. Depuis le premier jour, son peu d'imagination s'était figuré qu'un type aussi maniéré, aussi soigné, avait un nom de bourgeois, au minimum. Un nom en trois ou quatre mots. Le luxe suggéré par le design de son camion-restaurant y concourrait.
― Ouais. "Juste". Je t'embauche comme garde du corps, puisqu'il paraît que je suis une cible facile. Tu veux être payé j'imagine ?
― Deux repas par jour, si possible.
En quelques pas, Sanji atteignit la portière qu'il ouvrit d'une poussée enthousiaste.
― Marché conclu. Grimpe !
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à suivre...
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Ce sera tout pour cette semaine ! Je vous présente une nouvelle fois toutes mes excuses pour le retard !
A vendredi prochain ! (Promis, cette fois, je le mettrai sur mon calendrier)
