Petite précision pour ce chapitre : il faut considérer que dans cette histoire il y a plusieurs professeurs par matières ( comme dans un lycée standard )

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Minerva McGonagall était assise dans son bureau, en train de relire pour la troisième fois l'essai de son élève, Esteban Morolla. Elle avait fait sa connaissance en septembre dernier, alors qu'il rentrait en cinquième année. Elle l'avait déjà croisé auparavant bien sûr, mais elle n'était alors pas son professeure et ne lui avait jamais adressé la parole. Or l'été dernier, Dumbledore avait décidé qu'à partir de la rentrée chaque élève devait avoir son directeur de maison comme professeur. Évidemment McGonagall avait salué cette décision. Il était stupide de diriger la maison d'élèves qu'on n'avait jamais eu en cours. Cependant elle avait tout de suite réalisé qu'elle aurait alors, pour la première fois, Esteban Morolla comme élève, et cela la mettait très mal à l'aise, pour une raison simple : quand elle voyait ce garçon elle ne pouvait s'empêcher de penser à Antonio Morolla. Elle avait très bien connu Antonio, comme élève et puis plus tard comme membre de l'Ordre du Phœnix, et elle n'arrivait pas à voir son fils sans penser à lui et à Lily. Or ce garçon n'était pas son père, il ne l'avait même jamais connu, et elle allait devoir faire très attention à ça. Elle s'était donc préparée psychologiquement à son premier cours avec lui, mais il se trouva face à elle bien plus tôt que ce qui était prévu.

-Le professeur Chourave m'informe que vous avez eu des propos déplacés pendant la visite du ministre de la Magie ?

Fudge avait décidé de se rendre à Poudlard pour expliquer aux élèves son plan d'action pour attraper Sirius Black. Cela avait exaspéré McGonagall, mais Dumbledore lui avait dit que cela donnait l'impression au ministre que l'équipe de Poudlard le soutenait, et c'était aussi la confirmation que le ministère n'avait pas la moindre idée d'où se trouvait l'homme qu'il recherchait.

-J'ai juste dit à Fudge que s'il n'avait toujours pas trouvé Sirius Black au bout de six mois à ne rechercher que lui, c'est que son plan d'action ne devait pas être très efficace, et qu'il ferait mieux de laisser tomber cette affaire et de se consacrer à d'autres choses plus importantes. Comme rechercher des fascistes qui tuent vraiment des gens, par exemple.

McGonagall blêmit, puis elle remonta ses lunettes sur son nez en regardant le garçon qui était assit en face d'elle dans son bureau.

-Pardon ?

Elle ne savait même pas par quoi commencer.

-Vous vous rendez compte que vous avez à moitié suggéré au ministre que Sirius Black était innocent ?

-Mais il l'est !

-Morolla, vous savez certainement qu'à peu près l'ensemble du monde magique est au courant que votre père était le meilleur ami de Sirius Black. Alors qu'est-ce que vous essayez de faire au juste ? Que Fudge découvre que vous le protégez et que vous vous retrouviez tous les deux à Azkaban ?

-Je suis désolé mais mon raisonnement est très logique, n'importe qui aurait pu faire cette réflexion !

Cette fois la professeure n'arrivait plus à garder son calme.

-Mais personne ne l'a faite ! Car personne ne parle ainsi à Fudge ! Enfin, c'est le ministre de la magie !

-Et alors ? S'était exclamé Morolla. C'est pas pour ça qu'il a le droit d'être épargné de réflexions qu'on ferait à n'importe qui d'autre.

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Les semaines suivantes n'avaient été que la répétition de cet après-midi là. Pendant les cours de métamorphose Morolla ne disait que ce qu'il pensait, sans se préoccuper du fait qu'il s'adressait à un professeur, et cela rendait McGonagall folle, alors elle lui donnait des heures de colle et lui répétait qu'un élève devait du respect à ses ainés, ce qui était un principe avec lequel Morolla était en total désaccord. Esteban Morolla se retrouva avec des heures de colle presque tous les soirs, et des fois une petite voix dans la tête de McGonagall lui disait qu'elle allait trop loin, que ce garçon ne méritait pas autant d'acharnement, et que peut-être, même si elle avait honte de l'avouer, elle était juste déçue de se rendre compte qu'Esteban n'avait pas du tout le caractère jovial de son père. Et elle avait repensé à Antonio et Lily, et s'était dit qu'ils seraient sans doute peinés de savoir qu'elle traitait leur fils de cette manière. Ainsi, quand Esteban arriva dans son bureau mardi dernier pour une énième heure de colle, elle lui tendit une feuille et lui dit :

-Visiblement Morolla, nous n'arrivons pas à nous comprendre. J'aimerais donc que pour ce soir vous me rédigiez un essai m'expliquant votre comportement. De cette façon, vous pourrez dire ce que vous avez sur le cœur, calmement, et sans que je vous interrompe.

Esteban l'avait regardé en fronçant les sourcils, comme s'il s'attendait à un piège, mais prit finalement la feuille, et ce n'est que trois heures plus tard qu'il l'a tendit à son professeure. Celle-ci le congédia et commença à lire l'essai. Elle n'avait jamais rien lu d'aussi brillant. Morolla avait une façon de manier les mots et d'argumenter qui était incroyable. Il lui disait qu'il considérait que toutes les personnes devaient être traitées à égalité, et qu'un ministre ou un professeur ne devait pas avoir le droit à plus de considération qu'un adolescent. Ainsi la situation se calma, et même s'il arrivait que le caractère vielle école de McGonagall refasse surface devant les remarques de Morolla, et qu'Esteban vienne de temps en temps frapper à la porte de son bureau pour faire son heure de colle, elle se mit à vraiment apprécier cet élève et à le reconnaître pour ce qu'il était : un garçon qui se méfiait des adultes, dont les histoires avaient conduit à la mort de ses parents et à l'emprisonnement de son parrain innocent, mais un garçon qui était malgré tout attachant.