Minerva McGonagall était en train de dîner dans la Grande Salle quand sa collègue, le professeur Chourave, vint la voir :
-Je voulais vous prévenir Minerva, que j'ai eu cours avec les septième années de Gryffondor tout à l'heure, et que Morolla était absent. Ses camarades ne semblaient pas savoir où il se trouvait.
-Ah bon ? Et il n'était pas à l'infirmerie ?
Esteban Morolla avait refait une crise de respiration il y a quelques semaines. Thibault Tédor, le pneumologue, avait un jour demandé à Minerva de le tenir au courant si cela se produisait, qu'il se rendrait à Poudlard pour l'examiner, mais quand cela était arrivé il n'était plus là pour être prévenu.
-Je suis allée voir mais non, Mme Pomphrey m'a assuré ne pas l'avoir vu.
McGonagall fronça les sourcils. Elle trouvait que son élève s'attirait déjà assez d'heures de colle comme ça pour pouvoir se permettre en plus de sécher les cours. Elle alla consulter l'emploi du temps de ses septièmes années puis alla voir le professeur de sortilèges.
-Excusez moi, vous avez bien eu cours avec les septième années cet après-midi ?
-Oui c'est exact.
-Est-ce que Morolla était présent ?
-Non. D'ailleurs, maintenant que vous m'en parlez, j'ai eu cours avec les sixième années ce matin et Miss Granger était elle aussi absente.
-Pardon ?
McGonagall commença à paniquer. Ça ne pouvait pas être un hasard qu'ils aient été tous les deux absents aujourd'hui. Elle se rendit dans la salle commune de Gryffondor et les chercha du regard sans les trouver. Elle décida alors d'appeler Marie Delto et Louis Tavernier et les emmena dans une salle de classe vide. Elle alla droit au but.
-Où sont Miss Granger et Morolla ?
Les deux ados se regardèrent puis Louis murmura :
-On ne sait pas…
McGonagall soupira.
-Écoutez, je sais que ce sont vos amis et que vous cherchez à les protéger mais croyez-moi il vaut beaucoup mieux pour eux que je les trouve avant Dolorès Ombrage.
Marie déglutit.
-Je vous promet, on ne sait pas où ils sont. Justement, on était en train de parler de ça quand vous êtes arrivée. Ce matin on était en chemin en cours et Hermione m'a dit qu'elle devait remonter dans le dortoir car elle avait oublié un livre, et que je ne devais pas l'attendre, puis je ne l'ai plus revue. Louis m'a dit qu'il s'était passé la même chose avec Esteban.
McGonagall pâli puis elle se dirigea vers le dortoir des garçons à grand pas, suivie par Louis et Marie qui étaient tout désorientés. Une fois arrivée elle s'arrêta net, voyant exactement ce qu'elle craignait. Toutes les affaires de Morolla avaient disparu, et sur le lit de Louis était posée une enveloppe à son nom. Elle fit demi-tour et quitta la pièce, en laissant planté derrière elle ses deux élèves désemparés. Elle ne prit pas la peine d'aller voir dans le dortoir des filles, sachant qu'elle y trouverait la même chose, et se rendit dans son bureau où l'attendait une enveloppe similaire à celle de Louis. Elle s'assit puis resta longtemps immobile à contempler les lettres qui formaient son nom, de la même écriture que celle qui avait majoré tous les devoirs de l'année, puis après un long moment elle se décida à l'ouvrir. La lettre n'était pas très longue : Morolla lui disait qu'il était parti avec Hermione, qu'ils avaient bien réfléchi avant d'agir et qu'ils allaient s'occuper de Teddy Tédor. Il passa également du temps à lui assurer qu'ils allaient continuer leurs études par correspondance et qu'ils espéraient passer le Concours de Fin d'Etudes dans un an. McGonagall se prit le visage dans les mains. Il n'y avait absolument rien de raisonnable dans cette lettre : ils étaient beaucoup trop jeunes pour s'occuper d'un enfant, et il était impossible de préparer le CFE en un an. Morolla ne lui précisait pas où ils étaient partis, mais elle n'avait pas besoin de ça pour le savoir. Il n'y avait qu'un seul endroit possible : Square Grimmauld. En une heure elle pouvait les avoir ramené ici, sans que ça se sache. Mais, sans vraiment être sûre du pourquoi, elle savait qu'elle ne le ferait pas.
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Hermione était assise à la fenêtre de la chambre d'Esteban à Londres, regardant la pluie tomber par la fenêtre. Arriver ici s'était avéré beaucoup plus simple qu'elle ne le craignait. Ils avaient quitté Poudlard au milieu de la matinée, quand tout le monde était trop occupé en cours pour remarquer que deux élèves traversaient le parc avec leur valise. Une fois à Hogsmead ils avaient pris un train pour Londres. Elle s'était cachée sous la cape d'invisibilité le temps qu'Esteban achète son billet. Le contrôleur avait regardé le garçon d'un air suspect, mais Esteban lui avait montré sa carte d'identité qui indiquait qu'il était majeur et l'homme ne trouva rien à lui dire. Quelques heures plus tard ils avaient rejoint la capitale, et il ne leur resta plus qu'à prendre un bus pour arriver à Square Grimmauld, où les attendait un Sirius qui avait du mal à dissimuler sa joie.
Hermione et Esteban avaient passé la nuit dernière à rédiger des lettres pour chaque membre de leur groupe de défense ( mis à part bien évidemment Suzie Capel dont le front était toujours barré du mot « traître » ), mais Hermione ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable de partir comme ça, sans avoir prévenu Marie. Elle savait que son amie allait lui en vouloir, mais elle n'avait pas pu faire autrement. Si elle lui en avait parlé celle-ci aurait tout fait pour la convaincre de rester à Poudlard, et ça aurait été encore pire. Poudlard. Elle n'arrivait pas à se dire qu'elle n'y retournerait plus jamais. Que ce matin était la dernière fois qu'elle avait vu la Grande Salle avec son plafond qui n'avait jamais cessé de la fasciner, la salle commune de Gryffondor dans laquelle on se sentait toujours bien, et tant d'autres endroits qu'elle n'oublierait jamais. Elle avait demandé à Esteban dans le train si Poudlard allait lui manquer ; il avait simplement haussé les épaules mais Hermione le connaissait trop bien maintenant pour croire qu'il n'allait pas repenser au château avec nostalgie.
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Remus arriva enfin à Square Grimmauld, à quatre heures du matin. Sa mission pour l'Ordre l'avait épuisé. Pourtant, il n'avait pas été très concentré sur sa tâche, trop occupé à penser à Esteban et Hermione. Il n'était pas du tout d'accord avec Sirius qui approuvait leur décision. Pour lui, ils étaient trop jeunes pour quitter Poudlard et surtout beaucoup trop jeunes pour élever un enfant. Il soupira. D'après la lettre d'Esteban, ils devaient être arrivés dans l'après-midi la veille. Il essayera de leur parler le jour venu. En arrivant dans la maison il fut surpris de voir de la lumière venant de la cuisine. Il arrivait que Sirius veille un peu, mais jamais aussi tard. Remus alla ouvrir la porte et s'arrête net sur le seuil. Esteban était assit sur une chaise, avachi et l'air épuisé, avec un verre plein dans les mains et une bouteille d'alcool posée sur la table. En voyant Remus il eut un sourire triste et murmura :
-Salut.
-Tu ne dors pas ? Demanda Lupin en essayant de refouler l'angoisse qui montait en lui.
-Je suis un peu insomniaque ces temps-ci.
Lupin alla s'asseoir à côté de lui et demanda d'un ton s'efforçant d'être calme :
-T'as bu combien de verres ?
Esteban haussa les épaules puis, avant que Remus n'ai pu ajouter quoi que ce soit, il dit d'une voix rauque :
-Ça a été la pire année de ma vie.
Lupin posa sa main sur l'épaule du garçon qui enfouit son visage contre lui et fondit en larmes. Remus le serra contre lui, complètement désemparé. C'était la première fois qu'il le voyait pleurer.
-Ça va aller Esteban. La guerre est en train de se terminer, et à notre avantage. Tout ira mieux après.
Il hésita un instant, puis sentant le garçon sangloter contre lui il ajouta :
-Et quelque soit la décision que vous prendrez Hermione et toi on sera là pour vous soutenir Sirius et moi.
