Disclaimer : Comme tout le monde le sait, « Harry Potter » et ses personnages appartiennent à JK Rowling (merci à elle de nous les prêter). Cette histoire, par contre, est à moi.

MERCI à loulia, Zeugma, Guest, Kyradelacour, darkcorbeau, DinaChhaya TalaNokomis, Juliana, Steph Rogue, Daidaiiro, Fanny, Kahouette, Emma et Cicidy, pour vos reviews sur le chapitre précédent.

N/A : Un chapitre un peu plus introspectif, conséquence directe du précédent. N'oublions pas que les réflexions sont écrites du point de vue des personnages, et peuvent donc être faussées par leur sensibilité ou leur vision personnelle des choses.

A tous ceux qui ont mis cette histoire en favoris ou en alerte, et à tous les lecteurs anonymes, merci à vous aussi… mais pensez qu'une petite review, en plus, serait énormément appréciée, à la fois par l'auteur… et par sa muse (une petite motivation supplémentaire est tout ce qui lui suffit, certains jours, pour contrer sa tendance à la paresse !)

Enjoy & Review !


Troubles

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Severus était retourné à Oxford dès leur repas, pris dans un silence gêné, terminé, après avoir obtenu d'Hermione la promesse de prendre une dose de potion de Sommeil sans Rêves avant de dormir. Lui-même ne s'était pas couché. Il savait qu'il ne pourrait pas fermer l'œil, et il avait besoin de faire le point sur ce qu'il s'était passé un peu plus tôt. L'impulsion qui l'avait poussé à embrasser Hermione, bien sûr, mais surtout, l'impression dérangeante qui s'en était suivie. Jamais jusqu'à maintenant, il n'avait éprouvé d'attirance pour aucune autre fille que Lily, et d'ailleurs, quelle fille se serait laissée aller à trouver Severus Snape, celui que les Maraudeurs appelaient le bâtard graisseux, à son goût ? Et pourtant Hermione ne s'en était pas offusquée. Elle ne l'avait pas repoussé, mieux, elle avait répondu à son baiser, et avait même semblé y prendre un certain plaisir.

Pour la première fois de sa vie, le jeune homme ne savait plus quoi penser, lui qui se targuait d'avoir un contrôle quasi absolu sur son esprit.

C'était du désir, uniquement du désir ! Il s'était laissé trahir par ses hormones… et aussi peut-être par sa jalousie envers Potter. Jalousie ravivée par le récit que la jeune fille lui avait fait de son après-midi. Il ne comprenait toujours pas pour quoi elle ne l'avait pas repoussé, mais Hermione méritait mieux que ça… en tout cas mieux que lui, qui, d'après ce qu'il avait compris, avait passé des années à la critiquer et à la dévaloriser !

Il aimait toujours Lily, de cela il était certain. La douleur latente dans sa poitrine lorsqu'il pensait à elle, lorsqu'il l'imaginait dans les bras de James, lui était un constant rappel de ce qu'il avait perdu. Mais étrangement, cette même douleur, qui jusqu'à encore récemment ravivait sa haine pour le chef des Maraudeurs, déclenchait maintenant de plus en plus souvent autre chose en lui. Une impression de manque, l'attente insaisissable de quelque chose qu'il ne pouvait définir, un sentiment de suspension, qui restait encore confus, mais qu'il savait instinctivement ne pas être lié à la jeune fille… et qu'il avait de moins en moins envie de combattre.

C'était déconcertant, et son esprit rationnel détestait ce qu'il ne pouvait expliquer.

Même s'il n'avait pas entrevu l'avenir, il était assez honnête avec lui-même pour comprendre que Lily n'avait jamais éprouvé à son égard autre chose que de l'amitié, et qu'elle ne serait jamais pour lui. Dans ce qui avait été son premier futur, Lily était morte en partie par sa faute, et la seule chose qui l'avait empêché de sombrer avait été de s'accrocher, de façon obsessive, presque malsaine, à cet amour non partagé. En repoussant toute autre forme d'attachement, il s'était volontairement dépouillé d'une partie de son humanité.

Au fond de lui-même, il n'avait pas envie de devenir ce qu'il avait entrevu dans la Pensine. Il n'avait pas envie de devenir l'homme que lui avait décrit Hermione. Dans ce nouveau chemin qu'il s'ouvrait devant lui, Lily lui avait pardonné, et lui, ne livrerait pas la prophétie à Voldemort. Dans un sens, cela apaisait un peu la culpabilité qu'il avait trainée depuis la fin de leur cinquième année envers son amie, et il savait que quoi qu'il arrive, il n'en serait pas responsable. Mais s'il commençait, même inconsciemment, à accepter qu'elle puisse se lier à un autre que lui, fusse ce crétin de Potter, il refusait d'accepter qu'elle doive mourir d'ici trois ans.

Octobre s'étirait dans une grisaille pluvieuse, et le froid était déjà bien installé. Hermione resserra autour d'elle le châle de laine couleur de feuille morte, qu'elle avait trouvé dans un tiroir de la commode de sa chambre, et qui avait dû appartenir à Eileen Snape, et raviva la flamme bleue, prisonnière du bocal qu'elle avait posé près d'elle. Elle avait neutralisé les courants d'air, et un feu ronflait haut et clair dans la cheminée, mais malgré tout, les vieux murs semblaient suinter le froid et l'humidité. Elle était assise au bureau qu'elle avait métamorphosé à partir d'un vieux cendrier sur pied qui n'était plus d'aucune utilité, dans le salon. Les manuels scolaires de septième année de Severus étaient étalés autour d'elle, sur la table, ou empilés par terre, ainsi que plusieurs cahiers, des stylos et des crayons moldus. Aussi bien pour elle que pour Severus, les parchemins, plumes et encriers étaient réservés au monde sorcier. Mais depuis un bon moment, elle fixait le vague, le menton appuyé sur ses mains. Elle s'efforçait de ne pas penser. Ne pas penser à ses parents, à ses amis, à tout ce qu'elle avait perdu. Parfois elle se sentait comme une naufragée rejetée sur un rivage à la fois inconnu et étrangement familier.

Si elle allait à Londres, à son ancienne adresse, rencontrerait-elle ses parents ? Vivaient-ils déjà là ? Ses parents à qui elle avait effacé jusqu'au souvenir qu'ils avaient eu un enfant. S'ils étaient toujours vivants, c'était finalement mieux pour eux. Mais Seigneur qu'elle aurait aimé les revoir ! Rien qu'une fois, revoir le sourire de sa mère et le petit tic de son père, pour remonter ses lunettes sur son nez. Et Pattenrond ? Qu'était-il devenu, le fidèle compagnon de son adolescence ? Elle l'avait confié à Molly Weasley, avant de partir à la recherche des Horcruxes, avec Harry et Ron.

Harry et Ron. Luna, Neville, Ginny, tous les autres… Lupin, étendu aux côtés de Tonks sur l'estrade de la Grande Salle, leurs mains semblant encore se chercher au-delà de la mort… et jusqu'au professeur Snape, agonisant sur le plancher crasseux de la Cabane Hurlante. Luttant jusqu'au bout pour disputer à la mort quelques secondes supplémentaires, afin de lui délivrer son dernier message…

Le professeur Snape… Severus !

Severus était de plus en plus absorbé par ses études, il lui arrivait maintenant de passer plusieurs semaines d'affilée sans rentrer. Elle avait fini par demander à Missy de Transplaner à Oxford trois fois par semaine afin de s'assurer qu'il ferait au moins trois vrais repas. Au début, il avait bien un peu pesté pour la forme, mais autant elle que l'Elfe avaient été intransigeantes sur le sujet, et il avait fini par baisser les bras. D'autant que Missy restait près de lui, et le harcelait jusqu'à ce qu'il ait avalé jusqu'à la dernière bouchée, ce qui, s'il résistait, était autant de temps perdu pour son travail. En bon Serpentard, il avait accepté le compromis, et ne s'en portait que mieux. Hélas, elles ne pouvaient rien faire pour l'obliger à prendre plus de repos, et moins de potion de force pour pouvoir tenir le coup. Mais encore une fois, il avait déjà résisté une fois à ce traitement, et cette fois, au moins, il était mieux nourri.

Severus, et le vide que son absence faisait naître au creux de son estomac. Elle se morigéna. Elle n'avait pourtant jamais été le genre de fille chez qui la solitude faisait naître des idées romantiques, surtout si elle avait quelque chose à étudier. Et le programme de septième année était assez copieux pour occuper une grande partie de ses journées. Elle sortait peu, uniquement pour faire les courses. Ils n'avaient pas d'argent à dépenser en futilités. La bibliothèque et le vieux poste de télévision en noir et blanc suffisaient à combler ses rares envies de loisirs. Elle faisait toujours des cauchemars, mais depuis quelques temps, depuis le soir où il l'avait embrassée, venaient s'y mêler d'autres rêves, aussi dérangeants qu'agréables, ou Severus n'était plus son détesté professeur, et où il faisait bien d'autres choses que mourir, entre ses bras…

Elle secoua la tête et éleva ses barrières mentales, barricadant ces pensées derrière les boucliers qu'il lui avait appris à construire. Il lui avait bien recommandé, en dehors des séances d'entraînement quotidiennes qu'elle pratiquait toujours, de ne s'en servir que le moins possible, lorsqu'elle était seule. Mais parfois, elle ne pouvait faire autrement, si elle ne voulait pas devenir folle !

Elle n'osait pas relancer Lily, depuis leur rencontre avec les Maraudeurs.

Loin des descriptions qu'elle avait pu en avoir dans sa précédente vie, il ne lui avait pas fallu très longtemps pour juger de leurs caractères respectifs.

Sirius s'était montré sous un jour charmant et futile, c'était manifestement le 'tombeur' du groupe, et elle n'avait aucun mal à comprendre pourquoi. Il était joli garçon, beau parleur, cultivait une image à la fois bohême et sophistiquée, et savait parfaitement jouer de sa séduction naturelle. Mais une étincelle inquiétante passait parfois dans son regard, la même lueur qui brillait dans les yeux de Bellatrix Lestrange. La folie des Black était latente chez la plupart des membres de sa famille. Ça n'excusait certainement rien, mais elle avait compris que cela pouvait expliquer son comportement envers Severus : il avait trouvé dans le jeune homme le parfait exutoire aux accès de cruauté qui remontaient régulièrement à la surface si policée du Sang-pur à la parfaite éduction.

La gentillesse et la bienveillance de Remus étaient déjà ses qualités dominantes, mais hélas aussi ses principales faiblesses. La dette qu'il pensait avoir vis-à-vis de ses amis, qui l'avaient accepté tel qu'il était, malgré, comme disait James, son 'petit problème de poils', et l'aidaient depuis des années à supporter au mieux sa condition, le rendaient beaucoup trop tolérant à leur égard. Mary McDonald, sa petite amie, était l'une des meilleures amies de Lily, et avait été sa camarade de dortoir durant toute sa scolarité. C'était une jolie blonde à l'air doux et timide, et ils avaient l'air très amoureux.
Elle n'avait jamais connu Remus que seul, avant qu'il n'épouse Nymphadora Tonks, et elle n'avait pu s'empêcher de se demander ce qu'il était advenu de la jeune fille. Avaient-ils rompu, ou avait-elle elle aussi, été comme ses amis victime d'un destin fatal ?

Peter Pettigrew était, tel que l'avait décrit Lily, un garçon timide et renfermé. Petit et rondouillard, on se demandait comment il avait pu atterrir parmi les Maraudeurs. Peut-être simplement parce que partageant leur dortoir, ils n'avaient pu faire autrement que de l'enrôler, afin d'être sûrs qu'il serait toujours 'de leur côté'. Ce qui le valorisait vis-à-vis des autres élèves, à Poudlard, mais le mettait aussi toujours systématiquement en position d'infériorité en comparaison de ses camarades. Plus grands, plus séduisants, plus doués, même le Loup-garou au Sang mêlé le surpassait en tout. Il avait dû nourrir une jalousie rentrée pendant les sept ans de sa scolarité. Fallait-il y voir les raisons de sa future trahison ? Etait-il, pour le moment, encore fidèle à ses amis, ou avait-il déjà basculé vers l'Ombre ? Lily l'avait qualifié de 'gentil'. Mais indépendamment du fait qu'elle savait ce qu'il ferait, ce qui faussait peut-être son jugement, ce n'était pas précisément le sentiment qu'il inspirait à Hermione. Sa gentillesse apparente était justement trop ostensible, elle sonnait faux.

James lui avait immédiatement été le moins sympathique des quatre. Sous des dehors qu'il essayait de faire paraître aussi 'cool' que ceux de Sirius, il était hautain, égoïste et condescendant. Il avait des façons de se comporter et de vous regarder qui lui rappelaient bien trop Draco Malfoy. Comment Lily avait-elle pu tomber amoureuse d'un tel bellâtre ? Qu'elle se soit aperçue qu'elle n'éprouvait pas pour Severus ce qu'il ressentait pour elle, et ait préféré mettre fin à leur relation, était une chose qu'elle pouvait parfaitement comprendre. Mais qu'elle se soit amourachée d'une petite frappe comme Potter en était une autre ! Parce que s'il était évident que James était le dominant de leur petit groupe, il était tout aussi évident que sans ses subalternes, il n'était pas grand-chose. De plus, pendant toute leur scolarité, ils avaient harcelé, à quatre, ou du moins à trois et demi, si on considérait que Remus, d'après ce qu'elle avait compris, tout en étant complice, était le plus souvent passif, un garçon qu'elle disait avoir été son meilleur ami, sans aucune raison valable. Rien que cela aurait dû la dissuader de céder à ses avances !

Une sonnerie insistante la tira brusquement de ses pensées. Au bout d'un moment, elle réalisa que c'était celle du vieux combiné téléphonique qui trônait sur un guéridon, dans l'entrée. La curiosité l'avait poussée, dès le premier jour, à vérifier que la ligne était toujours active. Elle n'avait rien dit, mais elle était étonnée que Severus conserve une chose qui ne lui était manifestement d'aucune utilité. Mais après qu'il lui eut expliqué que depuis des années, à la suite de la coupure de leur ligne, sa mère n'ayant plus les moyens de payer les factures, il 'pompait' l'électricité sur l'installation de ses voisins, elle avait supposé qu'il en était de même pour le téléphone.

La voix de sa conscience avait bien fait une timide tentative pour s'en offusquer un peu, au début, mais elle s'était vite tue, se rencognant dans le recoin de son esprit où elle se réfugiait de plus en plus souvent, ces derniers temps.
Aucun d'eux n'avait encore ni situation, ni revenus, et les faux-papiers et les vêtements avaient bien entamé leurs maigres ressources. Le jeune homme était bénéficiaire d'une bourse, et il était nourri et logé, pendant ses études, mais aussi peu qu'elle consomme, il fallait bien qu'elle mange ! Elle était un poids qu'il n'avait pas eu à supporter la première fois. Elle se promit de commencer à chercher un travail aussitôt que possible. Elle refusait de vivre aux crochets de Severus.

Peut-être pourrait-elle profiter du laboratoire pour brasser quelques potions pour un apothicaire ? Elle se promit d'en parler au jeune homme lors de son prochain passage. En attendant, elle profitait de son temps libre pour étudier le programme que lui avait transmis Poudlard, à l'aide des manuels de Severus, et pour refaire la décoration de la maison. Ils avaient passé plusieurs jours, avec l'aide de Missy à consolider les murs et la charpente, et à boucher les trous de la toiture de la vieille bâtisse, au début de leur séjour, mais Severus ne semblait pas se préoccuper de l'aspect des lieux où il habitait. Il détestait cette maison qui ne lui rappelait que de mauvais souvenirs. Et s'il avait convenu qu'il était effectivement nécessaire de la rendre habitable, il ne se souciait pas de la rendre confortable, ou agréable. Il avait déclaré à Hermione qu'il comptait y demeurer le moins de temps possible, en attendant mieux, et qu'elle pouvait y faire tout ce qu'elle voulait, à condition d'éviter le rouge et or. Elle ne se l'était pas fait répéter deux fois. La métamorphose avait toujours été une de ses matières préférées, et bientôt, à coup de légers changements par ci- par-là, afin de ne perturber ni Missy ni Severus, l'appartement avait commencé à prendre un aspect bien plus accueillant. Il ne comptait peut-être pas y rester très longtemps, et elle ignorait s'il y avait encore habité vingt ans plus tard, mais pour le moment, c'était elle qui était obligée de vivre là en permanence !

—Allo ?

—Harmony ? Je suis contente de tomber sur toi ! Je n'étais même pas sûre que la ligne existe encore.

—Lily ?

—Oh, bien sûr, excuse-moi ! Oui, c'est moi. Je voulais savoir si… si on pourrait se voir. Pour tout te dire, je me sens un peu… seule. James est très absorbé par le règlement de la succession de ses parents… Ils sont décédés tous les deux au début de l'été, pendant l'épidémie de Dragoncelle. Bien sûr, il pourrait laisser gérer l'entreprise familiale par les Gobelins, mais dans un premier temps, il a tenu à être initié aux affaires de son père. Ça lui prend énormément de temps, et je ne l'ai pas vu depuis un moment.

—Bien sûr, tu peux venir quand tu veux, à moins que tu ne préfères qu'on se rencontre à l'extérieur.

—Pas spécialement, mais Severus…

—Severus est à Oxford, il ne rentre que le Dimanche, et encore pas toujours. Il ingurgite le programme de Maîtrise de Potions à une vitesse hallucinante. Chaque fois qu'il revient, j'ai toujours peur qu'il ne tombe raide, tellement il est maigre et épuisé.

—Il n'a jamais fait les choses à moitié. Je l'imagine assez réussir sa Maîtrise en deux fois moins de temps que les autres.

Hermione sourit. Lily connaissait bien son ami… du moins sur ce point-là.

« Je peux passer aujourd'hui, alors ? poursuivait Lily à l'autre bout du fil.

—Il n'y a pas de problème. J'en avais un peu marre de bûcher. Je t'attends, je mets la bouilloire à chauffer.

TBC


Mercir d'éclairer mes journées avec vos Lumos !