Bonjour, bonsoir o/ Deuxième os sur la saint valentin sur le thème Ingrédient Manquant

Bonne lecture o/


La neige tombait, recouvrant la ville de sa tendre poudreuse qui ne tiendrait pas, parce qu'elle ne tenait jamais ici, et Sekijiro pensait. Il pensait à l'homme endormi contre lui, blotti contre son torse, comme souvent après leurs ébats. Il pensait à leur relation mais surtout à l'avis de recherche qu'il avait reçu sur son téléphone, à peine quelques minutes auparavant.

Hari était recherché, parce qu'il faisait partie du clan des Huit Préceptes de la Mort et qu'il n'avait pas été arrêté pendant le raid pour sauver Eri car il était avec lui, chez lui. Et maintenant, une semaine après les faits, il était recherché dans tout le pays. Les vilains appréhendés pendant le raid avaient eu tôt fait de balancer tous leurs camarades qui avaient échappé à la police ou aux héros.

Et Hari était le plus recherché d'entre eux, parce qu'il était le second d'Overhaul.

Il aurait dû être présent ce jour-là, mais il avait un gros rhume et Sekijiro lui avait proposé de rester chez lui le temps de se remettre et Hari avait accepté parce qu'il acceptait toujours de rester un peu plus longtemps loin de chez lui. Sekijiro supposait des problèmes avec un ex ou avec de la famille mais ça…

Il déglutit et baissa les yeux sur Hari, innocemment endormi, ses cheveux lui tombant devant le visage. Il était beau comme ça. Il était beau chaque jour que le monde faisait. Et il devenait magnifique quand il gémissait sous les coups de rein de Sekijiro ou quand il portait ses vêtements, bien trop large pour lui, pour passer la matinée à traîner dans le canapé avec lui à discuter de tout et de rien.

Ces jours lui manquaient parce que maintenant plus rien ne serait jamais pareil, quoi que décide de faire Sekijiro. S'il suivait ce que sa raison lui dictait, il priverait le monde d'un tortionnaire d'enfant et d'un vilain en puissance mais briserait son cœur. S'il suivait son coeur, il gagnerait peut-être quelques jours ou quelques semaines de répis mais il mettrait en péril sa réputation et bien plus encore. Dans tous les cas, il serait accablé par les regrets et peut-être bien qu'il ne pourrait plus jamais se regarder dans un miroir.

Pourquoi, pourquoi, avait-il fallu que les choses tournent ainsi ?

Depuis des mois, un an presque, leur relation allait au mieux. Ils parlaient même d'emménager ensemble, de se trouver un appartement pour eux deux si celui de Sekijiro s'avérait trop étroit pour deux personnes. Ils parlaient de leurs prochaines vacances ensemble, qu'ils prévoyaient dans le nord, vers Hokkaïdo, ou juste à se reposer ensemble.

Et en une alerte sur un téléphone portable, tout ça, tout ce qu'ils avaient construit, allait voler en mille éclats.

Alors, comme souvent quand les événements le dépassaient, Sekijiro fit ce qui lui semblait le plus juste. Il referma ses bras autour du corps d'Hari et couvrit son crâne de tendres baisers. Rapidement et sans surprise, Hari se réveilla.

Pendant quelques instants, il regarda Sekijiro avec des yeux embrumés de sommeil puis il sourit et l'embrassa. Quand il se reculla, son sourire était séducteur malgré son air fatigué.

"T'en as pas eu assez, hm ?"

La réaction habituelle d'Hari lui transperça le coeur, et Sekijiro ne répondit pas. Il se contenta de le regarder, ses yeux plongés dans les siens, comme pour ne jamais oublier la façon dont ils brillaient de joie d'être ainsi réveillé tendrement par son amant. Mais alors que le silence s'éternisait, l'expression d'Hari devenait plus sérieuse.

Il leva une main et la posa sur la joue de Sekijiro.

"Ça va ?"

Un instant, Sekijiro fut tenté de mentir mais il renonça et secoua la tête.

"Qu'est-ce qui y a ?"

Sekijiro resta silencieux encore quelques secondes puis avoua.

"Je suis au courant."

Hari se figea.

"De quoi tu parles ?"

Sekijiro baissa les yeux et se mordit la lèvre. Hari glissa une main dans son cou et le massa.

"Dis-moi. Parle moi."

Sekijiro hésita mais finit par lever les yeux et quelque soit son expression, elle fit se glacer Hari.

"C'est le Clan. Tu parles du Clan."

Il hocha la tête et Hari se redressa brusquement. Il s'assit et se prit la tête entre les mains, comme si une douleur soudaine la transperçait de part en part.

Sekijiro s'assit à ses côtés et lui passa une main dans le dos, qui le fit sursauter.

Quelques instants passèrent ainsi avant qu'Hari ne semble retrouver un fragment de calme. Il releva la tête et planta ses yeux larmoyant dans ceux de Sekijiro.

"Et qu'est-ce que tu vas faire maintenant que tu me détestes ? C'est pour ça que tu m'as réveillé ? Pour m'envoyer tout de suite au poste de police ? Tu viens d'apprendre la nouvelle, hein, c'est ça ? Dis-moi !"

Sa voix se brisa sur la dernière phrase et deux larmes coulèrent sur ses joues. Ce n'était pas la première fois que Sekijiro le voyait pleurer mais c'était la première fois qu'il pleurait à cause de lui. Et son cœur se serra douloureusement à cette pensée. A cause de lui.

Sans réfléchir, il le prit dans ses bras pour le serrer le plus près possible.

"Oui, je viens de l'apprendre mais c'est pas pour ça que je t'ai réveiller."

Hari inspira difficilement alors que davantage de larmes s'écoulaient le long de son visage.

"Pourquoi alors ?"

Sekijiro se trouva incapable de répondre, parce qu'il ne savait pas. Il l'avait fait parce que ça semblait être la chose qu'il fallait faire mais il n'avait pas réfléchi au-delà, par peur de la décision qu'il finirait par prendre. Mais au fond, il avait déjà fait son choix. Il desserra sa prise sur le corps d'Hari et glissa un doigt sous son menton pour lui faire relever le visage.

Hari ne ressemblait à rien comme ça mais Sekijiro le trouva quand même magnifique, encore plus qu'au premier jour.

"Parce que demain, je devrais t'emmener au poste de police et que j'attendrais que tu sortes de prison, toute ma vie s'il le faut. Et que je refuse de te laisser sans avoir pu t'embrasser une dernière fois."

Hari se mordit les lèvres et pleura encore plus.

"Tu ne me détestes pas ? Tu sais même pas ce que je faisais là-bas.

- J'ai pas besoin de le savoir pour savoir que je t'aime et que je t'aimerais encore plus le jour on pourra se retrouver pour de vrai, sans faux semblants."

Les larmes ruisselaient sur les joues d'Hari quand il se jeta sur les lèvres de Sekijiro, ses bras s'enroulant autour de ses épaules larges. Il s'accrocha à lui comme un naufragé à son radeau de fortune et enfonça ses doigts dans ses épaules à en laisser des bleus. Des bleus que Sekijiro chérirait jusqu'à ce qu'ils disparaissent et ne laissent derrière eux qu'une douce et amère sensation de regret.

Ils s'embrassèrent à en perdre le souffle, à ne plus savoir où s'arrêtait l'un et où commençait l'autre, à ne plus pouvoir penser, à en perdre complètement la tête. Et quand finalement ils se séparèrent, ils restèrent collés l'un à l'autre, Hari posant sa joue sur l'épaule de Sekijiro.

"Tu m'attendras vraiment ?"

Sekijiro embrassa sa tempe.

"Oui, aussi longtemps qu'il le faudra."

Hari renifla puis cacha son visage dans le cou de Sekijiro. Ce qu'il murmura ensuite faillit bien ne pas atteindre ses oreilles.

"Je t'aime."

Un premier "je t'aime" pour une dernière nuit, bien loin de ce que Sekijiro avait imaginé mais étrangement approprié.

Tout ce qu'il avait manqué à leur relation, le seul ingrédient manquant, avait été leur camp. Ils faisaient parti de deux camps opposés, que rien ne pourrait, ni ne devrait, jamais réunir. Et pour ça, leur séparation était inévitable, tout comme le jour fait place à la nuit.

Mais le soleil est voué à revenir et, un jour, eux aussi seraient de nouveau ensemble.