Disclaimer : Comme tout le monde le sait, « Harry Potter » et ses personnages appartiennent à JK Rowling (merci à elle de nous les prêter). Cette histoire, par contre, est à moi.
Merci à tous ceux qui m'ont laissé un petit mot sur le précédent chapitre :
Cididy, DinaChhaya TalaNokomis, LycorisSnape, Emilie09, SlythenclOw, Daidaiiro, Juliana, Zeugma, Fanny, Steph Rogue, darkcorbeau, Navyhere, Alex et Emma
A tou(te)s, je renouvelle mes excuses pour vous avoir répondu aussi tard.
J'en profite également pour remercier aussi ceux qui m'ont laissé un petit mot sur l'OS "Sherlock" d'Halloween "Le loup garou de Londres" dans le recueil "221B"
A tous ceux qui ont mis cette histoire en favoris ou en alerte, et à tous les lecteurs anonymes, merci à vous aussi… mais pensez qu'une petite review, en plus, serait énormément appréciée, à la fois par l'auteur… et par sa muse ! )
Enjoy &… Review !
Noël amer
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La fine pellicule de givre qui tapissait la rue crissait sous ses pas. Severus prit soudain conscience qu'il n'aurait pas dû distinguer aussi bien ce genre de son. Les quelques chalands qu'il croisait ou dépassait déambulaient telles des ombres silencieuses. Personne ne s'interpelait d'un trottoir à l'autre, aucun éclat de rire, aucun bruit de discussion animée. Les gens se parlaient à mi-voix, en jetant des regards circonspects autour d'eux, comme si tout le monde se méfiait de tout le monde. Après les attaques des derniers mois, le début de l'hiver avait été calme, mais l'heure était à la méfiance. On était bien loin de l'ambiance joyeuse qui régnait habituellement sur le Chemin de Traverse. Il manquait d'expérience sur la question, mais la grande rue commerçante était bien moins animée, supposait-il, qu'elle aurait dû l'être à cette période de l'année. Certes, elle l'était plus que l'année précédente, où le gel avait confiné les humains qui n'avaient aucune obligation urgente, à l'intérieur de leurs maisons bien chauffées, et Severus n'avait auparavant jamais eu l'occasion de venir y faire de quelconques achats pour Noël, mais la plupart des passants avaient l'air pressés, et impatients d'avoir terminé leurs emplettes. On ne voyait presque aucun enfant, et personne ne s'attardait bien longtemps devant les vitrines magiques. L'ambiance qui y régnait était plus lourde que festive, malgré les illuminations.
Les températures, bien qu'étant un peu plus clémentes que l'année précédente, étaient largement inférieures à ce qu'elles auraient dû, et Severus s'était empressé d'accepter l'offre de son grand-père d'héberger Hermione au manoir jusqu'à la fin de l'hiver, comme l'année précédente. Elle et Missy y séjournaient depuis Halloween, et il s'apprêtait à les y rejoindre pour les vacances de Noël. Depuis octobre, il essayait, chaque semaine, de rentrer passer le dimanche avec la jeune femme. Elle ne lui avait rien demandé, mais il voyait qu'elle en était heureuse. Et tout compte fait, il avait fini par constater qu'une pause dans la semaine lui éclaircissait l'esprit, et que chaque lundi voyait finalement, presque miraculeusement, la résolution des difficultés du programme sur lesquelles plus il s'acharnait à coup d'heures de veille et plus elles lui paraissaient opaques.
Il marchait d'un pas vif, la tête baissée afin de se protéger de l'air coupant. Il avait rabattu le capuchon de sa cape d'hiver, et une épaisse écharpe de laine, tricotée par Hermione, était nouée autour de son cou et du bas de son visage. Un dernier arrêt chez Fleury&Botts, et il aurait bien mérité un café brûlant au Chaudron baveur, avant de rentrer. Perdu dans ses pensées, il faillit percuter le couple qui arrivait en sens inverse. Il s'écarta en marmonnant une vague excuse, et allait poursuivre son chemin, lorsqu'une main se posa sur son bras. Il leva les yeux, et, d'un seul mouvement du poignet, et sa baguette vint se loger entre ses doigts. L'homme recula d'un pas, et leva les deux mains, paumes en avant en signe de non-agressivité, pendant que la femme serrait sa manche un peu plus fort.
—Tu n'as rien à craindre Severus ! S'exclama Lily en s'interposant entre les deux hommes.
—Je n'ai pas peur, mais j'ai retenu la leçon. D'après mon expérience, ancienne et récente, les preux Gryffondors attaquent toujours soit en bande, soit en traîtres. Ou sont les autres ?
—Il n'y a personne d'autre, et nous étions loin de nous douter que nous allions te rencontrer, aujourd'hui.
—Sinon Potter aurait amené du renfort ? Ironisa le jeune homme, la bouche tordue en un pli amer. « Je constate que vous vous êtes réconciliés… tu pardonnes plus facilement les actes que les mots. Termina-il sans pouvoir dissimuler totalement la note de tristesse dans sa voix. « Désolé, je n'ai pas le temps pour les courtoisies d'usage, si vous voulez bien m'excuser… Remettant sa baguette en place, dans l'étui dissimulé dans sa manche, il fit mine de reprendre son chemin.
—Snape !
Severus s'arrêta net, les doigts déjà refermés sur le manche du bâton d'ébène qu'il venait de ranger, se forçant à ne pas se retourner. James ne prendrait pas le risque de l'attaquer par derrière en public, et Lily ne le laisserait de toute façon pas faire… du moins il osait l'espérer.
« Je… je suis désolé… vraiment !
Les épaules de Severus s'étaient brusquement raidies. Il ne savait pas comment réagir à ça. Hermione aurait su, elle ! Lily avait de nouveau posé une main sur son avant-bras.
—S'il te plait !
Il se retourna lentement, au moment où James, le visage déformé par un rictus de souffrance, commençait à haleter, une main crispée sur sa poitrine. Si Lily et lui ne s'étaient précipités pour le soutenir, il se serait effondré en pleine rue. Lily répondit par un haussement d'épaules à son regard interrogateur.
—Ça lui arrive, de temps en temps, depuis qu'il a reçu le Doloris qui m'était destiné.
—Un Doloris ? Severus considérait maintenant sa némésis d'un air préoccupé. « Ce n'est pas une séquelle du Doloris, émit-il pensivement. « C'est autre chose ! Tu es certaine qu'il n'a rien reçu d'autre ? Que s'est-il passé exactement ?
Potter reprenait son souffle, appuyé sur l'épaule de Lily. La crise n'avait duré que quelques secondes. Mais la douleur dans sa poitrine était à chaque fois un peu plus vive.
—Je… je ne me souviens pas bien. Ça s'est passé tellement vite ! Il y a eu une attaque, il y a quelques mois. Un Mangemort à lancé un Doloris sur moi, James s'est interposé, mais j'ai bloqué son second sort. Il a ricoché sur mon bouclier vers un autre assaillant, et je… je crois qu'il en est mort. C'était juste un peu avant que les Aurors n'arrivent… c'est tellement confus. Mais James n'a été touché que par le Doloris, et depuis, il ne s'est rien passé qui pourrait expliquer…
—Est-ce que tu accepterais de me… il jeta un regard à Potter, qui peinait à récupérer, avant de terminer, en baissant la voix de façon à ce qu'elle seule entende : « montrer ? Lily était l'une des deux seules personnes à savoir qu'il était capable de pratiquer la Legilimencie. Elle accepta d'un léger hochement de tête, lui offrant son regard.
« Endoloris ! » James se jeta devant Lily, et retomba au sol en se contorsionnant et en hurlant de douleur. La jeune femme, lança un bouclier pour bloquer le sort vicieux qui filait droit vers elle et son ex-fiancé. Le maléfice ricocha, et rebondit sur un deuxième Mangemort, qui s'effondra avec un râle affreux, se tordant sur le sol en labourant sa poitrine de ses ongles, non sans avoir effleuré Potter au passage… Le Mangemort avait arraché son masque dans son agonie, et une mousse rosâtre apparaissait à ses commissures. Les râles se transformèrent bientôt en un horrible crépitement et après une ultime convulsion, l'homme retomba, immobile. Son visage contracté reflétait une souffrance et une terreur absolues, il s'était senti mourir.
Severus ferma les yeux, coupant le contact visuel, il ne lui en fallait pas plus. Très peu de maléfices avaient cette nuance particulière de pourpre, et la façon dont était mort le Mangemort atteint par le sort de son complice ne laissait aucune place au doute : Pulmosiccum ! Une horreur absolue, qui provoquait la mort en plus ou moins de temps suivant son intensité, en desséchant, au sens littéral, les poumons. Il avait dû ressentir la moindre de ses alvéoles se vider, et se ratatiner comme des raisins secs. Même si Potter n'avait été que légèrement effleuré, le maléfice n'avait aucune parade. Il se répandrait lentement, mais inexorablement dans son organisme. Dans six mois au plus, il serait mort. Il détourna le regard, pendant que les yeux de Lily s'agrandissaient d'effroi sous l'effet d'une brusque compréhension. Il haïssait Potter, mais il n'avait jamais désiré sa mort. Surtout sachant le mal qu'elle ferait à Lily.
—Je… je dois vraiment y aller !
Elle le rattrapa avant qu'il ait pu faire deux pas, et le força à se retourner. Derrière elle, Potter le regardait d'un air grave, mais sans animosité. Le Gryffondor était peut-être stupide, mais il était loin d'être idiot. Il avait vu l'effroi et la gêne dans le regard de Severus, juste avant qu'il ne se détourne, et c'est lui qui posa la question qui allait sceller son sort.
—Qu'est-ce que c'est ?
Severus croisa un instant son regard, au fond duquel brillait une lueur d'angoisse, mais aussi de résignation. Peut-être était-il déjà arrivé tout seul à la conclusion qui s'imposait. Effectivement, ce genre de symptôme n'avait jamais figuré parmi les effets secondaires du Doloris, et il était difficile de croire qu'il n'avait pas cherché à se renseigner. Mais il était peu probable qu'il soit arrivé seul au bon diagnostic, et il allait lui enlever tout espoir de survie. Il n'y avait aucune bonne façon de le dire. Il expira lentement, mais chercher à retarder l'inévitable ne pourrait rien changer à la réalité.
—Pulmosiccum ! Lâcha-t-il brutalement. Je suis désolé. Il… il n'y a ni contre-sort ni remède, ni parade d'aucune sorte, et il est impossible de freiner sa progression… Je suis désolé, répéta-t-il. Et il l'était vraiment.
Le Gryffondor affronta le verdict avec un courage qui le surprit. C'est à peine si sa voix flancha légèrement sur sa question suivante. Lily s'accrochait à lui avec une force désespérée, des larmes silencieuses roulaient sur ses joues.
—Combien de temps ?
—Je… c'est… difficile à dire…
—Combien ? Insista James, presque menaçant.
—Il m'est impossible de le savoir précisément, mais je dirais… pas plus de six mois ! Et il n'aurait jamais cru pouvoir éprouver autant de peine à annoncer ça à Potter. « Mais je… peut-être que je me trompe, se reprit-il en voyant Lily sur le point de flancher. « Tu devrais… peut-être que Dumbledore… mais il savait qu'il ne s'était pas trompé, et il était bien peu probable que même le vieux sorcier puisse faire quoi que ce soit.
…
Hermione reposa son livre sur ses genoux et sourit en portant les doigts de sa main gauche à son annulaire droit. Bien loin de ses sujets d'études habituels, le recueil était intitulé 'Langage et symbolique des fleurs et autres végétaux'. Elle appuya sa tête sur le dossier du fauteuil, les yeux dans le vague, laissant son esprit vagabonder.
—Je suis désolé.
—De quoi ?
—D'avoir été tellement pris par mon travail que j'ai pu laisser passer la date de ton anniversaire sans même penser à t'envoyer un mot.
—Mon anniv… oh ! Elle avait éclaté de rire, en prenant conscience qu'il était passé de deux bonnes semaines, sans qu'elle non plus, y ait pensé. « C'est vrai ! Figure-toi que je n'avais pas réalisé non plus !
—Et pourtant, vingt ans, ça se fête, d'après ce que j'ai cru comprendre. Il avait pris sa main entre les siennes, lui arrachant un léger hoquet, lorsqu'elle avait compris ce qu'il était en train de faire.
—Severus ! Je ne…
—Shttt !
Il avait porté la main à ses lèvres, embrassant sa paume et son poignet avant de prendre son visage en coupe et de déposer un baiser léger sur ses lèvres.
—Bon anniversaire ! Avait-il murmuré, mêlant son souffle au sien.
Bouche bée, et des larmes d'émotion qu'elle avait bien de la peine à retenir au bord des paupières, elle avait alors découvert, à son doigt, une délicate bague en argent où une tige de lierre s'enroulait autour d'une gracieuse arabesque rappelant un serpent lové*
Severus lui avait donné la bague la nuit où il était arrivé. Il avait peut-être loupé la date, mais il l'avait dans sa poche en arrivant, et l'emballage fripé montrait qu'il y séjournait depuis quelques temps déjà. Ce qui voulait dire qu'il y avait tout de même pensé, et le geste la touchait bien plus que le présent. Quoi que…
—Quelle jolie bague ! S'était exclamé Narcissa. « Severus ? Avait-elle ajouté avec un clin d'œil complice, provoquant un rosissement involontaire des joues d'Hermione.
—Elle est bien modeste comparé à ce que vous avez l'habitude de voir, mais je ne m'en séparerais pas pour tout l'or du monde !
—Elle est certes modeste, mais sa symbolique est lourde de sens, surtout venant de Severus. Reprenez-moi si je me trompe, mais je ne le pense pas homme à exprimer ses sentiments à tous les vents.
La jeune fille avait souri.
—Non, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais je vois ce que vous voulez dire. Je n'ai que quelques notions sur le langage des fleurs, mais le lierre symbolise l'attachement, n'est-ce pas ?
—C'est exact. Dans le langage des fleurs, sa devise est 'Je meurs où je m'attache', et il symbolise un attachement éternel...
Hermione s'était promis d'approfondir sa connaissance d'une chose qu'elle avait jusqu'alors jugée assez futile pour ne la survoler que superficiellement, mais à laquelle, manifestement, son compagnon avait un jour daigné s'intéresser. Et à raison, tout compte fait. Mais à y bien penser, Severus laissait rarement les choses au hasard… cette connaissance pourrait effectivement s'avérer utile. En y réfléchissant, certaines informations ne pourraient-elles pas être transmises au travers d'un bouquet, d'un objet, ou d'un livre de botanique… voire d'une simple allusion en apparence anodine, surtout venant de, ou s'adressant à un Potioniste. Un souvenir était remonté à sa mémoire avec une précision chirurgicale : « Potter ! Qu'est-ce que j'obtiens quand j'ajoute de la racine d'asphodèle en poudre à une infusion d'armoise ? » La voix de Severus résonnait encore à ses oreilles. Elle n'avait été ni agressive, ni dédaigneuse, lorsqu'il avait posé cette question. Harry n'était pas censé connaître la réponse à son premier cours de potions, bien entendu. Son professeur avait-il voulu lui transmettre un message, même en sachant qu'il ne le comprendrait jamais ? Il faudrait qu'elle vérifie pour l'armoise, mais l'asphodèle, elle en était presque sûre, avait un rapport avec la mort. Connaissant maintenant leur relation passée, avait-il voulu lui exprimer, à haute voix, son regret pour la mort de Lily, sans que personne ne puisse saisir l'allusion ? Son cœur se serra à l'idée de la solitude, de la douleur et de la culpabilité qui devaient alors être les siens, tout en étant obligé d'opposer au monde un dehors froid, lisse et indifférent, afin de préserver une 'couverture' qu'il savait devoir redevenir nécessaire dans les années à venir.
« Severus ! » Cet homme, même à vingt ans et sans avoir connu toutes les épreuves par lesquelles il était passé dans son 'autre vie', n'avait décidément pas fini de l'étonner ! Et elle se surprenait de plus en plus souvent à reconsidérer aussi les actions de son ancien professeur, découvrant à quel point il avait pu se montrer protecteur envers Harry, et par extension Ron et elle-même, tout en laissant croire à tous qu'il les détestait et les méprisait. Il était véritablement devenu un maître absolu du double-jeu, pas étonnant qu'il ait réussi à berner Voldemort jusqu'au bout !
Elle sourit aux flammes qui dansaient dans la grande cheminée du salon, tout en laissant ses doigts courir dans la fourrure de Fluffy, qui était venu se blottir à sa place préférée, sur son épaule. Son regard dériva vers la pendule magique, dont l'aiguille marquée Severus indiquait 'en chemin'. Il serait bientôt là, il n'avait pas pu venir, le dimanche précédent, et même si elle ne le disait pas, leurs séparations lui étaient chaque fois un peu plus pénibles. Elle avait été un peu étonnée de découvrir cet artéfact dans le manoir des Prince, et cela l'avait confortée dans son opinion que malgré tout ce qui avait pu diviser cette famille, Tiberius avait toujours gardé un œil sur sa fille et son petit-fils. Une nouvelle aiguille s'y était ajoutée, depuis son dernier séjour. Une aiguille portant son prénom. Elle n'avait pas osé demander au maitre des lieux si c'était lui qui l'avait ajoutée, ou si la pendule se… mettait à jour, en quelque sorte, automatiquement, en fonction des liens qui reliaient les membres de la famille.
Le bruit du Transplanage la fit se précipiter dans le hall d'entrée, où elle trouva Severus en train de se débarrasser de sa cape, après avoir jeté ses gants et son écharpe sur un chiffonnier et confié les paquets qu'il venait de tirer de sa poche à Missy, après leur avoir rendu leur taille réelle. Lorsqu'il se tourna enfin vers elle, un frisson glacé parcourut son échine, à la vue de la gravité de son expression, puis il tendit ses bras, et elle se précipita dans la chaleur de son étreinte, sans pouvoir réfréner un bizarre serrement de cœur.
TBC
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