Ce fut en l'an 205 que naquit une civilisation aux multiples pouvoirs sur la planète Lumineis. Bien consciente que cela ne suffirait malheureusement pas à faire évoluer les générations futures, les premières machines ont été inventées par la suite.

Une partie de la population ne vivait que pour améliorer ces inventions créées par de purs génies qu'ils idolâtraient. Ils dénigraient ainsi l'utilisation d'une quelconque magie et ceux qui l'utilisait, selon eux bien trop faible comparée aux puissantes machines.

Il fut estimé à ce moment-là que les populations se divisèrent.

D'un côté, ceux qui craignaient ces êtres non-vivants dont la force pouvait être décuplée. Ces derniers privilégiaient l'entraînement et l'apprentissage de nouvelles méthodes, de nouvelles sources de pouvoir afin de devenir meilleurs par le talent, l'aisance et la capacité à pouvoir soigner les blessés. Ils pouvaient allumer un feu incandescent, inonder des parcelles entières d'une surface, reproduire la colère du ciel et créer des ouragans dévastateurs. La magie en elle-même était une machine vivante, utilisant les ressources que Lumineis pouvait offrir. Ses utilisateurs vouaient leur vie aux divinités en les remerciant chaque jour de leur permettre de connaître ce qu'était la vie, le baptême de magie de chacun, de pouvoir accompagner les défunts lors de leur dernier voyage, et tant d'autres.

Ils s'installèrent alors au plus haut point dans le ciel, dans une ville qu'ils nommèrent Angkor, comme posée sur les nuages. Ce peuple fut nommé les Hajimari, les originels, guidés par Indra Otsutsuki, le premier invocateur de l'histoire.

De l'autre côté, ceux qui abandonnèrent tous les enseignements de leurs ancêtres, faisant une croix sur leur vie d'avant et oubliant toutes les connaissances concernant de près ou de loin l'utilisation d'une quelconque sorcellerie. De leur point de vue, les machines étaient puissantes et bien plus utiles au service de tous.

La cohabitation ne pouvant plus se faire entre les deux populations, il fût décidé par une divinité suprême d'exiler toutes personnes reniant leurs gènes et leur magie pour l'utilisation d'engins sortis d'un tout autre univers dans l'optique de détruire ceux qu'ils considéraient comme incapables et vieux-jeu. Cet acte donna naissance à une autre civilisation, celle des Kikai. Cette dernière descendit sur Lumineis et bâtit une grande ville peuplée d'imposants appareils à la technologie très avancée dont la citadelle fut nommée Konoha. Elle fut construite sur une plaine verdoyante au pied des montagnes et à l'orée des collines, où régnait Butsuma Senju, le chef des Kikai.

Alors qu'ils observaient les exilés avec effarement, les Hajimari furent horrifiés par la rapidité avec laquelle les Kikai grignotaient chaque bout de terre de Lumineis à l'aide de hauts gratte-ciel et d'usines crachant leurs polluants dans l'atmosphère. Cela leur confirma qu'un bout de terre n'était qu'un objet pour les Kikai.

Cependant, un temps plus tard, la liaison secrète entre un membre de la famille proche d'Indra et le fils de Butsuma fut dévoilée au grand jour. L'incompréhension et la trahison s'ancra au plus profond des entrailles d'Indra Otsutsuki, roi d'Angkor, qui aimait et chérissait cette jeune femme qu'il avait adopté des années en arrière.

Chez les Kikai, la colère et la haine s'insinuèrent par tous les pores de la peau du chef de Konoha, ce dernier hurlant haut et fort que cette fille légère n'était qu'une espionne qui cherchait à fouler leur terre et à réduire au silence leur civilisation. C'était une traitresse qui, de par sa beauté indescriptible, de par sa pâleur à en faire ternir la plus rare des perles précieuses et la lune elle-même, avait amadoué et enjôlé son propre fils pour le faire taire à jamais, lui, Butsuma Senju.

Butsuma déclara la guerre aux Hajimari et Indra, ne pouvant se résigner à imputer la faute à sa douce et merveilleuse fille, déclara que c'était le descendant de Butsuma qui était la cause de cette querelle. Sans plus attendre, une guerre éclata entre les deux villes, l'une utilisant la puissance des machines pour terrasser l'autre qui, elle, employa tous les mages pour sa survie.

Cette lutte fut sans merci.

Les Kikai avaient développé leurs équipements et étaient pourvus d'armes tirant des projectiles mortels. De plus, leurs guerriers mécaniques prenaient des formes plus imposantes, voire même pour certains l'apparence d'animaux. Mais les Hajimari étaient robustes et avaient acquis durant des décennies une détermination et une volonté à toute épreuve. De nouveaux sortilèges avaient été découvert peu de temps auparavant et l'invocation de chimères, de diverses techniques et de style d'attaques plus puissantes les unes que les autres les avaient rendus plus forts que jamais. Ils détruisirent ainsi bien plus de machines qu'ils n'eurent à déplorer de pertes humaines.

La guerre dura 120 jours, sans répit.

Pour calmer cette guerre sans fin, un être titanesque apparut un jour dans le ciel. Soulagés de voir apparaître ce dieu miséricordieux, l'apaisement fut cependant de très courte durée lorsque la population découvrit les véritables intentions de ce monstre. Invoquant vents et marées, ce dernier déchira le ciel d'éclairs meurtriers et brûla tout sur son passage.

Une terreur dotée d'un nom s'abattit alors avec cruauté sur Lumineis : Susano, un guerrier en armure dépassant la hauteur des nuages, armé d'un katana dégainé et caché par un masque Hannya. Il prit tout de même en pitié les plaintes et mit fin à la guerre qui avait fait plusieurs millions de morts et causé la disparition de beaucoup de machines. Susano mit en garde la population survivante : si l'être vivant, qu'il soit humain, animal ou hybride, venait à réutiliser ces machineries, il reviendrait éternellement et détruirait un à un chaque engin et chaque être pour avoir osé défier son courroux.

Depuis ce jour, Susano continua d'apparaître afin de punir et de châtier les civilisations coupables, toutes races confondues, utilisant de près ou de loin l'alchimie des éléments. Néanmoins, dans un excès de colère, il pouvait également décimer un village entier dont la simple faute avait été de se trouver sur son passage. Hélas, Lumineis plongea ainsi dans une brume sombre sans lendemain, chaque habitant priant de tout son être pour qu'un jour, la félicité règne à nouveau.

Extrait du livre « Ancestral Lumineis »


Des écrans placardés sur de hauts gratte-ciels effleurant du bout de leurs antennes les nuages, des marques éclairées aux néons parcourant les façades des boutiques dans la rue, le mouvement perpétuel des habitants grouillant sur les trottoirs : tout paraissait ostentatoire. Le soleil disparaissait derrière les mêmes immeubles chaque jour et le dernier rayon s'éteignait à la seconde près, inlassablement. A cet instant, le ciel était encore pourvu de ses teintes chaudes, parsemé de nuages fins, jouant avec les filtres de lumières et de couleurs. Ces lueurs se reflétaient parfaitement contre le parquet d'un petit appartement aux grandes vitres qui disposait de toute la clarté du jour pour éclairer une pièce sombre mais coquette.

Une ombre appartenant à un jeune homme se mouvait légèrement sur le tapis du salon. Pourvu d'un short ample en coton gris et d'un T-shirt noir uni, il buvait son café dans une lenteur calculée, s'appropriant chaque seconde du paysage qui s'offrait à lui. Ce même paysage qu'il voyait chaque jour, cette même boisson qu'il buvait à la même heure, cette même routine qu'il effectuait comme un mécanisme bien huilé.

Il avait toujours connu cela et n'avait changé que sa boisson par rapport à ses habitudes de son plus jeune âge. Le chocolat chaud était devenu écœurant le temps passant et sa mentalité s'était renforcée par les rencontres et les expériences personnelles : le café avait été une bonne alternative et il n'en avait plus changé même si son effet principal ne fonctionnait plus sur lui depuis quelques mois maintenant.

Il détourna le regard des buildings pour venir fixer le fond de sa tasse vide accrochée à ses doigts longs et fins. Cette tasse représentait à elle seule le problème auquel il se confrontait depuis bientôt un an : elle n'avait aucun intérêt, tout comme sa vie.

Ses journées étaient rythmées par les cours, par les devoirs, par le sport, par les 'amis' qu'il avait pu rencontrer mais qui étaient redevenus bien rapidement des inconnus. Il ne ressentait pas le besoin d'avoir des contacts avec d'autres personnes extérieures à son cocon, il trouvait les moments avec eux véritablement lassants et insipides. Était-ce parce que son nom était connu de tous, que tout le monde voulait copiner avec lui pour faire bonne figure dans la société ? En cela, il trouvait cette réaction ridicule et triste.

Cette vie, il l'avait vécue autrement quelques années plus tôt. Elle avait été plus joyeuse, entourée de ses proches où il se sentait réellement utile comme lorsqu'il regardait le fond des iris de sa mère et de son frère, si fiers de lui.

Ses sourcils se froncèrent lorsqu'il tiqua sur un élément qu'il avait ignoré depuis un moment : cela faisait bien longtemps qu'il ne s'était pas senti utile pour lui-même, ni n'avait connu la satisfaction personnelle d'avoir réussi quelque chose. Les victoires de ses matchs étaient satisfaisantes mais pas à la hauteur. Il lui manquait clairement quelque chose dans sa vie, dans son quotidien, pour se sentir bien.

La solitude ne lui avait jamais fait peur. Avait-il peur de quelqu'un ? Non. De quelque chose ? Il aurait aimé répondre par la négative, mais il serait présomptueux de pouvoir dire que rien sur la planète ne l'effrayait. Il n'avait pas la science infuse même si peu de choses lui échappaient. Craignait-il l'inconnu ? C'était une bonne question qu'il se posait depuis quelque temps. Pour l'instant, il n'avait jamais eu l'occasion de faire face à une situation qui le perturberait au point de le faire paniquer car, depuis tout petit, tout était rythmé et répétitif. Et malgré le confort que son quotidien lui apportait, il aurait aimé que quelque chose survienne pour bousculer sa petite vie monotone.

'On ne choisit pas son destin et chaque fin est toute tracée', lui avait-on rabâché plus jeune. Le problème était qu'il se lassait d'attendre. Tout ce qui l'entourait était ordonné et à sa place : des livres parfaitement rangés par taille et par ordre alphabétique au nom des auteurs, chaque clip des stylos alignés, aucune poussière sur les lustres, chaque étage du frigo avec son utilité. Tout était trop parfait. En même temps, il était hors de question qu'il en soit autrement. Était-ce son éducation qui le lui interdisait ? Ou une sorte de flemme car tout serait remis à sa place en fin de compte ?

Le monde autour de lui était pourtant joyeux. Chaque voisin, inconnu, connaissance, professeur qu'il croisait était souriant, chaque conflit se réglait rapidement et finissait par des embrassades confuses. Tout sonnait faux. Rien ne paraissait sincèrement réel, comme les couleurs fades de la fin du jour dans son salon étaient bien différentes de celles illustrées dans de nombreux ouvrages complexes. Tous les gens dehors étaient trop transparents quant à leur sensibilité et leurs émotions. C'était comme la présence d'une fausse note tout le long d'une mélodie parfaite mais qui ne dérangeait personne.

Lui ne montrait que très peu, voire jamais, ses émotions car il savait se gérer et garder son calme. C'était un trait qu'il avait tiré de son père, lui avait-on dit. A qui cela pouvait-il apporter le moindre intérêt de voir son sourire, de connaître ce qu'il ressentait ? Sasuke n'avait jamais adhéré à ce système, mais il se sentait obligé de vivre avec. Et curieusement, il n'avait jamais ressenti le besoin de voir au-delà de son appartement, de sa ville. Jusqu'à maintenant.

Il soupira en fermant les yeux, relâchant légèrement sa prise sur la hanse de sa tasse. Encore des bribes du passé qui venaient s'insinuer dans son esprit. Ce n'était pas le moment de replonger dedans.

Il jeta un coup d'œil à l'horloge et décida de rincer sa tasse, de l'essuyer pour la placer en dessous du bec verseur de sa machine à café et de se préparer pour son programme hebdomadaire. Il aurait aimé vivre cette journée comme les autres jours mais cette fois-ci, son cœur s'emballait un peu plus qu'à l'accoutumée. Peut-être sa destination en était-elle à l'origine. Non, pas réellement sa destination, mais peut-être son intention. En fait, il en était sûr.

La lanière du sac de sport sur son épaule, Sasuke réajusta les quelques mèches rebelles de ses cheveux sombres puis, satisfait de son résultat, partit en prenant soin de fermer la porte à clé.

Les mains dans ses poches triturant les anneaux de son porte-clefs, il marcha une dizaine de minutes avant d'arriver à son arrêt de bus où l'engin arriva dans les secondes qui suivirent. Il monta et resta debout, laissant la place à ceux qui en avaient le plus besoin, ou injustement pris par les plus flemmards et irrespectueux.

Arrivé à une station, un jeune homme de son âge encapuchonné monta et s'installa nonchalamment sur le seul siège restant. En même temps que lui monta une personne âgée qui, malgré l'aide de sa canne, peina à franchir la marche et à se mouvoir dans le bus bondé. Alors que les places étaient toute prises, le regard du brun s'orienta automatiquement sur le jeune homme qui venait de s'asseoir. Celui-ci était bien trop occupé à farfouiller dans son téléphone et il ne daigna même pas lever la tête lorsque la femme âgée lui demanda poliment s'il pouvait lui laisser la place.

Finalement, une femme enceinte dont le ventre était déjà bien rond se leva pour laisser son siège à la vieille femme et Sasuke posa brièvement la main sur son épaule afin qu'elle reste assise. La future maman lui adressa une question muette mais elle n'entendit pas sa réponse - peut-être à cause du bruit du moteur dans la circulation dense de la ville faisant écho dans l'habitacle. Elle chercha également son regard sans l'atteindre car le jeune homme était trop préoccupé à foudroyer du regard son semblable. La vielle femme, ne voulant créer aucune dispute, posa sa main sur le bras du brun tout en lui adressant un regard bienveillant.

« Laissez faire, mon brave, il y a bien une place qui va se libérer d'ici peu » voulut-elle le rassurer.

Sa fin de phrase mourut cependant pratiquement sur ses lèvres : elle était essoufflée.

« Oui, effectivement » répliqua-t-il sèchement, se défaisant délicatement de la main posée sur lui tout en maintenant son regard sur l'homme.

Les mots lui étaient sortis naturellement et dans la foulée de ses paroles, il se positionna proche du jeune, le regard noir.

Avec la sensation dérangeante d'un regard posé sur sa personne, le jeune homme leva enfin la tête, déjà lassé d'être dérangé. Il rencontra deux iris sombres luisant de mépris et de colère, une haine peu dissimulée par des sourcils froncés qui accentuaient la profondeur du ressenti. L'insolent déglutit bruyamment, ne souhaitant pas le moins du monde chercher une quelconque altercation avec un homme aussi effrayant.

Les virages que prenait l'engin faisaient bouger d'un seul bloc tous les usagers mais bientôt, le bus s'arrêta à nouveau.

Le jeune homme supplia alors du regard le jeune homme qui le toisait pour qu'il le laisse passer, ce qu'il fit. Pris par une pitié écœurante, Sasuke le vit bousculer tous les usagers afin de descendre juste au moment où les portes se refermaient.

Il haussa ensuite les épaules : il n'avait aucun intérêt à se soucier de lui désormais. Lorsqu'il s'accrocha à une sangle en hauteur, une main fraiche se posa néanmoins sur son bras, attirant son attention. C'était la vieille femme, reconnaissante qu'il lui ait trouvé une place parmi ce monde.

Sasuke hocha la tête et le bus se remit en marche. Il détourna alors le regard pour tomber sur les grands yeux verts de la future maman, un sourire de remerciement sur son visage rosé. Il ne répondit pas à son regard et ferma les yeux, bercé par le mouvement du véhicule.

Sasuke ne vit pas que malgré l'affluence, tous les autres passagers s'étaient écartés de cette aura lugubre qui entourait à présent le brun, craintifs à l'idée d'affronter ses yeux ténébreux

La ville de Konoha était prospère et la vie était très active. Les rues débordaient de monde et les routes ne désemplissaient pas. Les publicités éclairaient largement les façades de par leur hauteur et leur luminosité, placardées sur de hauts immeubles. Des personnes en costumes se dépêchaient de rentrer ou de ne pas manquer leur rendez-vous tandis que les autres préparaient les fêtes de fin d'année en allant acheter les derniers cadeaux dans les boutiques.

Sasuke descendit deux arrêts plus loin et continua son trajet habituel. Comme d'habitude, il passa à côté d'un petit escalier menant à l'hôpital de la ville. Une structure imposante tant par la blancheur de ses murs que par l'immensité du bâtiment, en hauteur comme en largeur. Pour accéder au hall, un passage aux dalles étincelantes de couleur grises contournait une grande fontaine sur laquelle une flamme rougeâtre et brillante était gravée au centre de l'édifice. A cette heure, rare était la présence d'un être vivant, qu'il soit humain ou animal. Même le tintement d'une quelconque sirène de véhicules de secours pouvait se compter sur les doigts d'une main. Certains se vantaient ainsi sur leur lit de mort de n'avoir jamais entendu un seul avertisseur de toute leur vie à Konoha.

Sasuke s'arrêta et tourna légèrement la tête pour contempler l'hôpital. La blancheur des lieux donnait à cet endroit un calme si saisissant qu'il en était effrayant. Que se passait-il entre ses murs pour qu'aucun bruit ne s'en échappe ? Malgré sa curiosité depuis enfant, jamais il ne s'était rendu aux urgences ou même dans son enceinte.

La brise caressa soudain les branches qui dansèrent autour de lui, donnant lieu à un spectacle d'ombres et de lumières sur le sol dallé en cette fin de journée. Il orienta ses yeux sur le chemin face à lui et reprit sa route.

La dernière étape de son cheminement était la traversée d'un grand parc qui, à cette heure, était légèrement éclairé par les lampadaires le long des allées pavées. L'air en cette fin d'après-midi était agréable, quoi qu'un peu froid mais largement supportable. Il en profita pour remplir pleinement ses poumons et relâcher sa respiration tout en détendant ses muscles. Il aimait le calme et la sérénité de ce parc à cette heure et cela lui arrivait parfois de rentrer tard chez lui pour profiter de la plénitude du lieu. Certains week-ends, il y venait aussi se détendre pour lire des romans ou réviser pour ses semaines d'examens.

Il longea une allée d'arbres fleuris de variété hivernale où les espaces de verdure et les sentiers étaient délimités par de petites clôtures basses en pierres blanches. Il releva la tête au froissement des feuilles rencontrant le vent. Au milieu du son de ses pas tapant le sol irrégulier, il se perdit dans la contemplation des mouvements de la nature jusqu'à ce qu'il percute quelqu'un. Totalement perdu dans ses pensées, il retrouva néanmoins son équilibre rapidement et se dirigea prestement vers le jeune homme qu'il avait bousculé et qui se relevait doucement. Il lui tendit la main et celui-ci l'accepta pour s'aider, accompagné d'un long soupir d'effort.

Alors que Sasuke s'apprêtait à repartir après avoir fait un signe de tête pour s'excuser, il observa le jeune épousseter sa longue écharpe qui trainait jusqu'au sol, soucieux de son intégrité. Il passa ensuite une main dans ses cheveux châtains pour les ébouriffer un peu plus. C'était une scène des plus banales, si ce n'est que cette fois-ci, elle lui paraissait étrange. Quelque chose n'allait pas, l'atmosphère était différente. Il remarqua alors que le son si caractéristique du vent ne soufflait plus et que les bruits du trafic au loin ne lui parvenaient plus. Il leva les yeux pour confirmer ses doutes et comme il s'y attendait, les agitations des frondaisons avaient cessé, comme arrêtées dans le temps. Il jeta un bref coup d'œil aux alentours, prudent : le peu de personnes présentes dans ce parc étaient figées, parfaitement immobiles. Quelqu'un jouait avec le temps.

Sasuke se retourna, les sourcils froncés et la tête légèrement baissée. Les poings serrés dans ses poches, il était méfiant. La personne qu'il avait bousculée plus tôt était encore debout face à lui, encore maître de ses mouvements elle aussi. L'ambiance était soudainement devenue lourde, pesante et suffocante. Ses poils s'hérissèrent à l'unisson et il se sentit brutalement impuissant face à la profondeur des yeux noirs du jeune qui s'étaient posés sur lui. Sasuke perdit un peu plus ses moyens. Il tenta de respirer calmement mais il avait les mains moites et il finit par grimacer tant le regard du jeune le plongea dans une mer de noirceur préoccupante.

Le jeune garçon le contemplait intensément, ses mains dans ses poches, mais après quelques secondes, Sasuke remarqua qu'il ne percevait aucune aura dangereuse de sa part. Il n'y avait pas non plus d'antipathie mais plutôt une sensation douce, sereine et emplie de compassion. Il détendit ses muscles qu'il n'avait pas eu conscience d'avoir bloqué et reprit une respiration plus lente, calmant les battements de son cœur.

Le temps s'écoula ensuite sans qu'aucun des deux ne parle. Alors que le brun réfléchissait à une solution pour se sortir de cette situation et que ses yeux scrutaient distraitement le paysage, le tintement d'une clochette lui parvint distinctement. Il braqua à nouveau le regard vers ce bruit qui venait de l'adolescent et le vit s'approcher lentement.

« Ça va commencer, ne pleure pas » lui conseilla-t-il, un sourire compatissant mêlé à une légère tristesse aux lèvres.

« Pardon ? » demanda-t-il, intrigué et agacé.

Il allait lui demander plus d'explication mais un flash de lumière l'aveugla brutalement. Ses oreilles bourdonnèrent et il y plaqua ses mains pour essayer d'atténuer un bruit strident qui lui arracha une plainte derrière sa mâchoire serrée.

Lorsqu'il retrouva pleinement la vue, son environnement avait repris le cours des choses : les arbres laissaient filer le vent à travers ses branchages, l'écho de la voix des promeneurs et le vrombissement des moteurs dans les bouchons parvenaient à ses oreilles. Mais surtout, le jeune qui était face à lui avait tout bonnement disparu et même en regardant autour de lui, Sasuke ne le vit nulle part. Ce brusque retour à la réalité le dérouta, au point que de légers vertiges l'assaillirent mais ses acouphènes s'atténuèrent peu à peu.

Il regarda sa montre, pensif, et réalisa qu'il lui restait peu de temps avant le début du match. Il ne pouvait pas se permettre de perdre plus de temps alors il inspira un bon coup afin d'essayer de retrouver ses esprits puis accéléra le pas. Ne se souciant pas du chemin à prendre puisqu'il connaissait le trajet par cœur, sa main vint se poser sur sa bouche et il fronça instinctivement les sourcils : cette position facilitait ses réflexions. Il se devait de comprendre ce qui venait de se passer, cet instant où tout son environnement s'était mis sur pause. Qu'est-ce qui pouvait se tramer ? Comment ? Pourquoi ? Qui ?

En puisant dans ses plus profondes connaissances, il déduisait que cela ne pouvait pas être une incantation sommaire et il était clair que ce n'était pas venu d'un élément naturel. N'était-il pas dans un contexte où la pratique d'un sortilège interdit avait été utilisé ? Pourtant, si c'était le cas, il aurait pu le percevoir, ne serait-ce qu'un picotement au bout des doigts. Mais rien. Est-ce que ses sens avaient été touchés par l'évènement précédent au point de le dérouter légèrement ? Il avait pourtant confiance en lui et en ses capacités, cela ne venait donc pas de sa personne. Enfin, normalement.

La situation était vraiment étrange et les paroles de l'adolescent venaient perturber son esprit déjà tourmenté. Bien conscient qu'il ne pourrait pas faire barrage à cette préoccupation, son esprit divagua sur cette personne : qui était le jeune homme ? Il était certain de ne l'avoir jamais vu.

Une connaissance de ses parents ? Peut-être mais après réflexion, au vu de son jeune âge, c'était absurde. Il accompagna cette pensée d'un geste agacé de la main, sa langue claquant contre son palais. Quelle était la signification de ces quelques mots qui le bouleversaient tant ?

Il laissa ainsi quelques minutes filer afin de peser le pour et le contre de ses potentielles révélations mais plus il se perdait dans ses pensées, plus il rageait. Ne pas avoir la réponse à ses interrogations le contrariait fortement et il se tendait malgré lui : sentir la situation lui filer entre les doigts sans même la comprendre était déconcertant. En revanche, plus il réfléchissait, plus l'image du garçon devenait familière.

Il soupira fortement, ses pas résonnant un peu plus fort sur l'asphalte. Il fulmina ensuite, la mâchoire serrée et le regard assombri : cette simple scène allait lui retourner le cerveau ! Il était capable de réussir les exercices et travaux pratiques les plus complexes à l'université mais cet évènement allait le rendre chèvre ? Son sang battait à ses tempes. Oui, ce qui lui était arrivé était inexplicable de prime abord mais n'était-il pas le meilleur lorsqu'il s'agissait de pouvoir se sortir de situation compliquée ?

Alors qu'un râle filtrait entre ses dents, il releva la tête pour balayer la zone du regard et les endroits familiers au loin lui confirmèrent qu'il arrivait près du stade. Il haussa les épaules, las, et décida qu'il aurait tout le temps d'y réfléchir plus tard. Il avait autre chose à se préoccuper pour le moment. Il repoussa donc ses idées et contourna la grande entrée où le public était déjà au rendez-vous. Alors qu'il longeait la haie, un petit attroupement d'une quinzaine de personnes se pressait auprès des vigiles pour passer, espérant parler ou même voir leur idole. Que ces personnes pouvaient être usantes à force...

Sasuke tentait d'avancer sans se faire voir mais les yeux du garde sur lui le trahirent et la petite assemblée se retourna d'un bloc. A ce moment précis, il sut qu'il n'y échapperait pas et que cela lui coûterait deux minutes, le temps que les vigiles viennent le sortir de ce pétrin. En attendant, dans son impassibilité habituelle, il se permit de signer quelques autographes, apposant sa griffe sur les ballons de Blitz des fans mais refusant poliment les demandes de numéro de téléphone ainsi que les selfies.

Rapidement cependant, Sasuke perdit patience. Il détestait être touché par tant d'inconnus et il fusilla du regard les vigiles qui tentaient de l'atteindre. Enfin, ces derniers établirent un cercle de sécurité autour de lui et le brun reprit sa respiration, secoué d'un spasme. Le visage neutre, il avança ensuite jusqu'à la porte des joueurs.


Merci d'avoir lu ce premier chapitre, qui en réalité n'est que la première partie du vrai chapitre 1. Mais étant donné sa longueur de base, j'ai décidé de le scinder en deux.

Alors la deuxième partie (donc deuxième chapitre) devrait sortir dans les jours où semaines qui suivent.

N'hésitez pas à partager vos ressenti, vos questionnements, vos avis. Je me ferai un plaisir de vous répondre.

Bonne journee.

Yunaliss