Bonjour, bonjour ! (Pourquoi 2 fois ? je ne sais pas ^^')
Elle est enfin là, la fameuse suite, qui marque aussi la fin de cette fiction. Elle devrait répondre à certaines de vos interrogations, et en amener d'autres à la fin (normalement). Je ne vous en dis pas plus, pour vous laisser le loisir de le découvrir par vous-même.
Merci beaucoup pour vos messages d'encouragement !
Et vive le ZoNa!
Correction : Shinory comme toujours ^^ que je remercie et j'embrasse.
Bonne lecture !
CHAPITRE 3
Le peuple Minks était d'une incroyable loyauté, peut-être même à la limite du déraisonnable, mais elle ne pouvait que les admirer pour cela. Depuis tout ce temps, ils abritaient effectivement un samouraï de Wano Kuni et malgré toutes ces tortures et toutes ces souffrances, ils avaient gardé le secret sans sourciller. Et le jeune Momonosuke qui s'avérait être l'héritier du clan Kozuki, le seigneur de ce même pays, et non le fils de Kin'emon ! Que de rebondissements en cette matinée qui avait commencé de façon plutôt tendue ! Heureusement, les Ducs Nekomamushi et Inuarashi s'étaient enfin entendus pour faire une trêve dans leur conflit interne pour se rassembler sous la bannière du clan Kozuki. Tout n'était peut-être pas si sombre finalement.
L'éventualité d'une belle récompense pour avoir aidé un seigneur lui était apparu soudainement et la jeune femme avait eu un élan d'affection pour le jeune garçon, qu'elle s'était empressée de chérir contre sa poitrine.
Après que Kin'emon leur ait présenté ses excuses pour leur avoir menti délibérément, ils furent tous conduit vers l'arbre en forme de baleine pour rencontrer ce fameux samouraï, tenu dissimulé aux étrangers. Contre toute attente, le samouraï, qui s'avérait être en fait, un ninja, n'avait pour le moins, pas le physique auquel ils s'attendaient tous. Il s'agissait d'un petit homme avec une tête démesurée par rapport au reste de son corps, et qui pleurait à outrance en revoyant ses compagnons… loin du cliché du combattant viril de l'ombre, passé maître dans l'art de maîtriser ses émotions. Toutefois, après quelques démonstrations de techniques ninpô, Luffy le prit aussitôt en affection, tout comme Chopper, Ussop et Franky, qui s'empressèrent d'imiter Raizo. De vrais gamins, déplora Nami avec un certain amusement. Elle darda un coup d'œil au bretteur qui, malgré son air impassible, paraissait tout aussi impressionné. Ce retour à la normalité lui fit du bien au moral, même s'il manquait toujours la présence de Sanji.
Leur alliance avec Law s'élargit considérablement avec leurs nouvellement alliés, les Minks ainsi que le clan Kozuki, afin de destituer le Yonko Kaido aux Cent bêtes. A croire que dès qu'ils posaient le pied sur une nouvelle île, ils s'engageaient dans un conflit politique, mais si ce n'étaient pas eux, personne n'aiderait ces pauvres gens. Aux vues de ce que leur avait raconté Momo ainsi que les samouraïs, une chose était désormais certaine, la suite ne s'annonçait pas aisée et ils auraient impérativement besoin de leur équipage au grand complet, n'en déplaise à certains.
- Maintenant qu'on a conclu une alliance, j'ai une condition à poser ! Déclara Luffy avec un sourire insouciant.
- Normalement ce n'est pas en préambule qu'on pose ses conditions ?! s'énerva Raizo.
Nami résista à l'envie de se cogner le front de sa paume de main. Le pauvre ninja ne connaissait pas encore leur capitaine, mais il allait très vite apprendre à le faire. Des coups comme celui-là étaient monnaie courante avec lui.
- Un des membres de mon équipage n'est pas là pour le moment…, expliqua le capitaine.
- Oh, c'est de Sanji dont tu parles ? Demanda Maître Nekomamushi.
- Sanji ? s'étonna Inuarashi.
- Oui… beaucoup de choses se sont passées, ajouta Nami à regret sous le regard scrutateur de Zoro.
Elle fit un bref résumé pour expliquer les raisons de la disparition de leur équipier et de l'entrée en scène d'un autre Yonko.
- Je vous demanderai d'attendre que je revienne avec lui pour commencer le combat !
- Quoi ? ce sont ça tes conditions ? Bien évidemment que nous vous attendrons ! s'exclama Raizo.
- Merci ! Vous verrez, Sanji est très fort ! Il vaut au moins un millier d'hommes ! s'enthousiasma le Chapeau de paille.
- Je vaux au moins deux milles hommes, surenchérit Zoro d'un air bougon.
- Oui, oui, soupira la rouquine.
Elle leva le bras pour lui tapoter le dessus de la tête. Ce n'était pas possible, il ne lâcherait vraiment rien face au cuisinier. Ce geste amical avait aussi pour but de le dérider un peu, car depuis qu'ils s'étaient quittés ce matin, Zoro adoptait une posture rigide et une mine glaciale. Il pourrait au moins y mettre du sien pour faire illusion que tout allait normalement entre eux, comme elle tentait de le faire. Mais non ! Monsieur se comportait comme un ours grincheux et se tenait particulièrement en retrait. Et le plus désespérant, c'était que son opinion sur le sort de Sanji n'avait pas changé…
…
La redescente au village se fit relativement dans la bonne humeur, enfin pas tout à fait pour tout le monde. A l'arrière du peloton, Nami restait pensive. La scène de la maison ne cessait de lui revenir en tête, bien qu'elle ait réussit à la maintenir à l'écart jusqu'à présent. La vitesse à laquelle elle succombait aux manières de rustre de son compagnon, la laissait pantoise. Mais ce qui la surprenait le plus, c'était la façon dont avait réagi Zoro. Jamais il ne s'était montré jaloux, et jamais il n'avait perdu le contrôle de ses émotions. Qu'est-ce qu'elle était censée en déduire ? Et puis cette façon qu'il avait eu de la serrer dans ses bras… ça n'avait pas duré plus d'une minute mais elle avait eu l'impression qu'il était presque… vulnérable. Rien que d'y penser, elle en eut des frissons. C'était ridicule et insensé. S'il y avait bien un adjectif qu'on ne pouvait pas coller au bretteur, c'était bien « vulnérable ». Avec toutes ces préoccupations, elle voyait sûrement des choses qui n'avaient pas lieu d'être. Ce qui était sûr, c'est que ça n'augurait rien de bon. Depuis qu'ils entretenaient cette relation, tous les deux avaient tendance à se comporter de manière irrationnelle, et plus ils poursuivaient dans cette voix, plus cela semblait s'intensifier. Tout lui indiquait qu'elle allait devoir rectifier le tir.
Et comme si ce n'était pas assez, Luffy allait partir à la recherche de leur cuisinier sur le territoire d'un autre Yonko qu'il avait défié effrontément lors de leur séjour sur l'île des Hommes-poissons. Il comptait y aller uniquement avec Pekoms comme guide. L'inconscient ! Bien qu'il soit très fort, il n'y arriverait jamais à lui tout seul. De toute façon, elle avait pris sa décision il y a longtemps, elle l'accompagnerait quoi qu'il en coûte. Cependant, avant cela, elle allait devoir avoir une petite discussion avec un certain épéiste aux cheveux verts. Au milieu de la file indienne, elle aperçut ce dernier, qui lui jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, qu'elle fit mine d'ignorer. Nami voyait bien qu'il se doutait de quelque chose. Pour un idiot musclé, il était plutôt observateur. Son estomac se noua aussitôt, accompagné d'une forte nausée. Ça n'allait pas être simple, elle angoissait quant à sa réaction, mais les choses se compliquaient et elle ne pouvait plus repousser l'échéance.
…
Zoro P.O.V
Qu'est-ce qu'il lui avait pris ?! Depuis quand est-ce qu'il cédait aussi facilement à ses pulsions ?! Il s'écœurait lui-même. Le manque d'attitude franche de sa compagne l'avait désarçonné et l'attachement de cette dernière pour le cuistot l'irritait, mais de là lui faire une scène ? Pour ensuite l'obliger à… Zoro resserra sa poigne autour de la garde de Shusui. Pourquoi s'était-elle débattue ? Ça n'avait duré qu'un court instant avant qu'elle ne semble apprécier. Mais le fait était là, elle l'avait repoussé et il avait choisi délibérément de l'ignorer. Soudain une pensée horrifique lui traversa l'esprit : et si elle avait continué à le repousser, est-ce qu'il se serait arrêté ? Un frisson glacé lui dévala l'échine. Oui, bien sûr que oui ! Il ne lui ferait jamais de mal, il tenait trop à elle pour cela. Alors pourquoi s'était-elle mise à pleurer s'il ne l'avait pas blessé ? Une autre chose l'inquiéta. Si jamais elle avait cédé uniquement par dépit ? Non ! il était persuadé qu'elle en avait eu tout autant envie que lui !
Pour la première fois de sa vie, il avait des doutes et il s'en voulait de quelque chose. Nami avait raison, lui qui prônait la perfection en matière de self-control, s'était laissé dominer par ses émotions et s'était comporté comme le dernier des crétins jaloux. Ça avait été plus fort que lui, il avait eu besoin de la tenir contre lui, de ressentir à nouveau cette sensation unique lorsqu'ils ne faisaient plus qu'un. C'était terrible, mais il avait eu désespérément besoin de la serrer dans ses bras, de s'assurer de sa présence, comme s'il avait eu peur qu'elle ne lui échappe.
Il devenait complètement irrationnel.
Pour la première fois aussi, il aurait souhaité que Sanji soit présent pour se défouler. Il l'aurait volontiers laissé lui assener un ou deux coups, histoire de lui remettre les idées en ordre. Tout cela, c'était la faute de cet idiot de pervers au sourcil en vrille !
Une nouvelle fois, il ressentit de la culpabilité lorsqu'elle détourna le regard pour observer la vaste forêt de Mokomo qui se déployait en contrebas. Non, tout cela c'était de sa faute à lui. Il éprouvait des sentiments très forts pour Nami et il ne savait pas comment gérer cela. Alors il était normal qu'elle lui en tienne rigueur pour s'être montré brutal et arrogant envers elle. Il avait remarqué son effort pour paraître normale avec lui dans la crypte de la baleine, mais il n'était pas un comédien. Faire semblant n'était pas dans sa nature et leur relation chaotique était en train de mettre en péril l'équilibre instauré au sein de l'équipage. C'était une des choses que Zoro avait redouté le plus, et il en était l'origine. S'il ne faisait rien pour arranger cela, si sa relation avec Nami se dégradait, cela pourrait entraîner des conséquences irrémédiables dans la quête de réalisation de leurs rêves. C'est pourquoi, dès qu'ils seraient revenus au village, il irait s'excuser auprès de la jeune femme, et lui avouerait ses sentiments pour elle, comme un homme se devait de le faire. Toutefois, Zoro ne pouvait s'empêcher de penser que la navigatrice lui cachait quelque chose, et si ce n'était pas une liaison avec leur cuisinier, alors de quoi s'agissait-il ?
Tout en redescendant, le bretteur passa en revue toutes les options auxquelles son esprit cartésien pouvait penser. Ce n'est qu'une fois arrivé en bas qu'une possibilité se démarqua, lorsqu'il surprit un geste qui aurait pu sembler anodin et insignifiant pour n'importe qui. Pendant une fraction de seconde, sa petite main délicate avait survolé la surface plane de son ventre pour s'y attarder un peu plus longtemps que nécessaire. Cette possibilité, il y avait déjà songé, puis mise de côté de par son absurdité, mais finalement, elle ne l'était peut-être pas tant que ça. Ses humeurs changeantes, l'inquiétude persistante dans son regard, son attitude fuyante, le fait qu'elle faisait de plus en plus attention à son alimentation et qu'elle n'ait pas consommé une goutte d'alcool lors de la fête… Tout cela concordait avec l'hypothèse qui louvoyait sournoisement dans un coin de sa tête. En d'autres circonstances, cela ne lui aurait même pas traversé l'esprit si, avant leur arrivée, il n'avait pas fait ce rêve troublant de réalisme avec les deux petits et une Nami enceinte jusqu'aux yeux. Peut-être était-ce un rêve prémonitoire ? Il ne croyait pas forcément en ce genre de chose, mais il avait été témoin d'assez de phénomènes singuliers qu'il n'aurait jamais cru possibles, que ça ne lui paraissait pas plus extravagant que cela.
Mihawk lui avait enseigné le haki de l'observation, lui expliquant qu'après un certain niveau de maîtrise, il permettait d'entrevoir un futur proche. Le Shichibukai en était d'ailleurs capable et il le lui avait maintes fois prouvé. Et puis il y avait cette bague qu'il gardait toujours dans sa poche ainsi que ce que lui avait raconté le bijoutier, qui lui restait en mémoire. Deux âmes faites l'une pour l'autre… Peut-être que finalement, Nami était bien celle qui était faite pour lui ? Rien ne permettait encore de l'affirmer mais, il est vrai qu'il ne s'imaginait avec aucune autre.
Son regard glissa à nouveau discrètement vers elle. Sa nakama était en pleine discussion avec Wanda, et elle affichait un sourire rayonnant. Les deux filles semblaient s'entendre particulièrement bien, mais cela ne l'étonnait guère, car la jeune femme avait la faculté de se lier très facilement d'amitié. Un trait de caractère qu'elle partageait avec leur capitaine. Il détailla sa silhouette élancée avec assiduité, tout en faisant attention de ne pas se faire remarquer. Aucun changement n'était perceptible, d'extérieur du moins. Elle était la même que lorsqu'ils s'étaient séparés à Dressrosa. Soudainement l'image de la Nami de son rêve se superposa à celle présente devant ses yeux, et il ressentit un pincement au niveau de la poitrine. L'imaginer avec un ventre rebondit lui fit éprouver, au-delà de l'appréhension, une certaine exaltation.
Cependant, ce sentiment fut vite remplacé par de l'incertitude ainsi qu'une centaine de questions. Si Nami était bien enceinte, comment l'avenir allait-il se profiler ? Ce n'était pas dans ses habitudes, mais son esprit carburait à toute vitesse pour tenter d'appréhender toutes les conséquences de la venue au monde d'un enfant à bord du Sunny. Cela allait compliquer pas mal de choses… Comment Luffy et les autres allaient réagir ? Zoro ne doutait pas que tous seraient heureux d'avoir un nouveau membre d'équipage, surtout leur capitaine. Mais était-ce raisonnable ? Comme il l'avait clairement dit, ils avaient mis en rogne l'un des plus puissants pirates de ce monde en détruisant son petit marché d'armes clandestines et de fruits du démon artificiels… Un gros combat se préparait donc, et ils avaient tous besoin d'être au top. De ce fait, si Nami portait son enfant, elle allait devoir se ménager. Ça tombait très mal… et Zoro comprenait parfaitement que la jeune femme soit tourmentée, si tel était le cas. Cela faisait beaucoup de « si ».
Toutefois, ce qu'il avait un peu de mal à comprendre et qui le vexait un peu, c'était qu'elle n'osait pas lui en parler, sans doute par crainte de sa réaction. C'est vrai que c'était une nouvelle qui pouvait s'avérer perturbante, mais ils étaient une équipe, et jamais il ne la tiendrait pour unique responsable. Il fallait être deux pour concevoir un enfant, et puis les chances que cela se produise n'étaient pas minces. Après tout, il devait bien avouer qu'il n'avait pas réellement fait attention, preuve en était un peu plus tôt ce matin… mais même s'ils n'en avaient jamais discuté, il supposait que Nami prenait ses dispositions pour que cela n'arrive pas. A bien y réfléchir, il était tout aussi responsable pour s'être montré aussi imprudent. Peut-être était-ce pour cela qu'elle lui en voulait ? Une chose était sûre, il ne la blâmerait pas.
Mais est-ce qu'elle voulait le garder ? Ses réflexions n'avaient jamais été aussi poussées, mais une situation comme celle-ci ne pouvait être guidée uniquement par la chance. L'enjeu était bien trop sérieux et bien trop grave. Il devait se préparer à toute éventualité. Si jamais elle n'en voulait pas, il ne la forcerait pas et accepterait son choix, c'était son corps après tout. Cette option lui tordait les tripes, car au fond, il chérissait l'idée d'être papa, même s'il ne l'avait envisagé que récemment. C'était une sensation indescriptible que d'imaginer qu'un petit être, mélange de Nami et de lui, puisse voir le jour. Il éprouvait comme une certaine fierté à l'idée d'imaginer un bambin avec le tempérament de feu de la navigatrice et ses talents pour le maniement du sabre. La petite fille de son rêve se manifesta dans son esprit, et l'envie de voir cette image se réaliser devint soudainement intense. Enfin… il partait un peu loin, car rien n'était certain. Quoi qu'il advienne, il soutiendrait sa compagne dans sa décision finale. Et si elle était d'accord pour le garder, Zoro redoublerait d'efforts pour les protéger, en devenant encore plus fort.
Perdu dans ses pensées, il s'était peu à peu écarté du groupe et se retrouvait désormais bon dernier de la file. Les Minks accoururent pour accueillir Raizo, ainsi que pour acclamer leur retour malgré leur courte absence. Ce peuple était décidément très démonstratif, ce qui correspondait tout à fait au caractère de leur capitaine. D'autant plus, lorsqu'ils proposèrent de faire un nouveau festin que Luffy s'empressa d'accepter avec un grand enthousiasme. Cependant, Nami l'intercepta en l'attrapant par la tête qu'elle ramena contre sa poitrine.
- Pas si vite Luffy ! Tu crois qu'on n'en a pas assez fait comme ça, des festins ? Il est temps de reprendre la mer… A moins que tu ne veuilles qu'on arrive en retard pour sauver Sanji ?!
- Ah parce que tu viens aussi ? s'étonna le Chapeau de paille.
Sa déclaration lui fit l'effet d'un coup poing. Depuis quand avait-elle décidé cela ?! Ils venaient à peine de se retrouver et tout ce qu'elle trouvait de mieux à faire, c'était de se barrer et de se mettre en danger pour aller chercher ce gros abruti ! Le pire était qu'elle n'avait même pas cru bon de l'en tenir informé, préférant le mettre devant le fait accompli. Sans doute était-ce de sa faute aussi, le sujet était sensible et la jeune femme lui avait assez reprocher de ne pas faire preuve de compassion envers Sanji…
- Tu ne croyais tout de même pas que j'allais attendre ici… Je ressens une part de responsabilité pour ce qui est arrivé. Et puis, entre nous, tu ne penses tout de même pas voyager dans le Nouveau Monde sans ta navigatrice ?! Demanda-t-elle sombrement.
Dans son coin, Zoro grinça des dents. Il savait pertinemment qu'elle n'avait pas tort. Elle était la mieux placée pour accompagner Luffy et le ramener sain et sauf, mais son côté possessif n'appréciait pas du tout cette décision.
- Moi aussi je viens ! Pekoms est gravement blessé, il aura besoin d'un médecin ! renchérit Chopper avec détermination.
Sur quoi, Brook s'ajouta à la liste des volontaires pour secourir Du-sourcil, évoquant lui aussi, une part de responsabilité dans ce qui était arrivé. Zoro résista à l'envie de soupirer bruyamment et se contenta de les observer d'un œil morne, pendant que tous acceptaient cette nouvelle organisation. Il n'avait rien à y redire, Luffy était le capitaine, et mieux valait qu'il soit bien entouré pour entrer sur le territoire de Big Mom. Avec sa présence en plus, il aurait sûrement été mieux accompagné, mais il n'avait pas franchement envie de courir après un lâcheur tel que le blond, et cela aurait plus tenu de l'hypocrisie que d'un élan charitable. De toute façon, ils devaient être un petit groupe pour rester discret, et puis, il ne fallait pas déséquilibrer les forces, le reste de l'équipage avait aussi besoin d'un élément fort. N'empêche qu'il n'aimait pas ça, et cela ne faisait qu'alimenter sa rancœur envers le cuistot.
Soudain, le sol se mit à trembler dangereusement et un bruit tonitruant résonna dans toute l'île. La végétation, tout comme les bâtisses, se mirent à bouger et le Duc Inuarashi leur intima de s'accrocher aux arbres, déclarant qu'il s'agissait du barrissement de Zunesh. L'éléphant était attaqué et toute la population sur son dos était en danger.
…
Slash
Les troncs se fendirent instantanément et retombèrent en plusieurs planches, avec une facilité déconcertante. Découper des arbres n'était pas ce qu'il y avait de plus palpitant, mais ça avait au moins le bénéfice de le défouler et d'être un peu seul. L'éléphant avait subi d'importantes blessures, et il leur fallait pas mal de bois pour que Franky puisse construire des nacelles afin d'aller le soigner. Ce faisant, Zoro digérait lentement le fait que l'équipage se scindait une nouvelle fois en deux, et tentait d'apaiser son amertume envers la navigatrice et le cuisinier. C'était déplacé, ça il en avait conscience. Il devait se forcer à prendre un peu de recul sur leur relation pour ne pas l'étouffer, mais c'était plus difficile qu'il n'y paraissait. Cela ne devait aucunement perturber la cohésion de leur groupe. Voilà pourquoi, ce boulot de couper du bois était tombé à point nommé, et puis c'était tout à fait dans ses cordes. Après un peu de temps passé seul, le bretteur en était venu à la conclusion qu'il devait accepter la décision de sa nakama. Elle était libre de faire ses propres choix, et il préférait encore se couper une main plutôt que de la priver de cela. De toute façon, Luffy serait avec eux, et pour ce qui était de leur sécurité, il lui faisait totalement confiance.
…
Assis un peu à l'écart, à l'ombre d'un arbre, Zoro écoutait d'une oreille distraite, ses camarades qui se préparaient au départ. Luffy avait disparu subitement, avec à n'en pas douter, une idée en tête. En attendant, il sirotait une choppe d'alcool de fruit gracieusement offerte par un des habitants. Il avait été convenu qu'il se rendrait avec Kin'emon, ainsi que Robin, Franky, Ussop et Triffouillis à Wano Kuni, où ils attendraient patiemment leur retour, au grand complet de préférence. Tout à coup, il perçut un peu de raffut derrière l'arbre contre lequel il était adossé, puis des éclairs apparurent tout aussi soudainement à droite et à gauche, d'une façon tout à fait artificielle. Il semblerait que la sorcière se soit dégotée un nouveau gadget grâce à leur artilleur et menteur professionnel.
- Mirage tempo !
Un rictus déforma la ligne stricte de ses lèvres alors qu'il entendait Ussop râler après la jeune femme pour s'être enfuie sans aucune rétribution. En même temps, qu'est-ce qu'il espérait ? Même lui, s'il n'avait pas eu le haki de l'observation, il aurait pu prédire cette issue. A croire que le sniper ne la connaissait pas…
- Je te cherchais, souffla une petite voix au-dessus de lui.
Zoro but tranquillement sa gorgée avant d'éloigner la chope de ses lèvres. Il ouvrit l'œil et son regard tomba sur une longue paire de jambes dénudées, quasi interminables. En remontant, il découvrit une mini-jupe verte à volants, accommodée d'un haut blanc, somme toute très simple, mais surtout très moulant. Même en toute simplicité, Nami restait magnifique, de toute façon, elle pouvait porter n'importe quoi, même un sac poubelle, qu'il la trouverait toujours attirante. Huh… on croirait entendre le pervers à mèche blonde, pensa-t-il avec une once de dégoût. Son regard s'attarda quelques instants au niveau de son ventre filiforme, avec l'idée que son futur enfant, grandissait lentement, à l'abri de toute suspicion. Il dénia enfin détailler son visage qui, étonnamment, n'exprimait rien de particulier. La jeune femme l'observait comme absente, ce qui n'arrangeait en rien cette gêne qu'il y avait en eux depuis l'aube. Zoro nota l'objet orange qu'elle tenait encore à la main.
- Tu as une nouvelle arme ?
Cela parut la sortir de sa transe et ses yeux retrouvèrent leur éclat pétillant et malicieux. Elle fit jouer le bâton entre ses doigts.
- Oui. Ussop a fait une version améliorée de mon climat-tact. Celui-ci est bien plus intuitif et je peux utiliser facilement tout ce que m'a appris la science de weatheria, annonça-t-elle fièrement. C'est l'arme idéale pour les combats à venir…
Zoro ne loupa pas le voile sombre qui était passé devant ses grands yeux mordorés. La suite des évènements l'inquiétait, et c'était tout à fait compréhensible, mais elle avait raison, sa nouvelle arme allait être plus adaptée, et il en remercia silencieusement Ussop. Son visage se ferma à nouveau dans une expression plus sérieuse et il la vit prendre une profonde inspiration, comme si elle avait besoin de se donner du courage.
- Suis-moi, j'ai besoin de te parler, mais pas ici.
Sachant pertinemment qu'elle allait lui annoncer quelque chose, qu'elle avait l'air de redouter, Zoro prit toutefois le temps de boire une dernière gorgée de ce délicieux alcool de fruit. Lui aussi avait besoin d'un peu de courage de temps en temps, bien qu'il n'en manquait pas de base, mais il avait aussi l'intention de lui avouer certaines choses. La jolie rousse regarda autour d'eux pendant qu'il se relevait, afin de s'assurer qu'ils n'étaient pas observés. Une fois ses katanas réajustés à sa taille, Nami l'entraîna discrètement à l'écart du rassemblement, passant à l'arrière des premières maisons, puis ils débouchèrent sur un petit coin dégagé à l'orée de la forêt. Zoro se demanda jusqu'où elle comptait l'emmener, jugeant être assez loin des autres, lorsqu'elle s'arrêta, dos à lui. Durant sa petite marche, sa main s'était logée dans sa poche et ses doigts effleuraient le velours de l'écrin. Bizarrement, son estomac se noua. C'était la première fois qu'il appréhendait autant. Ce n'était pourtant pas son genre, mais récemment, il s'était rarement comporté de manière habituelle. Voyant qu'elle ne se décidait pas à parler, il prit l'initiative de démarrer la conversation.
- Alors comme ça tu vas aller chercher ce crétin…
- Oui
- Tu es sûre que c'est une bonne idée ?
- Luffy ne peut pas y aller seul, il a besoin de quelqu'un pour le guider à travers le Nouveau Monde.
- humph
Ça, il le savait bien, et avec elle, leur capitaine était sûr d'arriver à destination. Une boule se forma dans sa gorge alors que les secondes s'écoulaient dans un silence pesant. Nami lui tournait toujours le dos, comme si elle avait peur de croiser son regard. Il devait briser cette gêne qui devenait insupportable pour l'un comme pour l'autre, et se conduire en homme. Son comportement irrationnel de ces quelques derniers jours, ainsi que ses tourments émotionnels, n'étaient uniquement dus à l'évolution de ses sentiments pour elle. Bien qu'il ait longtemps réfuté cette éventualité, il en était finalement venu à la conclusion qu'il aimait Nami. Et aujourd'hui, il était temps qu'il lui avoue, tout comme il devait lui dire qu'il était prêt à s'engager auprès d'elle. Cela avait quelque chose d'effrayant, mais en même temps, il avait l'impression qu'une fois fait, il se sentirait libéré et que les choses s'arrangeraient d'elles même. Ses doigts se resserrèrent autour de la petite boîte, qu'il commença à remonter lentement du fond de sa poche. Son cœur tambourinait de façon exagérée dans sa poitrine et il se fustigea mentalement pour ce manque d'attitude virile.
- Nami je…
- Avant que tu ne dises quoi que ce soit, j'ai quelque chose à te dire, déclara-t-elle d'une voix fluette.
La main dans sa poche se stoppa, et il attendit avec une once d'anxiété mais aussi d'impatience, qu'elle lui annonce qu'elle était enceinte. Son sang battait tellement fort dans ses tempes, que les bruits du monde environnant semblaient avoir disparu. Jamais il n'avait connu un tel moment d'appréhension, et le fait qu'elle n'osait pas le regarder en face, ne faisait qu'accentuer cela. Inconsciemment, il serra étroitement l'écrin dans sa poche lorsqu'il nota le léger redressement dans sa posture, signe avant-coureur qu'elle allait enfin lâcher le morceau. Il s'attendit à entendre dire « je suis enceinte » …
- Je veux qu'on arrête là.
Son esprit marqua un blanc et le bourdonnement assourdissant du sang qui pulsait dans ses tempes cessa subitement. S'en suivit d'un long silence où seul un petit sifflement strident perça à travers son oreille, comme un acouphène. La phrase tourna et retourna dans sa tête, sans faire sens. « Qu'on arrête là ». Cela ne dura qu'un instant, mais il lui sembla que le temps s'était arrêté et que son cœur avait cessé de fonctionner. Il en oublia même comment respirer. Il entendait parfaitement cette petite phrase, mais la seule question qui lui vint bêtement en tête, ce fut « Et le bébé ? ».
- On doit stopper cette relation.
La voix ferme, un poil glacial, de la jeune femme le ramena violemment à la réalité. Son cœur se remit à battre mais de façon douloureuse. Il avait l'impression qu'une main l'étreignait et le comprimait de toutes ses forces. La douleur était une compagne des plus fidèle, il la côtoyait depuis son plus jeune âge, et même si elle variait en intensité, il arrivait toujours à la surmonter. Mais celle-ci… ça n'avait rien à voir… rien à voir avec la vivacité de la morsure de l'acier qui lui déchirait la peau, rien à voir avec celle d'un coup de poing, rien à voir avec cette fois où il avait pris toute la fatigue et les blessures de Luffy… Non. Ça ne ressemblait précisément à aucune de ses blessures, mais plutôt à un mélange de tout ce qui avait pu lui être infligé. Le pire, c'était qu'il ne s'agissait que de simples mots. Alors, comment pouvaient-ils faire aussi mal ?
Ce n'était pas non plus tout à fait similaire à ce qu'il avait ressenti lorsque Kuina était décédée, mais cela restait tout aussi violent. A la différence, que cette fois, il n'était plus un petit garçon. Zoro ravala sa peine et la cacha sous un masque d'impassibilité longtemps perfectionné. Son esprit encore un peu étourdi cherchait naïvement à savoir s'il y avait bien un bébé, mais lorsque Nami se retourna lentement vers lui, il eut sa réponse. La vision de la petite fille aux longues boucles orange avec son visage souriant, ainsi que le petit garçon aux cheveux verts, qui s'amusaient en s'affrontant avec leurs armes d'entraînement, vola en éclat. Le bretteur eut la sensation qu'on lui arrachait une partie de lui-même. Il s'était fourvoyé, et pas qu'un peu.
- Nous deux, ce n'était que du sexe…
Idiot, idiot, IDIOT ! Comment t'as pu croire une chose pareille, hein ? Non mais, Nami enceinte ? Franchement, il fallait être sacrément con pour croire qu'elle t'évitait parce qu'elle attendait ton enfant ? AHAHAH ! De toute façon, qui voudrait d'un père comme toi ? Tu t'es laissé berner par ses sourires et sa douceur, et t'en es tombé amoureux. Mais elle ne t'a jamais aimé ! C'était juste qu'une vulgaire histoire de cul… rien de plus. Et toi tu y as cru. Idiot. T'étais même prêt à lui offrir une bague… C'est pathétique. Tu ne vaux pas mieux que le cuistot ! non… tu es pire.
La petite boite en velours retomba lourdement dans le fond de sa poche et le haut de son visage s'assombrit dangereusement. La seule fois qu'il s'était sentit aussi minable, c'était lorsque Perona avait utilisé son Negative-hollow, et elle n'était visible nulle part. Cette voix dans sa tête avait raison. Il n'était qu'un crétin. Il s'était fait avoir dans les grandes largeurs. Qu'est-ce qui lui avait pris de s'engager dans un truc pareil ?
Ses lèvres commencèrent à s'étirer puis s'arquèrent vers le haut, pour finalement se transformer en sourire presque dément. Il ne pouvait que rire de sa stupidité. Cette relation l'avait rendu complètement idiot, et il s'était comporté de façon grotesque. Il s'en rendait compte désormais. Et dire qu'il avait été sur le point de se ridiculiser en lui avouant ses sentiments, et il aurait même été prêt à la demander en mariage !
Un fou rire menaça de l'ébranler et Zoro eut du mal à le ravaler, si bien qu'un petit pouffement lui échappa involontairement. Nami l'observa froidement, les bras croisés sur sa poitrine, avec une légère confusion dans le regard. Toutefois, il ne mit pas longtemps à se ressaisir et à retrouver son calme (du moins en apparence).
- Ouais…, que du sexe.
Elle sembla tiquer, comme déçue. Bah… son esprit cherchait encore à lui jouer des tours en lui faisant croire à des choses qui n'existaient pas. C'était une sorcière manipulatrice. Il avait pourtant décliné cette relation, mais c'était elle qui était venu le chercher, et en cet instant, Zoro lui en voulait tellement pour cela. Cependant, celui à qui il en voulait le plus, c'était à lui-même. Avec une autre, ça aurait été différent, la preuve, il avait connu des conquêtes passagères pour lesquelles il n'avait rien éprouvé. Mais là, il s'agissait de Nami. Il s'était montré faible, il avait baissé sa garde en sachant pertinemment que ça pourrait arriver, mais comme un imbécile, il avait cru en sa chance, pensant bêtement que ce qu'il éprouvait était réciproque. Cette pierre, et la fable que lui avait raconté ce maudit bijoutier, tout ça lui était monté à la tête. Il avait eu conscience de la stupidité de cette histoire… une pierre qui ne se manifeste qu'en la présence de deux âmes destinées l'une à l'autre, c'était du grand n'importe quoi ! et pourtant il y avait presque cru, ou plutôt, il avait voulu y croire…
- Il vaudrait mieux qu'on redevienne de simple nakama… ou du moins faire comme si rien n'avait changé. Ça ne doit pas impacter l'équipage, et aucun d'eux ne doit apprendre ce qu'il s'est passé.
Un nouveau rictus, un peu plus acerbe cette fois-ci, déforma son visage qu'il tentait de garder neutre. On dirait qu'elle avait répété cette phrase des dizaines de fois. Peut-être était-ce le cas ? Tout ce que ça lui indiquait, c'était que sa décision était réfléchie. Depuis combien de temps ? il n'en savait rien, mais il aurait parié jusqu'au dernier berry qui lui restait que c'était déjà le cas ce matin, lorsqu'ils s'étaient envoyés en l'air. Il aurait pourtant dû le voir venir… mais sa jalousie l'avait bêtement aveuglé, et voilà où il en était.
- Evidemment. T'en fais pas pour ça, j'ai pas l'intention de le crier sur tous les toits. Et puis ce qui compte, c'est que Luffy devienne le Roi des pirates et qu'on accomplisse nos rêves.
- Oui…
- Parfait. Si c'est tout ce que t'avais à me dire, il vaudrait mieux retourner rejoindre les autres. T'as quelqu'un à aller chercher il me semble.
- Alors c'est tout ?
- Tu t'attendais à quoi, hein ? C'était qu'une partie de jambe en l'air, non ? pas de quoi s'éterniser. Tu veux qu'on arrête, et bien voilà, c'est fait, répondit-il un peu plus sèchement que d'ordinaire.
Nami baissa les yeux et resta silencieuse. Quoi ? Elle aurait aimé qu'il pleure et la supplie à genoux de poursuivre leur batifolage ? Elle l'avait bien regardé ? Si elle avait pris le temps de réfléchir à leur rupture avant de lui annoncer, il n'allait sûrement pas insister, surtout lorsqu'elle réduisait cela à juste du sexe. Maintenant, si elle hésitait, ce n'était plus son problème. Elle aurait qu'à demander au cuistot libidineux la prochaine fois qu'elle aurait besoin de passer un peu de bon temps, il n'en n'avait plus rien à carrer. Bon, ce n'était peut-être pas tout à fait vrai. Il pensait ça sous le coup de la colère, mais en cet instant, la proximité de la jeune femme devenait de plus en plus insupportable. Zoro jugea qu'il était préférable de mettre de la distance entre eux, et que finalement, la séparation de l'équipage s'avérait être une aubaine. Après tout, il avait juré de faire comme si de rien n'était, mais mieux valait qu'il ne les ait pas en face de lui, à minauder, pendant les jours qui allaient suivre. Il n'était pas un champion dans l'art du mensonge, mais il savait très bien cacher sa peine, encore fallait-il lui laisser un peu de temps. Tel un animal blessé, il avait besoin de panser ses plaies à l'abri des regards. C'est pourquoi le bretteur se détourna de la navigatrice et s'apprêta à repartir.
- Juste une chose, annonça-t-il en s'arrêtant sans pour autant lui adresser un regard. Je ne sais pas depuis combien de temps tu y penses, mais, pour ce que ça vaut, je voulais te dire que j'étais quand même désolé pour ce matin. Je me suis laissé emporter… mais rassure-toi, ça n'arrivera plus.
…
Nami P.O.V
Son cœur battait tellement fort dans sa cage thoracique, qu'il était prêt à en sortir à tout instant. Une pierre s'était logée dans le fond de son estomac et ses mains n'avaient jamais été aussi moites. Tout cela sans même lui avoir adressé un seul regard. Elle avait pourtant répété la scène des dizaines de fois dans sa tête, tout en se convaincant qu'il s'agissait de la meilleure chose à faire, mais rien n'y faisait, le stress était toujours ancré à ses tripes et ne voulait pas les lâcher, provoquant une nouvelle sensation de nausée. Nami n'avait aucune idée de comment il allait réagir, surtout après son élan de jalousie ce matin. Et si jamais il avait des sentiments pour elle ? souffla une petite voix. La jeune femme serra les dents. C'était une possibilité qu'elle ne préférait pas envisager. De toute façon, s'il éprouvait ne serait-ce que le début d'une romance, mieux valait y mettre un terme de suite. Et s'il lui avouait qu'il l'aimait ? Sa lèvre commença à trembler et elle dût la mordre pour stopper ce signe de faiblesse. Impossible. Zoro qui lui avouerait son amour ? C'était tout bonnement surréaliste. Elle concevait difficilement que le bretteur puisse éprouver ce genre de sensiblerie. Mais, et si c'était le cas ? Nami balaya cette idée et la relégua au fin fond de son esprit. Si c'était le cas… non ! mieux valait ne pas envisager cette possibilité, c'était déjà bien assez dur comme cela.
- Je veux qu'on arrête là, souffla-t-elle.
La phrase sembla lui bruler la langue mais elle se répéta que c'était nécessaire. Elle ferma étroitement les yeux et bloqua sa respiration en attendant la réaction de son compagnon. C'était lâche et elle le savait, mais elle n'avait pas le courage de le regarder en face, bien trop effrayée de faire machine arrière. Ça pouvait paraître étrange et contradictoire, mais elle devait y mettre un terme car ses sentiments avaient évolué bien plus vite qu'elle ne l'avait prévu. Elle était tombée amoureuse de ce gros abruti à la couleur de cheveux improbable, de façon rapide et totalement incontrôlée. Elle l'avait senti lors de leur nuit passé sur l'île de Calypso… pour être honnête, elle l'avait senti un peu avant. Cette chasse au trésor qu'elle avait mené avec acharnement en était l'une des conséquences.
Elle n'avait pas été totalement honnête vis-à-vis de Zoro lorsqu'il lui avait demandé pourquoi elle tenait tant à le trouver. Il se pourrait même qu'elle ait changé quelque peu la fin de la légende, mais ça avait été plus fort qu'elle. En effet, à la fin, le cœur de Calypso transformé en pierre n'avait pas pour but de protéger les êtres chers, enfin pas tout à fait. Il était précisé que, ne souhaitant nullement ce sort à aucun couple, une pierre apparaîtrait aux âmes sœurs pour les guider et les protéger. Cela pouvait sembler idiot, mais ce texte l'avait obnubilé pendant des jours quand Robin lui en avait fait part. Elle avait passé du temps à essayer de localiser cette île, pour finalement y arriver, mais malheureusement, ils étaient beaucoup trop éloignés à l'époque. Elle avait fini par mettre cette histoire de côté dans un coin de son esprit, même lorsqu'ils avaient commencé à entretenir cette relation. Puis ils étaient passés à côté de cet atoll, et tout lui était revenu. C'était comme si elle avait été investie d'une mission, comme si quelque chose au fond d'elle la poussait à trouver ce trésor, et si jamais elle réussissait à le trouver, cela aurait signifié que sa relation avec Zoro n'était pas une erreur. C'était sans doute ridicule dit comme cela, c'est aussi pourquoi elle avait modifié sa version, mais elle avait eu désespérément besoin de se rassurer sur ce qu'ils partageaient. Oui elle avait été déçue de ne pas obtenir cette précieuse pierre, mais la nuit qu'ils avaient passée avait été magique, et elle chérirait ce souvenir à jamais.
Après cela, son attachement pour Zoro s'était confirmé tous les jours un peu plus. Tout aurait très bien pu continuer ainsi, mais il avait fallu que Luffy fasse une alliance avec ce pirate… Trafalgar D. Water Law, pour faire tomber un Yonko. Ça avait été le début de la panique. La réalité de leurs objectifs l'avait durement rattrapé. Son idylle naissante et la perspective d'un avenir sombre, n'avaient rien de compatible. Pourtant, elle avait lutté contre sa peur, continuant leurs petites affaires, toujours en catimini, mais cette peur s'était à nouveau manifestée sur l'île de Zo, avec l'entrée en jeu de l'équipage de Big Mom. De plus, ce qu'avait dit Zoro lorsqu'ils étaient en route pour rencontrer Maître Nekomamuchi, ne cessait de hanter son esprit. Le plus dur était à venir, alors comment mener cela de front avec une relation amoureuse de plus en plus intense ?
Oui elle avait la trouille. Peur du dérapage (comme ce matin), peur des conséquences si jamais le reste de l'équipage l'apprenait (surtout Sanji), peur que les sentiments prennent le pas sur la raison, peur que cela devienne une faille béante au moment où ils affronteraient les deux Empereurs, mais aussi elle avait très peur de l'attachement de plus en plus persistant qu'elle éprouvait pour Zoro. Bien évidemment, elle tenait beaucoup à chacun de ses coéquipiers, mais lui c'était différent. Il y avait quelque chose de plus viscéral qui la terrifiait, et le fait qu'il perde le contrôle de ses émotions, laissait entendre qu'il ne gérait pas mieux la situation qu'elle. Il y avait beaucoup trop d'indices qui laissaient indiquer que leur relation était dangereuse pour l'équilibre du groupe et pour leurs objectifs.
Elle mettait tous leurs amis en danger avec leur secret, tout ça parce qu'elle n'avait pas été capable d'oublier ce baiser d'il y a deux ans. Tout ça, parce qu'elle avait toujours eu une attirance pour le bretteur, et qu'elle avait choisi bêtement de suivre ses sentiments plutôt que de les refouler au plus profond d'elle-même. Et le pire, c'était que Zoro l'avait suivi dans cette pente savonneuse. Naïvement, Nami avait cru pouvoir contrôler ses émotions, ne faire de cette relation qu'un exutoire de la tension sexuelle qui les animait, mais au final, cela n'avait fait qu'envenimer les choses.
C'est pourquoi, elle devait y mettre fin. Le problème c'est qu'elle attendait au moins une petite réaction de la part du principal intéressé, mais rien, que dalle. Le silence absolu, pas un reniflement, pas une exclamation de surprise, nada. Le bretteur était désespérément muet et elle commençait à se demander s'il était toujours là derrière elle. Ou bien tout simplement qu'il n'avait pas entendu parce qu'elle avait parlé trop bas ? Les nerfs déjà à fleur de peau, elle sentit sa colère à l'égard de l'ancien chasseur de pirates se ranimer aussitôt. Comme si ce n'était pas déjà assez dur de devoir le dire une première fois, il fallait qu'il la fasse répéter !
- On doit stopper cette relation, affirma-t-elle avec un peu plus de conviction cette fois-ci.
Elle avait eu beau se les répéter maintes et maintes fois dans sa tête, une fois prononcé à voix haute, ces mots lui lacéraient le cœur de façon effroyable. Là encore, son nakama resta silencieux comme une tombe et Nami menaça d'imploser. Carrant les épaules et privilégiant un regard qu'elle espéra de glace, la navigatrice se retourna pour enfin faire face à l'ancien chasseur de pirates. Une nouvelle vague d'irritation la gagna lorsqu'elle se rendit compte que le visage de l'homme aux cheveux vert n'exprimait absolument rien hormis son expression habituelle. Sa pupille solitaire était toujours aussi dure, mais son regard paraissait distant. Pas la moindre trace de surprise, ni de colère ou même de tristesse, juste ce stupide air sérieux et passe-partout.
- Nous deux, ce n'était que du sexe…, assena-t-elle afin de provoquer une quelconque réaction chez lui.
Finalement, il manifesta un léger froncement de sourcil, puis le haut de son visage s'assombrit quelque peu. Tout ce qu'elle voulait, c'est une réaction humaine de sa part, mais au fond elle désespérait qu'il la contredise avec véhémence, qu'il ne réduirait pas leur relation juste à cela. Après tout, ce n'était que de la provocation. Alors quand Zoro se mit à sourire, du plus grand sourire qu'elle lui ait vu depuis des lustres, suivit d'un petit rire étouffé, Nami eut la sensation que son cœur sombrait dans les tréfonds de sa poitrine.
- Ouais… que du sexe.
La phrase tomba comme une sentence et son cœur se brisa. Elle s'était attendue à avoir mal en renonçant à ce qu'ils partageaient, mais là, c'était au-delà de ce à quoi elle s'était préparée. Afin de compenser la douleur qui lui déchirait le cœur, ses ongles s'enfoncèrent dans la chair de ses bras qu'elle avait replié contre sa poitrine dans un geste protecteur. Heureusement, sa colère à l'égard du bretteur était toujours présente et elle se focalisa sur celle-ci pour ne pas s'effondrer devant lui et paraître encore plus ridicule. Humiliée et trahie, voilà comment elle se sentait réellement au fond. Comment avait-elle pu espérer qu'un homme comme Zoro puisse trouver un quelconque attachement émotionnel dans leur relation ? Pourtant, les gestes qu'il avait eu… sa façon de la regarder… leur nuit passée ensemble sur l'île de Calypso… son dérapage de ce matin… Elle avait presque cru qu'il ressentait quelque chose, et c'était certainement un peu égoïste de sa part, mais elle aurait aimé que ce soit le cas. Sauf qu'elle s'était leurrée elle-même en voulant voir Zoro autrement que ce qu'il était, insensible et rude.
Mais de là à ce que ça le fasse rire ! C'était très douloureux, mais elle l'avait bien cherché. Mais au moins, elle n'avait plus la tentation de faire marche arrière. Si elle devait être la seule à souffrir de sa décision, et bien soit. Ce n'était peut-être pas plus mal en fin de compte.
- Il vaudrait mieux qu'on redevienne de simple nakama… ou du moins faire comme si rien n'avait changé. Ça ne doit pas impacter sur l'équipage, et aucun d'eux ne doit apprendre ce qu'il s'est passé, ajouta froidement Nami.
Plus facile à dire qu'à faire, lui souffla une petite voix. Effectivement, ça n'allait pas être aisé de garder une entente cordiale alors qu'elle lui en voulait pour son comportement de gros mufle. Ça allait être difficile de continuer à sourire alors qu'au fond d'elle, elle se sentait brisée. Pourtant, l'exercice ne lui était pas étranger, car elle avait passé toute son adolescence à côtoyer le meurtrier de sa mère en faisant preuve de la plus grande des indifférences. Avec le temps, Nami était passée maître dans l'art de déguiser ses émotions, même si ironiquement, elle était à l'origine de cette souffrance.
- Evidemment. T'en fais pas pour ça, j'ai pas l'intention de le crier sur tous les toits. Et puis ce qui compte, c'est que Luffy devienne le Roi des pirates et qu'on accomplisse nos rêves.
- Oui…, admit-elle à mi-voix.
C'est fou à quel point il pouvait se montrer froid et insensible, bien loin de celui avec qui elle avait partagé du bon temps.
- Parfait. Si c'est tout ce que t'avais à me dire, il vaudrait mieux retourner rejoindre les autres. T'as quelqu'un à aller chercher il me semble.
Sanji… Une nouvelle fois, la culpabilité la rongea. Elle rejetait un homme qu'elle aimait pour un autre qui voulait l'abandonner… Sa vie était complètement tordue.
- Alors c'est tout ? S'entendit-elle demander d'une voix neutre.
Elle n'avait pas pu s'en empêcher. Ça la tuait de constater qu'il n'éprouvait strictement rien concernant leur « séparation ». Le plus frustrant était qu'il n'affichait pas même une once de regret !
- Tu t'attendais à quoi, hein ? demanda-t-il d'un pince-sans-rire. C'était qu'une partie de jambe en l'air, non ? pas de quoi s'éterniser. Tu veux qu'on arrête, et bien voilà, c'est fait.
Ses mots et son intonation implacable lui vrillèrent l'estomac et ravivèrent la nausée de ses derniers jours. Elle ravala difficilement sa peine et baissa les yeux, incapable de soutenir plus longtemps son regard d'acier. Il avait raison… à quoi est-ce qu'elle s'attendait ? Il s'agissait de Zoro, les grandes effusions ce n'était pas son genre. Dans sa vision périphérique, Nami le vit bouger et lui tourner le dos pour commencer à partir. Sa gorge se serra douloureusement alors qu'une boule s'était formée à l'intérieur et ses yeux se mirent à la piquer.
- Juste une chose, annonça-t-il en s'arrêtant sans pour autant dénier la regarder.
Son regard se posa sur ce dos large et rigide. C'était idiot, car il n'était qu'à deux mètres d'elle, mais Zoro lui parut plus éloigné que jamais, encore plus que lorsqu'ils avaient été séparés durant ces deux années.
- Je ne sais pas depuis combien de temps tu y penses, mais, pour ce que ça vaut, je voulais te dire que j'étais quand même désolé pour ce matin. Je me suis laissé emporter… mais rassure-toi, ça n'arrivera plus.
Sa vision s'embua tandis qu'elle sentait ses lèvres trembloter. Son esprit avait beau lui répéter que c'était la meilleure chose à faire, son cœur lui hurlait qu'elle faisait une erreur, mais pour une fois, elle choisit de ne pas l'écouter pour se focaliser sur la voix de la raison. Après tout, la peine finirait bien par s'estomper. Zoro s'éloigna lentement sous ses yeux, et elle ne chercha même pas à le corriger dans sa direction.
C'était fini.
…
Zoro P.O.V
L'heure du départ allait bientôt sonner, comme le laissait présager le rassemblement à l'extrémité de l'île. Tous les Minks étaient présents, ainsi que leurs nouveaux alliés, pour dire au revoir à Luffy et sa petite équipe de sauvetage, constituée de Chopper, Brook, Pekoms accompagné de Pedro, et bien évidemment Nami.
- On le connaît tous, et il y a de fortes chances pour qu'il se réjouisse de ce mariage…, avertit Zoro.
- Comment tu peux dire ça ?! S'exclama Ussop. Ah bah, en fait, tu as sans doute raison.
Il s'était adressé à Luffy mais l'avertissement valait aussi pour Nami. Son amertume était toujours présente, mais il devait mettre ses sentiments de côté et se comporter comme l'homme indifférent qu'il était censé être. Faire comme si rien ne s'était passé (c'était bien ce qu'elle avait demandé, non ?) n'était pas un exercice facile, mais Zoro devait faire de son mieux pour ne rien laisser transparaître. Une part sombre en lui attendait avec impatience que le petit groupe s'en aille enfin. Il savait que ce n'était pas correct de souhaiter une telle chose, mais il avait désespérément besoin de sortir Nami de sa tête, de s'éloigner d'elle et de ne plus la voir agir le plus naturellement du monde.
- Je rassemblerais tous les samouraïs de Wano Kuni ! annonça-t-il avec ferveur.
Ce nouvel objectif allait l'aider à tourner la page, et puis, le plus important, c'était leur mission : faire tomber Kaido. Zoro se força à sourire pour afficher sa détermination mais aussi pour prouver à la navigatrice, qu'il pouvait tout à fait gérer leur rupture.
- Je vais vous aider à descendre, lança Kanjuro en préparant son pinceau.
Toutefois, leur capitaine semblait avoir une toute autre idée en tête. Sans surprise, il le vit étendre ses bras afin de les enrouler autour de ses compagnons de route pour finalement les sangler autour d'eux. Luffy poussa sur ses jambes et sauta avec eux, en arrière, dans le vide, sous leurs cris et leurs yeux paniqués. Ils auraient pourtant dû s'y attendre, avec un énergumène pareil. Zoro, bras croisés sur la poitrine, garda son grand sourire, suivant leur chute du regard. Il ne loupa pas celui inondé de larmes de Nami alors qu'elle tendait la main vers lui, non, vers eux, et une brève question lui traversa l'esprit… Est-ce qu'une part de ces larmes lui était destinée ? Mais il chassa aussitôt l'idée au plus profond de son esprit.
Le groupe disparu à travers les nuages, et son sourire s'altéra, pour disparaître progressivement, faisant place à une expression fermée. Les autres commencèrent à se retirer vers la forêt sous les exclamations d'Ussop. Petit à petit, l'endroit se vida de ses occupants, le laissant seul face à l'étendue nuageuse. Zoro n'avait pas bougé d'un pouce, fixant le point invisible où ses compagnons avaient disparu. Le haut de son visage était passablement assombri et la fine ligne stricte de ses lèvres tomba vers le bas. Le bretteur fit quelques pas en avant, pour s'arrêter à l'extrême limite de la croupe de l'éléphant. La pointe de ses bottes bouscula un petit caillou qui se trouvait là alors qu'elle dépassait dans le vide. Il observa d'un œil morne, la minuscule pierre dévaler à pleine vitesse les flancs de Zunesh, attirée immanquablement par la gravité terrestre. Ses bras se décroisèrent et sa main s'enfouie dans sa poche. Ses doigts ne tardèrent pas à entrer en contact avec la douceur de la petite boite qui semblait peser une tonne au fond de la poche de son pantalon. Il la ressortit lentement et lâcha l'horizon de l'œil pour observer l'objet dans sa paume. Après quelques instants passés à la fixer, Zoro l'ouvrit délicatement. La petite pierre capta aussitôt les rayons du soleil, la faisant scintiller de toute sa splendeur et les couleurs chatoyantes se reflétèrent dans son œil gris terne. Cette maudite gemme l'avait induit en erreur, elle avait fait naître une lueur d'espoir, agitant un rêve absurde devant ses mirettes aveuglées par des sentiments nouveaux. Un beau mirage, voilà ce que c'était.
Ses doigts ses resserrèrent autour de l'écrin alors qu'il serrait les dents. Il avait espéré, s'accrochant à son côté humain malgré les mises en garde de Mihawk. Ce dernier lui avait pourtant répété que le cœur était un allié précieux mais aussi qu'il pouvait s'avérer être le plus grand des traîtres, et qu'il produisait souvent des illusions que l'esprit se devait de transcender. A l'époque, ses conseils lui étaient passés un peu au-dessus, car il ne se sentait pas réellement concerné, pensant être tout à fait maître de ce qu'il ressentait. Aujourd'hui, Zoro comprenait de manière douloureuse, ce que son maître avait voulu dire.
Il était en colère. Contre Nami, contre Sanji, contre Big Mom, contre Kaido… mais surtout contre lui-même.
Il y avait cette part d'ombre en lui, qui avait toujours été présente, et il l'avait accepté depuis longtemps. Et aujourd'hui, ses sentiments bafoués contribuaient à accroître cette noirceur dans son âme, nourrissant le démon qui sommeillait en lui. Dans les ténèbres ou dans la lumière, cela importait peu, du moment qu'il parvenait à atteindre son but. C'est pourquoi, du haut de cette île, seul face au vide, Zoro se fit la promesse que plutôt s'apitoyer sur son sort, il se servirait de cette noirceur, et s'il fallait qu'il renonce à cette part d'humanité, et bien qu'il en soit ainsi. Il n'avait qu'un but et un seul. Devenir le meilleur épéiste du monde.
Clap
Le bruit sec du clapet qui se refermait brusquement résonna dans le silence environnant. Oui, il allait abandonner tous ces sentiments au profit des ténèbres, refouler son humanité pour ne plus avoir à se laisser distraire par ce genre de choses. Seul son rêve comptait, tout comme celui de Luffy.
Son bras se tendit devant lui, poing fermé au-dessus du vide.
L'amour n'avait rien de réel, et plus jamais il ne referait la même erreur. Oui, il deviendrait plus fort pour résister à ce genre de tentation. Zoro détacha ses doigts de la boite et cette dernière entama sa course fatidique vers l'océan. C'était là que revenait sa place, au fin fond des eaux noires du Nouveau Monde. Le petit pincement au cœur qu'il éprouva en la voyant s'éloigner irrémédiablement, serait le dernier.
Une fois qu'elle eut disparue, le pirate tourna les talons et se dirigea vers la forêt, le visage sombre et l'air déterminé.
Epilogue
Le vent sifflait alors que l'écrin fendait l'air à tout vitesse en longeant la jambe géante de l'éléphant. Certains courants d'air plus fort que d'autre, la firent virevolter mais n'arrêtèrent en rien sa progression vertigineuse vers les abysses océaniques. La chute dura plusieurs secondes et la petite boite passa plusieurs couches de nuages sans jamais ralentir. Finalement, la vaste étendue d'eau bleutée se dévoila derrière les dernières couches brumeuses. La distance entre l'eau et la boîte se rétrécit rapidement et lors des derniers mètres, quelques embruns salés vinrent se coller à cette dernière. L'écrin allait enfin fendre les eaux agitées quand un bras sortit de nulle part sur la patte de l'éléphant et l'attrapa au vol. Une série de mains éclos sur toute la hauteur de la patte de l'animal et elles se firent passer la petite boite en velours pour lui faire faire le chemin inverse.
Après plusieurs minutes de relais, elle atterrit une dernière fois dans une main, qui n'était pas rattachée à l'animal mais bien à un être humain. La jeune femme fit passer une mèche de cheveux noir de jais derrière son oreille tandis qu'elle observait avec attention l'objet qu'elle tenait dans son autre main.
Un peu plus tôt, Robin avait surpris la navigatrice s'entretenir avec Zoro pour ensuite l'emmener à l'écart. L'attitude de la jolie rousse ses derniers jours l'avait interpellé, et même si elle avait mis cela sur le compte de la disparition de Sanji, l'archéologue craignait qu'il n'y ait plus. Son instinct lui disait qu'il s'était passé quelque chose entre le bretteur et la cartographe, et le regard qu'elle avait vu à ce moment-là, l'avait rendue soucieuse. Depuis quelque temps, elle soupçonnait un rapprochement entre ces deux-là, et même s'ils donnaient le change lorsqu'ils étaient en présence d'autres personnes, il y avait des regards qui ne trompaient pas. Cela ne la dérangeait pas de les savoir ensemble, et elle comprenait parfaitement la volonté de Nami quant à garder leur relation secrète. Tant que ça ne blessait aucun d'eux. Or après leur arrivée sur Zo, Robin avait très bien perçu l'ambiance tendue entre ses deux nakamas, et elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. C'est pourquoi, la détentrice du Hana Hana no Mi s'était servie de son pouvoir pour espionner leur conversation (chose qu'elle ne s'était encore jamais permis).
Son inquiétude fut justifiée quand son amie annonça qu'elle souhaitait mettre fin à leur relation alors qu'elle paraissait vouloir le contraire. Et encore plus lorsque Zoro abonda dans son sens. Robin avait observé attentivement la réaction du bretteur, et il avait semblé sous le choc, voire même déçu et pourtant il acceptait de qualifier leur relation de purement sexuelle. Elle avait suivi péniblement leur conversation, le cœur battant à tout rompre en les voyant se déchirer avec des phrases acerbes afin de se prouver mutuellement qu'il s'agissait de quelque chose d'anodin. C'est tout aussi impuissante qu'elle vit Zoro se détourner et s'excuser, tout comme elle ne loupa pas les grands yeux noisette brillant de larmes de Nami. Mais aucune ne dévala ses joues de porcelaine. Elle ignorait la raison réelle qui avait poussé la navigatrice à prendre une telle décision, mais l'archéologue aurait mis sa main à couper qu'il s'agissait d'un choix par dépit et non pas par envie.
Malheureusement, elle ne pouvait intervenir du fait qu'elle n'était pas censée le savoir. Ses compagnons tenaient à garder cela secret, et elle ne pouvait leur avouer qu'elle les avait espionnés. Nami ne le lui pardonnerait pas, et elle était à peu près sûre que Zoro serait tout aussi intransigeant.
Plus tard, après que Luffy et son petit groupe aient sauté, elle avait fait mine de suivre les autres, voyant très bien que Zoro restait en arrière. La jolie brune s'était finalement cachée un peu plus loin dans la forêt, sans que les autres ne la remarque, et avait utilisé son pouvoir pour observer le bretteur. Du fait qu'il soit dos à la forêt, elle n'avait pas pu voir son visage, mais elle l'avait tout de même vu sortir quelque chose de sa poche pour le jeter dans le vide. Lorsqu'il s'était enfin retourné, le regard qu'il adoptait lui fit froid dans le dos. Il était glacial et dénué d'émotion.
Une fois qu'il fut parti, Robin se précipita vers le bord de l'île, usant une nouvelle fois de son pouvoir. C'était sans doute mal de se mêler des affaires de ses amis, mais avec le temps, espionner son entourage était devenu une seconde nature. Voilà pourquoi Nico Robin se retrouvait avec un petit écrin dans le creux de la main.
Elle jeta un coup d'œil derrière son épaule pour être sûre que Zoro n'était plus là, puis d'une main hésitante, elle ouvrit la petite boîte. Sans qu'elle n'en ait conscience jusqu'à présent, son cœur tambourinait dans sa poitrine. La jeune archéologue espéra de toutes ses forces qu'il ne s'agissait pas de ce dont elle redoutait. Un rayon de soleil traversa la pierre et projeta ses magnifiques couleurs dans les yeux azur de Robin. Cette dernière porta immédiatement une main à sa bouche alors qu'elle sentait son cœur s'étreindre douloureusement. La bague brillait fièrement, de toute sa splendeur, au centre de l'écrin, et l'archéologue reconnut rapidement la gemme. Elle aussi avait lu à mainte reprise le texte sur la légende de Calypso, et elle savait pertinemment que Nami recherchait cette pierre lorsqu'ils avaient débarqué sur l'atoll quelques semaines plus tôt, sans toutefois réellement connaître ses motivations. Cependant, aujourd'hui, elle en avait une vague idée.
- Oh Zoro…, souffla tristement Robin.
Finalement, c'était lui qui l'avait trouvé. D'une main légèrement tremblante, elle effleura le bijou du bout de ses doigts. Jamais elle n'aurait cru que les sentiments du bretteur pour la jolie rousse étaient si forts. Pourquoi ne lui avait-il pas avoué ?! Ces deux-là étaient décidément bien trop fiers pour s'ouvrir l'un à l'autre et dévoiler un quelconque signe de faiblesse. Tous deux s'étaient retranchés derrière un masque impassible, et voilà le résultat. Quelle grossière erreur.
Robin referma le clapet avec précaution et le cacha dans son décolleté. Un jour ou l'autre, elle trouverait le moyen de le redonner à Zoro, mais en attendant, elle devait trouver une solution pour essayer de rabibocher ces deux-là, sans qu'ils ne la soupçonnent d'être au courant. Elle ferait tout son possible pour venir en aide à ses amis.
Fin.
Voilà voilà... vous voyez mieux d'où le « Un éléphant ça trompe énormément » ?
Blague à part…
Il y en a surement qui vont me détester pour finir comme ça… Mais peut-être certain l'avait senti venir ? ou bien comme Zoro, j'ai réussi à vous induire en erreur et à vous faire penser que Nami était enceinte ? Malheureusement, leur destin était scellé depuis le début pour (enfin) introduire ma toute première idée de fiction qui me tient depuis des mois. Donc, il devrait bien y avoir une suite ! Pour le contexte, je dirais que ça devrait se situer autour de Wano Kuni, tout simplement parce qu'il y aura l'entrée en scène d'un personnage que je trouve perturbateur pour le ZoNa : Hiyori Kozuki.
Je sais que vous vous attendiez à un happy-end mais leur rupture était nécessaire dans mon projet, et je trouvais que l'arc Zo était le moment propice, avec l'équipage qui se sépare à nouveau, et le choix de Nami de poursuivre Sanji. En plus, depuis qu'il est sur Wano Kuni, je trouve Zoro un peu plus sombre (bon l'ambiance sur place n'est pas très jouasse non plus, hein). Je ne me souviens plus où, mais j'avais entendu une analyse du personnage qui disait que Zoro perdait ce côté humain afin de devenir plus fort, à l'inverse de Sanji qui avait choisi de le garder et qu'on le voyait notamment sur Whole Cake avec son choix de sauvé sa famille… bref. J'aimais bien l'idée que sa rupture ait renforcé cette part de lui, pour faire le lien avec la série.
Par contre je ne sais pas trop quand est-ce que je publierais la suite, ou s'il y aura un OS entre temps. Alors si vous voulez, je vous invite à me suivre (si ce n'est pas déjà fait ^^). Vos reviews sont grandement encouragées pour savoir ce que vous en avez pensé.
Je vous dis à la prochaine ! Bise à toutes et à tous!
