𝓑𝓵𝓪𝓼𝓹𝓱è𝓶𝓮𝓼
Dans ses mains, le chapelet continuait à être maintenu de plus en plus fort. Ses jointures étaient blanches depuis un moment, pourtant, il ne faisait plus attention à la douleur. Les yeux fermés, le visage tourné vers le siphon du lavabo, il priait.
Que le Seigneur qu'il suivait si ardemment et auquel il répondait la sainte parole lui vienne en aide.
Cela faisait maintenant un mois que son reflet ne lui montrait pas que son image. Il était bien là dans le miroir, néanmoins une créature était toujours près de lui, à sourire avec toutes ses dents.
Un démon.
La créature du Diable le regardait toujours fixement de ses yeux bleus reflétant tout le vice qu'il représentait. Ses cheveux plus noirs que la nuit créaient un étrange contraste avec ses dents blanches et pointues. Mais, le plus effrayant étaient les diverses brûlures qui avaient carbonisé ses cernes ainsi que tout le bas de son visage.
La première fois qu'il l'avait vu, Keigo avait sursauté de peur laissant un cri s'échapper. Il avait d'abord pensé à une simple hallucination, mais en regardant plus intensément la vitre qui le reflétait, l'être était toujours bien présent et semblait se moquer de lui. Son réflexe humain avait été de regarder autour de lui, de vérifier qui lui faisait une si mauvaise blague, néanmoins personne ne répondait à ses appels. Il lui fallut se rendre à l'évidence, il était seul au sein de l'église avec pour seul compagnie, ce reflet démoniaque.
Jour après jour, il l'avait vu le suivre. Partout où il se reflétait, le démon l'accompagnait. Cela allait de la simple flaque d'eau causée par la pluie au plus beau des vitraux de l'église. Keigo n'en pouvait plus, il continuait sans cesse de demander de l'aide à son Dieu, le priant de l'excuser pour les fautes qu'il avait commises, qu'il redoublerait d'effort dans ses prêches, seulement rien n'y faisait. Ses prières restaient encore et toujours sans réponse. Il en devenait désespéré et fou. Il avait tout tenté se purger à l'eau bénite, essayer de s'exorciser avec des psaumes en latin. Dès qu'il voyait son image, il maintenait fermement son chapelet à deux mains avant d'entamer ses prières, une fois ces dernières finies, il avait toujours espoir de ne voir que ses cheveux blonds et ses yeux couleurs or se refléter dans la glace. Encore une fois, dans la salle d'eau, il n'y avait pas que lui dans la glace. Encore une fois, l'entité maléfique le regardait, se moquant de tous ses efforts. Keigo subissait les échecs cuisants un à un, et pourtant, il n'en avait parlé à personne. Il savait d'avance ce qui se passerait si lui, un homme de Dieu, venait à avouer qu'il était sous l'emprise d'un démon. Sans force ni loi, on l'excommunierait de l'Eglise ou on le traiterait comme le paria qu'il était. Qui viendrait voir ou écouter un prêtre qui avait été possédé ? Aucun fidèle ne pourrait écouter les sermons d'une personne côtoyant un démon et qui perdait peu à peu la foi devant ce Mal.
Durant les messes, il ne s'écoutait plus et commençait à s'interroger sur le Dieu Sauveur. Pendant les confessions des brebis égarés, il commençait à les envier pour leur vie de pécheurs sans aucune répercussion
Tout lui paraissait bien morne et insipide. Certains fidèles, inquiets de son attitude devenue plus distante, ainsi que de son apparence mal entretenue, avaient tenté de lui parler et de lui donner du réconfort. Bien que les mots lui firent du bien, il ne put les regarder dans les yeux. Le diable se reflétait dans leur prunelle. Il voyait ses deux yeux plus bleus que la glace encore et toujours.
Alors un soir de pleine lune, une nuit sans sommeil, il se retrancha dans le confessoire. Personne n'était là pour l'entendre, si ce n'étaient les vieux murs en bois de chêne. Il se laissa aller, raconta, parla et se morfondit par rapport à sa situation. Tout en gémissant de douleur et de tristesse, il s'excusa auprès de tous, mais surtout auprès de son Seigneur. Il ne voulait pas oublier, il voulait croire, propager, toutefois, il ne savait plus comment faire à cause du Malin.
- Tu es une vraie poule mouillée. Ce que vous n'avez pas compris, c'est que votre entité cosmique, ou je ne sais quoi, se fout bien de vous.
La voix provenait d'en dehors de la capsule, celle-ci, forte et suave, semblait bien se moquer de l'endroit sacré où elle se trouvait. Blasphémer dans un tel endroit était une formalité. Furieux qu'on vienne le déranger dans ses confessions, le prêtre sortit en trombe afin de déterminer l'opportun qui se moquait de lui. Mais le dignitaire perdit bien vite ses moyens, se laissant emporter par la stupéfaction puis à la peur. Une peur profonde et terrible.
A côté de lui, un homme avachi contre le confessoire, les mains dans les poches de sa longue veste noire, semblait attendre quelqu'un. Les traits de son visage ne mentaient pas sur qui il était : le démon qui le pourchassait dans le moindre de ses reflets.
- Tu ne dis plus rien ? Tu étais plus loquace dans ton bocal quand tu pleurnichais.
- Va-t'en, démon. Tu n'es pas le bienvenu ici.
La peur que ressentait Keigo avait envoyé à son cerveau suffisamment d'adrénaline pour réagir. Ces mots étaient les premiers qu'il réussissait à prononcer depuis que ses yeux s'étaient posés sur l'entité démoniaque. Il aurait voulu dire bien des choses, et surtout demander pourquoi il avait décidé de le hanter, mais il n'en eut ni le temps ni le courage quand le démon se mit à rire à gorge déployée, laissant apercevoir ses dents pointues.
- Tu répètes depuis plus d'un mois cette rengaine. « Va-t'en, « Je vais t'exorciser », blablabla. Je me serais contenté d'un simple bonjour pour une fois.
Keigo se sentait honteux face à cette créature qui ne cessait de rire à ses dépens. Dans un élan de désespoir, ou par pur instinct de survie - il n'aurait pas su le dire lui-même - quelques psaumes en latin qu'il avait lus jadis lors de sa formation lui revinrent en mémoire
- Tu amentis quis putet. Ad locum matris tuae et quaerere officium.
Durant sa récitation, il avait fermé les yeux et joint ses mains pour prier.
Cette fois-ci, l'entité claqua la langue contre son palet avant de soupirer un grand coup.
- Et c'est reparti pour le latin. Tu sais que plus personne ne parle ça ? Si tu veux exorciser un démon, le mieux c'est de lui offrir une vierge. Il sera content et rentrera chez lui.
- Jamais je ne ferai une chose pareille. Aucun innocent ne sera sacrifié pour te faire plaisir, hurla le religieux.
- Tu sais, tu ferais pleinement l'affaire.
L'entité aux multiples cicatrices se lécha les lèvres tandis que ses yeux bleus l'inspectèrent de haut en bas. Il trouvait l'officiant à son goût et ne se fit pas prier pour le reconnaître.
Il commençait à s'ennuyer aux fins fonds des Enfers. Les multiples cris des âmes déchirées lui cassaient les oreilles, et l'odeur infâme commençait à lui piquer le nez. Cela faisait bien deux ans qu'il n'avait corrompu personne, alors dès qu'il eut vu la faille dans le cœur du religieux, il s'était empressé d'y aller. Autant s'amuser pleinement avec un humain qui avait la foi pour la piétiner.
- Je ne sais pas ce que tu me veux, démon, mais jamais je me donnerai à toi, répliqua sèchement le prêtre.
- On verra bien... d'ailleurs, appelle-moi Dabi !
Les jours passèrent et le dénommé Dabi ne cessa pas de susurrer des péchés à l'oreille du prêtre. Il tentait encore et encore de le corrompre, néanmoins Takami le repoussait sans cesse sans montrer de signe de faiblesse. Cependant, il le savait… chaque jour qui passait était un pas de plus vers la tentation. Il ne savait pas encore combien de temps il allait réussir à résister à cette voix sensuelle, à cette odeur attrayante, ou même à ces frôlements signe des caresses les plus douces. Plus d'une fois, il avait été tenté de tout lâcher pour goûter aux délectations que lui susurrait l'être maléfique. Plus d'une fois durant les messes, ses pensées avaient été distraites. Mais il devait résister. Il avait prêté serment et se devait de le respecter. Quand il se sentait partir et que la Luxure commençait à s'emparer de lui, il s'accrochait à son chapelet de toutes ses forces pour lui rappeler son appartenance à la vie ecclésiastique.
Le démon se rapprochait et il le savait. Rien ne pouvait être fait pour l'en empêcher. Il était là, toujours près de lui, toujours à le fixer de ses yeux prédateurs en toutes circonstances.
Keigo savait qu'il était en danger ne serait-ce qu'en le côtoyant, cependant cette lueur l'attirait plus que de raison. Toute cette situation avait changé sa vision. Il ne se demandait plus comment repousser les avances du démon, mais jusqu'à quand il allait pouvoir tenir.
Sa question prit fin, un beau jour. En se réveillant dans sa cellule, il se rendit vite compte que quelque chose clochait. Une présence avait disparu de la pièce. Dabi, qui était habitué à le regarder dès le réveil, si ce n'était pas à être entièrement couché à côté de lui, n'était guère là. Au grand jamais depuis qu'il s'était manifesté en ce monde, il n'avait quitté un seul instant les côtés du jeune prêtre, guettant la moindre opportunité pour le faire tomber dans le péché.
L'homme d'église savait déjà au fond de lui ce qui se passait, seulement, il avait besoin d'en être sûr, alors sans attendre une seconde de plus, il se précipita vers le miroir de la salle de bains pour contempler son reflet.
Lui.
Seule son image apparaissait dans la glace sans la moindre trace de regard qui le transperçait ou de sourire narquois.
Il était seul. Le démon était parti.
Dans un premier temps, ce fut un éclat de joie qui lui emplit le cœur. Enfin, il était sauvé. Le Seigneur avait écouté ses prières et avait chassé au loin le démon. La tentation n'était plus un problème, il pouvait reprendre une vie tranquille et paisible sans qu'on vienne sensuellement lui souffler dans le cou avant de mordiller son oreille. Il pourrait enfin, faire ses messes sans qu'une certaine personne tente de faire un strip-tease en plein milieu de l'église - ce jour-là, le prêtre avait cru s'étouffer avec le vin qu'il avait commencé à boire -. Plus jamais il ne craindrait de regarder son reflet, et plus jamais il n'aurait peur de tomber dans le vice. Cependant, le vide vint s'immiscer dans les émotions de Keigo quelques jours plus tard. Sans qu'il ne s'en rende compte, le Malin s'était infiltré dans sa vie devenant un élément de son quotidien. Lui qui vivait en ermite, avait un compagnon avec qui il pouvait échanger de temps à autre quelques mots. Alors qu'il en avait peur et le redoutait, le diable était devenu une présence presque indispensable.
Keigo ne savait pas comment réagir face à ces émotions contradictoires qui émergeaient de lui. L'une symbolisait sa foi et ses convictions, l'autre revenait à trahir les fidèles ainsi que ce pour quoi il avait prêché toute sa vie. Tout son esprit s'embrouilla et ses pensées s'entremêlèrent pour tenter de résoudre son choix cornélien.
Il s'était, à plusieurs reprises, déjà surpris à rester fixer plusieurs minutes son reflet dans le miroir sans bouger, juste pour voir si quelque chose ou quelqu'un allait se manifester. Mais rien, il restait toujours sans réponse, seul dans la salle de bains minimaliste. Les jours et les semaines étaient passés, laissant un mois entier s'achever sans que le suppôt de Satan ne se manifeste de nouveau. Keigo commençait à se faire une raison : il ne verrait plus jamais Dabi, qui l'avait tant harcelé. Alors, un soir de pleine lune, dans son lit au matelas dur, il se permit de se rappeler et de repenser à l'odeur épicée, à la voix suave qui lui murmurait au creux de son oreille des insanités, mais surtout à ses yeux bleus qui le transperçaient de part en part. Ses quelques pensées lui firent du bien. Un petit sourire apparut sur ses lèvres tandis que son ventre se tortillait d'émotion.
Ce fut au bout de quelques minutes qu'il se rendit compte que son membre se frottait contre son drap.
Il avait une érection.
Pour la première fois depuis qu'il était dans les ordres, le prêtre ressentait une pulsion de luxure. Un besoin bestial. Ce constat le terrifia et le fit bondir de son lit, seule une douche froide pourrait calmer ses ardeurs.
La petite pièce de bain était on ne peut plus simple une toilette, un lavabo avec un miroir et une douche. Aucune décoration ostentatoire n'y était.
Dans l'unique but de se calmer, il se déshabilla entièrement, cependant, au moment où son pied pénétra la douche, il sentit sur lui un regard. Alors, avant que son cerveau analyse la situation, son corps pivota vers le miroir qu'il maudissait.
Une peau blanche et parsemée de brûlure, une chevelure plus noire que la nuit, des yeux le scrutant de part en part mais surtout, un sourire vicieux qui montrait toutes ses dents.
- Bah alors petit prêtre, on a des soucis ?
Lors de son clignement d'œil, Keigo put constater que la position du Malin avait changé, il n'était désormais plus dans le miroir mais derrière-lui.
- Laisse-moi t'aider avec ça, susurra -t-il à l'oreille de Keigo, la main déjà autour de son membre.
Le religieux tentait vainement de se débattre. Était- ce l'emprise du démon qui était trop forte, ou lui qui mettait peu de conviction à la tâche ? Il ne le savait guère. La seule pensée qui parcourait son esprit était celle du plaisir que lui procurait la main de son biblique ennemi.
Il était redevenu ce gamin de quinze ans qui découvrait son corps ainsi que les joies de se toucher, pour la première fois. La main le branlant de haut en bas ainsi que la proximité du corps chaud de Dabi contre son dos le fit venir dans un râle puissant, en quelques minutes.
Le prêtre était honteux de ce qui se passait, honteux d'en avoir mis partout. Honteux de ressentir un tel plaisir alors qu'il était en train de pécher.
Devant la vague de plaisir qu'il avait senti le transpercer de part en part, ses jambes avaient flanché. Il était tombé à terre, les fesses désormais sur le carrelage froid. Sa respiration était haletante et hachée, tandis qu'il essayait tant bien que mal de reprendre un rythme cardiaque standard.
Le démon était plus qu'heureux de la tournure des événements. Il se lécha les lèvres d'excitation devant le tableau qui se déroulait devant lui, et sans attendre le moindre signe de consentement du prêtre, l'attrapa sous son bras avant de le ramener jusqu'à la pièce annexe pour le jeter sur le lit.
Keigo était encore terriblement haletant de ce qui venait de se produire et cette vision ne fit que renforcer la pensée du démon. Il devait corrompre cet être et le faire sien. Il ne perdit aucune autre précieuse minute avant d'enlever ses vêtements.
Il était temps de lui faire goûter à la luxure.
Le jeune homme tremblotant sur le lit, ne comprit pas de suite ce qui se passait, ses sens étaient brouillés et son esprit n'arrivait pas à se concentrer sur quelque chose en particulier. Les yeux bleus face à lui qui le scrutaient, des mains brûlantes sur sa peau, puis une intrusion dans son corps, dans ses fesses. La douleur causée par la pénétration soudaine le fit tressauter. Il avait mal, il avait chaud, il était perdu.
- Laisse-toi aller aux péchés, furent les derniers mots tangibles à son oreille.
Dabi commença ses coups de rein dans son intimité, sans aucune retenue. Le lit grinçait de toutes parts se mélangeant avec la voix de Keigo, ses gémissements résonnaient dans toute la pièce tandis qu'il se retenait de ses maigres forces aux draps. Il se faisait manger entièrement, il souffrait de la brutalité de l'acte, mais il adorait ça. Il pouvait sentir le pénis du démon en lui le pénétrer de plus en plus profondément, encore et encore. Il perdait pieds un peu plus à chaque instant et ne savait plus qui il était ou ce qu'il était. Tout ce qu'il ressentait était le plaisir incommensurable qui brûlait en ses veines et qui le faisait baver un peu plus à chaque gémissement. Il trouvait ça bon, il ne voulait plus s'arrêter.
Le diable souriait de plus en plus, qu'il était bon de prendre cet humain et de le corrompre, il était temps de lui en donner plus, toujours plus pour que plus jamais il ne retourne du côté de la lumière. De main experte, Dabi lui attrapa une de ses jambes avant de la caller contre sa tempe. Il était temps de le rendre fou pour toujours. Grâce à son nouvel angle, l'entité put attraper de nouveau le membre du prêtre et le branler de nouveau.
Rien qu'au toucher ce dernier se redressa instantanément, et la masturbation finit par lui faire perdre le peu de raison qu'il lui restait. Sans plus aucune retenue ou gène, il se laissa aller, la semence s'écoulait le long du ventre des deux hommes mais cela ne suffit pas pour les faire arrêter.
Seule une phrase du démon résonna dans la cellule en même temps que les cris de luxure.
- Je vais te montrer ce que c'est que le véritable Paradis.
Salutation,
Merci d'avoir lu cet OS qui j'espère vous aura plu. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez en commentaire ça me ferait vraiment plaisir d'échanger avec vous.
Pour les intéressés la phrase en latin a bien une signification : Tu es un imbécile qui pue. Rentre chez ta mère et trouve-toi un travail. (oui j'étais très inspirée)
A très bientôt~
