Bonjour à tous !

La liste des OS sur ce profil devient interminable. Celui-ci a été écrit pour le discord Festumsempra, à l'occasion du Dark Fest.
Il fallait écrire un OS sur un Mangemort (tiré au sort) avec un incipit de roman imposé. L'incipit de mon texte est tiré de Farenheit 451 de Rad Bradbury.

Magnanime je vous donne un indice sur Thorfinn, il est grand et blond. Mais vous verrez, on s'en fiche complètement

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Et foncez voir la collection Dark Fest, il y a des pépites dans les textes !

Oh j'oubliais !

Titre de l'OS évidemment offert par le grand Leonard Cohen !


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You want it darker

I'm ready my lord

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Le plaisir d'incendier ! Quel plaisir extraordinaire c'était de voir les choses se faire dévorer, de les voir noircir et se transformer.

Existait-il sur terre quelque chose de comparable à la douce euphorie qu'il ressentait face à une maison… ou un corps… en flamme ? A la puissance éprouvée en entendant le craquement des flammes attaquant sans relâche le bois qui, lui, cède lentement dans un long gémissement. Le réconfort apporté par l'odeur âpre de la fumée saturant l'air. La chaleur lointaine et pourtant presque insoutenable se dégageant du brasier. Le jeu apaisant d'ombre et de lumière menaçante dansant le long des flammes, le ballet des étincelles voltigeant dans le ciel.

Il s'est réveillé avec cette certitude et cette envie. Il ne sait plus tout à fait qui il est, ni où il est, encore moins ce qu'il fait là, mais émergeant parmi ses sentiments diffus il a ce besoin. Il veut tout brûler, tout détruire, tout voir s'envoler en cendres brulantes et en fumée étouffante. A cet instant rien n'est plus important pour lui.

Il a trouvé une baguette en bois dans sa poche.

Des souvenirs luttent furieusement pour revenir mais il est bien trop fatigué. Il n'a pas envie de réfléchir, il a juste suivi l'instinct qui bouillonne en lui. Il s'est saisi de la baguette et en un geste sec il a mis feu à la bâtisse dans laquelle il se trouve. Il n'est pas tellement surpris d'en être capable, il lui semble qu'il faisait ça souvent avant… Cet avant qui ne veut pas revenir, caché derrière le mur qui le protège de sa mémoire.

Il savoure le crépitement des flammes qui prennent doucement possession des lieus, mais face à leur lueur inquiétante il a soudain des flashs.

Une maison en pierre qui s'effondre lentement en gémissant, dévorée par les flammes. Le hurlement d'un chien prisonnier déchirant la nuit. Un ballet de braises voltigeant dans le ciel, certaines venant se poser sur son bras sans qu'il ne s'en soucie.

Des cris, toujours plus de cris.

Des corps se tordant de douleur sur le sol, le visage déformé par la souffrance.

L'odeur des chairs brulées flottant dans l'air, se mélangeant à celle plus âpre de la fumée.

Ses propres éclats de rires se finissant en quintes de toux.

D'immenses nuages de cendres brouillant la clarté de la nuit.

Les corps déformés, méconnaissables, calcinés, semblables à ceux d'un animal.

Les ombres dansantes et la rougeur aveuglante des flammes, leur rugissement vorace.

Et les hurlements, toujours les hurlements.

Il ne veut pas de ces souvenirs. Il n'a plus besoin de savoir. La fumée monte autour de lui, l'air est suffocant. Soudain il a peur. Le feu qui l'entoure n'est pas son ami.

Un homme inconscient est allongé sur le sol à quelques mètres de lui et commence à gémir. Même dans son sommeil, il doit sûrement sentir la chaleur et la fumée qui commencent à atteindre ses poumons.

Et toujours les souvenirs de cris qui tambourinent dans sa tête. Il ne veut plus les entendre. Il ne veut pas que l'inconnu qui repose sur le sol se mette à hurler lui aussi.

Essayant d'oublier la peur qui court à toute allure dans ses veines, il se précipite pour sauver cet homme et péniblement ils sortent du bâtiment pour se retrouver dans une rue agitée et lumineuse. La fumée commence à s'élever dans le ciel et des passants pressent le pas.

C'est étrange mais il a la certitude qu'il n'est pas à sa place ici. Il n'aime pas ces grands bâtiments de pierre qui percent le ciel, ces étranges machines qui roulent en faisant du bruit. Et il n'aime pas les gens qui traversent cette rue. Il ne les connaît pas, mais il sait qu'ils ne sont pas du même monde, qu'ils n'ont rien à faire auprès de lui. Ils ne sont pas purs eux, quoique pur veuille dire. Il ne sait plus...

Par contre de cette fuite contre les flammes il a acquis une nouvelle certitude. Cette peur qui résonne en lui, qui fait trembler ses jambes, n'est pas nouvelle. La sensation était bien trop familière, il a juste retrouvé une vieille amie.

Maintenant qu'il n'est plus enfermé dans le bâtiment en flamme, elle s'apaise un peu, lui redonne un peu de place. Il se souvient. Pas de qui il est, ni ce qu'il fait là. Mais il se souvient pourquoi il aime autant les incendies. Le spectacle devant ses yeux est fascinant et magnifique, hypnotisant. Le bâtiment de pierre tente vaillamment de lutter mais il sait l'inévitable. Les flammes gagnent toujours, leur rage et leur faim sont bien trop fortes.

La chaleur du brasier est presque étouffante, il sent sa peau rougir et il a l'impression qu'il va fondre sur place. Il se sent bien, il lui semble qu'il a froid depuis une éternité.

La barrière emprisonnant sa mémoire se fendille doucement et il ne se souvient que du noir, du froid et de la peur. Et des cris, beaucoup de cris. Il n'est pas sûr de vouloir se rappeler plus. Il voudrait que cette mémoire reste cachée un peu plus longtemps. Il sait qu'elle finira forcément par revenir et il a l'impression qu'il regrettera son insouciance.

Il s'approche de l'homme qu'il a sauvé des flammes. Il est maigre, ses vêtements flottent sur lui et partout ses os semblent prêts à percer sa peau trop fine et si pâle. Son visage est émacié, marqué par la souffrance et pourtant actuellement, dans son sommeil, il paraît si calme. On dirait que ses traits tirés se reposent pour la première fois depuis des années.

Il est troublé. Ce visage lui est si familier. Il en est sûr, cet inconnu il le connaît.

Des nouveaux flashs remontent, beaucoup trop brefs pour qu'il ne puisse les saisir, mais il en tire une nouvelle certitude, il a été part d'un groupe. Il ne sort étonnamment de cette idée aucun réconfort… bien au contraire son cœur se serre et sa peur s'emballe à nouveau. Son bras gauche le brûle. Il est pourtant sûr qu'aucune étincelle n'est venue le toucher. Il ne veut pas regarder, il ne veut plus savoir.

Il se concentre à nouveau sur le presque inconnu, qui se redresse enfin. L'homme balaye les alentours avec un regard complètement perdu. Maintenant qu'il est réveillé, il découvre enfin ses yeux. Deux petits orbes sombres, enfoncés dans son visage comme s'ils voulaient disparaître. L'incendie se reflète dedans, les éclairant d'ombres rouges inquiétantes.

Et pourtant.

Il y a une étincelle presque enfantine dans ces yeux noirs qui découvrent un monde qu'ils ne semblent plus connaître.

Les regards des deux hommes se croisent, ils n'ont toujours aucune idée de qui ils sont, ils sont leurs seuls repères.

« Savez-vous qui je suis ? »

La voix de l'homme est éraillée, comme si elle était usée. Une question si simple... si difficile, qui il est... il voudrait tant être capable de lui répondre.

« Désolé, je ne me souviens de rien non plus. J'ai juste cette certitude que nous nous connaissons.

- Moi aussi je crois… Je n'arrive pas à me rappeler mais votre visage est familier… »

Il a mal à la tête, il a tant d'idées qui lui martèlent le crâne, essayant de revenir à tout prix. Un nom qu'il s'est répété souvent finit par émerger par-dessus les autres.

« Gibbon ?

- Karkaroff ? demande l'homme en même temps. »

Karkaroff… une colère sourde se réveille doucement en lui en entendant ce nom… il ne pense pas que ce soit le sien, mais celui-ci ou un autre, peu importe pour l'instant. Il se détourne de Gibbon pour se tourner à nouveau vers l'incendie. Le bâtiment a tenté de lutter mais ses pierres sont déjà complètement noircies, le toit s'effondre en gémissant. Des braises voltigent dans les airs, elles sont si belles. Il voudrait les attraper et les garder en ces mains jointes. La seule chose qui le retient est le souvenir de la brûlure.

Un bruit de craquement retentit dans son dos et le sort de sa fascination.

« Rowle, Dolohov, enfin je vous retrouve, qu'est-ce que vous foutiez bon sang ?! »

Rowle… maintenant qu'il l'entend c'est évident. Thorfinn Rowle, voilà qui il est. Son père, sa famille, son Sang, le Seigneur des Ténèbres… Le mur se brise d'un coup et tout revient d'un coup. Il a mal à la tête, si mal.

Azkaban.

Les Détraqueurs, le froid et l'obscurité. Le désespoir, les pleurs, les cauchemars et le noir… tant de noirs et pendant tant de temps. Et cette sensation de ne plus exister, de ne faire que souffrir, à chaque instant, chaque souffle. Et ne plus trouver de sens à quoi que ce soit... Comme si le monde entier n'était qu'obscurité, et toujours de plus en plus sombre.

Il avait oublié Azkaban… Il avait oublié Azkaban !

Il a si mal, il a l'impression que sa tête va exploser, que sa poitrine est broyée, qu'il va suffoquer ici-même. Il veut revenir en arrière, il veut tout oublier à nouveau.

Les cris, la guerre, les morts, les incendies, toujours plus d'incendies. Brûler des maisons ou des gens pour détruire leur visage torturé et ne plus les revoir dans ses cauchemars. Un visage calciné est toujours plus agréable à voir qu'un visage d'enfant déformé et surpris par la douleur.

Gibbon.

Ce n'est pas Gibbon qui est à ses côtés. Gibbon est mort. Il l'a tué il y a plus d'un an. Il revoit la tour, le couloir sombre, la bataille qui fait rage, il se souvient de sa peur, de l'adrénaline, et de l'éclair vert qu'il lance. Il revoit le loup-garou qui se décale et le sortilège qui le frôle. Il se souvient du regard surpris de Gibbon, ces yeux clairs qui le hantent.

C'est dommage. Il aimait bien boire avec Gibbon.

Cela fait un an qu'il se saoule tout seul.

A ses côtés Dolohov s'est effondré par terre, il tremble, son visage complètement tordu par la souffrance. Disparus l'innocence et le calme qui s'y lisaient plus tôt. Seuls quelques râles s'échappent péniblement de sa gorge. Bien sûr, il se souvient lui aussi. Il savait que leur ignorance leur manquerait…

Yaxley, qui est venu les chercher, l'attrape brutalement par le bras.

« Rowle, tu vas me dire ce qui s'est passé bon sang. Vous avez trouvé ceux qui avaient brisé le tabou ? Pourquoi est-ce Dolohov se roule par terre comme ça ? »

Le tabou… Au milieu de tous les souvenirs qui sont remontés brutalement, un grand blanc persiste et ses efforts pour le briser ne font qu'augmenter son mal de crâne. Il a l'impression que c'est son propre cerveau qui est en feu.

Et puis une nouvelle brûlure, à son bras. Il relève la tête et voit Yaxley en face de lui, la main posée sur sa marque des Ténèbres.

« Ça suffit Rowle, il s'est clairement passé quelque chose. Je vous emmène voir le Seigneur des Ténèbres. »

Un long frisson le saisit et un instant il envisage de se jeter dans le feu. Quoiqu'il ait oublié le Maître ne va pas être content. Enfin, ce n'est pas comme s'il avait le choix, maintenant que le Seigneur des Ténèbres est prévenu, il est obligé de le rejoindre et de recevoir sa punition pour son incompétence.

Cela fait des années qu'il n'a plus le choix, qu'il a renoncé à sa liberté.

Arrêter, l'abandonner, il ne l'a jamais envisagé.

Il s'est enrôlé jeune, un peu trop peut-être. Il est arrivé juste avant l'affaire Regulus Black. Il ne connaissait pas très bien l'adolescent. Il était toujours si sérieux et il avait une lueur sombre dans le regard qui lui faisait peur. Et puis un jour, il était mort… si facilement. Ils n'ont jamais su en détail ce qui s'était passé, mais le jeune homme avait trahi et le Maître l'avait éliminé. Sans aucun état d'âme. Et sans aucune trace.

Le Maître n'avait pas hésité une seconde à détruire l'unique héritier d'une des plus grandes et plus ancienne famille de Sang-Pur d'Angleterre.

Alors oui Thorfinn n'a jamais songé à quitter les Mangemorts. Il ne sait même plus vraiment pourquoi il s'est engagé. Il lui semble se souvenir d'une histoire de pureté de sang, d'honneur et de gloire. Maintenant il veut juste que les combats lui permettent de se sentir vivant pendant un moment et d'oublier pendant cinq minutes l'horreur et le désespoir qui s'accrochent à lui depuis Azkaban. Sorciers et Moldus peu importe au final. Les Moldus se défendent moins, c'est moins fatigant. Voilà tout.

Les vieillards aussi. Et puis ils n'ont presque plus de voix pour hurler leur douleur.

Seulement voilà, maintenant que l'oubli lui a fait entrevoir à quoi ressemble une vie sans guerre, sans Seigneur des Ténèbres… il se dit qu'il a peut-être rendu un service à Gibbon finalement. Mourir doit être si reposant. Il n'y a peut-être plus de bruits là-bas. Est-ce qu'on se souvient quand on est mort ? Est-ce qu'on a toujours besoin se saouler sans arrêt pour dormir ?

Ce serait tellement simple de s'évaporer comme la fumée dans le ciel.

Yaxley s'impatiente, les attrape et ils transplanent tous les trois jusqu'au manoir Malefoy.

L'air semble s'alourdir, comme si la mort elle-même venait les visiter. Après la peur et le froid, la mort… Une autre de ses vieilles amies, il s'est tant habitué à vivre sous son ombre pesante.

Le Maître est là, au fond de la pièce, droit, sombre et menaçant, comme toujours.

La chaleur du feu lui manque déjà, celui qui flambe dans la cheminée est bien trop insignifiant. Il lui semble que même son âme, si toutefois il en possède une, est gelée. Tout son être voudrait s'enfuir loin d'ici, mais il sait qu'il n'a pas le choix, il va devoir subir son châtiment. Tant pis. Il faudra juste rester fort un moment. Ça ne lui fait presque plus mal maintenant.

Dolohov et lui s'avancent, le dos courbé, Yaxley s'est reculé, évidemment. Il n'a rien à se reprocher lui. La voix sifflante du Seigneur des Ténèbres retentit dans le silence de la pièce.

« Venez plus prêts, venez m'expliquer pourquoi vous m'avez appelé.

- Pardonnez-nous Maître, quelqu'un nous a effacé la mémoire.

- Rowle approche-toi donc, que je découvre la mesure de votre incompétence »

Ce n'est même pas un Doloris, mais la douleur est presque intolérable. Il s'effondre sur le sol. Tel un serpent, le Maître rampe dans ses pensées, piétinant ses mémoires, ses sentiments. Inexorablement le monstre avance. Rowle a l'impression qu'un nid de braises est allumé dans son crâne, il ne sent même plus la froideur du carrelage sur lequel il se tord. Rien n'autre n'existe que son esprit chauffé à blanc. Et le mur qui entoure ses souvenirs de ce soir. Le serpent ne renonce pas et s'acharne, martelant sans cesse, comme s'il allait percer la tête du Mangemort, jusqu'à ce qu'enfin la barrière explose en mille morceaux.

Le café, les sortilèges, le Traître à son sang, la Sang de Bourbe… et le Survivant… Ils ont trouvé le Survivant !

Le cri de rage du Seigneur des Ténèbres retentit dans le manoir, dans son crâne, comme si ses tympans allaient exploser. Le serpent se retire de son crâne, le laissant haletant et misérable sur le carrelage.

Il a laissé échapper le Survivant…

Il entend le Maître appeler le jeune Malefoy à ses côtés et il sait ce qui va venir.

Il se trompait tout à l'heure. Tout cela lui fait encore beaucoup trop mal.

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Merci d'être allez jusque là !

Pour ceux qui ne connaissent pas la liste des Mangemorts par coeur, vous aurez j'espère compris que Thorfinn Rowle est un des Mangemorts qui retrouve le Golden Trio après le mariage de Bill et Fleur, et c'est celui qui balance des sorts au pif pendant la Bataille de la Tour d'Astronomie.

Bonne journée à vous, et ne soyez pas comme Thorfinn, ne vous saoulez pas tout seul !