/!\ Ce one-shot est parallèle à la fanfiction "Le Bon, la Brute et le Protecteur", se déroulant entre les chapitres 15 et 16. Lisez-la au moins jusque là avant d'entamer ce récit. /!\
Fly, you fool !
Expirant à chaque coup, Ikki était tout concentré sur son adversaire incapable de bouger, si ce n'est se balancer mollement au fur et à mesure que ses poings le percutaient, faisant grincer la chaîne qui le retenait accroché au plafond. Comme en véritable situation de combat, l'Oiseau de Paradis ne retenait pas ses coups, mettant toute sa force dans ses mouvements, n'épargnant aucunement la masse noire devant lui, qui ne pouvait résister. Il devait se vider la tête à tout prix, et décharger toutes ses émotions négatives en frappant était presque une évidence pour lui.
"Ikki… ?"
Entendant cette voix, l'interpelé donna un ultime coup dans le sac de frappe lui faisant face. Il le regarda se balancer plus fort une dernière fois avant de le rattraper pour le stabiliser. Il se tourna ensuite vers la jeune fille qui venait d'entrer dans leur petit gymnase privé. Parée d'une nouvelle robe blanche, Saori ne semblait pas apprêtée pour une séance de sport – cela dit, le contraire l'aurait étonné. Elle fit quelques pas dans la pièce et regarda tout autour d'eux.
"Shun n'est pas avec toi, constata-t-elle.
– Il est parti chez le psy il y a un moment, déjà. Quoi que tu lui veuilles, Princesse, ça va devoir attendre."
Sans plus lui accorder un regard, il se dirigea vers la banquette où il avait déposé ses affaires et y ramassa la serviette qu'il avait emportée pour sa séance. Alors qu'il s'épongeait le front et la nuque, le bruit des escarpins sur le parquet retentit à nouveau.
"La clinique vient de m'appeler : Shun n'était pas à son rendez-vous avec le psychiatre."
Ikki se figea, avant de se tourner vers Saori. Elle avait l'air soudainement très inquiète.
"Avec ce qu'il s'est passé, dernièrement, j'ai peur qu'il n'ait fait une mauvaise rencontre. Et je n'ai pas envie qu'il se batte dans son état.
– Ne m'en dis pas plus."
Jetant sa serviette, Ikki ramassa prestement son t-shirt et l'enfila alors qu'il courait vers la porte du gymnase, laissant la jeune fille derrière lui.
Ikki avait commencé par refaire le chemin vers la clinique au pas de course, coupant au plus court. Il ne voyait pas de raison qui aurait pu pousser son frère à prendre un quelconque détour : ils avaient déjà fait le trajet plusieurs fois, dans un sens comme dans l'autre. Son cosmos étendu, cherchant une quelconque trace d'affrontement sur sa route, il n'avait cependant rien trouvé : ni Shun, ni la moindre présence hostile. Le Phénix avait-il finalement changé d'avis, préférant esquiver son rendez-vous ? Non, Ikki n'en était pas convaincu : Shun avait vraiment l'air de bonne volonté, ne demandant qu'à comprendre ce qui lui arrivait. Il n'aurait sûrement pas laissé passer une chance de poser un diagnostic sur son mal.
Même sans parvenir à mettre la main sur son petit frère, il n'était pas question de rentrer bredouille à la résidence Kido. S'il devait faire le tour de la ville pour le retrouver, il le ferait ! Surtout qu'il commençait déjà à se faire tard, et le soleil ne tarderait pas à se coucher. Il avait commencé par se diriger vers le bois de leur enfance, pensant le trouver devant leur arbre d'entraînement, celui que le Cygne Noir avait détruit, mais il n'y était pas. L'orphelinat était sa deuxième option, mais le garçon ne s'y trouvait pas non-plus. À court d'idées, l'Oiseau de Paradis s'était alors dirigé vers l'entrepôt où Phénix leur avait tendu une embuscade, après avoir volé l'armure d'or. Il ne savait pas trop ce que Shun aurait pu faire là-bas mais il n'avait pas d'autre idée satisfaisante.
Alors qu'il passait le long de la plage, en direction de l'embarcadère, son regard fut attiré par une silhouette assise dans un coin reculé à même le sable. Le soleil déclinant projetait une ombre étendue dans son dos, et la brise agitait ses cheveux caramel et les pans de sa veste à capuche, qu'il avait laissé ouverte. Soulagé, Ikki avait immédiatement reconnu son frère. Il avait sauté par-dessus le muret de pierre qui le séparait de l'étendue de sable et l'avait rejoint tranquillement.
Arrivé à sa hauteur, il constata que le garçon se portait bien, physiquement, ne semblant pas blessé. Cependant, il fixait l'horizon avec un air absent, assis, les genoux remontés contre lui, enserrés entre ses bras tremblants. Ses mains s'agrippaient avec forces à ses membres, plantant presque ses ongles dans sa peau.
"Shun… ?"
Il n'y eut aucune réaction. Inquiet, Ikki se pencha et posa une main sur son épaule. Le garçon, soudainement, lâcha son bras pour frapper sa main, s'écartant rapidement, l'air presque effrayé. Surpris, l'Oiseau de Paradis le regarda cligner plusieurs fois des yeux. Il avait remarqué que Shun faisait souvent ça, quand il reprenait conscience. Alors, s'asseyant sur le sable près de lui, il attendit qu'il émerge tout seul. Quand sa vue sembla se stabiliser, il le regarda un instant, avant que son expression ne se referme.
"Ça va pas, de me faire peur comme ça ?!"
Ikki arqua un sourcil. Ça, ce n'était clairement pas Shun. Aussi, il le laissa se remettre de ses émotions et se rasseoir en tailleur face à la mer, l'écoutant grommeler une insulte et un juron.
Définitivement pas Shun.
"Bonsoir, Phénix.
– Hm.
– Qu'est-ce que tu fais là ?
– Ça se voit pas ? Je regarde le coucher de soleil."
L'Oiseau de Paradis soupira, puis suivit le regard de Phénix. Comme d'habitude, ce jeune homme était toujours aussi aimable.
"Et puis, j'ai pas de comptes à te rendre. continua-t-il avec humeur. Je fais ce que je veux.
– En temps normal, j'aurais été d'accord avec toi. approuva Ikki. Mais tu avais un rendez-vous à la clinique, ce soir, et tu l'as raté, alors j'aimerais savoir pourquoi."
Le silence se prolongea quelques secondes. Le bruit des vagues ponctuant chaque respiration de Phénix, comme s'il s'était calqué naturellement sur lui. Ikki l'entendit murmurer quelque chose, et se tourna un instant vers lui pour voir ses lèvres s'agiter. "C'était là que tu allais." crut-il comprendre. Parlait-il à Shun ?
"J'ai été distrait. avoua finalement Phénix, haussant les épaules avec un air désinvolte. Et comme je ne savais pas où aller, j'ai voulu faire un tour."
Sourcils froncés, Ikki observa mieux son jeune frère. Ses mains tremblaient, ses manches relevées révélait les traces de ses ongles dans ses bras rougis, et ses cheveux collaient un peu à ses joues. Maintenant qu'il y faisait attention, ses yeux aussi étaient un peu rouges. Avait-il pleuré ?
"Et… je peux savoir ce qui t'a distrait ?
– … Une jolie fille est passée près de moi.
– … Une jolie fille ? répéta Ikki après un silence. Tu te moques de moi ?
– Nan, j'ai toujours eu un faible pour les blondes !"
Surpris, Ikki nota que la voix de Phénix avait tremblé sur sa dernière déclaration. Qu'est-ce que c'était que cette histoire ? Cependant, comme pour détourner l'attention de son aîné, le garçon continua.
"Par contre, n'en parles pas à Hyoga, hein ! Je veux pas qu'il s'imagine que je pourrais finir par l'apprécier, alors que je peux même pas le voir en peinture !"
Le rire qui suivit sonna si faux aux oreilles d'Ikki que son cœur se serra. Il ne connaissait pas très bien Phénix, ne l'ayant rencontré officiellement que quelques jours auparavant, mais il pensait l'avoir à peu près cerné : il était trop fier pour montrer ses faiblesses. Et il en avait un parfait exemple, en cet instant. Il se sentait visiblement mal, mais souriait et riait comme si de rien n'était, ou presque, et risquait fortement de se braquer si quelqu'un tentait de le percer à jour.
"Au fait, pourquoi on allait à la clinique ? demanda-t-il subitement, passant une main sur son visage. J'ai pas l'impression d'être malade. Et mon bras va mieux, l'engelure est guérie."
Ikki soupira. Ainsi, ni Shun, ni Teru n'avaient pris la peine de lui expliquer ? Teru était-il seulement au courant de cet arrangement ? Il passa une main dans ses cheveux et annonça :
"Shun a pris la décision de consulter un psychiatre, pour comprendre ce qui ne tourne pas rond dans ta… dans votre tête."
Phénix se figea. Son sourire s'effaça si vite qu'avec ses yeux rouges, Ikki aurait pu croire qu'il allait se remettre à pleurer. Mais, fidèle à lui-même, il n'en fit rien. Après quelques secondes, il sourit à nouveau, et eu un ricanement jaune.
"Comment ça ?
– Phénix…
– Nous allons très bien, d'accord ?
– Non, écoute…"
L'aîné soupira à nouveau, passant ses mains sur son visage. Comment lui expliquer la situation sans le mettre en colère ? Le jeune homme était une véritable bombe à retardement, qu'il fallait manier avec d'extrêmes précautions. Alors il se releva et se planta juste devant lui pour être sûr d'avoir toute son attention. Il s'agenouilla pour être à sa hauteur, le regardant dans les yeux. Il croyait déjà sentir son cosmos crépiter autour de lui.
"Phénix… tenta-t-il avec calme, pesant chacun de ses mots. Ce n'est pas normal, d'être à plusieurs dans sa tête. Ce n'est pas non plus normal d'entendre des voix ou d'avoir son petit monde dans sa tête. Tout ça, ce n'est pas normal.
– Tu me prends pour un abruti ? siffla son frère avec colère, d'une voix basse malgré la colère qui l'habitait. Je le sais, tout ça, on me l'a dit.
– Alors il faut que tu… que vous voyiez un médecin. Je ne voulais pas non plus l'admettre, au début, mais il faut que vous consultiez un psy, quelqu'un… pour comprendre pourquoi vous êtes comme ça.
– Et après ?"
Sans comprendre, Ikki regarda Phénix se relever et s'éloigner de quelques pas, sans se détourner. Il se releva à son tour, demandant doucement.
"Quoi, après ?
– Quand vous saurez ! explosa Phénix. Vous saurez et, après, vous ferez quoi ?!"
Pris de court, Ikki ne sut quoi répondre. Il ne s'était jamais vraiment posé la question, et ne l'avait jamais abordée avec Shun. S'il s'avérait qu'il était vraiment malade, il prendrait un traitement ? Il ne le savait même pas. Sans diagnostic, comment savoir ce qu'ils allaient faire de tout ça ? Et, en y réfléchissant, il crut mettre le doigt sur ce que Phénix craignait.
"Vous essayerez de vous débarrasser de nous ?! continua le jeune homme écartant les bras. Vous voulez nous faire disparaître, Teru et moi, c'est ça ?!
– Non, Phénix, écoute…
– Si c'est comme ça, il n'est pas question qu'on y aille, t'as compris ? Et… Et il n'est même pas question que je reste ici !"
La panique s'empara rapidement d'Ikki quand Phénix se retourna pour quitter la plage en grandes enjambées, enfonçant ses poings dans les poches de sa veste grise. Rapidement, il s'élança pour le rattraper et, alors qu'il saisit son bras pour l'empêcher de partir, il eut tout juste le temps d'esquiver le poing brûlant de cosmos de son frère. Il saisit son poignet, et garda fermement sa prise sur le jeune homme alors que celui-ci se débattait.
"Lâche-moi ! cria-t-il. Laisse-moi partir ! Et toi, la ferme !"
Profitant du terrain, Ikki fit un croche-patte au Phénix, l'envoyant s'échouer dans le sable. Le surplombant, il le maintint au sol, alors qu'il se débattait encore.
"Tu ne vas nulle part, tu entends ? trancha Ikki. Calme-toi deux minutes et écoute-moi ! Je ne veux pas te faire disparaître, Phénix !
– Menteur ! Sale traître !"
Juste au moment où Ikki regarda son visage, et constata avec un certain choc que des larmes avaient inondé ses yeux, Phénix fit brûler son cosmos et lui envoya un énorme coup de pied dans les côtes, l'envoyant rouler à son tour dans le sable. L'attaque lui coupa le souffle mais, heureusement, elle n'était pas assez puissante pour lui casser quoi que ce soit. Il lui fallut un instant pour respirer à nouveau avant qu'il ne se redresse, assis dans le sable. Au même moment, Phénix s'approchait, le toisant de toute sa hauteur, les poings serrés.
"Je commençais à te faire confiance. annonça Phénix d'une voix tremblante de colère. Je me disais que tu tenais trop à Shun pour nous faire le moindre mal, mais je me suis planté.
– Tu ne t'es pas planté. contra Ikki, massant ses côtes douloureuses. Je ne te ferai aucun mal, et il n'est pas question que je me débarrasse de toi."
Il se releva, regardant Phénix s'éloigner d'un pas, semblant vouloir garder une distance de sécurité entre eux.
"Tu n'as pas que des mauvais côtés, et je m'en rends bien compte. Et, sans toi, Shun serait probablement mort, sur l'Île de la Reine Morte. Je ne me fais pas d'illusions, il n'aurait pas survécu. Et, rien que pour ça, je te dois beaucoup."
Le regard suspicieux, Phénix enfonça à nouveau ses poings dans ses poches. Cependant, il n'avait plus l'air de vouloir partir, et semblait plus enclin à l'écoute.
"Alors pourquoi vouloir nous faire voir un médecin ?
– Tu n'as pas envie de comprendre ce qu'il se passe ?
– … Je ne sais pas. J'en sais trop rien.
– … Et ça ne te soulagerait pas de pouvoir parler avec quelqu'un ?
– Parler de quoi ?
– Je ne sais pas. L'Île de la Reine Morte ? Tes problèmes ? Je suis à peu près sûr que c'est à ça que sert un psy."
Phénix pouffa, et ses yeux bleus se perdirent sur la mer. Au loin, le soleil avait finalement touché l'horizon, laissant un magnifique reflet rougeoyant sur l'eau. Le jeune homme semblait hypnotisé par la lueur de l'astre qui semblait lentement se noyer.
"Il n'y a rien à dire, Ikki. Shun peut parler autant qu'il veut, mais ça ne m'intéresse pas."
L'Oiseau de Paradis le regarda s'asseoir à nouveau dans le sable pour regarder le jour décliner, avant de s'asseoir près de lui à nouveau, à une distance de sécurité tout de même : la bombe à retardement n'était peut-être pas complètement désamorcée.
"… Du coup, tu vas pas me forcer à aller chez le médecin ?
– À moins que tu aies une solution pour laisser le contrôle à Shun sur commande, tu vas devoir aller aux rendez-vous. Qui sait, peut-être que le psy trouvera une solution pour provoquer les échanges.
– Comme ça, tu devras moins me supporter, c'est ça ?"
Ikki leva les yeux au ciel.
"Je ne veux pas que tu penses ça. Je suis content quand je peux passer du temps avec Shun, bien sûr, parce qu'on a été séparés beaucoup trop longtemps. Mais ne va pas croire que je te déteste. Je crois même que je t'apprécie."
Un silence abasourdi tomba sur la plage. Phénix tourna un regard surpris vers Ikki, avant de pouffer à nouveau, un petit sourire éberlué étirant ses lèvres.
"Quoi ? T'es pas en train de dire que tu veux qu'on soit amis, pas vrai ?
– … Non. répondit Ikki en secouant la tête. Pas amis, non."
Les sourcils du plus jeune se froncèrent, semblant perdu. L'Oiseau de Paradis sourit à son tour et le regarda, amusé par sa réaction. Il se permit ensuite un rire et lui ébouriffa les cheveux, ignorant les protestations du Phénix récalcitrant.
"Je pourrai jamais te voir autrement que comme mon petit frère, idiot.
– Je ne suis pas Shun ! contra énergiquement le jeune homme en se recoiffant. Rentre-toi ça dans le crâne !
– Peut-être. Mais tu as beau être quelqu'un d'autre, on est du même sang. Et ça, tu ne pourras rien y faire."
Ikki regarda à nouveau la mer, laissant le temps à Phénix d'intégrer l'information. Il observa un instant les vagues allant et venant sur le sable, lui rappelant l'île de son entraînement, repensant à ces six années où il n'avait que ces mots à la bouche : « je retrouverai mon petit frère, quoi qu'il m'en coûte ! ». S'il avait su à ce moment qu'il se retrouverait finalement avec trois frères en une seule et même personne, à ce moment – et c'était sans compter les huit autres qui s'étaient éparpillés il ne savait trop où…
Il fut sorti de ses pensées par une poignée de sable jetée sur lui. Il se tourna juste à temps pour voir le si fier Phénix rabattre sa capuche sur ses cheveux en grommelant avec humeur.
"La ferme, Teru."
Bonjour !
Je tenais d'abord à m'excuser pour l'absence de la semaine dernière. Je n'ai pas su finir le chapitre 18 de "Le Bon, la Brute et le Protecteur" à temps… désolé.
Du coup, voici le nouveau one-shot parallèle à cette fanfiction, marquant une évolution dans la relation entre Ikki et Phénix (et, oui, ça tourne encore autour de Phénix… mais j'adore écrire sur lui). Je l'ai écrit en partie grâce à une petite discussion avec une autre autrice de fanfictions et grâce aussi à un de ses one-shot parlant de choc post-traumatique (coucou, N. Hook !). N'hésitez pas à aller lire ses travaux, ça vaut vraiment le détour !
J'espère que ce court one-shot vous a plu et attends, comme d'habitude, vos avis dans les reviews.
Je vous dis à la prochaine pour la suite de "Le Bon, la Brute et le Protecteur" (c'est écrit, c'est bon, ça doit juste passer en relecture) !
