One-shot écrit dans le cadre de la cent-cinquantième nuit d'écriture (du Chaos) du FoF (Forum Francophone), avec pour contrainte "Les cigares du Pharaon" .
Entre 21h et 4h du matin, un thème par heure et autant de temps pour écrire un texte sur ce thème. Pour plus de précisions, vous pouvez m'envoyer un MP !
Quand ils étaient petits, le Pharaon et elle avaient l'habitude de jouer à cache-cache dans le palais. En fait, ils jouaient à plein de choses : au chat et à la souris, aux explorateurs, à la dînette, à la poupée et à des jeux plus conventionnels, du type jeux de cartes ou jeux de stratégie (et, bien sûr, Jeu des Ombres).
Maintenant, bien sûr, cette époque était révolue. Depuis quelques mois, les conseillers d'Atem avaient décrété qu'il devait laisser derrière lui tous ces enfantillages et se concentrer sur le rôle qu'il lui avait été confié par les dieux : régner sur l'Égypte et guider son peuple vers des jours de prospérité.
Quant à Mana, eh bien… Elle était censée étudier, encore et encore, et ne faire preuve que de rigueur et d'application afin d'atteindre le niveau de son prestigieux maître, Mahad, et devenir la magicienne attitrée du roi.
Une perspective qui était, évidemment, un honneur et un plaisir, mais la jeune fille ne pouvait pas s'empêcher de se languir de leurs facéties d'enfants. Atem et elle n'étaient pas si grands, comment faisait-il pour supporter ces longues discussions politiques et ces stations assises interminables alors qu'il faisait si beau dehors ? Mahad ne cessait de lui répéter que le Pharaon n'était pas aussi impétueux qu'elle et que, à quatorze ans, il avait tout à fait atteint la maturité nécessaire.
Évidemment, il ne disait pas ça pour rabaisser son apprentie mais, quand Mana avait fini par comprendre, une demi-heure plus tard, ce que ça sous-entendait, elle lui avait lancé un regard particulièrement furibond. Comment osait-il prétendre qu'elle était impétueuse et immature ? Elle avait l'esprit de son âge, tout simplement ! Et Atem devait encore être dans cette situation, c'était certain. Elle allait leur prouver qu'ils ne gagneraient rien à enfermant son ami d'enfance de la sorte !
Particulièrement remontée, la jeune magicienne se mit en route dès qu'elle eut terminé son entraînement avec Mahad. Heureusement, elle était loin d'être aussi exubérante et maladroite que tout le monde le croyait. Si elle le voulait, elle pouvait se montrer discrète et adroite malgré ses vêtements jaunes et elle possédait, restes de leurs parties de cache-cache, un talent certain pour se dissimuler dans des vases.
Bien sûr, il ne servait à rien de viser ceux qui ornaient les couloirs et les jardins, personne ne les bougeait jamais de place. Mais celui-là, magnifique, tout de jais et de tourmaline, qui était destiné à la chambre du Pharaon – c'était un cadeau de ses derniers invités de marque –, serait parfait. Après un coup d'œil à droite et à gauche, Mana quitta sa cachette derrière un pilier gravé et se glissa à l'intérieur. Les serviteurs ne devineraient jamais qu'ils portaient une jeune fille de quatorze ans en guise de poids supplémentaire.
Parvenue dans la chambre de son ami, Mana comprit enfin pourquoi il était aussi distant et discipliné depuis qu'il était monté sur le trône.
Étendu sur le dos entre ses coussins de soie, les baldaquins de son lit largement écartés pour laisser pénétrer la lumière du soleil, Atem fumait distraitement un gros cigare magnifiquement ouvragé. Un objet et des produits sélectionnés exprès pour un roi, sans doute. Mais qui étaient aussi nocifs pour sa santé que le venin d'un crotale ! Comment était-il censé se servir correctement de son cerveau avec des substances pareilles ? Et ses poumons, sa bouche, sa trachée ? Ils devaient terriblement souffrir d'être exposés à ces fumées toxiques toute la journée !
Particulièrement indignée, Mana gagna le lit et arracha l'objet des mains de son ami. Il la regarda d'un air brumeux, ses yeux violets à moitié entrouverts, et ne fit même pas mine de lui réclamer sa possession. Ni de savoir ce qu'elle faisait là. Il était complètement perdu.
« Tu ne dois plus jamais utiliser ces trucs ! exigea la jeune magicienne en lui secouant le cigare sous le nom. As-tu oublié ce que Mahad nous a souvent répété à propos des drogues et autres vapeurs ? »
En effet, c'était le magicien qui leur avait insufflé la prudence vis-à-vis de ces objets de plaisir, pourtant largement usités dans les autres royaumes. Mana jeta le cigare par la fenêtre et vint s'assoir derrière son ami, puis posa sa tête sur ses genoux pour l'aider à récupérer de l'inhalation de ces vapeurs assommantes, plus du manque qu'elles risquaient de créer quasi-immédiatement.
Évidemment, Mana étant Mana, elle avait oublié d'éteindre le cigare et l'un des bosquets du jardin prit feu. Mais bon, elle avait sauvé les poumons et le cerveau du Pharaon, c'était déjà plus important que quelques mètres carrés de pelouse !
