Pack Mom Boya, Pack Dad QingMing.

Les choses avaient commencé sans que quiconque ne s'en rende compte.

Comme souvent, ça avait été une succession de petits évènements, d'infimes épiphanies invisibles et silencieuses qui s'étaient accumulées sans que personne ne s'en rende compte.

Par "personne", il fallait entendre "les adultes".

C'était un peu idiot les adultes, tous les shidi en convenaient. Ils angoissaient tous davantage de devenir des adultes parce qu'ils deviendraient tous idiots que parce qu'ils risqueraient quotidiennement leur vie pour sauver celle des autres.

Les juniors leur avaient tristement dit la vérité. Ce n'était pas que les adultes étaient idiots. C'était juste qu'avec le temps et les responsabilités, ce qui était important quand on était un petit shidi n'était plus la même chose quand on était un grand adulte.

Les shidi ne comprenaient pas trop. Pour eux, la seule chose qui différenciait un adulte d'eux, c'était que les adultes faisaient beaucoup trop de choses pas drôles et qu'ils se plaignaient tout le temps d'avoir trop de papiers à remplir en plus d'avoir mal partout. Déjà qu'eux en avaient plein avec leurs cours ! Ce qu'ils pouvaient détester les rédactions...Bouh !

Heureusement, les choses s'étaient un peu améliorées quand leur Da Shixiong avait amené au temple un ami.

Le monsieur était un prêtre lui aussi. Ça avait étonné les enfants. Jusque-là, leur Da Shixiong n'avait pas vraiment d'ami. Des frères à poignées, mais des amis…Il n'y avait bien qu'avec eux que leur Da Shixiong ne faisait pas la gueule. Jusque-là.

Le nouveau monsieur était habillé tout en blanc alors que leur Da Shixiong était tout en noir. Ses vêtements étaient amples et semblaient confortables là ou ceux de leur Da-ge étaient moulants et inconfortables au possible, ils en étaient sur. Ils avaient tous dû commencer à porter du cuir pour s'y habituer et pour les casser avant de s'entrainer avec. Ils avaient tous eut des irritations partout au point de devoir aller à l'infirmerie. Mais leur Da-Shixiong leur avait montré comment mettre de la crème sur leurs brulures, comment huiler leurs cuirs tous neuf pour les assouplir et comment ne pas hésiter à les mettre en boule et sauter dessus à pieds joints pour les casser (ça, ça avait été marrant).

Les enfants s'étaient très vite ouverts au monsieur en blanc.

D'abord il était gentil. Ensuite, il avait toujours des bonnes idées pour faire des bêtises. Il n'avait aucun complexe à les faire avec eux. Quand ils se faisaient hurler dessus par leur Da Shixiong, il ne les laissait pas tomber et trouvait toujours le moyen de calmer leur Dage. Et surtout, surtout, il faisait sourire leur Da-Shixiong.

Il n'y avait bien qu'avec lui que Boya souriait vraiment. Pas du sourire de tendre blâme amusé à la patience infinie qu'il avait avec eux, mais un sourire qui était pour lui. Le genre de sourire qu'on a quand on est heureux d'avoir quelque chose rien qu'a soit.

Ça, ça avait forcément valu des points au plus au monsieur en blanc. Très vite, ils avaient appris qu'il s'appelait QingMing-Daren et qu'il était un maitre du Bureau du Ying Yang. Ou qu'il l'avait été.

Ils n'avaient pas trop compris au début. Ils n'avaient pas vraiment non plus cherché à comprendre jusqu'à ce qu'il vienne de plus en plus. A début, il n'était là qu'un soir de temps en temps, puis deux nuits par semaines, puis de plus en plus, puis les anciens avaient meuglé qu'il était scandaleux que Boya l'ai installé dans ses appartements. Leur Da-Shixiong avait très respectueusement fait remarquer que puisque le yin yang bureau ne voulait plus de luiJingYun n'allait pas se plaindre de sa prise. Puisque le bureau était assez idiot pour mettre dehors leur plus puissant disciple pour une bête histoire d'origine, ils pouvaient faire les gracieux et lui offrir le gite et le couvert en échange de son aide quand ils en avaient besoin. Que le gite soit par accident dans son lit ne regardait personne à part eux.

Les petit shidi avaient beaucoup gloussés lorsqu'ils avaient entendu les anciens marmotter que Boya était bien plus agréable à vivre avant de rencontrer QingMing et qu'avant, il n'aurait jamais osé faire le malin comme ça.

Boya avait fraichement répondu que si la présence de QingMing les ennuyait à ce point, il pouvait tout aussi bien échanger les logements. Les gamins n'avaient pas tout de suite compris. Comme souvent, c'étaient les juniors qui leur avaient expliqué ce qu'avait voulu dire leur Da-Shixiong : Soit les vieux acceptaient la présence de son amant, soit il partait avec lui.

Les shidi avaient hochés la tête avant de poser la question évidente : c'était quoi un amant ?

Les juniors avaient eu énormément de travail à faire à la seconde, tout soudain.

Alors, puisque leur source ordinaire d'information et de sagesse se révélait être soudain bien embarrassée, les petits avaient été demander directement au premier concerné.

Ils avaient trouvé QingMing-Daren assit dans les jardins du temple devant une tasse de thé, très occupé à lire des vieux papiers puants. Ils n'en savaient rien sur le moment bien sûr, mais le fashi avait pris sur lui de payer pour son logement depuis que le Bureau l'avait mis dehors pour simplement exister et avoir eu l'outrecuidance de finir par apprendre à utiliser un bouclier. Ils ne voulaient pas de demi-sang chez eux ! Maintenant que Zhong Xing avait enfin cassé sa pipe et que le Serpent était oublié, ils avaient eu le temps de décider quoi faire de QingMing. S'il avait eu la décence de défunter proprement à la Capitale au moins... Mais non ! L'animal avait décidé d'être irritant jusqu'au bout. En plus d'avoir survécut et d'avoir mené sa mission à bien, il était maintenant auréolé de son succès. Tout le monde avait son nom sur leurs lèvres dans les couloirs du palais. Ils ne pouvaient même pas le faire disparaitre discrètement. Tss.

Alors les anciens avaient voté et l'avait fichu dehors.

Lorsqu'il était revenu de la capitale, les anciens l'avaient mis devant le fait accomplis. Ils lui avaient laissés douze heures pour récupérer tout ce qui lui appartenait, dire au revoir ses amis histoire d'ajouter le mépris à l'humiliation puisqu'il n'en avait aucun, et partir pour ne jamais remettre les pieds au Bureau. Ils lui avaient également interdit de porter les symboles extérieurs qui le signalait comme un membre de la secte.

A leur grande irritation, QingMing n'avait pas supplié de le laisser rester. Il était préparé à cette possibilité depuis longtemps. Il y avait des années qu'il disait à son maitre qu'une fois qu'il parviendrait à maitriser le bouclier et qu'il serait un vrai maitre, il voulait prendre la route comme indépendant et découvrir le monde. Zhong Xing l'y avait toujours tendrement encouragé. Il ne voyait pas son demi-renard d'élève se contenter de faire sa vie entre les murs froids et triste du bureau. QingMing n'était pas comme lui. Il était affamé d'aventures et de rencontres, de découvertes et de dangers. Alors QingMing était prêt lorsque le bureau l'avait mis dehors. Il avait sa Maison, il avait ses shishen... Pendant qu'il remplissait sa poche quiankun des affaires présentes dans son petit appartement de la secte, ses shishen vidaient méthodiquement les appartements de Zhong Xing de ce qui restait dedans. Malgré les sceaux mis par les anciens pour l'empêcher d'y accéder, ils ne pouvaient empêcher Snow Hound d'y entrer. Avec l'aide de Honey Bug et de la multitude, ils avaient vidé l'intégralité de l'appartement au nez et à la barbe du Bureau. QingMing était son héritier. Tout ce qui appartenait à son défunt maitre était à lui par la volonté de son père adoptif.

Le demi-démon avait quitté la secte à pied pour marquer son départ, sans se retourner, et sans saluer quiconque. Il n'avait jamais vraiment fait partie de la secte. Il était l'élève, le fils adoptif de Zhong Xing, mais il n'avait jamais réellement appartenu au Yin Yang.

Les anciens avaient été scandalisés de la manière dont il était parti. Ils l'avaient moins fichus à la porte que QingMing n'était partit.

Et ça les rendait fous.

Lorsque quelques semaines plus tard, Boya avait fini par apprendre que son ami avait été chassé de la secte qui l'avait élevé, il n'avait pas réfléchi une seconde. Puisqu'il restait avec lui déjà quelques soirs par semaine dans leur idylle naissante, il pouvait aussi bien rester tout court puisqu'il n'avait plus de responsabilités envers qui que ce soit. Certes, il avait sa Maison, mais... JingYun pouvait devenir aussi sa maison s'il le voulait. Après en avoir discuté avec ses shishen, QingMing avait accepté. Depuis, il avait pris sur lui d'être utile à la secte qui avait montré plus de générosité envers un inconnu que la secte qui l'avait vu grandir.

La bibliothèque de JingYun était un véritable cauchemar une fois passées les quelques étagères utilisées par les shidi. Alors il avait décidé de ranger pour eux et de leur faire un index. C'était long et assez ennuyeux, mais comme QingMing était avide de la moindre connaissance, tout le monde s'en satisfaisait.

"- Qing Ming Daren?"

Le demi-démon releva les yeux sur les enfants. Ses petites oreilles blanches pointèrent vers les shidi pendant que se déroulaient ses quatre queues, à leur grande fascination. Le fashi était le premier demi-humain qu'ils rencontraient. Ça aussi ça avait fait hurler les anciens de JingYun.

Le sourire doux et tranquille de l'ami de leur da-Shixiong était rassurant.

"- Que puis-je pour vous les enfants ?" Il était un peu maladroit avec eux mais pas méchant. Juste qu'il ne savait pas dans quel sens les prendre.

"- C'est quoi un amant ?"

Le fashi battit des paupières un instant sans répondre.

"- Où avez-vous entendu ce terme ?"

"- C'est les juniors. Ils disent que c'est ce que Da-Shixiong a dit aux anciens pour que vous restiez : soit ils laissaient son amant rester avec lui ici, soit il partait avec vous."

Les lèvres de QingMing frémirent d'amusement contenu avec la plus grande difficulté pendant que ses yeux brun foncé riaient.

"- Ça signifie qu'il m'aime très fort.

"- Haaaaa !"

Satisfaits, les shidi l'avaient remercié et étaient retournés à leurs petites affaires.

Et s'ils avaient entendu leur Da-Shixiong hurler de toute la force de ses poumons après les juniors pour les envoyer s'agenouiller deux heures dans les arènes, ça ne les concernait pas vraiment.

Petit à petit, les shidi avaient eu de plus en plus d'occasion d'aller parler à l'ami de leur da-Shixiong. La preuve que c'était son ami, les grands l'appelait "son copain". Pour eux, un copain c'était un camarade de jeu. Donc ça voulait dire que leur da Shixiong et leur locataire jouaient beaucoup ensemble.

Sans penser à mal, ils avaient encore demandé au demi-démon.

Imperturbable, QingMing avait approuvé. Bien sûr qu'il s'amusait énormément avec Boya. Surtout quand il sortait son épée pour jouer avec lui.

Et si leur Da-Shixiong était soudain devenu tout rouge, c'était probablement parce qu'il avait un début de rhume parce qu'il s'était aussi mis à tousser. Mais ils avaient été content lorsqu'ils avaient eu la preuve qu'ils jouaient beaucoup ensemble.

Les deux hommes avaient passés trois bonnes heures à se courir après dans les couloirs. D'accord, ils s'étaient fait gronder comme des shidi parce qu'ils avaient sorti leurs armes mais...QingMing Daren avait eu l'air particulièrement fier de lui quand il avait excusé leur comportement à l'ancien qui les avaient attrapés à faire les idiots en lui expliquant qu'ils ne faisaient rien de mal. Après tout, ils jouaient t ensemble et il adorait quand Boya tirait son épée pour lui.

Comme les shidi (donc eux), l'avait dit.

L'ancien aussi était devenu tout rouge avant de chasser les deux hommes et les rappeler à leurs devoirs. Leur Da-Shixiong avait tapé son copain sur le bras qui avait fui dans un portail après lui avoir volé un bisou sur la joue. Les shidi avaient gloussé. Eux aussi ils faisaient parfois des bisous à leur meilleur copain.

Une fois que les petits shidi avaient été plus familier du demi-démon, ils étaient plus facilement venus vers lui. Ils étaient sûr que leur Da-Shixiong ne manquerait pas de venir les voir comme ça. Ils adoraient quand leur Da-Shixiong venait s'occuper d'eux.

Petit à petit, lorsque c'était l'heure de la sieste, il était devenu fréquent qu'ils dorment tous ensemble dans le jardin sur l'herbe avec leur Da-Shixiong et son copain pour les surveiller. Pendant qu'ils dormaient, QingMing Daren lisait et leur da-ge méditait ou nettoyait ses armes. Parfois même, il se couchait lui aussi quand il avait eu une chasse pendant la nuit et faisait la sieste avec eux, la tête sur les cuisses de son copain. C'était toujours agréable comme sieste.

Et puis, la dynamique de la secte avait encore une fois changé. Cette fois dramatiquement

Il y avait eu une chasse particulièrement difficile. Plusieurs maitres étaient morts, pleins étaient blessés et même leur Da Shixiong avait été immobilisé pendant des semaines.

QingMing-Daren avait hurlé bien plus fort que le petits shidi n'auraient pu l'imaginer. Il avait hurlé si fort après leur Da -shixing qu'ils l'avaient tous entendu depuis le grand-hall alors qu'ils étaient dans l'infirmerie. Pendant quatre semaines, ils n'avaient vu aucun des deux hommes. Leur Da-Shixiong étaient coincé à l'infirmerie avec les deux jambes et le bassin fracturés, un bras en guère meilleur état et une gaze sur les yeux pour les protéger dans l'espoir que le poison qu'il avait pris en pleine figure ne lui ferait pas perdre la vue.

Pendant quatre semaines, le demi-démon n'avait pas quitté son chevet et avait pris si bien soin de lui que les guérisseurs débordés avaient pu lui abandonner la guérison du premier disciple. Très vite, il y avait eu des nouveaux venus étranges dans le temple.

Encore une fois, les anciens avaient protesté mais quand la gentille dame habillée de rose et de blanc avait trouvé un antidote au poison qui avait aveuglé la moitié des blessés, ils avaient arrêté de râler et l'avaient remercié avec précipitation.

Les petits shidi avaient été soulagés de savoir que leurs ainés n'allaient finalement pas rester aveugles.

Pendant que les grands se remettaient, leurs classes avaient été mélangées parce qu'il n'y avait plus assez d'adulte pour s'occuper d'eux. Quand QingMing Daren avait été sûr que leur Da-Shixiong allait survivre sans (trop de) séquelles, il avait pris les cours des plus jeunes en main pour que leurs professeurs s'occupent des plus grands. La base était la même quel que soit la secte après tout.

Finalement, Boya était sorti de l'infirmerie au bout d'un mois d'angoisse. Non qu'il soit guéri, loin s'en fallait. Simplement les guérisseurs n'en pouvaient plus de son mauvais caractère et surtout, ne pouvaient plus rien pour lui. Il lui fallait guérir et attendre.

Un monsieur, non, les trois monsieurs que les petits shidi n'avaient vu que de loin avaient remplacé QingMing Daren pendant plusieurs après que leur Da-Shixiong soit sorti de l'infirmerie.

Un avait des signes marrant sur le bras, un autre des granaaandes ailes blanches dans le dos et le dernier des fleurs sur le visage avec les mains toutes noires ! Ils étaient bizarres. Aucun des enfants n'avaient osés moufter. Les trois monsieurs étaient trop impressionnant.

Jusqu'à ce qu'ils voient QingMing Daren se faire gronder comme un petit shidi par le monsieur avec les fleurs sur la figure parce qu'il n'avait ni mangé ni dormit et que s'il s'effondrait, il n'aiderait plus personne. Il l'avait attrapé par l'oreille au milieu du couloir et était allé le mettre au lit comme un petit shidi dans la chambre de leur Da-Shixiong.

Un des maitres leur avait expliqué que les trois monsieurs étaient comme la jolie dame. Ils étaient tous les shishen du fashi.

Comme les petit shidi ne savaient pas ce qu'était un shishen, ils avaient régné sur leur peur des trois monsieurs pour aller leur demander en groupe (le groupe, c'était toujours bien quand on avait peur. C'était rassurant) ce qu'ils étaient. Les explications les avaient encore plus embrouillés que le reste. C'était trop compliqué ces histoires de servitude consenties, d'offrande spirituelle et de lien qui... Les petit shidi avaient simplifiés la chose. Ils étaient des copains à QingMing Daren. Donc par extension, ils étaient leurs copains aussi. Et même s'ils leur faisaient la classe parce que QingMing Daren s'occupait de leur Da Shixiong, ils étaient leurs copains. Là !

Pfff, cette capacité des grands à se compliquer la vie. Ils étaient retournés à leur dortoir satisfaits malgré tout de la réponse, sans réaliser l'effort que faisaient les trois shishen pour ne pas leur exploser de rire à la figure.

Lorsque leur Da-Shixiong avait enfin pu se lever, les petit shidi avaient constaté tristement qu'il n'allait pas retourner sur le terrain avant un long, très long moment. Même avec toute sa cultivation, il boitait bas et il lui fallait une canne pour marcher. S'il restait debout trop longtemps, ses jambes se mettaient à trembler et il pouvait tomber. Mais il était vivant au moins. Vivant, avec tous ses membres et il n'était pas aveugle. C'était plus que beaucoup de maitres qui avaient participés à la chasse.

Plus d'une classe avait perdu son professeur alors les responsabilités de chacun avaient été redistribuées. Tant que leur Da-Shixiong ne pourrait pas retourner sur le terrain, il avait été mis derrière un bureau pour enseigner aux juniors tous les secrets de la secte. QingMing Daren avait proposé de continuer de s'occuper des plus jeunes. Les anciens avaient encore protesté, mais cette fois, même les plus jeunes shidi savaient que c'était plus pour le principe qu'autre chose. Ils étaient soulagés d'avoir quelqu'un pour les aider. Petit à petit, les petits shidi s'étaient habitués au nouvel ordonnancement de leur vie. Ce n'était pas un gros changement finalement. Simplement, leur Da-Shixiong n'allait plus sur le terrain et remplaçait de plus en plus le maitre des disciples qui avait pris sa place pendant les chasses. Ce n'était pas parce que le temple était diminué que les démons étaient plus calmes à la capitale après tout.

Les petits shidi aimaient bien que leur Da-Shixiong soit davantage là.

Petit à petit, il était aussi plus calme et plus patient. Comme si ne plus devoir aller sur le terrain pour tuer des démons n'excitait plus la frénésie nerveuse qui avait toujours manqué d'exploser chez lui. Les petit shidi aussi bien que les juniors faisaient bien attention aussi à ne pas le fatiguer. Même s'il n'en disait rien, ils avaient tous entendu leur Da-Shixiong pleurer de douleur et de colère de se sentir diminué. Les enfants étaient contents qu'il ait un copain pour l'aider et le soutenir. Il guérissait bien sûr, mais c'était long. Les juniors l'avaient soufflé aux petits shidi. Un cultivateur moins fort que leur da-Shixiong serait mort à sa place. Il avait eu de la chance même si les grands doutaient qu'il retournerait un jour sur le terrain pour chasser. Pas avec un fémur et le pelvis pulvérisés.

Au bout de six mois, leur da-Shixiong avait perdu officiellement son statut de premier disciple et l'avait échangé avec celui de maitre des disciples. Pour les petits shidi, la différence étaient faible.

Boya, même s'il l'avait caché de son mieux, en avait été affreusement peiné et humilié même s'il espérait que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne retrouve son poste.

Les petits shidi lui avaient fait un gros gros câlin pour lui remonter le moral quand ils l'avaient trouvé dans les jardins à pleurer dans les bras de son amoureux. Les petits shidi avaient fini par comprendre que leur da-Shixiong...non. Boya n'était plus leur da-Shixiong maintenant. Les petits shidi avaient fini par comprendre que Boya-Daren et QingMing-Daren étaient amoureux et qu'ils se faisaient des câlins et comme une maman et un papa. Avant que l'un d'eux ne pose la question, les shishen de QingMing Daren leur avait fait la leçon. Non, ils ne feraient pas de bébé même s'ils s'entrainaient très fort à jouer au papa et à la maman.

Les petits avaient été très, très déçus. Mais qu'à cela ne tienne !

Impossible n'était pas shidi.

Ils étaient pleins et eux, des parents, ils n'en avaient plus un seul. Même à eut tous. Donc ils avaient apointés sans leur dire les deux grands comme leurs parents. Après tout et au grand soulagement des anciens et des maitres débordés par la situation de la secte, les deux hommes avaient plus ou moins prit à l'heure charge l'intégralité des moins de quatorze ans. Ça faisait du monde bien sûr, mais entre gens de bonne compagnie et avec un peu d'intelligence, personne ne voyait pourquoi il y aurait un problème.

A part peut-être, encore, les anciens, lorsqu'ils avaient enfin eu le temps de respirer et de s'occuper d'un peu autre chose que d'empêcher la secte de s'écrouler.

La première fois qu'un ancien avait donné un ordre stupide à un junior, le dis junior était allé voir Boya Daren pour lui demander ce qu'il devait faire.

Boya Daren avait calmement expliqué au vieux débris de s'occuper de ses fesses et que s'il avait une course à faire, il pouvait la faire lui-même ou demander à un serviteur, c'était pour ça qu'ils en avaient. Un junior avait autre chose à faire qu'aller courir à la capitale pendant une session d'entrainement à l'arc pour lui rapporter les zhong yi qu'il avait oublié dans un bordel. De toute façon, on n'envoyait pas un enfant de douze ans dans un bordel.

La seconde fois qu'un ancien avait cru bon de donner un ordre, pas forcément stupide cette fois, le junior concerné était venu demander à Boya Daren ce qu'il devait faire. Encore une fois, Boya Daren avait cordialement invité l'ancien à une contorsion anatomiquement aléatoire mais en tout cas fascinante, de ficher la paix à ses petits, et d'arrêter de vouloir envoyer un enfant effectuer le travail de quatre hommes adultes. NON, ils n'allaient pas envoyer un gosse de quatorze ans seul contre une araignée démon et son nid ! Mais qu'est ce qui n'allait pas dans leur tête à ces anciens ?

La troisième fois, c'était un shidi qui était arrivé en pleurs pour se jeter dans les bras de "mama" parce qu'un maitre avait décidé qu'il serait parfait pour servir d'appât contre des Noyeurs sur le bord de mer. Boya avait été moins cordial. Il avait posé le petit dans les bras de QingMing pour qu'il le console, était allé prendre un arc d'entrainement et avait plombé le cul du maitre avec des flèches sans tête.

La semaine que le crétin avait passé à l'infirmerie sur le ventre pendant que des guérisseurs hilares lui retiraient régulièrement des échardes des fesses avait calmé tout le monde.

Boya avait été un peu grondé par les anciens mais QingMing avait fait calmement remarquer qu'ils ne pouvaient pas faire de lui le responsable des enfants puis le punir pour ça. Sans compter que s'il n'avait pas marché sur les trois idiots, ils auraient probablement eu des morts parmi les plus jeunes. Quelle secte se servait d'appâts humains pour traquer leurs proies ?

Le regard jaune du demi-démon était glacial. Sans doute parce qu'il avait lui-même été utilisé

comme appât quand il était petit.

Le couple s'était retiré dignement, Boya appuyé au bras de son ami pour ne pas boiter comme l'infirme qu'il refusait d'être. Il guérissait. Il lui fallait du temps. Juste du temps. Les jeunes disciples s'étaient rués dans leurs jambes, inquiets.

Les petits shidi avaient demandés pardon parce qu'ils avaient été grondés par leur faute.

Les deux adultes les avaient rassurés. Ils n'avaient rien fait de mal.

Et la vie avait repris son court.

Des juniors étaient devenus des séniors, des petits shidi étaient devenu des juniors et de nouveaux petits shidi étaient arrivés. Très vite, leurs ainés leurs avaient appris les ficelles. QingMing Daren et Boya Daren s'occupaient d'eux. Ils pouvaient leur faire une confiance aveugle.

Il y avait le da-Shixiong qui s'occupait du temple en général et surtout des chasses sous les ordres du chef de secte qu'ils ne voyaient que rarement. Il était surtout au palais auprès de l'empereur tout neuf.

Dans les choses importantes, il y avait aussi les anciens qu'il ne fallait pas écouter et les maitres qu'il fallait parfois écouter. En général de toute façon, plus c'était vieux et moins ça s'écoutait. Quand un vieux disait quelque chose, il fallait aller demander à Baba et Mama si c'était valide ou pas. La plus part du temps, ça ne l'était pas. Dans ce cas, Mama s'occupait de tout.

Les nouveaux petits shidi avaient bien apprit leur leçon. Timides au début, ils s'étaient très vite habitués à leur nouvel environnement. Ça changeait de la rue ou de l'orphelinat. Ils avaient à manger, ils avaient chaud et ils avaient des adultes qui s'occupaient d'eux. Il n'avait pas fallu plus de quelques semaines pour qu'ils soient assez bien intégrés pour être aussi impudents et implacables que la fournée précédente.

"- Dit monsieur ? Pourquoi tu as des ailes ?

"- Dis monsieur ? Pourquoi tu as des fleurs sur la figure ?"

"- Dis monsieur ? Pourquoi tu es tout chaud ?"

"- Dis, dis, diis !"

C'était sans fin et Boya comme QingMing gardaient leur calme avec un tranquille assurance que n'avaient pas forcément les shishen du demi-renard.

"- Les enfants. Laissez les shishen de QingMing Daren tranquille." Il n'en fallut pas plus pour que les shidi se ruent dans les jambes encore instables de leur adulte préféré.

C'était toujours bien avec lui. Il était patient et s'il souriait peu, tous les petits savaient qu'il les protègerait de son mieux. Boya laissa sa petite troupe infantile allez s'installer dans le jardin pour commencer une séance de méditation. La majorité n'aimait pas ça. Ils étaient trop jeunes. A leur âge, ils voulaient courir partout en hurlant, ils voulaient jouer et se dépenser. Mais c'était l'heure d'apprendre alors ils soupiraient et obéissaient à Mama.

Baba viendrait les chercher ensuite pour leur apprendre à lire et à écrire.

Les petit shidi aimaient leur nouvelle routine. Ils pouvaient comprendre que les juniors les plus jeunes les regardent avec tristesse et un peu de jalousie. Ils étaient bien à l'abri dans les robes de leurs maitres.

Boya ne boitait presque plus lorsque la neige commença à tomber pour la seconde fois après la chasse qui l'avait cloué au lit pendant des semaines. Il ne retrouverait jamais sa forme d'avant. Il l'avait accepté maintenant. Il ne tuerait plus de démon à part pour se défendre mais sa secte lui avait donné un autre travail tout aussi important. Il s'occupait des plus jeunes et des juniors avec le même dévouement qu'il en avait mis à nettoyer les rues de la capitale.

Les petits shidi reçurent leurs robes d'hiver avec fascination. Pour la première fois, ils allaient passer un hiver sans avoir froid. Boya et QingMing passèrent un long moment à leur apprendre les sigils sur leurs tenues de disciple et comment les activer quand ils avaient froid. Mais pour ça, il fallait au moins qu'ils parviennent à faire un peu circuler leur qi dans leurs méridiens. C'était quelque chose que la secte du yin yang apprenait très jeune à ses shidi et c'était quelque chose que Qing Ming s'était sentit libre d'offrir à JingYun. Ce n'était pas une arme, ce n'était que du confort. Comme les sigils qui rendaient imperméables les bottes ou ceux qui repoussaient les taches sur les vêtements.

Au printemps suivant, les petits shidi furent tout excités de savoir qu'ils allaient enfin sortir du temple pour la première fois depuis leur arrivée. Ils allaient pouvoir assister à un festival ! La plupart d'entre eux n'étaient pas originaires de la capitale alors leurs maitres avaient insisté auprès des anciens pour qu'ils puissent les emmener au moins une fois.

Le trajet s'était fait en chariot. Boya Daren avait grimacé jusqu'à ce que Qing Ming Daren l'assoie sur ses genoux pour faire coussin. Boya Daren avait un peu protesté mais avait fini par poser sa joue sur son épaule. Les petits shidi adoraient leurs maitres alors ils se pliaient toujours en quatre pour qu'ils soient content d'eux. Lorsqu'ils étaient descendus du chariot, la trentaine d'enfants s'étaient mis en rang derrière leurs maitres. Les deux plus petits leur avait donné la main puis à ceux un peu plus grand jusqu'aux plus grands qui avaient donnés la main à m'sieur Hound et m'sieur Painter,

M'sieur Stone restait à l'avant pour les guider parce qu'il connaissait la ville comme sa poche d'après mama. Les gens avaient reconnu sans mal les vêtements noirs de leur mama aussi bien que les vêtements blancs de leur baba.

Ils leurs souriaient et s'écartaient devant eux.

Les petits avaient fait un premier arrêt devant une statue toute neuve avant d'aller au marché du festival de printemps.

Boya Daren et QingMing Daren avaient versé du vin de riz sur les serres de la statue de Zhuque puis avaient planté de l'encens dans la boite de sable devant la statue. Tous les shidi avaient voulu faire la même chose pour remercier de dieu-gardien. Ils connaissaient tous l'histoire de la rencontre des deux adultes et trouvaient ça fascinant.

Une fois Zhuque remercié, ils avaient repris leur balade, bien rangés et bien polis comme des gentils petits shidi sous les regards amusés de la population locale.

Le festival avait été une découverte aussi bien pour les shidi que pour QingMing Daren qui s'était fait un peu houspillé par Boya Daren lorsqu'il avait voulu gouter à peu près tout ce qui lui tombait sous la main.

Les shidi avaient gloussés de voir un adulte faire plus de bêtises qu'eux.

"- Baba ! On peut avoir des gâteaux nous aussi ?"

Boya avait foudroyé QingMing Daren du regard. Voila ! ll avait tout gagné ! Les gosses allaient être insupportables maintenant.

QingMing avait fait le gros dos en souriant. Il avait offert son bras à Boya qui commençait à fatiguer de marcher avec sa canne.

"- Demandez à votre mère." Les petits s'étaient immédiatement tournés vers Boya.

"- Mama, on peut avoir des gâteaux ?" L'ancien tueur de démon ne les avait pas repris.

"- ça se règlera ce soir." Avait-il murmuré à QingMing dont les yeux avaient brillés.

"- Avec plaisir."

Les petits shidi savaient ce que ça voulait dire. Leur mama avait beau faire les gros yeux, ils eurent tous un gâteau dans les mains dès qu'ils croisèrent un marchand ambulant. Mad Painter s'était penché à l'oreille de Snow Hound.

"- Je ne crois pas que c'était ce que Zhong Xing avait à l'esprit dans il parlait pour QingMing de changer le monde."

Le tengu avait souri.

"- Ho, le monde se change à partir de sa base, tu sais. La base, ils l'ont dans le creux de leur main."

Les bambins s'étaient accrochés aux robes de QingMing et aux mains de Boya, excités comme tout de pouvoir s'arrêter regarder des marionnettes comme des enfants normaux. Comme si, pour une fois, ils n'apprenaient pas à tuer des démons plus tard.

Qing Ming passa un bras autour de la taille de Boya qui s'appuya sur lui. Son bassin avait fini par guérir mais son fémur restait au-delà de tout espoir de récupération. Il boiterait à vie et ne pourrait plus jamais courir. La chasse était bel et bien un passé enfuit qu'il ne reverrait jamais.

"- Boya ?"

"- Mm ?"

"- ça va ?

"- Mm."

Boya avait troqué son épée pour des rouleaux de cours. S'il l'avait regretté amèrement les premiers mois, il s'y était fait.

"- Mama ! Baba ! Vous avez vu ? C'est vous !"

Les deux prêtres cessèrent de se regarder dans le blanc de l'œil avec amour pour s'intéresser à la pièce de marionnettes. C'étaient eux en effet. Il y avait même Mad Painter, Snow Hound et Killing Stone. Il y avait Boya avec les ailes de Zhuque. Il y avait la princesse et He Shouyue.

Quiconque avait préparé cette pièce avait dû assister à la chute du serpent de prêt.

"- Effectivement. C'est nous."

Les trois shishen s'étaient rapprochés pour mieux voir.

Plusieurs des plus jeunes fondirent en larmes lorsque la marionnette de Mad Painter se sacrifia pour protéger son maitre. Il fallut que les deux prêtres les consolent avant de leur rappeler que Mad Painter était avec eux. Les petits s'accrochèrent aux mains du shishen et refusèrent de le lâcher jusqu'à la fin de la pièce.

Un bras passé dans le dos de Boya, QingMing haussa un sourcil. Il n'avait pas regretté une seconde d'avoir été chassé du Bureau depuis qu'il s'était installé à JingYun. Et pas uniquement parce qu'il avait pu s'occuper de Boya après la chasse désastreuse qui avait failli le tuer.

"- Les enfants, on continue ?"

"- Oui Mama !"

Les petits shidi reprirent leurs rangs avec une docilité de petit disciple bien élevé et la petite troupe reprit sa lente progression au sein du festival.

Les choses avaient commencé sans que quiconque ne s'en rende compte. Comme souvent, ça avait été une succession de petits événements, d'infimes épiphanies invisibles et silencieuses qui s'étaient accumulées sans que personne ne s'en rende compte.

Par personne, il fallait entendre "les adultes" qui n'étaient ni leur baba, ni leur mama. C'était un peu idiot les adultes, tous les shidi en convenaient. Ils angoissaient tous davantage de devenir des adultes parce qu'ils deviendraient tous idiots que parce qu'ils risqueraient quotidiennement leur vie pour sauver celle des autres

Mais tous les petits shidi étaient content.

Maintenant, ils avaient des adultes pas trop idiots pour prendre soin d'eux.