Pour mon retard j'accuse la flemme... voilà XD
Rappel : $Fourchelang$
Chapitre 16 : … et quelques révélations
— $Une double négation!$ s'exclama le Survivant.
Tom releva la tête de son recueil de contes russes pour jeter un regard intrigué à Harry. Celui-ci reposa son livre sur l'herbe fraîche et rendit son regard à Tom.
— $Oui, je crois qu'il y a une double négation. Toi, cela ne t'a pas intrigué le ton employé par les Plus sombres secrets de la magie noire ? Ce manuel est clairement adressé aux pratiquants des forces du mal et pourtant, il y a un avis très réservé sur la création d'Horcruxe. Mais tuer n'est pas ce qui effraie les pratiquants des forces du mal et il existe de terribles sortilèges reposant sur la puissance du sacrifice.$
Tom fronça des sourcils. Encore une fois, ils s'étaient retrouvés au bord du lac pour profiter des rares journées ensoleillées. Et encore une fois, Harry étudiait un ténébreux ouvrage qu'il avait camouflé d'un sortilège en manuel de potion afin de le lire aux regards de tous. Le sort utilisé était, à sa connaissance, une invention de Coeur-de-Glace et Tom se demandait comment il avait pu l'apprendre.
— $La puissance du sacrifice?$ releva Tom.
— $Oui. Les auteurs divergent à ce sujet, mais une chose est sûre : le sacrifice fournit une formidable énergie qui alimente des magies bien plus puissantes. Par convention, on distingue l'Ancienne Magie de la Magie Noire par le sens de transfert de l'énergie alors libéré : le sacrifice de soi au profit d'autrui ou bien l'inverse.$
— $Je croyais que l'Ancienne Magie était plus…$
Tom songea d'abord au mot « niaise », mais préféra le formuler autrement.
— $Morale$
Oui, ça sonnait mieux.
— $Elle fait appel au bien et à l'amour. La Magie Noire est plus…$
Intéressante ?
— $Facile. Elle fait appel au mal et à la haine$.
— $Eh bien, oui, en un sens. Mais le bien, le mal… ce sont des notions bien subjectives. Parfois ce que l'on fait est bien pour certains, mal pour d'autres. Rares sont ceux qui agissent délibérément pour le mal et parfois les pires choses ont pu être faites par des idéalistes qui croyaient faire le bien. C'est pourquoi, plutôt que de parler de bien et de mal, il est préférable de choisir un critère plus objectif afin de distinguer Magie Noire et Ancienne Magie : le sens du transfert de la puissance issue du sacrifice. Quant à l'amour et à la haine... Généralement, lorsque l'on se sacrifie pour le profit d'autrui, on est motivé par l'amour et inversement.$
— $D'accord… mais quel lien avec les Horcruxes ? Leur réalisation demande le sacrifice d'autrui pour le profit de soi, pour l'immortalité. C'est donc de la Magie Noire et ce n'est pas une découverte.$
La logique échappait complètement à Tom.
— $Je crois que la réalité est plus complexe. Il existe d'autres méthodes de prolonger sa vie. Selon la légende, le Maître des Corbeaux – le Rabenmeister – par exemple, tenait la mort à distance en échangeant chaque année sa vie contre celle de l'un de ses apprentis. Un autre mage noir aurait eu pour habitude de voler l'énergie vitale des gens en chantant.$
— En chantant ? répéta Tom pour le moins surpris.
Il s'attira les regards étonnés de Ron et Hermione qui révisaient pour leur examen de transplanage. Comme aucune explication ne venait, ils reprirent leur activité avec résignation.
— $Oui, en chantant. Mais ce n'était pas un magicien très sain d'esprit d'après ce que j'ai cru comprendre$.
Pour être un mélange de mage noir et d'acteur de comédie musicale, effectivement !
— $En revanche$, reprit Harry, $réaliser un Horcruxe nécessite également de briser sa propre âme. Plus encore, il semblerait qu'il faille affronter une entité que certains identifient comme étant la mort et… en vérité, je dois avouer que le sujet me laisse assez dubitatif. C'est comme si les Horcruxes avaient une autre fonction et que l'immortalité n'en était pas la finalité. Et pourquoi cette double négation ? Pourquoi un ouvrage de magie noire cherche à décourager des pratiquants des Arts Sombres?$
— $Je ne crois pas que de dire « c'est mal » les découragent, bien au contraire$, nuança Tom. $Le goût de l'interdit fait partie du charme de la Magie Noire.$
— $Peut-être$, admit Harry avec réticence. $Mais reste que Voldemort est parvenu à réaliser sept Horcruxes. Un tel exploit n'avait pas été réalisé depuis plus de mille ans, à l'époque du premier Alchimiste des Ombres. Et figure-toi que cet exploit a été réalisé par un guerrier assez mystérieux que l'on retrouve sous le nom d'Orion Peverell et qu'il aurait vaincu le premier Alchimiste…$
Ok, Tom sentait que la conversation s'engageait sur une pente dangereuse.
— $Harry, tu n'as tout de même pas l'intention de créer un Horcruxe pour lutter contre Voldemort?$
Il y eut un silence. Harry paraissait réellement surpris par une telle question et la balaya d'un simple geste de la main.
— $Non, bien sûr que non. Un tel acte demeure violent. Cependant, je ne peux m'empêcher de noter certaines similitudes. Voldemort a lui-même défait un Alchimiste. Et... je ne sais pas. Il y a quelque chose qui se joue autour de lui. C'est comme si… Oh, je n'arrive pas à savoir ! Mais il agit bizarrement ces derniers temps. La prise de pouvoir n'est plus vraiment dans ses objectifs. Je crois qu'il enquête… Qu'il cherche à comprendre quelque chose… ou bien… Ça paraît fou, mais parfois ses attitudes me laissent l'impression qu'il s'apprête à tirer sa référence.$
— $Harry, on dirait que tu t'inquiètes pour lui$, releva Tom avec nervosité.
Il devenait clair que Harry souffrait du complexe du héros et qu'il se sentait pour mission de sauver le monde. Certes, une prophétie et Dumbledore le prédestinait précisément à sauver le monde. Mais sauver Voldemort, vraiment ? Son double terrifiant l'écrasait par son ombre, si imposante et omniprésente. Quoiqu'il fît à l'avenir, prise de pouvoir par la force ou non, Tom serait constamment comparé à Voldemort. Et ça, ça l'étouffait. Et rien que pour ça, il voulait que son double disparût au plus vite.
— $Non, bien sûr$, répondit Harry, $ça serait aberrant. Voldemort est le monstre qui a tué mes parents.$
Tom eut la désagréable impression que Harry cherchait à se convaincre lui-même.
— $Harry, toi et Voldemort vous êtes profondément liés. Tu es porteur de l'un de ses Horcruxes et il a utilisé ton sang pour retrouver un corps. Ce lien pourrait provoquer je ne sais pas… un attachement contre-nature par exemple. Peut-être aussi que c'est à force de voir des scènes à travers ses yeux… ou peut-être que c'est à force de parler avec lui.$
Harry cilla.
— $Je ne sais pas comment tu t'y es pris, mais je suis certain que tu as trouvé un moyen de communiquer avec Voldemort.$
Harry savait trop de chose qu'il n'aurait pas dû savoir, avait eu trop de raisonnement qu'il n'aurait pas dû avoir.
— $Ron et Hermione sont vaguement au courant. Ne cherche pas à en savoir plus.$
Le ton de Harry s'était fait glacial. Avec le sifflant du Fourchelang, cela devenait troublant. Cela lui rappelait Voldemort.
— $Pourquoi?$ demanda Tom sur la défensive. $Je n'aime pas ça ! C'est extrêmement dangereux ! Voldemort…$
— $Non.$
— $Et c'est quoi cette manie de garder des secrets ?$ s'emporta Tom. $Dumbledore, Voldemort, toi… qu'est-ce qui vous prends à tous ? Sans parler de Vector qui cache des éléments importants à Hart sur sa mère… pourquoi vous ne pouvez simplement pas parler et communiquer ? Faut-il que par une telle rétention d'information vous appréciez d'avoir un tel ascendant sur nous ? C'est quoi cette manie ? Harry, ne me mens pas ! Tu en sais plus sur moi que tu ne veux me le dire. Pourquoi je suis là, pourquoi je porte la Claviculae… et peut-être même que tu en sais plus sur Emily Maitland ! Je sais que le réseau d'espion, avec tous tes sympathisants, ici mais aussi en dehors de l'enceinte de Poudlard, devient chaque jour de plus en plus efficace. Alors tu dois avoir des réponses… pourquoi me les caches-tu ? Pourquoi ? Tu sais à quel point je déteste être tenu dans l'ignorance ! Tu crains peut-être que Grindelwald puisse encore avoir accès à mon esprit, mais il n'y a pas que ça !$
Tom s'aperçut que sous l'effet de l'émotion, il s'était levé et fixé Harry, toujours allongé dans l'herbe, d'un regard furieux. Ron et Hermione avaient arrêté leur révision pour le dévisager avec surprise. Mais aussi avec inquiétude. Submergé par la soudaineté de la colère, Tom n'avait pas pris garde à son attitude en cet instant, il avait certainement dû reprendre une gestuelle à la Voldemort. Penaud et pestant contre lui-même, il se rassit, marmonnant un vague :
— Désolé.
Harry soupira.
— $Tu n'as pas à être désolé. Il est normal de concevoir de la rancœur d'être ainsi tenu dans l'ignorance$
Et de l'énervement d'être face à quelqu'un qui a toujours réponse à tout ?
— $Le problème ne vient pas de toi, mais de Dumbledore, de Vector, de Voldemort et de moi. Il y a certaines choses qui sont difficiles à dire.$
Harry se tut et n'en dirait pas plus. Par la suite, il se montra même plus distant avec Tom, comme s'il craignait d'en avoir déjà trop dit. Ce qui ne fit qu'accroître l'agacement de Tom. Il vit l'arrivée examen de Transplanage d'un œil maussade, frustré de ne pouvoir y participer. Savoir que Harry, également trop jeune, partageait ce sentiment, ne le consolait guère. Lui au moins avait pu participer aux leçons.
Profitant d'un ciel bleu éclatant (comme cela devenait une habitude tenace en ce printemps décidément bien clément), ils s'étaient installés dans un coin de cours ensoleillé au retour du déjeuner. Hermione et Ron révisaient les derniers détails du transplanage, tous deux hautement angoissés. L'examen se tenait en effet l'après-midi même et un rien suffisait à les faire sursauter, telle l'apparition d'une fille à l'angle du mur. Ron tenta de se cacher derrière Hermione.
— Ce n'est pas Lavande, le rassura Hermione d'un ton las.
— Ah, bon, dit Ron plus calme.
— Harry Potter ?
La deuxième année semblait tout impressionnée de se retrouver face à la célébrité de Poudlard.
— Je dois te donner ça.
— Merci...
Harry s'empressa de déplier le mot. Tom comprenait sa nervosité : aurait-il enfin l'occasion de parler à Dumbledore de tout ce qu'ils avaient appris ? Et surtout, Dumbledore pourrait-il s'expliquer sur quelques menus détails, comme leur nature d'Horcruxe ? L'excitation laissa place à l'étonnement, à la déception puis à l'incrédulité sur le visage de Harry qui leur tendit le mot.
— C'est un malade mental ! s'exclama Ron furieux. Cette chose a dit à toute sa famille qu'ils pouvaient nous dévorer, Harry et moi ! Il les a invités à se servir ! Et maintenant Hagrid voudrait qu'on aille pleurer sur son abominable cadavre velu !
— Qui est Aragog ? demanda Tom qui n'était pas sûr de saisir toute l'affaire.
On lui expliqua rapidement que durant leur deuxième année, alors qu'ils enquêtaient sur le terrible monstre de la Chambre des Secrets (Tom éprouvait à chaque fois un pincement au cœur en repensant au basilic transpercé par l'épée de Gryffondor), Hagrid leur avait conseillé de suivre les araignées qui s'enfuyaient vers la Forêt Interdite. Là, ils avaient découvert un nid d'acromentules.
— De toute façon, conclut Hermione, tu as autre chose à faire que d'aller à cet enterrement. Nous ne savons toujours pas où se trouve Avalon...
— Nous avons déjà remué la bibliothèque de fond en comble, soupira Harry. Rien, absolument rien. Ce n'est même plus de la chance, mais un miracle qu'il nous faudrait.
— De la chance, répéta soudain Ron. Harry, voilà la solution… Arrangez-vous pour avoir de la chance.
— Que veux-tu dire ?
Le regard du rouquin tomba sur Tom. Bien sûr, il pensait au Felix Felicis. Il eut une moue sceptique. L'image du petit flacon doré avait flotté dans un coin de sa tête pendant un certain temps. De vagues plans informulés concernant l'idée folle de retrouver Emily Maitland. Elle n'était pas morte, il le savait. Du plus profond de sa magie, il le ressentait. Il avait l'intuition qu'il était appelé à la revoir. Il imaginait leurs retrouvailles, chassant l'idée désagréable qu'elle avait bien plus vieillie que lui depuis leur séparation. L'intuition...
— Tom ? Tu es toujours là ? demanda Hermione en scrutant son visage.
— Que… quoi… ? Je… dit-il en reprenant ses esprits. J'ai une meilleure idée. C'est une intuition… Vous vous souvenez de ce que j'ai dit au sujet de la magie qui guide les sorginek lorsqu'ils savent l'écouter ? Je ne suis pas vraiment sorgin, même si je m'en rapproche. La magie… Je préfère dire le Nisir, m'a aidé lorsque j'ai combattu Voldemort. Je sais qu'il existe des procédures de méditation pour s'immerger dans le Nisir et se laissait guider. Je pourrais peut-être essayer ? Peut-être que le Nisir me dictera la conduite à suivre ?
— Ce n'est pas un peu dangereux ? S'inquiéta Hermione. Être trop proche du Nisir…
— Je passe par la voie du calme, lui assura Tom avec confiance.
— D'ailleurs pourquoi par la voie calme ? s'étonna Ron. Je veux dire… enfin…
Les longs doigts fins de Tom s'entortillèrent autour de brindilles.
— Tu veux dire, pourquoi moi, le double de Voldemort, j'ai choisi de tourner le dos à la voie la plus facile et la plus puissante au premier abord ?
Ron opina alors que Tom lui jetait un regard cuisant. Il détestait chaque rappel de l'ombre toujours pesante de son double.
— J'ai choisi la méthode la plus noble. Pour un sorcier commun, il est pratiquement impossible à parvenir à une réelle magie sans baguette en passant par l'écoute du Nisir plutôt que par l'utilisation de ses pulsions les plus instinctives. Mais…
Tom désigna un caillou du bout du doigt qui s'éleva doucement.
— Je ne suis pas n'importe qui.
Et il afficha un sourire goguenard qui fit lever les yeux au ciel à Hermione et se renfrogner Ron. Quant à Harry… il se contenta d'un léger froncement de sourcil. En vérité, il semblait ailleurs, comme absorbé par d'autres pensées. Ces absences d'esprit de plus en plus fréquentes commençaient à inquiéter Tom, mais lorsqu'il chercha à interroger Harry à ce sujet, celui-ci lui répondit :
— $Il est temps d'aller en cours.$
Cet après-midi-là, ils ne furent que quatre à se rendre en cours de potions : Tom, Harry, MacMillan et Malefoy.
— Vous êtes trop jeunes pour transplaner dit Slughorn d'une voix cordiale. Vous n'avez pas encore dix-sept ans ?
Dans sa bonne humeur, Slughorn suggéra de réaliser des potions divertissantes. Tom s'exécuta sans grande conviction, l'esprit occupé par ce qu'il s'apprêtait à faire le soir même. C'était très difficile pour un sorcier, même aussi proche d'un sorgin comme l'était Tom, de s'immerger dans le Nisir. Mais il avait l'intime conviction que c'était la seule chose à faire.
Lors du dîner, il n'écouta que d'une oreille très discrète, Harry, Ron et Hermione qui insultaient copieusement l'examinateur pour avoir refusé son permis à Ron sous le prétexte d'un demi-sourcil oublié derrière lui. La nervosité devenait de plus en plus grande à mesure que l'instant fatidique approchait. Et s'il échouait ? Et s'il s'était montré trop optimiste quant à ses propres capacités ? Tom tenta, en vain de chasser ses doutes alors qu'ils remontaient vers les quartiers des Gryffondor. Le soleil descendait alors doucement sur la cime des arbres de la Forêt Interdite et repeignait en rouge sang l'horizon. Après avoir soigneusement vérifié que Neville, Dean et Seamus se trouvaient dans la salle commune, ils montèrent à pas feutrés dans le dortoir des garçons.
Tom s'assit en tailleur. Il s'efforça dans un premier temps de faire le vide dans son esprit. De ne plus songer à rien d'autre que le néant. Petit à petit, sa conscience s'égara sur son cœur qui battait, sur le Nisir qui vibrait et qui l'enveloppait. Il le laissa, doucement au début, de plus en plus vite ensuite, couler en lui, l'imprégner tout entier, la moindre de ses fibres musculaires, ses plus petits nerfs. Ils s'accordèrent, lui, le Nisir, deux êtres se fondant pour ne plus en former qu'un.
Lentement mais sûrement, il éprouva la sensation enivrante qu'un nombre infini de possibilités lui étaient offertes, comme s'il pouvait tout faire, absolument tout, à condition d'écouter le Nisir qui l'enveloppait, aimant et protecteur. Le Nisir lui offrait une présence chaleureuse qui chantonnait des conseils à son oreille d'une voix rassurante.
Débordant de confiance en lui-même, il se leva avec un grand sourire.
— Bon, Harry, attrape ta cape. Nous allons voir Hagrid.
— Quoi ? S'écrièrent ses complices effarés.
Tom ne s'en formalisa pas, se contentant de hausser des épaules.
— Telle est la volonté du Nisir.
Ne laissant pas le temps à Hermione et Ron de protester, Harry attrapa sa cape et ils s'éloignèrent d'un pas rapide. Franchir le trou du portrait ne fut pas difficile. Lorsqu'ils s'en approchèrent, Ginny et Dean entrèrent l'un derrière l'autre et ne tardèrent pas à se disputer, à la grande satisfaction de Harry.
Tom ne savait pas précisément comment il trouverait une piste sur Avalon. Le Nisir ne le guidait que pas à pas, par de petites étapes. Pour l'instant, il savait qu'il devait se rendre à la cabane de Hagrid pour l'enterrement d'Aragog. Arrivé devant la cabane, Tom eut un instant d'hésitation. Il comprit alors que lui-même ne devait pas se montrer à Hagrid (qui ne l'avait jamais apprécié, Tom Riddle ayant provoqué son expulsion de Poudlard), mais que c'était à Harry qu'incombait cette tâche. Harry leva un sourcil intrigué, mais ne protesta pas lorsque Tom sortit de la cape et se désillusionna.
— Tu es venu, dit Hagrid, la voix rauque, lorsqu'il ouvrit la porte et vit Harry émerger de la cape d'invisibilité.
— Oui, mais Ron et Hermione n'ont pas pu, répondit Harry. Ils sont vraiment désolés.
— Ce... ce n'est pas grave... Il aurait été très touché que tu sois là, Harry...
Hagrid fut secoué d'un gros sanglot. Discrètement, Tom s'écarta de la cabane et, toujours guidé par le Nisir, il se rendit derrière le potager aux citrouilles où se trouvait déjà le trou. La lune projetait une lueur pâle à travers les arbres et ses rayons, mêlés à la lumière que diffusait la fenêtre de Hagrid, illuminait le corps d'Aragog, étendu au bord d'une vaste fosse, à côté d'un tas de terre fraîche, de trois mètres de haut.
Assis sur les racines d'un aulne, Tom attendit en silence que la créature fut mise en terre. Le discours d'adieu de Hagrid fut pathétique, mais à quoi pouvait-on s'attendre de ce gros balourd ? Sentant soudain le Nisir s'éloigner, Tom s'efforça de faire le vide dans son esprit, de chasser toutes pensées parasites afin de laisser le Nisir décider seul de ses actes. Harry et Hagrid rentraient, un air solennel un peu forcé figé sur le visage du Survivant, lorsqu'une improbable créature apparut sous les branchages d'un saule tout proche. Très grande et dotés de huit pattes velues, elle ressemblait à s'y méprendre au cadavre qui venait d'être enterré. À un détail près. Cette acromentule-ci, diaphane pour ne pas dire spectrale, luisait d'une intense lueur sélénite. Fixant Tom de sa multitude d'yeux argentés, elle prit la parole dans un souffle filandreux.
— Merci.
Mû par une impulsion, Tom opina.
— Merci de ne pas avoir laissé Hagrid seul, reprit ce que Tom devinait être l'esprit d'Aragog, et de lui avoir amené un ami pour supporter cette épreuve.
— J'ai fait ce qu'il me semblait juste, répondit Tom sans ressentir la moindre crainte.
Il n'y avait pas de danger, il – ou plutôt le Nisir – en avait la certitude.
— Tu lui ressembles, ajouta Aragog. À ce garçon qui m'a jeté dehors.
— Je ne suis pas Tom Riddle et encore moins Voldemort, claqua Tom Temple agacé.
L'Acromentule spectrale se balança quelques instants sur ses pattes, agitant ses petits crochets couverts d'un venin fantôme d'un air hésitant.
— Tu as raison, trancha finalement l'ancien patriarche. Jamais Riddle ne se serait préoccupé de la tristesse de Hagrid ni de qui que ce soit…
Les yeux luisants de la créature accrochèrent soudain le reflet opalescent du pendentif de Tom.
— La Claviculæ, murmura Aragog dans un souffle.
— Qu'est-ce ? demanda Tom.
— Tu ne le sais pas ? Tu l'ignores encore ? Pourtant, elle t'a choisi comme porteur. Je le vois, je le sens à présent... La Claviculæ t'appartient désormais, elle et son redoutable pouvoir… disparu depuis si longtemps pourtant la voici à présent.
— Elle a aussi appartenu à Grindelwald, rappela Tom.
— Non !
La voix chitineuse avait sifflé, tranchante, dans l'atmosphère encore fraîche de cette nuit claire et printanière. Le Nisir murmura à Tom de se taire.
— Grindelwald a tenté de le porter, de le contrôler en le souillant de son âme infecte, mais c'est toi, toi et nul autre que le Sort a choisi ! C'est toi et toi seul que le sort a déclaré digne de posséder son effrayant pouvoir. Grindelwald ne peut rien contre cela. Nul ne peut s'opposer au Sort et encore moins, nul ne peut la dominer, comme Grindelwald l'avait tenté dans son abject projet. Et si le Sort t'a choisi... Alors... Oui. De grandes choses t'attendent. Les Trois seront bientôt de retour.
— Qui ça, les Trois ?
Mais le fantôme arachnéen ignora sa question.
— De grands dangers aussi.
Sa voix se faisait plus distante.
— Avalon sera bientôt ouvert et les Trois… oui le Trois…
Et Aragog disparut.
Tom cilla et, sous la frustration, manqua rompre le contact avec le Nisir. Il le renoua juste à temps. Pour l'instant, Harry sortait de la cabane de Hagrid et le Nisir lui enjoignait de le suivre.
— Et maintenant ? demanda Harry alors qu'il le rejoignait sous la cape d'invisibilité qui lui paraissait plus chaleureuse que de coutume.
— On rentre…
Ils gardèrent le plus grand silence sur le chemin, redoutant à tout instant d'être repéré. La chaleur de la cape devenait de plus en plus étouffante. La brûlure s'immisçait à présent dans ses veines. Mû par une impulsion, Tom décida de faire un détour par le couloir du deuxième étage. Il se figea, soudain frappé par l'horrible sentiment de trahison. Ses jambes eurent la tentation de trembler. Devant lui se trouvait Dumbledore ! Vêtu d'une robe pourpre aussi farfelue que possible, le vieux directeur de Poudlard, fixait le vide où se trouvaient les deux Gryffondor dissimulés par la cape d'invisibilité.
— Professeur, dit Harry d'un ton glacial en ôtant le capuchon.
Mais Dumbledore n'avait d'yeux que pour Tom qui découvrit avec étonnement une lueur d'inquiétude dans son regard azuréen.
— Tom… Par la baguette de Circé, romps tout de suite le contact !
Le contact ? De quel contact parlait-il ? En proie à une torpeur de plus en plus étouffante, Tom ne saisissait pas ce que voulait dire Dumbledore. Il voulut interroger le Nisir… Le Nisir ! Il devait se séparer du Nisir ! Mais…
— Je n'y arrive pas… murmura Tom atterré.
Éprouvant les plus vives difficultés à marcher, il se laissa entraîner jusqu'au bureau de Poudlard. La rumeur vague et distordue d'une conversation lui parvint. Il lui sembla que Harry rapportait à Dumbledore leur excursion auprès de Hagrid, mais il ne pouvait en être certain. Tom commença alors à avoir peur, mais cette peur elle-même était atténuée par l'épais nuage volcanique qui embrumait son esprit. On l'assit sur une chaise et, sans ménagement, on vida le contenu d'une petite fiole cristalline dans son gosier. Le liquide sirupeux eut l'effet d'une lame de glace qui transperça son corps. La douleur l'aveugla l'espace d'un instant, puis il ne ressentit plus rien. Vraiment plus rien. Certes, sa vision aussi bien que les quatre autres de ces cinq sens avaient retrouvé leur clarté, l'informant qu'ils se trouvaient dans le bureau directorial et que Dumbledore et Harry le dévisageaient avec angoisse. Mais la magie avait disparu. Purement et simplement volatilisée. La colère submergea Tom qui bondit de sa chaise, pour si rasseoir aussitôt, envahi par une grande faiblesse.
— Que m'avez-vous fait ? murmura-t-il d'une voix blanche les yeux fixés sur ses mains.
— Je viens de te donner un moldulissant, Tom. Rassure-toi, c'est tout à fait temporaire comme effet. Cette petite potion est très utile pour les magiciens puissants et plus particulièrement pour les imprudents qui restent longtemps immergés dans la magie – ou le Nisir comme l'appelaient les sorginek. Elle rompt tout contact. C'est heureux que j'en conservais une fiole dans mon bureau… Ton exploit a failli te tuer.
L'inquiétude de Dumbledore semblait sincère.
— N'as-tu jamais lu d'avertissement au sujet des magiciens puissants qui se frottaient de trop près à la magie ?
— Si mais…
— Tu n'en as pas tenu compte, soupira Dumbledore. Aussi doué sois-tu, ces avertissements te concernent tout autant et peut-être même plus. Ta magie se retournait contre toi !
Peut-être Dumbledore cherchait-il à l'effrayer ? Dans ce cas, il avait échoué. Tom releva la tête, plantant sans hésitation son regard dans celui du directeur.
— Il le fallait, professeur. Avalon, les Trois...
Il y eut un instant de flottement… suivi d'un éclair de convoitise chez Dumbledore qui mit Tom profondément mal à l'aise.
— Avalon, par Merlin, Tom, qu'es-tu encore aller chercher ?
— D'abord pourriez-vous répondre à quelques une de nos questions, intervint Harry.
Le Survivant, assis à côté de Tom, tentait de rester de marbre. Cependant, ses poings qui se serraient compulsivement trahissaient la colère qui l'habitait depuis tant de semaines.
— Pourquoi m'avoir caché que j'étais un Horcruxe de Voldemort ?
Le regard du vieux directeur se voila alors que ses épaules se voûtaient. Il paraissait plus fatigué que jamais. Cela n'apitoya pas pour autant Harry, inflexible dans sa fureur. Voilà près de huit semaines, qu'il attendait cet instant !
— Je ne te l'ai pas caché… murmura Dumbledore en évitant le regard de son protégé. D'un certain point de vue.
— D'un certain point de vue ? répéta Harry incrédule.
Les yeux, habituellement si pétillants mais désormais éteints, de Dumbledore fuyaient la colère de son apprenti.
— Je t'avais dit qu'il t'avait laissé une partie de lui en toi… mais la vérité, Harry, la vérité était trop cruelle pour que j'ose la dire. Oui, je savais que Voldemort avait, involontairement, laissé une partie de son âme instable en toi. Mais comment dire à un enfant de onze ans qu'une partie de son pire ennemi vit toujours en lui et que Voldemort ne pourra pas mourir tant qu'il en sera ainsi ?
— Nous ne sommes pas obligés de tuer Voldemort, répliqua Harry un peu sèchement.
Cependant son ton s'adoucit par la suite.
— Vous n'avez pas tué Grindelwald. Le meurtre n'est pas une fatalité. Nous pouvons arrêter Voldemort sans le tuer, en l'enfermant uniquement à Azkaban. Je sais que ses pouvoirs sont immenses, mais il n'en demeure pas moins un homme, avec ses limites, ses faiblesses. Il faudrait toutefois songer à mettre une vitre à sa fenêtre.
Cette dernière phrase, prononcée d'un ton légèrement badin, tira un demi-sourire de Dumbledore qui, peu à peu, retrouva ce calme serein qui le caractérisait tant.
— J'ai interrogé les gardes de Nurmengard. Ils n'ont absolument rien trouvé de suspect.
— Pourtant Tom...
— Oui, je sais ce qu'a vu Tom.
— Et savez-vous ce que j'ai vu, moi ? rétorqua Harry en piquant la curiosité de Dumbledore.
Il lui rapporta alors l'étrange entretien qu'avait eu Voldemort avec un obscur chaudronnier, les questions du Mage Noir sur les pommes d'or, et ses inquiétudes quant à la découverte d'un trafic d'orichalque. Dumbledore écouta avec concentration. Ses yeux pétillaient à nouveau, faiblement cependant. Car une étrange animosité agitait parfois le vieux directeur.
— Tout cela a un sens, conclut-il finalement en arpentant son bureau, l'esprit visiblement agité. L'arrivée de Tom, le pendentif et même le livre... Oui, tout cela a un sens, mais un sens bien effrayant.
— Que redoutait Voldemort ? demanda Tom.
Dumbledore s'arrêta et tourna son nez aquilin vers l'ancien Serpentard.
— Ton pendentif, Tom, a de grands pouvoirs, je l'ai déjà dit. Mais il est également doté d'une volonté propre et beaucoup ont tenté de l'asservir, en vain. Dans cette optique, Grindelwald en a même fait son Horcruxe. Grindelwald ne craint pas la mort et ce n'est pas pour l'immortalité qu'il a divisé son âme, mais bien pour le pouvoir de la Clavicuæ, de la petite clé. Ton pendentif, Tom, déverrouille bien des serrures dont certaines qu'il ne faudrait jamais ouvrir. Certaines serrures que les Hermèsiens et leur funeste meneur, l'Alchimiste des Ombres, cherchent désespérément à déverrouiller. Cependant, la Claviculæ est bien inutile, si elle n'est entre les mains de son porteur légitime. Et cela n'était pas arrivé depuis… longtemps. La Claviculae t'a reconnu comme porteur, c'est indéniable.
L'estomac de Tom se contracta alors comprenait les terribles implications qui pesaient sur lui. Il se savait exceptionnel, mais de là porter autour du cou un tel fardeau ! Parce qu'il s'agissait bel et bien d'un fardeau. Voldemort, Grindelwald et peut-être même Dumbledore… tous devraient passer par lui. Emily le savait-elle déjà en lui confiant le pendentif ?
— Pourquoi moi ? murmura Tom.
— Peut-on un jour comprendre les aléas du sort qui vous place dans telle ou telle position ? Harry non plus, n'a pas demandé d'être choisi par la prophétie.
— La prophétie, justement, intervint Harry. Est-il possible qu'on l'ait mal interprété ? Je veux dire…
Harry exposa alors sa théorie sur le lien qui l'unissait à Voldemort (l'Horcruxe d'un côté, le sang pris pour reconstruire son corps d'autre part) et qui, éventuellement le liait à Tom. Il fit également part de la discussion qu'il avait surprise entre Eleusis et Voldemort, de l'étrange proposition de Grindelwald, et enfin, du danger qui pesait sur Tom. Dumbledore écouta dans le plus grand silence. Derrière ses lunettes en demi-lune, son regard d'aigle se perdait dans des pensées connues de lui seul.
Dumbledore croisa ses doigts fin sous son menton. Une étrange émotion illuminait son visage. De la fierté.
— C'est très impressionnant, Harry. Vraiment très impressionnant tout ce que tu es parvenu à faire ces derniers mois.
— Ce doit être l'influence de Tom, répondit le Survivant avec un sourire un peu gêné.
— Hein ? De… quoi ?
Là, il était un peu perdu.
— Oui. Depuis que tu es là, je ne peux plus me contenter d'attendre que le sort vienne à moi et subir ses aléas. Je dois constamment te surveiller parce que tu es un véritable aimant à ennui. Depuis ton arrivée, tu as déjà failli mourir deux fois alors que tu ne joues même pas au Quidditch ! Mais donc… Est-il vrai que, entre Voldemort et moi, l'un de nous ne peut mourir tant que l'autre vivra ?
— C'est fort probable, reconnut Dumbledore.
Tom, lui, était encore assommé par la nouvelle.
— Mais la prophétie… L'un ne pourra vivre tant que l'autre survivra ?
Dumbledore balaya l'air d'un geste nonchalant.
— Les prophéties ne disent que ceux qu'on veut leur faire dire. Voldemort t'a désigné comme son égal et dans un contexte particulier, la prophétie te désigne comme celui qui a le pouvoir de le vaincre. Mais avec la réintégration dans la trame du temps de la Claviculæ…
— Et pour Tom ? Est-il également protégé par mon sang ?
— Ou bien Voldemort a voulu te faire croire à une telle vision ? Comment savoir ce qui est réel et ce qui est inventé par Voldemort ? Rappelle-toi de l'incident du Ministère, Harry, garde-le toujours à l'esprit. On ne peut se fier à ce qui vient de Voldemort.
Inconsciemment peut-être, le regard de Dumbledore glissa sur l'ancien Serpentard qui se tortilla nerveusement. Et le vide laissé par l'absence de magie n'était pas pour le rassurer.
— J'ai confiance en Tom, dit Harry d'une voix ferme. Mais il est vrai que Tom n'est pas Voldemort.
Une telle affirmation sonna étrangement dans l'esprit de Tom. Il n'eut cependant pas le temps d'analyser plus avant cette émotion que Dumbledore lâchait d'une voix monocorde :
— Tom n'est pas Voldemort, en effet. Mais une partie de Voldemort vit en lui.
— Que voulez-vous dire ?
Le vieux directeur soupira. Ce soupir, bien que discret, était comme un coup de poignard dans les entrailles de Tom. L'adolescent chercha en vain un peu de réconfort dans le Nisir. Mais il était absent.
— Il y a certaines vérités que l'on préfère vérifier dix fois avant de les énoncer. Mais lorsque l'on a retourné le problème dans tous les sens pour parvenir irrémédiablement à la même conclusion, il faut accepter les faits et se rendre à l'évidence.
Non. Tom ne voulait pas entendre. Il avait une telle envie de fuir qu'il ne réalisa qu'une fois devant la porte close, qu'il s'était levé. Harry également s'était levé et avait posé une main sur son épaule en signe de réconfort. Tel un pantin sous impérium, Tom se laissa reconduire sur sa chaise. Il sentait la présence rassurante de Harry, debout à ses côtés.
— Je pense que nous sommes tous parvenus aux mêmes conclusions, murmura Dumbledore d'un ton las.
Tom, lui, demeurait de marbre. Que cette conversation cesse ! Que cette horrible vérité soit oubliée à jamais !
— Tom, il faut le dire, murmura Dumbledore d'une voix douce.
Mais Tom se perdait dans la contemplation de ses mains fines et délicates. Non. Il refusait. C'était impossible.
— Tom…
— Je vais le dire à sa place, coupa Harry. Le choc est suffisamment dur pour qu'on le laisse un peu tranquille. Alors voici ce que je pense. Pour une raison que j'ignore, le pendentif s'échappe de la trame du temps en 1942. Il emporte avec lui un peu du Tom de l'époque. Un morceau d'âme ? Peut-être, mais je n'irais pas jusque-là. Plutôt un peu de sa personnalité, de ses souvenirs. Suite à une expérience désastreuse de Mangemort sur le voyage temporel d'un elfe de maison, une brèche permet au pendentif de réintégrer la trame. A ce moment-là, plusieurs fragments d'âme sont disponibles. D'abord celui de Grindelwald déjà présent dans la Claviculæ, plus cinq autres également liés à la Claviculæ ou du moins à la personnalité qui l'imprègne : l'un se trouvait dans un médaillon, un deuxième dans une coupe, un troisième dans un diadème, un quatrième dans une bague et enfin un cinquième, initialement dans un journal qui a migré dans une épée à sa destruction.
« Je dis bien cinq et non sept. L'âme n'est pas faite pour habiter un objet inanimé. Elle se trouve alors dans un état métastable et la moindre tension suffit à l'en tirer. C'est ce qui s'est produit lors de la réintégration dans la trame du temps de la Claviculæ. Son pouvoir a agi comme un aimant sur ces différents fragments d'âme, mais l'attraction n'était pas suffisamment forte pour ceux présents dans des êtres vivants. Nagini et moi.
« Aidés par la magie du pendentif, les six fragments se sont assemblés. Ou plutôt devrais-je dire les sept. Un tel événement s'est déjà produit par le passé, mais à chaque fois, sept fragments d'âme étaient nécessaires pour approcher d'un état suffisamment stable pour que la vie ainsi créée dépasse les quelques heures. D'où vient le septième ? Je l'ignore encore. Ce que je sais en revanche, c'est que pour l'instant la Claviculæ fait le liant, c'est pour cela que Tom répugne tant à s'en séparer, mais si elle agit ainsi, c'est également parce qu'elle l'a choisi comme porteur. Cependant, même dans ces conditions, l'assemblage n'est pas très stable et c'est pourquoi il est important de trouver une pomme d'or pour lui donner une véritable longévité. Voilà, c'est dit. Vous êtes satisfait ? »
Tom perçut à peine la pointe d'accusation qui transperçait la voix de Harry. Il était assommé. Son esprit n'était plus qu'une coque vidée par l'horrible vérité. Il n'était pas humain. C'était à peine s'il était vivant. Juste un ramassis d'âmes assemblées par les aléas du sort.
— Cependant, reprit Harry comme aucune réponse ne venait, il reste un autre fait que je ne comprends pas. Lorsque Grindelwald a mangé la pomme d'or – car, oui, pour moi, c'est réellement arrivé –, la magie de la pomme a d'abord voulu reprendre le morceau d'âme déjà existant avant de se résigner à en créer un nouveau. Grâce à mon sang et à la pomme de Vector, il a donc été possible de résister au pouvoir d'attraction de la pomme d'or. La vie de Tom a ainsi été sauvée. Mais pourquoi, vous, êtes-vous mis en colère contre Vector ?
La main de Harry, toujours sur l'épaule de Tom, se crispa en attendant la réponse qui tardait à venir. Tom n'en avait cure. Il voulait juste se recroqueviller au fond de son lit pour tout oublier, ces horribles révélations, ce voyage temporel, tout. Et se réveiller dans les bras d'Emily. Son cœur meurtri savait que c'était cruellement impossible. Il n'était qu'un assemblage branlant d'âmes morcelées vouées au mal.
— Pourquoi ? insista Harry.
— Parce que d'une part, je ne crois pas que Grindelwald soit en cause, répondit Dumbledore d'un ton posé.
— Eleusis pourtant…
— Et d'autre part, reprit Dumbledore sans tenir compte de la remarque, comme tu as pu le constater, ton sang est précieux. Même si elle a eu un bon réflexe, je dois le reconnaître, sauvant ainsi Tom d'une attaque de Voldemort, en agissant ainsi, elle a également prouvé qu'elle me cachait certaines informations probablement capitales. Informations qu'elle ne m'a par ailleurs toujours pas révélées.
µµµ
— Ca va ? S'inquiéta Dean Thomas.
Le silence lui répondit. Non, ça n'allait pas. Depuis plusieurs jours, il n'y avait guère que pour se rendre en cours que Tom quittait son état de léthargie dans lequel il s'était réfugié.
— Tom...
Tom ne répondait pas. Il demeurait immobile, recroquevillé sur son lit, cherchant à noyer son esprit dans la terrible langueur qui s'était emparé de lui. Plus de pensée, plus de réflexion, rien d'autre que le vide salvateur. Au début, bien sûr, Harry avait maladroitement tenté de le réconforter. Mais si le Survivant savait gagner la confiance des gens et raisonner le double de Voldemort lorsque la colère le menaçait, il était bien impuissant face au profond désespoir qui saignait son cœur. Hermione, Susan... tous s'y étaient essayés. Mais Tom voulait seulement qu'on l'oubliât et qu'on le laissât crever en paix. Puisque tel était son destin. Puisque son existence n'était qu'un jeu du sort. Puisqu'il n'était rien d'autre qu'un improbable et éphémère ramassis de lambeaux d'âmes.
— Tom... tenta une nouvelle fois Dean. Je sais qu'il se passe quelque chose de grave. Depuis le début, Harry nous cache des choses à ton sujet. Est-ce que cela a à voir avec Voldemort.
Voldemort, Grindelwald, qui d'autres encore ?
La porte du dortoir s'ouvrit. Prostré sur sa détresse, Tom ne prit pas la peine de se retourner pour chercher à voir le nouvel arrivant. Il n'en avait pas besoin. Le Nisir lui avait murmuré son nom à l'oreille. Ginny. Depuis la désastreuse soirée de l'enterrement d'Aragog et surtout depuis que le Moldulissant avait cessé de faire effet, il percevait le monde avec une clarté encore plus cruelle. D'après Pomfresh – mise au courant dans une certaine mesure de son exploit –, une telle utilisation sorga de la magie, à un âge où son métabolisme était soumis aux tourments de l'adolescence, risquait d'avoir un impact non négligeable sur son approche de la magie. En d'autres termes, Tom perdait quelques aptitudes sorcières et en gagnait quelques aptitudes sorga en échange. Cela se traduirait simplement par une légère difficulté à maîtriser de nouveaux sorts, contrebalancé par une plus grande sensibilité. Mais Tom n'en avait cure. Peu lui importait l'avenir. Il n'en avait pas. Dans quelques mois, quelques années tout au plus, il s'évaporerait. De son existence, il ne restera guère que quelques souvenirs.
— Ca ne va pas mieux, à ce que je vois, soupira Ginny.
— Laissez-moi.
— Non. Je ne sais pas ce qui s'est passé l'autre soir, mais ce qui est certains, c'est que ça vous a hautement perturbé, toi et Harry.
Ce qui c'était passé ? Tom avait juste appris la vérité à son sujet. Puis, à la demande de Dumbledore – qui répugnait certainement à parler de certains sujets en la présence de la version adolescente de Voldemort – Harry avait ramené Tom dans la Salle Commune des Gryffondor, l'avait confié aux bons soins d'Hermione et était reparti. Depuis, le Survivant demeurait étrangement silencieux, profondément perdu dans ses pensées.
— Tom…
Tom enfouit sa tête sous l'oreiller. Il ne voulait pas de leur sollicitude. Dean et Ginny s'étaient séparés depuis cette fichue soirée, mais ça ne les empêchait pas de venir le harceler ensemble. On lui attrapa l'oreiller.
— Fichez-moi la paix ! s'emporta-t-il en se redressant soudain.
Il les darda de son regard le plus effrayant.
— Qu'est-ce que ça peut vous faire, ce que je ressens ?
— Je n'aime pas voir mes amis souffrir, répliqua Dean.
Depuis cet affreux jour où Tom s'était enfermé dans la salle de bain après avoir découvert le visage de sa mère, Dean n'avait eu de cesse de se montrer protecteur envers celui qu'il ignorait être le double de Voldemort.
— Et toi, Ginny ? Ne peux-tu pas me laisser tranquille ? Après tout, n'ai-je pas failli te tuer alors que tu étais en première année ?
La jeune fille pâlit soudain. D'abord un peu choquée, elle se ressaisit rapidement. Elle jeta un regard hésitant à Dean qui était plongé dans la plus grande perplexité.
— Ce n'était pas toi.
— Si, c'était moi. Du moins, une partie de moi. Il y avait plein de partie de moi un peu partout. Voldemort ne sait pas très bien ranger ses morceaux d'âmes. Pas plus que Grindelwald.
— Tom, calme-toi ! s'exclama Ginny effrayée.
— Je n'ai pas envie de me calmer ! Vous voulez savoir ce qu'il y a, très bien !
Après l'abattement, c'était une vague rageuse de révolte qui le submergeait. Il était lancé. Il ne pouvait plus s'arrêter. Tant pis. Il n'en avait pas non plus envie. De toute façon, cela n'avait plus d'importance.
— Je sais ce que tu crois, Dean. Tu te dis « c'est étrange, voilà un nouveau. Il est Fourchelang, Harry et Dumbledore s'en méfient d'abord et après… »
Tom renifla nerveusement.
— N'ai-je pas tenu tête à Voldemort ? Tu te demandes certainement pourquoi Voldemort s'intéresse à moi… Et tu as certainement entendu quelques rumeurs à mon sujet. Notamment celle qui dit que je suis le fils de Voldemort.
— Je n'ai jamais rien prétendu de tel…
— Laisse-moi terminer !
Il devait le dire. Tom avait besoin de le prononcer à voix haute.
— Tu veux la vérité. Très bien. Je suis un tas de fragments d'âme égarés par des mages noirs, voilà ce que je suis. Cinq mesures de Voldemort, une de Grindelwald… quant à la septième… comment savoir ? Cryoncardia peut-être bien. Je n'en sais rien. Alors, oui, Ginny. Le morceau d'âme qui a failli te tuer, c'était bien moi. Maintenant, laissez-moi tranquille.
Il arracha son oreiller des mains de Ginny, évita le regard choqué de Dean et se renferma dans la fausse sécurité d'une torpeur salvatrice. Se fondre dans le Nisir. Ne faire plus qu'un avec lui. Et tout oublier. Disparaître. Fuir cette douleur qui le terrassait chaque jour un peu plus. Il le sentait pulser, le Nisir. Sa fréquence s'accordait à merveille sur son cœur. Ses bras s'étendaient autour de lui. Il était soudain si attirant ! Tout aussi attirant, l'était le néant. L'oubli.
Et disparaître avec pour unique sensation, son pendentif qui battait doucement la cadence. Enfin.
Bon, je vais essayer de poster le prochain dans un peu moins de deux semaines si je trouve la motivation (oui, je n'ai qu'à relire et corriger, et alors ?).
